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PALMARÈS FINALISTES RIMES ET DÉRAISON 2011

Publié le par Bernard Bonnejean

 


LISTE COMPLÈTE DES POÈMES FINALISTES

POUR 

LE GRAND PRIX RIMES ET DÉRAISON


2011

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Rappel de la première session :




CHAINEUX Laurent

J'expire à Guernesey

Lesia ! J'expire à Guernesey
des mots crapauds privés de sens,
Chantant aux mules amusées
De jolis souvenirs d'en France,
Quand ton sein cloué sur mon cœur
Poussait la marée salicole
aux pages de mon livre d'heures.

La mémoire peut être frivole,
À Divona ou Guernesey...
Sans toi, l'exil c'est n'importe où.
Mon âme à ton coeur épousée
Victor te cherche comme un fou
Et guère ne sais si tu fus mienne
À Divona ou Guernesey.

Dans l'ombre tendre de Julienne
Le sable coule à marée basse,
Mes doigts démaquillant tes yeux.
Petite fille tu te délasses
Aux heures blanches de nos jeux
Où la tendresse te trahit,
Quand tu voudrais tout croire fini

Et que j'implore que le temps cesse...


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DEWALLY Gaël

 

Évidence

Au plus profond de toi je me suis engouffré,
Progressant doucement en tes lieux inconnus,
Avec une impression d’être déjà venu,
Fouler cette étendue où je venais m’ancrer.

N’ayant plus qu’une idée, te parcourir encore,
Je n’ai pas peur du vide au-dessus de mon corps,
Et touche de mes mains les multiples trésors,
De ce monde accueillant qui frôle mes abords.

Je pourrais sciemment oublier l’oxygène,
Qui me maintient en vie au cœur de l’océan,
Tant l’eau qui m’enveloppe coule dans mes veines,
Tel un lien inconscient qui remplace le sang.

Comme si je n’avais plus rien d’un riverain,
Tu m’as à tout jamais en toi enraciné,
Laissant mon corps entier prêt à s’abandonner,
Au spectacle envoûtant de ton monde marin.

 

FONTANA Gabriel

Il y a dans l'incendie...

Il y a dans l’incendie de la ville
Un acte évident de salubrité publique.
Brûle l’urbanisme.


Je maréchalerai ton cul sur des pistes sourdes,
Les pistes de la conscience tue.
Je maréchalerai mon nom
Sur les murs de la honte ;
Pas ceux où l’on se lamente
Mais ceux anonymes, où l’on tue.

Je pétainiserai l’honneur et la gloire
D’un pays tétanisé par sa fierté.
De quoi être fiers, nous avons ?
Je ne crois pas et je bave
Sur le drapeau, pas par bravade
Mais parce que je suis paralysé de la bouche.
Je pétainiserai l’idée de Nation,
En y enlevant l’humanisme
Et la fraternité pour y déposer
Tendrement des valises d’injustice.

Je hitlériserai les aéroports
Et les gares, en utilisant les flics
Comme main-d’œuvre pas chère
Pour faire le sale devoir :
Bouter les étrangers hors de nos terres.
Et je n’aurai pas d’oreille pour leur supplique.
J’adolfiserai les consciences prolétaires
En prétendant que le danger guette
Et que demain, ce soir, peut-être,
Le sauvage attend l’heure de manger leur chair.

ENVOI

Je me suiciderai dans les ruines de mon empire,
Je me sarkoïzerai dans les pensées adjacentes,
J’enverrai mes soldats et mes sbires,
Vers les balises baveuses et inconscientes.

 


GAUTHÉ Nicole

C'est un chant du cœur

C’est un chant du cœur
Un instant de plaisir
Sur le chemin du bonheur
D’une voix qui soupire

C’est une main sans heurt
Tendue vers le pire
Pour réconforter les pleurs
Et rendre le sourire

C’est dans une rue
Là quelque part
L’aumône qui fut
Donnée au clochard

C’est parfois pour tous,
Un jour, s’oublier soi-même
Et tout prés d’eux 
Leur dire je t’aime

La tendresse 
C’est toute une vie 
Comme une caresse
Portée vers l’infini

 

 

 

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PSALMON Laurent

 

À la nuit...

 

À la nuit

Silence.
Funambule rêveur
Sur corde raide,
Note étouffée
Sur harpe bleue.
Un cœur crisse
Comme pas sur neige,
Et tout est à refaire.
Pierre concassée
Dans main d'argile,
Silhouette sur écran noir ;
Natapa na yatava
Monsieur Artaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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REEVES Linda

Être en devenir

(poème en prose)

 

Dans l’utérus de ma génitrice Émérice, minuscule zygote, j’explorais déjà l’intérieur d'une mortelle. J'allais pendant neuf mois me voir grandir et évoluer, entourée d'organes indispensables à la vie de cette femme. Dès le deuxième mois je pouvais entendre les battements de son cœur, voir circuler le sang et surtout ressentir — moi qui en 4000 ans d’existence n’avais jamais eu la moindre émotion, le moindre sentiment, je vivais les sentiments de mon hôtesse. Peur, joie, tristesse, elle que je ne connaissais que de l’intérieur m’aimait d’un amour si profond que je sentais mon cœur prêt à exploser. Non pas qu’elle fût choisie au hasard ! Il nous avait fallu des centaines d’années, car pour nous le temps n'a aucune raison d’être.

Immortelles, nous naissons d’une pensée, et ne cessons d’en vivre.

Elle fut choisie avec soin : nous la voulions pure d’esprit et de sentiments; son âme devait être sage ; elle devait avoir connu plusieurs vies, bonnes et mauvaises. En fait nous voulions une âme évoluée. L'enveloppe ne comptait guère, le corps n’étant que le véhicule de l’âme. Il nous importait peu que le paraître soit beau, puisque l’âme étant tout l’être en est de toute façon illuminé irradiant d’une telle bonté que l’être qui en est le réceptacle en est transfiguré.

En 1923 naquit Émérice. L’âme qui se glissa en elle était si vieille et si puissante qu'elle intrigua nos chercheurs d'âmes dès l'instant qu'elle occupa le corps. Ils ne purent que se recueillir avec respect et demander humblement le droit de communiquer avec elle. Droit qui leur fut accordé. Ils se présentèrent et demandèrent la permission d’habiter ce corps dès qu’il serait prêt à être enfanté. L'âme leur en demanda la raison. Voici ce qu'ils dirent sans se faire prier.

« Loin dans une autre galaxie, il existe une planète semblable à la vôtre. Ses habitants vous ressemblent un peu mais l’âme y est visible, faisant passer au second plan le paraître au profit de l’être. Nous utilisons 90% de notre cerveau, assez semblable au vôtre, mais chez nous penser n’a rien d'inerte. Penser c’est agir : nous nous déplaçons par la pensée ; nul besoin d’ordinateur, nous avons le savoir, savoir acquis par la terre, le soleil, la lune et l'eau. Pour observer les végétaux et animaux, nous avons dû remonter le temps. Ce fut long et fastidieux. Nous n’y parvînmes que par un jeu de réactions complexes, grâce à l'énergie fournie par le volcanisme, les éclairs, et le rayonnement cosmique, dans un environnement différent du nôtre, dans l'eau de vos premiers ancêtres, cellules d'organismes procaryotes, les bactéries qui vivaient il y a 3.8 milliards d’années, avant que 2 milliards ne passent et que n’apparaisse la cellule eucaryote avec un noyau.

Bref ! Du premier amphibien au reptile, jusqu’aux mammifères nous sommes passés par toutes les étapes pour parvenir enfin à connaître les vôtres, des êtres doués d’un certain savoir, mais surtout des êtres dotés de sentiments. Cependant, malgré tout, les humains restent une énigme pour nous : tous ces sentiments qui les animent, ces amours qu'ils recherchent tous, cette haine, cette colère, sont pour nous un grand mystère.

Donc quoi de mieux pour comprendre que ces 9 mois passés dans le ventre d’une mère ? »
Un auditeur demanda alors :

« Mais pourquoi ce besoin de comprendre les sentiments humains ? À quoi cela vous servira t-il  ?

— À survivre ! Voyez-vous, notre planète est appelée à mourir. Dans deux cents ans elle entrera en collision avec la vôtre et de terribles conséquences en découleront. Notre planète sera détruite mais la vôtre survivra. Quelques- uns des nôtres en réchapperont mais ils devront prendre forme humaine pour survivre sur votre planète, et renoncer de ce fait à la vie éternelle. Nous pourrons ainsi nous unir, et repeupler votre planète qui subira de grandes pertes durant la collision.

— Ne pourriez-vous pas empêcher ce cataclysme  ?

— Non, nous voyageons dans le temps mais nous ne pouvons rien y changer. Ce qui doit être sera ! Mais, car il y a un «mais », toutes ces émotions humaines changent l’avenir, la colère mène à la destruction, l'amour répare, la tristesse assombrit l’avenir. La naissance de votre planète s’est faite dans la violence des éléments dans les ténèbres. Après la lune vint le soleil. Cinq extinctions massives ont eu lieu jusqu’à la dernière il y a soixante-cinq millions d'années. L'humain est né empreint de cette destruction : il a conservé la mémoire des bouleversements au plus profond de son être et il lui a fallu longtemps pour que la lumière prenne sa place en lui. Nous aimons cette lumière et croyons en elle !

