Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

La liberté de conscience

Publié le par Bernard Bonnejean

 

QU'EST-CE QUE L'« OBJECTION DE CONSCIENCE  » ?


 

2315624112.jpg

 

 

Il est important de rappeler que la notion d' « objection de conscience » s'applique en priorité aux hommes politiques confrontés à une incompatibilité entre leur éthique et la loi, fût-elle démocratique. Le Pape Jean-Paul II s'est ainsi adressé aux parlementaires, représentants d'un peuple à un moment précis d'une histoire donnée, contraints d'accepter une loi votée par une majorité d'entre eux. Evangelium Vitae affirme ainsi de façon très claire : 

« Dans le cas d'une loi intrinsèquement injuste, comme celle qui admet l'avortement ou l'euthanasie, il n'est jamais licite de s'y conformer ni de participer à une campagne d'opinion en faveur d'une telle loi ni de donner à celle-ci son suffrage. Un problème de conscience particulier pourrait se poser dans les cas où un vote parlementaire se révélerait déterminant pour favoriser une loi plus restrictive pour remplacer une plus permissive déjà en vigueur ou mise aux voix... En ce cas, il est évident que, lorsqu'il ne serait pas possible d'éviter ou d'abroger complètement une loi [...] un parlementaire, dont l'opposition personnelle absolue [...] serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d'une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. Agissant ainsi, en effet, on n'apporte pas une collaboration illicite à une loi inique ; on accomplit plutôt une tentative légitime, qui est un devoir, d'en limiter les aspects injustes ».

Ce passage exprime sans agressivité ni coercition ce qu'on peut entendre par « objection de conscience » dans un cadre purement législatif et démocratique. Il limite sans aucune ambiguité ce qu'il est convenu d'appeler « la discipline de parti », « la solidarité ministérielle » ou « parlementaire ». Si la ligne du parti est bien la « Position commune imposée aux membres d'un parti politique », il serait au moins souhaitable qu'elle soit assouplie lorsqu'il s'agit de légiférer sur des 

« valeurs humaines et morales essentielles et originelles, qui découlent de la vérité même de l'être humain et qui expriment ou protègent la dignité de la personne, [...] donc des valeurs qu'aucune personne, aucune majorité ni aucun État ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que l'on est tenu de reconnaître, respecter et favoriser ».


 

4138843113.jpg

 

Monsieur Hollande a aujourd'hui décidé d'entendre la voix de l'opposition de Français pour lesquels la loi sur le mariage homosexuel et le droit à l'adoption pour tous touche précisément à ces « valeurs humaines et morales essentielles et originelles » dont parle le Pape. C'est une concession bien inutile car il est parfaitement inconcevable qu'un policier ou un juge contraigne un citoyen à l'application d'une loi qu'il estime parfois moins importante que sa vie même. 

 

 


Parlons clair : que se serait-il passé si, une fois la loi votée (ce qui n'est pas fait), des maires catholiques — il est absurde de les cataloguer parmi les « intégristes » — avaient refusé de célébrer une union légale sur le plan du droit, mais illicite au regard de leur foi ? Aurait-on envoyé les forces de police ? Quelles belles noces placées sous le règne des armes alors qu'on en défend la légitimité sur le principe de l'amour ! Reste la question d'un éventuel suppléant... Dans beaucoup de communes de France règne une paix et une douceur de vivre suffisantes pour qu'il n'y ait eu qu'une liste unique aux élections municipales... On se tue à répéter que Paris n'est pas la France et que souvent la France ne ressent qu'indifférence pour les mœurs parisiennes dont elles sont bien éloignées. Les homosexuels n'y sont pas toujours rejetés ou montrés du doigt, mais de là à les marier... Monsieur Hollande a prévu le cas, semble-t-il : on fera appel au préfet ! Ne s'éloigne-t-on pas de plus en plus de l'option sentimentale dans ce cas précis ? Vous imaginez les potins locaux, la « publicité » autour de l'événement, la presse locale qui manque bien souvent d'imagination et qui s'empressera de relater les étapes de « l'affaire », du refus du maire et de son conseil à l' « heureux dénouement ». Vous me permettrez de plaindre les futurs époux, bien sincèrement. 

 

 

 

desobeissance-civile-gp4.jpg

 



Laissons la parole, pour terminer, à Michel Schooyans, p
rofesseur émérite de l'Université de Louvain, de Sao Paulo (Brésil) et de diverses universités latino-américaines, membre, entre autres, de l’Institut Royal de Relations Internationales de Bruxelles, de la Population Research (Washington DC), de l'Institut de Démographie Politique, de l'Académie Mexicaine de Bioéthique, de l'Académie Pontificale des Sciences Sociales et conseiller du Conseil Pontifical pour la Famille. Il concluait ainsi un article sur l'avortement et « L'objection de conscience en politique » :

 

« La résistance des hommes politiques

 Il semble tout d'abord que beau­coup de chrétiens ne mesurent pas encore la gravité sans précédent des menaces qui pèsent sur le droit à la vie, lequel est pour­tant inhérent à l'Évangile. Trop de chré­tiens tergiversent lorsque ce droit est bafoué ou sur le point de l'être. Cette situa­tion est d'autant plus grave que les chré­tiens n'ont pas le monopole de la défense de la vie humaine. Le respect de toute vie humaine est un précepte fondamental de toutes les grandes traditions morales de l'Humanité et de toutes les civilisations ; ce droit est essentiel à toute société démocra­tique. Tous les grands mouvements sociaux qui se sont développés depuis le XIX° siècle ont contesté les abus de pouvoir commis par les plus forts contre les plus faibles. Le signe le plus éclatant qui manifeste qu'un pouvoir, peut-être légitime à l'origine, dérive vers le totalitarisme, c'est que ce pouvoir s'en prend aux innocents. Un tel pouvoir doit être dénoncé et combattu ; il fait de la résistance active un devoir de conscience.

Aussi, le respect de valeurs supérieures, qui fondait l'objection de conscience des militaires chrétiens dans l'Antiquité chré­tienne, justifie aujourd'hui l'objection de conscience non seulement des personnels médicaux, mais des hommes politiques, les législateurs et en particulier des parlementaires. Le courage du roi Baudouin de Belgique, qui refusa de signer la loi légali­sant l'avortement, brille ici comme un exemple pour les chrétiens dans le monde de ce temps. La crainte du Dieu trois fois Saint, qui interdisait aux chrétiens de sacri­fier aux dieux de la Cité antique, interdit aux chrétiens d'aujourd'hui de sacrifier aux idoles de l'anti-théisme contemporain. Dans ce monde où le droit ne tient qu'à un fil appelé consensus, le chrétien doit apparaître comme un signe de division et se rappeler que par son baptême il appartient à un peuple de prophètes. Au nom du pluralisme, trop de chrétiens se laissent dépouiller de leur propre morale, au point d'adhérer à une conception perverse de la démocratie. Jamais peut-être n'a été aussi pressant 



l'appel évangélique à la résistance ».  

 

 

Bernard Bonnejean

 

UN TÉMOIGNAGE ESSENTIEL

 


 

 


Publié dans vie en société

Partager cet article

Repost 0

La théorie du genre : notre société en grave danger !!!

Publié le par Bernard Bonnejean



La théorie du genre s'invite au lycée

 

images.jpg

 

 
Les nouveaux programmes de SVT (Sciences et Vie de la Terre) des Premières ES et L font référence à la « théorie du genre ». Une idéologie qui contredit la conviction chrétienne que l'on naît garçon ou fille. Et que Dieu créa l'homme et la femme l'un pour l'autre, pour qu'ils s'aiment et qu'ils transmettent la vie.
 

Que s'est-il passé ?



Dans un courrier daté du 27 mai 2011, le Secrétariat général de l'Enseignement catholique invite les chefs d'établissements au discernement quant au choix des manuels de SVT (Sciences et Vie de la Terre) pour les classes de 1ères ES et L. En effet, la réforme des programmes concerne notamment la sexualité humaine. Le chapitre intitulé « devenir homme ou femme » « privilégie le « genre » considéré comme une pure construction sociale, sur la différence sexuelle. L'identité masculine ou féminine, selon cette théorie, n'est donc pas un donné anthropologique mais une orientation » explique Claude Berruer, son Secrétaire général adjoint.
 

 

Qu'en pense l'Église catholique ?


« Les responsables de l'Enseignement catholique sont pleinement dans leur mission quand ils interpellent ces contenus, écrit Mgr Bernard Podvin, Porte-parole des évêques de France, dans l'hebdomadaire Famille Chrétienne à paraître le 11 juin. Ce qui me préoccupe le plus est que l'on distille, dans les années lycéennes où la pensée ne fait que se forger, un subjectivisme et un relativisme. Sous argument que tout serait culturel, une manière de parler de la sexualité aurait été hégémonique et serait donc, aujourd'hui, à remplacer par une anthropologie alternative ? Qui dira aux jeunes et aux adultes que l'être humain a vocation à être unifié ? A la lumière de notre vie spirituelle, nous redisons avec Benoît XVI que le masculin et le féminin se révèlent comme faisant ontologiquement partie de la création ».


"L'enseignement des théories du genre : une dérive dangereuse", par Mgr Ginoux


 

C'est par l'introduction de cours sur les théories du genre (gender), à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po) que l'on voit le développement de ces idées. Mais plus surprenant est leur introduction dans les programmes scolaires des classes de première en SVT (Sciences de la vie et de la terre). La réflexion qui suit s'efforce de situer les enjeux de ces théories.


3190344880.jpg
Lorsque, en 1949, Simone de Beauvoir, publie Le deuxième sexe, le lecteur peut lire cette phrase aujourd'hui bien connue : « On ne naît pas femme, on le devient ». A cette époque elle n'eut pas grande portée sinon chez les intellectuels « branchés » et dans le courant féministe. Depuis, essentiellement aux Etats-Unis, ce courant féministe s'est considérablement développé et un nouveau féminisme est allé plus loin à la fin du XXè siècle. Ces analyses affirment que le combat pour l'égalité des sexes ne s'est pas affranchi de l'identité sexuelle et reste donc dans un concept de domination de l'homme, elles expliquent que c'est le milieu, la culture qui vont déterminer le « genre ». Ce mot « genre » permet de ne pas lier le « sexe » et le rôle que la société imposerait au « féminin » ou au « masculin ».
 

En très bref résumé cela voudrait dire que chacun, selon sa volonté, se construit, chacun s'invente et peut avoir des choix alternatifs de sexualité. Ces théories s'inscrivent dans la pensée que la nature, le donné sexué serait une contrainte dont la société post-moderne doit se libérer. L'une des grandes théoriciennes de ces études sur le genre ( « gender studies ») est Judith Butler dont le livre(1) paru aux USA en 1990 a été traduit en français en 2005. Une interview de l'Express du 6 juin 2005 donne la pensée de l'auteur : la masculinité et la féminité sont une construction sociale, nous apprenons dès l'enfance à jouer un rôle, à assumer la fonction « homme » ou la fonction « femme ». Cette analyse conduit donc à reformuler sa propre identité et à la remettre en question.
 

Les conséquences de ces approches de l'identité sexuelle


Il faut d'abord reconnaître que, effectivement, la culture, ce qui est acquis, participe à la construction de notre sexualité mais le refus de l'inné est un radicalisme de la pensée qui affirme que s'il n'y avait pas « un concept de femme, les femmes ne seraient pas opprimées ». Il est bien vrai que la condition féminine a subi et subit encore beaucoup trop des dominations mais peut-on en voir la cause dans le concept de femme? Nous sommes là dans l'idée, dans l'abstraction. Pour nos théoriciennes il faut déconstruire ces principes.
 

Il y a là une grave question pour la société. Le refus de la différence homme/femme laisse chaque personne décider de ce qu'elle est : il n'y a plus un donné avec lequel nous apprenons à vivre, il n'y a donc plus de création : je me crée selon mon inspiration pour prendre la fonction, le rôle social que je veux. Il y aurait donc toute possibilité de couple, toute forme d'union, tout mariage possible.
 

Comment une société peut-elle se fonder sans cette distinction homme/femme ?


De nombreux psychologues, philosophes, sociologues ont répondu que c'était une vue de l'esprit. Mais il y a encore à expliciter davantage la place du créé dans notre humanité.
 
