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C'est pour ma pomme

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La reine de la gastronomie mayennaise

 

 

Vous croyez les connaître ? Celles-ci, assurément :

 

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Quoique, pour la Reine de Reinette, je ne parierai pas un fifrelin sur vos chances d'en trouver dans les grandes surfaces ni même dans les épiceries fines. Permettez-moi tout de même de disgresser : que penser d'une « épicerie fine » qui vend des bananes et des oranges en pleine saison de chasselas ? dont le tenancier, par ailleurs d'une amabilité toute commerçante, vous avoue sans rire ignorer jusqu'au nom ? lequel, après que vous lui avez expliqué que c'est du raisin blanc, vous promet un prochain arrivage d'Italie ? et auquel vous décidez, plus par compassion que par vocation, d'expliquer ce que devraient évoquer Moissac et sa région à un fin épicier digne de ce nom ? « Dites-moi où, n'en quel pays ». Holà, gentilhomme, comme vous y allez ! « La route de la vertu n'est pas toujours la plus sûre, et il y a des circonstances dans le monde où la complicité d'un crime est préférable à la délation », vous aurait répondu le Marquis de Sade.

 

 Revenons à nos pommes. Mais fruit pour fruit, je crains que le problème des uns et des autres n'aient la même origine. Pourtant, dans les années 1900, il existait plus de mille variétés de pommes en France, plus ou moins grosses, plus ou moins belles, plus ou moins colorées, plus ou moins agréables aux sens. Elles étaient à ce point présentes au quotidien, qu'on ne s'embarrassa guère de les protéger. Si j'ose dire, elles faisaient partie des meubles. On en vint même à oublier leur nom. Il arriva aux pommes ce qui arrive à la viande de bœuf : de même que le client demande au boucher un « bifteck bien tendre », sans se soucier de savoir si ce sera dans la tranche, dans l'araignée ou dans l'onglet, on se sert un kilo de boules bien faites et bien brillantes appelées « pommes » sans en reconnaître, comme en grammaire, ni la nature ni la fonction.

 

 

 

Differentes-pommes.jpg

 

 

Une pomme n'est pas une pomme. 

 

 

Rien d'étonnant, finalement : il a fallu attendre le XIXº siècle pour que nos ancêtres trouvent un intérêt à nos monuments médiévaux. Jusqu'à ce que Prosper Mérimée alerte Viollet-le-Duc, personne ne se souciait davantage de l'état de la basilique de Vézelay, de Notre-Dame de Paris ou de la cité de Carcassonne que Grouard et Carré, d'Orléans, ne s'abaisseront à respecter la rue des Carmes. Comme chantait Vian :

 

                                            Demain ça sera ton tour
                                            Demain ça sera ton jour
                                            Plus de bonhomme et plus d'amour

                                            Faut que ça saigne

Parce que quand on y réfléchit, la pomme d'amour existe bel et bien, mais il faut croire qu'elle ne rapporte pas autant que la pomme de discorde. Et si, pour une fois, on allait plus loin que la viande à Vian : plus de La Villette, plus de rue des Carmes à Orléans, plus de pomme, plus de bonhomme, plus d'amour. On démolit, on anéantit, on annihile des siècles d'histoire et de plaisir de vivre. On s'en fiche : c'est pour le tram, le progrès, le fric !! Ah ! ça inra, ça inra, ça inra !

 

 

 

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Quel beau parking ça ferait ! 

 

 

Et dire que tout le monde pensait que puisque ça avait tenu jusque là, c'était bien le diable si ça disparaîtrait un jour. Les gens y prêtaient autant d'attention qu'aux panneaux « Attention ! Chutes de pierre ! ». Le passant passe quand même en pensant : « Et alors ? Qu'est-ce qu'on y peut ? »

 

À vrai dire, la rue des Carmes d'Orléans, les steaks ou les pommes, on vivait avec et on n'y pensait même pas. Jusqu'au jour où les pierres ont chuté et où une pomme est tombée ! Demandez à Newton.

 

L'agriculture des années 60 a imposé le rendement et la rentabilité. La golden, seule capable de supporter engrais et conditions modernes de transport, devint reine et domina le marché à 80%. Des spécialistes eurent même l'idée géniale de gorger notre miss univers de gaz éthylène pour en favoriser le mûrissement. Certes, on en cherchait le goût, mais la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a... 

 

Cependant, il me semble ne pas me tromper en affirmant que la nature, la morale et la politique obéissent à une loi commune : à une force finit par correspondre une force contraire qui, au moins pour un temps, favorise un retour à l'équilibre. J'ai pu le constater de mes yeux sur un tronçon guyanais de la transamazonienne : au bout de quelques mois, cette percée humaine au milieu du désert vert s'était de nouveau recouverte d'une végétation qui la rendait impraticable.

 

La nature s'était vengée toute seule. Les pommes, elles, ont eu besoin de la volonté de passionnés pour entrer en résistance et reprendre leur droit.

 

 

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Depuis quelques années, des spécialistes, aidés de quelques pépiniéristes amateurs éclairés, recherchent les anciennes variétés de pommes pour les identifier, les cultiver et les conserver. En 1990 était fondée l'Association nationale des Amateurs Bénévoles pour la sauvegarde des variétés fruitières régionales en voie de disparition, dite des « Croqueurs de pommes ».  Conscients d'une menace contre l'homme lui-même, ces bénévoles se sont associés en un mouvement solidaire.  Constatant que la diversité du patrimoine fruitier était en danger, les « Croqueurs de pommes » ont décidé, sur tout le territoire national, de répertorier tous les pommiers survivants, d'en faire une description détaillée et complète, de retrouver le(s) nom(s) sous le(s)quel(s) on les a toujours connus, de les localiser dans l'espace et dans le temps, d'en établir une liste aisément consultable, d'en assurer la survie, le maintien et la reproduction, de les faire connaître et aimer, plus rarement d'enrichir ce patrimoine par des variétés nouvelles.

 

L'Association ne poursuit pas seulement un but arboricole. Sous la houlette de Maïté Dodin, l'actuelle présidente, elle entend préserver l'environnement pour les générations futures ; leur assurer un savoir et un savoir-faire humanitaire, humaniste et encyclopédique par la survivance de végétaux témoins d'un monde où la variété est facteur d'équilibre et de bien-être ; établir un lien fraternel entre les membres, seule façon de valoriser et de protéger le vivant et de résister contre des lobbies internationaux dont les intérêts sont a priori ailleurs, c'est-à-dire dans une uniformité rentable et peu exigeante.

 

Certaines régions ont tout misé sur cette diversité pomologique. Le département de la Mayenne, situé aux confins de la Bretagne et de la Normandie, a créé le label Goûtez à la Mayenne, représentant une fourchette piquée dans une pomme rouge. Il n'est attribué qu'à des produits fermiers de grande qualité, à des restaurants qui proposent une cuisine souvent accompagnée de pommes ou de produits dérivés. Même si, en Mayenne, il n'existe pas de plats typiques du terroir, à proprement parler, des chefs travaillent depuis quelques années à travailler les différentes variétés de pommes des vergers locaux. L'art culinaire de la pomme en Mayenne, terre de bocage, est favorisé par de nombreux vergers réhabilités ou installés par des passionnés. On y redécouvre des variétés locales comme la fréquin, la bedan ou la damelot qui entrent dans la composition de jus de pomme, cidre, eau de vie et pommeau. Au nord du département, l'appellation « calvados » est autorisée. Quelques producteurs ont démarré une procédure AOC pour le « cidre du Maine », le « pommeau du Maine » et l'« eau de vie du Maine ».

 

 

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  Bourdaine de la Mayenne

 

 

Près de la Mayenne, en Normandie la pomme occupe une place de choix. Si un jour, vous passez du côté d'Avranches, ne manquez pas de rendre visite à Maurice Bunel (Association des Croqueurs de pommes, Siége Social local, 50240 Montjoie-Saint-Martin ; Tél : 02 33 48 35 04 ) qui vous fera l'honneur de la visite de son véritable musée vivant d'arbres fruitiers. Ce passionné vous accueillera  par le rappel des objectifs de l'Association des « Croqueurs de pommes » : la recherche, la sauvegarde du patrimoine génétique fruitier, la promotion des variétés fruitières méritantes, l'information et l'éducation du public.

 

Toutes les activités dont il est responsable à Montjoie-Saint-Martin s'inscrivent dans cette perspective :

  • Fête de la Pomme et de la Châtaigne, le dernier dimanche d'octobre ;
  • Bourse aux Greffons, le dernier samedi de février ;
  • Séances d'initiation au greffage et à l'écussonnage ;
  • Traitement naturel des maladies ;
  • Séance d'identification ;
  • Initiation à la taille ;
  • Visite guidée du verger privé riche de plus de trois cents variétés de fruits.

 

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Enfin, pour les plus curieux, voici une série de liens de sites aisément consultables. Mais il faudrait toute une vie pour arriver à bout d'une connaissance encyclopédique complète sur ce fruit qui fait que, depuis Ève, nous sommes assez heureux sur terre pour avoir envie d'y rester.



Et puisqu'en France tout finit par des chansons, chantons :



 

 

 

Bernard Bonnejean

Publié dans traditions séculaires

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SYNODE POUR LE MOYEN ORIENT V

Publié le par Bernard Bonnejean

Texte du Rapport après le débat
 
  général 

 

.../...

 

 

III. LE TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN : TÉMOINS DE LA RÉSURRECTION ET DE L'AMOUR

 

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie [..] nous vous l'annonçons» (1 Jn 1, 1-3). Les Apôtres, l'Église des origines, et par eux et après eux, tout chrétien est un témoin de la résurrection et de l'amour. Comme Paul de Tarse, c'est la rencontre personnelle avec le Ressuscité, rencontre spirituelle mais réelle, qui transforme le chrétien en vrai témoin, fidèle jusqu'au témoignage suprême, le martyre. Par cette expérience il rejoint celle des Apôtres, des saints et des martyrs à travers les âges. 

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Sa Sainteté le pape Benoît XVI

 

Saint Paul énumère quelques attitudes indispensables pour être de bons témoins du Christ : "Ayez beaucoup d'humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour, ayez à cœur de garder l'unité dans l'Esprit par le lien de la paix." (Ep 4, 2-3). Ce n'est seulement quand de bonnes relations sont établies que nous pouvons parler de Jésus et de sa Parole. Efforçons-nous d'être fidèle à ces conseils que nous donne saint Paul et d'accueillir les personnes telles qu'elles sont, en les aimant. Le rôle prophétique de l'Église et des fidèles a besoin d'être élaboré et approfondi. Il fait partie principale de l'annonce et du témoignage.

 

A. LA CATÉCHÈSE, TÉMOIGNAGE ET ANNONCE POUR L'ÉGLISE

Une catéchèse pour aujourd'hui, par des personnes bien préparées

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Fra Angelico, église San-Marco 

 

L'Église rend témoignage à son Seigneur et l'annonce par la vie, les œuvres, et la catéchèse, surtout l'initiation à la foi et aux sacrements. Une formation de la foi solide et une vie spirituelle vivante sont les meilleurs garanties de l'affermissement de l'identité chrétienne illuminée, ouverte et rayonnante. La catéchèse doit s'adresser à tous les groupes d'âge, les enfants, les jeunes et les adultes. Les catéchistes doivent être bien préparés pour cette mission, par une formation adaptée, qui tienne compte des problèmes et défis actuels. Après une bonne préparation, des jeunes peuvent être de bons catéchistes pour les autres jeunes. Des parents bien préparés participeront à l'activité catéchétique dans la famille et dans la paroisse. La famille chrétienne a un rôle primordial pour la transmission de la foi à ses enfants. Les écoles catholiques, les associations et les mouvements apostoliques sont des lieux privilégiés pour l'enseignement de la foi. Il faut former nos fidèles à la compréhension de l'Ancien Testament, dans la vision de l'œuvre du salut. Ceci leur permettra de ne pas tomber dans le piège de politiser les textes de la Bible.

La catéchèse doit être intégrale, comportant le souci de la tradition, de la vie vécue, de la modernité selon l'enseignement catholique, et du dialogue œcuménique et interreligieux dans la vérité et la charité. L'enseignement religieux aux enfants, aux jeunes et aux adultes, doit remédier à la disparition de l'initiation chrétienne avant le baptême, conféré maintenant aux bébés. L'éducation religieuse doit être intégrée avec l'éducation humaine. La « Doctrine Sociale de l'Église », en général peu présente, est partie intégrante de la formation de la foi. Le Catéchisme de l'Église catholique et le Compendium de la Doctrine Sociale de l'Église sont des ressources excellentes. Les pastorales de la famille, de l'enfance et des jeunes n'ont pas été suffisamment abordées dans les documents de préparation du Synode. Le problème des sectes est un défi grave qui affecte nos Églises. La catéchèse doit viser l'affermissement de la foi dans notre contexte socioreligieux. Il faut l'étudier ensemble et établir un plan pastoral à son sujet. Il est important d'établir un catéchuménat post-baptismal pour l'accueil des personnes converties au christianisme. La catéchèse doit porter à l'engagement concret au service des plus pauvres, souffrants et marginalisés. 

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Propagande de la secte évangélique,

facteur de division et de discorde.  

 

Sans le témoignage de leur vie, l'action des catéchistes restera stérile. Ils sont avant tout des témoins de l'Évangile. La catéchèse doit aussi promouvoir les valeurs morales et sociales, le respect de l'autre, la culture de la paix et de la non-violence, ainsi que l'engagement pour la justice et l'environnement. On invite à encourager la formation de la foi dans de petits groupes ou de petites communautés, qui donnent plus de chaleur par les relations personnelles. Ceci évitera que nos fidèles s'orientent vers les sectes. La paroisse deviendra ainsi la communauté des communautés. Il a été affermi que les chrétiens d'Orient, comme ceux d'Occident, ont besoin d'une nouvelle évangélisation, pour une profonde conversion, et un renouveau à la lumière de la Parole de Dieu et de l'Eucharistie.

 

Nous devons encourager tous les fidèles, mais surtout les prêtres, les religieux et les religieuses, les personnes consacrées, et les responsables de la pastorale et de l'apostolat, à suivre l'enseignement de l'Église, et à étudier les documents du Magistère, et préférablement par une étude commune. La communion demande aussi de rencontres fréquentes entre les Patriarches, les Évêques, les prêtres et les laïcs. La vie spirituelle et le cheminement de l'Église universelle doivent être un premier objectif de formation. Il faut redonner au baptême son sens véritable et promouvoir les valeurs de l'Évangile. L'appel et la vocation à la sainteté doivent être au centre de la formation de la foi, à toutes les étapes et dans toutes les formes de la vie des chrétiens. Un soin spécial doit être accordé à la famille, qui risque d'être ébranlée et minée par la vision relativiste occidentale et la vision non chrétienne dominante dans notre région. Les familles de religion mixte doivent être l'objet d'un soin pastoral particulier. Les manuels de catéchisme doivent compléter les lacunes et corriger les erreurs qui se trouvent ailleurs. Le thème des « Méthodes de catéchèse » n'a pratiquement pas été touché. 

 


Louis et Zélie Martin, apôtres de la famille,
envoyé par KTOTV. - Plus de vidéos de blogueurs.