— Et vous vous croyez capables de chasser les ténèbres ?

— Oui, nous le pensons, car le savoir et les sentiments alliés à un profond désir d’évolution feront de cette terre cet éden tant espéré. L'ignorance est mère de destruction, elle fait agir sans aucune réflexion, elle mène à la ruine.
Voilà le pourquoi de notre demande ».
L’homme qui avait servi d’interlocuteur réfléchit, puis prit enfin la parole :

« Bien, vous avez la permission d’habiter cette enfant, mais à une condition : vous devrez la quitter à sa naissance.

— Nous vous remercions. Nous agirons selon vos désirs. »

L’âme réintégra le corps au premier cri de l’enfant. L'entité reprit place dans le présent. Commença alors un merveilleux voyage : la création d’un être humain, l’ancêtre des survivants de la planète terre.

 

RENAULT Jean-François


Les tuiles des toits

 
Les tuiles des toits font le dos rond
Et miaulent sous la caresse du vent.
La cigale bavarde avec la feuille de l'olivier.

Le ciel ouvre de grands yeux égarés,
Trop grands parfois et sa vue se brouille.
Alors, il pleure des larmes chaudes,
Celles qui sèchent trop vite,
Qui glissent et s'effacent.

Au loin, je vois la mer qui court après le ciel,
Elle saute haut, très haut,
Tendant ses vagues ouvertes pour mieux le saisir.
Mais elle retombe toujours et bave de fureur.
Puis, suante d'écume, elle replie ses flots,
Me regarde, désespérée, et se noie.

Le vent trempe son souffle dans les roches tendres
Puis s'essuie sur le sable usé
Avant d'aller jouer avec des brumes lointaines.

Les étoiles crèvent le ciel
Et font l'amour avec la nuit.
Elles respirent à pleine lumière.
Je voudrais les cueillir
Pour les planter au fond de chacun de mes rêves.

Mais mon geste ne va jamais jusqu'au bout
Et je me retrouve seul, à côté du temps.
Peu à peu, je m'habitue à les laisser partir.

Pourquoi faut-il donc que les lumières s'éteignent ?
Pourquoi tant de rendez-vous manqués...?

 

ROUSTAN Laurent

Écrire, c'est voir

 

Les tournesols sont noirs et courbent l'échine,
des tissus bariolés bavent au regard des cercueils de ciment...
Nous sommes coude à coude, ignorants l'un de l'autre,
le sport remplace la raison et deux vieux se souviennent
de l'orchestre fantôme auprès du kiosque nu,
aux os bleus comme le brun du ciel.
La mort est annoncée, saluons la croissance
dans l'autobus gravitant vers les nues,
gravissant la colline de nos espoirs déchus.


Écrire, c'est monter, sans descendre,
et nous n'aurons plus pied.
Une route en dévers, cote à cote,
absents infiniment, de tous les continents,
nous roulons immobiles vers la fin de la route,
car le chemin suit l'homme, et jamais le contraire.


Corps à corps, en commun, en belle perspective,
notre ligne de fuite attend son terminus.
Les vieillards s'assoupissent... Les négresses sont belles,
aux yeux d'ambre et de braise et aux culs monticules,
les négresses conversent et refont le monde qui finit.
Les spectres des anciens font sonner les mobiles,
rien ne bouge sinon...
l'asphalte et la Terre qui défilent aux roues de notre véhicule.

Nous, nous sommes roulés, à nos rangs fixes,

dépassés par nos heures et comptés.

 

 

 

 

 

 

 


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Ont été sélectionnés pour la seconde session :



LE CARS Thérèse

Infini paysage 

De paysage je ne connais que le ciel
Ses moutonnements d’êtres fantastiques qui se dérobent au regard
Ses écharpes colorées au coucher du soleil
Ses noirs nuages s’entrechoquant d’éclairs imprévisibles
Qui délivrent un éclatement de perles inquiétantes

De paysage je ne connais que la mer
Sa frange océane et ses tumultueuses vagues jaillissantes
Ses colères soudaines et ses horizons engloutis
Ses phosphorescences envoûtantes qui égarent le marin
Ses algues moussues qui dansent langoureusement

De paysage je ne connais que les saisons
Leurs cycles ondulants qui rythment nos vies
Les solstices impérieux et les équinoxes versatiles
Les brumes printanières et les froidures neigeuses

De paysage je ne connais que les jardins
Leurs semis verdissants sur une terre dénaturée
Qui émergent d’un étrange chaos minéral
Leurs arbres aux branches crucifiées épouvantails conspirants

De paysage je ne connais que tes yeux
Ces abysses voluptueux où je me perds infiniment

BERNARD Carine

Femme

 

Enfiler un collier de perles
Sur un pull de coton
et se trouver si belle
Perchée sur les talons
et jouer à la dame
abritée d'un chapeau
La féminité se déclame
d'un parfum sur la peau
Et porter des dessous chics
sans que personne ne le sache
savourer l'instant érotique
d'une bretelle qui se détache
Poudrer le nez d'un nuage
noircir le regard de mascara
contour d'une bouche pas sage
La femme est une dame
qu'on n'apprivoise pas !

 

 

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EVELYNE GENIQUE

De tout et de rien

 

J’écris pour parler de tout, de rien
Mélange faisant du bien
Poésie des notes.... Musique des mots
Quand les mots épousent les notes
La poésie des notes avec l'âme des mots
Telle une note de musique
Qui emplit mon cœur de nostalgie
Un rythme, un son qui s'évade
Au rythme d'une voix intérieure
Voilà que la lune se lève
Dans la nuit elle s'installe
Me poussant dans les rêves
De ma folie cérébrale
La lune fait des cercles dans l’eau
Ainsi que mes mots s'affolent
Ça risque de troubler ma main
Je devrais recommencer
La nuit quelque part a repris ses droits
Et le silence s'est installé à côté de toi
C'est ici que mon inspiration s'envole
 

 

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VAQUETTE François

L’hôtel des culs tournés

 

Les nuits des culs tournés
Les jours de face à face
Les baisers ajournés
La soupe à la grimace

Chaussés de gros sabots
Sur un paillis d’éteules
On rentre du boulot 
En se faisant la gueule

On voudrait tout quitter
Pour se rendre à Cythère
Mais dans quelle galère
Risque-t-on d’embarquer

O stérile égoïsme
Ou mensonge occulté
Warnings de ce machisme
D’où naît la cécité.

Être à l’autre attentif
Retirer nos œillères
Et s’avouant fautif
Faire un pas en arrière

Qu’à nouveau le soleil
Vienne à bout du nuage
Et que l’autre au réveil
Ne soit plus un mirage

C’est l’utile travail
Qu’on doit faire soi-même
Pour renouer le bail
Avec l’être qu’on aime

Si le simple plaisir
De nos mains qui se touchent
Font monter le désir
Donnent l’eau à la bouche

Laissons-nous envahir
Par l’ascendant de l’être
Que nous croyions subir
Et l’amour peut renaître.

Souffle de nos narines
Sur les draps étendus
Lorsque nos mains mutines
Caressaient nos corps nus

Trésors inestimables
Que nous avons gagés
Pour un train confortable
Des succès passagers.

Troquons ces zizanies
Tapis hersés de clous
Contre des litanies
De baisers, de mots doux.

 

 

 

MONAGHAN Lauriane

Je commence ma résilience… demain

 

Les regards qui se noient dans ce côté sombre.
Ses mots, symphonie hurlante, notes de la feu-terreur d'un enfant.
Gravité du claudiquant.
La fureur des culpabilisants.

Une chambre si volumineuse, si grande,
Comblée de divers objets, a contrario d'une fêlure si béante.
Un carré, extraits affichés, de croyances.
Insécurités et grands revanchards espoirs.

Quelques jouets usés, par ci par là, éparpillés.
Le même scénario du peu de mots qui y sont rattachés.
La confusion du peu de mots qui y sont rattachés.
Retenue la leçon du silence écrasant l'existence.

Son regard, un soupçon d'amour assaisonné d'une immense violence.
Ses mots qui claquent, de ce petit chef acculé.
La gravité sidérante, digne des pires instances.
Une fureur qui déchire ma présence.

Putain de résilience.

 

 

 

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LARIE Louyse
 

Complice du jour

 

Je connais si peu de toi,
Promesse du livre ouvert,
Si ce n’est qu’à l’écart du périple, je ne suis pas seule.
Tu es là, fidèle et tu m’attends.
Vas-tu m’entraîner dans le tréfonds de ton labyrinthe,
Dont l’existence, d’ores et déjà
M’était naguère inconnue.

Tu m’invites à me poser, à me recueillir,
Terrassée par le frémissement de la timidité.
Je me surprends à la conquête de tes mots, m’asseoir
Et j’essaie à travers leur rencontre, de m’en remplir.

J’ai tenté d’apprivoiser le toit
D’un dénommé Prévert,
Mais lui, autant que moi, était à l’envers.

J’ai rangé la mémoire du temps
À l’ombre des feuilles qui le veulent.
L’espace a parsemé le vide de la crainte !
Te rends-tu compte, quel goujat !

La lecture va comme elle est venue
Et le poète ne cessera par la réviviscence de la faire rejaillir,
Au point de contrarier le sanglot de l’avidité,
Derrière le vertige entre la nuit et le soir.
Crois-tu que le voile du rêve lui ait permis de s’accomplir ?

