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La VRAIE crise n'est pas financière

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Des intellectuels de tous bords en appellent au sursaut ;

pour faire face à la crise, une seule arme : notre culture.


« Sans le latin, la messe nous emmerde », chantait Brassens. Les langues antiques sentent la poussière, rappellent à nos souvenirs de vieux professeurs à lunettes et l'indétrônable Gaffiot ? Pensez-vous ! À en croire le succès du jeu vidéo God of War et l'engouement du public pour les productions hollywoodiennes qui font leurs choux gras de combats de gladiateurs, de royaumes légendaires et de héros homériques, l'Antiquité a, au contraire, plus que jamais le vent en poupe. À tel point que le gouvernement a même créé un prix Jacqueline de Romilly, destiné à récompenser les projets les plus créatifs de l'enseignement du grec et du latin. « L'esprit de ce prix, annonçait Luc Chatel fin janvier, est celui d'une conception exigeante, humaniste, ouverte, de la culture antique. C'est une passion pour la modernité de l'Antiquité ; c'est un engagement constant à transmettre cette passion ». Grec et latin ont beau être appelés « langues mortes », ils n'ont pas encore les deux pieds dans la tombe... Steve Jobs ne disait-il pas lui-même qu'il « échangerait toute sa technologie contre un après-midi avec Socrate » ?

 

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FÉLIX GAFFIOT

Docteur es Lettres, Professeur, latiniste,
auteur du dictionnaire.

 

Voyez-vous ça, un apprentissage plébiscité par le mythe de la modernité lui-même ! Alors pourquoi diable la France doit-elle se battre pour sauver sa culture, ses humanités ? Pourquoi la mondialisation devrait-elle nécessairement devenir l'ennemie de la diversité des savoirs ? C'est la question que se pose Sylvaine Poujade-Balthazard, professeur de latin à l'université de Rennes II, suite à la décision du gouvernement de fermer plusieurs licences de lettres classiques en raison des coupes budgétaires.
 

Schizophrénie
 

« Trop de moyens déployés, pour pas assez d'élèves », justifie le ministère. Et pour cause, si un jeune sur cinq apprend le latin au collège, ils ne sont plus qu'un sur vingt au lycée... Cette désaffection des filières classiques, Sylvaine Poujade-Balthazard l'explique avant tout par cette absence de pluridisciplinarité que l'on reproche si souvent au système français. « Nous avons proposé de sauver la licence par un projet Civilisations anciennes et modernité européenne, qui permettrait de mettre en perspective plusieurs disciplines et différentes époques. » Qui envisagerait, en effet, de devenir archéologue en ignorant tout de la langue de Platon et de celle de Cicéron ? Mais là est bien toute la schizophrénie de ceux qui nous gouvernent. D'un côté, Science Po réduit à portion congrue l'épreuve de culture générale de son concours d'entrée et le recrutement des professeurs de lettres classiques prévoit de ne plus comprendre qu'un oral ; de l'autre, sous la houlette du ministère de l'Éducation nationale, on réfléchit à la revalorisation de la culture antique autour de colloques aux noms aussi éloquents que Langues anciennes, mondes modernes. Refonder l'enseignement du latin et du grec. Tout un programme...

 

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C'est ce paradoxe qui est aujourd'hui pointé du doigt. La parole à la défense de notre culture : dans une tribune publiée dans Le Monde le 8 février 2012intitulée « En renonçant aux humanités classiques, la France renonce à son influence », écrivains et philosophes parmi lesquels Charles Dantzig, Régis Debray, Marc Fumaroli, Christophe Ono-dit-Biot, Erik Orsenna, Philippe Sollers et Emmanuel Todd en appellent au sursaut. Les humanités sont jugées « peu rentables, élitistes, coupées du monde » ? Mais, en fermant des classes, ne risque-t-on pas précisément de réserver, de fait, les lumières des Anciens à une élite ? Se priver de l'immensité de notre culture, c'est tirer une croix sur tous les Jean-Pierre VernantLucien Jerphagnon ou Jacqueline de Romilly que nous réserve la nouvelle génération, d'esprits avisés pour comprendre le monde de demain. Car, si dans les milieux favorisés, il y aura toujours un vieil oncle pour prôner les bienfaits de la culture antique, qui, sinon l'école, s'en chargera pour tous ceux qui n'ont pas la chance d'avoir les dialogues de Plutarque dans leur bibliothèque ? La voilà la vraie discrimination. Que l'on soit black, blanc ou beur, le latin, parlé dans tout le bassin méditerranéen, n'est-il pas notre patrimoine à tous ? Saint-Augustin lui-même n'était-il pas algérien [en réalité, latino-berbère romano-africain, né d'un père romano-africain, citoyen romain, et d'une mère, sainte Monique, berbère non romanisée] ?

