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La bataille de Roussy II

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Coutûmes de la banlieue nord-est parisien

 

Ce jour-là, pluvieux et froid, il me vint une idée. Pourquoi continuer à manger seul dans un appartement vide de son occupante, alors qu'à deux pas de voiture venait de s'ouvrir le palace de la mangeaille prolétarienne, le hard discount de la gastronomie banlieusarde : un Flash flambant neuf, assez pour prendre goût à l'Amérique — « 7J/7 », « 24H/24, dimanche et W-E compris » — et « savourer les offres du moment » ? L'idée était bonne ; restait à la concrétiser.

 

 

Après quelques kilomètres à tourner en rond, les tympans gâtés par les klaxons d'autochtones pecnophobes, me voici enfin garé dans la travée 312 bis gauche, juste face à la porte 45 a.  « Un prodige ! », me dis-je, quand je prends conscience que la travée et la porte coïncident parfaitement avec l'entrée dudit restaurant. Fier de ma débrouillardise provinciale, je m'engage en conquérant vers l'entrée des délices urbains : 

« Votre nouveau Flash a le plaisir de vous accueillir porte 53 b ».

Me suis-je pensé : « Si je reprends la voiture, il n'est pas certain que je trouve une place où me garer. Allons-y pedibus cum jambis ».

Affamé, trempé, transi de froid, j'arrive enfin porte 53, mais a, la b étant à l'opposite de la a, porte de secours condamnée pour cause de sécurité.

Enfin, me voici parvenu à destination. Je suis tout à coup assailli d'un doute anxiogène. Les sortants ont des airs de condamnés à vie ou de croque-morts qui se prennent trop au sérieux. La cuisine serait-elle en cause ? Ou l'augmentation des prix ? La TVA à 5,5 ?  Ou la culpabilité ?...

 

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A peine la porte franchie, je me trouve nez à nez avec un noir colossal, une armoire à glace africaine toute de bleu marine vêtue. Cherchant à l'éviter, je me dirige tremblant vers les pancartes annonçant les plats disponibles. Le molosse bartolonéen me hèle : « Il faut prendre la queue », qu'il me dit, sans accent. Devant mon air interrogatif, il me regarde drôlement. Il me montre alors, d'un doigt menaçant, une file comme on n'en a pas vue chez nous depuis les bons d'alimentation.

J'ai de la chance. Je « prends la queue » derrière une très jeune fille, 18 ans depuis la veille, habillée comme beaucoup de ses consœurs, sans qu'on puisse savoir si elles sont employées à la sécurité sociale ou si elles font le tapin aux abords de la place Maurice Thorez. Elle se retourne : je la trouve assez appétante pour lui donner le nom secret de « Bouche d'or ».

On arrive enfin aux caisses. Ici on paye avant de manger. Comme disait ma maman : « Tu fais comme tout le monde et tu dis rien. Je ne veux pas que mes enfants soient autrement que les autres ! » Je paye donc une andouillette de Troyes virtuelle. Et je prends une autre queue. Pas la bonne, évidemment, ce qui fait que je me retrouve dans une énième queue derrière Bouche d'or qui a profité de l'aubaine pour prendre de l'avance, entre un asiatique et un maghrébin. On entend hurler le cuistot : « Vous la voulez comment, qu'il braille pour singer l'enthousiasme, bleue, à point ou très cuite ? ». Il n'écoute pas la réponse puisque, de toute façon, tout est jeté sur le grill.
 

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J'ai enfin mon andouillette et j'ai le droit à tous les
légumes « à volonté ». Sauf que tout le monde veut des frites.

Et c'est là que le drame a commencé.

L'asiatique arrivé le premier se sert copieusement. Trop copieusement. Il n'a laissé dans le récipient que de quoi nourrir une anorexique. Même si je n'ai tendu qu'un bras timide, je me sens d'ores et déjà impliqué, mais, en Suisse, je joue la neutralité, excluant toute prétention à une faible part de la pitance convoitée. En revanche, sur un coup d'œil maladroit du Chinois en direction de l'adversaire :

« Espèce d'égoaste chin'toque, enculé de pédo de mes deux », qu'elle dit Bouche d'or ! J'en déduis que le féminisme progresse dans la région, mais je me dois, en toute justice, de changer le surnom de la demoiselle.

— Salop'ri' vaginal', réplique le Chinois, et j'en déduis que sous ces tropiques la misogynie n'est pas morte. Et le voilà qui fond sur sa proie en s'écriant : « Montjoie, Seine-Saint-Denis ! »

Un carnage !

La jeune fille fut héroïque. Ce n'était plus Bouche d'or, c'était Gorgone. Les misérables sont les formidables. La banlieusarde s'était transfigurée en euménide. Cette coquine quelconque, vulgaire, ignorante, inconsciente, venait de prendre brusquement les proportions épiques du désespoir. Les grandes douleurs sont une dilatation gigantesque de l'âme ; cette future mère, c'était déjà la maternité ; tout ce qui résume l'humanité est surhumain ; elle se dressait là, au bord du bac à frites, devant cet embrasement, devant ce crime, comme une puissance sépulcrale ; elle avait le cri de la bête et le geste de la déesse ; sa face, d'où tombaient des imprécations, semblait un masque de flamboiement. Rien de souverain comme l'éclair de ses yeux noyés de larmes ; son regard foudroyait la haine.
 

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Le Chinois, vainqueur triste, demeurait immobile, comme s'il avait pris la mesure de son adversaire.

Quant à moi, je restai quelques instants rêveur au bord des bacs à légumes, comme si j'avais voulu laisser au gouffre de flamme le temps de prendre un parti. Puis sans me hâter, lentement, fièrement, j'enjambai le corps inanimé de la nouvelle Jeanne, et, sans me retourner, droit, debout, adossé aux chaises, ayant derrière moi l'horreur, faisant face à l'Hercule subjubué, je me mis à gagner la sortie en silence avec une majesté de fantôme. Tous les assistants tressaillirent, il se fit autour de moi un recul d'horreur sacré comme autour d'une vision. Moi, cependant, je m'enfonçais gravement dans l'ombre ; pendant qu'ils reculaient, je m'approchais d'eux ; ma pâleur de marbre n'avait pas un pli, mon regard de spectre n'avait pas un éclair ; à chaque pas que je faisais vers ces hommes dont les prunelles effarées se fixaient sur moi dans les ténèbres, je semblais plus grand, et l'on eût dit la statue du commandeur redescendant dans le sépulcre.