J’irai parcourir la lagune de l’absence
Où se consume la présence
Et je t’offrirai le doute du silence
De l’empreinte de l’écume brulante,
Là où les rumeurs de l’aurore se font bienveillantes,
Telles les vagues du refuge de l’espérance.

 

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CHOLETTE Marie

Valse de la robe blanche avec l'écume

La marée du Saint-Laurent est à l’étale
La brise y passe sur la pointe des pieds
Pour ne pas réveiller les reflets sur l’eau
Où chaque nuage inversé sur le fleuve
Ressemble à une icône
Posée sur de la transparence

Une femme soudain apparaît
Son pied ensablé rejoignant
Les éclats de rire des vagues
Son autre pied happé par l’écume

Le vent s’est réveillé
La chevelure de cette femme
S’en est emparé
Et lui dessine de ses pinceaux par milliers
À larges traits
dans un puissant corps accord
L'infinie variation des gestuelles de sa passion

Et c’est sa robe blanche
Dénudée
Par en avant soulevée
Qui valse avec l’écume
Les vagues les mouettes
Les nuages et les flots

 

 

 

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LAMINE BEN AMAR Samia

 Noir c’est blanc 

 

Le monde, today, s’macdonalise
Ego et matière pour devise 
Folie furie misère et bêtise.


Les coeurs chavirent
Çà
Et
Là.


Les ventres affaiblis s’amenuisent
Les arbres asphyxiés s’épuisent
Les armes menacent et détruisent.


Les coeurs chavirent
Çà
Et
Là.


Les poissons volent dans l’air
Les pigeons croassent en fureur
Les corbeaux roucoulent en douceur.


Les cœurs chavirent
Çà
Et
Là.


Robots et technos s’imposent
Le noir en blanc se métamorphose
Le temps et l’espace explosent.

Chavires les coeurent

Te 
Çà.
 

 

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PAGE D’AUTEUR Sandrine

ÉlémenTerre attraction

 

Je voudrais me faire lune
Pour t'attirer en haut des dunes
Comme elle le fait sur la mer, 
Je voudrais te contrôler de par les airs 
Tu serais les vagues, je serais l'écume
Nos deux attractions ne feront qu'une,
Et dans les rouleaux de nos désirs
Montera des cris de plaisir.

Je voudrais me faire feu, 
Pour te brûler de mes yeux, 
Comme il le fait sur les éléments incandescents
Je voudrais te lécher lentement, 
Pour te faire brûler de passion
Exploser toutes tes tensions, 
Et nous éteindre doucement
Dans un même foyer lentement, 
Mourir de désir,
Étouffer dans notre plaisir

Je voudrais me faire vent,
Pour t'effleurer sauvagement,
Comme il fait dans un ouragan,
Je te pénétrerai dans tous tes pores
Pour te faire connaître les abords,
Du plaisir suprême qui te mord
Dans une tornade de jouissance
Et qui se meurt en silence.

Je voudrais me faire rivière
Pour couler sur toi comme son eau claire, 
Comme elle le fait sur les pierres
Je te caresserai langoureusement
Je te parcourrai paresseusement.
Comme un rapide, 
Je serai intrépide
Pour faire surgir des antres de ton désir, 
Des gouttelettes, de la vapeur, des élixirs,
Et mourir dans un étang
Enlacés jusqu'à la fin des temps.

Je voudrais me faire éléments
Terre, mer, feu, indifféremment
Pour te faire subir
Toute sorte de désirs
Et te faire languir, mourir
Sous des torrents de plaisir.
Venez à moi éléments, 
Et je me ferai sacrifice
Sur l'autel des délices.

 


 


 

 

 

 


 

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ASSAYAG Sophie

À toi mon ventre

 

Émouvante ta chair aux encens maléfiques
À ton âme sublime aux ascendants néfastes
À tes larmes sans joie, à ton silence ardent
À ton cœur inconscient et sa nudité "chaste"

Impensable défaite où les corps s'articulent
En l'abime d'un soir et l'alcool te brûle
En la proie ridicule, indigeste toxique
La femme tentacule et ton ventre se vide.

Et ce cristal maudit, le marbre de ta voix
Achève dans la nuit l'écho du désarroi
À ton ultime effort où se perdent les sens
Aux couleurs d'une vie indolore en substance

À ces ébats intimes où tu craches en silence
Les torts d'une folie inéluctable et franche
Au bruit que fait l'ennui lorsque tu te déhanches
En solitaire tu fuis l'abominable cri

Et toujours en l'absurde s'obstine ta fréquence
N'as-tu pour agrément que cette délivrance ?
Où jamais ne se plie le si peu d'existence
Où par l'encre et la feuille l'espoir fait offense

Et pour unique chance un tragique secret
Où la nature immense t'accorda ce reflet, 
Le masque narcissique où ton ego se plait
Et maquille sans honte la pauvreté du vrai !

M'avoir abandonnée... ma mère, ma prostituée.
 

              RIMES ET DÉRAISON : « Poètes, à vos papiers »

 

 

 

 

 

 

 

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Nous allons maintenant nous réunir, Frédérique, Ganaël et moi, pour la lourde tâche de désigner le grand gagnant et les deux suivants.

En attendant, vous pourrez lire quelques lignes d'analyse critique ici même.

Ce soir, je suis fier et heureux d'avoir réussi à mener cette entreprise à son terme. Fier aussi d'avoir pu compter sur deux amies devenues chères (bien que toujours aussi bénévoles) pour m'y aider. Fier enfin de vous faire connaître, vous, venus de tous les horizons de la Francophonie (Tunisie, Maroc, États-Unis, Belgique, Irlande, Québec et France métropolitaine) et vos talents respectifs. 

Nous menons ainsi, j'en suis convaincu, le combat pour la Paix, de la façon la plus noble et la plus agréable qui soit.

Votre ami,

Bernard Bonnejean 

Publié dans poésie

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L'antisémitisme moderne (2)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

 

CRISES BANCAIRE ET INDUSTRIELLE : CHÔMAGE DE MASSE
ET CRISE AGRICOLE 

 

 

 

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La situation industrielle est aggravée par le krach de l’Union Générale. Cette banque d’affaires, créée en 1878 avec des capitaux provenant de milieux conservateurs et catholiques, commet des imprudences et prête le flanc aux manoeuvres de la haute finance protestante et israélite. Le gouvernement des grands bourgeois opportunistes, liés aux Rothschild, ne fait rien pour la sauver de la faillite en 1882. De nombreuses personnes qui ont confié leur argent à l’Union Générale sont ruinées. Les victimes de ce krach, aussi bien aristocrates que petites gens d’opinion conservatrice, attribuent aux financiers israélites la responsabilité de leurs malheurs. Les banques, ayant dû faire face à de nombreuses demandes de remboursement des dépôts qui leur avaient été confiés, réduisent leurs crédits, ce qui accroît les difficultés des entreprises industrielles.

 

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La crainte de perdre leur capital dans des placements aventurés accentue désormais la tendance des épargnants à rechercher de préférence les titres à revenus fixes, les emprunts d’Etat, les « placements de pères de famille ». Au lieu de se diriger vers les entreprises industrielles et commerciales, l’épargne française, à partir de 1888, se déversera dans le gouffre des emprunts russes.

 

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Le marasme économique durera une dizaine d’années et prendra, dès 1882, l’allure d’une véritable crise, notamment à Paris où le chômage frappe plus de 30 000 travailleurs en 1885. Le niveau de plein emploi ne sera retrouvé qu’en 1889.

 

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Les « intérêts », hostiles au libre-échange établi malgré eux par le second Empire, réussissent à le faire supprimer progressivement. Déjà Thiers a institué des droits d’entrée sur les matières premières. Bismarck, pour conserver à l’Allemagne des débouchés en France, a fait souscrire dans le traité de Francfort la clause de « la nation la plus favorisée » : si la France consent des avantages douaniers à un pays, elle doit consentir les mêmes avantages à l’Allemagne. Aussi les industriels invoquent ce qu’ils appellent un « Sedan économique » pour demander le non-renouvellement des traités de libre-échange signés en 1860-1861. En 1881, des droits de douane sont établis pour les produits métallurgiques et textiles. Les agriculteurs, menacés par l’afflux des blés américains, réclament à leur tour : comme l’opinion craint le « pain cher », les droits ne sont institués que progressivement à partir de 1884, d’abord sur le sucre, le blé, le bétail. Le retour au protectionnisme est finalement réalisé par la loi du 11 janvier 1892, votée à l’instigation de Jules Méline¹, ministre de l’Agriculture. Cette loi stipule qu’il n’y aura plus à l’avenir de traités de commerce, mais de simples conventions révocables pour l’application d’un tarif minimum, déjà élevé ; en l’absence de conventions, un tarif général prohibitif sera appliqué. Le non-renouvellement des traités de libre-échange entraîne des difficultés diplomatiques avec la Suisse et une véritable guerre de tarifs avec l’Italie.

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¹ « Ces causes qui ont amené la crise agricole dont nous ne sommes pas encore sortis, sont aujourd’hui bien connues et personne ne songent à les nier.