 

L'utilisation des moyens modernes de communication est incontournable, pour la transmission de la foi, la formation religieuse, la mission et l'évangélisation, l'action éducative, la formation à la paix, les œuvres de développement, et l'action pour le développement intégral de nos sociétés. Les media sont le lieu de témoignage au Christ et aux valeurs chrétiennes. Ils constituent une nouvelle culture de communication mondiale vraie et propre, caractérisée de nouveaux langages et méthodes de pensées. Ils sont les nouveaux aréopages du monde globalisé. Il faudra veiller à prévenir les impacts négatifs des media : la manipulation des masses, la floraison des sectes, de la violence et de la pornographie, l'anticléricalisme international. Il a été noté cependant que l'utilisation des media dans nos Églises, à de rares exceptions près, est individuelle et à un niveau primitif, par manque de ressources financières et par conséquent professionnelle, ou à cause du travail individualiste. Il a été suggéré de former une Commission pour la revitalisation et la coordination des moyens de communication dans le Moyen-Orient. 

 

 

Nos Églises ont besoin de personnes spécialisées dans ces domaines. Peut-être pourrions-nous aider les plus doués à s'y former, et les engager ensuite dans ce travail. Mais il faudra nécessairement y former des prêtres et des religieux, dès le séminaire. Les media et la communication sont un moyen puissant pour consolider la communion. Elles rendent les Églises du Moyen-Orient et du monde toujours plus ‘un'. On a souhaité que Telepace et KTO et d'autres media catholiques mettent des sous-titres arabes à leurs émissions, et qu'elles consacrent des périodes pour l'émission de programmes en arabe. Elles consolident aussi les relations interreligieuses. Il est indispensable d'établir des plans et des moyens pour assurer la communication des résultats de ce Synode, et la mise en pratique de ses lignes directives et de ses recommandations.

 

B. LA LITURGIE, SOMMET ET SOURCE DE LA COMMUNION ET DU TÉMOIGNAGE

  

La liturgie constitue une annonce et un témoignage importants d'une Église qui prie, et non seulement qui agit. Elle « est le sommet vers lequel tend l'action de l'Église, et en même temps la source d'où découle toute sa vertu » (Sacrosanctum concilium, 10). Dans nos Églises orientales, la Divine Liturgie est au centre de la vie religieuse. Elle joue un rôle important à garder l'identité chrétienne, à renforcer l'appartenance à l'Église, à vivifier la vie de foi. Il nous faut conserver et cultiver le sens du sacré, des symboles, et de la religiosité populaire purifiée et approfondie. Il est nécessaire de veiller à propretés et à la dignité des lieux, des habits, des objets et des livres saints. Le musulman aussi est très sensible au sacré.

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Marie-Madeleine en prière

Abbaye de Solesmes

 

Il a été peu parlé du renouvellement de la liturgie, pourtant désiré par beaucoup. Il faudra savoir unir « l'ancien au nouveau » (Mt 13, 52). La tradition est dynamique, elle tend au perfectionnement, en harmonie avec les nouvelles exigences du développement de la communauté (cf. Benoît XVI). Les communautés religieuses et les mouvements sont appelés à une vraie inculturation dans la liturgie du pays où ils exercent leur mission. Il a été dit aussi que l'Église latine devrait se limiter à célébrer sa liturgie en langue arabe aux seuls fidèles de langue arabe qui lui appartiennent. Il est important et urgent de se mettre d'accord sur un texte arabe unifié pour la prière dominicale à utiliser dans la liturgie, les rencontres, la prière privée et publique.

 

C. RAPPORTS AVEC LE JUDAÏSME

 

1. Vatican II : Fondement théologique du lien avec le judaïsme 

 

La déclaration Nostra aetate du Concile Vatican II traite spécifiquement du rapport entre l'Église et les religions non chrétiennes. Le judaïsme y occupe une place de choix.

 

2. Magistère actuel de l'Église 

 

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Saint Etienne, premier martyr juif de Jérusalem 

 

Des initiatives de dialogue ont lieu, au niveau du Saint-Siège et des Églises locales. Le conflit israélo-palestinien a ses répercussions sur les rapports entre Chrétiens et Juifs. À plusieurs reprises, le Saint-Siège a clairement exprimé sa position, appelant à ce que les deux peuples puissent vivre en paix, chacun dans sa patrie, avec des frontières sûres, internationalement reconnues. La sécurité durable repose sur la confiance, et s'alimente aux sources de la justice et de la probité. Nous avons le devoir de rappeler à tous que la convivialité pacifique est le fruit de la reconnaissance réelle et pratique des propres droits et devoirs. La prière pour la paix est d'une importance capitale.

 

3. Dialogue avec le judaïsme

 

Nos Églises refusent l'antisémitisme et l'antijudaïsme. Les difficultés des rapports entre les peuples arabes et le peuple juif sont plutôt dues à la situation politique conflictuelle. Nous distinguons entre la réalité religieuse et la réalité politique. Les chrétiens ont la mission d'être des artisans de réconciliation et de paix, basées sur la justice pour les deux parties. Des initiatives pastorales locales de dialogue avec le judaïsme ont lieu, par exemple la prière en commun principalement à partir des Psaumes, et la lecture et la méditation de textes bibliques. Ceci crée de bonnes dispositions, pour invoquer ensemble la paix, la réconciliation, le pardon mutuel, et les bons rapports. D'autres initiatives réalisent un dialogue des fidèles des enfants des trois religions d'Abraham. 

 

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Abraham, notre père et prophète à tous.  

 

Le Vicariat pour les chrétiens de langue hébraïque doit aider la société hébraïque à mieux connaître et comprendre l'Église et son enseignement. Elle est aussi disposée à la collaboration pour le service pastoral des fidèles catholiques de langue hébraïque et celui des émigrés. Ceci favorisera une présence pacifique des chrétiens en Terre Sainte. L'interprétation tendancieuse de certains versets de la Bible justifie ou favorise la violence. La lecture de l'Ancien Testament, et l'approfondissement des traditions du judaïsme aident à mieux connaître la religion juive. Elles offrent un terrain commun d'études sérieuses, et aident à mieux connaître le Nouveau Testament et les Traditions orientales. D'autres possibilités de collaboration se présentent dans la réalité actuelle. Le dialogue est nécessaire aussi au niveau académique. D'où le besoin de contact et de collaboration entre les instituts de formation. Les écoles catholiques ont un rôle essentiel dans la formation au respect mutuel et à la paix. 

 

D. RAPPORTS AVEC LES MUSULMANS

  

La Déclaration Nostra aetate du Concile Vatican II pose aussi le fondement des rapports de l'Église catholique avec les musulmans. On y lit : « L'Église regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes » (n. 3). Après le Concile, de nombreuses rencontres ont eu lieu entre les représentants des deux religions. Au début de son pontificat, le Pape Benoît XVI déclara : « Le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut pas se réduire à un choix passager. C'est en effet une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir » (Benoît XVI, Rencontre avec des représentants de communautés musulmanes, Cologne, 20.08.2005).

 

Le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux entretient des rencontres de dialogue d'importance capitale. On recommande la création de commissions locales de dialogue interreligieux. Il est nécessaire de donner la première place au dialogue de vie, qui offre l'exemple d'un témoignage silencieux éloquent, et qui est parfois l'unique moyen de proclamer le Royaume de Dieu. Seuls les chrétiens qui offrent un témoignage de foi authentique, sont qualifiés pour un dialogue interreligieux crédible. Nous avons besoin d'éduquer nos fidèles au dialogue. Les chrétiens orientaux peuvent aider ceux de l'Occident à entrer plus profondément dans une rencontre constructive avec l'Islam. 

 

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Dieu laisse le choix

 

Les raisons de tisser des rapports entre chrétiens et musulmans sont multiples. Tous sont concitoyens, partagent la même langue et la même culture, ainsi que les joies et les souffrances. En outre, les chrétiens ont la mission de vivre comme témoins du Christ dans leurs sociétés. Dès sa naissance, l'Islam trouva des racines communes avec le Christianisme et le Judaïsme. La littérature arabo-chrétienne doit être mise davantage en valeur, et être utilisée comme ressource dans le dialogue avec les musulmans.

 

Notre proximité avec les Musulmans est consolidée par quatorze siècles de vie commune, comportant des difficultés et aussi beaucoup de points positifs. Pour un dialogue fructueux, chrétiens et musulmans doivent mieux se connaître. Musulmans et chrétiens partagent l'essentiel des cinq piliers de l'Islam. De nombreuses initiatives illustrent la possibilité de rencontre et de travail fondé sur les valeurs communes (paix, solidarité, non violence). Plusieurs exemples d'initiatives prometteuses ou réussies ont été mentionnés, en matière de dialogue et de travail commun entre chrétiens et musulmans, ainsi en Syrie, au Liban, en Terre Sainte, en Égypte et ailleurs. Les activités communes sont à encourager, dans les domaines culturel, sportif, social et éducatif. De là, l'importance primordiale de nos institutions éducatives, qui sont ouvertes à tous, réalisant une éducation à l'amitié, à la justice et à la paix. Les Mouvements ecclésiaux apportent aussi une contribution très valable dans ce domaine. Le Dieu Amour aime les musulmans. Peut-être faut-il trouver un nouveau langage théologique pour exprimer ce mystère et le leur rendre plus accessible. Notre témoignage de vie y aidera puissamment. De là l'importance primordiale du dialogue de vie, ou dialogue de voisinage ‘hiwar aljiwar'.

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Les trois grandes communautés unies autour d'une table ?

C'est possible.

 

Le dialogue avec les musulmans a été souvent évoqué, recommandé et encouragé. Le dialogue est l'expression de la communion des enfants de Dieu. Nous sommes tous habitants de la même terre, de la même maison de Dieu. Il a été même affirmé : pas de paix sans dialogue avec les musulmans. S. François d'Assise, dans sa rencontre avec le roi Al-Kamel en Égypte en 1219, nous donne un exemple de dialogue par la non-violence et le dialogue de la vie. Les Églises Orientales sont les plus qualifiées à promouvoir le dialogue interreligieux avec l'Islam. C'est un devoir qui leur incombe de par la nature de leur histoire, de leur présence et de leur mission. Le contact avec les musulmans peut rendre les chrétiens plus attachés à leur foi, l'approfondir et la purifier. La sainteté de vie est réciproquement appréciée de part et d'autre. La vraie relation avec Dieu n'a pas besoin de religiosité bruyante, mais d'authentique sainteté. Les personnes profondément religieuses sont sujet de respect et de vénération, un point commun de référence, et conscience de la société. La relation avec l'Islam postule une profonde vie spirituelle. Si nous ne sommes pas ouverts à Dieu, comment pouvons-nous être ouverts aux hommes ?

 

Nous avons le devoir d'éduquer nos fidèles au dialogue interreligieux, et à l'acceptation de la diversité religieuse, au respect et à l'estime réciproques. Les préjugés hérités de l'histoire de conflits et de controverses, de part et d'autre, doivent être soigneusement affrontés, élucidés et corrigés. Dans le dialogue, sont importants la rencontre, l'accueil de la différence de l'autre, la gratuité, la confiance, la compréhension réciproque, la réconciliation, la paix et l'amour. Le dialogue est bénéfique pour la paix, pour la vie, et contre la violence. Le dialogue est le chemin de la non-violence. L'amour est plus nécessaire et efficace que les discussions. Il ne faut pas discuter avec les musulmans, mais les aimer, espérant susciter en leur cœur la réciprocité. Avant de nous disputer sur ce qui nous sépare, retrouvons-nous sur ce qui nous unit, surtout en ce qui concerne la dignité humaine, et la construction d'un monde meilleur. Il faut éviter toute action provocatrice, offensive, humiliante, et toute attitude anti-islamique. 

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Dragonade sous Louis XIV.

NON aux conversions forcées qui conduisent à la révolte !

 

 

Pour être authentique le dialogue doit se réaliser dans la vérité. Le dialogue est un témoignage dans la vérité et l'amour. Il faut franchement dire la vérité, les problèmes et les difficultés, d'une manière respectueuse et charitable. Si le dialogue est incontournable et doit continuer, peut-être doit-il entamer une phase nouvelle de franchise, d'honnêteté et d'ouverture. Ceci est d'autant plus nécessaire que l'annonce islamique (‘Al Da'wat') est de plus en plus active en Occident. Nous devons nous dire notre différente vision de la vérité. Nous avons à traiter sereinement et objectivement les sujets qui concernent l'identité de l'homme, la justice, les valeurs de la vie sociale digne, et la réciprocité. Ce terme de réciprocité a besoin d'être clarifié, selon quelques interventions. Nous devons prendre en considération aussi que les musulmans ont différents courants d'enseignement et d'action. Il y a les fondamentalistes, les traditionalistes pacifiques - la majorité - qui tiennent l'Islam comme la foi et la norme suprêmes et n'ont aucun problème à vivre sereinement avec les non-musulmans, et les modérés, ouverts à l'autre et qui sont plutôt une élite. Quelqu'un a proposé de ne pas nous limiter aux courants actuels modérés de l'Islam, mais qu'il faudrait aussi dialoguer avec les fondamentalistes et les extrémistes, qui affectent profondément la masse. 

 

La liberté religieuse est à la base des rapports sains entre musulmans et chrétiens. Elle devrait être un thème principal dans le dialogue interreligieux. On souhaiterait que le principe coranique « pas de contrainte dans la religion » soit réellement mis en pratique. Des Pères Synodaux ont parlé des contraintes, des limites à la liberté, des actes de violence et de l'exploitation des travailleurs émigrés dans quelques pays. Personne n'a cité les versets coraniques sur lesquels se basent les extrémistes pour justifier leur attitude et actes de violence. Ceci montre l'attitude louable des Pasteurs de voir ce qui unit et pacifie plutôt que ce qui sépare. Dans le dialogue avec les musulmans, il faudra étudier la relecture des ‘hadiths' de violence, liés à un contexte historique révolu, remplacé par le contexte actuel de respect des droits humains.

 

Nous devons travailler tous ensemble pour transformer les mentalités de l'esprit et de l'attitude du confessionnalisme, à l'esprit de vie et d'action pour le bien commun. C'est un travail de longue haleine, vu que le confessionnalisme a des racines structurales profondes, qui remontent aux statuts des ‘dhimmis' et des ‘millet'. Le dialogue empêchera l'attitude de méfiance et de peur des uns vis-à-vis des autres. 

 

 

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  Apprendre à chaque enfant sa religion et le respect de celle des autres.

 

 

Les chrétiens tiendront à s'enraciner toujours mieux dans leurs sociétés, et à ne pas céder à la tentation du repli sur soi en tant que minorité. Ils ont à travailler ensemble pour la promotion de la justice, la paix, la liberté, les droits de l'homme, l'environnement, et les valeurs de la vie et de la famille. Les problématiques sociopolitiques sont à aborder, non comme des droits à réclamer pour les chrétiens, mais comme des droits universels, que les chrétiens et les musulmans défendent ensemble pour le bien de tous. Nous avons à sortir de la logique de défense des droits des chrétiens, pour nous engager pour le bien de tous. Les jeunes auront à cœur d'entreprendre des actions communes dans ces perspectives. Coopérer ensemble, avec les personnes de bonne volonté, à affronter les problèmes urgents du moment : la liberté, l'égalité, la démocratie, les droits de l'homme, l'émigration et l'immigration, les conséquences de la globalisation, de la crise économique, la violence et l'extrémisme, la vie. 