Seule la voix du Maghrébin osa briser ces minutes solennelles :

« Allah est grand », s'écria-t-il.

Ce à quoi, sur le pas de la porte, en guise d'adieu, je répondis :

« Je ne dis pas, c'est bien possible. Mais vous n'emporterez pas les frites au paradis ».

Je repris ma voiture et j'arrivai à la clinique où je vis Momo confortablement installée entre un Kabyle français qui n'aimait pas les Algériens et une Française née en Kabylie qui aurait bien aimé retourner en Algérie. Tous trois étaient heureux et clamèrent à l'unisson la cause de leur ravissement :

« Aujourd'hui, on a eu des frites ! »

 

 

De nos envoyés spéciaux Bernard Bonnejean et Victor Hugo, auteur de Quatrevingt-treize (préfecture Bobigny).

 

Publié dans humour grinçant

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Lettre à mes amis de facebook

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Facebook, un réseau social ?

 

En vérité, vous vous satisfaites trop facilement des [éloges]. Parce que vous distribuez le sel et l'épice, parce qu'on distingue en vous l'originalité des images, un humour d'époque ou encore certain accent humanitaire, vous vous croyez reconnus. Il ne s'agit pas de se faire connaître mais d'abord d'aimer, la reconnaissance ne vient que par la suite.
Je ne vous apprendrai sans doute rien en vous disant que dans la faune des "gens de lettres" [façon facebook] les loups sont beaucoup plus nombreux que les moutons. La coutume est d'apprivoiser le mouton pour tout aussitôt l'abstraire. Evitez la démarche des moutons et pour cela méfiez-vous des dithyrambes et des articles simplement élogieux. Le jaloux détracte, l'envieux loue. Recherchez dans [les commentaires] tous les papiers acides. Lisez-les s'il vous faut à tout prix un fortifiant mais au grand jamais ne vous laissez point surprendre par ces caresses dont la patte de velours cache mal les griffes qu'elle porte. On a dit de Max Jacob qu'il ne dut son entourage de jeunes poètes qu'à son habileté à manier l'encens et la pommade. C'est possible. Je vous signale toutefois qu'il m'écrivait, ou du moins quelque chose d'approchant : "Quand il s'agit de toi devant moi je dis tout le bien que je pense, mais entre nous, permets-moi de t'engueuler".

René Guy Cadou, 1978, p. 478.

 

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René-Guy et Mme Hélène Cadou

 

Ainsi parle le cofondateur, en 1941, avec Jean Bouhier, Max Jacob, Luc Bérimont, et Michel Manoll, de l'école de Rochefort-sur-Loire, un village angevin perdu au milieu des côteaux du layon festifs et du très aristocratique quart-de-chaumes, roi des blancs et blanc des rois. Sa charmante épouse aimait à raconter comment le 20 octobre 1941, son mari René, à bicyclette, « a croisé le camion qui emmenait les otages qui chantaient. On allait les fusiller dans la carrière de Châteaubriant. Cette vision l’a absolument bouleversé. René a écrit le poème des Fusillés de Châteaubriant où il dit que « la mort est une chose simple puisque toute liberté se survit ». Parmi eux, souvenez-vous, il y avait le jeune Guy Môquet.

René-Guy, quant à lui, a échappé au ratissage du maquis de Saffré, dans la région nantaise. Il aurait pu être le trentième fusillé de Saint-Herblain. Voici comment il en réchappa. Alors qu'il passait à proximité, « un officier allemand l’a arrêté et lui a demandé : « Qui êtes vous ? Sortez vos papiers ». René a répondu : « Je suis poète ». L’Allemand lui a dit  : « Partez mais partez vite ». Il a eu le remords du privilège que lui avait accordé la poésie ». Sans doute ce remords fut-il accentué par la mort en déportation de Max, son père-maître (« Les cahiers Cadou, n°1 », éd. du Petit-Véhicule).

 

 

Louis Guillou évoque Max Jacob

 

Un poète n'est donc pas qu'un artiste au sens où l'entendent les gens raisonnables :  Il participe de l'histoire de son temps et de son pays, de la famille et de la société qui l'ont modelé sans parvenir à le corrompre, des injustices et des bonheurs de ses contemporains. Un poète se doit sans doute plus encore d'être vivant parmi les vivants. Seuls des enfants immatures peuvent encore se demander si la poésie, si l'art est utile. Je ne puis que répéter cette phrase fameuse du grand Mallarmé que je cite de mémoire :  « L'art a pour devoir social de donner une issue aux angoisses de son époque ».

Mais j'irai plus loin avec Bourdieu. Il n'est pas d'artiste, de créateur sans quelqu'un qui sache être le vecteur de son art :


« Bref, il s'agit de montrer comment s'est constitué historiquement le champ de production artistique qui, en tant que tel, produit la croyance dans la valeur de l'art et dans le pouvoir créateur de valeur de l'artiste. Et l'on aura ainsi fondé ce qui avait été posé au départ, au titre de postulat méthodologique, à savoir que le « sujet » de la production artistique et de son produit n'est pas l'artiste mais l'ensemble des agents qui ont partie liée avec l'art, qui sont intéressés par l'art, qui ont intérêt à l'art et à l'existence de l'art, qui vivent de l'art et pour l'art, producteurs d'œuvres considérées comme artistiques (grands ou petit, célèbres, c'est-à-dire célébrés, ou inconnus), critiques, collectionneurs, intermédiaires, conservateurs, historiens de l'art, etc. »

 

Et en cela, j'ose affirmer que facebook ne remplit pas son office de réseau social. Non facebook en tant qu'institution, mais en qualité de vecteur d'expression libre. Il faudrait croire en une micro-société utopique dégagée des intérêts majeurs de notre civilisation pour envisager la possibilité d'un outil ouvert à tous, uniquement tourné vers le service, au bénéfice du plus grand nombre.

Le fait est que facebook, formidable réseau riche de promesses, est déjà gangréné par les marchands du temple qui soutiennent leurs objectifs mercantiles avec une arme imparable : la flagornerie servile.

J'avoue humblement, chers amis, une naïveté imbécile qui m'a trop longtemps fait croire qu'il était possible, en cet espace dit de libre parole, d'exprimer des jugements objectifs, totalement dénués d'arrière-pensées, avec le sentiment d'exercer un droit acquis par l'étude et l'expérience. C'était compter sans la jalousie, l'envie, l'ambition, le désir de paraître, la soif de gloire et de reconnaissance... D'intentions pures et honnêtes, gratuites, on a fait un travail de sape ourdi par un provocateur dénué de scrupules à la solde de puissances obscures.