 

Du bac L à HSBC...
 

« Nous sommes l'un des rares pays à ne pas comprendre à quel point la diversité de la culture peut nous apporter. Dans les pays anglo-saxons, les formations de lettres ou de sciences humaines sont très prestigieuses. Et personne ne s'étonne du fait qu'un grand patron soit diplômé d'histoire de l'art. » Pour Bernard Deforge, professeur de grec ancien et consultant chez PricewaterhouseCoopers, cabinet d'audit, on atteint les limites mêmes du brainstorming [« remue-méninges », « casse-tête »]« À quoi sert encore d'échanger des idées, si tout le monde a les mêmes ? Dans les écoles de commerce, si la culture générale est encore au programme, elle reste extrêmement standardisée. » 

 

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Celui qui a su mener de front deux carrières complémentaires se bat aujourd'hui pour introduire des profils littéraires en entreprise. Depuis six ans, l'opération Phénix a ainsi permis de créer plus de 150 CDI dans des grandes firmes telles que Coca, L'Oréal, HSBC, la Société Générale ou Renault pour des étudiants diplômés d'un master 2 de philo, d'histoire de l'art ou de lettres modernes... Qui a dit que le bac L ne menait à rien ? Tenez-vous le pour dit, Aristote et Virgile n'ont pas encore dit leur dernier mot. Il n'y a qu'à voir le succès de la collection Signets pour s'en assurer. Ces recueils de textes antiques autour d'un thème en résonance avec l'air du temps, proposés par les Belles Lettres, font fureur chez les étudiants en lettres classiques comme au lycée. Comment séduisait-on chez les Anciens ? Que pensait-on de l'homosexualité ? De la mort ? Le prochain à paraître, Hocus Pocus, nous révèle, ô stupeur, que Harry Potter n'a rien inventé. Eh oui, l'Antiquité avait déjà ses apprentis sorciers.

 

Par Victoria Gairin



© Le Point.fr - Publié le 16/02/2012 à 12:20 - Modifié le 16/02/2012 à 13:09

 

Que pourrais-je ajouter à cet excellent article sinon que la « crise », la vraie, n'est pas celle qu'on pense ? Les mêmes qui parlent de « civilisation » à tort et à travers veulent nous faire croire à une culture fondée sur le profit immédiat et le scientisme à court terme. Si on les laisse faire, ils ne détruiront pas qu'une langue mais toute la civilisation, la vraie, qui la porte. Le fait qu'on veuille supprimer la culture générale à sciences po démontre assez l'ignorance de ce que signifie réellement le mot « politique » pour un individu comme Guéant. C'est vrai que son domaine, c'est le respect du Droit, l'Ordre. Mais sa conception toute personnelle de la « civilisation » est la probable résultante d'une autre ineptie : l'identité nationale. On ne peut réduire un concept si complexe à un slogan démentiel digne d'un adjudant dans une caserne  « Je ne veux voir qu'une seule tête ! ». Courage, parents, élèves, étudiants, professeurs qui y croyez encore !