 

Il est nécessaire de purifier les livres scolaires de tout préjugé sur l'autre et de toute offense ou défiguration. On cherchera plutôt à comprendre le point de vue de l'autre, tout en respectant les croyances et les pratiques différentes. On mettra en valeur les espaces communs, notamment au niveau spirituel et moral. La Sainte Vierge Marie est un point de rencontre de grande importance. La récente déclaration de l'Annonciation comme fête nationale au Liban est un exemple encourageant. La religion est constructrice d'unité et d'harmonie, et une expression de communion entre les personnes et avec Dieu.

 

E. CONSTRUIRE ENSEMBLE UNE CITÉ DE COMMUNION

 

Tous les citoyens de nos pays doivent affronter ensemble deux défis principaux : la paix et la violence. Les situations de guerres et de conflits que nous vivons génèrent la violence, et sont exploitées par le terrorisme mondial, et les courants et mouvements extrémistes dans la région. L'Occident est identifié avec le Christianisme, et on attribue les choix de ses États à l'Église. Tandis qu'aujourd'hui ses gouvernements sont laïcs, et de plus en plus opposés aux principes de la foi chrétienne. Il est important d'expliquer cette réalité, et le sens d'une laïcité positive, qui distingue le politique du religieux. Dans ce contexte, le chrétien a le devoir et la mission de présenter et de vivre les valeurs évangéliques.

 

Nos chrétiens laïcs doivent être bien formés pour approfondir et renforcer la conscience de la vocation chrétienne. La vocation de l'Église est de servir. Le témoignage n'est pas un mode d'éviter l'annonce explicite. Il n'est pas non plus être un bon exemple (sens réductif). Le témoignage signifie vivre dans la vérité. D'où la nécessité d'une authentique vie chrétienne. Il nous faut témoigner par la vie à chaque instant, sans syncrétisme, ni relativisme, avec humilité, respect, sincérité, et amour. « Médecin soigne-toi toi-même » (Lc 4, 23). Nous devons d'abord nous guérir, pour pouvoir refléter la lumière du Christ.

 

 

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Charles de Foucauld

Le chrétien, à l'exemple du Christ, doit servir.

 

 

L'amour gratuit pour l'homme est notre plus important témoignage dans la société. L'Église catholique rend un éloquent et précieux témoignage par ses nombreuses œuvres et institutions éducatives, caritatives, de santé et de développement social. Elles sont très appréciées, et fréquentées par tous les citoyens, sans distinction de religion ou d'appartenance. Elles aident grandement à abattre les murs de méfiance et refus. L'Église accorde ses choix préférentiels au service des plus pauvres. Plus nous sommes conscients de notre vocation chrétienne dans la société, plus nous serons capables de montrer et de rayonner la force de l'Évangile, qui est puissante, et peut transformer la société humaine même aujourd'hui. L'Exhortation Apostolique du Vénérable Pape Jean-Paul II Une Espérance nouvelle pour le Liban (10 mai 1997) est un guide concret pour le témoignage chrétien dans la cité. Il faudra la valoriser pleinement et en vivre concrètement, surtout au Liban.

 

Musulmans et chrétiens, nous avons à parcourir ensemble le chemin commun. Malgré les différentes conceptions de l'homme, de ses droits, et de la liberté, nous pouvons trouver ensemble les bases claires et précises d'une action commune pour le bien de nos sociétés et de nos pays. Les droits humains sont le terrain commun qui a le plus de chance de nous unir pour une étude sereine et une action commune. Le dialogue sera fructueux avec les personnes engagées à la défense des droits humains, de l'éthique fondée sur les principes de la nature humaine, de la famille, de la vie, et de l'État civique. Encourageons ce courant de personnes modérées et sincères. Nous avons réciproquement à veiller les uns au bien des autres. Construisons ensemble une ‘cité de communion'. 

 

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Dans les carrefours il serait souhaitable d'approfondir les domaines qui n'ont été que très peu abordés jusqu'ici : méthodes de catéchèse - renouveau de la liturgie - la modernité - contribution spécifique irremplaçable du chrétien - avenir des chrétiens du Moyen-Orient.

 

CONCLUSION

 

QUEL AVENIR POUR LES CHRÉTIENS DU MOYEN-ORIENT ?« NE CRAINS PAS, PETIT TROUPEAU! » (Lc 12, 32)

 

Les contextes actuels sont source de difficultés et de soucis. Animés par l'Esprit Saint et guidés par l'Évangile, nous les affrontons dans l'espérance, et la confiance filiale dans la Divine Providence. Nous sommes aujourd'hui un ‘petit reste', mais notre comportement et notre témoignage peuvent faire de nous une présence qui compte. Nous devons assumer notre vocation et notre mission de témoignage, au service de l'homme, de la société, et de nos pays. 

 

Nous devons travailler tous ensemble pour préparer une nouvelle aube au Moyen-Orient. Nous sommes soutenus par la prière, la compréhension et l'amour de tous nos frères et sœurs à travers le monde. Nous ne sommes pas seuls. Ce Synode nous l'a fait sentir très visiblement. Et comme l'a dit le représentant de la Fédération des Conférences épiscopales catholiques de l'Océanie : « Nous voulons que nos frères et sœurs du Moyen-Orient sachent que nous apprécions la Communion avec eux, et que nous nous engageons de rester solidaires avec eux, dans leurs espoirs et leurs souffrances, et que nous les soutiendrons par la prière et l'assistance pratique, dans les défis qu'ils affrontent aujourd'hui ».

 

 

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Une Église fraternelle et solidaire du monde entier.

 

La foi nous dit aussi que le Seigneur lui-même nous accompagne, et que sa promesse est toujours actuelle : « Je suis tous les jours avec vous et jusqu'à la fin des temps » (Mt 28, 20). Dieu est le Maître de l'histoire (cf. Benoît XVI, Homélie de la Messe inaugurale,10.10.10). Maintenant que le Synode sera bientôt terminé, commencera le vrai travail : l'annonce et la communication de tout ce que le Synode nous a apporté, et la mise en pratique de ses orientations et recommandations, par des structures appropriées et le suivi régulier de ce travail, dans une action pastorale coordonnée, pour en cueillir des fruits abondants, grâce à l'action de l'Esprit Saint. Nous en espérons beaucoup. « Et l'espérance ne déçoit pas, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné » (Rm 5, 2-5). « Ne crains pas petit troupeau », nous dit notre Seigneur. Pour y répondre il nous faut plus de foi, plus de communion, et plus d'amour. Ils seront porteurs de grâce, de force, de paix, de joie, de nombreuses vocations consacrées, et de sainteté. Implorons la Sainte Vierge Marie, si honorée et si aimée dans nos Églises, de modeler nos cœurs à l'exemple du cœur de son Fils, Jésus. Et accueillons son invitation : « Tout ce qu'Il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). 

 

 

Un grand merci à ZENIT qui m'a permis de réaliser ce travail d'information.

 

La Paix soit avec mes frères !  

 

Bernard Bonnejean

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SYNODE POUR LE MOYEN ORIENT IV

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Texte du Rapport après le débat

général

 

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II. LA COMMUNION ECCLÉSIALE

A. PARTICIPATION AU MYSTÈRE PASCAL : MORT ET RÉSURRECTION DU CHRIST

Le mystère de l'Église consiste dans son identité comme ‘Corps du Christ'. L'Église est essentiellement communion avec Jésus Christ : « Demeurez en moi, comme moi en vous [...] Je suis le cep, vous êtes les sarments » (Jn 15, 4-5). « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6, 56). Le Christ « est la Tête du Corps qui est l'Église » (Col 1, 18). Il nous unit à sa Pâque : Tous les membres doivent s'efforcer de lui ressembler « jusqu'à ce que le Christ soit formé en eux » (Ga 4, 19). « C'est dans ce but que nous sommes introduits dans les mystères de sa vie [...] associés à ses souffrances comme le corps à la tête, unis à sa passion pour être unis à sa gloire » (Lumen gentium,7). Il pourvoit à notre croissance (cf. Col 2, 9) : pour nous faire grandir vers lui, notre Tête (cf. Ep 4, 1-16), le Christ dispose dans son Corps, l'Église, les dons et les services par lesquels nous nous aidons mutuellement sur le chemin du salut. Le Christ et l'Église, c'est donc le « Christ total » L'Église est une avec le Christ. (cf. Catéchisme de l'Église catholique, 787-795)

 

Christ de Maurice Denis

La source et le modèle de la communion ne sont donc autres que la vie trinitaire de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. La participation des baptisés à la communion trinitaire crée la communion entre les personnes et les communautés. L'Église universelle est une communion d'Églises. L'Église réalise la communion au mystère pascal, la mort et la résurrection du Christ. La communion vit profondément l'unité dans la diversité, et la diversité dans l'unité. Ceci aidera à révéler la beauté des vénérables traditions de nos Églises, dans une communion profonde qui respecte les richesses particulières.

 Vue de Nazareth

La communion est la première nécessité dans la réalité complexe du Moyen-Orient, et le meilleur témoignage à nos sociétés. « Sans communion il n'y a pas de témoignage » (Benoît XVI). C'est une communion de foi et de charité qui nous lie avec l'Église universelle. Il nous faut approfondir une ecclésiologie de communion. Elle aidera aussi dans le dialogue œcuménique et interreligieux. Nous avons besoin de mieux valoriser, mieux comprendre, et mieux pratiquer l'unité de l'Église. Il est indispensable d'enseigner l'Église comme ‘communion', dans la catéchèse, les homélies, la formation des clercs, des religieux et religieuses, et des laïcs. La communion est appelée à être d'abord affective, avant de devenir effective. Il est important de cultiver un sens profond de la communion spirituelle, de l'appartenance à une même Église.

B. PARTICIPATION AU MYSTÈRE DE L'ÉGLISE : UNE, SAINTE, CATHOLIQUE ET APOSTOLIQUE

1. Communion au sein de l'Église catholique (ad intra)

La ‘communion' entre les Églises est le premier objectif et la première tâche du présent Synode. La communion est basée et nourrie par la Parole de Dieu, les sacrements et spécialement le baptême et l'Eucharistie, et l'union avec l'Évêque de Rome, successeur de Pierre. Nous sommes d'abord membres du même Corps du Christ, de la même Église, donc appelés à une étroite collaboration, et à un style de vie solidaire, charitable et fraternel. Les pasteurs doivent aider les fidèles à connaître, apprécier, aimer et vivre la beauté de la variété plurielle de l'Église, dans l'unité et la charité. Il nous faut annoncer et enseigner le sens de l'Église une, dans les églises, les écoles, les séminaires, le catéchisme, les maisons de formation, les mouvements, et toutes les institutions de nos Églises. L'utilisation des media est ici indispensable et très bénéfique.

  

La communion doit commencer au sein d'une même Église sui iuris. C'est pourquoi il faudra renforcer les structures de communion dans le Synode Patriarcal de chaque Église. Une expression concrète de cette communion serait la solidarité du personnel et des biens entre les diocèses. Il est souhaitable d'établir des structures de communion pour des projets pastoraux communs : un seul séminaire inter-rituel dans chaque pays, une pastorale commune dans la région pour les jeunes, la catéchèse, la famille, et tant d'autres domaines commun. Les Papes et le Saint-Siège appellent les Ordres, les Congrégations, et les Mouvements d'origine occidentale à adopter la langue, le rite et la liturgie du pays où elles exercent leur mission, et à s'insérer pleinement dans sa pastorale d'ensemble. Ceci assurera une majeure inculturation dans le patrimoine spirituel, patristique, liturgique, culturel et linguistique du lieu, pour renforcer la communion et le témoignage. Ils doivent soigneusement éviter de faire groupe à part.

 

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Saint Théodose,

archimandrite de Jérusalem  (Vème s.)

Les circonstances difficiles du moment présent sont un stimulant à une majeure cohésion entre les communautés chrétiennes, dépassant tout confessionnalisme, pour donner des réponses positives et constructives aux grands défis actuels. Le confessionnalisme et l'attachement exagéré à l'ethnie risquent de transformer nos Églises en des ghettos et de les enfermer sur elles-mêmes. Une Église ethnique ou nationaliste fait obstacle à l'œuvre de l'Esprit et est contraire à la mission universelle de l'Église. Nous avons besoin que toutes les Églises de notre région s'unissent dans la réflexion et l'action relatives à nos problèmes communs, comme les droits humains, et les autres sujets cruciaux. Les Communautés catholiques doivent collaborer ensemble. Une réunion périodique des Évêques de la région est à encourager. Le Conseil des Patriarches catholiques d'Orient pourra étudier ce sujet à sa prochaine Assemblée, et définir la date, le lieu, et la participation financière des membres. C'est un moyen puissant pour l'établissement d'une pastorale d'ensemble pour la région, et de rendre le Conseil des Patriarches plus présent et plus efficace. Une structure post-synodale devrait assurer le suivi de l'application de ce Synode dans la vie de nos Églises. On souhaiterait qu'elle soit en rapport avec le Saint-Père et le Saint-Siège.

 

Les relations inter-ecclésiales doivent être encouragées, pas seulement entre les Églises sui iuris du Moyen-Orient, mais aussi avec les Églises Orientales et avec l'Église latine de la diaspora, en étroite union avec le Saint-Père, le Saint-Siège, et les Représentants Pontificaux. Notre communion avec les Églises d'Occident a des racines historiques profondes. L'Europe doit sa foi aux Églises d'Orient (cf. Ac 16, 9-10). La vie monastique en Occident a été inspirée par le monachisme du Moyen-Orient. Aujourd'hui, l'Occident accueille et accompagne les communautés d'émigrants du Moyen-Orient, qu'elles soient d'ancienne ou de date récente. Nous leur sommes bien reconnaissants. Pour une meilleure communion, il faudra assurer au clergé latin en Occident une connaissance de base de la théologie sacramentaire et ecclésiologique des Églises Orientales. Et faire connaître aux fidèles latins la réalité et l'histoire des Églises Orientales.

 

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Sainte Eudoxie

Martyre de Constantinople (Vème s.) 

 

Quelqu'un a souhaité aussi que les Patriarches, de part leur identité de ‘Pères et Chefs' d'Églises sui iuris, qui font partie de la catholicité de l'Église catholique, soient ipso facto membres du Collège électeur du Souverain Pontife.

 

2. Communion entre évêques, clergé et fidèles

 

La communion doit se réaliser visiblement et pratiquement d'abord au sein de chaque Église. Et tout d'abord, il faut nous rappeler qu'elle ne peut se faire que sur la base des moyens spirituels : Eucharistie, prière et Parole de Dieu. Il faudra créer ou réactiver les structures de communion et de la pastorale. Le Code des Canons des Églises Orientales précise des structures de communion très précieuses. Commençons par les faire connaître et les mettre fidèlement en pratique. Il serait souhaitable de créer des conseils pastoraux inter-rituels.

 

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Saint Grégoire le décapolite

(IXème s.) 

 

Il est d'une importance capitale de valoriser le rôle des laïcs, hommes et femmes, et de leur participation dans la vie et la mission de l'Église. Que ce Synode devienne pour eux et pour toute l'Église un vrai printemps spirituel, pastoral et social. Il nous faut renforcer l'engagement des laïcs dans la pastorale commune de l'Église. La femme, consacrée et laïque, devrait y trouver sa place et sa mission appropriées.