Parce que jamais je ne dirais d'un poème, écrit par un débutant plus ou moins talentueux qu'il est "génial", "superbe", "magnifique" etc., on a conclu que mon unique but était de dénigrer la beauté pour faire valoir ma laideur.

 

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On en a déduit que ma méchanceté de critique déteignait forcément sur mes jugements en matière de politique.

Parce que je persiste à croire que le sionisme intégral, consistant à relancer la colonisation après une période de moratoire (la plus élémentaire intelligence consisterait à la prolonger au moins pendant la période des négociations) est nuisible et criminel, on me taxera d'antisémite. Un fou m'a même accusé de reprendre les arguments du tristement célèbre Edouard Drumont !! Un fou qui tient le haut du pavé puisqu'il est le créateur d'un groupe puissant prônant la paix israélo-palestinienne !!!

 

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Catholique, comme lui, donc...

 

Parce que je refuse de trouver quelque justification à l'assassinat d'innocents par des terroristes palestiniens, qui ne le sont que rarement, ignobles lâches qui agissent dans l'ombre au nom d'un Allah-Dieu, ami de l'humanité dont il est le créateur, je suis un dangereux sioniste.

Parce que je refuse d'intégrer un parti, quel qu'il soit, uniquement par peur d'une discipline trop oppressante, on m'accuse de bouffer à tous les râteliers, moi qui n'ai eu de cesse, depuis mon arrivée, de souhaiter une alliance entre Mme Ségolène Royal et ce qu'il reste de la démocratie chrétienne.

Parce que je refuse que l'appareil solférinesque nous prenne, nous sympathisants non socialistes, pour des veaux à usage électif, un rôle qu'on s'apprête à nous donner au cours de primaires inutiles, confirmé par les propos sans ambigüité de M. Claude Bartolone, on me dénie le droit de me déclarer de gauche.

Et parce que je suis catholique pratiquant, tout en m'accusant sans preuves d'homophobie, d'antiféminisme, d'intolérance sexuelle, une hystérique hindoue, épouse d'un faux écrivain à la manque, un couple que je n'oublierai jamais, pousse le vice jusqu'à insinuer une pédophilie inhérente à ma confession.

Tout cela fait qu'aujourd'hui, mes très chers amis, tout en vous gardant dans mon cœur, je ne vous parlerai plus sur facebook. Cependant, mon mur restera ouvert pour mes articles d'over-blog. 

Un dernier mot pour me justifier ? Un mot trouvé dans ma boîte aux lettres, un mot parmi de multiples autres à propos des sentiments qu'inspire le couple maudit :


Bonsoir Bernard !

Tout d'abord je tiens à vous remercier très sincèrement pour la correction apportée à mon poème ! J'ai des difficultés et vos commentaires comme toujours me conviennent. Pour la mise de vos critiques sur mon mur, je suis en pleine réflexion ! Je me sens trop fragile pour affronter les polémiques ! Ce n'est pas à vous que je pense, c'est à certaines personnes dont je tairais le nom ! Je laisse libre interprétation à votre finesse d'esprit ! De votre côté, je pense que vous souffrez de ce manque de compréhension ! Je me trompe peut être mais vous avez du cran ! Je vous embrasse. A bientôt !
 

X.


On appelle ça des "pressions" ! C'est pour vous, chère X, que j'abandonne la place, pour que vous n'ayez plus cette épée de Damoclès pendue au-dessus de votre tête chaque fois que je vous aurai dit que j'aime ce que vous faites.

Merci à Linda qui m'a fait le cadeau suivant et que je garde précieusement comme une marque d'amitié sincère.

 

Hommage de Linda Pyontka Reeves

 

Tous et toutes, vous pouvez désormais aller sur Rimes et déraison sans avoir peur, puisque je n'y suis plus. Je suis page 325 du livre de Linda, et je m'y sens bien.

A bientôt sur mon blog, joignable sur mon mur facebook

 

Bernard, qui vous aime.


 

 

 

 


 

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© adeau peau lis

Publié le par Bernard Bonnejean

Promotion pour la page "© adeau peau lis" :

 Poésie contemporaine

 

 

qui prétend mettre l’accent sur l’invention d’une

 

langue dans la langue  

(formule de Marcel Proust  reprise par  Gilles Deleuze),


rompant avec les modalités ordinaires de l’énonciation en 

même temps qu’avec le mètre traditionnel. 

 

 Poème extrait du recueil inédit "Les éclusiers sur le méandre", écrit par Bernard Bonnejean, critique littéraire, auteur de ce blog, spécialiste de la poésie française des XIX et XXème siècles.

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Lire la page "© adeau peau lis".

Publié dans poésie

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La Chapelle de la Clarté (II)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

à Perros- Guirec, dans les Côtes d'Armor

 

Voici donc la deuxième partie de l'article que j'ai écrite pour wikipedia et dont Spendeau (IP 88.168.48.112), sous couvert de "fusion", m'a dépossédé. Mes amis d'over-blog ne perdront pas au change car j'ai ajouté les photos prises cette année et qui ne figureront pas sur la célèbre encyclopédie en langue française. En revanche, si les wikis étrangers traduisent, je leur en ferai volontiers cadeau, puisque le climat délétère français ne les a  pas encore gagnés. Bonne lecture.

 

 

Chapelle Notre-Dame de La Clarté (Perros-Guirec) - II

  


 

II - Le Pardon    

 

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Le tantad, ou feu de joie, sur le tertre

de la Clarté, la nuit du 14 août 2009


Il serait faux de ne voir dans le pardon de La Clarté, comme dans tous les pardons bretons d'ailleurs, qu'une des multiples animations touristiques de l'été.


a) Historique    

Le pardon de Notre-Dame de la Clarté en Perros-Guirec correspond chronologiquement à deux réalités concomitantes du XVe siècle : la construction de la chapelle et l'instauration, comme dans toute la Bretagne, d'une cérémonie religieuse appelée communément « pardon » en français. En effet, à partir du XVe siècle, la noblesse bretonne construit des églises. Les pèlerins se réunissent alors en foule pour obtenir le pardon de leurs péchés.

Donc, dès l'origine, il s'agit bien, à Perros comme ailleurs, d'un culte pénitentiel et non d'une simple fête mariale. Cependant, suite aux événements d'août 1944, imputés à l'intercession miraculeuse de la Reine de la Paix, Notre-Dame de la Clarté fut couronnée, et le Pardon prit une autre dimension.