De ces théories vient aussi l'affirmation d'un « droit à l'enfant » reconnu pour toutes les personnes qui le souhaitent. Cette revendication favorise évidemment la libéralisation de la gestation pour autrui (ou mères-porteuses) de toutes les techniques de procréation médicalement assistée et des adaptations nécessaires des lois.
 
Il est facile de voir qu'une autre de ces conséquences est la déconstruction de la famille puisqu'elle n'est plus fondée sur la relation entre un homme et une femme et la procréation. Dans cette pensée la famille est à construire selon la situation de chacun. Bien entendu le rôle maternel est indifféremment porté par un homme ou une femme. Toute la question de la filiation est donc en jeu et l'on peut se demander comment structurer la psychologie des enfants dans un tel contexte. Il faut simplement souligner que, précisément, la volonté exprimée est de ne pas construire la personnalité de l'enfant.
 

Le questionnement


Ce sujet est grave et pose les principes d'une société qui, refusant la nature et donc la création, fait de l'être humain son propre créateur, se choisissant sa sexualité et organisant son mode de vie à partir de ce choix. Il est abusif de le lier à la dignité de la femme et à sa reconnaissance. C'est la dignité de toute personne humaine qui fonde une société. Lorsque les manuels scolaires conduisent les élèves vers des voies dangereuses nous avons à réagir : c'est aussi notre liberté et l'Enseignement catholique ne peut accepter d'être contraint dans ses choix éthiques.

Il est donc urgent de réfléchir à ces questions, d'autant que, par le biais de l'ONU, les Organisations non gouvernementales vont être obligées de les valider dans leur programme. Pour nos enfants, pour la santé de nos sociétés et pour le sens de nos vies nous avons à refuser cette nouvelle forme de dictature.



Pour conclure, je voudrais simplement rappeler cette définition de la famille telle que je l'ai trouvée dans un extrait du message du Conseil permanent de la Conférence des Evêques de France en novembre 2006 :
 

La famille est la cellule de base de la communauté humaine. Elle peut changer de taille, de visage, elle n'en demeure pas moins essentielle. L'homme et la femme ont besoin d'aimer, d'être reconnus et aimés tels qu'ils sont. La famille est le premier lieu où les hommes et les femmes apprennent la confiance en eux-mêmes et la confiance dans les autres. La famille permet, en effet, de découvrir que chacun a sa place dans une histoire, dans un réseau, sans avoir à le mériter, dans le respect des différences particulières : âge, sexe, qualités ou faiblesses.

 

 

Qu'ajouter de plus, c'est-à-dire de mieux ? 

Amicalement,

Bernard 

Publié dans vie en société

Partager cet article

Repost 0

Pour les principes de sexuation et de filiation réelles

Publié le par Bernard Bonnejean

 

« TOUS NÉS D’UN HOMME ET D’UNE FEMME ! »

 

saintefamille.jpg

 


APPEL AUX CITOYENS — www.lamanifpourtous.fr

 

Pour le mariage civil H/F (Homme/Femme)

 

 

 

qui fonde la famille PME

 

 

 

(Père-Mère-Enfant).

 


Contre le projet de loi de « mariage et d’adoption pour tous »,

 

 

SAMEDI 17 NOVEMBRE 2012

 

 

 

 

Xavier Bongibault

président de « Plus gay sans mariage » (homos)

Laurence Tcheng

porte-parole de « la Gauche pour le mariage républicain » (progressistes)

Frigide Barjot

fondatrice du collectif «Pour l’Humanitédurable.com» (cathos)

Camel Bechikh

          président des Fils de France (musulmans)

Lionel Lumbroso

président de « David&Eugenia » (juifs)

Jérôme Brunet

président de l'"Appel pour les Professionnels de l'Enfance"

 

 

Les représentants régionaux

Philippe Desmoulins

(Fédération départementale des AFC-94)

Laurent Michelin

« Tous pour le mariage » (Toulon)

François Lafaye

Pour l’humanité durable-(Lyon)

Marie Coquelin

LaManif PourTous-(Toulouse)

Côme de Castelbajac

Pourl’Humanitédurable-(Nantes)

 

 

Avec le soutien de

 

 

 

Les Grosses Têtes

Philippe Ariño

L'Homosexualité en Vérité

Jacques Myard

député

Marie-Thérèse Hermange

ex-sénatrice

 

 

appellent les maires, les élus nationaux et tous les Français et les Françaises

à rejoindre

 

 

LA GRANDE JOURNÉE NATIONALE DE MOBILISATION PARTOUT EN FRANCE

 

 

 

À LYON 15 HEURES

place Carnot à l'appel de Cosette et Gavroche

et de l'Humanité durable-Lyon

 

 

À PARIS 14 HEURES 30

place Denfert-Rochereau

 

 

 

À TOULOUSE, NANTES, RENNES, MARSEILLE,
TOUTES LES VILLES

SUR

 

 

 

LE MARIAGE, C’EST DENFERT !

 

Venez avec vos ados, vos enfants, vos amis, vos voisins, homos ou pas homos, en tenue festive et colorée, si possible bleu, blanc rose… 

 

La ManifPourTous est le rassemblement des citoyens français qui se lèvent pour que notre droit civil préserve pour tous, les enfants d'abord, la réalité d’être né de et de grandir dans l’amour d’un homme et d’une femme, père et mère : le mariage civil français garantit l'état civil et humain de chacun d'entre nous. Les mêmes citoyens se soucient tout autant des familles homoparentales dont les revendications peuvent être satisfaites sans bouleverser le principe de sexuation et de filiation réelles.

Ni drapeaux, ni banderoles, des codes civils.

 

REJOIGNEZ LE COLLECTIF LA MANIF POUR TOUS

 

 

www.lamanifpourtous.fr

 

La Manif Pour Tous

 

france-manifs10.jpg
 

 

 

 

Emplacement donné par Bernard Bonnejean pour approfondir la réflexion
sur le mariage homosexuel et le droit à l’adoption pour tous.

 





Publié dans vie en société

Partager cet article

Repost 0

Le mariage selon l'Eglise catholique

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

Catéchisme de l’Église catholique
(Deuxième partie « La Célébration du mystère chrétien » — Deuxième section « Les Sept sacrements de l’Église » — Chapitre troisième « Les sacrements du service de la communion »)

 

cuba-famille-nombreuse.jpg  

 

Article 7 :

LE SACREMENT DU MARIAGE

L'essentiel de la campagne présidentielle française a tourné autour des « valeurs » et nul ne se plaindra de ce recours soudain et inattendu à ce critère électif en une époque un peu trop permissive. Qui dit « valeurs » dit « repères » et l'on entend depuis une décennie, au moins, des Cassandres établir le constat désolant du « manque de repères » dans une civilisation « décadente ». Or, qu'est-ce qu'un « repère » ? C'est tout d'abord un signal physique soit artificiel soit naturel dont le but est de reconnaître et de retrouver un lieu, un emplacement. Jules Verne écrit ainsi dans L'Île mystérieuseÀ l'heure dite, Cyrus releva ce point, et, en mettant l'un par l'autre avec le soleil deux arbres qui devaient lui servir de repères, il obtint ainsi une méridienne invariable pour ses opérations ultérieures. Ainsi les géomètres et les marins ont-ils toujours éprouvé la nécessité de « prendre des repères ». Mais ce ne sont pas les seuls à avoir besoin de ces signes, de ces index, de ces marques pour savoir avec précision où ils [en] sont. En 1958, Simone de Beauvoir écrivait : La vérité c'est que, séparée de ma famille, privée des affections qui m'assuraient de mes mérites, des consignes et des repères qui définissaient ma place dans le monde, je ne savais plus comment me situer, ni ce que j'étais venue faire sur terre (Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, p. 63). 

Oui, vous avez bien lu : Simone de Beauvoir, femme libérée par excellence, se plaignait de manquer de repères au risque de ne plus trop savoir si elle était encore utile dans le monde... D'où le caractère indispensable des repères à partir desquels nous pourrons établir nos valeurs. 

Entendons-nous bien ! Un repère n'est pas une valeur mais c'est la condition nécessaire pour en constituer une. Tant et si bien que rien ne m'oblige à accepter les valeurs de Beauvoir même si son système de repères est équivalent au mien. De la même façon, je n'ai pas le droit d'imposer mes valeurs à une adepte du féminisme de Beauvoir quand bien même nous partirions des mêmes repères. 

Cependant un esprit éclairé se doit de juger des « valeurs » après les avoir librement « é-valuées », c'est-à-dire extraites d'un tout pour en fixer le prix.
 

Prenons la notion de « mariage ». Avant de dire si je suis pour ou contre, il me faut en connaître les repères fondamentaux. Le catholicisme en tant que doctrine fondatrice de valeurs constitue un système de repères dogmatiques partagés par des fidèles. Est-ce à dire que n'être pas fidèle à la doctrine morale de l'Église constitue un empêchement à en adopter tous les comportements et toutes les valeurs ? Bien sûr que non ! Avant de rejeter le « mariage traditionnel » dont le catholicisme présente un exemple parmi d'autres, il faut le connaître, le comparer, l'apprécier, l'évaluer, c'est-à-dire en déterminer la valeur. 

C'est l'objet de cet article qui constitue la totalité du dogme catholique en matière de mariage. Mon but n'est ni la propagande ni le prosélytisme. Juste la connaissance de nos repères sur lesquels nous fondons nos valeurs et nos convictions morales. 

Bien respectueusement, 

Bernard Bonnejean
 

 

1601 « L’alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement » (  CIC, can. 1055, § 1).

 

  • I. Le Mariage dans le dessein de Dieu
  • II. La célébration du mariage
  • III. Le consentement matrimonial
  • IV. Les effets du sacrement du Mariage
  • V. Les biens et les exigences de l’amour conjugal
  • VI. L’Église domestique
  • EN BREF

 

Le Mariage dans le dessein de Dieu

 

1602 L’Écriture Sainte s’ouvre sur la création de l’homme et de la femme à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27) et s’achève sur la vision des " noces de l’Agneau " (Ap 19, 7. 9). D’un bout à l’autre l’Écriture parle du mariage et de son " mystère ", de son institution et du sens que Dieu lui a donné, de son origine et de sa fin, de ses réalisations diverses tout au long de l’histoire du salut, de ses difficultés issues du péché et de son renouvellement " dans le Seigneur " (1 Co 7, 39), dans l’Alliance nouvelle du Christ et de l’Église (cf. Ep 5, 31-32).

 

Le mariage dans l’ordre de la création

 

1603 " La communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur. Dieu lui-même est l’auteur du mariage " (GS 48, § 1). La vocation au mariage est inscrite dans la nature même de l’homme et de la femme, tels qu’ils sont issus de la main du Créateur. Le mariage n’est pas une institution purement humaine, malgré les variations nombreuses qu’il a pu subir au cours des siècles, dans les différentes cultures, structures sociales et attitudes spirituelles. Ces diversités ne doivent pas faire oublier les traits communs et permanents. Bien que la dignité de cette institution ne transparaisse pas partout avec la même clarté (cf. GS 47, § 2), il existe cependant dans toutes les cultures un certain sens pour la grandeur de l’union matrimoniale. " Car le bien-être de la personne et de la société est étroitement lié à la prospérité de la communauté conjugale et familiale " (GS 47, § 1).

 

1604 Dieu qui a créé l’homme par amour, l’a aussi appelé à l’amour, vocation fondamentale et innée de tout être humain. Car l’homme est créé à l’image et à la ressemblance du Dieu (cf. Gn 1, 27) qui est lui-même Amour (cf. 1 Jn 4, 8. 16). Dieu l’ayant créé homme et femme, leur amour mutuel devient une image de l’amour absolu et indéfectible dont Dieu aime l’homme. Il est bon, très bon, aux yeux du Créateur (cf. Gn 1, 31). Et cet amour que Dieu bénit est destiné à être fécond et à se réaliser dans l’œuvre commune de la garde de la création : " Et Dieu les bénit et il leur dit : ‘Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la’ " (Gn 1, 28).