Il y a d’abord le développement agricole considérable des nations de l’Europe centrale et occidentale, telles que l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Russie, la Roumanie, dont les produits agricoles affluent de plus en plus sur nos marchés sans parler de l’Italie et de l’Espagne dont la concurrence pour nos vins est devenue si redoutable. Mais la principale de ces causes est l’entrée en ligne dans les marchés de l’Europe de peuples jeunes, favorisés par la nature et par leur situation financière d’avantages exceptionnels, un sol vierge et presque sans valeur, pour certains une main-d’œuvre d’un bon marché invraisemblable, l’absence de charges militaires et l’insignifiance des charges fiscales. En 1860, ces peuples sommeillaient encore, et c’est là que se trouve l’excuse des hommes d’Etat qui ont dédaigné de prendre des précautions pour assurer l’avenir de notre protection agricole.

Mais voilà tout à coup que le développement des moyens de transport et de communication, l’abaissement rapide du fret, mettent en quelques années les grands marchés à notre porte, si bien qu’on a pu voir les blés de l’Amérique et de l’Inde arriver meilleur marché au Havre et à Marseille que de nos principaux centres de production. Après le blé, c’est le bétail, et même le bétail sur pied qui, grâce à l’ingénieux perfectionnement dans l’aménagement des navires, tend à se substituer  au bétail français ; pour la viande abattue, plus grandes encore sont les facilités d’importation.

Ce que nous avons à défendre par les tarifs de douane, c’est donc la main-d’œuvre, c’est-à-dire le travail et le pain de nos ouvriers. Sur l’ensemble des frais généraux, nos industries ont opéré le maximum de réductions possibles ; il ne reste que la main-d’œuvre de compressible, et c’est sur elle que retomberait fatalement l’insuffisance de notre nouveau régime économique.

Il ne peut entrer dans la pensée de personne de réduire les salaires de nos ouvriers qui, dans certaines branches de production, sont manifestement insuffisants. C’est au contraire à les relever que nous devons tendre de toutes nos forces, et il n’y a qu’un moyen pour cela : c’est à maintenir le coût de nos produits à un taux suffisamment rémunérateur, en empêchant leur avilissement excessif par la concurrence étrangère. C’est ainsi que les tarifs de douane se lient à la question sociale elle-même dans ce qu’elle a de plus aigu. (Rapport général fait au nom de la Commission des Douanes, par Méline, 12 et 13 mai 1891. Documents parlementaires, n° 1257. Session 1891.)


 © Bernard Bonnejean

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L'antisémitisme moderne (1)

Publié le par Bernard Bonnejean



« LA PUISSANCE ÉNORME DE LA NATIONALITÉ JUIVE »


 
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Georges Hourdin, disparu le 29 juin 1999, à l’âge de cent ans, cofondateur en 1945 de La Vie catholique illustrée, qui deviendra La Vie catholique puis La Vie, et en 1950 de Radio-Cinéma, rebaptisé Télérama en 1961, deux des hebdomadaires les plus fameux de la presse catholique de notre époque, figurait le digne rejeton du XIXe  siècle militant. Dans une interview, il assurait avec un grand enthousiasme :
 

     Je suis né le 3 janvier 1899 et j’y tiens ! J’aime avoir vécu pendant 362 jours dans ce XIXe siècle que Léon Daudet disait stupide et que, moi, j’adore en raison de Michelet, Hugo, Sand et Lamennais. J’ai été élevé par des hommes du XIXesiécle, d’où ce romantisme échevelé qui agite toujours mon cœur¹
 

Il semble avoir fort bien résumé le sens de la confrontation qui animait certaines familles du siècle passé, lorsqu’il affirme :
 

     Mon père, bien que Breton, était un « bleu », tandis que ma mère, « blanche », se croyait sous un régime d’occupation, du fait que nous étions en République². Elle était vendéenne. Petite fille, elle baisait le sol de son département natal dès qu’elle y remettait les pieds. C’était la terre promise. Plus tard, alors que son mari lisait Le Populaire de Nantes, qui appartenait à un juif, elle recevait La Libre Parole, de Drumont et se disait antisémite parce que chrétienne³.


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D’où vient cette volonté obstinée de découvrir le « chef d’orchestre clandestin » qui ordonnerait les affaires de l’Etat en secret, poursuivrait obscurément et inlassablement son unique intérêt, n’hésitant pas à susciter meurtres, faillites, guerres... pour parvenir à ses fins ? Le mythe d’un complot universel a traversé les âges : il s’agit toujours de donner à des événements qui échappent à l’entendement une cohérence rassurante. Avant la IIIe République, l’idée d’un pouvoir occulte a commencé à faire son chemin. Dès 1797, paraît le chef-d’œuvre et le livre symbole de la littérature du complot : les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme de l’abbé Barruel. Mais le XIXe siècle a sans doute été plus ouvert que tout autre au mythe. En 1844, Disraëli, écrit cette opinion péremptoire :
 

     Le monde est gouverné par de tout autres personnages que ne se l’imaginent ceux dont l’œil ne plonge pas dans les coulisses.

 

Presque un siècle après Barruel, Claudio Jannet introduit ainsi le livre de Deschamp dont le seul titre résume tout, Les Sociétés secrètes et la société, ou philosophie de l’histoire contemporaine :

 

     Depuis cent cinquante ans, le monde moderne est en proie à une instabilité qui se traduit tantôt par des convulsions dans lesquelles sont emportés les gouvernements et les institutions séculaires, tantôt par un travail lent et continu qui dissout les principes de religion, de droit, de hiérarchie, sur lesquels la société a reposé de tout temps. La Révolution, tel est le nom que nos contemporains donnent à ce véritable phénomène. Pour la plupart, ce nom est comme l’énigme du sphinx antique. Peu d’entre eux sauraient définir la Révolution, mais aucun ne reste indifférent devant elle : les uns l’acclament, les autres l’envisagent avec terreur, tous sentent qu’elle est dans l’histoire un phénomène absolument nouveau, qui n’a rien de commun avec les révolutions accidentelles d’autrefois et que sous ses formes les plus diverses, sous ses manifestations religieuses, politiques et sociales, la Révolution est toujours une. La Révolution, quand on la dégage des causes secondaires et des circonstances locales, apparaît comme un immense complot qui, jusqu'à présent, a réussi.

 

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Cette citation permet d’entrer dans le vif du sujet. La Révolution constitue un phénomène politique sans précédent dans l’histoire européenne. Or, si la masse a participé aux événements, elle a ignoré le plus souvent où on voulait la guider. Il faut cependant bien que des dirigeants, eux, sachent parfaitement où ils vont et où ils mènent le peuple. Ces hommes qui savent l’histoire qu’ils font restent dans l’ombre : l’Etat est secrètement en leurs mains ; d’où l’idée d’une manipulation, d’un complot. Comme l’explique Marcel Gauchet, dans un entretien accordé à Eric Vigne, il est normal que le problème du complot ait explosé avec la Révolution française :

 

     Au lieu et place du roi sacré, lieutenant de Dieu sur terre, on entre dans l’âge des mandants du peuple, émanant de la souveraineté collective et gouvernant au nom de la volonté générale. C’est lorsque ces deux composantes sont pleinement réunies, c’est-à-dire lorsque la transition génératrice de la modernité politique est achevée, que l’imaginaire du complotarrive à son complet développement. D’où le rôle charnière de la Révolution française. Il faut un pouvoir d’origine humaine, un pouvoir fonctionnel et non plus sacral, un pouvoir limité et non plus chargé d’absolu pour que s’installe et s’accrédite largement la mythologie collective d’un gouvernement occulte doublant l’autorité théorique.

 

La démocratie, et plus spécialement le régime républicain, engendre donc quasi inéluctablement le soupçon d’un pouvoir parallèle, le seul pouvoir réel. La IIIe République, par exemple, n’a pas réussi pleinement à trouver un mécanisme constitutionnel capable de pallier le principe de souveraineté des régimes précédents. Le manquement chronique de la république parlementaire à sa mission est devenu l’aliment d’une ère du soupçon où chacun trouve son bien, toujours sur la même base : la réclamation d’une représentation authentique du vrai peuple, bafouée par la mainmise des francs-maçons, des Juifs et de la ploutocratie.

 

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Le Juif, après la défaite et la Commune, devient la figure-cible de l’imaginaire du complot. Si personne encore n’a pu proposer d’interprétation satisfaisante de l’explosion du délire antisémite des XIX et XXe siècles, il est toutefois possible de trouver des corrélations. Pour Marcel Gauchet,

 

le complot juif entre très bien dans la lignée des complots jésuite ou franc-maçon. L’élément nouveau qui s’introduit avec lui, mais du même ordre que les antécédents, c’est l’ économie, la puissance de l’argent. « De nos jours, la puissance de l’or a remplacé le pouvoir des gouvernement libéraux », constatent les Protocoles. Mais pourquoi ce facteur s’est-il incarné de cette manière sous les traits du Juif  ? L’irruption du délire antijuif est contemporaine de la prise de conscience collective de la dynamique du capitalisme, novateur, destructeur, inaugurant un nouvel âge de l’histoire. Moment tournant de l’urbanisation de nos sociétés et de la liquidation de la civilisation paysanne, moment de l’organisation du mouvement ouvrier et de la formation du parti de masse. L’or devient le symbole de cette force irrésistible en trrain de révolutionner le monde. Et le symbole de ce symbole, ce sera le Juif.