Bernard Bonnejean 

Publié dans culture humaniste

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Lettre électorale ouverte aux croyants

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Pourquoi vous ne pouvez pas
 
voter Hollande

Depuis maintenant des mois, pratiquement sans discontinuer, les croyants (chrétiens catholiques, protestants, orthodoxes et musulmans modérés) sont confrontés à des attaques permanentes contre leur religion et leur foi. La mesquinerie et la bêtise tiennent lieu d'argumentation à des spectres de l'anticléricalisme du petit père Combes. Parce que nous croyons en Dieu, il nous serait impossible d'avoir l'esprit assez ouvert pour accueillir les progrès sociaux, médicaux et scientifiques. Nous serions tellement intransigeants, tellement obtus et focalisés sur nos messes en latin que nous en oublierions les Droits de l'Homme, le respect des individus et le droit à l'altérité. Notre philosophie, finalement, pourrait se résumer à un slogan « plutôt Dieu que l'homme » parfaitement inepte, à l'opposé de l'humanisme chrétien de la Renaissance dont Érasme est la grande figure et dont nous sommes héritiers. Qui, de nos jours, serait assez sot pour taxer Érasme  d'obscurantisme ? Sait-on seulement que l'humaniste chrétien Érasme fait la conjonction entre la religion et la liberté fondée sur la Grâce divine ? Et qui sait aujourd'hui qu'en son temps on le trouva antisémite, car opposé à l'hébreu comme langue des seuls juifs considérés comme schismatiques ? Décidément, rien n'est simple au regard de l'histoire, même en période électorale.

 

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Le fait est que la discussion est impossible sur les forums et les groupes sociaux. Avant même d'avoir levé le ton pour faire entendre une voix discordante au milieu de ce consensus bâti sur la négation de tout un patrimoine culturel, vous voilà rangé dans un système ignoble monté de toutes pièces par des « théoriciens » peu regardants : « Catholiques = pédophiles ; musulmans = terroristes sous cape, ou sous burqua ; tous intégristes et antisémites ». Il faut dire, avec fermeté, que certains medias ont pris un malin plaisir à relayer les âneries de Caroline Fourest, ancienne élève de l'école catholique, et  « l'humour » irrévérencieux et très ciblé de Philippe Collin. Ajoutons que Philippe VAL et Jean-Luc HEES, respectivement directeur de France Inter et président de Radio France, éminemment choqués par les propos de Stéphane GUILLON et de Didier PORTE au point de les licencier, n'ont jamais rien trouvé à redire aux caricatures parfois insultantes des deux férus de neutralité laïque. Mais soyons honnête : si je reconnais volontiers le courage de la chroniqueuse, également hostile à la morale catholique et à l'universitaire islamologue Tarik RAMADAN, je serais tenté de croire que l'animateur brestois ne s'attaque qu'aux fidèles dont la religion impose le pardon des offenses. Situation somme toute assez confortable et sans grand danger par les temps qui courent.


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Jean Paul II et Mehmet Ali Ağca
 

Personnellement, j'ai tenté, en vain, de discuter sur facebook avec de dignes représentants du Front de gauche et quelques « socialistes libéraux ». Tout s'est très bien passé jusqu'au moment où j'ai cru bon de placer mes opinions sous l'autorité, pour moi inconstestable, de la foi religieuse à laquelle j'adhère totalement. Bien que j'aie pris garde de ne pas me reférer au pape, ce fut le tollé. On me renvoya au pied du mur avec cette élégance qui caractérise les tenants d'une laïcité altérée, sous prétexte que j'étais l'objet de « fantasmes délirants ». Entendez par là les croyances sur lesquelles nous avons fondé notre existence, juifs, chrétiens et musulmans pratiquants, depuis parfois plusieurs millénaires. 

Comment pouvais-je prétendre condamner le blasphème contre Jésus ou Mahomet dans le pays des fameux « Droits de l'homme » ? Moi, qu'on dit « intellectuel » uniquement pour les besoins de la cause, comment ne pas avoir compris que la croix du Christ plongée dans la pisse n'était autre chose que de l'art contemporain ? Plus scandaleux encore, comment justifier mon soutien à des chrétiens traditionnalistes qui manifestaient contre une pièce intitulée Sur le concept du visage du fils de Dieu d'un certain Roméo Castellucci qui défendit son chef-d'œuvre scatologique comptant sur « l'intelligence et la sensibilité de chacun des spectateurs » ? Faut-il être assez aveugle pour ne pas voir là une façon détournée de ramener l'affaire à une opposition entre artistes sensibles et intelligents contre catholiques sans cœur et particulièrement imbéciles ? Personnellement, moi qui ne suis pas ennemi de toute provocation, je convie monsieur Castellucci à nous faire une pièce hautement artistique où l'on montrerait un acteur déféquant sur la scène du théâtre de Drancy avec, à la fin du spectacle, un voile noir excrémentiel coulant sur un portrait de Ben Gourion ou de Sharon. Chiche ! Je les entends d'ici ceux qui ont rejeté d'un air outragé l'accusation de christianophobie hurler à l'antisémitisme et à l'atteinte aux Droits de l'homme. Ce n'est pas la même chose ? Et pourquoi donc ? 