 

b) Le Tantad    

Traditionnellement, le pardon commence le 14 août vers 21 heures, dans la chapelle, par une veillée de prière où se mêlent cantiques, lectures, sermon, et parfois scènes mimées. Depuis quelques années, l'ensemble des cérémonies est axée sur un thème, le plus souvent moral et religieux. C'est souvent l'occasion pour les fidèles de prendre contact avec le principal officiant, appelé « pardonneur », soit l'évêque du lieu, soit un évêque invité.

À l'issue de la cérémonie, la foule se rend en procession, avec croix, statues et bannières, sur le tertre où après la lecture d'un passage de l'évangile, commenté au cours d'un prêche, le « pardonneur » se rend au milieu du plateau, pour mettre le feu à un amas d'ajoncs disposés en cône. C'est le « tantad », l'équivalent du feu de la Saint-Jean très apprécié de la foule par les belles nuits d'été. Puis quelques fidèles regagnent la chapelle en procession après le chant du Salve Regina pour assister à la messe de vigiles.

 

c) La grand-messe et la procession   

La messe épiscopale du 15 août est le moment le plus solennel du pardon de Notre-Dame de la Clarté. Tous les prêtres de la région sont conviés à la concélébrer autour de l'évêque « pardonneur ». La cérémonie commence par une procession de la chapelle au podium dressé sur le tertre qui domine la mer. Chaque paroisse (ou relais paroissial) porte la statue de son saint patron, son reliquaire ou ses ex-votos, en costumes traditionnels bretons, précédés ou suivis des bannières. La statue de Notre-Dame de la Clarté couronnée et le cortège des prêtres et de l'officiant clôt la procession. D'emblée, les touristes néophytes sont surtout attirés par les costumes noirs des femmes mariées et blancs des jeunes filles. La grand-messe revêt une solennité que les organisateurs entendent donner à l'événement. Elle est célébrée en français, très peu en breton pour les cantiques, et souvent, pour honorer les hôtes étrangers de passage, en quelques mots de langues étrangères.


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Bannière dessinée par Maurice Denis et qui porte le vœu

du seigneur de Barac'h : « Notre-Dame de la Clarté,

Priez pour nous. Sauvez-nous. Ave Maria 1924 ».

 

L'après-midi, la foule se presse à nouveau sur le tertre pour la procession et la récitation du chapelet. L'ordre des processionnaires est quasi immuable. Le Trévou-Tréguignec ouvre la marche suivi de Trélévern. Vient ensuite Louannec avec les reliques de saint Yves, puis Pleumeur-Bodou, Trébeurden, Trégastel, Kermaria-Sulard, Perros et Notre-Dame de la Clarté. On y récite cinq dizaines de chapelet, entrecoupés de cantiques. Traditionnellement, les trois derniers « Ave Maria » de chaque dizaine sont dits en breton. La procession se termine sur la place de la chapelle par un Salut au Saint-Sacrement célébré devant les porteurs de bannières rangés en demi-cercle. Le pardon se termine par les remerciements du recteur au pardonneur, la bénédiction des enfants et le chant breton traditionnel Kantig ar Bugel d'ar Werc'hez (« Cantique de l'Enfant à la Vierge ») qui alterne avec le Cantique du couronnement, en langue française.

 


Actualités 2010 

  • 14/08/2010 21h00 : messe anticipée de l'Assomption de la Vierge Marie (15 août) ; Veillée Mariale suivie du Tantad.
  • 15/08/2010 07h00 : première messe de l'Assomption de la Vierge Marie.
  • 15/08/2010 08h30 : deuxième messe de l'Assomption de la Vierge Marie.
  • 15/08/2010 10h30 : troisième messe de l'Assomption de la Vierge Marie.
  • 15/08/2010 15h30 : Célébration Mariale avec procession traditionnelle.

Le « pardonneur », Monseigneur Lucien Fruchaud,[8] évêque du Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier depuis le 8 juin 1992, âgé de 75 ans, toujours en activité dans l'attente de son successeur, (Monseigneur Denis Moutel lui a succédé le 20 août 2010), a présidé la messe solennelle, la célébration mariale et la procession.

 

Notons en outre, cette année encore, la présence habituelle à toutes les cérémonies, depuis vingt ans, de l'écrivain Bernard Bonnejean.[9

 

Notes 

  1. François-René de Chateaubriand, Les Mémoires d'Outre-Tombe, X, 8.
  2.  Archives départementales des Côtes d'Armor (E 1483).
  3. Matthieu, 2, 35.
  4. Description du wandera
  5.  Édition originale : Paris, G. Charpentier, Éditeur, 1877. Un cœur simple, La légende de Saint-Julien l'hospitalier, Hérodias.
  6. Avec Trestraou, l'une des deux grandes plages de Perros-Guirec
  7.  JOUAN, Yvonne, op.cit. infra, pp. 55-56.
  8. Annonce de la renonciation au Pape . Un ouvrage collectif intitulé À cause de Jésus et de l'Évangile, phrase tirée de l'Évangile de Marc qui sert de devise à Mgr Fruchaud, édité par l'association diocésaine de Saint-Brieuc et Tréguier, a été tiré à 4 000 exemplaires pour rendre hommage à l'évêque
  9.  Les liens du Mayennais Bernard Bonnejean avec les Côtes d'Armor sont très étroits. Il les a traduits notamment dans le chapitre III de Clio et ses poètes (éd. du Cerf, 2006, pp. 149-167), « Du règne de Satan à la victoire de Dieu. Renan, l'Antéchrist, corrupteur de la France », où il relate, non sans humour, l'« affaire Renan » à Tréguier (l'inauguration de la statue, place du Martrais, et la revanche du parti catholique avec l'érection du "Calvaire de protestation")

 

Bibliographie 

  • Yvonne Jouan, Chapelle Notre-Dame de la Clarté, Perros-Guirec, éd. d'Art Jack, Louannec, juillet 2006, (ISBN 2-9526402-2-X)

Ne partez pas sans regarder l'album photo sur  la colonne de droite.

 

Je tiens à remercier tout spécialement Mgr Fruchaud, évêque de Saint-Brieuc-Tréguier, pour avoir permis la survivance de ce grand Pardon que, nous, Mayennais en vacances dans les Côtes d'Armor, n'aurions, toutes ces années, manqué pour rien au monde. Bonne retraite, cher Père.

