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Relâche !

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

 

 

Fatigue suis-je en corps et ame



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Mon sang tout et seul fait mon visage

 

 

 

 

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Respire les fleurs et les dames

Des etamines et des pistils

 

 

 

 

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Repose sirene pourtant avec mon flanc

edredon


 

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A  Lili

 

 

Publié dans arts plastiques

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Gemma Galgani (VIII)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La petite perle de Lucques

Règle des Passionistes

 

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Saint Paul de la Croix (1694-1715)

"La prière et la prédication de la Passion de Jésus-Christ sont les deux grands pôles du charisme passioniste dont l'ordre a été fondé par Paul de la Croix.

Pour la prière, elle occupe Paul durant de longues heures, de nuit comme de jour. A ses débuts au mont Argentario, il écrit : « Mon pauvre esprit est tendu vers la solitude. Bien que je n’aille confesser et catéchiser que le dimanche, j’aimerais être libéré même de cela. Enfin, que s’accomplisse la très sainte volonté de Dieu ». Pour préserver sa solitude il développe la direction spirituelle par correspondance, avec une ampleur rarement atteinte avant lui. Mais l’amour se communique même à travers l’encre ; et il dirigera un nombre tout à fait considérable de personnes, et des plus diverses. Paul est un grand mystique ; dès 1720, il atteint aux sommets décrits par ses chers maîtres du Carmel et par st François de Sales.

Son activité de prédicateur sera incroyable et presque incompatible avec ses heures d’adoration silencieuse. Par la force qu’il puise dans la prière du coeur à Coeur avec Jésus il est prêt à incendier les coeurs des hommes de cet amour qui l’habite. La célébrité vient dès sa première mission en 1730. Il faut dire que Paul a reçu un don unique de pénétration des pensées et des coeurs. Sa parole électrise et interpelle chacun en particulier : elle n’a rien d’un discours rhétorique. Les soldats eux-mêmes en étaient frappés. Ainsi, durant la guerre qui éclate entre les troupes autrichiennes et l’armée franco-allemande en 1733, des deux côtés on cessait le feu afin de le laisser passer d’une ligne à l’autre pour aller s’occuper des blessés ! C’est aussi le cas des brigands très dangereux qui se convertissent à sa parole et changent de vie. Il faudrait évoquer les nombreux miracles qui accompagnèrent son apostolat, au point qu’on l’a qualifié de « thaumaturge ». Sa prédication est continuellement centrée sur la Passion du Christ. Et rien ne saurait rendre « agréable » un tel message, si ce n’est l’amour qu’une méditation assidue de la Passion de Jésus insuffle d’elle-même dans le coeur de chacun !

Outre les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, le charisme des passionistes est centré sur leur quatrième voeu : vivre et enseigner la Passion du Christ. On voit bien comment cela concerne à la fois la vie de prière et la vie apostolique. La vie de prière, afin de "se sanctifier" pour pouvoir "sanctifier les autres". Mais au plan de l’apostolat, le charisme des passionistes est incontestablement celui de la prédication populaire centrée sur le mystère pascal. Paul de la Croix écrit dans la règle de 1775 : « Comme une des principales fins de notre congrégation est, non seulement de nous adonner à l’oraison (prière) afin de nous unir à Dieu par la charité, mais de conduire aussi notre prochain à cette même union en l’introduisant par une méthode aussi opportune et accessible que possible, nos religieux (...) apprendront aux âmes à méditer sur les mystères, les souffrances et la mort du Christ ». Pour éclairer un peu cet "étrange amour" pour le crucifié, citons une des saintes de notre congrégation, sainte Gemma Galgani, qui disait dans l’une de ses extases : « Je te demande continuellement l’amour de la Croix, Jésus, non pas de la tienne, mais de celle qu’il faut que j’embrasse. Je l’aime, je l’aime tant. Jésus c’est sur la croix que j’ai appris à t’aimer ».

Comme le souhaitait Paul de la croix, la congrégation Passioniste est présente désormais sur tous les continents : au total dans 53 pays. Elle compte environ 2000 religieux. C’est en Europe cependant que les passionistes sont encore les plus nombreux. La province religieuse française fut la première fondée hors d’Italie au XIXe siècle : ce fut l’oeuvre du bienheureux Dominique Barberi. Passé ensuite en Angleterre, il reçut le cardinal Newman dans l’Église Catholique. Ce célèbre pasteur de l’église anglicane cherchait une preuve de l’existence de la sainteté dans l’Église Catholique. La Providence divine lui présenta ce religieux humble et fervent, entièrement façonné par la méditation de la Passion de Jésus-Christ.

© P. Philippe Plet c.p. [rf.]


 

5.   PROFIL SPIRITUEL ET MORAL DE

SAINTE GEMMA GALGANI

 

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S

uivre Jésus exige le détachement de tout le créé et de soi-même. Saint Bernard distinguait plusieurs degrés de l’amour. Le premier est l’amour charnel, stade initial, naturel et voulu par Dieu Créateur. Il est nécessaire pour atteindre le second degré : l’amour de Dieu, pour soi et non pour lui-même. Le troisième degré, plus parfait, c’est l’amour de Dieu pour lui-même, qui s’accompagne de l’amour des autres, sans compensation ni désir de récompense. C’est à ce niveau, et au-delà, que Bernard place la sainteté, parfait détachement de soi par charité, par amour gratuit de Dieu et des autres.

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C

omment se traduit le détachement de Gemma ? D’abord dans sa toilette. Cette gemme voulut, sur le conseil de son Ange, rester brute et pure : pas de parure ; une jupe et une pèlerine de laine noire, un chapeau noir, hiver comme été, jours communs et jours de fête. Ensuite, dans son ameublement, si l’on peut dire : une grossière malle de bois contenant un peu de linge, un crucifix, un chapelet, deux ou trois livres de piété, une statuette de la Vierge des Douleurs. Rien d’autre. Elle se défaisait de tous les cadeaux qu’on pouvait lui faire, y compris des images et des objets de piété, qu’elle ne jugeait pas nécessaires. Ainsi, le père Germano lui ayant donné une dent de saint Gabriel d’Addolorata – pour elle un vrai trésor – elle la remit à Justine Giannini. Ensuite, dans la façon de se soigner : elle ne se plaignait jamais, espérant qu’on ne lui prodiguerait ni soulagement ni soins ni médicaments. Elle accueille la mort de ses proches, qu’elle aime pourtant sincèrement, avec calme et résignation, certaine qu’ils sont allés en Paradis. Délicate et tendre, elle savait aimer, sans se soucier d’être payée en retour. En outre, elle ne se montrait affectée, même dans les deuils les plus pénibles, que peu de temps, selon sa devise : « Seule avec Jésus seul ». Tant et si bien qu’à Mme Cécilia qui se plaignait, à tort, de son ingratitude, elle dira avoir, pour Jésus, renoncé à tous, y compris au père Germano. Tout porte à croire, en réalité, que Gemma, nostalgique de l’Au-delà, s’ennuyait en ce monde. Maintes fois, elle alla jusqu’à proposer sa vie en échange d’une autre, de la guérison d’un malade, de la conversion d’un pécheur. Au reste, comme tous les justes, Dieu n’épargnait à Gemma ni les épreuves ni les consolations. Dans les ténèbres et l’abandon, elle se déclarait contente et en remerciait Jésus.

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I

l n’est de sainteté véritable sans abnégation, qui ne peut se départir de la vertu d’obéissance. Gemma, comme l’avait fait la petite Thérèse avant elle, savait faire plier sa volonté propre sous la férule de ses directeurs, quels qu’ils soient. Elle qui n’aimait rien tant que demeurer dans une église obéissait à la première injonction de Mme Cécilia de rentrer à la maison, après une petite heure de prière. Au moment des extases, sa mère adoptive réussit, en priant Jésus, à lui faire recouvrer ses sens et à aller la faire asseoir sans rien dire, pour éviter l’attention curieuse des assistants. Que ce soit sur l’ordre du père Germano ou de Mme Cécilia, Gemma s’endormait immédiatement, même si le commandement n’avait été que mentalement donné. Plus portée naturellement à la domination qu’à l’obéissance, Gemma se soumettait pourtant, sans jamais murmurer, surtout à la direction de son guide spirituel, le père Germano, ou à celle de son confesseur ordinaire, Mgr Volpi, sur le conseil de Jésus lui-même :

Jésus me l’a dit et il me le répète souvent, je ne dois plus avoir de volonté ni de sentiments propres ; ma volonté doit être celle de mon confesseur.

Même si elle était douée de la science infuse des choses célestes, Gemma ne fit jamais rien sans demander l’avis de son directeur ou de son confesseur. Elle alla jusqu’à résister au Christ lui-même, pour se conformer à une volonté de Mgr Volpi qui redoutait une ruse satanique. Alors, elle repoussait celui qu’elle savait le Sauveur, uniquement par obéissance. Le père Germano ayant appris que Gemma annonçait d’avance l’arrivée de son courrier, lui interdit d’en faire mention à son entourage. Elle put bientôt lui écrire qu’elle avait vaincu cette « manie », ayant réussi à « maîtriser sa langue ». Une autre fois, Mgr Volpi lui interdit de vomir le sang au cours des extases. Malgré toute son énergie, elle ne put entièrement lui donner satisfaction, et souffrit de ce qu’elle considérait comme une marque de désobéissance. Enfin, elle accéda à la demande expresse de Mgr Volpi, bien qu’il lui en coûtât, de « rien faire d’extraordinaire » les jeudis et vendredis. Bien loin d’en être fâché le Christ dit un jour à Gemma :

Obéissance aveugle, obéissance parfaite, voilà quelle doit être ta grande préoccupation. Laisse-toi conduire comme un corps sans vie : tout ce qu’on veut de toi, exécute-le promptement.