 

Au niveau du clergé, la communion ecclésiale est à encourager. Des associations d'amitié et de spiritualité commune existent, et devraient être soutenues et renforcées. Le ministère des prêtres en équipe s'avère difficile, mais il ne faut en désespérer. Un Père Synodal a suggéré la création d'une ‘banque de prêtres', ou d'une association de ‘prêtres sans frontières' pour répondre aux besoins des Églises qui en manquent, dans un esprit de communion. La même chose pourrait se faire aussi au niveau des laïcs, sur la base du sacerdoce commun du chrétien. Les fidèles et toute l'Église de Dieu attend des pasteurs, des personnes consacrées, et des responsables des activités pastorales une vie plus conforme à la radicalité de l'Évangile. Sans ce rayonnement de sainteté, leur vie et leur action resteront stériles. Ils sont avant tout témoins et icônes vivantes du Christ.

 

Au niveau des religieux, religieuses, personnes consacrées, et mouvements ecclésiaux, nous avons le devoir de les accueillir, les encourager, les alimenter spirituellement, et de les intégrer toujours davantage dans la vie et la mission de l'Église. Il ne faut pas craindre les nouvelles réalités ecclésiales ni les écarter. Ils sont le don précieux et indispensable de l'action de l'Esprit Saint dans l'Église et le monde d'aujourd'hui. Nous avons à redécouvrir la valeur et les trésors de la vie monastique et contemplative, partie de nos terres. Les communautés de vie contemplative doivent être encouragées là où elles existent. Par la prière, nous pouvons préparer le terrain à l'action de l'Esprit pour susciter la vie contemplative là où elle n'existe pas. Les Ordres existant dans nos pays rendraient un service précieux à nos Églises en prenant l'initiative d'établir des communautés dans d'autres lieux ou pays. La vie religieuse et monastique est comme l'âme de l'Église.

 

3. Communion avec les Églises et les Communautés ecclésiales : Œcuménisme ( ad extra)

 

« Qu'ils soient un [...] afin que le monde croit » (Jn 17, 21). Cette prière du Christ doit être continuée par Ses disciples en tout temps. La division des chrétiens s'oppose à la volonté du Christ, constitue un scandale, et fait obstacle à l'annonce et au témoignage. La mission et l'œcuménisme sont étroitement liés. Les Églises catholiques et orthodoxes ont beaucoup en commun, au point que les Papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI parlent de « communion à peu près complète ». Ceci est à mettre en relief plus que les différences. De même il faudra mettre en relief et diffuser les réalisations positives dans le domaine de l'œcuménisme. En même temps, nous avons besoin de faire un examen de conscience sincère sur ce que nous avons omis de faire. 

 

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« La chiffonnière du Caire »

(1928-2008) 

 

Un effort sincère est nécessaire pour surmonter les préjugés, mieux se comprendre, et viser la plénitude de communion dans la foi, les sacrements et le service hiérarchique. Ce Synode devrait favoriser la communion et l'unité avec les Églises Sœurs Orthodoxes et les Communautés Ecclésiales. « Les divisions des chrétiens sont contraires à l'essence même de l'Église et constituent une pierre d'achoppement pour sa mission » (Cinquième Lettre des Patriarches catholiques d'Orient sur l'œcuménisme). Au niveau officiel, le Saint-Siège a assumé des initiatives envers toutes les Églises d'Orient, en collaboration avec les Églises orientales catholiques. Il est nécessaire et très utile de les faire connaître aux chrétiens de toutes les Églises de nos pays. Les media doivent y aider.

 

La Bible, Parole de Dieu, est le fruit d'un dialogue entre Dieu et l'humanité. C'est pourquoi elle devrait être une source privilégiée pour le dialogue avec les autres chrétiens, et les croyants des autres religions. Un dialogue de respect, de vie et d'amour, un dialogue de présent et d'un avenir commun. Il a été noté que l'œcuménisme passe actuellement par une crise. D'autre part, on ne peut nier les pas positifs importants qui ont été faits jusqu'aujourd'hui, par l'action et la grâce du Saint-Esprit. Ils sont raison et cause de confiance et d'espoir. Ils nous appellent à un engagement majeur, à la lumière de la Parole de Dieu. Il est urgent que l'œcuménisme soit un objectif primordial dans les Assemblées et les Conférences épiscopales. On a proposé la création d'une Commission œcuménique dans le Conseil des Patriarches catholiques d'Orient. Il faudra utiliser les media pour renforcer et vivifier l'œcuménisme. On pourrait penser à lancer et à soutenir des media chrétiennes œcuméniques. Un Congrès œcuménique dans chaque pays, pour étudier ensemble les résultats, les appels et les recommandations du Synode, serait très utile.

 

L'action œcuménique nécessite des comportements adéquats : la prière, la conversion, la sanctification, et l'échange réciproque des dons, dans un esprit de respect, d'amitié, de charité mutuelle, de solidarité et de collaboration. L'unité est avant tout l'œuvre de l'Esprit Saint et le don de l'amour du Christ à son Église. Ces attitudes sont à cultiver et à encourager, par l'enseignement et les médias. Il est souhaitable d'établir des commissions locales de dialogue œcuménique. L'étude de l'histoire des Églises orientales catholiques, tout comme celle de l'Église de tradition latine, permettrait de clarifier le contexte, la mentalité, et les perspectives liées à leur naissance. 

 

Nous avons à renforcer aussi les initiatives et les structures qui expriment et soutiennent l'unité, comme le Conseil des Églises du Moyen-Orient, et la Semaine de prière pour l'unité des chrétien. Il faut tout faire pour consolider le Conseil des Églises du Moyen-Orient, et l'aider à accomplir sa mission. La ‘purification de la mémoire' est un pas important dans la recherche de la pleine unité. Il est impérieux de collaborer ensemble pour une pastorale et des actions communes. Ainsi la coopération dans les études bibliques, théologiques, patristiques et culturelles, favorisera l'esprit de dialogue. Une action commune pourrait avoir lieu pour la formation d'experts en médias dans les langues locales. Dans l'annonce et la mission, on évitera soigneusement tout prosélytisme, et tout moyen opposé à l'Évangile. Il serait bon d'encourager l'œcuménisme de vie, en cherchant ensemble à mieux vivre notre foi. 

 

À plusieurs reprises, a été exprimé le souhait d'unifier les dates de Noël et de Pâques entre catholiques et orthodoxes. Il s'agit d'une nécessité pastorale, vu le contexte pluraliste de la région, et le nombre très important des mariages mixtes entre chrétiens de dénominations ecclésiales différentes. C'est aussi un témoignage puissant de communion...Comment y arriver? On souhaite aussi l'unification du texte arabe des prières principales, à commencer par le ‘Notre Père'. L'appel d'un Frère Délégué à instaurer une ‘fête des martyrs' à célébrer par tous les chrétiens, a été bien accueilli. Plusieurs Pères Synodaux ont évoqué l'impact positif aux plans œcuménique et interreligieux des écoles et Universités catholiques au Moyen-Orient. Certains Pères Synodaux ont exprimé le souhait que les Églises Orientales soient plus impliquées dans les dialogues œcuméniques entre le Saint-Siège et les autres Églises, et qu'elles y apportent leurs contributions particulières.

  

 

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Basilique Saint-Serge de Syrie

détruite par les Mongols au XIIIème s. 

 

Le dialogue est un moyen essentiel de l'œcuménisme. Il requiert une attitude positive de compréhension, d'écoute, et d'ouverture à l'autre. Ceci aidera à surmonter les méfiances, et à travailler ensemble pour développer les valeurs religieuses, et collaborer aux projets d'utilité sociale. Les problèmes communs doivent être abordés ensemble. La répétition du baptême des catholiques par les orthodoxes reste une cause de souffrance et d'affaiblissement de la marche vers l'unité. On favorisera la collaboration œcuménique pratique dans la diakonia de service et de charité. On souhaite l'élaboration d'un manuel-guide pour l'action œcuménique, adapté à la région ou au pays. Le dialogue théologique et le dialogue de la diakonia, devront se fonder sur le dialogue spirituel, la prière, et se traduire sans cesse dans le dialogue de vie. On évitera soigneusement tout prosélytisme, et l'utilisation de tout moyen opposé à l'Évangile. Peut-être pourrait-on établir un protocole entre les Églises s'engageant à éviter toute forme de prosélytisme. 

 

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Le Christ enseignant

Église Melkite

 

Dans la prière, la réflexion, l'étude, et la docilité à l'action du Saint-Esprit, nous devons chercher de répondre à la demande du Vénérable Pape Jean-Paul II, dans son Encyclique Ut unum sint [« Qu’ils soient un »] (25.05.1995), de proposer une forme nouvelle d'exercice de la primauté, qui ne porte pas atteinte à la mission de l'Évêque de Rome, et qui soit inspirée par les formes ecclésiales du premier millénaire. Si le Saint Père le souhaite, il pourrait charger une commission pluridisciplinaire pour l'étude de ce délicat sujet.

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Linda illustrée par le Fougerais Dominique Bourcier

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Les chaussonniers au service du Québec

 

N'ayez crainte : il est hors de question de vous priver de la totalité du rapport général du synode ! Mais vous avez quand même le droit à une belle récréation. Vous connaissez déjà Linda Pyontka Reeves. Vous avez apprécié son style « maternel ». Il y a une semaine, elle m'a offert une œuvre d'un tout autre genre. Et comme dit l'évangile : on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres. J'ai donc demandé à Dominique Bourcier, le photographe de l'écureuil fougerais, de confectionner pour vous un récipient qui ne crèvera pas à l'acidité du précieux liquide. 

J'ai eu l'honneur de rencontrer Dominique Bourcier (alias dominiqueb ou Louis-Bertrand Henri) chez un ami commun, installé depuis peu à Fougères, le « pays des chaussonniers ». Je vous en reparlerai en même temps que j'aborderai pour vous l'une de ses célébrités littéraires : Jean Guéhenno. Dominique Bourcier est déjà très apprécié sur facebook où je l'ai connu grâce à une amie commune, Frédérique Notez, une belle poétesse bruxelloise qui fera le deuxième chapitre de la série sur les poétesses francophones de FB

 

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Dominique Bourcier, l'écureuil fougerais, 

c'est lui ? Non, et alors !

 

Dominique Bourcier est employé de banque. Peu importe laquelle, quoique chacun sache où les écureuils engrangent leurs réserves. Personnage affable et simple, cet ancien conseiller municipal se dit lui-même à l'écoute de tous, ouvert à tous, curieux de tout, et je puis vous affirmer que cette réputation n'est ni autoproclamée ni usurpée. Il a eu la gentillesse de se rendre à domicile avec son ordinateur et j'ai pu, à loisir et ad libitum, y fouiner pour y découvrir des merveilles, bien connues aujourd'hui des amateurs qui puisent de quoi embellir leurs textes sur FB. 

Vous êtes donc invités à découvrir une nouvelle Linda Pyontka Reeves, dont la force imaginative sera un peu nuancée par la lumière discrète du sépia de Dominique Bourcier. J'avoue ne pas avoir cherché à faire coïncider le texte et l'iconographie. Encore que l'un et l'autre cherchent en l'homme sa nature véritable. Et où trouver le sens de l'homme autre part que dans la mémoire des pierres et de la mer éternelle ou à Paris où se mêlent à loisir le meilleur et le pire. Peu importe du reste : le sucré-salé et l'aigre doux ont toujours été appréciés des gourmets.  Alors : bon appétit.

 

Bernard Bonnejean

 

La légende des âmes-sœurs

De la mer à la terre, il a nagé,

ensuite il a marché.

Il a découvert le feu,

S’est fabriqué des outils.

 

 Il vécut en groupe, apprit à chasser pour se nourrir, se vêtir,

en harmonie avec la nature.

 

 



33847 441365729798 182390859798 4932290 2905797 n 

 

Tout comme l'animal,

il n’était qu’instinct,

pas encore tout à fait humain.

 

Par une nuit sans lune leur destin fut scellé,

le ciel s'ouvrit,

une intense lumière éclaira une femme en couche ;

l'enfant délivré, l'univers fit un don :

la femme dota le nouveau-né d'une âme,

une âme pure,

une âme sans malice.

 

Soudain le ciel se couvrit,

le tonnerre gronda,

et le néant s'ouvrit chassant la lumière.

 

40874 444662369798 182390859798 4994330 446918 n

 

La femme hurla,

un deuxième enfant s'annonçait,

une deuxième petite fille jaillit de son corps avec violence ;

le néant cracha une ombre noire qui fondit sur elle,

 

Le ciel se referma.

Le calme revint…

 

15 ans dans la plus totale confusion !

Le bien et le mal s'affrontaient chaque jour.

Leurs serviteurs dénués d'âme se transformaient

doucement,

lentement.

 

A chaque orage, ils contemplaient le ciel

dans la crainte et l’espoir de voir un autre miracle.

 

Les-marchands-du-temple-copie-1.jpg

 

La nuit, anniversaire des jumelles, on se livra à un étrange rituel.

 

Les deux filles s'affrontèrent par le langage du corps, la danse :

celle qui s'épuiserait la première devrait partir pour toujours.

Ce duel durerait des heures,

sans violence.

 

Au lever du soleil, on s'installa près d'un feu,

un feu énorme alimenté pour brûler éternellement.

 

Devant les joueurs de phalange sifflante et de trompe en terre cuite,

les jumelles se faisaient face.

Akenza, les bras tendus vers le soleil, se mit à onduler,

feignit de le supplier, de l'attraper.

 

Balançant enfin les mains,

d’un mouvement fluide, elle le lança dans la foule.

 

 Akenza dansait la vie, mimait l'espoir.

Les yeux fermés, elle tournait, virevoltait ;

elle n'était plus elle, mais ce qu'elle dansait.

 

Lhiva gambadait en gargouillade,

se faisant féline.

 

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Victime, elle se fait chasseresse, montre les dents,

attrape sa proie, la maintien au sol, mime la mise à mort,

la joie perverse d'avoir tué, d'avoir vaincu.

 

 Lhiva danse la mort.

 

Elle se balance langoureusement :

les mains tendues, elle réclame son amant le néant.

 

La nuit est tombée ; les jumelles dansent  toujours,

ni la fatigue ni la faim ne semble les ralentir.

 

 Dans la foule un homme semble hypnotisé par Akenza,

qui désormais ne semble danser que pour lui.

 

 Lhiva les regarde avec colère, avec haine :

ce mâle est à elle, elle veut ce grand chasseur, ce dominant.

qui lui a toujours préféré sa jumelle.

 

 D'un bond, la voilà devant sa sœur.

Lhiva lui ouvre les bras, l'invite à la rejoindre.

 

Akenza, tout heureuse, d’un pas gracieux s'élance dans les bras tendus.

 

La fine aiguille dissimulée dans la main de Lhiva lui transperce le cœur.

Les yeux écarquillés, Akenza entraine sa sœur dans sa chute.

 

Un cri de désespoir monte de la foule ;

la mère folle de désespoir se jette sur ses jumelles entrelacées

et transperce Lhiva d’un coup d’aiguille.

 

Nées le même jour, elles mourront le même jour.