 

Bernard Bonnejean

 


Publié dans religion

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La Chapelle de la Clarté (I)

Publié le par Bernard Bonnejean

à Perros- Guirec, dans les Côtes d'Armor

 

On a beau ne pas être susceptible, il est des circonstances où il faut savoir se faire respecter. L'article que vous allez lire, je l'ai entièrement écrit, mot pour mot, pour wikipedia en langue française. Un individu sans scrupules a cru, par un tour de passe-passe assez grossier, pouvoir m'en déposséder. Il se fait appeler Spendeau et son IP est 88.168.48.112. Je veux bien collaborer gratuitement à la rédaction de cette encyclopédie, mais je n'entends pas qu'on me prenne pour le faire-valoir local. Tout m'appartient jusqu'aux photos prises sur place. Bonne lecture.

 

 

Chapelle Notre-Dame de La Clarté (Perros-Guirec) - I

 

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La Chapelle de Notre-Dame de la Clarté en Perros-Guirec,

illuminée pour la veillée du 14 août 2009.


Notre-Dame de la Clarté (en breton : Itron Varia ar Sklaerder) est le nom donné à une chapelle dédiée à la Vierge Marie, située dans le bourg de La Clarté sur la commune de Perros-Guirec en Côtes-d'Armor (Bretagne).

 

I- La chapelle   

a) La légende    

Une légende costarmoricaine du XVe siècle, dont personne ne soutiendrait aujourd'hui l'absolue véracité, raconte qu'un certain seigneur de Barac'h, en Louannec, faillit s'échouer avec son escadre près des Sept-Îles. La brume était si épaisse que la mort des marins semblait inéluctable. Tous, à genoux, firent un vœu à Notre-Dame : le commandant lui élèverait une chapelle si elle opérait une trouée salvatrice dans le brouillard. Le miracle eut lieu et le seigneur de Barac'h fit édifier la Chapelle de Notre-Dame de la Clarté.

Beaucoup plus tard, en août 1944, les troupes américaines avaient projeté de bombarder Mez Gouez, un camp retranché à 200 mètres de la chapelle. En représailles, les 600 Allemands pointant leurs canons sur Perros menaçaient de bombarder la ville. Les 7, 8 et 9 août, la brume couvrit Perros-Guirec empêchant les destructions. Le 10 août, les Allemands se rendaient sans opposer de résistance.


b) La question du fondateur    

La tradition locale a toujours maintenu que la construction de la chapelle fut ordonnée en 1445 par Pierre de Tournemine, sieur de Barac'h, d'origine anglaise. Les Tournemine de Barac'h étaient-ils de la famille de l'évêque de Tréguier, Geoffroy de Tournemine, qui nomma saint Yves recteur de Louannec en 1293 ?


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La voûte restaurée et la tribune ornée

des deux bannières de N.-D. de la Clarté.


Toujours est-il qu'un des leurs, Édouard, vicomte de Pléhérel, eut dans sa descendance des barons de La Hunaudaye qui s'allièrent aux Chateaubriand et aux du Guesclin. Sa dernière héritière, Geneviève de Coskaër épousera Louis Le Peletier, président à mortier du Parlement de Paris.

Cependant, en 1627, deux témoins chargés de constater les droits de la famille Coskaër sur la chapelle, Jean Loz de Coatgourhant et Dom Yvon Pezron affirment que les armoiries du fondateur figurent en la maistraisse viltre de la chapelle ainsi que son écusson en bosse au hault du pignon du Levant. Or, armoiries et écusson sont ceux de Roland IV de Coëtmen, parti en croisade en 1458.

On peut donc affirmer, avec les archives départementales des Côtes d'Armor, que Roland IV, fondateur de la collégiale de Tonquédec et seigneur de Ker Uzec en Pleumeur-Bodou fut aussi le fondateur de la chapelle de la Clarté. A sa mort survenue à Rhodes vers 1470, son bien passa aux Coskaër de Rosanbo, dont une des descendantes fut Aline, comtesse de Combourg, la belle-sœur de François-René de Chateaubriand.[1] 

 

c) L'extérieur    

Classée Monument Historique, le 30 mars 1904, Notre-Dame-de-la-Clarté appartient au style flamboyant breton. On remarque d'emblée certaines irrégularités qui contribuent à son originalité sans nuire à l'harmonie : un seul transeptméridional ; une tour carrée surmontée d'un clocher ajouré en granit rose qui semble ne pas faire corps avec l'ensemble architectural. L'église est entourée d'un enclos comportant, en son centre, un socle de granit du XVIIe siècle orné d'un tronc en bois ferré pour les offrandes. Plus loin, une croix érigée par Mre Guillaume Salaün qui la fit ériger en 1630.[2] 

Le linteau du porche est remarquable. On ne peut trouver plus chargé de symbole que cette Annonciation faisant face à une Pietà, comme un rappel de la prédiction du vieillard Syméon : « Toi-même, une épée te transpercera l'âme ! »[3]On peut voir aussi, autour d'une fenêtre à meneaux, l'inscription « Le Carro », des armoiries devenues illisibles et, plus haut, une Vierge-Mère.

 

d)L'intérieur   


1- Le porche   

Dallé de plaques de schiste de Brélévenez, voûté de deux travées d'ogives, flanqué, selon la tradition, de deux bancs de délibération en pierre, le porche vaut, avant tout, par sa statuaire du XVIIe siècle en bois polychrome :


La_Clarte_en_Perros_Guirec_Le_Christ_en_Croix1.jpg


Le Christ en croix, statue de saint Yves

et l'une des stations du chemin de croix.


  • Sainte Anne, consacrée officiellement patronne des Bretons, le 26 juillet 1914, apprend à lire et à prier dans une Bible à Marie, sa fille.

 

  • Les quatre évangélistes


Saint Matthieu en homme ailé, symbole de la naissance

Saint Marc, accompagné d'un lion, de la résurrection

Saint Luc et son bœuf, de l'immolation

Saint Jean en aigle, de l'Ascension

 

  • Sur les vantaux de la porte de chêne (classés Monuments Historiques en 1994) :


Saint Jean-Baptiste portant une brebis

Saint Pierre, la clef à la main

La Vierge et l'Annonciation

L'ange tenant en main le sceptre du pouvoir

Saint Paul armé de l'épée avec laquelle on le décapitera


2- La nef et le bas-côté septentrional 

Les anciennes descriptions font état d'un jubé du XVe siècle, détruit comme la plupart des jubés bretons au XVIIe siècle, sous le prétexte qu'ils empêchaient les fidèles de voir l'officiant. De la même façon, la chaire a aujourd'hui disparu. Elle faisait face au Christ en Croix du XVe siècle.