 

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S

aint Augustin l’a dit : le premier degré de la sainteté consiste en l’humilité. Le deuxième, le troisième et les suivants à l’infini : l’humilité. Gemma, avant de mourir, aurait répondu à une infirmière qui lui demandait de lui indiquer la plus belle des vertus :

L’humilité, l’humilité, car elle est le fondement de toutes les autres.

Très tôt, Gemma fut prévenue contre le péché d’orgueil. Une première fois, vers dix ans, une certaine sœur Elena l’en accusa sans raison, ce qui la rendit toute joyeuse, car, disait-elle, elle connaissait désormais ce péché sans l’avoir commis. Une autre fois, à treize ans, elle apprit d’un prédicateur cette parole qui devait la marquer à jamais :

Nous ne sommes rien et Dieu est tout.

À l’idée même qu’elle pût être orgueilleuse, elle était désespérée. Un jour que son directeur feignait d’avoir perçu en elle quelque germe d’orgueil, elle lui répondit immédiatement par lettre :

Mon cher Père, si vous apercevez encore en moi de l’orgueil, ne perdez pas de temps, détruisez-moi ou traitez-moi n’importe comment, mais guérissez-m’en promptement.

Bien que la jeune fille fût naturellement douée – elle avait l’esprit vif et pénétrant, le caractère décidé, une grande force d’âme… – elle apparaissait sans intelligence et sans jugement, demandant conseil et aide pour tout. Il fallut attendre sa mort pour qu’on apprenne qu’elle savait le français, le dessin et la peinture, qu’elle avait aussi quelques dispositions pour la poésie et pour la musique vocale. Elle avait tout fait pour tenir ces dons cachés. Devant Jésus, elle hésitait à lever les yeux tant elle avait le sentiment de son indignité. Elle ne se donnait jamais le beau titre d’épouse de Jésus, mais s’appelait « pauvre fille », « servante inutile », « vierge folle », « misérable créature ». Elle signait la povera Gemma, « La pauvre Gemma », les lettres où elle demandait invariablement l’aumône de prières, convaincue de sa misère. Elle cherchait, sans toujours y parvenir, l’oubli du monde, d’où son ardent désir d’entrer dans un Ordre cloîtré. Elle se croyait grande pécheresse, mais ses différents confesseurs ont consigné des preuves parfaitement contradictoires dans leurs dépositions authentiques.

 

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I

l semble, d’après son biographe et les témoins qui l’ont connue, que Gemma ait eu à souffrir toutes sortes de vexations diaboliques. Bien que son procès en canonisation ne se prononce pas sur ces phénomènes – ni d’ailleurs sur l’authenticité des stigmates, ce qui ne signifie pas qu’ils sont imaginaires – le père Germano a établi une liste assez exhaustive : tentations et attaques contre la pratique des vertus, ennui et dégoût de la prière par des suggestions impies, inspirations perverses, violences physiques allant jusqu’à la torture corporelle, apparitions horribles ou trompeuses. Une fascination trop grande pour le caractère spectaculaire de la spiritualité de la sainte serait néfaste, en ce sens qu’elle mettrait l’accent sur des aspects inessentiels de sa mission. Aussi n’insisterons-nous pas outre mesure sur ces phénomènes – car ce ne sont que des phénomènes – que le père Germano explique par une volonté divine de purification et d’expiation. Satan ne serait en définitive que l’instrument le plus actif de la Providence, ajoute-t-il.

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G

emma, comme beaucoup d’âmes ferventes de son époque, se mortifia. Inutile non plus d’y insister plus longuement. L’essentiel, en réalité, peut se dire en quelques mots : il suffit de savoir que la sainteté passe par la maîtrise des sens, quitte – du moins l’a-t-on cru longtemps – à contenir, par la force, la nature dans des limites étroites. Le biographe de Gemma parle de « rudes macérations ». Entrer dans les détails pourrait passer pour du voyeurisme complaisant à un esprit moderne. Il suffit de savoir que Gemma fut sincère même dans ses excès, qu’elle tint toujours la pureté pour une vertu capitale au point de faire vœu de chasteté et qu’elle réussit à s’y maintenir jusqu’à sa mort, quoi qu’il lui en coûtât.

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A

ussi difficile à comprendre et à admettre aujourd’hui pour une conscience contemporaine : la soif de souffrance de certains saints, dont Gemma. Le père Germano explique lui-même, en préambule à un de ses chapitres, que « pour être méritoire, la souffrance doit être volontaire ». Bien qu’il ne dise pas qu’elle doive être recherchée – notamment par certaines mortifications – on peut comprendre que Gemma, par exemple, avait une véritable passion pour la souffrance au point de la réclamer, non pas seulement comme moyen de purgation passive, mais par souci de s’unir intimement au Sauveur :

Je veux souffrir avec Jésus ; ne me parlez pas d’autre chose. Je veux être semblable à Jésus, toujours souffrir tant que je vivrai, et toujours vivre pour toujours souffrir.

Du reste, qui comprend la Communion des saints peut seul accepter cette souffrance, comme moyen privilégié de la réversibilité des mérites : la Rédemption n’est pas terminée ; chaque disciple du Christ est appelé à la continuer et à la compléter. Selon cette doctrine, la souffrance du « juste » devient corédemptrice de celle que Jésus a subi dans sa Passion. Aussi Gemma considère-t-elle qu’aimer et souffrir sont tout un. Une journée sans douleur, physique ou morale, est pour elle une journée perdue. Peut-être, d’ailleurs, la douleur la plus dure fut-elle l’abandon divin, la nuit de la foi :

Je cherche Jésus et ne le trouve pas. Il semble s’être éloigné et ne plus vouloir me connaître. Où irai-je ? Que vais-je devenir ? Moi, loin de vous ? Oh ! non, non !

Son biographe assure que si un tel supplice avait continué sans relâche, Gemma y aurait trouvé la mort. Il ajoute que, bien heureusement, le Seigneur accourait au milieu de la désolation pour prodiguer consolations et exhortations.

 

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P

our terminer ce portrait, citons le biographe de Gemma qui, en une phrase conclusive, a su synthétiser et éclairer d’un jour nouveau ce qui risque de ne pas être bien compris de tous :

    Elle se déclarait heureuse dans cette mer de souffrances physiques ou morales, heureuse de ressembler ainsi à l’Homme des douleurs, de s’élever toujours plus haut dans les pures régions de l’amour divin, et d’expier pour sa part les péchés du monde. 

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À suivre...

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité.

Publié dans religion

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Gemma Galgani (VII)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La petite perle de Lucques

 

Résumé des précédents chapitres


1878 : Naissance le 12 mars à Camigliano, près de Lucques.

1885 : Gemma reçoit le 26 mai le sacrement de confirmation. Elle a sept ans.

 

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1887 : Elle fait sa première communion le 19 juin, fête du Sacré-Cœur de Jésus.

1889 : Elle se distingue dans un amour sans borne pour les pauvres de la ville. A l'âge de 11 ans, elle reçoit une grande grâce intérieure : elle renonce à se soucier de ses vêtements et de son apparence extérieure.

1891 : A l'école des Zitines (où elle est depuis 1887), sa maîtresse, voyant son grand désir de connaître la Passion, lui en faisait méditer tous les jours un point.

1894 : Mort de son frère Gino à l'âge de 17 ans. Elle en conçut un immense chagrin.

1896 : Nouvelles faveurs surnaturelles. Elle voit pour la première fois son ange gardien, qui lui demande un plus grand dépouillement de sa coquetterie, afin de devenir " l'épouse d'un Roi Crucifié ". Jésus lui fait comprendre fortement qu'elle doit devenir religieuse.

1897 : Mort de son père. La famille se retrouve alors dans la misère noire. Gemma vit quelques mois chez une tante à Camaiore, mais revient à Lucques pour fuir les prétendants.

1898-1899 : Gemma est atteinte d'une maladie mortelle. St Gabriel de l'Addolorata lui apparaît pour la première fois. Tout le reste de sa vie elle aura un amour irrésistible pour ce saint.

3 mars 1899 : Guérison miraculeuse de Gemma par l'intercession de ste Marguerite-Marie Alacoque. St Gabriel lui apparaît chaque soir et prie avec elle. Commence alors pour elle une vie amoureuse quotidienne avec Jésus, et une familiarité surnaturelle avec les saints.

 

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Jeudi 8 juin 1899 : Gemma reçoit la grâce des stigmates. Elle les reçoit le soir, c'est-à-dire à la vigile de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, qui se célébrait le lendemain.

25 juin-9 juillet 1899 : Mission des passionistes à Lucques. Elle reconnaît l'habit de st Gabriel. Jésus lui confie : " L'un de ces fils sera ton père ".

Le 8 septembre 1899, malgré l'avertissement de Gemma, Mgr. Volpi la fait examiner par le docteur Pfanner : le simple nettoyage des plaies fait disparaître les stigmates.
En septembre de cette même année, les extases de Gemma commencent à être prises en notes : elle parle en effet à voix haute au cours de ses extases.

 

 


 

5.   LA FAMILLE GIANINI — L'ARRIVÉE

DU PÈRE GERMANO 

 

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M

 me Cécilia était restée seule avec Gemma, le reste de la famille étant partie pour quatre mois. À leur retour, elle leur demanda de la garder près d’elle, avant d’en parler aux tantes de la jeune fille. Au mois de septembre 1900, Gemma passa définitivement dans la famille de ses bienfaiteurs. Elle devint dès lors, pour tous, la douzième enfant, la « septième sœur », disaient les filles, surtout Annetta, l’aînée, qui s’était prise d’une très forte amitié pour elle. Gemma devait rester trois ans et huit mois dans cette maison, sans qu’aucun, maître, enfant ou domestique, ait pu prendre en défaut son humilité, sa docilité, son respect, son dévouement et sa bonté d’âme.