 

1605 Que l’homme et la femme soient créés l’un pour l’autre, l’Écriture Sainte l’affirme : " Il n’est pas bon que l’homme soit seul " (Gn 2, 18). La femme, " chair de sa chair " (cf. Gn 2, 23), son égale, toute proche de lui, lui est donnée par Dieu comme un " secours " (cf. Gn 2, 18), représentant ainsi le " Dieu en qui est notre secours " (cf. Ps 121, 2). " C’est pour cela que l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux deviennent une seule chair " (Gn 2, 24). Que cela signifie une unité indéfectible de leur deux vies, le Seigneur lui-même le montre en rappelant quel a été, " à l’origine ", le dessein du Créateur (cf. Mt 19, 4) : " Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair " (Mt 19, 6).

 

Le mariage sous le régime du péché

 

1606 Tout homme fait l’expérience du mal, autour de lui et en lui-même. Cette expérience se fait aussi sentir dans les relations entre l’homme et la femme. De tout temps, leur union a été menacée par la discorde, l’esprit de domination, l’infidélité, la jalousie et par des conflits qui peuvent aller jusqu’à la haine et la rupture. Ce désordre peut se manifester de façon plus ou moins aiguë, et il peut être plus ou moins surmonté, selon les cultures, les époques, les individus, mais il semble bien avoir un caractère universel.

 

1607 Selon la foi, ce désordre que nous constatons douloureusement, ne vient pas de la naturede l’homme et de la femme, ni de la nature de leurs relations, mais dupéché. Rupture avec Dieu, le premier péché a comme première conséquence la rupture de la communion originelle de l’homme et de la femme. Leurs relations sont distordues par des griefs réciproques (cf. Gn 3, 12) ; leur attrait mutuel, don propre du créateur (cf. Gn 2, 22), se change en rapports de domination et de convoitise (cf. Gn 3, 16 b) ; la belle vocation de l’homme et de la femme d’être féconds, de se multiplier et de soumettre la terre (cf. Gn 1, 28) est grevée des peines de l’enfantement et du gagne-pain (cf. Gn 3, 16-19).

 

1608 Pourtant, l’ordre de la création subsiste, même s’il est gravement perturbé. Pour guérir les blessures du péché, l’homme et la femme ont besoin de l’aide de la grâce que Dieu, dans sa miséricorde infinie, ne leur a jamais refusée (cf. Gn 3, 21). Sans cette aide, l’homme et la femme ne peuvent parvenir à réaliser l’union de leurs vies en vue de laquelle Dieu les a créés " au commencement ".

 

Le mariage sous la pédagogie de la Loi

 

1609 Dans sa miséricorde, Dieu n’a pas abandonné l’homme pécheur. Les peines qui suivent le péché, les douleurs de l’enfantement (cf. Gn 3, 16), le travail " à la sueur de ton front " (Gn 3, 19), constituent aussi des remèdes qui limitent les méfaits du péché. Après la chute, le mariage aide à vaincre le repliement sur soi-même, l’égoïsme, la quête du propre plaisir, et à s’ouvrir à l’autre, à l’aide mutuelle, au don de soi.

 

1610 La conscience morale concernant l’unité et l’indissolubilité du mariage s’est développée sous la pédagogie de la Loi ancienne. La polygamie des patriarches et des rois n’est pas encore explicitement critiquée. Cependant, la Loi donnée à Moïse vise à protéger la femme contre l’arbitraire d’une domination par l’homme, même si elle porte aussi, selon la parole du Seigneur, les traces de " la dureté du cœur " de l’homme en raison de laquelle Moïse a permis la répudiation de la femme (cf. Mt 19, 8 ; Dt 24, 1).

 

1611 En voyant l’Alliance de Dieu avec Israël sous l’image d’un amour conjugal exclusif et fidèle (cf. Os 1-3 ; Is 54 ; 62 ; Jr 2-3 ; 31 ; Ez 16 ; 23), les prophètes ont préparé la conscience du Peuple élu à une intelligence approfondie de l’unicité et de l’indissolubilité du mariage (cf. Ml 2, 13-17). Les livres de Ruth et de Tobie donnent des témoignages émouvants du sens élevé du mariage, de la fidélité et de la tendresse des époux. La Tradition a toujours vu dans le Cantique des Cantiques une expression unique de l’amour humain en tant qu’il est reflet de l’amour de Dieu, amour " fort comme la mort " que " les torrents d’eau ne peuvent éteindre " (Ct 8, 6-7).

 

Le mariage dans le Seigneur

 

1612 L’alliance nuptiale entre Dieu et son peuple Israël avait préparé l’alliance nouvelle et éternelle dans laquelle le Fils de Dieu, en s’incarnant et en donnant sa vie, s’est uni d’une certaine façon toute l’humanité sauvée par lui (cf. GS 22), préparant ainsi " les noces de l’Agneau " (Ap 19, 7. 9).

 

1613 Au seuil de sa vie publique, Jésus opère son premier signe – à la demande de sa Mère – lors d’une fête de mariage (cf. Jn 2, 1-11). L’Église accorde une grande importance à la présence de Jésus aux noces de Cana. Elle y voit la confirmation de la bonté du mariage et l’annonce que désormais le mariage sera un signe efficace de la présence du Christ.

 

1614 Dans sa prédication, Jésus a enseigné sans équivoque le sens originel de l’union de l’homme et de la femme, telle que le Créateur l’a voulue au commencement : la permission, donnée par Moïse, de répudier sa femme, était une concession à la dureté du cœur (cf. Mt 19, 8) ; l’union matrimoniale de l’homme et de la femme est indissoluble : Dieu lui-même l’a conclue : " Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni " (Mt 19, 6).

 

1615 Cette insistance sans équivoque sur l’indissolubilité du lien matrimonial a pu laisser perplexe et apparaître comme une exigence irréalisable (cf. Mt 19, 10). Pourtant Jésus n’a pas chargé les époux d’un fardeau impossible à porter et trop lourd (cf. Mt 11, 29-30), plus pesant que la Loi de Moïse. En venant rétablir l’ordre initial de la création perturbé par le péché, il donne lui-même la force et la grâce pour vivre le mariage dans la dimension nouvelle du Règne de Dieu. C’est en suivant le Christ, en renonçant à eux-mêmes, en prenant leurs croix sur eux (cf. Mc 8, 34) que les époux pourront " comprendre " (cf. Mt 19, 11) le sens originel du mariage et le vivre avec l’aide du Christ. Cette grâce du Mariage chrétien est un fruit de la Croix du Christ, source de toute vie chrétienne.

 

1616 C’est ce que l’Apôtre Paul fait saisir en disant : " Maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l’Église ; il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier " (Ep 5, 25-26), en ajoutant aussitôt : " ’Voici donc que l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair’ : ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église " (Ep 5, 31-32).

 

1617 Toute la vie chrétienne porte la marque de l’amour sponsal du Christ et de l’Église. Déjà le Baptême, entrée dans le peuple de Dieu, est un mystère nuptial : il est, pour ainsi dire, le bain de noces (cf. Ep 5, 26-27) qui précède le repas de noces, l’Eucharistie. Le Mariage chrétien devient à son tour signe efficace, sacrement de l’alliance du Christ et de l’Église. Puisqu’il en signifie et communique la grâce, le mariage entre baptisés est un vrai sacrement de la Nouvelle Alliance (cf. DS 1800 ;   CIC, can. 1055, § 2).

 

La virginité pour le Royaume

 

1618 Le Christ est le centre de toute vie chrétienne. Le lien avec Lui prend la première place devant tous les autres liens, familiaux ou sociaux (cf. Lc 14, 26 ; Mc 10, 28-31). Dès le début de l’Église, il y a eu des hommes et des femmes qui ont renoncé au grand bien du mariage pour suivre l’Agneau partout où il va (cf. Ap 14, 4), pour se soucier des choses du Seigneur, pour chercher à Lui plaire (cf. 1 Co 7, 32), pour aller au devant de l’Epoux qui vient (cf. Mt 25, 6). Le Christ lui-même a invité certains à le suivre en ce mode de vie dont Il demeure le modèle :

 

Il y a des eunuques qui le sont de naissance, dès le sein de leur mère ; il y a aussi des eunuques qui le sont devenus par la main des hommes ; et il y en a qui se sont faits eunuques eux-mêmes à cause du Royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre, comprenne (Mt 19, 12).

 

1619 La virginité pour le Royaume des Cieux est un déploiement de la grâce baptismale, un signe puissant de la prééminence du lien au Christ, de l’attente ardente de son retour, un signe qui rappelle aussi que le mariage est une réalité de l’éon présent qui passe (cf. Mc 12, 25 ; 1 Co 7, 31).

 

1620 Les deux, le sacrement du Mariage et la virginité pour le Royaume de Dieu, viennent du Seigneur lui-même. C’est Lui qui leur donne sens et leur accorde la grâce indispensable pour les vivre conformément à sa volonté (cf. Mt 19, 3-12). L’estime de la virginité pour le Royaume (cf. LG 42 ; PC 12 ; OT 10) et le sens chrétien du Mariage sont inséparables et se favorisent mutuellement :

Dénigrer le mariage, c’est amoindrir du même coup la gloire de la virginité ; en faire l’éloge, c’est rehausser l’admiration qui est due à la virginité ... Car enfin, ce qui ne paraît un bien que par comparaison avec un mal ne peut être vraiment un bien, mais ce qui est mieux encore que des biens incontestés est le bien par excellence (S. Jean Chrysostome, virg. 10, 1 : PG 48, 540A) ; cf. FC 16).

La célébration du mariage

 

noces_bordeaux_buquet.jpg

1621 Dans le rite latin, la célébration du mariage entre deux fidèles catholiques a normalement lieu au cours de la Sainte Messe, en raison du lien de tous les sacrements avec le Mystère Pascal du Christ (cf. SC 61). Dans l’Eucharistie se réalise le mémorial de la Nouvelle Alliance, en laquelle le Christ s’est uni pour toujours à l’Église, son épouse bien-aimée pour laquelle il s’est livré (cf. LG 6). Il est donc convenable que les époux scellent leur consentement à se donner l’un à l’autre par l’offrande de leurs propres vies, en l’unissant à l’offrande du Christ pour son Église, rendue présente dans le sacrifice eucharistique, et en recevant l’Eucharistie, afin que, communiant au même Corps et au même Sang du Christ, ils " ne forment qu’un corps " dans le Christ (cf. 1 Co 10, 17).

 

1622 " En tant que geste sacramentel de sanctification, la célébration liturgique du mariage ... doit être par elle-même valide, digne et fructueuse " (FC 67). Il convient donc que les futurs époux se disposent à la célébration de leur mariage en recevant le sacrement de pénitence.

 

1623 Selon la tradition latine, ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du Mariage en exprimant devant l’Église leur consentement. Dans la tradition des Eglises orientales, les prêtres ou évêques qui officient sont les témoins du consentement mutuel échangé par les époux (cf. CCEO, can. 817), mais leur bénédiction est nécessaire aussi à la validité du sacrement (cf. CCEO, can. 828).

 

1624 Les diverses liturgies sont riches en prières de bénédiction et d’épiclèse demandant à Dieu sa grâce et la bénédiction sur le nouveau couple, spécialement sur l’épouse. Dans l’épiclèse de ce sacrement les époux reçoivent l’Esprit Saint comme Communion d’amour du Christ et de l’Église (cf. Ep 5, 32). C’est Lui le sceau de leur alliance, la source toujours offerte de leur amour, la force où se renouvellera leur fidélité.

 

Le consentement matrimonial

 

 

1625 Les protagonistes de l’alliance matrimoniale sont un homme et une femme baptisés, libres de contracter le mariage et qui expriment librement leur consentement. " Etre libre " veut dire :

ne pas subir de contrainte ;

ne pas être empêché par une loi naturelle ou ecclésiastique.

 

1626 L’Église considère l’échange des consentements entre les époux comme l’élément indispensable " qui fait le mariage " (  CIC, can. 1057, § 1). Si le consentement manque, il n’y a pas de mariage.

 

1627 Le consentement consiste en un " acte humain par lequel les époux se donnent et se reçoivent mutuellement " (GS 48, § 1 ; cf.   CIC, can. 1057, § 2) : " Je te prends comme ma femme " – " Je te prends comme mon mari " (OcM 45). Ce consentement qui lie les époux entre eux, trouve son accomplissement en ce que les deux " deviennent une seule chair " (cf. Gn 2, 24 ; Mc 10, 8 ; Ep 5, 31).