À l'entrée, un bénitier du XVe siècle classé aux Monuments Historiques, le 30 mars 1904, est orné de têtes de Turcs ou de Maures, faisant mémoire de la Prise de Constantinople en 1453. En bas, au centre, une tête de lion rappelle la miséricorde. À droite, un lapin, signe de la fertilité. Au sol, sous le bénitier, une pierre sculptée représentant une croix, un calice et un ciboire marque l'emplacement de la tombe du chanoine Gouronnec, curé de Perros-Guirec enterré sous le porche en 1939, initiateur de restaurations importantes.

Le grave incendie du 7 janvier 1995 a causé de multiples dégâts et exigé des réfections importantes, dont la voûte qui s'effondre le 26 mai 2000. Restaurée en 2006, elle est de bois, en forme de carène renversée. À dominante jaune, rehaussée de motifs récurrents, elle est éclairée par des luminaires contemporains discrets, ce qui présente l'avantage de clarifier l'ensemble.

Parmi les nombreux ex-votos, on peut remarquer, outre les plaques traditionnelles de marbre, de granit rose ou gris, des maquettes de bateaux, témoignages de dangers surmontés par leur capitaine et leurs marins : un brick d'un certain L'Hériment, inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1994, un paquebot inscrit en 1983, un wandera[4], un yacht à vapeur, un thonier et un trois-mâts barque.

 

3- Le transept droit 

On l'appelle aussi chapelle Saint-Joseph ou chapelle Saint-Samson.

Le fondateur en est Yvon de Lannion, lieutenant général de l'amirauté du duc de Bretagne. Briand II fut un compagnon fidèle de Bertrand du Guesclin. Après que les Anglais eurent ravagé le Léon et le Trégor, en 1375, Charles V dédommagea la famille en l'anoblissant. En 1445, date de l'édification de la chapelle, Yvon est chevalier, sieur de Cruguil par un mariage qu'a contracté Briand avec Marguerite de Cruguil. Au moment de la réfection de la voûte au XXe siècle, on a découvert un papier caché selon lequel les travaux auraient été exécutés grâce à la gabelle.

 

4- Le mobilier 

  • La statuaire, malgré sa variété, est remarquable et ne brise pas l'harmonie de l'ensemble. On remarque notamment, dans la partie principale, un Saint-Fiacre reconnaissable à sa bêche ;


La_Clarte_en_Perros_Guirec_Mgr_Gilson_pardonneur_2009.jpg

Mgr Georges Gilson, Archevêque émérite de Sens-Auxerre,

Prélat émérite de la mission de France, pardonneur à La Clarté en 2009.

une Sainte-Anne en bois peint, du XXe siècle, oeuvre d'un couple d'artistes du Finistère et un Saint-Yves entre le riche et le pauvre, représentation assez conventionnelle du mondialement célèbre Yves Hélory de Kermartin. Dans le transept droit, on remarque un Saint-Samson revêtu de ses ornements épiscopaux de l'abbaye de Dol de Bretagne, un Saint-Nicolas, patron des matelots, un Saint-Julien-l'Hospitalier qui n'exista probablement jamais, mais auquel Gustave Flaubert s'intéressa tout particulièrement dans ses Trois Contes[5], un Saint-Hervé, le Finistérien de Plouzévédé, protecteur de la volaille contre les renards, et des fidèles contre le démon et enfin un Saint-Tugdual, pape du VIe siècle, vénéré à Tréguier et à Laval.

  • Le retable du XVIIe siècle, dont la construction a commencé le 4 juillet 1767,est ainsi décrit sur l'acte de commande : « (un autel retable et un tabernacle surmonté d')une niche en bois non vicié afin d'y placer l'image de la sainte Vierge de Notre-Dame de la Clarté au milieu de l'autel, avec, sur le côté droit de la dite niche une pareille figure que celle du côté gauche ». La statue de la Vierge, du XVIe siècle a été classée en 1999.
  • Les vitraux, du XXe siècle sont de l'atelier de Sainte-Marie de Quintin. On remarquera surtout la grande maîtresse-vitre. 

  •  
  • 5-Le Chemin de croix 

 

Œuvre du célèbre Maurice Denis (1870-1943), les quatorze tableaux du Chemin de Croix ont été réalisés par le « Nabi aux belles icônes », dans sa propriété de « Silencio » achetée en 1891 à Trestrignel.[6]C'est après la fondation des Ateliers d'art sacré, en 1919, que devenu le théoricien du groupe, Maurice Denis travaille sur son Chemin de Croix.

Yvonne Jouan rapporte ainsi le commentaire d'un spécialiste qu'elle omet d'identifier :

Les quatorze tableaux se développent presque unanimement dans des tonalités claires, sinon pastel. On y retrouve l'essentiel de ses conceptions, décorateur et peintre chrétien, dans un curieux mélange de notations historicistes (les costumes des légionnaires romains) et d'orientalisme (les remparts et les ruelles de Jérusalem)[7]

 

 

Notes 

  1.   François-René de Chateaubriand, Les Mémoires d'Outre-Tombe, X, 8.
  2.  Archives départementales des Côtes d'Armor (E 1483).
  3.  Matthieu, 2, 35.
  4.   Description du wandera
  5.  Édition originale : Paris, G. Charpentier, Éditeur, 1877. Un cœur simple, La légende de Saint-Julien l'hospitalier, Hérodias.
  6.   Avec Trestraou, l'une des deux grandes plages de Perros-Guirec
  7.  JOUAN, Yvonne, op.cit. infra, pp. 55-56.
  8.  Annonce de la renonciation au Pape . Un ouvrage collectif intitulé À cause de Jésus et de l'Évangile, phrase tirée de l'Évangile de Marc qui sert de devise à Mgr Fruchaud, édité par l'association diocésaine de Saint-Brieuc et Tréguier, a été tiré à 4 000 exemplaires pour rendre hommage à l'évêque
  9.  Les liens du Mayennais Bernard Bonnejean avec les Côtes d'Armor sont très étroits. Il les a traduits notamment dans le chapitre III de Clio et ses poètes (éd. du Cerf, 2006, pp. 149-167), « Du règne de Satan à la victoire de Dieu. Renan, l'Antéchrist, corrupteur de la France », où il relate, non sans humour, l'« affaire Renan » à Tréguier (l'inauguration de la statue, place du Martrais, et la revanche du parti catholique avec l'érection du "Calvaire de protestation")

 

à suivre

Bernard Bonnejean

Publié dans religion

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Sans commentaires

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Sans commentaires, j'ai dit !

