Gemma Galgani (I)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La petite perle de Lucques

 

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Avant-propos

 

Pour qui écrivez-vous ? Pour quoi ? Pourquoi ?

Ces questions, essentielles, étaient souvent posées aux écrivains à l'époque où ils étaient peu nombreux. Aujourd'hui, l'homme moderne est si peu reconnu en tant que personne qu'il n'a pas trouvé d'autre moyen de reconnaissance que de se faire auteur. Malheureusement, combien vite s'aperçoivent la plupart avoir été victime d'un miroir aux alouettes ? Combien seront contraints à en déduire que leur génie propre le restera faute de talent. Mais comment résister aux promesses des marchands de soupe qui vous font miroiter l'Académie française pour le prix de quelques salaires ?

Je n'ai nulle honte à l'avouer : jeune instituteur, payé chichement, j'ai résolu, volontairement, de me faire publier à La Pensée Universelle. Un recueil de poèmes dont je n'étais pas peu fier. Sans intérêt ni littéraire ni autre. Ce fut ma seule et unique tentative de devenir poète professionnel.

Puis avec l'âge, le courage, l'expérience et les convictions, j'ai décidé de reprendre la plume pour la mettre au service du catholicisme. Aussi puis-je me permettre de répondre facilement aux questions posées initialement : pour l'Église universelle ; pour rien d'autre en particulier ; parce que je crois qu'Elle a besoin du secours de tous, chacun dans son domaine. 

Ainsi il m'arrive d'écrire des ouvrages de commande pour telle ou telle congrégation religieuse. C'est dans ce cadre qu'en 2006, une communauté nouvelle m'a demandé une courte biographie sur une des saintes les moins connues en France et les plus connues en Amérique du Sud : l'italienne Gemma Galgani. Je me suis exécuté. Le livre, je pense, a plu. Il n'est jamais paru et je crains fort qu'il n'ait été définitivement perdu par le commanditaire lors d'un déménagement. J'en ai retrouvé une copie. 

En cette période de Carême, j'ai décidé de le publier pour vous, chers lecteurs, chrétiens ou non, sur mon blog. C'est un beau cadeau. Du moins, je l'entends ainsi. Vous aurez, en le lisant, contribué à une seconde naissance, ce dont je vous remercie chaleureusement.

Bien vôtre,

Bernard Bonnejean 

 

 

 

 

1.    LA PETITE ENFANCE

 

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R

 

ien dans les circonstances de la naissance de Gemma ne nous semble anodin ni aléatoire. Quatrième enfant de huit, dont cinq garçons (trois l’ont précédée), cette aînée des filles de Henri Galgani, pharmacien chimiste originaire de Porcari, descendant du Bienheureux Jean Léonardi (†1609), le fondateur des Clercs réguliers de la Mère de Dieu, et d’Aurélie née Landi, son épouse, voit le jour à Camigliano, près de Lucques, en Toscane, le 12 mars 1878. Elle est baptisée le lendemain matin sous le nom de Gemma Maria. Elle mourra le Samedi-Saint, 11 avril 1903, à une heure de l’après-midi.

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D’emblée, il est bon de souligner une concordance troublante. Gemma Galgani est l’exacte contemporaine d’un pape, ou plutôt de son pontificat. En effet, le 20 février 1878, soient quelques jours avant la naissance de la future sainte, Vincenzo Gioacchino Pecci, cardinal de Pérouse, est élu successeur de Pie IX, après un bref conclave, sous le nom de Léon XIII. Il mourra le 20 juillet 1903, soient quelques trois mois après Gemma. Tous deux auront eu les mêmes vingt-cinq ans pour mener à bien leur mission. L’un, Lumen in cœlo, « la lumière dans le ciel » selon la prophétie de Malachie, au vu et au su de l’univers chrétien et du monde profane, – Gambetta, le même qui s’est exclamé : « Le cléricalisme ? Voilà l’ennemi » admirait en lui le fin diplomate –, restera dans l’histoire de l’Église comme un authentique génie capable de distinguer dans le monde moderne des principes inaltérables (dévotion au Sacré-Cœur, thomisme…), d’autres condamnés (rationalisme, franc-maçonnerie…), et, au contraire, des réalités nouvelles sur lesquelles l’Église devait s’ouvrir (essai de ralliement des catholiques français à la république, intervention dans la question ouvrière, organisation du laïcat catholique…). L’autre signera volontiers La povera Gemma, servant le Christ dans l’ombre, l’humilité et la contemplation. Le premier sera perle fine et éclatante ; la seconde gemme. Le père Germano, son directeur et biographe, dit que le prénom entre « dans l’ordre de la prédestination de certaines âmes privilégiées ». Or, rappelons-nous que, dans la Rome antique, le terme de gemma était employé pour signifier une gemme à l’état naturel, sans égard à sa gravure. Une pierre brute, en quelque sorte, sans artifice, sans apprêt, sans appareil.

 

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Pour la petite histoire, signalons une autre coïncidence curieuse : Jean-Paul II, beaucoup plus proche de Léon XIII qu’il n’y paraît au premier abord, a été élu pape en 1978, soit un siècle exactement après la naissance de la petite sainte.

 

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G

 

emma est donc toscane. Cette région d’Italie centrale a toujours fait rêver, et encore plus aujourd’hui. Depuis les années 1970, la Toscane est une région tertiaire et touristique. Presque toutes ses villes ont un patrimoine culturel important. Parmi les Toscans les plus célèbres, il faut citer Dante, Galilée, Botticelli, Léonard de Vinci, les Florentins Médicis. Napoléon Ier hissera sa sœur Élisa à la dignité de princesse de Lucques et de Piombino, en 1805, puis de grande-duchesse de Toscane en 1809. Lucide, ferme et active, elle passe pour avoir gouverné Toscane 2avec dextérité la principauté qu’on lui a confiée, mais plus en préfet qu’en souveraine. Aujourd’hui Prato (166 100 hab.) vit de l’industrie textile ; Pise (100 000 hab.) de son université, de son appareil commercial et de ses industries variées ; Livourne (166 400 hab.) est le port ; Florence (397 400 hab.), ville tertiaire plus qu’industrielle, est la capitale, connue dans le monde entier. Entre les 2 000 mètres de l’Apennin et les 2 000 mètres des Alpes Apuanes, d’où est extrait le marbre de Carrare, les deux tiers de la Toscane se composent de collines, de champs et de villages perchés, le paysage harmonieux des peintres de la Renaissance, plus âpre cependant du côté de Sienne. La plaine du bas Arno et celle de la Maremme, étaient autrefois malariennes et marécageuses. On y produira des légumes, du riz, du tabac, de la betterave à sucre et du tournesol. Ailleurs on cultive les céréales, la pomme de terre,Toscane-3.jpg l’olive et la vigne (vins de Chianti). Au tournant des XIXe et XXe siècles, des poètes français, entre autres, ont déjà fait de la patrie de Gemma leurs terres de prédilection. L’un d’eux, Louis Le Cardonnel, poète et prêtre, ami de Verlaine, y vivra, écrira-t-il, « dans une extase continuelle », en se « fluidifiant » et se « diaphanéisant » comme Fra Angelico avant lui. Pourtant, la Toscane de la Lucquoise – la famille s’installe à Lucques quand Gemma n’a que deux mois – n’est certes pas, nous le verrons, cette Toscane idéalisée des artistes et des écrivains.

 

 

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À suivre...

 

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité. 

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