christ_croix.jpg « Le sang des martyrs est devenu la semence du christianisme. Car par le martyr, c'est Dieu qui est condamné. Mais par son sang, c'est l'amour qui est répandu sur la terre et de cette terre, il n'y a que la vérité qui germe et qui survivra.  »

Père Sabri Anar, Curé de la paroisse catholique chaldéenne saint Thomas de Sarcelles. 

 

Mesdames, Messieurs, je vous convie à revoir le plus tôt possible ce que peut être la laïcité que vous vous figurez synonyme d'ostracisme. Vous n'avez aucune idée de la grandeur de ce concept, moins hérité de la loi de 1905 que du siècle des Lumières et de l'esprit de l'évangile. La laïcité, que vous remâchez à longueur de journée comme un schewing-gum devenu insipide, n'est pas le rejet des religions, elle en est au contraire le défenseur. La laïcité française, chers amis, a permis que nous vivions ensemble harmonieusement, quelles que soient nos religions respectives (j'y inclus l'athéisme et l'agnosticisme), sauf dans les moments dramatiques de notre histoire où la morale et la foi étaient placées au second plan. Vous sentiriez-vous mieux si nous, croyants, nous étions baillonnés, sommés de nous taire ou pire, condamnés à nous autocensurer pour éviter la calomnie et des formes plus insidieuses d'intolérance ? 

Et pourtant, nos dogmes et notre foi nous imposent au nom du respect de valeurs fondamentales inscrites dans nos credos ou consécutives à nos convictions de rejeter ce que, précisément, vous considérez à tort comme des avancées. Vous avez retenu des mots et en avez oublié le sens. Qu'est-ce que les Droits de l'homme, que l'on a cru bon de décliner à l'infini par des précisions parfaitement inutiles en Droits de la femme, Droits de l'enfant, Droits des personnes âgées, etc. ? Qu'est-ce que ces droits « fondamentaux » qui commencent par bafouer le droit le plus élémentaire à la civilisation. J'entends ce mot dans sa vraie signification, non dans un travestissement sémantique à la Guéant.

 

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C'est précisément au nom de la Civilisation que nous, catholiques de France, croyants de France, nous devons nous rassembler derrière un candidat qui respecterait les valeurs morales, non parce qu'elles sont inscrites dans un catéchisme ou un code, mais parce qu'elles fondent notre société. C'est au nom de la Civilisation que nous devons refuser, même au prix de notre tranquillité, les lois liberticides (le laxisme n'est pas la liberté) que s'empresserait de voter une nouvelle majorité dès son installation au pouvoir. Tout est inscrit dans le projet socialiste 2012, plateforme commune du parti socialiste que peu ont lu. D'ailleurs, pour peu qu'ils l'aient lue ils n'en ont pas vu les dangers dans les excès possibles à venir :

2.1.4 égalité des genres et des familles

En l’absence d’une reconnaissance des familles homoparentales, les analyses précises font défaut. On estime cependant que plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’enfants sont concernés par des situations homoparentales sans être protégés par des liens de filiation reconnus.

Nous ouvrirons pour tous les couples le droit au mariage. Nous autoriserons l’adoption pour tous les couples qui présenteront un projet parental cohérent (mariés, pacsés, concubins, homosexuels ou hétérosexuels). Nous renforcerons le Pacs, grande réforme de la gauche, qu’il s’agisse des congés pour événements familiaux, de la protection sociale complémentaire, du droit au séjour ou de l’enregistrement à la mairie.