¹Télérama n° 2582, du 7 juillet 1999, « Un homme de cœur dans le siècle », article d’Antoine Perraud consacré à Georges Hourdin, p. 7.

²A ce propos, voir première partie, chapitre 4, les pages que nous avons consacré à l’affaire Renan.

³Télérama n° 2582, op. cit., p. 8. C’est nous qui soulignons.



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Histoire de poètes (15)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La profonde amitié d’André Lafon

 

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Vers 1910, Mauriac se lie d’amitié avec un autre poète catholique, converti de fraîche date, pour lequel il écrira une œuvre courte mais chargée d’émotion, La Vie et la Mort d’un poète : André Lafon. Francis Jammes, qui avec Mauriac partagera l’admiration et l’amitié du poète, écrira une courte préface placée en exergue de l’ouvrage :

 

C’était un jeune homme au visage fier et très pur, aux manières discrètes, nobles, volontairement effacées. Il observait cette constante dignité que j’ai connue à Albert Samain... Son profil pâle et brun, moins fatal qu’attristé, aurait pu doubler sur une médaille celui de Maurice de Guérin. On eût situé facilement notre camarade au Cayla, assis sous un chêne étoilé, auprès de la grande Eugénie... Georges Dumesnil, après Strowski, se prit d’une grande affection pour lui. Et je suis sûr que le bon maître de la faculté de Grenoble sera aussi triste en lisant ces lignes qu’il était joyeux, tendre et admiratif lorsque, dans le vieux salon de Lassagne où il nous avait réunis, il s’écriait en voyant la porte s’ouvrir : « Lafon ! »

 

Jammes fait ici allusion à la grande époque où les poètes catholiques sont associés à la « Coopérative de prières » fondée en 1909 par Claudel, Jammes et Frizeau. Y participent également Mauriac et ses amis des Cahiers de l’amitié de France, Lafon et Vallery-Radot ; il y a là aussi Joseph Lotte, le compagnon de Péguy, Joergensen et le romancier Emile Baumann, Jacques Copeau, Léonard Constant, Georges Goyau ; et d’autres poètes catholiques tels Louis Le Cardonnel, Charles Grolleau, Louis Mercier, Jean Nesmy, Louis Pize... Mauriac voit dans cette union spirituelle d’écrivains qui proclament leur foi à travers leur écriture
 

nos plus passionnés espoirs... un magnifique renouveau du lyrisme chrétien.

 

Il faut lire les pages mauriaciennes consacrées à André Lafon. Même s’il convient de faire la part du panégyrique et de la nostalgie de la jeunesse enfuie, l’autobiographe sait convaincre de la grande âme de son ami tôt disparu. De son réel talent aussi, comme en témoignent ces vers extraits de La Maison pauvre, lyriques et angoissés :

 

Une immense, étouffante et montante nuée

Dérobe le ciel vert où l’étoile tremblait.

L’arbre chétif s’apeure, et le chemin se fait

Plus pâle entre la double obscurité des haies.

La campagne désertée à cette heure où la nuit

Commence de régner, et s’annonce orageuse,

Se vêt d’ombre tragique et, plus mystérieuse,

Enveloppe le cœur inquiet qui la fuit.

Sur la route suivie où tant d’ombre s’amasse

Que le doute souvent y rôde avec l’effroi,

S’il ne se peut qu’un chant résonne et que l’on passe

Et que je n’aille plus si seul, faites qu’un toit

Pauvre montre à mes yeux, mon Dieu, sa vitre claire,

Et qu’aux soirs orageux et trop lourds à la terre,

L’on m’ouvre si j’y frappe et si je dis : C’est moi !

 

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Robert Vallery-Radot, fondateur

de la Revue du temps présent

 

A la Revue du Temps présent et aux Cahiers, outre Caillard et André Lafon, Mauriac fera la connaissance de Robert Vallery-Radot, dont, en tant que critique attaché à la revue, il publiera un article élogieux à l’occasion de la parution de L’Eau du puits :

 

Que de fois Robert a-t-il évoqué devant moi ce premier déjeuner de mars 1910 ! J’arrivai chez lui, fringant, la boutonnière fleurie d’un œillet, fis feu des quatre fers et conquis toute la maisonnée, y compris le secrétaire d’une importante revue qui sollicita ma collaboration. Ce secrétaire, François Le Grix, me montra, peu après, une lettre de Barrès qu’il avait reçue et où j’étais traité de « jeune homme charmant ». Etais-je charmant ou aussi ridicule que je me voyais moi-même à certaines heures, lorsque revivait en moi l’adolescent humilié et offensé de Bordeaux ? 

 

L’ambition des deux jeunes poètes est alors sans bornes. Ils entrent en poésie comme on entre en croisade. Il s’agit de revivifier les lettres en même temps que la pensée et l’influence catholiques :

 

L'amitié de Robert Vallery-Radot, âme brûlante, esprit visionnaire, de la race des Hello, des Blanc de Saint-Bonnet, son jeune foyer et les êtres bien-aimés qui le peuplaient, tout ce trésor fait partie d'un monde qui n'appartient qu'à nous deux. Il ne sera donc question ici que de la campagne que nous menâmes ensemble avec une candeur et une ardeur peu communes. Il ne s'agissait de rien de moins que de spiritualiser la littérature française. Nous voulions réécrire à l'usage de nos contemporains un nouveau Génie du christianisme, mais nous étions résolus à ne pas rédiger la revue que nous fondâmes à cet effet, Les Cahiers, dans le cabinet de toilette d'une Madame de Beaumont : nous prétendions baser notre action sur une profonde vie religieuse, à quoi j’avais plus de peine que Robert.

 


Bien sûr le jeune homme, comme ses devanciers en littérature, cède à la mode des bars. Mais il semble qu’il ait peu fréquenté, seul ou avec Vallery-Radot, les cafés littéraires. Il n’évoque dans ses mémoires que des établissements plus ou moins bien famés, dont certains le dégoûteront à tout jamais de l’univers de la prostitution :

 

Mais, dès que je fus installé rue Vaneau, je ne fréquentai plus que les « bars à la mode », et surtout celui dont j’ai gardé un souvenir enchanté, dans les caves du Palace des Champs-Elysées où règnent aujourd’hui les coffres-forts du Crédit commercial de France. Les divans y étaient profonds. Au bar, s’abreuvaient de ces cocottes empanachées comme on n’en voit plus, avec leurs protubérances offertes et balancées, et cet œil commercial qui, par bonheur pour ma vertu, me glaçait le sang. D’autres, d’aspect plus bourgeois, fréquentaient le Fouquet’s, très petit bar alors, bien différent du Fouquet’s d’aujourd’hui ; comme j’aimais ses banquettes de cuir fatiguées, et, derrière la grande glace, le glissement des visages et des voitures sur les Champs-Elysées !

 

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En revanche, avec Vallery-Radot, Mauriac porte la bonne parole, et la bonne littérature, dans d’« inimaginables salons littéraires » qui faisaient encore les délices de la capitale d’alors. Mauriac retracera, avec humour, ses aventures de poète et de critique de salons des années 1910. La tradition des salons littéraires n’est pas perdue, mais il faut bien admettre, à en croire l’écrivain déjà âgé, que les grandes figures de Mallarmé et de Nina de Villard, de Monsieur et Madame Delzant, ou même de Madame de Caillavet, l’hôtesse d’Anatole France et des naturalistes, est bien pâlie :

 

J’ai souvent dit, et récemment encore, que mon côté salonnard de ce temps-là venait d’une certaine idée empruntée à Balzac sur l’influence du monde dans la vie de l’écrivain. Il se peut que Balzac ait joué ce rôle en effet. Mais, dans l’immédiat, c’est Caillard qui, à l’époque où il publiait les Mains jointes, me présenta aux dames qu’il fréquentait et qui avait ce caractère commun d’écrire et de publier des vers, et qui, sans doute (c’est une supposition que je fais), devaient venir en aide à la Revue du Temps présent. Cette espèce de dame poète n’existe plus, j’imagine. Le triomphe de Mme de Noailles les empêchait de dormir. Elles faisaient des vers, elles aussi, comme leur grand-mère avait tricoté. Le modèle, cette année-là, était Chanteclerc. Ces dames écrivaient des odes au soleil imitées de Rostand. Elles s’appelaient Mme de la Rochequentin, la baronne de Baye, née Oppenheim, la duchesse de Rohan, qui donnait des thés poétiques, et dont Montesquiou disait que le salon était une rue avec un toit dessus ; Mme Guillaume Beer, que Leconte de Lisle, à la fin de sa vie, avait aimée et célébrée, belle encore, avec ses yeux mi-clos, qu’on avait surnommée « L’instant suprême ». D’autres que j’oublie... Si nigaud que je fusse, je savais bien que la clé de la réussite littéraire ne se trouvait pas entre les mains de ces personnes au poitrail puissant, dont le chef était empanaché de plumes d’autruche. Mais cette vague me portait, et je me laissais porter, par nonchalance naturelle, mais aussi avec cette idée de laisser faire le destin, quitte à le corriger en cours de route.