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S

on emploi du temps était fort chargé. Levée avant l’aube, après une toilette rapide, elle allait entendre deux messes : la première de préparation à la communion, la seconde d’actions de grâces. De retour chez Giannini, elle commençait par s’occuper des plus petits avec les aînés et les faisait prier. Elle travaillait beaucoup manuellement : raccommodage et tricot, mais pas de broderie, où elle excellait, parce qu’elle la jugeait vaine. Elle puisait de l’eau, faisait les chambres, lavait la vaisselle, aidait à la cuisine. Lorsque c’était nécessaire, elle soignait les malades. Si on l’avait laissée faire, Gemma aurait travaillé toute la journée sans prendre aucun repos. Cependant, Mme Cécilia, probablement sur le conseil du père Germano, entendait s’entretenir avec elle pour l’édification de son âme et aussi, souvent, pour tenter de percer les arcanes de la vie intérieure de cette âme secrète. L’abbé Lorenzo Agrimonti, l’hôte régulier de la famille, dira de son côté :

Le bien spirituel que j’ai retiré de mon commerce avec cette âme privilégiée, Dieu seul le sait.

Gemma prenait ses repas avec la famille, matin et soir, mais ne mangeait pratiquement rien. Elle répugnait à se promener et on s’abstenait de l’y contraindre. Le soir, elle allait à l’église pour la bénédiction du Saint-Sacrement et n’en revenait qu’assez tard.

 

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G

emma, nous l’avons vu, aimait les pauvres. Elle demandait souvent à Mme  Cécilia des restes de cuisine pour nourrir un indigent. Elle sollicitait souvent la permission d’aller ouvrir quand on sonnait à la porte, croyant à l’arrivée d’un pauvre, ce qui était presque toujours le cas. Alors, la jeune fille le faisait asseoir dans la cour, allait chercher un bon morceau, et, tandis qu’il mangeait, elle insinuait dans son esprit des pensées de foi et de piété. Priée de s’expliquer, elle répondit ainsi :

Ne suis-je pas pauvre, moi aussi ? Jésus m’a tout enlevé, et cependant il ne me laisse manquer de rien ; je suis même trop bien traitée. Pourquoi les autres pauvres manqueraient-ils du nécessaire ? […] Ce qu’on fait pour moi, on doit le faire comme à un pauvre rencontré sur le chemin ; autrement on n’aurait aucun mérite.

Le fait est que Gemma, recueillie par charité, devait sentir l’humiliation de sa condition. Elle n’en fit jamais rien paraître, priant sans cesse pour ses bienfaiteurs, implorant sur eux la protection divine. Il lui arriva même de prendre sur elles les souffrances de quelques membres de la famille qui, guéris sur l’heure, ignoraient qu’elle endurait leurs douleurs à leur place. Pour résumer, on peut dire que si Gemma était redevable de ses hôtes charitables, elle était aussi leur ange protecteur. En outre, les manifestations mystiques et les prodiges extérieurs pouvaient passer à peu près inaperçus dans cette famille où la jeune fille vivait volontairement ignorée du monde.

 

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E

n 1899, nous le savons, Gemma était épaulée par deux prêtres passionistes : le père Gaétan et le père Pierre-Paul. En même temps, Jésus lui avait promis qu’un religieux de la même Congrégation la dirigerait. Le 29 janvier 1900, le père Germano, religieux passioniste de Rome, recevait une lettre de dix pages d’une parfaite inconnue. Elle y racontait, entre autres phénomènes surnaturels, la vision où il lui fut montré comme son futur directeur. En août, sur l’invitation de Mgr Volpi, et avec la permission de son Provincial, le père Germano se rendait à Lucques pour examiner cette jeune fille étrange. Arrivé en septembre, il se rend chez les Giannini. Gemma, sans jamais l’avoir rencontré, le reconnaît aussitôt et lui fait fête. Peu après, comme c’était un jeudi, Gemma, pressentant une extase, se retire dans sa chambre. Le père Germano l’examine attentivement engageant avec Jésus une lutte dont l’enjeu est la conversion d’un pécheur. Un spectacle poignant, certes ! Peu de temps après, un étranger sonne à la porte. Le père Germano reconnaît le pécheur de Gemma, converti, qui demande l’absolution de ses péchés. Pendant trois ans, le nouveau directeur de Gemma la soumettra, « aidé, dit-il, des lumières de la théologie ascétique et mystique, et des sciences physiologiques modernes » à toutes sortes d’épreuves tendant à prouver la présence de la volonté divine dans les phénomènes surnaturels. Bientôt Mgr Volpi, autant que Gemma, sera parfaitement rassuré quand le père leur assurera que ces manifestations venaient du ciel. Même si Gemma était souvent durement traitée par son directeur, elle ne cessera, jusqu’à la fin, de lui vouer une reconnaissance sans limites. Mais, assure le biographe de la sainte, ses grands directeurs seront toujours l’Esprit-Saint, Jésus, la Vierge et son Ange gardien. 

 

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      Monseigneur Volpi

 

À suivre...

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité.

 

 

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Gemma Galgani (VI)

Publié le par Bernard Bonnejean

La petite perle de Lucques

mackoo voyages 



Lucques, 85 000 habitants, comme les autres anciennes villes de la Toscane est entourée de murs, ceux ci sont hauts de 34m. C'est à l'extérieur qu'on peut garer sa voiture. Les parkings, place d'ell' Indipendenza, sont très proches des portes d'entrées de la ville (porta S. Pietro). 


La piazza Napoleone. 

Lucques comporte de nombreuses églises, souvent réalisées avec 2 ou 3 sortes de marbre, blanc, de Carare, vert ou rose pour les bandes horizontales. 


Le Duomo San Martino. 


La cène du Tintoret (1590-1591). Les apôtres sont habillés à la mode du XV eme siècle. 


la statue de Saint St Martin coupant en deux son manteau, pour partager avec un pauvre. 




Les petites rues étroites de la vieille ville.

 
La Torre Guinigi, l'une des rares tours de Toscane qui conserve son bouquet de chênes en haut de la tour. 



Piazza del Mercato, magnifque place en ovale. 

Puccini est originaire de Lucca, les Puccini étaient organistes et maîtres de chapelle à la cathédrale de père en fils. 

San Michele in Foro, date du XI au XIII e siècle. Elle est batie sur un ancien forum romain, qui a donné son nom à l'église (in Foro).

Le fronton de l'église avec la statue de St Michel est très joliement décoré. 

Lucques est une ville animée, y compris le soir, lorsque les touristes sont partis.
L'hotellerie est assez chère à Lucques

mackoo voyages 

 

4.    L'APPARITION DES PHÉNOMÈNES

SURNATURELS

 

 

Gemma, nous l’avons vu, était tiraillée entre plusieurs vocations. Elle avait d’abord émis le vœu d’être religieuse barbantine, avant que saint Gabriel de l’Addolorata, l’appelant « ma sœur », ne lui pose le sacré-cœur passioniste sur la poitrine. Puis une voix l’avait appelée à être Visitandine, en reconnaissance pour Marguerite-Marie. Finalement, ce furent les Visitandines qui se montrèrent les plus empressées à la recevoir : elles lui promirent de devenir retraitante dès le 1er mai 1899, puis postulante un mois plus tard. La vie de Gemma, écrit le père Germano, offre alors peu de différence avec celle des plus grands saints. Outre la communion quotidienne, elle est favorisée d’illuminations intellectuelles, de locutions divines, d’apparitions célestes… Gemma ne vit que pour Dieu.

C’est surtout au moment de l’Heure sainte qu’au cours des dernières années de sa vie Jésus lui accordera le plus de grâces. Cet exercice de piété lui a été suggéré par Sœur Julie, une de ses maîtresses de l’Institut Guerra. Il s’agit de s’unir tout spécialement à Jésus tous les jeudis, le jour où a commencé la Passion. Le titre de l’ouvrage est en réalité Une heure d’oraison avec Jésus agonisant à Gethsémani. Il renferme quatre méditations ainsi que des prières. Dès qu’elle en a pris connaissance, Gemma fait le vœu au Sacré-Cœur de ne jamais oublier cette pratique qu’elle commence le Jeudi-Saint 1899 après une confession générale. Parmi les grâces qu’elle ressent alors, elle endure le martyre de l’intense regret de ses péchés, en est soulagée par ses larmes, a la vision des plaies du Crucifié… Sa famille lui défend de se rendre à l’église le Vendredi-Saint, l’occasion pour elle d’offrir ce sacrifice à Jésus. En compensation, elle fait trois heures d’oraison, enfermée dans sa chambre. Accompagnée de son Ange gardien, elle assiste Jésus souffrant et Notre Dame des Douleurs. Enfin, Jésus en personne lui donne la communion. Quelque temps plus tard, toujours en avril 1899, la jeune fille verra le Christ de nouveau, qui lui dira :

Apprends d’abord à souffrir : la souffrance apprend à aimer.

Le 1er mai, tant attendu, vint enfin. Gemma entra chez les Visitandines vers huit heures du soir. Les sœurs avaient bien l’intention de la garder bien au-delà de la retraite. En attendant, elles lui permirent, telle l’une des leurs, de suivre les horaires et les activités spirituelles de la communauté : office du chœur, méditation commune, repas et exercices de règle. Gemma dira elle-même qu’elle conserva un souvenir impérissable de son séjour à la Visitation, entourée des novices et des professes, qui lui prodiguaient attentions et affection. Mais, bien qu’elle y connût un réel bonheur, l’autorité ecclésiastique, en la personne de Mgr Ghilardi, lui refusa l’admission à cause de son état de santé. Le 20 mai, jour où la communauté admettait quelques novices à la profession, Gemma jeûna toute la journée sans que personne ne s’en rende compte. Le soir, alors qu’on l’avait menée au réfectoire, elle sut qu’elle devait quitter le couvent dès le lendemain. La jeune fille rentra chez elle, au 13 rue del Biscione, continuant, outre ses activités ménagères, à s’exercer à la piété. Progressivement, devant les difficultés soulevées par les autorités ecclésiastiques – on alla même jusqu’à exiger des certificats médicaux et autres attestations – Gemma perdit tout espoir d’entrer jamais dans l’Ordre de la Visitation.