 

1628 Le consentement doit être un acte de la volonté de chacun des contractants, libre de violence ou de crainte grave externe (cf.   CIC, can. 1103). Aucun pouvoir humain ne peut se substituer à ce consentement (  CIC, can. 1057, § 1). Si cette liberté manque, le mariage est invalide.

 

1629 Pour cette raison (ou pour d’autres raisons qui rendent nul et non avenu le mariage : cf.   CIC, can. 1095-1107), l’Église peut, après examen de la situation par le tribunal ecclésiastique compétent, déclarer " la nullité du mariage ", c’est-à-dire que le mariage n’a jamais existé. En ce cas, les contractants sont libres de se marier, quitte à se tenir aux obligations naturelles d’une union antérieure (cf.   CIC, can. 1071).

 

1630 Le prêtre (ou le diacre) qui assiste à la célébration du mariage, accueille le consentement des époux au nom de l’Église et donne la bénédiction de l’Église. La présence du ministre de l’Église (et aussi des témoins) exprime visiblement que le mariage est une réalité ecclésiale.

 

1631 C’est pour cette raison que l’Église demande normalement pour ses fidèles la forme ecclésiastiquede la conclusion du mariage (cf. Cc. Trente : DS 1813-1816 ;   CIC, can. 1108). Plusieurs raisons concourent à expliquer cette détermination :

Le mariage sacramentel est un acte liturgique. Il est dès lors convenable qu’il soit célébré dans la liturgie publique de l’Église.

Le mariage introduit dans un ordo ecclésial, il crée des droits et des devoirs dans l’Église, entre les époux et envers les enfants.

Puisque le mariage est un état de vie dans l’Église, il faut qu’il y ait certitude sur le mariage (d’où l’obligation d’avoir des témoins).

Le caractère public du consentement protège le " Oui " une fois donné et aide à y rester fidèle.

 

1632 Pour que le " Oui " des époux soit un acte libre et responsable, et pour que l’alliance matrimoniale ait des assises humaines et chrétiennes solides et durables, lapréparation au mariage est de première importance :

L’exemple et l’enseignement donnés par les parents et par les familles restent le chemin privilégié de cette préparation.

Le rôle des pasteurs et de la communauté chrétienne comme " famille de Dieu " est indispensable pour la transmission des valeurs humaines et chrétiennes du mariage et de la famille (cf.   CIC, can. 1063), et ceci d’autant plus qu’à notre époque beaucoup de jeunes connaissent l’expérience des foyers brisés qui n’assurent plus suffisamment cette initiation :

Il faut instruire à temps les jeunes, et de manière appropriée, de préférence au sein de la famille, sur la dignité de l’amour conjugal, sa fonction, son exercice : ainsi formés à la chasteté, ils pourront, le moment venu, s’engager dans le mariage après des fiançailles vécues dans la dignité (GS 49, § 3).

Les mariages mixtes et la disparité de culte

 

1633 Dans de nombreux pays, la situation du mariage mixte (entre catholique et baptisé non-catholique) se présente de façon assez fréquente. Elle demande une attention particulière des conjoints et des pasteurs. Le cas des mariages avec disparité de culte (entre catholique et non-baptisé) une circonspection plus grande encore.

 

1634 La différence de confession entre les conjoints ne constitue pas un obstacle insurmontable pour le mariage, lorsqu’ils parviennent à mettre en commun ce que chacun d’eux a reçu dans sa communauté, et à apprendre l’un de l’autre la façon dont chacun vit sa fidélité au Christ. Mais les difficultés des mariages mixtes ne doivent pas non plus être sous-estimées. Elles sont dues au fait que la séparation des chrétiens n’est pas encore surmontée. Les époux risquent de ressentir le drame de la désunion des chrétiens au sein même de leur foyer. La disparité de culte peut encore aggraver ces difficultés. Des divergences concernant la foi, la conception même du mariage, mais aussi des mentalités religieuses différentes, peuvent constituer une source de tensions dans le mariage, principalement à propos de l’éducation des enfants. Une tentation peut se présenter alors : l’indifférence religieuse.

 

1635 D’après le droit en vigueur dans l’Église latine, un mariage mixte a besoin, pour sa licéité, de la permission expresse de l’autorité ecclésiastique (cf.   CIC, can. 1124). En cas de disparité de culte une dispense expresse de l’empêchement est requise pour la validité du mariage (cf.   CIC, can. 1086). Cette permission ou cette dispense supposent que les deux parties connaissent et n’excluent pas les fins et les propriétés essentielles du mariage et aussi que la partie catholique confirme ses engagements, portés aussi à la connaissance explicite de la partie non catholique, de conserver sa foi et d’assurer le baptême et l’éducation des enfants dans l’Église catholique (cf.   CIC, can. 1125).

 

1636 Dans beaucoup de régions, grâce au dialogue œcuménique, les communautés chrétiennes concernées ont pu mettre sur pied une pastorale commune pour les mariages mixtes. Sa tâche est d’aider ces couples à vivre leur situation particulière à la lumière de la foi. Elle doit aussi les aider à surmonter les tensions entre les obligations des conjoints l’un envers l’autre et envers leurs communautés ecclésiales. Elle doit encourager l’épanouissement de ce qui leur est commun dans la foi, et le respect de ce qui les sépare.

 

1637 Dans les mariages avec disparité de culte l’époux catholique a une tâche particulière : " Car le mari non croyant se trouve sanctifié par sa femme, et la femme non croyante se trouve sanctifiée par le mari croyant " (1 Co 7, 14). C’est une grande joie pour le conjoint chrétien et pour l’Église si cette " sanctification " conduit à la conversion libre de l’autre conjoint à la foi chrétienne (cf. 1 Co 7, 16). L’amour conjugal sincère, la pratique humble et patiente des vertus familiales et la prière persévérante peuvent préparer le conjoint non croyant à accueillir la grâce de la conversion.

 

Les effets du sacrement du Mariage

 

1638 " Du mariage valide naît entre les conjoints un lien de par sa nature perpétuel et exclusif ; en outre, dans le mariage chrétien, les conjoints sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial pour les devoirs et la dignité de leur état " (  CIC, can. 1134).

Le lien matrimonial

 

1639 Le consentement par lequel les époux se donnent et s’accueillent mutuellement, est scellé par Dieu lui-même (cf. Mc 10, 9). De leur alliance " une institution, quela loi divine confirme, naît ainsi, au regard même de la société " (GS 48, § 1). L’alliance des époux est intégrée dans l’alliance de Dieu avec les hommes : " L’authentique amour conjugal est assumé dans l’amour divin " (GS 48, § 2).

 

1640 Le lien matrimonial est donc établi par Dieu lui-même, de sorte que le mariage conclu et consommé entre baptisés ne peut jamais être dissout. Ce lien qui résulte de l’acte humain libre des époux et de la consommation du mariage, est une réalité désormais irrévocable et donne origine à une alliance garantie par la fidélité de Dieu. Il n’est pas au pouvoir de l’Église de se prononcer contre cette disposition de la sagesse divine (cf.   CIC, can. 1141).

 

La grâce du sacrement du Mariage

 

1641 " En leur état de vie et dans leur ordre, [les époux chrétiens] ont dans le peuple de Dieu leurs dons propres " (LG 11). Cette grâce propre du sacrement du Mariage est destinée à perfectionner l’amour des conjoints, à fortifier leur unité indissoluble. Par cette grâce " ils s’aident mutuellement à se sanctifier dans la vie conjugale, dans l’accueil et l’éducation des enfants " (LG 11 ; cf. LG 41).

 

1642 Le Christ est la source de cette grâce. " De même que Dieu prit autrefois l’initiative d’une alliance d’amour et de fidélité avec son peuple, ainsi, maintenant, le Sauveur des hommes, Epoux de l’Église, vient à la rencontre des époux chrétiens par le sacrement du Mariage " (GS 48, § 2). Il reste avec eux, il leur donne la force de le suivre en prenant leur croix sur eux, de se relever après leurs chutes, de se pardonner mutuellement, de porter les uns les fardeaux des autres (cf. Ga 6, 2), d’être " soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ " (Ep 5, 21) et de s’aimer d’un amour surnaturel, délicat et fécond. Dans les joies de leur amour et de leur vie familiale il leur donne, dès ici-bas, un avant-goût du festin des noces de l’Agneau :

Où vais-je puiser la force de décrire de manière satisfaisante le bonheur du mariage que l’Église ménage, que confirme l’offrande, que scelle la bénédiction ; les anges le proclament, le Père céleste le ratifie... Quel couple que celui de deux chrétiens, unis par une seule espérance, un seul désir, une seule discipline, le même service ! Tous deux enfants d’un même Père, serviteurs d’un même Maître ; rien ne les sépare, ni dans l’esprit ni dans la chair ; au contraire, ils sont vraiment deux en une seule chair. Là où la chair est une, un aussi est l’esprit (Tertullien, ux. 2, 9 ; cf. FC 13).

 

Les biens et les exigences de l’amour conjugal

 

1643 " L’amour conjugal comporte une totalité où entrent toutes les composantes de la personne – appel du corps et de l’instinct, force du sentiment et de l’affectivité, aspiration de l’esprit et de la volonté – ; il vise une unité profondément personnelle, celle qui, au-delà de l’union en une seule chair, conduit à ne faire qu’un cœur et qu’une âme ; il exige l’indissolubilité et la fidélité dans la donation réciproque définitive ; et il s’ouvre sur la fécondité. Il s’agit bien des caractéristiques normales de tout amour conjugal naturel, mais avec une signification nouvelle qui, non seulement les purifie et les consolide, mais les élève au point d’en faire l’expression de valeurs proprement chrétiennes " (FC 13).

 

L’unité et l’indissolubilité du mariage

 

1644 L’amour des époux exige, par sa nature même, l’unité et l’indissolubilité de leur communauté de personnes qui englobe toute leur vie : " ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair " (Mt 19, 6 ; cf. Gn 2, 24). " Ils sont appelés à grandir sans cesse dans leur communion à travers la fidélité quotidienne à la promesse du don mutuel total que comporte le mariage " (FC 19). Cette communion humaine est confirmée, purifiée et parachevée par la communion en Jésus-Christ donnée par le sacrement de Mariage. Elle s’approfondit par la vie de la foi commune et par l’Eucharistie reçue en commun.

 

1645 " L’égale dignité personnelle qu’il faut reconnaître à la femme et à l’homme dans l’amour plénier qu’ils se portent l’un à l’autre fait clairement apparaître l’unité du mariage, confirmée par le Seigneur " (GS 49, § 2). La polygamie est contraire à cette égale dignité et à l’amour conjugal qui est unique et exclusif (cf. FC 19).

 

La fidélité de l’amour conjugal

 

1646 L’amour conjugal exige des époux, de par sa nature même, une fidélité inviolable. Ceci est la conséquence du don d’eux-mêmes que se font l’un à l’autre les époux. L’amour veut être définitif. Il ne peut être " jusqu’à nouvel ordre ". " Cette union intime, don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants, exigent l’entière fidélité des époux et requièrent leur indissoluble unité " (GS 48, § 1).

 

1647 Le motif le plus profond se trouve dans la fidélité de Dieu à son alliance, du Christ à son Église. Par le sacrement de mariage les époux sont habilités à représenter cette fidélité et à en témoigner. Par le sacrement, l’indissolubilité du mariage reçoit un sens nouveau et plus profond.

 

1648 Il peut paraître difficile, voire impossible, de se lier pour la vie à un être humain. Il est d’autant plus important d’annoncer la bonne nouvelle que Dieu nous aime d’un amour définitif et irrévocable, que les époux ont part à cet amour, qu’il les porte et les soutient, et que par leur fidélité ils peuvent être les témoins de l’amour fidèle de Dieu. Les époux qui, avec la grâce de Dieu, donnent ce témoignage, souvent dans des conditions bien difficiles, méritent la gratitude et le soutien de la communauté ecclésiale (cf. FC 20).

 

1649 Il existe cependant des situations où la cohabitation matrimoniale devient pratiquement impossible pour des raisons très diverses. En de tels cas, l’Église admetla séparation physique des épouxet la fin de la cohabitation. Les époux ne cessent pas d’être mari et femme devant Dieu ; ils ne sont pas libres de contracter une nouvelle union. En cette situation difficile, la solution la meilleure serait, si possible, la réconciliation. La communauté chrétienne est appelée à aider ces personnes à vivre chrétiennement leur situation, dans la fidélité au lien de leur mariage qui reste indissoluble (cf. FC 83 ;   CIC, can. 1151-1155).