 

Mais le salon littéraire que les deux jeunes gens fréquentent avec le plus d’assiduité est celui de Charles de Pomairols, que Mauriac évoquera souvent dans sa correspondance, mais qu’il nommera toujours X dans ses mémoires. Les pages de Mauriac qui traitent de Pomairols valent bien les rosseries de Barrès à l’égard de ses contemporains. Pourtant, si le romancier, de l’avis de Clouard, est nul, le poète, bien que depuis longtemps tombé dans l’oubli, ne mérite pas le ton un peu goguenard que Mauriac a choisi pour l’évoquer. Il convient cependant de s’arrêter un peu longuement sur l’un des derniers salons à la mode que fréquentèrent les jeunes poètes catholiques de l’époque.

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Mauriac trace d’abord à grands traits le portrait du poète :
 

Il existait en ce temps-là à Paris un vieux gentilhomme venu de son Rouergue natal : Charles X. Bien qu’il en eût écrit de meilleurs, un seul vers l'avait rendu célèbre : « C'est un très grand honneur de posséder un champ. » Paul Bourget avait monté en épingle cette maxime, dont j'ai entendu Jules Lemaître contester la correction et soutenir qu'il aurait fallu écrire, au risque d’estropier le vers « que de posséder un champ ». De ce hobereau, homme excellent et d'ailleurs fort érudit, mais timide, balbutiant et déjà presque à demi mort, son épouse avait résolu de faire un académicien. 

 

Suit un portrait de Mme de Pomairols, la meilleure égérie de son mari, dont Mauriac fait un portrait plus tendre que vraiment moqueur :

 

Mme de X était une personne de province déjà âgée, à l'aspect altier, ayant fort grand air sous son deuil éternel (ils avaient perdu une fille, et ce malheur avait été pour M. de X sa meilleure source d'inspiration). Le couple établit son quartier général dans un vieil hôtel du faubourg Saint-Germain que des amis lui avait prêté et d’où la dame dirigea ses opérations avec un âpre génie. Mais son ignorance de Paris lui fit commettre des fautes. Elle ne savait pas cultiver ce pardon apparent des injures, d'une pratique si nécessaire dans les parages de l'Institut. Elle mena contre Henri de Régnier, rival heureux de son époux, une campagne sans merci mais qui lui porta tort et découragea ses amis. Je dois dire qu'il y avait dans cette nature provinciale une profondeur de passion qui me séduisait. Un jour que, derrière son mari courbé, comme accablé par le poids d'un fardeau invisible, elle pénétrait dans un salon, bilieuse et sombre sous ses voiles, l’œil farouche, Jean Cocteau prononça à mi-voix : « Le Bûcheron et la Mort. » C’était peindre d'un mot ce couple tragique.

 

Le salon des Pomairols accueille le Tout-Paris des aristocrates et notamment le duc et la duchesse de Vendôme. Mais, toujours d’après Mauriac, il manque à Pomairols, décidément trop tourné vers les heures passées, un vrai titre littéraire, une fonction qui le distingue de ses confrères :

 
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Mme de X aurait dû pourtant réussir, car elle avait des idées. Elle s'était avisée de donner de l'importance à son époux en le sacrant chef d’école. Mais il n’existe pas d’école sans disciples. Le spiritualisme étant le dada de M. de X, la vieille dame calcula que notre petit groupe lui fournirait en vrac le personnel dont elle avait besoin. Nous nous laissâmes faire : Robert Vallery-Radot parce qu'il comptait sur le salon des X pour répandre la bonne parole, et moi par indifférence, par nonchalance, le cœur ailleurs, il va sans dire (je ne raconte pas ici l'histoire de mon cœur), mais l'esprit ailleurs aussi, et j'expliquerai ce que j'entends par là. Je ne fréquentai chez les X que pour rire ; et avec Paule Vallery-Radot, la femme de Robert, nous ne nous privions pas d'aller jusqu'aux éclats. Tandis que se déroulaient, au milieu d'un groupe de poétesses dont les étoiles s'appelaient la duchesse de Rohan, Mme de la Rochecantin, et la baronne de Baye, née Oppenheim, les récitations de vers spiritualistes, nous observions autour des assiettes de petits fours, auxquelles personne ne se fut avisé de toucher, les manœuvres d'un couple célèbre dans le Paris d’alors : un écrivain encore assez jeune et une dame déjà mûre. Seuls, ils finissaient par céder à la tentation, sous le regard courroucé de Mme de X, soit que déjà ils eussent à réparer leurs forces, soit en prévision de proches, de délicieux et très peu spiritualistes exercices.

 

Malgré toute sa charité de bon chrétien, le jeune homme désertera bientôt le salon. D’une part, parce que Vallery-Radot a eu la malencontreuse idée de déclamer un chant des Géorgiques chrétiennes ignorant que Jammes est aussi exécré chez les Pomairols qu’Henri de Régnier. Ensuite parce qu’il se rend bientôt compte que la croisade entamée pour instaurer une grande littérature catholique est vouée à l’échec, puisqu’il lui manque l’appui des grands noms :

 

Il ne m’échappait pas que Péguy, sollicité par Robert pour collaborer à nos Cahiers, s’était dérobé ; et bien que Claudel nous eût envoyé quelques encouragements, et même un ou deux poèmes, il était visible qu’il ne nous prenait pas au sérieux. 

 

L’appel de la prestigieuse NRF

 

Mauriac lorgne déjà vers d’autres horizons et surtout du côté de la déjà très prisée Nouvelle Revue Française, à propos de laquelle l’écrivain donne un témoignage capital sur la réception des premières et modestes livraisons :

 

Je la lisais chaque mois jusqu'aux annonces. Littérairement, c'était mon évangile. Les jeunes écrivains d'aujourd'hui auront peine à imaginer, en cette année de Chantecler, lorsque Alfred Capus régnait sur Paris, et que les grands écrivains de l'Académie ne se glorifiaient plus que de « servir », le prestige de ce petit groupe pur autour d’une revue en apparence modeste et comme nous passionnait son scrupule devant l’œuvre d'art ; cette révision de valeurs qui s'accomplissaient là, cette rigoureuse mise en place de chacun me paraissaient sans appel.

 

L’apport capital des Cahiers de l’amitié de France

à la poésie catholique d’avant-guerre 

 

Mauriac attendra 1922 pour avoir l’honneur de paraître dans la prestigieuse revue. Avant cela, après la parution de l’Adieu à l’adolescence, il aura aussi dit adieu à la poésie et à la grande époque du premier renouveau catholique des lettres. Un renouveau exigeant, peut-être trop, qui trouve sa raison d’être dans l’Evangile et dans les dogmes de l’Eglise universelle. Le jeune Mauriac ne s’y sentira pas toujours à son aise. Pourtant, le mouvement est lancé et n’atteindra son plein accomplissement que quelques décennies plus tard. Mais Mauriac, administrateur gérant des Cahiers, continue, en attendant, à coller les timbres et faire les additions. Lui qui rêvait d’un idéal élevé écrira à Eusèbe de Brémond d’Ars, autre poète catholique d’avant-guerre :

 

Que ne peuvent faire de jeunes hommes unis en Dieu ?... Il pleut. On dîne en ville avec des gens qui ont mauvaise réputation... Piètre destinée si l’on n’avait un peu de génie... Il faut au milieu de l’écœurante banalité du mal, nous dresser dans nos vêtements blancs comme des chevaliers du Graal. Il faut prier, communier, user des dons de Dieu pour nous défendre comme notre jeunesse. Il faut empêcher de parler trop haut notre cœur romantique, ne point le laisser frapper à toutes les portes et se résigner à ce qu’il ait quelquefois si faim et si soif — faim et soif à en mourir — et travailler... 

 

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Jean de Fabrègues, au moment de clore son chapitre sur le Mauriac adolescent et poète, retracera parfaitement la vitalité et l’enthousiasme des poètes catholiques à l’orée de la Grande Guerre :

 

L’exigence spirituelle du groupe n’est pas mince. En 1912, il a, à Lassagne, autour de Dumesnil, une véritable retraite spirituelle — Jammes, André Lafon, Vallery-Radot, Mauriac, Eusèbe de Brémond. L’année suivante se constituera une « Société de Saint-Augustin » pour une « action intellectuelle en profondeur » qui comporterait congrès d’artistes et d’éditeurs, action sur les collections historiques, philosophiques et artistiques, etc. Mauriac est du comité avec ses amis et Claudel, Baumann, Vaussard.

 

A la Pentecôte 1913, Robert Vallery-Radot a emmené Mauriac au scolasticat des Dominicains, au Saulchoir, en Belgique. C’est toute une vague d’espérance chrétienne qui roule l’enfant solitaire de Bordeaux. Maritain vient d’entrer dans l’Eglise, et Massis, et Psichari... Il faudrait peindre toute une époque.

 

Certes, l’amitié d’André Lafon, celle de Vallery-Radot, très chères et très proches, unissent étroitement Mauriac à ce qui se fait autour de l’amitié de France. Et pourtant le « dogmatisme » intransigeant de celui qui en a été un temps le maître — Dumesnil — suffit-il au garçon si soucieux de religion intérieure ? Est-il à son aise dans toute l’atmosphère de ce groupe, lui que tentaient les mouvements d’âme du modernisme ? N’a-t-il pas laissé quelque chose, en route, de sa propre intransigeance pascalienne, au temps où il classait ses maîtres en « catholiques intelligents » et « catholiques imbéciles » ?... Et les modernistes étaient du côté des « intelligents ». Certes, l’Enfant chargé de chaînes a marqué un recul devant un sentimentalisme religieux trop facile. Mais cette vie n’a pas encore trouvé tout son chemin. Un proche avenir en témoignera.