 

33847 441365739798 182390859798 4932292 6697746 q

 

Soudain le tonnerre gronda et il se mit à pleuvoir des larmes de sang.

Le ciel s'ouvrit comme au premier jour.

 

 Un être de lumière apparut , majestueusement vêtu de blanc.

 

Descendu parmi eux, on raconte qu’il leur parla longuement du bien et du mal.

 

 Il leur dit aussi qu'il avait créé toute chose,

que l'homme, son plus grand miracle, il le destinait à gouverner la terre.

 

« Les âmes de ces deux sœurs ne forment plus qu’une.

En chaque être se mêleront bien et mal.

Vous serez libre de votre choix.

Je reste près de vous ; mon amour pour vous est infini.

Soyez bons les uns envers les autres,

vivez en harmonie avec la nature.

Le respect et l'amour alimenteront le feu qui brûle en vous ;

il éloignera l'ombre et unifiera vos âmes. »

 

Il les bénit avant de disparaître.

 

Sept jours durant, la terre fut plongée dans un profond sommeil.

Le septième jour, les hommes n’avaient plus qu’une âme.

 

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Leur vie changea,

des amours naissaient,

des rires fusaient au milieu des discordes.

 

L'homme était vraiment homme,

Parlant, aimant, détestant.

 

La grande aventure de la vie commençait...

 

© Linda Pjontka Reeves

Crédit photographique Dominique Bourcier

 

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Reproduction des textes et des photos interdite.

Dominique Bourcier est adhérent et collaborateur à Artabus. Il lui arrive de travailler en collaboration avec Laurent Pradat dit AUPRA. Son matériel : un Canon EOS 500 D.

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SYNODE POUR LE MOYEN ORIENT III

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Texte du Rapport après le débat

général

.../...

 

I. LA PRÉSENCE CHRÉTIENNE AU MOYEN-ORIENT

B. LES DEFIS AUXQUELS SONT CONFRONTES LES CHRETIENS

1. Les conflits politiques dans la région
 

 

Les situations politico-sociales de nos pays ont leur répercussion directe sur les chrétiens, qui en sentent plus fortement les conséquences négatives. Tout en condamnant la violence d'où elle vient, et en appelant à une solution juste et durable du conflit israélo-palestinien, nous exprimons notre solidarité avec le peuple palestinien, dont la situation actuelle favorise le fondamentalisme. Nous demandons à la politique mondiale de tenir suffisamment compte de la tragique situation des chrétiens de l'Irak, qui sont la principale victime de la guerre et de ses suites.

 

Camp de réfugiés palestiniens Galerie photo

Camp de réfugiés palestiniens

 


Selon les possibilités disponibles dans chaque pays, les chrétiens ont à favoriser la démocratie, la justice et la paix, et la laïcité positive dans la distinction entre religion et État, et le respect de chaque religion. Une attitude d'engagement positif dans la société est la réponse constructive et pour la société et pour l'Église. Les Églises d'Occident sont priées de ne pas prendre le parti des uns en oubliant le point de vue et les conditions des autres.



2. Liberté de religion et liberté de conscience

 
Les droits humains sont la base qui garantit le bien de la personne humaine intégrale, critère de tout système politique. La liberté religieuse est une composante essentielle des droits de l'homme. Le manque de liberté religieuse est le plus souvent associé à la privation des droits fondamentaux. La liberté de culte est un aspect de la liberté religieuse. Dans la plupart de nos pays, elle est garantie par les constitutions. Mais même là, dans quelques pays, certaines lois ou pratiques en limitent l'application.

 

 Eglises et Mosquées du Centre Ville de Beyrouth

Eglises et Mosquées du Centre Ville de Beyrouth

 


L'autre aspect de la liberté religieuse est la liberté de conscience, basée sur le libre choix de la personne. La liberté de conscience est affirmée dans la ‘Déclaration Universelle des Droits de l'Homme' (10.12.1948, article 18), et ratifiée par la plupart des États de notre région. La liberté religieuse n'est pas un relativisme qui considère toutes les croyances égales. Elle est la conséquence du devoir que chacun a d'adhérer à la vérité, par un choix convaincu de conscience, et en respect à la dignité de chaque personne. Avec toutes les personnes de bonne volonté, l'Église s'efforce de promouvoir le pluralisme dans l'égalité. L'éducation dans ce sens est un apport précieux au progrès culturel du pays, pour plus de justice et d'égalité devant le droit.

 
La liberté religieuse comporte aussi le droit à l'annonce de sa foi, qui est un droit et un devoir de toute religion. L'annonce pacifique est très différente du ‘prosélytisme' que l'Église condamne fermement dans toutes ses formes. Selon la Wikipedia, « le terme prosélytisme vient du mot prosélyte, du latin ecclésiastique ‘proselytus', du grec προσήλυτος (prosêlutos), et qui signifie ‘nouveau venu (dans un pays)'. Dans le Nouveau Testament, ce terme est couramment utilisé pour désigner une personne venue du paganisme, qui se rapproche du monothéisme juif puis chrétien (cf. Mt 23, 15; Jn 12, 20; Ac 2, 10; etc.). Le prosélytisme désigne donc l'attitude de ceux qui cherchent à susciter des prosélytes, de nouveaux adhérents à leur foi. Par extension, cela désigne le zèle déployé en vue de rallier des personnes à une doctrine. Le terme a aujourd'hui une connotation négative dans son utilisation lorsqu'il  réfère aux activités religieuses ou politiques ». Il faut noter que ce sens s'applique à ces activités lorsqu'elles utilisent des moyens malhonnêtes ou frauduleux, ou abusent de leur autorité, de leur richesse ou de leur puissance pour attirer de nouveaux adeptes. L'annonce que l'Église réclame est au contraire la proclamation et la présentation sereine et pacifique de la foi en Jésus-Christ.



3. Les chrétiens et l'évolution de l'Islam contemporain

 

 

 


À partir des années 1970, nous constatons dans la région la montée de l'Islam politique, qui comprend différents courants religieux. Il affecte la situation des chrétiens, surtout dans le monde arabe. Il veut imposer un mode de vie islamique à tous les citoyens, quelquefois par la violence. Il constitue donc une menace pour tous, et nous devons ensemble affronter ces courants extrémistes. 



4. L'émigration

 
L'un des grands défis qui menacent la présence des chrétiens dans quelques pays du Moyen-Orient. Ce sujet qui est une préoccupation commune à toutes les Églises, devrait être pris en considération dans une concertation œcuménique. Les causes principales de ce phénomène préoccupant sont les situations économiques et politiques, la montée du fondamentalisme, et la restriction des libertés et de l'égalité, fortement aggravées par le conflit israélo-palestinien et la guerre de l'Irak. Les jeunes, les personnes instruites, et les gens aisés, sont les plus nombreux à partir, privant l'Église et le pays des ressources les plus valables. L'émigration est devenue un phénomène général qui touche les chrétiens et les musulmans. Elle prive nos Églises et nos pays des éléments valables et modérés. Elle pourrait constituer un sujet de dialogue sincère et franc avec les musulmans, sur les raisons qui poussent à partir, surtout pour les chrétiens.

 

Chrétiens d'Irak molestés par

des extrémistes


D'autre part, il faut favoriser les conditions qui encouragent le choix de rester. Il revient aux responsables politiques d'affermir la paix, la démocratie et le développement, pour favoriser un climat de stabilité et de confiance. Les chrétiens, avec toutes les personnes de bonne volonté, sont appelés à s'engager positivement à la réalisation de cet objectif. Une plus grande sensibilisation des Instances internationales au devoir de contribuer au développement de nos pays aiderait beaucoup dans cette ligne.

De nombreuses interventions ont fait valoir les relations très positives entre les Communautés catholiques orientales dans la diaspora et l'Église latine locale des pays d'accueil. Ainsi aux États-Unis, en Océanie, en Australie, et dans beaucoup de pays de l'Europe. Les chrétiens qui arrivent du Moyen-Orient frappent à la porte des cœurs de leurs frères et sœurs en Occident, et réveillent leur conscience chrétienne. Nos Églises sont très reconnaissantes aux Églises des pays d'accueil pour l'aide précieuse qu'elles apportent à nos fidèles émigrés. Les Pères Synodaux ont attiré l'attention sur la nécessité et l'importance de faire connaître aux chrétiens d'Europe les causes qui font que des milliers et des millions de chrétiens laissent le Moyen-Orient. Un Vicaire Patriarcal oriental pourrait être nommé pour la coordination de la pastorale pour les fidèles de son Église dans la diaspora.

 

 

Lieu de culte protégé en Irak

 
Les Églises d'accueil devraient aider les émigrés à avoir leurs structures : paroisses, écoles, centre de rencontre, et autres. Ceci nécessite des structures d'accueil, d'encadrement social et culturel, et d'accompagnement. La plupart des diocèses d'accueil ont une pastorale appropriée pour les émigrés, avec un volet spécial pour les communautés orientales. Avec gratitude nous apprécions beaucoup ce souci louable et cette attention solidaire. Les chrétiens d'Occident exprimeront efficacement leur soutien aux chrétiens du Moyen-Orient en venant en aide à leurs confrères d'Orient et en les soutenant.


Les Églises d'accueil, dans leurs normes et leurs pratiques sacramentaires et administratives, sont aussi invitées à connaître et à respecter la théologie, les traditions et les patrimoines orientaux. L'un des rôles des Églises d'accueil est aussi d'accompagner les émigrés, accablés par le souvenir douloureux d'actes humiliants et offensifs, dans une démarche de pardon. Ces Églises agiront pour que leurs pays prennent les mesures appropriées pour garantir le respect, la dignité et les droits de la personne humaine et de la famille. Celle-ci doit pouvoir rester unie, et trouver le nécessaire pour une vie digne et agréable à Dieu.

 

 

Kerala08.41.jpg

 

Eglise Syro-Orthodoxe-Francophone


Les Églises du Nord d'Afrique souhaitent la collaboration avec les Églises du Moyen-Orient et la présence de prêtres arabes pour renforcer le dialogue avec les musulmans. L'Église catholique latine du Maghreb vit dans un contexte pluriel et œcuménique satisfaisant. Les Églises latines du Golfe ont expliqué la situation complexe spéciale dans laquelle elles se trouvent, et qui leur fait adopter des structures et un style pastoral qui apparaissent restrictifs. Elles affirment faire le maximum pour répondre aux besoins immenses des émigrés, dans les limites des possibilités civiles et religieuses contraignantes.

 
Les Pères Synodaux sont revenus avec insistance et fréquence sur le besoin de l'extension de la juridiction des Patriarches sur les fidèles de leur rite en dehors du territoire de l'Église Patriarcale sui iuris. Ils souhaitent ardemment le passage du concept territorial au concept personnel. La limitation de la juridiction du Patriarche aux fidèles de son Église sui iuris est logique, mais à une dimension des personnes et non du territoire. Comment peut-on être ‘Père et Chef' de personnes soustraites à la tête? Cette extension de juridiction se pose dans le cadre de l'adaptation pastorale du service des fidèles orientaux dans la diaspora. La communion est une relation personnelle, animée par le Saint-Esprit. Cette perspective est très importante pour le dialogue œcuménique et la marche vers l'unité parfaite. 


L'émigration constitue aussi un soutien notable aux pays et aux Églises. L'Église du pays d'origine doit trouver les moyens de maintenir des liens étroits avec ses fidèles émigrés, et assurer leur assistance spirituelle. Il est indispensable d'assurer la Liturgie, dans leur rite, aux fidèles des Églises orientales qui se trouvent dans un territoire latin. La liquidation des propriétés dans la patrie est fortement regrettable. La conservation ou l'acquisition de biens fonciers encouragerait à y retourner. La terre affirme et renforce l'identité et l'appartenance, et celles-ci réclament l'enracinement dans la terre. Les communautés de la Diaspora ont le rôle d'encourager et de consolider la présence chrétienne en Orient, en vue de renforcer son témoignage et de soutenir ses causes, pour le bien commun du pays. Une pastorale appropriée doit prendre soin de l'émigration intérieure dans chaque pays.

 

5. L'immigration chrétienne internationale au Moyen-Orient

 


Les pays du Moyen-Orient connaissent un nouveau phénomène important : l'accueil de très nombreux travailleurs immigrés Africains et Asiatiques, dont la majorité sont des femmes. Ils se retrouvent dans une atmosphère de prédominance musulmane, et quelquefois avec peu de possibilité pour la pratique religieuse. Beaucoup se sentent abandonnés, affrontés à des abus et des mauvais traitements, à des situations d'injustice, et d'infractions aux lois et aux conventions internationales. Quelques émigrants changent de nom pour être mieux acceptés et aidés.

 

immigration illegal au maroc, melilla, melilla espagne, olivier maroc
 

  Emigrés noirs au Magreb


Nos Églises doivent faire un effort plus important pour les aider, par l'accueil, l'accompagnement, et l'assistance humaine, religieuse et sociale. Dans chacun de nos pays, nos Églises catholiques doivent établir à leur intention une pastorale appropriée, dans une action coordonnée entre les Évêques, les Congrégations religieuses, et les Organisations sociales et de bienfaisance. Ceci demande aussi une coopération entre les instances catholiques du lieu, et la hiérarchie des Églises de provenance. 



C. RÉPONSE DES CHÉTIENS DANS LEUR VIE QUOTIDIENNE

 



Le témoignage chrétien à tous les niveaux est la réponse principale dans les circonstances où vivent les chrétiens. Le perfectionnement de ce témoignage, en suivant toujours plus Jésus-Christ, est une exigence requise à tous les niveaux : clergé séculier, Ordres, Congrégations, Instituts et Sociétés de vie apostolique, mais aussi laïcs, selon la vocation propre à chacun. La formation du clergé et des fidèles, les homélies et la catéchèse doivent approfondir et renforcer le sens de la foi, et la conscience du rôle et de la mission dans la société, comme traduction et témoignage de cette foi. Un renouveau ecclésial est à réaliser : conversion et purification, approfondissement spirituel, détermination des priorités de la vie et de la mission.

 
Un effort spécial doit être accordé à découvrir et à former les ‘cadres' nécessaires à tous les niveaux. Ils doivent être un modèle de témoignage pour soutenir et encourager leurs frères et sœurs, surtout dans les temps difficiles. Il est opportun aussi de former des cadres à la présentation du Christianisme tant aux chrétiens, peu en contact avec l'Église ou loin d'elle, qu'aux non-chrétiens. La qualité des cadres est plus importante que le nombre. La formation permanente est indispensable. Une attention particulière doit être accordée aux jeunes, force du présent et espérance de l'avenir. Les chrétiens doivent être encouragés à s'engager dans les institutions publiques pour la construction de la cité.