Gemma venait à peine de quitter le couvent que le 8 juin, veille de la fête du Sacré-Cœur, après la communion, elle entendit Jésus lui dire :

Je t’attends au Calvaire, sur cette montagne

vers laquelle depuis longtemps je te dirige.

Elle court en parler à son confesseur qui l’absout de ses fautes. L’esprit libre, elle rentre chez elle. Une nouvelle fois, elle obtient la grâce du repentir de ses péchés. Tout à coup, elle entre en extase, se trouvant en présence de la Vierge accompagnée, à sa droite, de son Ange gardien. Puis, Jésus apparaît à son tour, qui la marque des stigmates aux mains, aux pieds et au cœur. Gemma, qui vit au milieu du monde, fera tout pour les cacher, sans y parvenir tant le sang coule en abondance. Ce phénomène mystique se reproduira, toutes les semaines, pendant deux ans, le jeudi vers huit heures du soir pour disparaître le vendredi à trois heures de l’après-midi. Ceci se renouvellera invariablement jusqu’à ce que les directeurs de la jeune fille lui interdisent de subir les stigmates.

On entrait bientôt dans le mois de juillet, sans que Gemma ait eu le courage de parler à son confesseur de la grâce extraordinaire que Jésus venait de lui accorder. Elle savait Mgr Volpi très pris par un ministère difficile et prenant. À l’occasion du passage au siècle suivant, Léon XIII avait ordonné des missions dans toute l’Italie. Les pères Passionistes furent chargés d’évangéliser Lucques, ce qui plongea Gemma dans une grande joie. Jésus lui fit connaître qu’elle aurait un prêtre de cet ordre pour père spirituel. En outre, elle crut comprendre qu’il l’invitait à revêtir les habits qu’elle avait vus sur saint Gabriel de l’Addolorata. Elle était donc certaine d’intégrer bientôt les rangs des Filles de saint Paul de la Croix, à condition toutefois qu’elle s’ouvre des événements survenus à son confesseur. Après que le père Gaétan, un confesseur extraordinaire, suivi de Gemma elle-même, lui eurent parlé des stigmates, Mgr Volpi ne voulut pas conclure trop vite à une opération divine, reportant sa réponse à plus tard. Du reste, la jeune fille eut à subir violences, menaces et disputes de la part des siens à propos de ces phénomènes devenus désormais trop visibles pour demeurer cachés. Jésus vint alors à son secours.

Les Giannini sont une famille patriarcale de Lucques. Au début du XXe siècle, elle était composée du chevalier Matteo, de son épouse, de leurs douze enfants et de la sœur de Matteo, Mme Cécilia, bienfaitrice des Passionistes. Peu après la clôture de la mission de 1899, le père Gaétan parla de Gemma à cette dernière. Bientôt, la jeune fille devait rester continûment chez sa nouvelle protectrice qui lui prodigua, jusqu’à la fin, la plus vive affection et une attention aussi soutenue que discrète. Elle fut, notamment, le témoin privilégié des faits prodigieux. C’est en sa compagnie, chez les Giannini, que le père Pierre-Paul, provincial des Passionistes, futur archevêque de Camerino, en Ombrie, put constater, le 29 août, le phénomène des stigmates. Il en fera une relation exacte et détaillée à Mgr Volpi, le 3 septembre 1899, lequel, ému par les déclarations du père Gaétan et du père Pierre-Paul, décida de faire examiner la jeune fille par un médecin. Le vendredi 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge, en présence de Mme Cécilia, du chevalier Matteo Giannini, de son épouse Giustina, de Mgr Volpi et d’un médecin, Gemma entra en extase vers une heure de l’après-midi. Après avoir abondamment coulé, le sang s’arrêta subitement, sans laisser aucune trace. Le médecin, interdit, conclut à une crise d’hystérie, d’origine névrotique. Cependant, quelques heures plus tard, au sortir de l’église, Gemma, invitée par Mme Cécilia, pouvait montrer les stigmates à Mgr Volpi qui, d’ailleurs, n’en fut nullement étonné. Cependant, écrit Gemma, il lui fit « une nouvelle défense de toutes les choses extraordinaires du jeudi et du vendredi ».

Bien que de nombreuses personnes aient pu être témoins des stigmates, avant et après le 8 septembre, la visite médicale eut le pire effet sur les consciences. Gemma n’en voulut à personne. Au contraire, elle savait que cette méfiance humiliante, tout en servant sa simplicité, la rapprochait du Christ à qui elle disait :

Ô Jésus, m’aimez-vous davantage maintenant que tous m’appellent folle, qu’au temps où l’on me croyait sainte ? Oh ! maintenant, n’est-ce pas ?

En réalité, si les stigmates avaient été attestés par le médecin, on imagine sans mal les commentaires et les moqueries des habitants de Lucques.

Gemma ne fut pas seulement favorisée des cinq stigmates, elle connut les supplices de la Passion. Elle suait régulièrement le sang, quand elle méditait sur l’Agonie de Jésus au Jardin des Oliviers ; le premier vendredi de mars 1901, elle ressentit dans sa chair les coups de fouet de la flagellation ; le 19 juillet 1900, Jésus, après avoir enlevé la couronne d’épines de sa tête, la posa sur la sienne (ce qui devait se reproduire maintes fois devant témoins) ; enfin, Gemma avait l’épaule gauche creusée par le poids de la croix. Le père Germano poursuit ainsi la liste des autres tourments de la Passion auxquels participa Gemma :

À la dislocation des os du Sauveur pendant le supplice du crucifiement ; à l’horrible tension de ses membres cloués au dur gibet ; à l’exténuation de tous les organes de son corps sacré durant les trois heures de sa cruelle agonie ; à la soif brûlante qui le faisait s’écrier : Sitio. Le plus difficile à supporter, sans doute, fut l’épreuve du martyre intérieur. Gemma s’en explique dans son Autobiographie :

Après l'heure sainte, dit-elle, Jésus m'a […] dit qu'il […] allait juger de la sincérité de mon amour. Il m'a dit qu'il saurait à quoi s'en tenir […] quand je n'éprouverais plus aucun goût pour les choses du ciel et que mon cœur serait privé de tout réconfort. […] « Tu pratiqueras tous les exercices de dévotion, mais uniquement par nécessité, comme ayant l'esprit ailleurs et croyant perdre ton temps. Cependant tu croiras, mais comme si tu ne croyais pas ; tu espèreras toujours, mais comme sans espérer ; tu m'aimeras, comme sans m'aimer, parce qu'en ce temps je ne me ferai plus sentir. Pour comble, tu prendras la vie en dégoût, et tu auras peur de la mort, et il te manquera jusqu'au soulagement de pouvoir pleurer ». Jésus m'a dit qu'il voulait me traiter comme il avait été traité lui-même par son Père céleste.

Ainsi, se trouvait exaucée la prière de Gemma, demandant à Jésus de lui être en tous points semblable :

Vous êtes l’Homme des douleurs, je veux être la fille des douleurs.

 

 

 

 

 

 À suivre...

 

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité.

Crédit photographique : http://www.mackoo.com/toscane/lucca.htm que je tiens tout particulièrement à remercier.  

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Gemma Galgani (V)

Publié le par Bernard Bonnejean

La petite perle de Lucques

 

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Lucques (Lucca)

 

 

 


3.   LE MIRACLE DE 1899


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C

e retour à Lucques parmi les siens ne marque pas, pour Gemma, la fin de ses épreuves. Son état physique s’aggrave. La colonne vertébrale se dévie, elle souffre de méningite, perd l’usage de l’ouïe. Ses membres sont paralysés et ses cheveux tombent. Gemma commence par refuser qu’on l’ausculte, par pudeur. Cependant, un soir, un médecin appelé par la famille finit par l’examiner, pratiquement de force. Il diagnostique un gros abcès dans la région lombaire. Des confrères, appelés à la rescousse, déclarent unanimement que la jeune fille est atteinte du mal de Pott. Voici comment on décrit cette maladie aujourd’hui dans l’Encyclopaedia universalis :

Localisation vertébrale antérieure du bacille tuberculeux ; elle fait suite à une primo-infection avec dissémination hématogène de ce bacille. Le mal de Pott peut toucher n’importe quel étage du rachis : cervical, dorsal, lombaire. Il s’agit généralement d’une spondylodiscite, c’est-à-dire d’une atteinte du disque intervertébral, des plateaux vertébraux adjacents et des corps vertébraux sus- et sous-jacents. Les lésions creusent le corps de la vertèbre comme une carie, et à un stade avancé de la maladie peut se produire un affaissement de la ou des vertèbres atteintes, provoquant l’apparition des signes évocateurs de la maladie que sont la gibbosité en cas d’atteinte dorsale, les lésions neurologiques à type de paraplégies, les abcès froids paravertébraux.

Son traitement, qui doit être précoce, fait appel aux antibiotiques antituberculeux et à l’immobilisation en coquille plâtrée. La chirurgie est utile pour la réparation des complications locales.

La fréquence de cette atteinte a beaucoup régressé à l’heure actuelle dans les pays développés, et ce grâce à la prévention systématique de la tuberculose par la vaccination BCG et au traitement précoce des primo-infections tuberculeuses.

Inutile de dire que le dernier paragraphe de cet article ne peut s’appliquer à un malade de la fin du XIXe siècle. Les médecins de Gemma ne purent que lui prescrire quelques médicaments sans effet. 