 

Mais ce proche avenir glorieux sera celui du romancier qui, aux dires de catholiques sourcilleux, ne cessera de sentir le soufre. Barrès ne se sera trompé que sur un point, celui du genre littéraire. Cependant Mauriac, en 1930, aura sur cette époque, et sur le rôle qu’il y joua, un dernier grand mouvement de fierté rétrospective :

 

A feuilleter la collection qu’aima tant André Lafon, il ne semble pas que nous devions rougir de cette œuvre et notre entreprise n'apparaît pas si folle. En dépit d'une administration assez fantaisiste, Les Cahiers, quand la guerre les supprima, étaient en pleine prospérité et le chiffre des abonnements croissait sans cesse. Nous occupions une place que personne après nous n’a prise : il existe des milliers de gens en France pour s'intéresser à une revue de littérature uniquement catholique, et les collaborateurs croyants ne lui feraient pas défaut. Sans doute semblions-nous un peu minces pour nos prétentions, mais nous aurions grandi, et à force de bonne volonté, attiré enfin quelques-uns de nos maîtres et de nos frères. Robert Vallery-Radot avait raison de croire que ce grain de sénevé pouvait devenir un grand arbre : la guerre n'a pas tué que des hommes.


 

FIN

 

FIN ? C'est un bien grand mot ! Contraire aux désirs secrets, de moins en moins discrets, d'une poignée de militants bornés, je me fais for de tenir bien haute la flamme de la poésie catholique. Apparemment, il n'en reste rien. Cependant, la braise rougit sous la cendre. Ils veulent la mort de l'Église ? Ils n'auront que des témoins. C'est le sens du vocable originel martyr. Des Miles Christi disait Péguy. Quant à la mort de la poésie... Il n'a jamais autant existé de duchesse de Rohan, de Mme de la Rochecantin, et de baronne de Baye, née Oppenheim ni de jeunes Mauriac pour se moquer des femmes mûres qui se prennent pour quelqu'un. Sincèrement, je crois que ces femmes-là n'étaient pas dupes et qu'elles tenaient table ouverte, sciemment, pour nourrir ces joyeux parasites-là. Ils lorgnaient les petits-fours et autres mignardises, certes, mais elles avaient pressenti en eux des destinées. Refaisons l'histoire littéraire : si ces faiseuses de vers de mirliton avaient mis le petit François à la porte, il n'y aurait peut-être jamais eu de général pour déclarer que c'était le seul grand écrivain vivant. 

 

Merci à tous mes lecteurs, à toutes mes lectrices qui ont eu le courage de me lire, mais aussi de m'approuver publiquement dans cette entreprise perdue d'avance en ce lieu. Je ne regrette rien. Pour démoraliser à tout jamais ceux qui confondent le devoir de transmission du savoir et le pédantisme, j'offre à tous les étudiants, sur présentation d'une photocopie de la carte d'étudiant mise à jour, toutes les références des citations mises en notes dans mes dossiers. C'est ainsi que je conçois le prolongement, à la retraite, de ma carrière d'enseignant,


Bien amicalement,

Bernard Bonnejean


Copie et reproduction de ce texte sur demande expresse de l'auteur. Les étudiants ont la possibilité d'avoir accès aux références et aux notes, sur demande et présentation de la photocopie de leur carte d'étudiants à jour.

 

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Histoire de poètes (14)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Le Sillon de Marc Sangnier


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Avant d’être influencé par Pascal, le jeune bordelais Mauriac que sa famille appelait « Coco-Bel-Œil », se sent attiré par les théories modernes du Sillon de Marc Sangnier. Lui qui a commencé à écrire quelques poèmes, se retrouve, sans l’avoir voulu, confronté à une des plus importantes querelles religieuses internes au catholicisme de ce début de siècle :

 

Ces trois dernières années vécues à Bordeaux m’ont laissé un souvenir amer. J’étais très seul, en dépit du Sillon de Marc Sangnier, où les « intellectuels » de mon espèce étaient suspects et redoutés. Je quittais d’ailleurs le Sillon en 1907, pour rester fidèle à mon ami l’abbé Desgranges qui se sépara du Sillon cette année-là. 

 

Prétendre résumer le Sillon en quelques lignes relève de la gageure ; mais ne pas évoquer son action et son retentissement serait se priver de l’explication des origines de l’Eglise contemporaine, si l’on part du principe qu’au début de notre siècle les deux grandes mouvances du catholicisme français sont représentées par l’Action française, que l’on connaît relativement bien, et par le Sillon qui ne sortira de l’oubli que par la résurgence de la démocratie chrétienne, avec l’émergence du M.R.P. après la seconde guerre mondiale. 

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Le Sillon est né dans les dernières années du pontificat de Léon XIII ; Pie X le trouvera formé et déjà critiqué. En 1894, trois jeunes gens, Marc Sangnier, Paul Renaudin et Etienne Isabelle, trois catholiques fervents, ont pris l’habitude de réunir chaque vendredi, à Paris, des camarades qui partagent le même idéal. Ils s’entretiennent de l’avenir du catholicisme et des problèmes qui se posent à l’Eglise. Force leur est de constater que la France catholique compte plus d’ennemis que de zélateurs, après l’expulsion des congrégations et la fermeture des écoles chrétiennes. Pourquoi ? parce que le message évangélique est méconnu et trahi. Il faut vivre l’Evangile et le porter à ceux qui l’ignorent, les jeunes ouvriers et prolétaires. Marc Sangnier, grâce à un réel charisme, prend très vite le pas sur les autres et fait bientôt figure de chef unique du mouvement et le Sillon connaît sous sa responsabilité un beau succès. Les cercles d’étudiants sillonistes se multiplient et des Instituts populaires sont fondés. Les Oratoriens, Marianistes, Frères des écoles chrétiennes... appuient le mouvement et des évêques se déclarent publiquement en sa faveur. Des ouvriers commencent à se joindre aux étudiants bourgeois dans les cercles d’étude ; parmi eux, des normaliens, des polytechniciens, des élèves de l’Ecole centrale. 

 

Mais le mouvement prend très vite un tour politique qui déplaît à la hiérarchie. Le caractère uniquement religieux des origines cède de plus en plus la place à un activisme démocratique que l’Eglise traditionaliste d’alors n’est pas prête à accepter. Marc Sangnier préconise de réaliser en France une « République démocratique », la « forme de gouvernement la plus favorable à l’Eglise ». Cette confusion du politique et du religieux, Pie X est résolu à l’éviter à tout prix. Il ne peut admettre non plus que le Sillon remette en cause la légitimité de la propriété, les hiérarchies sociales et les inégalités naturelles. Pas plus que la tendance du Sillon à accepter en son sein des éléments non catholiques, ou non chrétiens, la fraternité universelle consistant dans le respect des opinions de tous, quelles qu’elles soient, même hostiles à l’Eglise. Le 25 août 1910, Pie X adresse à l’ensemble de l’épiscopat français une lettre portant une condamnation sans appel. Marc Sangnier écrit une lettre de soumission au pape et tous ses amis s’inclinent avec lui. De nouveaux Sillons, suggérés par le pape lui-même, seront créés dans les diocèses, sans intentions politiques, comme des mouvements d’action catholique caritatifs. Ils ne parviendront pas à séduire la jeunesse enthousiasmée par les idées que défendaient Sangnier dans le premier Sillon.

 

L’expérience du Sillon sera donc pour Mauriac de courte durée mais elle devait marquer l’écrivain pour la vie. Il faudra le recul du temps pour que Mauriac ose reconnaître ce que la pensée moderne du Sillon lui aura apporté. Et avec le Sillon, tous les mouvements qui, à l’origine de la démocratie chrétienne, devaient contribuer à libérer l’Eglise de préjugés condamnables :

 

[Ma mère et moi] nous nous délections du Pèlerin et de l’Almanach du pèlerin, des histoires juives d’un certain Raphaël Viaud, des caricatures dont l’une m’est restée gravée dans l’esprit : un père montrait à son hideux petit garçon des tableaux qui représentaient le baiser de Judas, Dreyfus recevant un sac d’argent d’un officier prussien, et la légende était : « Et toi, Chacob, qu’est-ce que tu fendras quand tu seras crand ? »

 

Que de temps m’aurait-il fallu pour échapper à ce criminel détournement de la conscience catholique, si je n’avais pas eu le bonheur de rencontrer à dix-huit ans le Sillon et Marc Sangnier ? Je ne lui suis resté fidèle que quelques mois... mais ils ont suffi : j’avais compris pour toujours. Et que ceux qui se réjouissent d’avoir cassé les reins à la démocratie chrétienne ne triomphent pas trop tôt. En dépit des erreurs, des insuffisances, des fautes commises par les hommes qui l'incarnent à une époque donnée, elle n'en continue pas moins historiquement l'effort de cette petite troupe qui, entre 1814 et 1940, aura sauvegardé en France le message évangélique, l'aura porté « à bout de bras » au-dessus des compromissions et des accaparements : toujours le même petit nombre de fidèles durant l’affaire Dreyfus, comme pendant la guerre d'Espagne, tenant le coup sous les méprisantes insultes de Machiavel — toujours le même heureusement grossi, du temps de la résistance au nazisme, résolus à ne pas livrer ce que ses adversaires sacrifiaient sans vergogne. La démocratie chrétienne sera parvenue jusqu'à nous, à travers ces cent dernières années, aussi faible, aussi débile que cet enfant Tarcisius qui traverse l’Eglise primitive avec l'eucharistie contre sa poitrine, et qui préfère mourir plutôt que de livrer ce Dieu qu'il porte caché sous sa tunique.