 

 

 

Le danger qui menace les chrétiens du Moyen-Orient ne vient pas seulement de leur situation de minorité, ni des menaces extérieures, mais surtout de leur éloignement de la vérité de l'Évangile, de leur foi et de leur mission. La duplicité de la vie est plus dangereuse pour le christianisme que n'importe quelle autre menace. Le vrai drame de l'homme n'est pas qu'il souffre à cause de sa mission, mais qu'il n'ait plus de mission, et ainsi perde le sens et le but de sa vie. Même dans les situations difficiles et tragiques, la réponse chrétienne dans la vie quotidienne sera l'engagement pastoral, les œuvres de charité, et les initiatives culturelles et éducatives de grande qualité. Des exemples concrets illustrent cet engagement, comme en Turquie et ailleurs

 

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SYNODE POUR LE MOYEN ORIENT II

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

Texte du Rapport après le débat

général

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I. LA PRÉSENCE CHRÉTIENNE AU MOYEN-ORIENT

A. SITUATION DES CHRÉTIENS AU MOYEN-ORIENT

1. Bref regard historique : unité dans la multiplicité

 

C'est de l'Orient que la lumière du Christ est arrivée. Et le Christ reste toujours le vrai Soleil invincible qui ne connaît pas d'éclipse. Le visage du Christ brille comme le soleil (cf. Mt 17,2), et illumine toute l'histoire de l'humanité. L'Église de Jérusalem, née le jour de la Pentecôte, fut la source de toutes les Églises particulières. De Jérusalem, de l'Orient, sont nées nos Églises et toutes les Églises du Christ. Le christianisme a ses racines en Orient, il y a grandi et de là s'est répandu en Occident, et jusqu'aux extrémités de la terre. La conversion de S. Paul a eu lieu à Damas, d'où il est parti en Arabie, et est devenu ‘l'Apôtre des Nations'. 

 

 

Les Églises se sont multipliées, mais étaient unies par la Parole de Dieu, les sacrements et l'enseignement des Apôtres. L'unité est une composante essentielle du chrétien et de l'Église du Christ : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avaient un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32). 


Malheureusement, suite à des conflits au cours de son histoire, l'Église connut de multiples divisions. Des études historiques et théologiques approfondies sont nécessaires pour mieux comprendre ces évènements tragiques et promouvoir ainsi le dialogue œcuménique.



2. Communautés apostoliques dans une terre apostolique

 

"Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création" (Mc 16, 15). Telles sont les paroles de Jésus au moment de quitter ses disciples. Jésus prend l'initiative de faire confiance à ses Apôtres qui n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité : "Allez ! Proclamez!" Jésus n'a pas commandé seulement aux Apôtres d'annoncer l'Évangile, mais de l'annoncer dans le monde entier. Telle est la mission de l'Église. Être chrétien c'est être missionnaire. On n'est pas chrétien si l'on n'est pas missionnaire. L'annonce est un devoir de l'Église et du chrétien. L'annonce respectueuse et pacifique n'est point prosélytisme.

 

Les saints apôtres

 

Les Apôtres et l'Église naissante sur nos terres ont été fidèles à ce commandement du Maître, portant la foi en Jésus-Christ jusqu'aux extrémités de la terre, souvent au prix du martyre. Leur sang fut la semence de nombreuses Églises. Les premières Églises sont le fruit de la mort et de la résurrection du Christ. Nos Églises ont été à l'avant-garde des missions. De part leurs racines et leurs histoires missionnaires, nos Églises sont ouvertes à l'oikouméné, à l'universalité, en tant que plateformes où se rencontrent l'Orient et l'Occident.


À nous aussi, Jésus nous demande aujourd'hui de continuer l'action des Apôtres et de nos Églises d'origine. Jésus ne cesse d'envoyer son Église, de nous envoyer : « Allez dans le monde entier ». Nous sommes donc envoyés en mission dans le monde de notre école, de notre village, de notre travail, de notre pays, et de toute la planète. Jésus ne nous demande pas de prouver, de convaincre, il nous demande simplement de témoigner avec joie et force de notre foi.

 

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Thérèse de Lisieux,

patronne des Missions

Eglise Saint-Etienne de

Noisy-le-Sec.


L'Église est donc essentiellement missionnaire de par sa nature (cf. Ad gentes, 20). L'annonce de l'Évangile et l'annonce du Christ à tous les peuples est un devoir suprême de nos Églises et de toutes les Églises. Nos Églises ont besoin d'une conversion missionnaire, pour vivifier en nous le sens, l'ardeur, l'élan et le dynamisme missionnaires. L'action missionnaire doit retrouver sa place dans la vie de nos Églises Orientales. Nous devons y retrouver l'engagement renouvelé à l'évangélisation, tant à l'intérieur de nos pays qu'à l'extérieur. « Malheur à moi si je n'évangélise pas » (1 Cor 9, 16). La ‘mission' et ‘l'annonce' doivent trouver leur place dans nos Églises, selon les possibilités concrètes dans chaque pays.


Et pour cela, la formation missionnaire de nos fidèles, et surtout de nos responsables de la vie de l'Église, est indispensable. À plus forte raison, l'« être missionnaire » doit être strictement lié à la vocation et au ministère du prêtre. Il est souhaitable d'établir un Institut de formation missionnaire, au moins un dans la région. Il nous faut surtout soutenir la mission et les missionnaires par la prière.




3. Rôle des chrétiens dans la société, malgré leur petit nombre 

 
Les chrétiens du Moyen-Orient sont des ‘citoyens indigènes'. Ils appartiennent de plein droit au tissu social et à l'identité même de leurs pays respectifs. Il faut renforcer cette conviction dans l'âme des pasteurs et des fidèles, pour les aider à vivre avec sérénité, force, et engagement dans leur patrie.

 

 

Mgr Boulos Borkhoche avec le Père Adwan Khalil  


Les Pères Synodaux ont beaucoup parlé des conditions qui favorisent la vie des chrétiens dans nos pays. Le contexte sociopolitique est un facteur important dans ce domaine. La laïcité positive fut évoquée comme facteur favorable. Mais le terme lui-même n'est pas bien accepté dans nos milieux. Il est suspect d'athéisme ou du moins de laïcisme écartant la dimension religieuse et l'ouverture à Dieu et à l'absolu. On lui préfère le terme ‘État civique'. Les émigrés se trouveront cependant confrontés au terme ‘laïcité'. Le terme ‘citoyenneté' est aussi problématique, vu que sa conception est plus restreinte en Orient qu'en Occident.


L'État civique désigne un système sociopolitique basé sur le respect de l'homme et de sa liberté, sur les droits qui lui sont inhérents de par sa nature humaine, sur l'égalité et la citoyenneté complète, et sur la reconnaissance du rôle de la religion même dans la vie publique, et sur les valeurs morales. Ce système reconnaît et garantit la liberté religieuse, liberté de culte aussi bien que liberté de conscience. Il distingue entre l'ordre civil et l'ordre religieux, sans domination de l'un sur l'autre, et dans le respect de l'autonomie de chacun. La religion ne doit pas être politisée, ni l'État se prévaloir de la religion.


Une présence de qualité est requise pour qu'elle puisse avoir un impact réel et efficace sur la société. Ceci nécessite pour les pasteurs, mais aussi des fidèles et surtout des jeunes, une formation solide sur les plans doctrinal, spirituel et social. Nos Églises doivent réveiller l'audace de l'engagement des fidèles à une présence visible et incisive dans la vie publique, dans l'administration, dans la fonction publique, dans les partis démocratiques pluriconfessionnels, se rendant ‘indispensables' par la qualité, l'efficacité et la capacité de servir honnêtement le bien commun. Ce qui compte n'est pas le nombre des personnes dans l'Église, mais qu'ils vivent leur foi et puissent effectivement transmettre un message. Ici, la famille a un rôle essentiel dans la l'éducation de ses enfants dans cet esprit et cette perspective.


Il est important aussi de former les esprits à la ‘citoyenneté', pour qu'elle soit inculquée dans les mentalités et le style de vie. Les media modernes (textos, website, internet, télévision, radio) ont une place importante dans ce domaine. Elles fournissent un moyen puissant et précieux pour propager le message chrétien, affronter les défis qui sont en opposition à ce message, et communiquer avec les fidèles de la diaspora. Des cadres spécialisés sont à former dans ce but. Les chrétiens orientaux doivent s'engager pour le bien commun, dans tous ses aspects, comme ils l'ont toujours fait.

 

 

 

 Un journaliste athée converti au catholicisme

Vidéo

 

Par la présentation de la Doctrine sociale de l'Église, dont l'absence a été notée, nos communautés offrent un apport valable pour la construction de la société. La promotion de la famille et la défense de la vie devraient occuper une place principale dans l'enseignement et la mission de nos Églises. L'éducation est un domaine privilégié de notre action et un investissement majeur. Dans la mesure du possible, nos écoles pourraient aider davantage les moins favorisés. Malgré de nombreux sacrifices, elles constituent un peu le centre de notre présence dans la cité, en tant qu'endroits privilégiés, parfois les seuls, pour une convivialité positive et constructive, œcuménique et interreligieuse. Elles promeuvent et renforcent les valeurs évangéliques et humaines de droits humains, de non-violence, de dialogue, d'ouverture, d'harmonie et de paix. Dans quelques pays elles sont le seul lieu de la formation chrétienne. Elles sont à maintenir à tout prix. Nous remercions tous ceux qui nous aident à y parvenir. Par ses activités sociales, de la santé, et caritatives, accessibles à tous les membres de la société, nos Églises collaborent visiblement au bien commun. 


Pour assurer sa crédibilité évangélique, l'Église doit prendre les moyens pour garantir la transparence dans la gestion de l'argent, en distinguant clairement ce qui lui appartient et ce qui est propre au personnel de l'Église. Des structures appropriées sont requises en vue de cela.

 

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SYNODE POUR LE MOYEN ORIENT I

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Texte du Rapport après le débat

général

 

Du 10 au 24 octobre s'est tenu, au Vatican, le synode des évêques pour le Moyen-Orient qui avait pour but d'aider les communautés chrétiennes divisées à s'unir pour aider les plus pauvres de la région.

 

 

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Notons la présence de dignitaires invités, musulmans et judaïsants, intéressés au premier chef par les décisions de ce synode catholique. Sont intervenus au cours de ces travaux extrêmement importants pour l'avenir de l'Eglise et celui des pays concernés :

 

- S. Ém. le Card. William Joseph LEVADA, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CITÉ DU VATICAN)
- S. Exc. Mgr Krikor-Okosdinos COUSSA, Évêque d'Alexandrie des Arméniens (RÉPUBLIQUE ARABE D'ÉGYPTE)
- S. Exc. Mgr Yasser AYYASH, Archevêque de Petra et Philadelphie en Arabie des Grecs-Melkites (JORDANIE)
- S. Exc. Mgr Mansour HOBEIKA, Évêque de Zahleh des Maronites (LIBAN)
- Corév. Yusuf SAǦ, Exarque patriarcal d'Antioche des Syriens (TURQUIE)
- S. Exc. Mgr Angelo AMATO, S.D.B., Archevêque titulaire de Sila, Préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints (CITÉ DU VATICAN)
- Rév. Mgr Mikaël MOURADIAN, Vicaire patriarcal pour l'Institut du Clergé patriarcal de Bzommar (LIBAN)
- S. Exc. Mgr Joseph SOUEIF, Archevêque de Chypre des Maronites (CHYPRE)
- S. Exc. Mgr Cyril VASIL', S.I., Archevêque titulaire de Ptolémaïs de Libye, Secrétaire de la Congrégation pour les Églises orientales (CITÉ DU VATICAN)
- S. Exc. Mgr Joseph ABSI, S.M.S.P., Archevêque titulaire de Tarse des Grecs-Melkites, Évêque auxiliaire et Protosyncelle de Damas des Grecs-Melkites (SYRIE)
- S. Exc. Mgr Georges BAKAR, Archevêque titulaire de Pelusio des Grecs-Melkites, Évêque auxiliaire et Protosyncelle d'Antioche des Grecs-Melkites pour l'Égypte et le Soudan (RÉPUBLIQUE ARABE D'ÉGYPTE)
- S. Exc. Mgr Simon ATALLAH, O.A.M., Évêque de Baalbek - Deir El-Ahmar des Maronites (LIBAN)
- S. Exc. Mgr Jacques ISHAQ, Archevêque titulaire de Nisibe des Chaldéens, Évêque de Curie de Babylone des Chaldéens (IRAQ)
- S. Exc. Mgr Jean-Clément JEANBART, Archevêque d'Alep des Grecs-Melkites (SYRIE)
- S. Exc. Mgr Michel ABRASS, B.A., Archevêque titulaire de Myra des Grecs-Melkites, Évêque de Curie du Patriarcat d'Antioche des Grecs-Melkites (SYRIE)
- S. Exc. Mgr Kurt KOCH, Archevêque-Évêque émérite de Bâle, Président du Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens (CITÉ DU VATICAN)
- S. Exc. Mgr Emmanuel DABBAGHIAN, Archevêque de Babylone des Arménienss (IRAQ)
- S. Exc. Mgr Athanase Matti Shaba MATOKA, Archevêque de Babylone des Syriens (IRAQ)
- S. Exc. Mgr Denys Antoine CHAHDA, Archevêque d'Alep des Syriens (SYRIE).

 

 

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A l'issue de ce synode, un rapport a été présenté au Pape. C'est ce texte, bientôt en librairie et déjà sur Zenit, que je vous propose de découvrir et de méditer aujourd'hui. Restons vigilants à ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient. Il y va de l'avenir de l'humanité tout entière. Je remercie Zenit de me permettre de reproduire la totalité de ce texte essentiel et je convie tous nos lecteurs, chrétiens ou non, à contribuer financièrement à ce media extraordinaire qui a le courage de se présenter comme la voix du Vatican, avec toutes les conséquences que comporte cet engagement religieux.

 

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 Quelques évêques d'Orient

 

Quelques adresses utiles pour commencer et pour permettre à ce journalisme particulier de continuer son oeuvre :

 

Pour visiter Zenit occasionnellement

 http://www.zenit.org

Pour envoyer une information

http://www.zenit.org/french/information.html

Pour offrir un abonnement à Zenit

http://www.zenit.org/french/cadeau.html

Pour faire un don à Zenit

http://www.zenit.org/french/don.html

 

Ayez, vous chrétiens, musulmans, juifs, pratiquants ou non, croyants ou pas, le simple courage de vous intéresser à ce rapport, ne serait-ce que pour vous informer sur l'état de nos civilisations dont on ne nous offre à observer que la partie visible.

Votre ami catholique et citoyen français, défenseur de la laïcité et de l'Eglise, de l'universalisme religieux, dans nos différences, qui un jour pourrait nous mener à l'universalisme politique (et non à une mondialisation inhumaine et dévalorisante,

 

Bernard Bonnejean

 

ΑΑΑΑΑΑΑΑΩΩΩΩΩΩΩ

 

Très Saint-Père,
Éminences, Béatitudes, Excellences,
Frères Délégués des Églises Sœurs et des Communautés ecclésiales,
Chers Sœurs et frères, Auditeurs, Assistants, invités et experts

INTRODUCTION

«Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre» (Ac 1, 8). Le jour de la Pentecôte, les Apôtres reçurent le Saint-Esprit promis, et obéirent à la mission que le Christ leur a confiée. Ils s'en allèrent à travers le monde prêcher le Christ et l'Évangile, et lui être témoins, jusqu'au témoignage suprême : le martyre. Une Assemblée Synodale est un renouvellement et un prolongement de la Pentecôte. L'Esprit Saint est aujourd'hui aussi à l'œuvre, avec nous et en nous, comme il le sera toujours avec son Église.