2.1.5 Accès à la parentalité : encadrer et accompagner les évolutions de la société

Le rôle d’un gouvernement responsable est de promouvoir de nouveaux droits pour permettre des avancées médicales et sociétales tout en protégeant la dignité des êtres humains. En matière d’Assistance médicale à la procréation (AMP) et d’accès à la parentalité, notre société doit trouver un équilibre entre les revendications des individus en souffrance et le respect de la dignité de la personne humaine, tout en réaffirmant la primauté de la filiation sociale sur la filiation biologique.

L’accès à l’AMP doit être ouvert aux femmes sans condition de situation de couple ou d’infertilité. À l’inverse, face aux risques que représentent l’instrumentalisation du corps de la gestatrice et sa possible marchandisation, l’interdiction de la gestation pour autrui doit être maintenue.

Concernant les dons de gamètes, le triptyque anonymat, gratuité, consentement doit être maintenu.

Enfin, les règles applicables aux dons d’embryons doivent être simplifiées car la complexité des procédures actuelles freine la solidarité et l’aide aux couples infertiles. Les inséminations et les transferts d’embryons post mortem doivent être autorisés dans les cas où le décès du partenaire a interrompu un projet parental en cours.

2.1.6 Permettre le droit de finir sa vie dans la dignité

Agir pour l’égalité, c’est aussi garantir la dignité de chaque personne du début de la vie jusqu’à son terme. De nombreux Français, leurs familles et leurs proches, sont confrontés chaque année, en fin de vie, à une souffrance physique ou psychique très douloureuse. D’importants progrès scientifiques et médicaux ont été réalisés : les traitements antidouleurs, les soins palliatifs, l’arrêt de l’acharnement thérapeutique autorisé par la loi de 2005. Dans de nombreux cas, ils apportent des réponses et ils doivent être encouragés. Malheureusement, d’autres demeurent sans solution de cette nature. Ces malades doivent avoir la liberté et le droit de partir dans la dignité, entourés de ceux qu’ils aiment, sans avoir à se placer eux-mêmes, leurs familles et les équipes soignantes, dans l’illégalité.

Nous proposerons, comme cela existe dans plusieurs pays européens, que toute personne majeure, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée et qu’elle juge insupportable, puisse demander à bénéficier d’une assistance médicalisée pour mourir dans la dignité.

Ce droit devra s’appliquer dans un cadre très strict et protecteur sous le contrôle d’un collège de médecins. Nous proposerons d’inscrire ce droit dans la loi.

 

 

 


Toutes ces mesures, apparemment justes et dont les intentions sont très probablement louables, portent en germe de très réels dangers combattus par une Christine BOUTIN, au nom de la Démocratie chrétienne. Elle vient de rejoindre ce matin le camp Sarkozy, laissant orphelins des milliers de chrétiens qui voulaient rester en accord avec leurs convictions politiques. Cette femme courageuse avait le devoir, me semble-t-il, de combattre aux côtés de François BAYROU avec lequel elle partage les idées. Elle a choisi la facilité. On ne peut que le regretter. En effet, qui peut encore croire que Sarkozy puisse incarner les valeurs de solidarité et de justice sociale du catholicisme ? Toute sa politique depuis cinq ans prouve le contraire. 

Quant à voter pour un parti socialiste qui a failli, en toute connaissance de cause, nous imposer un Strauss-Kahn à la tête de l'État, qui procède plus par élimination que par élaboration d'un projet propre à ressusciter l'enthousiasme de Français choqués par l'absence de morale politique, à défaut de morale religieuse ou même laïque, nous ne pouvons, nous catholiques, l'admettre. Nous invitons les musulmans et les juifs, qui ont la chance de croire, comme nous, que la morale politique, contrairement à qu'on veut bien nous faire croire, ne saurait être indépendante d'une morale religieuse élémentaire, à nous rejoindre dans notre refus. Notre devoir, cette fois, est de nous abstenir sauf à espérer que François BAYROU sera le candidat du Centre au second tour. 

 

Bernard Bonnejean


Publié dans politique française

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La poésie aujourd'hui

Publié le par Bernard Bonnejean



est-elle encore de la poésie ?

 


C'est pas une domestique
Elle sait bouffer des briques
Mais quand elle veut, Elle crie

LA POÉSIE


Poète, auteur notamment de Churchill 40 et autres sonnets de voyage, (Gallimard, Paris, 2004), Jacques Roubaud dans un article du Monde diplomatique de janvier 2010 dresse un constat mi-figue mi-raisin sur la création poétique contemporaine. Son « optimisme négatif » est inscrit dans les titres qu’il s’est choisis : « Un art qui résiste à sa dénaturation » ; « Obstination de la poésie ».