 

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En 1907, François Mauriac s’installe à Paris, 104, rue de Vaugirard, dans une maison de Maristes tenue par le père Plazenet. Il y prépare l’Ecole des chartes, moins par goût que par commodité, parce que c’est la seule grande école à ne pas demander un bon niveau en mathématiques. Il va ensuite loger à l’hôtel de l’Espérance, toujours rue de Vaugirard, en face du séminaire des Carmes. Son engagement dans le Sillon est encore à peu près intact, puisque lorsqu’il relate dans ses mémoires son élection comme président de la Réunion des étudiants du 104, il clame :

 

C’était la victoire de la tendance silloniste sur les tenants de l’Action française.

 

Mauriac, président d’un cercle catholique : nouvelles amitiés littéraires

 

Cette présidence lui vaudra de faire la connaissance des grands intellectuels catholiques de l’époque. D’abord, Georges Goyau, né dans la patrie de Péguy, auteur d’un manifeste Le Pape, les Catholiques et la Question Sociale dans laquelle il soutient que la question sociale est avant tout une question morale, et à propos duquel Calvet, spécialiste du renouveau catholique des lettres, ne tarit pas d’éloges :

 

Notre cercle est relié au monde par Georges Goyau qui vient chaque semaine, en dépit de ses travaux, avec une patience héroïque, présider une de nos conférences. Il a tout le ciel dans les yeux et, par une étrange rencontre, lui si frêle, ressemble au portrait que nous avons de Michel-Ange Buonarotti. Il passe alors pour libéral. Il commente l’encyclique Rerum novarum et admire les hommes du Kulturkampf. Il est le gendre de Félix Faure. Il me montre déjà l’amitié, l'indulgence dont j'ai bénéficié presque jusqu'à la fin de sa vie. Cet homme si pieux, et dont la bonté égale le savoir, pratique la vertu de prudence, bien nécessaire dans une passe aussi dangereuse que ces années qui virent la condamnation du Sillon et du modernisme, la séparation des Eglises et de l'Etat. Georges Goyau, détaché de beaucoup de choses, garde une seule et très légitime ambition humaine : cet érudit pousse vers l'Académie française son solide esquif pavoisé de blanc et de jaune. S'il était mort deux années plus tôt, sans doute en parlerais-je ici avec une tendresse moins nuancée. [...] Il reste que Georges Goyau, chrétien authentique, croyait que « c'est arrivé » (j'entends : « la rédemption »), qu'il n'avait jamais cet air de vous pousser du coude, cet imperceptible clignement de l’œil de tels intrépides défenseurs de la foi.

 

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Puis, Mauriac président rencontrera René Bazin, venu honorer de sa présence une conférence tenue par un des étudiants du Cercle. C’est l’occasion pour le mémorialiste d’évoquer une « circonstance assez bouffonne » :

 

En ma qualité de président, j'eus à saluer René Bazin venu pour écouter une conférence que l'un de nous faisait sur son œuvre. Ce camarade s'appelait Audiat, et je crois bien et qu'il s'agit de Pierre Audiat de Paris-Midi. J'avais déjà eu l'occasion de haranguer Mgr Amette, archevêque de Paris, et me croyait fort doué pour la parole. Mais il advint que, ce soir là, un ami était venu partager mon dîner et que nous bûmes du champagne. J'arrivai un peu tard à la réunion, glorieux et si sûr de moi que je ne m’étais même pas donné la peine d'apporter des notes. Le maître était assis au premier rang. Il y avait foule. Je me levai. J’ouvris la bouche et je me tus. Après trente ans, je grince encore des dents, à évoquer cette sensation horrible, cette nuit où je me trouvai plongé et où seule m'était perceptible la rumeur d'angoisse qui montait de l'auditoire. Je me rassis, la face ruisselante. Audiat parla pendant une heure et je demeurai exposé à tous les regards, au pilori, dans un état inexprimable d'humiliation et de honte. Plus tard, chaque fois que je revis René Bazin, il me rappelait gentiment ce souvenir cruel. Tel est l'orgueil imbécile de cet âge que j'aurais peut-être été capable de me tuer si je n'avais été chrétien.

 

En novembre 1908, il quitte l’Ecole des chartes pour « entrer en littérature » :

 

Ce qui m’y avait décidé fut la rencontre que je fis un jour sur les boulevards, devant le Crédit lyonnais, de Charles-Francis Caillard. Je l’avais connu, quelques années plus tôt, durant une saison à Saint-Palais, près de Royan. Il m’avait lu ses vers et il avait aimé les miens. Il voulut savoir si j’en écrivais toujours. Quant à lui, il dirigeait La Revue du Temps présent, et il me demanda d’y collaborer. Mais surtout il voulait devenir éditeur et me proposa de publier mes vers. Il ne m’en coûterait que cinq cent francs. J’acceptai le marché. 


Mauriac devait, beaucoup plus tard, rendre hommage à cette grande figure de la poésie catholique de l’époque dans les colonnes du Figaro. Un poète estimé par les collaborateurs de la Revue et dont Robert Vallery-Radot, dans son Anthologie, rappelle les Sagesses, où, dit-il, il « chante des vertus des vieilles bourgeoisies chrétiennes » et Les Rosiers sur la Tombe dont il cite ce poème :


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O Saint Benoît, Père très grand auprès de Dieu,

O direct héritier de la part la meilleure,

Maître de la prière et créateur du Vœu,

Vous serez avec nous lorsque viendra notre heure.

O lumineux génie en l’art pur d’adorer,

Inspiré des recueillements disciplinaires,

A l’heure de la mort vous nous regarderez

Pour nous donner le calme en l’ultime prière.

Vous dont les cris d’amour montèrent en splendeurs,

Aux regards éblouis de la foule penchée,

Tapissant vers le ciel, où sont toutes les fleurs,

Le chemin de votre âme ainsi qu’une jonchée,

Vous mettrez, à notre heure, en nos yeux apaisés,

La pure vision de vos vertus plénières,

Et sur la lèvre où fut l’émoi des faux baisers,

Le goût de votre espoir aux mots de nos prières.

 

C’est en réalité une figure hors du commun avec une destinée unique. Dans son article, rédigé en réponse à une lettre d’une petite-nièce du poète, Mauriac évoque le poète et le chrétien, entré dans les ordres, mort prématurément au cours de la Grande Guerre :

 

Caillard me confia dans sa revue la rubrique des poèmes. Je fis mes premières armes en couvrant de fleurs les poèmes des autres. Mais Caillard eut à ce moment-là sur moi une influence dont je serais tenté de rougir. [...] Ce pauvre Caillard, je le perdis de vue. La vie ne ressemblait pas pour lui à l'idée qu'il s'en était faite à Châtellerault. Mais il avait une évasion secrète dont il me parlait peu, quoique j'y aie été mêlé. Dans cet ordre d'idées, on ne saurait parler de hasard. Etant allé avec l'abbé Desgranges faire une retraite chez les trappistes de Sept-Fons, j'envoyais de là à Caillard une carte postale qui représentait les trappistes en procession. Ce fut la vue de cette carte postale qui, me confia-t-il, lui donna pour la première fois l'idée du cloître. Cela paraît étrange, mais j'ai joué plusieurs fois dans ma vie, comme par hasard, un rôle de cet ordre. 

 

La dernière vision que j'ai eue de Caillard, c'était au début de la Grande Guerre. Il vint dîner chez moi à Bordeaux, en route pour l'Espagne où il allait rejoindre une abbaye dont il portait déjà l'habit... Si maigre que j'en fus frappé et que je ne m'étonnais point d'apprendre sa mort, quelques semaines plus tard. En ce temps-là, dans ce massacre immense et ininterrompu de toutes les jeunesses d'Europe, que pesait la mort d'un pauvre novice bénédictin ? Mais voilà qu'après cinquante-six ans j'apporte à cet ami d’autrefois ce témoignage de ma fidélité, si près du moment de le rejoindre. J'ai eu la vie qu'il m’avait annoncé. Lui, il aura eu la sienne, différente de ce qu'il aura rêvé, en montant de Châtellerault à Paris, comme j'étais moi-même monté de Bordeaux.

 

Pour démoraliser à tout jamais ceux qui confondent le devoir de transmission du savoir et le pédantisme, j'offre à tous les étudiants, sur présentation d'une photocopie de la carte d'étudiant mise à jour, toutes les références des citations mises en notes dans mes dossiers. C'est ainsi que je conçois le prolongement, à la retraite, de ma carrière d'enseignant,

Bien amicalement,

Bernard Bonnejean


Copie et reproduction de ce texte sur demande expresse de l'auteur. Les étudiants ont la possibilité d'avoir accès aux références et aux notes, sur demande et présentation de la photocopie de leur carte d'étudiants à jour.

 

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