Par une heureuse et providentielle coïncidence, l'Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour le Moyen-Orient initia ses travaux le 11 Octobre 2010, 48ème anniversaire de l'inauguration du Concile Œcuménique Vatican II (11.10.1962) par le Bienheureux Pape Jean XXIII, que nous fêtons le même jour. Cette année commémore aussi le 45ème anniversaire de l'institution du Synode des Évêques par le Pape Paul VI, le 15 Septembre 1965.

Dans ce Synode, consacré à la ‘Communion et au témoignage', nous voici Cardinaux, Patriarches, Évêques, Religieux et Religieuses, Laïcs, Frères et Sœurs invités, réunis autour du Saint-Père, et guidés par le Saint-Esprit, dans une ‘Communion', non théorique, mais visible et pratique. 

Nous renouvelons notre gratitude au Très Saint-Père, qui a voulu prendre l'initiative de nous convoquer pour cette Assemblée historique, dont nous expérimentons l'atmosphère fraternelle, chaleureuse et optimiste, qui nous fait espérer beaucoup de fruits bénéfiques pour l'avenir de nos Églises et de leur mission. Nous voudrions que ce Synode soit valable pour toutes les Églises, en Orient comme en Occident, les portant toutes à vivre une communion pratique. Nous remercions aussi le Secrétairerie Générale du Synode des Évêques pour les travaux de préparation et d'accompagnement.

 

Ce Synode est essentiellement consacré aux Églises du Moyen-Orient, comme son titre l'indique. Mais le Saint-Père a voulu y joindre aussi les Églises nord-orientales de l'Afrique, qui sont en étroit rapport avec nos Églises. Comme il a voulu y faire participer les Chefs des Dicastères du Saint-Siège, des représentants de nos Églises dans la diaspora, de l'Union des Supérieurs Généraux et des Conférences Épiscopales catholiques, ainsi que des Assistants du Secrétaire Spécial, des Auditeurs et des Auditrices, des Délégués des Églises Sœurs et des Communautés Ecclésiales, et des Invités spéciaux représentant l'Islam et le Judaïsme. Ceci donne au Synode un aspect de communion ecclésiale plus parfaite, de participation universelle, et de rencontre œcuménique et interreligieuse. 

 


A. But du Synode 

« Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises » (Ap 2,7). Il me paraît utile de rappeler de nouveau le double but du Synode :

  christ pantocrator

Le Christ « Pantocrator » (art byzantin)


1) Confirmer et renforcer les chrétiens dans leur identité, grâce à la Parole de Dieu et aux Sacrements.

2) Raviver la communion ecclésiale entre les Églises sui iuris, afin qu'elles puissent offrir un témoignage de vie authentique et efficace. La dimension œcuménique, le dialogue interreligieux, et l'aspect missionnaire font partie intégrante de ce témoignage.
Nous voulons fournir aux chrétiens de nos pays les raisons de leur présence, pour les confirmer dans leur mission d'être et de rester des témoins authentiques du Christ ressuscité, dans chacun de leurs pays, comme icône visible du Christ, incarnation vivante de son Église, et canal actuel de l'action de l'Esprit Saint.

B. Réflexion à la lumière de la Parole de Dieu.

Les Pères Synodaux ont bien illustré ce point. Notre région reste fidèle à la Parole de Dieu révélée, écrite par des hommes de nos terres sous l'inspiration du Saint-Esprit. Les hommes et les pierres de nos terres ont incarné l'histoire de l'amour de Dieu à l'humanité, et y sont devenus un message d'amour pour tout homme. La Parole de Dieu restera toujours la source d'inspiration de notre communion, de notre fidélité, de notre amour, de notre « être missionnaire », et de notre témoignage. Il nous faut devenir des personnes bibliques, vivifiées par l'esprit de l'Évangile qui nous transforme en Évangiles vivants, jetés comme semence et levain dans notre contexte, pour y cultiver la culture de l'Évangile, au lieu d'être modelés selon la culture matérialiste, égoïste et relativiste de la société. La Parole de Dieu reste la source spirituelle et le trésor théologique de nos liturgies vivantes. 


Il a été rappelé que nos fidèles ont une grande soif de la Parole de Dieu, et ne la trouvant pas chez nous, vont souvent s'abreuver ailleurs. C'est pourquoi nous avons besoin de beaucoup de personnes spécialisées en Écriture Sainte, académiquement certes, mais surtout pastoralement et spirituellement. « Les prêtres ont un premier devoir, qui est la proclamation de la Parole de Dieu. Ils un charisme spécial pour l'interprétation de la Sainte Écriture quand, transmettant, non pas leurs idées personnelles, mais la Parole de Dieu, ils appliquent la vérité éternelle de l'Évangile sur les circonstances concrètes de la vie » (Presbyterorum ordinis, 4). Qu'ils aident donc les fidèles à voir en Jésus-Christ l'accomplissement de toutes les Écritures et à mettre les faits de leur propre histoire sous la lumière de la Parole (cf. Ps 118, 105).

Il faut préciser le concept de « révélation », très ambigu à cause de la conception différente avec l'Islam. Pour nous, la révélation est l'intervention salvifique de Dieu dans l'histoire humaine, à travers des événements historiques expérimentés comme gestes d'amour gratuit de Dieu envers ses fidèles. Elle est le dialogue entre Dieu et l'homme dans l'histoire. L'annonce orale de ces interventions fait partie de cette « révélation » car elle transmet la foi de génération en génération. L'Écriture Sainte est une synthèse de la révélation, mais elle reste « lettre morte » pour le lecteur, s'il ne la reçoit pas comme « transmission de foi» de son Église et de sa communauté chrétienne. L'annonce, l'écoute, la lecture, ou la méditation de la Bible est rencontre avec la personne même du Christ. Aussi a-t-on insisté sur la place privilégiée de la liturgie, et des célébrations de la Parole dans des petits groupes, à l'exemple des premières communautés chrétiennes, pour une compréhension existentielle de la Parole de Dieu. Car c'est en célébrant cette Parole qu'elle devient vivante et efficace dans la vie de ceux qui l'écoutent, la méditent, la célèbrent, et trouvent leur chemin à sa lumière. 


Nous avons besoin que la Parole de Dieu soit le fondement de toute éducation et formation dans nos foyers, nos Églises et nos écoles, surtout dans notre situation de minorités dans des sociétés à majorité non chrétienne, où dominent la culture et les valeurs de cette majorité, qui envahissent tous les domaines de la vie publique, et risquent de s'emparer de notre pensée et de nos comportements. Nous avons besoin que la Parole de Dieu évangélise notre vie, pour que notre vie évangélise notre société.

 

.../...

 

 

Publié dans religion

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Ma dernière "sortie" à facebook

Publié le par Bernard Bonnejean

 

ou le courage de partir :

« Au revoir à mes amis de facebook »

 

« De quoi nous remerciez-vous ? », me demanderez-vous ?

D'avoir été vous-mêmes et d'avoir été là.

« Mais si ça n'avait pas été nous, ça aurait été quelqu'un d'autre ! »

Oui, mais voilà, c'était vous et pas quelqu'un d'autre.

 

 

 

Alors pour mon départ, je veux vous faire deux cadeaux.

 

D'abord, mes coordonnées où vous pourrez me joindre :

 Bernard Bonnejean

bernard.bonnejean@gmail.com

Pour mon adresse personnelle, vous demanderez à Madame Frédérique Notez ou à Madame Ganaëlle Joffo, en qui j'ai entièrement confiance. Je leur laisse toute latitude pour la donner ou la refuser.

 

Et puis, cette homélie d'un jeune prêtre. Lisez-la et sachez en retirer tout le bien que vous méritez d'avoir.

 

 

« Les cimetières sont remplis de gens indispensables ! » : formule bien connue, invitant à ne pas se croire nécessaire !

 

Jésus, lui, lorsqu’il invite ses apôtres et leurs collaborateurs, leur fait dire au terme de leur vie : « Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir ».

 

Ce n’est pas autre chose que dira l’abbé Guérin, curé de Pontmain (lieu mayennais de dévotion mariale) quand, malade, l’évêque voudra en personne lui remettre le camail (habit prestigieux, couronnement d’une carrière ecclésiastique) de chanoine honoraire : « C’est inutile, le petit curé de Pontmain n’a pas besoin de camail pour mourir ».

 

36 ans plus tôt, ses premières paroles en arrivant à Pontmain avaient été : « C’est Dieu qui a tout fait. Il veut que je sois à vous sans partage.  Désormais c’est avec vous, à la vie à la mort. Vous pouvez compter sur l’absolu dévouement de votre pasteur ».

 

 

 

Le 29 mai 1872, avant de mourir, lui qui avait été le curé de Pontmain au moment de l’apparition, lui qui en installant dans chaque famille et sur son église une statue de Marie et en promouvant la dévotion mariale, avait sans doute « fait » que Marie apparaisse à Pontmain, ne tire aucune gloire de l’apparition (qu’il aurait pu présenter comme le « succès » de son ministère). Il  dira : « Je vous demande pardon de tous les mauvais exemples que je vous ai donnés ; je prie ceux que j’ai scandalisés de me pardonner, de prier pour moi le bon Dieu et la Sainte Vierge, car je suis un grand pécheur. Ah ! Priez Marie que j’obtienne miséricorde. Pour vous, restez de bons chrétiens. Oh ! Oui, que la paroisse reste toujours ce qu’elle est ».

 

Etre serviteur quelconque inutile, cela veut dire quoi !

 

 Les humbles serviteurs de Tibéhirine

 

Cela ne veut pas dire insignifiant, sans valeur, n’apportant rien, interchangeable. Chacun de nous est vraiment nécessaire : nécessaire, au sens, que Dieu a fait le choix d’avoir besoin de nous. Ce n’est pas pour lui une nécessité mais un choix, un choix d’amour que de nous choisir comme les serviteurs de sa grande œuvre : construire son Règne. Nous avons bien du mal à laisser quelqu’un faire à notre place - surtout quand il s’agit de l’œuvre de notre vie - on saisit dès lors mieux le choix de Dieu à notre égard, sa confiance.

 

Nous n’avons à faire que notre devoir. Ne cherchons pas dans nos métiers, comme parent ou responsable, président ou membre d’associations à faire du sensationnel mais juste notre devoir.

 

Nous cherchons à faire du sensationnel pour trouver des satisfactions. Pour trouver du goût à vivre le quotidien de nos vies, chaque soir, rendons grâce pour le bien dont nous avons été capable.

 

En tant que parent, prêtre, travailleur, nos engagements sont ceux de serviteurs, c'est-à-dire au service d’une tâche qui nous dépasse. Réaliser le Royaume de Dieu (y compris dans son travail) ; qui de nous se sent les reins assez solides pour porter pareille la responsabilité ?

 

 "Tout est grâce"

 

Ne dites pas : « Impossible n’est pas français » mais : « Rien est impossible à Dieu ». Voilà la minuscule petite graine de foi que Jésus nous invite à semer dans nos vies. Dieu agit vraiment ! Autour de nous ! En nous ! Par nous ! Voilà pourquoi il faut réactiver le don de l’Esprit de Dieu reçu en nous.

 

Le soir, après avoir rendu grâce, demandons à Dieu que son Esprit nous aide dans nos missions, notre métier, notre vie,…; et précisons concrètement en quoi.

 

Il faut ne pas oublier non plus que notre service des autres, ne doit pas nous faire passer à côté de l’autre grande œuvre de notre vie : personnellement se convertir ! Nous sommes tout à la fois disciple et apôtre ou serviteur. Sans oublier de servir les autres, nous sommes invités à être disciple, à devenir un homme, une femme de bien. Le père Guérin a demandé pardon en ces termes : « Je vous demande pardon de tous les mauvais exemples que je vous ai donnés »

 

Voilà pourquoi le soir, après avoir rendu grâce, pour les merveilles dont Dieu le Père m’a rendu capable, je demande pardon au Christ pour mes indélicatesses, puis je demande à l’Esprit Saint, son aide concrète pour mieux mener ma vie.

 

Merci…Pardon…La prière du serviteur quelconque que Dieu a choisi comme nécessaire ! »

 

Voilà, vous aurez eu droit à un sermon de curé ! Tout ça pour vous dire que chacun, chacune d'entre vous est INDISPENSABLE et qu'il vous faut en être convaincu.

 

Je ne remercierai donc personne nominativement de m'avoir accueilli de peur d'oublier quelqu'un de nécessaire.

 

Je voudrais seulement dire à Michel Nekourouh, à Daniela Riusline, à Dominique Barde et à son épouse que je leur pardonne et que je leur laisse volontiers une place où je me sens de moins en moins à l'aise. Et que j'espère leur pardon.

 

 Lire : le choix des libraires

 

Vous pourrez toujours me retrouver sur mon blog  :

 

http://bonneber.over-blog.com

 

Avec toute mon amitié, pas du tout virtuelle,

 

Bernard

Publié dans vie en société

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Les poétesses francophones de FB : Linda Pyontka Reeves (Canada)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

De l'art d'être mère

 

Être mère, c'est une conception de l'existence.

Linda Pyontka Reeves est mère comme elle est poète : par nature et par instinct. On naît fille, on devient femme. On ne naît pas femme, on ne naît pas mère, on ne naît pas poète ; on le devient. Alors que veux-je dire par nature et par instinct ? Le risque est grand, une fois encore, de donner l'impression de nager à contre-courant, en réactionnaire pontifiant, indépendant de morales officieuses laïques dont le maître-mot, érigé en principe fondateur, affiché comme une conviction,  est « liberté ». 

Défenseur d'une certaine féminité à l'opposé d'un féminisme laxiste et paradoxal qui a inventé le concept de non-femme, c'est-à-dire « être sexué malgré elle qui souffre d'être femme et refuse de l'être trop ou de trop le paraître », c'est vrai que je réagis parfois violemment contre ce sectarisme ambiant mené par des intellectuelles plus ou moins intelligentes, souvent athées ou agnostiques, fustigeant la cellule familiale traditionnelle, pourtant constitutive d'une société bâtie, qu'on le veuille ou non, sur le même modèle.

Ce matin j'ai appris deux choses sur France Inter. D'abord la citation que j'ai placée en exergue de cet article, entendue vers 12 heures 20 de la bouche d'un humoriste de grand talent : Vincent Roca. Un humoriste ou un poète, demanderez-vous ? C'est la même chose.

 

  

 

Et un fait de société, ou sa traduction concrète : à la question « Qui considérez-vous comme la personnalité intellectuelle la plus influente actuellement ? », la réponse d'une majorité de sondés serait : Madame Élisabeth Badinter. J'avoue tout de même n'avoir prêté attention ni à l'institut de sondage ni à son commanditaire. Cependant, ce choix révèle, à mon avis, un tournant du féminisme, dans l'acception la plus humaine et la moins militante. Élisabeth Badinter, à laquelle seuls des sots reprocheront d'être née  Bleustein-Blanchet, et/donc d'avoir été nommée présidente du conseil de surveillance du groupe Publicis est surtout l'auteur d'un Fausse Route (2003) qui marque un tournant dans la révolte contre le mâle dominateur, à la mode des années soixante. Contre la guerre des sexes, contre les statistiques truquées, fondées sur des sondages où l'on n'a interrogé que les femmes, elle y écrit notamment :

« À vouloir ignorer systématiquement la violence et le pouvoir des femmes, à les proclamer constamment opprimées, donc innocentes, on trace en creux le portrait d'une humanité coupée en deux peu conforme à la vérité. D'un côté, les victimes de l'oppression masculine, de l'autre, les bourreaux tout-puissants » (Fausse route, Éditions Odile Jacob, p. 113, cit. ©Wikipedia). 