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L

 

’infirme alitée s’adressait à Jésus qui satisfaisait, au-delà sans doute de ce qu’elle eût espéré, son désir de souffrir avec et pour lui. Elle espérait tirer de cette épreuve, elle qui eut toujours le péché en horreur, une purification propre à activer sa sanctification. Ainsi s’écoulèrent les jours, les semaines et les mois, dans la douleur, l’oraison et la résignation. Malgré son héroïsme, il arrivait que Gemma se plaigne à Jésus. Le père Germano affirme que son Ange gardien lui répondait alors de prendre patience, que ces afflictions physiques étaient nécessaires à la purification de son âme. La famille Galgani, de son côté, fit l’impossible pour obtenir la guérison de Gemma. Mais ayant épuisé toutes les ressources humaines pour parvenir à ce résultat, elle résolut enfin de se tourner vers le ciel. Gemma éprouvait une grande gêne à être ainsi à charge de ses chers parents. Jésus résolut de l’éclairer, imputant à son amour-propre son excessive confusion. Il l’exhorta à « mourir à elle-même ». Gemma en éprouva quelque consolation et recouvra la paix.


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B

Ientôt la ville entière de Lucques apprit l’état de la jeune fille. Des amies accoururent à son chevet pour constater ce qu’elles tenaient pour un prodige de patience. Gemma les accueillait en souriant, prodiguant témoignages de gratitude et paroles édifiantes. La perspective de la mort, leur disait-elle, lui était indifférente. Elle s’en remettait totalement à Dieu. Une des visiteuses eut l’idée de lui apporter la Vie de saint Gabriel de l’Addolorata, de la Congrégation des Passionistes, fondée par saint Paul de la Croix au XVIIIe siècle. Gemma ne le connaissait pas. Un jour qu’elle subit la tentation du désespoir, elle eut l’idée d’invoquer le saint et de s’écrier, comme lui :

L’âme d’abord, le corps ensuite.

Gemma recouvra aussitôt le calme. Progressivement, forte de cette expérience, elle sentit monter en elle une dévotion et une affection grandissantes pour saint Gabriel qui, la nuit suivante, lui apparut drapé d’un manteau blanc qui couvrait l’habit des Passionistes. 

 

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Saint Gabriel de l’Addolorata

Cependant, malgré les prières de sa famille, des sœurs de saint Camille et des sœurs de sainte Zita, on ne percevait aucune amélioration notable à sa douloureuse maladie. En outre, la situation financière des siens, criblés de dettes, ne cessait de se dégrader. Le 7 décembre 1898, veille de l’Immaculée-Conception, Gemma, mue par une sorte d’inspiration divine, promet à la Vierge d’entrer chez les Barbantines (sœurs de saint Camille) en cas de guérison. Elle en manifeste l’intention à son confesseur qui, non seulement l’approuve, mais encore lui permet de prononcer le vœu de virginité perpétuelle. Saint Gabriel de l’Addolorata vient la visiter, déposant sur le cœur de la jeune fille l’emblème des Passionistes. Le lendemain, Gemma reçoit l’Eucharistie. Janvier 1899 fut marqué par des supplices intolérables. Le 4, on l’opéra d’une abcès des reins sans anesthésie. Le 20, les médecins ne purent que constater la formation d’un abcès à la tête accompagné de fortes douleurs spasmodiques. Début février, tous s’accordaient à penser que c’était bientôt la fin. 


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Emblême des Passionistes 

L 

 

e 23 février 1899, une ancienne maîtresse de Gemma, venue lui dire adieu, la presse de faire une neuvaine à la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque. Peu avant minuit, la jeune malade entendit un bruit de chapelet, puis une voix qui se mit à réciter neuf fois de suite un Pater, un Ave et un Gloria. Gemma reconnut saint Gabriel qui récitait avec elle les prières au Sacré-Cœur. La neuvaine se termina le premier vendredi du mois de mars : elle se confessa, communia. Deux heures après, Gemma était debout, guérie. Jésus lui avait montré une statuette de la Vierge des Sept-Douleurs lui disant :

Je serai toujours avec toi, je te servirai de père, et ta mère, la voici. […] Rien ne te manquera, lors même que je t’enlèverai toute consolation et tout appui sur la terre.

Le père Germano, narrant le miracle, trouve heureuse « cette perte des joies humaines, compensée par le gain et la possession de Jésus ». Mort en 1909, il ignorait que Gabriel d’Addolorata et Marguerite-Marie seront tous deux canonisés le même jour, le 13 mai 1920. Et le 13 mai 1917, trois enfants du district portugais de Santarém, Lucia dos Santos, alors âgée de dix ans, et ses deux cousins, Francisco et Jacinta Marto, auront eu la vision, à Fatima, d’une femme très belle qui se fera connaître, le 13 octobre, comme étant Notre-Dame du Rosaire. 

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Sainte Marguerite-Marie


À suivre...

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité. 

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Gemma Galgani (IV)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La petite perle de Lucques

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2.   L'APPRENTISSAGE DE LA SAINTETÉ (fin)

 

 

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L

 

 

’année suivante, en 1896, Gemma oriente un peu différemment sa spiritualité. Elle qui contemplait le Christ crucifié, sentit grandir en elle le désir de lui ressembler et de l’aider :

Au milieu de mes nombreux péchés, je demandais chaque jour à Jésus la souffrance et beaucoup de souffrances.

Elle endurera avec courage pendant plusieurs mois les horribles douleurs provoquées par une nécrose à un pied. Le mal s’aggravera, et on sera obligé d’avoir recours à un chirurgien qui, diagnostiquant la gangrène, pronostiquera la nécessité d’une amputation. Il commence par une opération locale : il découvre l’os et le racle pour enlever les parties atteintes. Gemma est d’autant plus à la torture qu’elle a refusé toute anesthésie. Lorsqu’elle succombe à l’envie légitime de se plaindre, elle regarde l’image de Jésus crucifié et lui demande pardon de sa faiblesse. Finalement, Gemma guérit, mais ce fut pour endurer un autre type de douleur, morale celle-là. On sait que la jeune fille était la préférée de son père. Henri Galgani était un homme bon, simple, charitable, trop sans doute car certains cherchaient à en profiter. Tant et si bien qu’il se trouva complètement ruiné. La famille tomba dans la misère. Peu après, M. Galgani fut atteint d’un cancer à la gorge et Gemma l’assistait continûment. Il mourut le 11 novembre 1897, à l’âge de cinquante-sept ans. Les créanciers se précipitèrent pour récupérer les restes et Gemma racontera : « Ils portèrent la main à ma poche et m’enlevèrent les cinq ou six sous que j’avais ». Les six orphelins restaient sans ressources. Ils furent placés chez leurs oncles et tantes. Gemma fut recueillie par sa tante de Camaiore, Carolina Lencioni.

 

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C

 

 

omme autrefois à San Gennaro, Gemma éprouva quelques difficultés à mener à bien son idéal de sainteté chez sa tante de Camaiore. Loin de son confesseur, elle ne pouvait s’ouvrir de ses incertitudes. Lorsqu’on le lui permettait, elle se rendait en hâte dans l’église de la collégiale voisine pour adorer Jésus-Hostie. En outre, on l’autorisait à instruire chrétiennement les enfants et les pauvres. Parfois, au cours de ses promenades, ses pas la guidaient vers une Abbaye où l’on vénère une antique image de la Vierge. Gemma a alors vingt ans. Un témoin de l’époque décrit sa ravissante beauté, son port noble et plein de grâce. Elle ne pouvait laisser indifférents d’éventuels prétendants. L’un d’eux, un certain Roméo, s’entendit dire en guise de refus catégorique :

Je suis toute à Jésus, et à Lui seul, à jamais, iront mes pensées et tout mon cœur.

Une autre fois, l’oncle Lencioni escompte qu’un mariage avec un jeune homme riche et de bonne famille, qui s’est déclaré, relèvera les Galgani de la ruine. Gemma implore le secours divin : la jeune fille ressent des douleurs aiguës à l’épine dorsale et aux reins et prend prétexte de cet état de santé pour obtenir son retour à Lucques, ce qui lui est accordé. 

 

 

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À suivre...

 


© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité. 

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Gemma Galgani (III)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La petite perle de Lucques


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Place de l'amphithéâtre romain    

 

 

 

Léon XIII

 

 

Certains historiens de l’Eglise affirment que  Vincenzo Gioacchino Raffaele Luigi Pecci (2 mars 1810 – 20 juillet 1903) n’a dû son élection qu’à sa santé fragile. Désireux d’avoir un pape de « transition », les cardinaux ne pouvaient se douter qu’il allait rester souverain pontife pendant un quart de siècle. Juste après la proclamation du Royaume d’Italie et la fin du pouvoir temporel de l’Eglise, le secrétaitre d’Etat, le cardinal Rampolla, le convainquit de rester à Rome. Les catholiques parlèrent longtemps de lui comme « prisonnier du Vatican ».

 

Ses  encycliques sont restées célèbres et, pour quelques-unes, d’actualité :

Æterni Patris(1879) préconise la restauration des études thomistes, c’est-à-dire de la philosophie de saint Thomas d’Aquin.

Humanum Genus(1884) condamne avec une extrême violence la franc-maçonnerie.

Au milieu des sollicitudes(1892) invite les catholiques français au ralliement au régime républicain.

Rerum novarum(15 mai 1891) condamne le marxisme comme « plaie mortelle » pour la société mais dénonce le libéralisme ploutocrate et la servilité du prolétariat. Cette encyclique est encore considérée comme le fondement du « catholicisme social ».

 

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En tout, 86 encycliques, assez savantes, ouvertes sur les nouveaux problèmes du monde moderne. Cet intellectuel de haut niveau est aussi connu pour avoir renouvelé la recherche biblique afin d’accorder l’exégèse aux découvertes scientifiques de son époque. 