 

vendredi 10 septembre 2010

Retraite complémentaire 210 millions d'euros pour B. Tapie

 

Tropicalboy

 

 

retraite_tapie

linkVisitez son site lire_la_suite78 http://sarkozix.canalblog.com/

 

 

Sophia Aram - France Inter
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 Sophia Aram - France Inter
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Couverture de The Economist

du vendredi 10 septembre 2010

 

 

  La couverture de The Economist.

 

 

NO COMMENT !

 

Bernard Bonnejean

Publié dans humour dangereux

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Les cabaniers de la maternelle

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

En hommage aux victimes

de politiciens incultes

 

Lorsque j’étais petit, je n’étais pas grand. Cette réalité, qui ne m’a pas autrement marqué, je l’ai acceptée d’emblée comme inéluctable, avec la certitude précoce que ça ne durerait pas. Je dois avouer une certaine prédisposition naturelle à l’acceptation des êtres et des choses imposées, avec une sorte de lâcheté méprisante pour la fatalité qui ne m'a guère quitté depuis. Je n’étais donc pas du style à m’exclamer devant une mère qui d’ailleurs avait autre chose à faire qu’à s’extasier à nos premiers mots d’enfants : « Un jour je s’ras grand comme toi, dis maman ? » Surtout que je n'ai jamais été pressé de progresser dans une vie enrichie pourtant par autant de victoires que de défaites. Cette résignation ne m’a d’ailleurs pas valu plus de désagréments que les autres.


Lorsque j’étais petit, donc, maman m’avait mis à l’Asile. Ne faites pas ces yeux ronds, attendez les explications avant de vous alarmer ! On appelait « Asile », dans notre petite commune d’Ernée, l’école maternelle libre, c’est-à-dire catholique, et non « privée » comme on dit aujourd’hui chez les transfuges fourestiers bornés et chez les snobs bobos  intellos qui la singent. Elle était mixte à la façon de ce temps-là : la cour de récréation était partagée en deux parties, l’une réservée aux filles, l’autre aux garçons, les deux communautés séparées par un mur. Il faut croire que depuis la guerre, la civilisation moderne a trouvé un grand intérêt à l’usage de ces élévations artificielles : l’Atlantique, Berlin, Gaza, nettement moins inhumaines, sans doute – l’essentiel est d’y croire – que les barbelés électrifiés. J’étais dans la classe de Mademoiselle Courtade, une très vieille dame adorée qui, à ma grande surprise, a survécu pendant des décennies à  son déjà grand âge.


Je la vois un peu comme ça.

 

Un jour, Mademoiselle Courtade, sans nous prévenir pour nous faire la surprise, nous fit mettre en rang en plein milieu d’une leçon d’alphabétisation pour petits français où je m’ennuyais ferme, ayant compris depuis belle lurette ce qu’elle s’escrimait à faire comprendre aux moins rapides. J’ai appris plus tard l’utilité réelle de ce « B.A BA » qui à l’époque me plongeait dans une très grande perplexité, n’y trouvant pas plus de sens que de profit. Je ne trouvais pas utile de répéter le « F.I FI » écrit magistralement sur le petit tableau, puisque justement ça y était écrit, ne pouvant m’imaginer qu’on pût y lire autre chose. Et pourtant, j’appris plus tard que certains de mes copains y lisaient ce qui n’y était pas, pendant que d’autres n’y lisaient rien du tout !  


Nous n’avons pas été bien loin : au croisement des places des Châtelets et Voisin qui surplombe la rue du Moulin. Quel spectacle ! Nous étions en rond, serrés les uns contre les autres, devant de drôles de gens qui n’avaient vraiment pas l’air d’être de chez nous. Des « étrangers à la commune » ! Mais de bien étranges étrangers, comme jamais on n’en avait vus, même au Majestic, où pourtant on avait quand même vu Youl Brunère qui nous faisait bien rire avec ses « etc. etc. etc. » et Michel Strogoff, en personne, objet d’éternelles discussions entre les « c’est du blüff » et les « pisque j’te dis qu’c’est pour de vrai ». La question était d’importance après-guerre : soit un brave type attaché à un poteau et un sale type, jaune et mal fagotté, qui lui passe une épée chauffée à blanc sur les yeux ; le gentil en sortira-t-il aveugle ou momentanément mal voyant, ayant réussi à baisser les paupières à temps ?



 

  Pauvre Courte Jurgens, juste après !

 

Sans compter les bizarres intra-muros, dont je m’interdis de citer les noms : les ivrognes que l’on faisait semblant de pourchasser et qui se vengeaient en faisant semblant de nous courir après ; le « p’tit communiste », dont je vous ai déjà parlé ; le drôle de bonhomme que maman et moi avions rencontré sur le marché, le crâne entouré de bandelettes, une énigme pour moi à laquelle ma mère avait mis un terme en déclarant, froidement, sans même sourire : « C’est parce qu’il a essayé de se mettre la tête dans un trou trop petit ! » Je me souviens même avoir vu passer, sur la nationale, un camion bâché rempli de pauvres gars presque comme nous, de grands bandits sans doute puisque sur leur passage on avait posté des gendarmes en mitraillettes ! Mon cousin et moi, on aurait bien voulu y toucher à leur mitraillette, mais leurs propriétaires n’ont pas voulu ! Il paraît que c’étaient des Algériens, des méchants qui faisaient du mal à mon grand frère, là-bas, dans un pays inconnu.

 

 

greve fln dans alger en 1957

Quelque chose comme ça, en effet, en 1957...

Mais, pour revenir aux Châtelets, des bizarres comme eux, alors là, on en n’avait jamais vus !!! Si mes souvenirs sont bons, ils n’étaient que trois : deux hommes qui faisaient le spectacle et une femme qui lavait le linge dans un baquet.  Je crois bien que c’est ce jour-là que Mademoiselle Courtade nous a appris les mots « guirlande » et « lampions ». Ils en avaient accrochés à leur roulotte et même pendues au haut mur au pied duquel  ils s’étaient installés. C’était donc la fête : une fête pauvre, misérable, comme il en avait existé depuis des siècles dans notre France. Mademoiselle Courtade nous avait dit que c’étaient des « artistes ». Si petits que nous soyons, nous savions que les artistes n’étaient pas comme ça. Pourtant, ils en avaient la fierté, le talent, les costumes, et même le bagou, incompréhensible d’ailleurs.  Ils savaient tout faire : cracher le feu, les « galipettes », le jonglage.


