UN GROUPE TOUT À L’HEURE ÉTAIT LÀ...

Publié le par Bernard Bonnejean

UN GROUPE TOUT À L’HEURE ÉTAIT LÀ...

UN GROUPE TOUT À L’HEURE ÉTAIT LÀ...
(dédié à vous tous mes amis qui servez si bien la cause animale)

Un groupe tout à l'heure était là sur la grève,
Regardant quelque chose à terre. - Un chien qui crève !
M'ont crié des enfants ; voilà tout ce que c'est. -
Et j'ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait.
L'océan lui jetait l'écume de ses lames.
- Voilà trois jours qu'il est ainsi, disaient des femmes,
On a beau lui parler, il n'ouvre pas les yeux.
- Son maître est un marin absent, disait un vieux.
Un pilote, passant la tête à sa fenêtre,
A repris : - Ce chien meurt de ne plus voir son maître.
Justement le bateau vient d'entrer dans le port ;
Le maître va venir, mais le chien sera mort. -
Je me suis arrêté près de la triste bête,
Qui, sourde, ne bougeant ni le corps ni la tête,
Les yeux fermés, semblait morte sur le pavé.
Comme le soir tombait, le maître est arrivé,
Vieux lui-même ; et, hâtant son pas que l'âge casse,
A murmuré le nom de son chien à voix basse.
Alors, rouvrant ses yeux pleins d'ombre, exténué,
Le chien a regardé son maître, a remué
Une dernière fois sa pauvre vieille queue,
Puis est mort. C'était l'heure où, sous la voûte bleue,
Comme un flambeau qui sort d'un gouffre, Vénus luit ;
Et j'ai dit : D'où vient l'astre ? où va le chien ? ô nuit !

Victor HUGO, "Les Quatre Vents de l'Esprit",
"Le Livre Lyrique", 12 juillet 1855.

La scène se déroule problablement à Jersey, lors de l'exil (photo).
Victor Hugo aimait les "frères inférieurs" auxquels, comme ici, il a consacré quelques belles pièces.

BONNE JOURNÉE !
Bernard Bonnejean

Commenter cet article