 


2.   L'APPRENTISSAGE DE LA SAINTETÉ


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G

 

emma fut-elle sainte dès l’enfance ? À lire les divers témoignages et son hagiographie, on peut le supposer. Beaucoup, dans son entourage, l’admiraient pour ses qualités et ses vertus. On la respectait, on la chérissait, on s’enthousiasmait devant elle, bien qu’elle fît tout pour rester ignorée. Elle gardait, à dessein, un air grave, voire taciturne, si bien que quelques-uns la croyaient altière ou orgueilleuse, accusation qui la fit beaucoup souffrir Elle se confessa maintes fois de ce défaut, sans qu’on n’ait encore aujourd’hui aucune raison de croire qu’elle l’eût jamais. Vive, ardente, volontiers irritable, elle restait lucide et perspicace. Se sachant de nature coléreuse, elle se dominait au point de paraître désarmée. Éprise de justice, elle semblait admettre qu’on l’accuse à tort, mais au prix d’un effort surhumain. Franche et sincère, elle n’aimait ni les cérémonies ni les façons. Peu prolixe, on la tenait pour timide alors qu’en réalité elle préférait le recueillement et la méditation à la discussion. Elle montrait beaucoup de zèle à pratiquer la vertu et à se mortifier, à proportion de son âge. Cependant, elle préféra très tôt remplacer les mortifications de la chair par la mortification de la volonté. Dès son jeune âge, elle connaît la nuit, la désolation spirituelle si bien décrite par saint Jean de la Croix : l’oraison lui répugne, son amour pour Jésus lui paraît un doux rêve sans consistance. Elle y répond par le détachement des affections terrestres, la communion, l’horreur du péché et la confession. À partir de 1890, alors que sa famille avait considéré jusque là sa piété excessive, on lui permet d’assister tous les matins à la messe, à se confesser tous les huit jours à Mgr Volpi et à passer ses soirées à adorer le Saint-Sacrement. 

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L

 

 

’année 1891 est décisive dans l’évolution de la spiritualité de la jeune fille. Gemma a treize ans. Les religieuses de l’institution Guerra ont l’habitude, tous les deux ans, de donner à leurs élèves un cours d’exercices spirituels. Gemma saisit l’occasion pour « [se] recueillir profondément en Jésus ». Par elle seule, c’est-à-dire sans aucune aide. D’une part, elle comprend que Jésus veut lui permettre de mieux se connaître elle-même et de se purifier pour lui plaire. D’autre part, elle médite sur le péché, convaincue elle-même de son indignité, méditant sur l’enfer, luttant contre la tentation du découragement par la répétition d’actes de contrition, jours et nuits. En outre, elle prend la résolution de s’entretenir intérieurement avec Jésus-Hostie et à ne plus parler que de choses célestes. Cette année-là, et les années qui suivent, on peut constater que, bien heureusement, la pratique religieuse est loin de porter ombrage à l’excellence des devoirs scolaires. Certes, Gemma remporte le « grand prix d’or de religion ». Mais elle récite aussi parfaitement les poésies apprises, est bonne élève en exercices français, en arithmétique, etc. On expose aussi quelques-unes de ses aquarelles. 

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C

 

 

’est encore dans les années 1890 que Gemma doit affronter la maladie. D’abord, son cher frère Eugène, destiné à la prêtrise, contracte, à son tour, la phtisie. Comme elle l’avait fait pour sa mère, Gemma prie jour et nuit à son chevet. Eugène meurt en septembre 1894. Puis, elle est atteinte à son tour d’une maladie grave. Elle doit rester alitée pendant plus de trois mois. Son père offre sa vie à Jésus pour sauver celle de sa fille. Il sera exaucé deux ans après, tandis que Gemma échappe à la mort annoncée. La convalescence est si longue qu’il n’est plus question de retourner à l’institution Guerra. Elle ne vivra plus désormais qu’au sein de sa famille, qu’elle prend sous son aile. 

 

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Chapelet de sainte Bernadette Soubirous de Lourdes

 

O n sait peu de choses sur cette direction fraternelle. Le père Germano, son directeur et son biographe, a avoué l’insuffisance de ses informations sur ce point. Il conjecture cependant qu’elle remplit cette mission avec un soin extrême. Elle transmit à ses frères et sœurs sa dévotion mariale, récitant avec eux le chapelet chaque jour, honorant le mois de Marie et le mois du Rosaire. Elle leur inculqua la dévotion à l’Ange gardien qu’elle ne cessera plus de contempler et d’invoquer. Elle leur inspira son amour inconditionnel pour les pauvres, la seule qualité qu’elle daigna jamais se reconnaître. Elle aurait voulu rester cloîtrée dans la maison familiale, mais son père lui confiait la surveillance des promenades enfantines, qu’elle faisait suivre de longues méditations dans la solitude de la si belle campagne toscane. Après qu’un jeune homme l’eut malencontreusement demandée en mariage, elle prit la résolution de ne plus sortir que pour se rendre à l’église et de se donner définitivement toute à Jésus. À partir de 1895, elle s’astreint à un emploi du temps exigeant : lever très matinal, prière, messe et communion ; le soir, visite au Saint-Sacrement, méditation, récitation du Rosaire, à genoux. C’est encore en cette année 1895 que sur la recommandation de son Ange gardien elle prend cette autre résolution :

Pour votre amour, ô Jésus, et pour ne plaire qu’à vous seul, je vous promets de ne plus porter d’objet qui sente la vanité, et de n’en parler jamais.

Elle tiendra parole jusqu’au bout, se revêtira d’une longue robe noire à col serré, sans porter ni bijoux ni parure. C’est ce qui frappe encore aujourd’hui l’observateur des photographies de cette très belle jeune fille, si féminine malgré l’absence totale de toute fantaisie vestimentaire. D’après le père Germano, cette apparition angélique de 1895 fut sans doute la première. Elle fut suivie d’autres, très fréquentes, qui s’ajoutaient aux visites de Jésus lui-même. 

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Sainte Gemma Galgani

À suivre...

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité. 

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Gemma Galgani (II)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La petite perle de Lucques

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Lucques (Lucca)

Lucques (Lucca en italien), peu éloignée des Apennins et de Viareggio, s'est construite au nord de Pise au pied du Monte Pisano.


Comme le montre la vue générale, l'habitat est regroupé sur une superficie assez peu importante. 

La ville ancienne

Déjà connu à l'époque des Ligures et des Étrusques, Lucca viendrait d'un étymon signifiant « marécages ». Les conquérants romains en ont assuré le développement à partir du IIIème siècle avant J-C. 


Très prospère au Ier et IIème siècle après J-C, les envahisseurs Goths et Lombards la considèrent comme la capitale de la Toscane. 


Au XIIIème siècle, Lucques reste riche grâce à la soie et au commerce. Cependant, elle va perdre son autonomie à cause des conflits entre Guelfes (partisans du pape) et Gibelins (partisans de l'Empereur) qui s'en disputent la possession. Malgré les efforts du Lucquois Castracani, Lucques finit sous la domination de Pise. 


Après 1400, c'est au tour de Florence d'exercer une pression politique et économique sur Lucques. Pourtant, la République de Lucques tiendra jusqu'au début du XIXème siècle. Napoléon l'érigera en principauté qu'il attribuera à sa soeur Elisa. En 1847, Lucques fait définitivement partie de la Toscane, puis du royaume d'Italie en 1960.

Gravure du XVIIIème siècle sur Lucques
Gravure du XVIIIème siècle sur Lucques


Notons, pour la petite histoire, que l'un des Lucquois les plus célèbres étaint le compositeur Pucci :


Lucques: le compositeur Puccini
Puccini 

Le célèbre compositeur Giacomo Puccini est né à Lucques en 1858, il a longtemps résidé dans cette ville et à Torre di Lago, au sud de Viareggio

Il a composé de nombreux opéras comme Manon LescautLa BohêmeToscaMadame ButterflyTurandot, ce dernier juste avant sa mort en 1924. 

Il est considéré comme l'un des plus grands compositeurs de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. 


Lucques: le compositeur Puccini

1.   LA PETITE ENFANCE (fin)

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I

 

nscrite dès l’âge de deux ans à la pension des demoiselles Vallini, où elle restera pendant cinq ans avec Eugène, Antoine, Angèle et Julie, Gemma apprend les lettres et les travaux manuels. Ses maîtresses témoigneront de son intelligence précoce, de son sérieux, de sa réflexion, de son calme imperturbable et de sa piété. À quatre ans, sa grand-mère l’a surprise à genoux aux pieds de son lit, devant un tableau représentant le cœur de Marie. À cinq ans, elle lisait avec facilité l’office de la Sainte Vierge et celui des morts, et étudiait le bréviaire. Réservée à l’extrême, elle refusait toute marque physique d’affection, même de son père dont elle refusait les caresses et les baisers. On saura bientôt que ce n’était point là pudibonderie, mais que, toute petite, Gemma avait décidé de ne s’accorder, corps et âme, qu’au ciel. 

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M

 

adame Galgani, tuberculeuse depuis cinq ans, souffrait le martyre. Dans la perspective de sa mort prochaine, elle s’empressait de donner une éducation religieuse à ses enfants qu’elle aimait à conduire au confessionnal. Gemma était à peine âgée de sept ans, lorsque sa maman, pressentant sa mort prochaine, lui demanda si elle accepterait de l’accompagner avec Jésus et les anges. L’enfant prit l’invitation tellement au sérieux qu’elle ne voulait plus quitter la chambre où agonisait sa mère, « de peur de manquer le moment de partir avec elle ». Bien que la tuberculose soit contagieuse, on la laissa prier à côté de la malade. Avant de mourir, madame Galgani voulut que sa fille soit confirmée. Le 26 mai 1885, on la conduisit à la basilique San-Michele-in-Foro où Mgr Ghilardi l’administra. Au cours de la messe d’action de grâces qui suivit, Gemma eut sa première locution surnaturelle. Elle l’a elle-même rapportée :

Une voix me dit soudain au cœur : « Veux-tu me la donner ta maman ? – Oui, répondis-je, à la condition que vous me preniez aussi. – Non, reprit la voix, donne-moi volontiers ta maman ; je te la conduirai au ciel. Toi, tu dois rester avec ton père ». Il me fallut bien répondre affirmativement.