 

1650 Nombreux sont aujourd’hui, dans bien des pays, les catholiques qui ont recoursau divorce selon les lois civileset qui contractent civilement une nouvelle union. L’Église maintient, par fidélité à la parole de Jésus Christ (" Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à l’égard de la première ; et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère " : Mc 10, 11-12), qu’elle ne peut reconnaître comme valide une nouvelle union, si le premier mariage l’était. Si les divorcés sont remariés civilement, ils se trouvent dans une situation qui contrevient objectivement à la loi de Dieu. Dès lors ils ne peuvent pas accéder à la communion eucharistique, aussi longtemps que persiste cette situation. Pour la même raison ils ne peuvent pas exercer certaines responsabilités ecclésiales. La réconciliation par le sacrement de pénitence ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et se sont engagés à vivre dans une continence complète.

 

1651 A l’égard des chrétiens qui vivent en cette situation et qui souvent gardent la foi et désirent élever chrétiennement leurs enfants, les prêtres et toute la communauté doivent faire preuve d’une sollicitude attentive, afin qu’ils ne se considèrent pas comme séparés de l’Église, à la vie de laquelle ils peuvent et doivent participer en tant que baptisés :

On les invitera à écouter la Parole de Dieu, à assister au Sacrifice de la messe, à persévérer dans la prière, à apporter leur contribution aux œuvres de charité et aux initiatives de la communauté en faveur de la justice, à élever leurs enfants dans la foi chrétienne, à cultiver l’esprit de pénitence et à en accomplir les actes, afin d’implorer, jour après jour, la grâce de Dieu (FC 84).

 

L’ouverture à la fécondité

 

1652 " C’est par sa nature même que l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement " (GS 48, § 1) :

Les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes. Dieu lui-même qui a dit : " Il n’est pas bon que l’homme soit seul " (Gn 2, 18) et qui " dès l’origine a fait l’être humain homme et femme " (Mt 19, 4), a voulu lui donner une participation spéciale dans son œuvre créatrice ; aussi a-t-il béni l’homme et la femme, disant : " Soyez féconds et multipliez-vous " (Gn 1, 28). Dès lors, un amour conjugal vrai et bien compris, comme toute la structure de la vie familiale qui en découle, tendent, sans sous-estimer pour autant les autres fins du mariage, à rendre les époux disponibles pour coopérer courageusement à l’amour du Créateur et du Sauveur qui, par eux, veut sans cesse agrandir et enrichir sa propre famille (GS 50, § 1).

 

1653 La fécondité de l’amour conjugal s’étend aux fruits de la vie morale, spirituelle et surnaturelle que les parents transmettent à leurs enfants par l’éducation. Les parents sont les principaux et premiers éducateurs de leurs enfants (cf. GE 3). En ce sens, la tâche fondamentale du mariage et de la famille est d’être au service de la vie (cf. FC 28).

 

1654 Les époux auxquels Dieu n’a pas donné d’avoir des enfants, peuvent néanmoins avoir une vie conjugale pleine de sens, humainement et chrétiennement. Leur mariage peut rayonner d’une fécondité de charité, d’accueil et de sacrifice.

 

L’Église domestique

 

1655 Le Christ a voulu naître et grandir au sein de la Sainte Famille de Joseph et de Marie. L’Église n’est autre que la " famille de Dieu ". Dès ses origines, le noyau de l’Église était souvent constitué par ceux qui, " avec toute leur maison ", étaient devenus croyants (cf. Ac 18, 8). Lorsqu’ils se convertissaient, ils désiraient aussi que " toute leur maison " soit sauvée (cf. Ac 16, 31 et 11, 14). Ces familles devenues croyantes étaient des îlots de vie chrétienne dans un monde incroyant.

 

1656 De nos jours, dans un monde souvent étranger et même hostile à la foi, les familles croyantes sont de première importance, comme foyers de foi vivante et rayonnante. C’est pour cela que le IIe Concile du Vatican appelle la famille, avec une vielle expression, " Ecclesia domestica " (LG 11 ; cf. FC 21). C’est au sein de la famille que les parents sont " par la parole et par l’exemple ... pour leurs enfants les premiers hérauts de la foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spécialement de la vocation sacrée " (LG 11).

 

1657 C’est ici que s’exerce de façon privilégiée lesacerdoce baptismal du père de famille, de la mère, des enfants, de tous les membres de la famille, " par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâce, le témoignage d’une vie sainte, et par leur renoncement et leur charité effective " (LG 10). Le foyer est ainsi la première école de vie chrétienne et " une école d’enrichissement humain " (GS 52, § 1). C’est ici que l’on apprend l’endurance et la joie du travail, l’amour fraternel, le pardon généreux, même réitéré, et surtout le culte divin par la prière et l’offrande de sa vie.

 

1658 Il faut encore faire mémoire de certaines personnes qui sont, à cause des conditions concrètes dans lesquelles elles doivent vivre – et souvent sans l’avoir voulu, – particulièrement proches du cœur de Jésus et qui méritent donc affection et sollicitude empressée de l’Église et notamment des pasteurs : le grand nombre depersonnes célibataires. Beaucoup d’entre elles restent sans famille humaine, souvent à cause des conditions de pauvreté. Il y en a qui vivent leur situation dans l’esprit des Béatitudes, servant Dieu et le prochain de façon exemplaire. A elles toutes il faut ouvrir les portes des foyers, " Églises domestiques ", et de la grande famille qu’est l’Église. " Personne n’est sans famille en ce monde : l’Église est la maison et la famille de tous, en particulier de ceux qui ‘peinent et ploient sous le fardeau’ (Mt 11, 28) " (FC 85).

 

EN BREF

 

voyage_noces.jpg

1659 S. Paul dit : " Maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l’Église... Ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église " (Ep 5, 25. 32).

 

1660 L’alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une intime communauté de vie et d’amour, a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur. De par sa nature elle est ordonnée au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants. Elle a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement (cf. GS 48, § 1 ;   CIC, can. 1055, § 1).

 

1661 Le sacrement du mariage signifie l’union du Christ et de l’Église. Il donne aux époux la grâce de s’aimer de l’amour dont le Christ a aimé son Église ; la grâce du sacrement perfectionne ainsi l’amour humain des époux, affermit leur unité indissoluble et les sanctifie sur le chemin de la vie éternelle (cf. Cc. Trente : DS 1799).

 

1662 Le mariage se fonde sur le consentement des contractants, c’est à dire sur la volonté de se donner mutuellement et définitivement dans le but de vivre une alliance d’amour fidèle et fécond.

 

1663 Puisque le mariage établit les conjoints dans un état public de vie dans l’Église, il convient que sa célébration soit publique, dans le cadre d’une célébration liturgique, devant le prêtre (ou le témoin qualifié de l’Église), les témoins et l’assemblée des fidèles.

 

1664 L’unité, l’indissolubilité et l’ouverture à la fécondité sont essentielles au mariage. La polygamie est incompatible avec l’unité du mariage ; le divorce sépare ce que Dieu a uni ; le refus de la fécondité détourne la vie conjugale de son " don le plus excellent ", l’enfant (GS 50, § 1).

 

1665 Le remariage des divorcés du vivant du conjoint légitime contrevient au Dessein et à la Loi de Dieu enseignés par le Christ. Ils ne sont pas séparés de l’Église, mais ils ne peuvent accéder à la communion eucharistique. Ils mèneront leur vie chrétienne notamment en éduquant leurs enfants dans la foi.

 

1666 Le foyer chrétien est le lieu où les enfants reçoivent la première annonce de la foi. Voilà pourquoi la maison familiale est appelée à bon droit " l’Église domestique ", communauté de grâce et de prière, école des vertus humaines et de la charité chrétienne.

 

 

Merci chers amis de m'avoir lu. Maintenant il vous appartient de vous « positionner » par rapport à ces articles du Catéchisme de l'Église catholique. Bien amicalement,

Bernard  

 

 

WebRep
Évaluation globale
Ce site n'a pas été évalué
(pas assez de votes)

Publié dans vie en société

Partager cet article

Repost 0

Et si c'était le mariage qui n'avait plus de sens ?

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Le mariage homosexuel...

 

Oui ? Non ? Peut-être, mais sous conditions ?
Mais s'est-on posé la bonne question ? Comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Les mêmes qui réclament à grands cris les mêmes droits pour tous ne luttaient-ils pas naguère contre un mariage institutionnel contraignant qui émanait, selon eux, de lois iniques parfaitement dépassées. 
Finalement, ne vaudrait-il pas mieux se poser la question des origines de cette loi attendue par une minorité. Je le crains pour ses composants bientôt comptés parmi les pires réactionnaires rétrogrades. 
Lisez plutôt ces quelques textes, un peu anciens, un petit florilège de brûlots qui défrayèrent la chronique à une époque où les intellectuels voulaient se défaire de ce carcan bourgeois. Je parle bien du mariage qu'on veut faire passer aujourd'hui pour révolutionnaire. 
La loi n'est décidément que le reflet d'un étape temporaire dans une évolution en mouvement perpétuel (vers l'avant ou vers l'arrière) : un texte normatif imposé par une société donnée en un temps déterminé. Si ce n'est que ça, cette « nouveauté à scandale » ne devrait durer que le temps de grands titres dans la presse du même genre. Pas de panique ! 
  

Bernard Bonnejean

 

155506054.jpg
 


LA FORCE DE L’ÂGE

 

En vérité, je redoutais la solitude beaucoup plus que je n'y aspirais. Le moment vint où je dus solliciter un poste : on m'assigna Marseille, et je fus atterrée. J'avais envisagé des exils plus déchirants mais sans jamais tout à fait y croire ; et soudain, c'était vrai : le 2 octobre [1931], je me retrouvais à plus de huit cents kilomètres de Paris. Devant ma panique, Sartre proposa de réviser nos plans : si nous nous mariions, nous bénéficierions d'un poste double et somme toute cette formalité ne porterait pas gravement atteinte à notre manière de vivre. Cette perspective me prit au dépourvu. Jusqu'alors, nous n'avions pas même envisagé de nous enchaîner à des habitudes communes : l'idée de nous marier ne nous avait donc pas effleurés. Par principe, elle nous offusquait. Sur bien des points nous hésitions, mais notre anarchisme était aussi bon teint et aussi agressif que celui des vieux libertaires ; il nous incitait, comme eux, à refuser l'ingérence de la société dans nos affaires privées. Nous étions hostiles aux institutions parce que la liberté s'y aliène, et hostiles à la bourgeoisie d'où elles émanaient : il nous paraissait normal d'accorder notre conduite à nos convictions. Le célibat pour nous allait de soi. Seuls de puissants motifs auraient pu nous décider à plier devant des conventions qui nous répugnaient.

Mais précisément, voilà qu'il en surgissait un puisque l'idée de partir pour Marseille me jetait dans l'anxiété ; dans ces conditions, disait Sartre, il était stupide de sacrifier à des principes. Je dois dire que pas un instant je ne fus tentée de donner suite à sa suggestion. Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales. En modifiant nos rapports à autrui, il eût fatalement altéré ceux qui existaient entre nous. Le souci de préserver ma propre indépendance ne pesa pas lourd ; il m'eût paru artificiel de chercher dans l'absence une liberté que je ne pouvais sincèrement retrouver que dans ma tête et mon cœur. Mais je voyais combien il en coûtait à Sartre de dire adieu aux voyages, à sa liberté, à sa jeunesse, pour devenir professeur en province, et, définitivement, un adulte ; se ranger parmi les hommes mariés, c'eût été un renoncement de plus. Je savais aussi combien j'étais accessible aux remords et combien je les détestais. La plus élémentaire prudence m'interdisait de choisir un avenir qu'ils eussent risqué d'empoisonner. Je n'eus pas même à délibérer, je n'hésitai pas, je ne calculai pas, ma décision se prit sans moi.

Un seul motif eût pesé lourd pour nous convaincre de nous infliger ces liens qu'on dit légitimes : le désir d'avoir des enfants ; nous ne l'éprouvions pas.

Simone de Beauvoir, La Force de l'âge, Gallimard, 1960.