Autrement dit, si nos sociétés contemporaines veulent progresser dans la connaissance et la remédiation de la violence, il faut considérer ce fléau objectivement, sans partir de l'apriori commode et fondé sur un principe sexiste que la femme est toujours victime et l'homme toujours coupable. Cette pseudo-vérité, loin de faire évoluer la condition faite aux femmes, les enferme dans une image commode et sans issue.

 

Linda-aujourd-hui.jpg

Linda Pjontka Reeves

 

Linda Pyontka Reeves, québécoise, n'est pas, à ma connaissance, une féministe à l'américaine. Pourtant, l'un de ses poèmes m'a fortement bouleversé par la violence contenue de son évocation. Il ne s'agit pas d'une leçon de morale officielle ; d'un sermon théorique et creux ; même pas d'un combat existentiel de pro-choice contre pro-live. Non ! Se déroule sous nos yeux embués par l'empathie le drame d'une toute jeune maman-par-accident, poussée par les circonstances à faire le choix d'une solution qui, de toute façon, la dépasse quoi qu'elle décide :


Mon ange

Là, blottie au creux de mes reins,
toi petit bout d'éternité.

Explosion de bonheur,
tendre larme versée.

Déjà au bout de mes seins,
je sens cet élixir,
don précieux pour mon enfant.

Et puis c'est l'horreur,
je ne peux te garder.

Je ne suis moi- même qu'une enfant.

Je suis brisée,
irréparable.

Un morceau de moi
mourra en même temps que toi.

Enfin l'acceptation :

assise, j'attends
que l'on t'enlève à moi.

On me fouille,
on te cherche,
et on t'arrache à moi.

Mon cœur s'arrête,
et je te vois,
toi...

Tu me tends la main,
et nous nous envolons
vers ton éternité.

Tu suspends ton envol,
et me regarde,
toi, mon ange, mon héritage.

Une larme coule sur ton beau visage,
je la cueille du bout du doigt.

Nos deux âmes s'interpellent,
nos cœurs se rappellent.

Nos mains se séparent,
et tu entres dans la lumière.

Mon cœur se remet à battre,
j'ouvre les yeux.

Une larme coule sur mon visage.

Un jour nous serons réunis,
mon enfant, ma vie...

 

Ce « assise, j'attends » exprime tout : la souffrance subie, la résignation. Quelle âme assez aveugle, assez cruelle osera encore parler d'infanticide après cette évocation poignante d'une IVG ? Que d'amour entre cette petite maman et son « enfant à naître » qui ne naîtra pas, non pas à cause de l'égoïsme ni du manque d'amour, mais simplement parce que sa mère n'a pas les capacités de l'être complètement. Souvenez-vous : On ne naît pas femme, on ne naît pas mère, on le devient. Le problème est qu'une fille a la capacité d'être génitrice avant d'être femme accomplie.

Au reste, ne remarque-t-on pas une absence dans ce tableau de jeune femme enfermée seule dans son cauchemar, absorbée dans sa claustration ? Lui, il n'est pas là. Et dans cet amour profond, partagé, impérissable, il n'y a que deux personnes, là où la nature en a prévu au moins trois. 

On devine que Linda Pyontka Reeves, Montréalaise née le 6 février 1961, a eu une vie avant la vie. Et de cette pré-vie, si j'ose dire, elle a tiré une expérience admirable qu'elle traduit en mots simples, sans fioritures. Sa poésie n'est pas recherchée, peaufinée, intellectualisée : Linda Pyontka Reeves y distille sagement, presque avec prudence pour ne heurter ni brusquer personne, un amour profond qui invite tout chaland qui passe à se partager à la bonne franquette. Cette jolie jeune fille de quatorze ans

 

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Linda Pyontka Reeves à 14 ans

 

avoue elle-même qu'elle eût été plus heureuse si elle s'était aimée davantage. En fait, sans doute la vertu essentielle de la poétesse a-t-elle été double : une patience contre les vicissitudes de l'enfance et de l'adolescence et un débordement d'amour pour les siens que la pudeur ne cherche pas à étouffer. Linda Pyontka Reeves est une épouse et une mère aimante et on l'aime peut-être surtout parce qu'elle sait aimer.

 

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Un sens aigu de la famille

 

Et l'amour a fini par porter ses fruits. En poétesse reconnaissante, Linda Pyontka Reeves, n'a pas oublié d'en remercier la nature en des vers frais qui font naître des émotions qu'on croyait oubliées en ce siècle de matérialisme outrancier. C'est encore la mère qui sait trouver en elle les accents sincères d'une ode peu solennelle mais franchement libératrice et purifiante, un langage caressant et tendre bien éloigné de la guimauve des billets doux :

 

Un enfant est né,
qui laissa derrière lui ses ailes.


Un sanglot lui échappe,
il pleure son paradis.


Le chant des anges
qui le berçait dans l'attente
a fait place aux refrains d'une maman.


Tous ses sens en éveil,
le voila blotti contre son sein,
sentant son odeur,
à l'écoute des battements de son cœur.


Il a retrouvé son Éden ;
comblé il boit son élixir de vie.


Leurs regards se rencontrent.


Un enfant est né,
une maman est née.
Une grande histoire d'amour vient de commencer.

 

Un enfant est né, une maman est née ! Tout nouveau-né est divin ! Chaque naissance est un Noël ! Mais cette fois, il est là, lui !

 

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Et la maternité a enfin un sens !

 

Bernard Bonnejean

Publié dans poésie

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Noisy-le-Sec, ville martyre

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Noisy a failli mourir le 18 avril 1944

 

L'expression euphémistique dégâts collatéraux est beaucoup plus ancienne qu'on ne pourrait le supposer. Elle aurait été utilisée pour la première fois par l'armée des Etats-Unis d'Amérique lors de la guerre du Vietnam. Si nos alliés ne sont pas à l'origine des faits, aussi vieux que notre monde belliqueux, ils sont les  auteurs de sa définition officielle, admise par l'ensemble des belligérants : 

Attachment 7 : Collateral damage - USAF INTELLIGENCE TARGETING GUIDE - AIR FORCE PAMPHLET 14- 210 Intelligence - 1er février 1998 

  A7.1. Introduction. Broadly defined, collateral damage is unintentional damage or incidental damage affecting facilities, equipment or personnel occurring as a result of military actions directed against targeted enemy forces or facilities. Such damage can occur to friendly, neutral, and even enemy forces.

Ce qui signifie (traduction personnelle) :

Au sens large, les dommages collatéraux sont des dommages non intentionnels ou accidentels affectant les installations, l'équipement ou les personnes, causés par des actions militaires dirigées contre des forces ennemies ciblées ou leurs installations. Ces dommages peuvent se produire contre les forces amies, neutres, et même ennemies.


 

 

Une "bavure" ou un "collateral damage"

 

Autrement dit, un dommage collatéral ne peut en aucun cas s'apparenter à un crime de guerre, puisqu'il est involontaire et accidentel. Cependant, le risque de dommages collatéraux est d'autant plus grand qu'augmente la force de frappe. Un corps à corps à la baïonnette ne peut produire ce genre de "bavure" ;  un tir d'artillerie est déjà plus meurtrier pour les populations civiles ; le bombardement intensif d'une zone urbaine occasionne inéluctablement plus de dégâts et de morts chez les civils que chez les soldats.

Sans entrer dans une polémique déplacée dans le contexte, on est quand même en droit de se demander ce que, lors de la dernière guerre, visaient nos alliés lorsqu'ils bombardaient nos villes ? En premier lieu, les troupes ennemies, les bâtiments qu'elles occupaient et leur matériel militaire. En second lieu, les moyens de communication : triage, voies ferrées et gares ; ponts et grands axes routiers. Enfin, plus discutable, les industries civiles censées aider à la collaboration avec les occupants et, par conséquent, susceptibles de constituer un frein à l'avance des libérateurs. 

Si tous les historiens admettent aujourd'hui que la libération de la France ne pouvait se faire sans un sacrifice douloureux et exigeant des populations civiles, les témoins, encore assez nombreux, de l'époque sont loin d'être aussi compréhensifs et catégoriques. Ainsi on s'accorde à penser que Patton, surnommé Sang et Tripes, aurait pu faire l'économie de la dévastation de Saint-Malo en août 44, une "pochette" à Allemands pratiquement inoffensifs sans aucun intérêt stratégique.


Numériser0001-copie-2

 

Saint-Malo, 15 aôut 44 (Ph U.S.I.S.)

 

Louis Caro raconte ainsi cet épouvantable gâchis :

Les Américains frappent calmement, méthodiquement, avec l'assurance que leur procure une parfaite bonne conscience et une saine économie de temps. Des témoins diront plus tard qu'ils en ont vus, entre deux salves et deux lampées de whisky, tranquillement reposer dans de confortables chaises longues.

Au terme de cet acharnement inepte, reconnu comme tel par les USA eux-mêmes après la guerre, les survivants effarés découvriront une ville rase, une ville morte, dont les quatre cinquièmes sont réduits en poussière. 500 000 mètres cubes de gravats, sur lesquels flotte le drapeau étoilé, pour 5000 rescapés sans-abri. Peut-on encore parler de dommages collatéraux ?

Il aura fallu près de huit jours pour que la cité malouine soit rayée de la carte ; vingt-cinq minutes auraient pu suffir pour que Noisy-le-Sec ne meure en ce 18 avril 1944.

Vers 23 heures, en ce mardi de cauchemar, des vagues successives d'avions alliés survolant la région parisienne opèrent en piqué à faible altitude et lâchent 2000 bombes, dont plusieurs projectiles d'une tonne à retardement. Le bombardement touche le 12ème arrondissement de Paris, Bondy, Romainville, Bobigny, Drancy, Montreuil, Les Lilas et Noisy-le-Sec dont la gare est l'objectif principal.

Des témoins racontent les événements subis dans une plaquette que m'a aimablement donnée l'archiviste de la Municipalité actuelle. Le récit de Madame Mireille RUQUET m'a particulièrement touché. Elle commence ainsi :

J'avais 17 ans. Peu de temps après, je ne les avais plus.


 

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Noisy-le-Sec après le bombardement

(Ph Jean-Christian Meyer)

 

Jeune insouciante, elle refuse de gagner les refuges à cette énième alerte, pour rien, comme d'habitude. Son père la tire du lit, apparemment trop tard : il est projeté au bas de l'escalier par la première bombe. Par miracle, toute la famille et l'arpète s'en sont sortis indemnes. Mais au moment de sortir, Mireille perd à jamais son adolescence :

Tous les gens de l'immeuble et de l'impasse Joséphine s'étaient réfugiés dans la cave prévue comme abri. Ils y étaient piégés. Il y a eu plus de 70 victimes. [...] C'était horrible. [...] Pour dégager un blessé il a fallu lui scier la jambe. Que d'horreurs ! J'avais une très bonne amie, elle est morte étouffée, elle avait 22 ans.

Radio-Londres avait prévenu : "Les haricots sont secs" , le signal prévu pour prévenir que la gare de Noisy et son dépôt de munitions seraient bombardés. Les Noiséens, dans leur grande majorité, ont compris la nécessité de l'opération militaire. Noisy avait tant souffert de la guerre ; elle comptait tant de résistants. Une chose pourtant que les habitants ne comprenaient pas :

Je ne reconnaissais plus ma ville, dit Madame Monique COUPE, âgée de 8 ans en 44. Des gens couraient, ma rue n'était plus la même, partout des décombres. [...] Avec ma cousine et quelques amis, nous nous rendîmes sur place pour retrouver la tombe de papa. Quand nous sommes rentrés, maman était furieuse car il y avait en ville de très nombreuses bombes à retardement.

 

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Noisy, la peur des bombes à retardement

(Ph. Jean-Christian Meyer)

On ne détruit pas un dépôt de munitions ni des installations ferroviaires avec des bombes à retardement. Peut-on encore parler de "dégâts collatéraux" pour les victimes de ces engins de mort sophistiqués ? Sans compter que même pour les survivants ces dégâts sont irréparables. C'est l'avis de Ginette, 16 ans, qui clôt son témoignage sur ce constat :

Un bombardement laisse des traces dans la mémoire, même si l'on a du mal à situer les événements dans le temps car après une demi-heure sous le bruit des bombes, on est abasourdi et nerveusement très affecté.

Je pense ici à ma soeur, réfugiée de l'Aisne en juin 40, qui à chaque orage revit le traumatisme des bombardements de l'exode.

Les dégâts furent si importants à Noisy-le-Sec que Pétain voulut rayer  la ville de la carte, la déclarant ville morte. Mais, grâce à l'énergie des habitants et à l'efficacité des secours, la ville renaît. Les Sapeurs-Pompiers de Paris n'hésitent pas à employer les grands moyens : 21 officiers, 670 sous-officiers et hommes de troupes, 6 premiers secours, 10 fourgons-pompes, 2 autopompes à grande puissance, 1 bateau-pompe, 11 unités tactiques, 3 échelles, 3 groupes électro-ventilateurs et 6 ambulances. La Croix-Rouge, sous la direction de M. Pierre GENETE, n'est pas en reste. Lui aussi a du mal à contenir sa révolte :

Il est de fait que les explosions [de bombes à retardement] se multiplient à une cadence de plus en plus rapide, de plus en plus terrible. [...] Nous nous trouvons dans l'extrême et pénible obligation de laisser les vivants dans les situations d'une tragique gravité. [...] Sept jeunes gens de nos équipes d'urgence ont déjà trouvé la mort par les bombes à retardement. On évalue le 21 avril à environ 400 le nombre de bombes non éclatées.

La Croix-Rouge et les Pompiers resteront pourtant les derniers sur place après l'évacuation des zones dangereuses.

Près de 500 morts et autant de blessés ! Georges Suarez a beau jeu de titrer dans Aujourd'hui : Les gangsters de l'air sur Paris [...] le plus violent bombardement terroriste anglo-américain depuis 1940. Plus surprenant, La France socialiste titre : L'atroce bilan du dernier raid consacrant sa une aux "bombes à retardement". Le bilan est extrêmement lourd : 70% de la ville de Noisy-le-Sec sinistrés, 500 maisons détruites, 2500 très endommagées.


Numériser0003-copie-1

  Noisy-le-Sec, fin avril 1944, pourra-t-elle revivre ? 

Ph Jean-Christian Meyer

 

En 1945, M. Henri Quatremaire, président du Comité Local de Libération, est élu maire de 16 000 Noiséens. Ni Pétain ni les bombes ni les nazis ne sont venus à bout de Noisy-le-Sec, ville martyre, ville ressuscitée, ville où j'aime aujourd'hui à me promener quand je suis en Seine-Saint-Denis et sur laquelle, sans doute, j'écrirai un article un peu plus tard. 

 

Noisy-le-Sec aujourd'hui, une ville qui vit

 

Chaleureux remerciements à Madame le Maire actuel de Noisy-le-Sec, Alda PEREIRA LEMAITRE et à Monsieur Matthieu REGIS, archiviste.

 

Bernard Bonnejean


Publié dans Histoire

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