Un jongleur à Beaubourg.

 

Arriva le moment du clou du spectacle, le bouquet final. Un des deux hommes alla chercher, de je ne sais plus où, un quadrupède très sale et probablement très vieux, attaché au cou par une chaîne. Il était censé nous épouvanter. Pauvre bête ! On voyait bien à son air morose qu’il aurait surtout eu besoin de nos caresses. Seule Mademoiselle Courtade semblait un peu craintive : elle nous expliqua que l’ours pouvait nous tuer d’un coup de patte. Comme elle était très gentille, elle s’empressa d’ajouter :  « Même sans le faire exprès, bien sûr ». Mais ça faisait longtemps que nous avions décidé, mes camarades et moi, de craindre plutôt l’homme que l’ours et le vieux cheval qui tirait la roulotte.


 

Des montreurs d'ours

 

Quand nous sommes sortis de l’Asile, les « cabaniers », « roulotiers », « romanos » étaient déjà partis. Ils n’étaient donc venus que pour nous.

 

Aujourd’hui que des abrutis incultes les chassent, mes copains et moi leur disont « Merci ». Et je leur offre, rien que pour eux, ce poème de Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary de Wąż-Kostrowicki, né polonais, sujet de l'Empire russe, devenu grand poète français sous le nom de Guillaume Apollinaire :

 

Saltimbanques

 

A Louis Dumur.

Dans la plaine les baladins

S'éloignent au long des jardins

Devant l'huis des auberges grises

Par les villages sans églises

 

Et les enfants s'en vont devant

Les autres suivent en rêvant

Chaque arbre fruitier se résigne

Quand de très loin ils lui font signe

 

Ils ont des poids ronds ou carrés

Des tambours, des cerceaux dorés

L'ours et le singe animaux sages

Quêtent des sous sur leur passage

Guillaume APOLLINAIRE, Alcools (1913)

© 1920 Éditions Gallimard

 

 

 

Yves Montand, de son vrai nom Ivo Livi,

saltimbanque français d’origine italienne.

 

Bernard Bonnejean

Publié dans culture humaniste

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Greve nationale

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

GREVE

 

 

NATIONALE

 

 

 

SARKOZY

 

 

DEHORS !!!!

Publié dans vie en société

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Article premier de la Constitution

Publié le par Bernard Bonnejean

 

de la cinquième République française

 

 

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

 

Ils disaient tous Ma France ou la France éternelle
Et chacun te prenait un peu de plume à l'aile
Mais quand l'ennemi arriva
Les guérites étaient là
Mais plus les sentinelles

Ils disaient tous Ma France ou la France éternelle
Moi je t'aimais et je ne disais rien,
Je n'avais pas seize ans, France, tu t'en souviens
Ils disaient tous ma France ou la France éternelle

Je n'ai rien dit, moi, j'étais trop enfant
J'ai pris le fusil de la sentinelle
Et puis c'est fini maintenant
France, pardonne-moi si je te le rappelle
Je me sens si seul par moment.

Jean-Pierre Rosnay, alias bébé


Ecoutez ce poème interprété par l'auteur:
France, extrait du CD "Un soir au Club des Poètes"

 


France-divisee.jpg

 

Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion.

 

IndienWayana.jpg

 Un petit Français

Juifs-de-Paris.jpg

 Des Français de Paris


musulmanes-francaises.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'autres Françaises                     

             

tsiganes-francaises.jpg

 Encore d'autres Français

 

 

Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

 

OECUME-1.JPG

La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. » 

 

 

 
 
 
Marianne, ne laisse pas des ratés tyranniques te molester !


Courage ! Nous exilerons ce trublion impuissant et bouffi d'orgueuil à Pataouchnock ! Même les siens n'en veulent plus !!!
 
Oui à la démocratie ! Non à l'oligarchie friquée !
Bernard Bonnejean

Publié dans vie en société

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Histoire sans paroles : de Vichy à l'UMP

Publié le par Bernard Bonnejean

DSC01100 

à l'attention des boutefeux et autres

Hortefeux

 

 

 



 DSC01099.JPG

 

Drancy, mémorial.

 

En juillet 1941, le gouvernement hongrois déporte vers l'Ukraine, occupée par les Allemands, quelque 20 000 juifs de Ruthénie subcarpatique, prise à la Tchécoslovaquie en 1939. La plupart d'entre eux sont assassinés par des détachements d'Einsatzgruppen à Kamenets-Podolski  .

En août 1941, László Bardossy, premier ministre du royaume de Hongrie, promulgue la "Troisième loi juive" qui interdit aux non-juifs le mariage et les relations sexuelles avec des Juifs. Six mois après le massacre de Kamenets-Podolski, en représailles d'actes de résistance, les troupes hongroises massacrent 3 000 otages serbes et juifs en Yougoslavie, près de Novi Sad (Wikipedia).

 

   Arrestation de Juifs à Budapest en 1944

 

Berceuse chantée par les mamans roms

dans les camps de la mort

 

"Silence, faites silence,

Des tombes poussent là-bas.

Plantées par l'ennemi

Elles verdissent avec du sang.

Des chemins mènent vers PONARY

Aucun chemin n'en revient.

Le père a disparu la-bas

Emportant notre bonheur.

Tais-toi mon coeur.
Tais-toi mon enfant.

Pleurer ne sert à rien,

Jamais nos bourreaux ne comprendront notre douleur.

Même les mers ont des rivages

Même les prisons ont des murs,

Seule notre peine n'a pas de fin."

 

Numeriser0004.jpg

 

 


 

Un holocauste commence toujours par des bruits de bottes qui rassurent les gens honnêtes

 

 


Merci très chère Régina Zilberberg Choukroun d'avoir rendu l'honneur à la communauté juive de France, vous qui ne vous abaissez pas à manger dans la main de Sarkozy, fils de Hongrois qui a fui l'armée russe, avant d'épouser une juive de France.

 

Demain, les sans-grade de la Shoah seront doublement pleurés et honorés.

 

En communion avec les victimes juives et roms, et leurs survivants,

 

Bernard Bonnejean

 

Publié dans martyre

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