 

 

LA NON-DEMANDE EN MARIAGE

 

 

 

Laissons le champ libre à l'oiseau

Nous serons tous les deux

Prisonniers sur parole

Au diable les maîtresses-queux

Qui attachent les cœurs aux queues

Des casseroles

 

REFRAIN

J'ai l'honneur de

Ne pas te demander ta main

Ne gravons pas

Nos nomsau bas

D'un parchemin

 

M'amie de grâce ne mettons

Pas sous la gorge deCupidon

Sa propre flèche

Tant d'amoureux ont essayé

Qui de leur bonheur ont payé

Ce sacrilège

 

AU REFRAIN

 

Il peut sembler de tout repos

De mettre à l'ombre au fond d'un pot

De confiture

La jolie pomme défendue

Mais elle est cuite elle a perdu

Son goût nature

 

AU REFRAIN

 

On leur ôte bien des attraits

En dévoilant trop les secrets

De Mélusine

L'encre des billets doux pâlit

Vite entre les feuillets des livres

De cuisine

 

AU REFRAIN

 

Vénus se fait vieille souvent

Elle perd son latin devant

La lèche-frite

À aucun prix moi je ne veux

Effeuiller dans le pot-au-feu

La marguerite

 

AU REFRAIN

 

De servante n'ai pas besoin

Et du ménage et de ses soins

Je te dispense

Qu'en éternelle fiancée

À la dame de mes pensées

Toujours je pense

 

Georges Brassens, « La non-demande en mariage », Seghers, 1970.

 

LA CONJUGALITÉ S’APPREND

 

Autrement : Gilbert Tordjman, vous avez écrit en 1971 L'Aventure du couple (Denoël). Que peut-on dire aujourd'hui du mariage ou de la vie maritale ?

Gilbert Tordjman : En Occident, jusqu'en 1975-1980, nous étions dans une période de consommation : les hommes et les femmes multipliaient les expériences, ce qui leur permettait de se valoriser : à mes consultations, ils venaient avec des carnets remplis des noms de leurs « prestigieuses conquêtes ». Le couple constituait alors une véritable aventure avec l'élément de promiscuité qui le caractérise.

Depuis les années 80, nous sommes entrés dans une deuxième phase de consommation. Les hommes et les femmes privilégient une quête de la qualité de vie à l'encontre du cumul et de la boulimie des expériences. Il y a un repli vers les valeurs affectives, avec un goût prononcé pour la monogamie. Il ne s'agit pas d'un retour à des valeurs anciennes, et c'est un phénomène indépendant de la peur du sida. Car, si le sida effraie, les gens ont modifié leurs pratiques mais non leurs attitudes générales.

 

Vont-ils éventuellement refréner des tendances donjuanesques ?

Non. Mais pour bien comprendre le couple d'aujourd'hui, il faut voir que nous sommes toujours dans une société hédoniste et narcissique, malgré un retour aux valeurs affectives. Les gens « crèvent » d'un besoin d'amour, mais privilégient aussi avant tout l'épanouissement et la réalisation de toutes les facettes de leur personnalité ainsi que leur plaisir personnel au détriment de la cohésion de la cellule conjugale.

Parallèlement, on demande au couple monogame d'assurer l'épanouissement personnel de chaque conjoint. On observe alors ce paradoxe. Les gens veulent vivre en couple dans la fidélité et dans la durée mais jamais le nombre de divorces n'a été aussi important : un ménage sur deux dans la région parisienne, un sur trois dans la France entière. J'appelle cela une monogamie séquentielle...

 

Faites-vous une différence entre le couple marié et le couple non marié ?
Non. On constate que le nombre de cohabitations prénuptiales a augmenté et que le nombre de mariagesa baissé. Or, les conjoints sont aussi fidèles dans l'un ou l'autre cas, alors qu'une cohabitation libre pourrait laisser supposer une liberté plus grande. Mais quand les couples qui vivent ensemble depuis trois ou quatreans décident « d'officialiser » (de se marier), des problèmes nouveaux apparaissent ; ils consultent. En effet, les liens sont moins profonds dans la cohabitation prénuptiale. On se met ensemble pour éviter la solitude, la recherche de partenaires, ou pour s'aider à se libérer du milieu familial (ce qui est parfois difficile à faire seul).

Il n'y a pas la même communauté, le même contrat conjugal entre les couples qui cohabitent et les couples officialisés, sanctionnés par la société, et qui partagent davantage les questions de budget, de travail, d'enfants.

Si les gens cohabitent autant sans se marier, c'est à cause de cette société narcissique, pour préserver la possibilité de réaliser toutes les facettes de leur personnalité. Ils ont peur du mariage qu'ils voient comme une institution désérotisante (dans la mesure où l'autre vous appartient sans que vous puissiez y échapper), antinomique de la réalisation personnelle et professionnelle.

 

Gilbert Tordjman, « La conjugalité s'apprend », entretien, in Autrement, série Mutations n° 105, Mariage, mariages, mars 1989

 

 

LA NUPTIALITE SORTIE DE L’ÂGE D’OR

À partir des années 70, une évolution générale des comportements, traduite par l'augmentation des divorces et de l'union libre, la baisse de la fécondité, redéfinit les liens matrimoniaux. Aujourd'hui, on observe que les exigences de l'amour sont moins compatibles avec l'idée de contrat. Absolu et éphémère, l'amour crée le couple, mais le nouveau « mariage » est fragile et instable, les atteintes affectives, sexuelles et matérielles qui pèsent sur lui ne laissent guère de place au compromis : la possibilité de la rupture est inscrite à l'origine même de l'union. Mariage et union libre ne sont désormais plus deux modèles antithétiques. Plusieurs formes d'union, stables ou précaires, coexistent.

Parallèlement, le divorce aussi a changé, même s'il ne constitue pas une situation nouvelle. À la Révolution, un contrat de la société civile rem­place le sacrement du mariage religieux et indissoluble. Ce contrat pouvait se rompre librement jusqu'à ce que, en 1804, Napoléon institue la faute grave comme seul motif de rupture. Cette loi anachronique (en vigueur jusqu'en 1975 !) a fait long feu avec la promulgation d'une nouvelle loi entérinant l'évolution des comportements : le nombre des divorces, en augmentation depuis 1966, en est considérablement accru. Aux divorces « à l'ancienne », sanctionnant une séparation de fait ou une rupture pour faute grave, s'ajoutent les divorces par consentement mutuel de couples jeunes qui refusent les situations fausses ou hypocrites. Il n'y a plus « un » mais « des » divorces. Déculpabilisé par la loi, il s'inscrit dans un système de valeurs sociales et concerne un mariage sur six en 1975, un mariage sur trois en 1980.

Le maintien d'un fort taux de divorces depuis dix ans révèle la nouvelle philosophie de l'union : le lien matrimonial n'est plus une contrainte. Le « nouveau » divorce souligne la fragilité, la précarité de l'union à ses débuts. Intégré dans la vie familiale, il est souvent suivi par l'union libre : son impact sur les pratiques matrimoniales est incontestable.

 

Brigitte Ouvry-Vial et Monique Ravenet,

« La nuptialité sortie de l'âge d'or », in Autrement, série Mutations n°105, Mariage, mariages, mars 1989.

 

LA COMPLAINTE DU PROGRES

 

 

 


Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son coeur
Maintenant c'est plus pareil
Ça change ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille

Ah Gudule, viens m'embrasser, et je te donnerai...

Un frigidaire, un joli scooter, un atomixer
Et du Dunlopillo
Une cuisinière, avec un four en verre
Des tas de couverts et des pelles à gâteau!
Une tourniquette pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux...
Et nous serons heureux!

Autrefois s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle
Maintenant que voulez-vous
La vie est si chère
On dit: "rentre chez ta mère"
Et on se garde tout

Ah Gudule, excuse-toi, ou je reprends tout ça...

Mon frigidaire, mon armoire à cuillers
Mon évier en fer, et mon poêle à mazout
Mon cire-godasses, mon repasse-limaces
Mon tabouret-à-glace et mon chasse-filous!
La tourniquette, à faire la vinaigrette
Le ratatineur dur et le coupe friture

Et si la belle se montre encore rebelle
On la ficelle dehors, pour confier son sort...

Au frigidaire, à l'efface-poussière
A la cuisinière, au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates, au canon à patates
A l'éventre-tomate, à l'écorche-poulet!

Mais très très vite
On reçoit la visite
D'une tendre petite
Qui vous offre son coeur

Alors on cède
Car il faut qu'on s'entraide
Et l'on vit comme ça jusqu'à la prochaine fois
Et l'on vit comme ça jusqu'à la prochaine fois
Et l'on vit comme ça jusqu'à la prochaine fois

 

Boris Vian, « La complainte du progrès », in Autrement, série Mutations n°105, Mariage, mariages, mars 1989.

Alors, finalement, le mariage homosexuel, oui ou non ? Je persiste à dire non pour des raisons qui me sont propres, mais je dirai, comme j'ai toujours dit à chaque réforme imbécile imposée par nos gouvernants : « Une génération sacrifiée avant le retour à la normale ». Ne hurlez pas ! La « normale » du temps présent, bien entendu... Quant à la génération sacrifiée, non seulement elle est consentante mais elle en redemande. 

Bien amicalement, 


Bernard
 

Publié dans vie en société

Partager cet article

Repost 0

Peut-on au moins en parler ?

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Conférence des Évêques de France
« Conseil Famille et Société ».

Élargir le mariage aux personnes de même sexe ?

Ouvrons le débat !

 mariage04.gif

Note publiée par le « Conseil Famille et Société » de la « Conférence des Évêques de France » au sujet de l'élargissement du mariage civil aux personnes de même sexe et la possibilité pour elles de recourir à l'adoption.

L'élargissement du mariage civil aux personnes de même sexe et la possibilité pour elles de recourir à l'adoption, est une question grave. Une telle décision aurait des conséquences importantes sur les enfants, l'équilibre des familles et la cohésion sociale.

Il serait réducteur de fonder la modification du droit qui régit le mariage et la famille, sur le seul aspect de la non-discrimination et du principe d'égalité.

Le Conseil Famille et Société a voulu prendre en compte, avec l'aide d'experts, la complexité de la question et fournir des éléments de réflexion abordant les principaux enjeux de la décision envisagée.

La réflexion s'adresse aux catholiques, mais elle ne reflète pas qu'un point de vue religieux. Elle peut intéresser toute personne s'interrogeant sur les mesures annoncées par le gouvernement.

Cette démarche, qui se veut respectueuse des personnes, s'inscrit dans la volonté de l'Eglise de participer au débat public. Elle le fait, s'appuyant sur la tradition chrétienne, dans le souci de servir le bien commun.

44 Ouvrir un vrai débat

La société se trouve devant une situation nouvelle, inédite. L'homosexualité a toujours existé, mais jusqu'à récemment, il n'y avait jamais eu de revendication de la part des personnes homosexuelles de pouvoir donner un cadre juridique à une relation destinée à s'inscrire dans le temps, ni de se voir investies d'une autorité parentale. Il appartient au pouvoir politique d'entendre cette demande et d'y apporter la réponse la plus adéquate. Mais cette réponse relève d'un choix politique. L'ouverture du mariage aux personnes de même sexe n'est imposée ni par le droit européen ni par une quelconque convention internationale. Elle est une option politique parmi d'autres et un vrai débat démocratique est nécessaire pour faire émerger la meilleure réponse dans l'intérêt de tous.

Les différentes positions

Les prises de positions pour ou contre le mariage de personnes de même sexe ne manquent pas, mais les discours, parfois idéologiques, se croisent. Trois positions s'affirment aujourd'hui.

Le discours présenté comme dominant défend l'ouverture du mariage et de l'adoption des enfants aux partenaires de même sexe en vertu du principe de non-discrimination. Il se situe dans la logique de la défense des droits individuels. Le mariage, dans ce cas, n'aurait pas une nature propre ou une finalité en soi ; il ne serait chargé que du sens que l'individu, dans son autonomie, voudrait bien lui conférer. Ce discours se réclame d'une modernité politique avec sa propre compréhension des valeurs de liberté et d'égalité.

Un second discours, beaucoup plus radical et militant, souhaite supprimer le mariage traditionnel pour le remplacer par un contrat universel ouvert à deux ou plusieurs personnes, de même sexe ou de sexe différent. Pour les tenants de ce discours, il n'y aurait plus de sexes et la différence entre homme et femme ne serait que le fruit d'une culture hétérosexuelle dominante dont il conviendrait de débarrasser la société.