Gemma avait ainsi appris concrètement deux vertus essentielles : le renoncement et l’obéissance. Cependant, les jours passaient et l’état de la maman s’aggravait. Le père finit par craindre pour sa fille et l’éloigna de Lucques. Chez l’oncle qui l’avait recueillie à San Gennaro, elle apprit que sa mère était morte le 17 septembre 1885. Elle fut immédiatement convaincue qu’elle était au Paradis et, jusqu’à la fin de sa vie sur terre, elle n’eut de cesse de demander de la rejoindre.

 

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G

 

emma ne fut pas heureuse chez son oncle et son épouse, Hélène Landi, sœur de sa mère. Il lui manquait une véritable direction spirituelle, personne ne lui parlant de Jésus, déjà son seul véritable amour. Enfin, en décembre 1886, sur les instances de son fils Eugène, Henri Galgani lui permit de regagner le domicile paternel. Elle est placée comme externe à l’institution des Sœurs de sainte Zita, appelée institution Guerra, où on lui donnera de solides connaissances littéraires et artistiques, une bonne formation religieuse et une piété sérieuse. Bientôt Gemma, tout à fait dans son élément dans cette nouvelle structure, sollicite la permission de faire sa première communion. Elle a neuf ans. C’est son confesseur, l’abbé Volpi, plus tard évêque d’Arezzo, qui avait fini par céder sacre-coeur-jesus.jpgà ses assauts, malgré son jeune âge. Afin de bien se préparer, elle obtint la permission de rester dix jours au couvent de ses maîtresses, seule, afin de prier et de méditer la vie et la Passion de Jésus, si intimement liée à l’Eucharistie. Pour la première fois, elle ressentit à cette occasion les douleurs de Jésus : quand sa maîtresse lui eut expliqué les supplices du Christ, elle fut saisie d’une douleur intense accompagnée d’une forte fièvre. Enfin, elle reçut la Communion le 19 juin 1887, en la fête du Sacré-Cœur de Jésus. Au moment où elle reçut l’hostie, elle se sentit brûler comme par un feu. Elle écrit avoir compris ce jour-là la promesse de Jésus : « De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi [Jn 6, 57] ». Tous les ans, elle considérera le jour du Sacré-Cœur comme celui de sa propre fête, celui où « [s]on cœur s’est trouvé le plus embrasé d’amour pour Jésus ». 

 

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Fra Angelico

 

À suivre...

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité. 

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Gemma Galgani (I)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La petite perle de Lucques

 

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Avant-propos

 

Pour qui écrivez-vous ? Pour quoi ? Pourquoi ?

Ces questions, essentielles, étaient souvent posées aux écrivains à l'époque où ils étaient peu nombreux. Aujourd'hui, l'homme moderne est si peu reconnu en tant que personne qu'il n'a pas trouvé d'autre moyen de reconnaissance que de se faire auteur. Malheureusement, combien vite s'aperçoivent la plupart avoir été victime d'un miroir aux alouettes ? Combien seront contraints à en déduire que leur génie propre le restera faute de talent. Mais comment résister aux promesses des marchands de soupe qui vous font miroiter l'Académie française pour le prix de quelques salaires ?

Je n'ai nulle honte à l'avouer : jeune instituteur, payé chichement, j'ai résolu, volontairement, de me faire publier à La Pensée Universelle. Un recueil de poèmes dont je n'étais pas peu fier. Sans intérêt ni littéraire ni autre. Ce fut ma seule et unique tentative de devenir poète professionnel.

Puis avec l'âge, le courage, l'expérience et les convictions, j'ai décidé de reprendre la plume pour la mettre au service du catholicisme. Aussi puis-je me permettre de répondre facilement aux questions posées initialement : pour l'Église universelle ; pour rien d'autre en particulier ; parce que je crois qu'Elle a besoin du secours de tous, chacun dans son domaine. 

Ainsi il m'arrive d'écrire des ouvrages de commande pour telle ou telle congrégation religieuse. C'est dans ce cadre qu'en 2006, une communauté nouvelle m'a demandé une courte biographie sur une des saintes les moins connues en France et les plus connues en Amérique du Sud : l'italienne Gemma Galgani. Je me suis exécuté. Le livre, je pense, a plu. Il n'est jamais paru et je crains fort qu'il n'ait été définitivement perdu par le commanditaire lors d'un déménagement. J'en ai retrouvé une copie. 

En cette période de Carême, j'ai décidé de le publier pour vous, chers lecteurs, chrétiens ou non, sur mon blog. C'est un beau cadeau. Du moins, je l'entends ainsi. Vous aurez, en le lisant, contribué à une seconde naissance, ce dont je vous remercie chaleureusement.

Bien vôtre,

Bernard Bonnejean 

 

 

 

 

1.    LA PETITE ENFANCE

 

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R

 

ien dans les circonstances de la naissance de Gemma ne nous semble anodin ni aléatoire. Quatrième enfant de huit, dont cinq garçons (trois l’ont précédée), cette aînée des filles de Henri Galgani, pharmacien chimiste originaire de Porcari, descendant du Bienheureux Jean Léonardi (†1609), le fondateur des Clercs réguliers de la Mère de Dieu, et d’Aurélie née Landi, son épouse, voit le jour à Camigliano, près de Lucques, en Toscane, le 12 mars 1878. Elle est baptisée le lendemain matin sous le nom de Gemma Maria. Elle mourra le Samedi-Saint, 11 avril 1903, à une heure de l’après-midi.

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D’emblée, il est bon de souligner une concordance troublante. Gemma Galgani est l’exacte contemporaine d’un pape, ou plutôt de son pontificat. En effet, le 20 février 1878, soient quelques jours avant la naissance de la future sainte, Vincenzo Gioacchino Pecci, cardinal de Pérouse, est élu successeur de Pie IX, après un bref conclave, sous le nom de Léon XIII. Il mourra le 20 juillet 1903, soient quelques trois mois après Gemma. Tous deux auront eu les mêmes vingt-cinq ans pour mener à bien leur mission. L’un, Lumen in cœlo, « la lumière dans le ciel » selon la prophétie de Malachie, au vu et au su de l’univers chrétien et du monde profane, – Gambetta, le même qui s’est exclamé : « Le cléricalisme ? Voilà l’ennemi » admirait en lui le fin diplomate –, restera dans l’histoire de l’Église comme un authentique génie capable de distinguer dans le monde moderne des principes inaltérables (dévotion au Sacré-Cœur, thomisme…), d’autres condamnés (rationalisme, franc-maçonnerie…), et, au contraire, des réalités nouvelles sur lesquelles l’Église devait s’ouvrir (essai de ralliement des catholiques français à la république, intervention dans la question ouvrière, organisation du laïcat catholique…). L’autre signera volontiers La povera Gemma, servant le Christ dans l’ombre, l’humilité et la contemplation. Le premier sera perle fine et éclatante ; la seconde gemme. Le père Germano, son directeur et biographe, dit que le prénom entre « dans l’ordre de la prédestination de certaines âmes privilégiées ». Or, rappelons-nous que, dans la Rome antique, le terme de gemma était employé pour signifier une gemme à l’état naturel, sans égard à sa gravure. Une pierre brute, en quelque sorte, sans artifice, sans apprêt, sans appareil.

 

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Pour la petite histoire, signalons une autre coïncidence curieuse : Jean-Paul II, beaucoup plus proche de Léon XIII qu’il n’y paraît au premier abord, a été élu pape en 1978, soit un siècle exactement après la naissance de la petite sainte.

 

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G

 

emma est donc toscane. Cette région d’Italie centrale a toujours fait rêver, et encore plus aujourd’hui. Depuis les années 1970, la Toscane est une région tertiaire et touristique. Presque toutes ses villes ont un patrimoine culturel important. Parmi les Toscans les plus célèbres, il faut citer Dante, Galilée, Botticelli, Léonard de Vinci, les Florentins Médicis. Napoléon Ier hissera sa sœur Élisa à la dignité de princesse de Lucques et de Piombino, en 1805, puis de grande-duchesse de Toscane en 1809. Lucide, ferme et active, elle passe pour avoir gouverné Toscane 2avec dextérité la principauté qu’on lui a confiée, mais plus en préfet qu’en souveraine. Aujourd’hui Prato (166 100 hab.) vit de l’industrie textile ; Pise (100 000 hab.) de son université, de son appareil commercial et de ses industries variées ; Livourne (166 400 hab.) est le port ; Florence (397 400 hab.), ville tertiaire plus qu’industrielle, est la capitale, connue dans le monde entier. Entre les 2 000 mètres de l’Apennin et les 2 000 mètres des Alpes Apuanes, d’où est extrait le marbre de Carrare, les deux tiers de la Toscane se composent de collines, de champs et de villages perchés, le paysage harmonieux des peintres de la Renaissance, plus âpre cependant du côté de Sienne. La plaine du bas Arno et celle de la Maremme, étaient autrefois malariennes et marécageuses. On y produira des légumes, du riz, du tabac, de la betterave à sucre et du tournesol. Ailleurs on cultive les céréales, la pomme de terre,Toscane-3.jpg l’olive et la vigne (vins de Chianti). Au tournant des XIXe et XXe siècles, des poètes français, entre autres, ont déjà fait de la patrie de Gemma leurs terres de prédilection. L’un d’eux, Louis Le Cardonnel, poète et prêtre, ami de Verlaine, y vivra, écrira-t-il, « dans une extase continuelle », en se « fluidifiant » et se « diaphanéisant » comme Fra Angelico avant lui. Pourtant, la Toscane de la Lucquoise – la famille s’installe à Lucques quand Gemma n’a que deux mois – n’est certes pas, nous le verrons, cette Toscane idéalisée des artistes et des écrivains.