Jacques Roubaud

Je ne sais s’il est l’auteur de la présentation de l’article. Toujours est-il que le rédacteur du chapeau ne manque ni de sincérité ni de lucidité ni d’un certain courage. Aller publier aujourd’hui que le genre poétique n’est ni dans l’émerveillement provoqué par un coucher de soleil ni dans la peinture ni dans la sculpture, mais uniquement dans la confrontation du poète avec la langue, c’est se mettre hors-la-loi commune. En fait la poésie n’est nulle part où l’on croit la voir. À force de clamer que tout le monde est « poète », les poètes eux-mêmes se sentent dépréciés et proscrits. Le résultat, navrant, est que si les sites, les recueils et les revues se multiplient, personne n’achète parce que plus personne ne vend. Combien de libraires, aujourd’hui, tiennent un rayon consacré aux ouvrages poétiques à la disposition des lecteurs et d’éventuels acheteurs ? Combien d’émissions télévisées sont consacrées aux poètes et à leurs œuvres ? Le Ministère de la culture lui-même, s’il consacre pieusement une semaine à l’évocation de la poésie grâce au Printemps des poètes, n’est pas prompt à s’investir et à innover. En fin de compte, il faut avouer que les autorités culturelles, mises devant le fait accompli, ont décidé de baisser les bras. Quand les écrivains sont envoyés aux États-Unis pour représenter la littérature française, la délégation ne compte aucun poète. Les Nobel auraient-ils encore jusqu’à l’idée de récompenser un poète français vivant ?


Cette désaffection procède d’un simple calcul économique : la poésie ne se vend pas, donc elle est considérée comme mineure et puisqu’elle est mineure, elle ne se vend pas. Toutes les crises s’accompagnent d’un bouc émissaire. On rejette la responsabilité sur les héritiers de Stéphane Mallarmé. La poésie, dit-on, trop savante, trop hermétique est devenue incompréhensible, donc illisible. Les contemporains, élitistes et narcissiques, la travaillent comme les rats en laboratoire. Comme tous les chercheurs, on les accuse de travailler au chaud et à l’abri sans contact avec le public. Pire : la recherche scientifique produit, malgré tout, quelques bienfaits ; le poète contemporain, lui, à l’écart du monde, reclus dans sa tour d’ivoire, ne sert à rien ni à personne. Les mêmes qui trouvent quelques qualités à La Fontaine, Hugo, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et même Michaux ou Aragon, n’ont jamais lu un poème de Bonnefoy ou de Goffette. Et il y aura toujours un Docteur Knock dans les parages pour les mettre à la diète de ces lectures-là et les condamner ainsi à la régression. Les gens ne savent pas toujours que si un analphabète n’a jamais su ni lire ni écrire, un illettré le devient par manque de pratique. 


Guy Goffette

Pourtant les poètes se réclament de leur appartenance à une aristocratie, bien qu’inutiles au monde et à la société dans laquelle ils vivent, forcément en marge. À qui serait tenté de « s’engager », on rétorquera que la poésie, noble par essence, ne doit pas s’encanailler avec les sujets « utiles et sérieux ». S’avouer poète, aujourd’hui, c’est se confronter aux quolibets et à la condescendance. Gide, honteux d’avouer qu’il n’avait écrit qu’un roman, à une époque où la poésie était reine, intitula sotie ses Caves du Vatican en 1914 ; les poètes contemporains n’écrivent plus de recueils poétiques auxquels ces résistants donnent des noms de code. Quant aux excellents poètes, écœurés d’être niés et définitivement condamnés au secret et à l’obscurité, ils finissent par trouver des occupations qu’un Mallarmé ou un Verlaine appelait déjà « alimentaires ». Au vrai, me dira-t-on, la poésie étant inutile, dépassée et invendable en tant que genre littéraire, il fallait bien lui trouver un produit de substitution. On inventa le « document poétique », un genre hybride qui se réclame de la science et de la poésie... La poésie est donc morte ? Depuis que des « spécialistes » décrètent la mort de la religion, la mort de la philosophie, la mort de la poésie, le commun éprouve un réel besoin de spiritualité, de réflexion et… de poésie. Puisque les éditeurs n’acceptent plus — ou n’ont plus les moyens — de prendre des risques, Internet a pris le relais. Le fait est que pour toute gratuite qu’elle est et qu’elle doit rester, la poésie sur la toile n’est ni pire ni meilleure que certains recueils sur papier fabriqués à prix d'or par des marchands du Temple peu scrupuleux. Les groupes de poésie accueillent autant de poètes et de naïfs illuminés que certains petits éditeurs. Le grand avantage est qu’un recueil sur papier, souvent édité à compte d’auteurs, est considéré comme une « belle vente » bien avant le 200ème exemplaire alors que sur Internet on compose de la poésie accessible au plus grand nombre.