 

 

Enfin, le troisième discours soutient que le mariage est ordonné à la fondation d'une famille et qu'il ne peut donc concerner que les couples hétérosexuels, seuls en mesure de procréer naturellement. Dans ce cas, le mariage a une nature propre et une finalité en soi, que la loi civile encadre ; le sens du mariage dépasse alors le bon vouloir des individus. Ce discours, qui a pour lui l'expérience millénaire, pose une limite à la liberté individuelle, qui est perçue aujourd'hui comme inacceptable et rétrograde aux yeux de certains.

Les conditions du débat

Entre ces trois discours, il n'y a dans la société française, actuellement, pas de débat politique argumenté. Pour que ce débat puisse s'instaurer, il importe tout d'abord de reconnaître le conflit qui existe entre la signification du mariage hétérosexuel et l'expérience homosexuelle contemporaine. Sans prise de conscience des enjeux de ces divisions et de ces différences, un véritable travail politique est impossible 11]

Il s'agit aussi de respecter tous les acteurs de ce débat et de permettre à chacun de réfléchir plus profondément et d'exprimer librement ses convictions. Si toute réticence ou interrogation devant cette réforme du droit de la famille est qualifiée a priori d' « homophobe », il ne peut y avoir de débat au fond. Il en va de même lorsque la requête des personnes homosexuelles est disqualifiée a priori. Le respect de tous les acteurs du débat implique une écoute commune, une aptitude à comprendre les arguments exposés et une recherche de langage partagé.

Cette recherche d'un langage partagé suppose, de la part des catholiques, de traduire les arguments tirés de la Révélation dans un langage accessible à toute intelligence ouverte. De même, dans ce débat qui concerne le sens du mariage civil, il n'y a pas lieu de discuter du mariage religieux ni, dans un premier temps, des liens entre mariage civil et religieux. Il ne s'agit pas pour les catholiques d'imposer un point de vue religieux mais d'apporter leur contribution à ce débat en tant que citoyens en se basant sur des arguments anthropologiques et juridiques. Pour cela, il convient d'avoir bien en tête les raisons pour lesquelles l'Eglise est attachée au mariage comme union entre un homme et une femme.

» Comprendre la position de l'Eglise catholique

Un amour qui donne la vie

Les chrétiens croient en un Dieu qui est Amour et qui donne la vie. Cette vie est marquée par l'altérité sexuelle : « Homme et femme, il les créa » (Genèse 1,27), qui est un des bienfaits de la Création (Gn 1,31) et qui préside à la transmission de la vie. Dans l'expérience humaine, seule la relation d'amour entre un homme et une femme peut donner naissance à une nouvelle vie. Cette relation d'amour participe ainsi à la Création de Dieu. L'homme et la femme deviennent en quelque sorte co-créateurs. Pour cette raison, cette relation garde un caractère unique et l'Eglise catholique lui reconnaît un statut particulier. C'est une relation d'amour vécue dans la liberté qui s'exprime dans le don de soi réciproque et dont le Christ a pleinement révélé la beauté. Par respect pour cet amour et pour aider les couples, l'Eglise invite, au nom du Christ, l'homme et la femme à s'engager librement dans un mariage indissoluble, vécu dans la fidélité et l'ouverture à la vie. Le mariage religieux est, pour les catholiques, un sacrement dans lequel Dieu lui-même s'engage aux côtés des époux et de leur alliance. Ainsi, ce cadre ne constitue pas tant une contrainte qu'un soutien pour pouvoir vivre cet amour. Il constitue aussi le moyen le plus simple et le plus efficace pour élever des enfants.

La fécondité sociale

Ce n'est pas parce que l'Eglise accorde un statut particulier à cette relation d'amour entre un homme et une femme, qu'elle n'accorde pas de valeur à d'autres relations d'amour ou d'amitié. Mais celles-ci ouvrent sur un autre type de fécondité, une fécondité sociale. Cela n'est pas moins important aux yeux de l'Eglise. Le Christ nous enseigne que nos relations d'amour ne sont pas faites pour nous enfermer égoïstement dans un tête-à-tête, mais doivent justement s'ouvrir aux autres. Mais seul dans le cas de l'amour d'un homme et d'une femme, cette ouverture à l'autre se traduit par la naissance d'une vie nouvelle. C'est une différence de taille, qui est occultée aujourd'hui.

L'importance du mariage civil

A travers le mariage civil, la société reconnaît et protège aussi la spécificité de ce libre engagement de l'homme et de la femme dans la durée, la fidélité et l'ouverture à la vie. Quelque 250.000 mariages civils sont célébrés chaque année en France et c'est toujours un événement important pour ceux qui s'y engagent. L'élargissement du mariage aux personnes de même sexe entrainerait une modification profonde du droit du mariage et de la filiation pour tous, y compris pour les couples hétérosexuels.

» Refuser l'homophobie

Une réforme en profondeur du mariage et de la filiation concerne tous les citoyens et devrait donc pouvoir faire l'objet d'un large débat. Celui-ci se heurte aujourd'hui à l'accusation d'homophobie qui vient fustiger toute interrogation.

Le respect des personnes

Cette situation a ses raisons d'être. Pendant longtemps, les personnes homosexuelles ont été condamnées et rejetées. Elles ont fait l'objet de toutes sortes de discriminations et de railleries. Aujourd'hui, cela n'est plus toléré, le droit proscrit toute discrimination et toute incitation à la haine, notamment en raison de l'orientation sexuelle, et il faut se féliciter de cette évolution.

Du côté de l'Eglise catholique, la Congrégation pour la doctrine de la foi invitait, dés 1976, les catholiques à une attitude de respect, d'écoute et d'accueil de la personne homosexuelle au coeur de nos sociétés. Dix ans plus tard, la même Congrégation soulignait que les expressions malveillantes ou gestes violents à l'égard des personnes homosexuelles méritaient condamnation. Ces réactions « manifestent un manque de respect pour les autres qui lèse les principes élémentaires sur lesquels se fonde une juste convivialité civile. La dignité propre de toute personne doit toujours être respectée dans les paroles, dans les actions et dans les législations » [2].

La lente évolution des mentalités

Si le respect de la personne est donc clairement affirmé, il faut bien admettre que l'homophobie n'a pas pour autant disparu de notre société. Pour les personnes homosexuelles, la découverte et l'acceptation de leur homosexualité relèvent souvent d'un processus complexe. Il n'est pas toujours facile d'assumer son homosexualité dans son milieu professionnel ou son entourage familial. Les préjugés ont la vie dure et les mentalités ne changent que lentement, y compris dans nos communautés et familles catholiques. Elles sont pourtant appelées à être à la pointe de l'accueil de toute personne, quel que soit son parcours, comme enfant de Dieu. Car ce qui, pour les chrétiens, fonde notre identité et l'égalité entre les personnes, c'est le fait que nous sommes tous fils et filles de Dieu. L'accueil inconditionnel de la personne n'emporte pas une approbation de tous ses actes, il reconnaît au contraire que l'homme est plus grand que ses actes.

Le refus de l'homophobie et l'accueil des personnes homosexuelles, telles qu'elles sont, font partie des conditions nécessaires pour pouvoir sortir des réactions épidermiques et entrer dans un débat serein autour de la demande des personnes homosexuelles.

 

 

» Entendre la demande des personnes homosexuelles

Une réalité diversifiée

En fait, les données statistiques qui évaluent le nombre de personnes homosexuelles, le nombre de personnes vivant une relation stable avec un partenaire de même sexe ou le nombre d'enfants élevés par deux adultes de même sexe, sont rares et difficiles à interpréter. Sous cette réserve, plusieurs études montrent que les pratiques homosexuelles ont évolué et que l'aspiration à vivre une relation affective stable se rencontre plus fréquemment aujourd'hui qu'il y a 20 ans. Cette réalité n'est pour autant pas uniforme : la cohabitation sous le même toit, la relation sexuelle ou l'exclusivité du partenaire ne font pas toujours partie des éléments d'une telle relation stable.

Une demande de reconnaissance

La diversité des pratiques homosexuelles ne doit pas empêcher de prendre au sérieux les aspirations de celles et ceux qui souhaitent s'engager dans un lien stable. Le respect et la reconnaissance de toute personne revêtent désormais une importance primordiale dans notre société. Les discussions sur le multiculturalisme, le racisme, le féminisme et l'homophobie sont sous-tendues par cette demande de reconnaissance qui s'exprime aujourd'hui sur le mode égalitariste. La non-reconnaissance est expérimentée comme oppression ou discrimination. Certains poussent très loin ce discours égalitariste. Ils estiment que toute différence ouvre sur un rapport de pouvoir et en conséquence sur un risque de domination de l'un sur l'autre : domination de l'homme sur la femme, domination du blanc sur le noir, domination de l'hétérosexuel sur l'homosexuel, etc. Selon eux, la seule solution pour combattre l'oppression ou la discrimination serait alors de gommer les différences ou, en tout cas, de leur dénier toute pertinence dans l'organisation de la vie sociale.

Une volonté de gommer les différences

C'est dans ce contexte que s'inscrit le processus de transformation du mariage pour le rendre accessible aux personnes de même sexe. La demande vise à faire reconnaître que l'amour, entre deux personnes de même sexe, a la même valeur que l'amour, entre un homme et une femme. La différence entre les deux, au regard de la procréation naturelle, est gommée ou jugée non pertinente pour la société. La richesse que représente l'altérité homme/femme tant dans les rapports individuels que collectifs est passée sous silence. Seule semble compter la reconnaissance de la personne homosexuelle et le fait de mettre fin à la discrimination dont elle s'estime victime dans une société hétéro-normée.

La valeur d'une relation affective durable

La société, tout comme l'Eglise dans le domaine qui lui est propre, entend cette demande de la part des personnes homosexuelles et peut chercher une réponse. Tout en affirmant l'importance de l'altérité sexuelle et le fait que les partenaires homosexuels se différencient des couples hétérosexuels par l'impossibilité de procréer naturellement, nous pouvons estimer le désir d'un engagement à la fidélité d'une affection, d'un attachement sincère, du souci de l'autre et d'une solidarité qui dépasse la réduction de la relation homosexuelle à un simple engagement érotique.

Mais cette estime ne permet pas de faire l'impasse sur les différences. La demande des personnes homosexuelles est symptomatique de la difficulté qu'éprouve notre société à vivre les différences dans l'égalité. Plutôt que de nier les différences en provoquant une déshumanisation des relations entre les sexes, notre société doit chercher à garantir l'égalité des personnes tout en respectant les différences structurantes qui ont leur importance pour la vie personnelle et sociale.

 

 

» Connaître les limites du PACS

Le Pacte Civil de Solidarité (PACS), créé en 1999, a de façon inattendue surtout été utilisé par les couples hétérosexuels qui représentent 95% des 174 523 PACS conclus en 2009 [3]. Pour ces derniers, il constitue une alternative au mariage, qui ouvre un certain nombre de droits fiscaux et sociaux, sans avoir le poids symbolique du mariage, et en conservant une totale liberté de rompre.

Des différences mal connues

Aujourd'hui, pour les couples hétérosexuels, les différences entre le PACS et le mariage sont importantes et mal connues. Le PACS est un contrat, le mariage est une institution. Au plan patrimonial, c'est dans le domaine du droit des successions, des régimes matrimoniaux et de la réversion de la pension au partenaire survivant que se situent les plus grandes différences. Mais ce sont cependant les effets d'ordre personnel et symbolique qui marquent le plus l'infériorité du PACS par rapport au mariage. Le PACS n'est pas conclu à la mairie mais au Tribunal ou devant notaire. Il ne produit aucun effet en matière de nom et n'entraîne aucun effet personnel. Notamment, le PACS n'impose aucune obligation de fidélité, il ne crée pas de lien d'alliance entre le pacsé et la famille de son partenaire et peut être rompu unilatéralement, par simple lettre recommandée avec accusé de réception. Aucune protection n'est prévue pour le partenaire délaissé ou les éventuels enfants nés de cette union. Bien souvent, les couples hétérosexuels pacsés en viennent au bout d'un certain temps à se marier, afin de donner plus de solidité et de solennité à leur union.