 

 

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À suivre...

 

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité. 

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Ce que je crois

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Littérature

Complexité des enjeux

poétiques et spirituels

 

Conjuguer le Mystère de l'écriture et l'écriture du Mystère, voilà le défi auquel s'emploie Bernard Bonnejean. Le Mystère de l'écriture consiste à déplier la mécanique du style, incessant travail de la forme et du fond. Ceci est, comme l'indique le titre de l'ouvrage, un « dur métier », à jamais en chantier. La difficulté est comme redoublée si l'on postule que l'écriture touche au mystère de la foi, de Dieu, bref au Mystère.

 

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Comment articuler sans concurrence l'inspiration naturelle et le mouvement de la foi dépendant du rôle majeur joué par la troisième personne de la Trinité ? Cette articulation est-elle même possible sans que l'on soupçonne aussitôt le poète de prosélytisme (même déguisé), d'amateurisme, de mièvrerie ? Les interprètes n'ont pas manqué de tomber dans ce travers (voir les propos que rapporte l'auteur au sujet de Jammes avant et après sa conversion, p. 223). Question plus importante : la foi avec ce qu'elle suppose de contenus, de dogmes, d'histoire, de tradition présuppose-t-elle une forme particulière et privilégiée d'expression poétique ? Qu'en est-il dès lors de la liberté créatrice du poète ? À s'affronter ainsi à l'écriture du Mystère, de quelle manière le poète se révèle-t-il créateur sans démiurgie, sans orgueil ? Ceci entraîne ainsi une dernière interrogation (que le deuxième essai [p. 111-205] – le plus passionnant – s'ingénie à résoudre) : quel est le sens de la poésie ? « Sens » devant s'entendre comme signification et direction, postulant ainsi une compréhension métaphysique de la poésie.


BERNARD BONNEJEAN

Le Dur Métier d'apôtre. Les poètes catholiques à la découverte d'une réelle authenticité (1870-1914)

Paris, Éd. du Cerf, coll.« Cerf-Littérature », 2009- (13,5x22), 322 p.,32 €.

 

 

L'auteur se donne un cadre : les poètes catholiques du début du XIXe siècle, exactement entre 1870 et 1914. À relire ainsi Péguy, Verlaine, on peut mesurer combien la fibre spirituelle, loin de brider la créativité, peut exhaler un souffle prophétique et poétique d'une intensité rare lorsqu'elle rencontre un talent authentique, et ce loin de tout enrôlement. Pour ouvrir un commencement de réponse à ces interrogations, l'auteur étudie minutieusement les œuvres des poètes, en s'attachant à l’évolution de leur style. Sans raideur, mais avec une certaine technicité, il identifie trois champs de travail qui constituent les trois (gros) chapitres de ce livre touffu mais passionnant.

 

Le premier chantier concerne la délicate question de l'inspiration. L'auteur décrit la théorie de l'inspiration naturelle de Newman qui servira de matrice à la réflexion claudélienne sur l'inspiration (p. 52). La tentation a sans cesse été de délimiter la place du génie et celle de la grâce (p. 63). Comme à rebours, l'auteur part des positions officielles pour aller aux poètes, en traversant au passage les textes de Thérèse de Lisieux. Il arrive ainsi à Claudel, poète catholique (visant à l'universel) qui constitue la figure tutélaire du livre :



Le grand poète, que l'analyste distingue du poète de génie, doit aussi répondre à une vocation, en tendant toutes ses forces et toute sa volonté à accomplir une œuvre supérieure — il faut ici entendre une œuvre spirituelle — orientée dans le sens du beau, du bien, de la perfection (p. 100).


Cette vocation taraude la réflexion poétique de Claudel, partagé entre le poète et le saint : « Pour Claudel, il est toujours nécessaire de revenir sur l'idée que la poésie est essentiellement prophétie et inversement » (p. 109). Le mérite de ce chapitre est de refuser l'identification trop facile entre les deux figures. Elles méritent d'être distinguées pour elles-mêmes.

 

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Métaphysique et poésie

L'auteur engage alors une réflexion sur la portée métaphysique de la poésie (2e chapitre). Là encore, Claudel est, par son Art poétique, celui « qui contribuera à définir, de façon définitive, ce qu'est la poésie catholique vraie » (p. 113). Parce qu'elle s'intéresse au monde et aux choses concrètes, s'étonnant sans cesse de leur existence, la poésie est métaphysique. Elle répond à sa manière à la question traditionnelle : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? La manière dont la poésie connaît les réalités du monde est alors décisive. La postulation métaphysique de la poésie s'accompagne d'une pensée du monde comme création. Une véritable théorie de la connaissance est nécessaire. L'auteur s'emploie à la décrire dans la poésie de Claudel en travaillant le texte difficile de l'Art poétique (p. 163-175), dégageant la trame philosophique et thomasienne du poète (p. 170 et p. 175-.184). Il y eut, selon l'auteur, des précurseurs : Baudelaire, Rimbaud (p. 152) et Mallarmé (p. 140) ont ouvert la voie avec des fortunes diverses. Les analyses se révèlent convaincantes même si personnellement nous résistons sur la pente métaphysique que l'auteur donne à Baudelaire. Elle n'est pas si ferme que ce dernier le prétend (p. 131). Si nous sommes d'accord avec l'auteur pour réserver notre jugement sur le degré du « catholicisme » baudelairien, il nous semble que des poèmes comme « Le goût du néant » (LXXX dans Les Fleurs du Mal) fragilisent une posture baudelairienne uniquement métaphysique (« Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur / Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute. / Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute ? » )

La théorie de la connaissance de Claudel minutieusement décrite établit une relation entre l'existence de Dieu et celle du monde créé en une vision théocentrique de l'univers. Cette connaissance n'est pas vantarde : elle ne prétend pas tout résoudre (voir les emportements claudéliens contre la science de son temps, p. 168).

Puisque toute chose existe au présent, le poète se fait le commentateur, le témoin et le contemplateur de l'instant où s'élabore perpétuellement la solidarité mystérieuse qui lie de manière indissociable l'homme et l'univers (p. 176).

 

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Cette solidarité s'exprime entre Dieu, l'Être seul définitivement et de toute éternité immobile en qui préexiste l'ordre parfait statique, et l'existence passagère et animée d'un mouvement perpétuel. Cette solidarité se traduit par l'idée de « vibration » suggérant cet aller-retour incessant de la créature entre deux forces : la fuite hors de son origine et la résistance que lui oppose la forme. Le poète est image du Poète suréminent qu'est Dieu : son rôle est de saisir la structure et la syntaxe de la nature, par la métaphore. L'auteur dégage avec beaucoup de subtilité la vision théocentrique de Claudel qui servira d'archétype à la pensée théologique de Balthasar (voir les p. 183-184). Notons les pages magnifiques consacrées au rôle du poète dans la création (p. 185-197). L'admiration de l'auteur pour Claudel n'est pas envahissante mais mesurée : il a « pu concevoir un système opérant qui donne un sens sinon vrai, du moins cohérent de l'esthétique poétique, ancré dans une religion reconnue par un grand nombre » (p.203).

 

Image du Poète suréminent
qu'est Dieu, le rôle du poète
est de saisir la structure, la syntaxe
de la nature, par la métaphore

 


Dernier dossier plus complexe : de quelle manière la conversion de tel ou tel poète

engage-t-elle un changement de facture de sa poésie ? La question vaut d'être posée tant la poésie catholique a voulu gagner une rigueur formelle au risque, plus ou moins avéré, de sombrer dans l'ennui. Autre question passionnante pour le théologien mais que l'auteur laisse de côté : la relation entre les dogmes et leur formulation :

Les grands mystères du dogme catholique peuvent-ils se développer pleinement dans une langue imparfaite, et dans une poétique qui servirait de moule à l'expression de sentiments qui pour être nobles n'en restent pas moins terrestres et temporels ? (p. 206).

La seule manière de répondre à la première question est de le vérifier dans le texte des poèmes. Suit une étude technique diachronique pour les cinq poètes. Verlaine reste comme souvent une exception laissant libre cours à l'imagination, « reine des facultés ». Chez Jammes, il y a corrélation explicite et voulue entre orthodoxie catholique et une poésie qui tend à la rigueur et à la discipline formelle. Chez Claudel, une étude de la répétition et aussi, plus inattendue, une étude du phénomène du « blanc », de l'espace entre les mots reconduisent le poète et la poésie, par analogie au grand poème de la création. Il y a interaction entre les intentions poétiques et le dessein spirituel. Chez Péguy, le dessein spirituel et métaphysique porte la conception de l'écriture. Cela ne se fait pas sans résistances (voir Victor-Marie, Comte Hugo qu'il aurait été judicieux d'analyser).

 

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Éloge de la vie spirituelle


Au terme de la lecture de ces trois dossiers, on peut s'interroger. Il est certes difficile de prouver scientifiquement, de manière indubitable, une symétrie parfaite entre les contraintes poétiques formelles et l'expérience chrétienne. D'ailleurs, les poètes lus y tendent sans y parvenir complètement. Est-ce si grave ? C'est tout le jeu de l'analyse que de nous plonger dans ce processus complexe. Ensuite, la volonté de délimiter les champs de compétence des uns et des autres est louable, mais ne risque-t-elle pas de scléroser le sens ? La révélation de la complexité des enjeux poétiques et spirituels évite les simplifications convenues et les terminologies abusives. En nous plongeant dans l'atelier du poète, l'auteur nous convie au mouvement (tout claudélien) de la vie spirituelle qui se déploie selon les charismes de chacun et en ce domaine, rien n'est jamais figé.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

P. J.-B. SÈBE




 

 

 

 

 

 

 

© Esprit & Vie n° 232 . Février 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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