Cette révolution de la diffusion doit-elle entraîner la recherche d'une nouvelle forme poétique ? Autrement dit, la poésie, dans son acception officielle et académique, doit-elle se réformer totalement en changeant de support ? Pour en juger, il suffit d’observer le phénomène du slam. Tout repose sur le postulat égalitaire, héritier de soixante-huit : « Tout le monde est poète », lui-même calqué sur une autre utopie de ce temps-là : « L'égalité des chances ». J’ai trouvé cette définition du slam sur Internet justement : « Le mot slam désigne en argot américain « la claque », « l’impact », terme emprunté à l’expression to slam a door qui signifie littéralement « claquer une porte ». Dans le cadre de la poésie orale et publique, il s’agit d’attraper l’auditeur par le col et de le « claquer » avec les mots, les images, pour le secouer, l’émouvoir. Une autre explication du terme est donnée par l’initiateur du mouvement, Mark Smith, lors de son intervention en 2005 au Grand Slam national de Nantes : il explique avoir choisi ce terme pour son sens sportif et ludique de « chelem » (tennis, basket, bridge, etc.). » Le slam serait une improvisation orale, démocratique, héritée de la poésie populaire ancestrale. Je ne serais pas de ceux qui voient dans le slam un exercice né d’une dégénérescence et d’une tentative de récupération de la poésie. Mais au risque de paraître vieux-jeu, je n’en ferais pas non plus de la poésie, résultat d’un travail constant, permanent et ponctuel sur la langue et ses jeux sur la polysémie et la potentialité de ses structures. Le slam est honorable et constitue un excellent ouvroir à la poésie. Grand Corps Malade y a acquis ses lettres de noblesse, bien méritées. Mais même Grand Corps Malade n’est pas poète, même s’il a un talent indéniable.



Finalement — au risque de déplaire à la jeune génération pour laquelle je n’éprouve que sympathie — peut-on dire que si triomphe le slam, c’est uniquement parce que contrairement à la poésie qui coûte sans rapporter, lui permet au moins à certains de gagner leur vie ? Autrement dit, serait-ce parce que la poésie n’existe plus que se sont imposés des produits de substitution ? Plus grave, peut-être : si l’on postule l’agonie de la poésie, ne peut-on, par la même occasion, prévoir la mort du livre ? Une posture intellectuelle qui établit la toute puissance de l’oralité conduit inéluctablement à ce désastre. Conduirait, devrais-je dire, parce que je n’ai nullement constaté pareille régression depuis que je fréquente Internet. On y trouve de beaux poètes et de la bonne poésie. Et j’ai l’honneur d’y avoir connu des poètes qui vendent ! Peut-être parce qu’ils savent ce que le mot mot veut dire et qu’ils savent, par leur attention, par leurs aptitudes, par leur travail, lui faire dire ce qu’ils veulent nous faire voir et entendre.


Bernard Bonnejean


Juste un dernier mot : je n'ai été poète que rarement et épisodiquement dans ma vie, ce qui ne m'a pas empêché d'écrire de la poésie. Mes poèmes publiés ou réunis en recueils inédits ont été composés entre ma seizième et ma trentième année. Un seul compte d'auteur m'a à jamais guéri de la publication. Depuis je parle de la poésie des autres. 

Publié dans poésie

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