La recherche symbolique

Les personnes homosexuelles réclament aujourd'hui aussi une forme d'union plus solennelle, dotée d'un véritable poids symbolique et ne pouvant être rompue sans procédure ni indemnité. Dans leur revendication, la différence au regard de la procréation naturelle est mise de côté, comme un détail négligeable, pour ne garder du mariage que la sincérité et l'authenticité du lien amoureux. Il s'agit là d'une vision très individualiste du mariage qui n'est pas celle du droit français.

» Prendre en considération le droit français

Une réforme du droit de la famille doit partir du droit existant et examiner en quoi celui-ci n'est plus adapté à la situation nouvelle et quelles seront les conséquences de la réforme envisagée pour les citoyens. Si le droit n'est qu'une technique humaine qui peut évoluer à tout moment, il n'en garde pas moins une fonction anthropologique : il dit quelque chose de notre vision de l'homme.

La fonction sociale du mariage

Le discours en faveur de l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe part d'une vision tronquée du droit. Il choisit de ne retenir du mariage civil que le lien amoureux et fait alors valoir que refuser le mariage aux personnes de même sexe est une discrimination car elles aussi sont amoureuses. Ne pas leur ouvrir l'accès au mariage revient alors à mettre en doute la sincérité et l'authenticité de leurs sentiments, voire leur capacité d'aimer. Or, il ne s'agit pas de cela. Contrairement à ce qui est soutenu, le mariage n'a jamais été un simple certificat de reconnaissance d'un sentiment amoureux. Le mariage a toujours eu la fonction sociale d'encadrer la transmission de la vie en articulant, dans le domaine personnel et patrimonial, les droits et devoirs des époux, entre eux et à l'égard des enfants à venir. La conception individualiste du mariage, véhiculée par le discours ambiant, ne se trouve pas dans les textes de loi.

 

 

La valeur symbolique du don total de soi

La haute valeur symbolique du mariage ne vient d'ailleurs pas du sentiment amoureux, par définition éphémère, mais de la profondeur de l'engagement pris par les époux qui acceptent d'entrer dans une union de vie totale. Cet engagement concerne la vie des conjoints (respect, fidélité, assistance, communauté de vie, contribution aux charges), la vie des familles (liens d'alliance, obligations alimentaires, empêchements au mariage), la vie des enfants (présomption de paternité, éducation, autorité parentale conjointe) et les tiers (solidarité des dettes ménagères). Compte tenu de l'importance de cet engagement, y compris à l'égard des tiers, il est régi par la loi et sa rupture est soustraite au bon vouloir des parties. Le divorce ne peut être prononcé que par le juge qui veillera à la protection des plus faibles et une répartition équitable des biens.

Ce qui confère au mariage sa haute valeur symbolique, c'est donc cet engagement de toute une vie, « pour le meilleur et pour le pire », ce pari un peu fou que l'amour humain puisse surmonter tous les obstacles que la vie nous réserve. Or, l'accueil des enfants nés de cette union de vie fait partie intégrante de cet engagement Si le mariage a connu des variations dans l'histoire, il a toujours organisé le lien entre conjugalité et procréation. Encore aujourd'hui, en droit français, le mariage comporte une présomption de paternité, que connaissait déjà le droit romain (Pater is est quem nuptiae demonstrant). Destinée à rattacher juridiquement au mari les enfants mis au monde par la mère, cette présomption de paternité est la traduction juridique des conséquences naturelles de la promesse de fidélité et de vie commune que font les époux. Sans méconnaître que cette tradition juridique a aussi été porteuse de préjugés et d'injustices à l'égard des femmes, il convient de discerner ce qu'elle contient de sage et quelle est son importance pour la société.

» Mesurer les enjeux pour l'avenir

Le mariage, tel qu'il existe aujourd'hui en droit français, assure le lien entre conjugalité et procréation et donc la lisibilité de la filiation. C'est là, en particulier, où le droit a une fonction anthropologique.

La vie est un don

Tout d'abord, en assurant le lien entre conjugalité et procréation, le droit vient nous rappeler que la vie est un don et que chacun la reçoit. Personne ne choisit son père et sa mère, personne ne choisit son lieu ou sa date de naissance. Ce sont pourtant ces « données » qui vont, à jamais, caractériser chacun comme un être unique au monde. Ces données incontournables de la filiation, qui s'imposent à chacun, viennent rappeler à l'homme qu'il n'est pas tout-puissant, qu'il ne se construit pas tout seul, mais qu'il reçoit sa vie des autres, d'un homme et d'une femme (et pour les croyants, d'un Autre).

Les deux sexes sont égaux et indispensables à la vie

Ensuite, faire le lien entre conjugalité et procréation est important pour la reconnaissance de l'égalité des sexes, qui sont l'un comme l'autre indispensables à la vie. Le fait d'être né d'un homme et d'une femme signe notre origine commune, notre appartenance à l'espèce humaine. La dualité sexuelle homme/femme est en effet une « propriété des vivants ».

Les droits des enfants

Enfin, la lisibilité de la filiation et l'inscription dans une histoire et une lignée sont essentielles pour la construction de l'identité. La Convention des Droits de l'enfant de l'ONU stipule expressément qu'un enfant, dans la mesure du possible, a droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux. Si les circonstances de la vie peuvent empêcher cela, il ne faudra pas que le législateur prenne l'initiative d'organiser l'impossibilité pour les enfants de connaître leurs parents ou d'être élevés par eux. Ce qui sera le cas s'il accède aux demandes de parenté des personnes homosexuelles que ce soit par le biais de l'adoption ou de la procréation médicalement assistée.

 

 

4  L'utilité sociale

A côté de ces fonctions anthropologiques fondamentales, le mariage a aussi une utilité sociale. Même s'il n'est plus l'unique porte d'entrée de la vie de famille, il continue à favoriser la stabilité conjugale et familiale, qui correspond à une aspiration profonde d'une très grande majorité de la population. Celle-ci est non seulement bénéfique pour ses membres, mais elle profite à toute la société car elle permet aux familles de mieux assumer leur rôle dans le domaine de l'éducation et de la solidarité. A défaut, c'est la collectivité qui doit prendre le relais.

Ces enjeux anthropologiques et sociaux ainsi que la protection des droits de l'enfant sont passés sous silence. Le discours dominant, égalitariste, choisit délibérément d'ignorer la différence entre les personnes homosexuelles et hétérosexuelles à l'égard de la procréation et veut faire croire que le lien entre conjugalité et procréation n'est pas pertinent pour la vie en société. Un coup d'oeil sur les conséquences juridiques d'une telle réforme démontre le contraire.

» Evaluer les conséquences juridiques

de la réforme envisagée

4  Le sort de la présomption de paternité

En cas d'ouverture du mariage aux personnes de même sexe, se posera la question du sort de la présomption de paternité, actuellement prévue à l'article 312 du Code Civil.

La première solution possible est de décider que cette présomption ne s'appliquerait pas aux couples de même sexe. Il y aurait alors dans les faits deux types de mariages, et il importerait que les citoyens soient clairement informés de cette distinction. Cette hypothèse, retenue aux Pays-Bas et en Belgique, ne règle pas la question du lien entre la compagne de la mère et l'enfant de celle-ci.

Une deuxième solution, plus radicale, consisterait à supprimer la présomption de paternité pour tous. Cela reviendra à instaurer officiellement la dissociation entre conjugalité et procréation et viderait le mariage de son sens. Quel sens peut avoir un mariage civil qui, en refusant de régler la transmission naturelle de la vie, n'honore plus la promesse de fidélité des époux ? Une troisième solution, encore plus radicale, a été retenue au Canada. La présomption de paternité est transformée en présomption de parenté et joue aussi pour les partenaires homosexuels : la compagne de la mère sera la « co-mère » de l'enfant. Dans ce cas, la lisibilité de la filiation, qui est dans l'intérêt de l'enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l'origine de la vie !

4  La loi ne doit pas mentir sur l'origine de la vie

Les choses se compliquent encore davantage devant les questions d'adoption et de procréation médicalement assistée. Par exemple, comment concevoir une adoption plénière qui supprime la filiation d'origine et dit que l'enfant est « né de » ses parents adoptifs ? Faut-il faire croire à un enfant qu'il est né de deux hommes ou de deux femmes ? Les complications juridiques sont nombreuses. Tout notre système juridique est basé sur la distinction des sexes, puisque la transmission de la vie passe par la rencontre d'un homme et d'une femme.

» Conclusion

S'il appartient au pouvoir politique d'entendre la demande d'un certain nombre de personnes homosexuelles de bénéficier d'un cadre juridique solennel pour inscrire une relation affective dans le temps, c'est en fonction du bien commun dont il est garant qu'il doit chercher à y répondre.

L'Eglise catholique appelle les fidèles à vivre une telle relation dans la chasteté, mais elle reconnaît, au-delà du seul aspect sexuel, la valeur de la solidarité, de l'attention et du souci de l'autre qui peuvent se manifester dans une relation affective durable. L'Eglise se veut accueillante à l'égard des personnes homosexuelles et continuera à apporter sa contribution à la lutte contre toute forme d'homophobie et de discrimination.

La demande de l'élargissement du mariage civil ne peut être traitée sous le seul angle de la non-discrimination car cela suppose de partir d'une conception individualiste du mariage, qui n'est pas celle du droit français pour qui le mariage a une claire vocation sociale.

Prétendre régler les problèmes de domination et d'abus de pouvoir, qui existent effectivement dans la société, par l'ignorance des différences entre les personnes, semble une option idéologique dangereuse. Les différences existent et c'est une bonne chose. La différence des sexes est une heureuse nouvelle.

La demande d'élargissement du mariage aux personnes de même sexe met la société au défi de trouver des nouvelles formes pour vivre les différences dans l'égalité. Pour cela, le législateur sera amené à opérer des arbitrages délicats entre des intérêts individuels contradictoires. Le propre du pouvoir politique est en effet de défendre non seulement les droits et les libertés individuels, mais aussi et surtout le bien commun. Le bien commun n'est pas la somme des intérêts individuels. Le bien commun est le bien de la communauté tout entière. Seul le souci du bien commun peut venir arbitrer les conflits de droits individuels.

La véritable question est alors de savoir si, dans l'intérêt du bien commun, une institution régie par la loi doit continuer à dire le lien entre conjugalité et procréation, le lien entre l'amour fidèle d'un homme et d'une femme et la naissance d'un enfant, pour rappeler à tous que :

·    la vie est un don

·    les deux sexes sont égaux et l'un comme l'autre indispensables à la vie

·    la lisibilité de la filiation est essentielle pour l'enfant.

Une évolution du droit de la famille est toujours possible. Mais plutôt que de céder aux pressions de différents groupes, la France s'honorerait à instaurer un vrai débat de société et à chercher une solution originale qui fasse droit à la demande de reconnaissance des personnes homosexuelles sans pour autant porter atteinte aux fondements anthropologiques de la société.

[1]Selon Paul Ricoeur, « est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c'est-à-dire traversée par des contradictions d'intérêt et qui se fixe comme modalité, d'associer à parts égales, chaque citoyen dans l'expression de ces contradictions, l'analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d'arriver à un arbitrage », Dictionnaire de la Langue française, « Démocratie ».

[2]  Documentation catholique 1976, n°1691, §8 ; Documentation catholique 1986, n°83, p. 1160-1164.

[3]  http://www.insee.fr/frithemesitableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF02327

 

Le Conseil Famille et Société :

Mgr Jean-Luc Brunin,

Mgr Yves Boivineau,

Mgr Gérard Coliche,

Mgr François Jacolin,

Mgr Christian Kratz,

Mgr Armand Maillard,

M. Jacques Arènes,

Mme Monique Baujard,

Mme Françoise Dekeuwer-Défossez,

Père Gildas Kerhuel,

Sr Geneviève Médevielle,

M. Jérôme Vignon,

évêque du Havre, président

évêque d'Annecy

évêque auxiliaire de Lille

évêque de Mende

évêque auxiliaire de Strasbourg

archevêque de Bourges

psychologue, psychanalyste

directrice du Service national Famille et Société

professeur de droit

secrétaire général adjoint de la CEF

professeur de théologie morale

président des Semaines Sociales de France

 

 

Publié dans vie en société

Partager cet article

Repost 0