Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Diplômes des deux lauréats de Rimes et déraison 2011

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Mon imprimante est en panne !!!

 

« C'est ça le titre ? 
— Oui, c'est ça, mon titre. Comme le dit un spécialiste genre wikipedia, pour trouver un bon titre, il faut  : 

  • Prendre conscience de la polysémie des mots : la plupart des mots revêtent plusieurs sens (bureau : meuble, lieu) et il peut être intéressant de donner deux sens au titre, le sens « évident », propre, et le sens figuré, plus travaillé. Le mieux reste de donner deux sens plausibles évidemment (à toi de déterminer lequel est le bon dans ta news). Par exemple : « Bonheur d'occasion » (honteusement trouvé sur Internet). Est-ce un bonheur passager, qui tire son origine d'un événement ? Ou est-ce plutôt un bonheur bon marché, peu coûteux ?
  • La paronymie. C'est une « homonymie imparfaite » qui consiste à identifier deux mots qui ont presque la même prononciation, avec des sons proches, mais qui restent différents. J'avais trouvé il y a longtemps l'exemple suivant dans un article de journal : « La smart va vous changer la ville ».
  • Dans le même ordre d'idée, on a la paranomase qui consiste à rassembler des paronymes au sein d'une même proposition. C'est plutôt agréable à l'oreille et ça peut dénoter ta capacité à jouer sur les sons. 

 

 Sauf que moi, si je vous dis que « mon imprimante est en panne » c'est juste pour vous dire que « mon imprimante est en panne » ! 

Et que je suis bien embêté parce que je voulais envoyer les diplômes aux deux lauréat du concours Rimes et déraison 2011.  Au fait, si vous voulez être branchés — rançon du succès, déjà ! — dites plutôt R&D avec une esperluette ou esperluète ou perluette ou perluète ou ampersand. Mais puisque la technique m'empêche de communiquer à mon aise, je vais donc me mettre à l'aise et vous communiquer les diplômes que voici :

 

LE GRAND PRIX

DU JURY

(Ganaël Joffo,

Frédérique Notez

Bernard Bonnejean)

 

DE RIMES ET DÉRAISON

 

2011

 

 

EST ATTRIBUÉ

À

SOPHIE ASSAYAG

 

 

À toi mon ventre

 

 

L'univers de Sophie ASSAYAG est polyvalent. Son poème plonge le lecteur dans une réalité indéfinissable, paradoxale et trouble. Rien ne va : le jeu traditionnel des correspondances et de la sémantique dysfonctionne. Il n'est jusqu'au thème que l'on cherche en vain à discerner dans cette atmosphère menaçante faite d'amour et de haine tout à la fois. Quel est donc cet « événement » si particulier qu'il semble indéfinissable, qui met en confrontation des réalités antinomiques, presque étrangères les unes aux autres : « émouvant » et « maléfique » ; « sublime » et « néfaste », un assemblage de couples mal mariés. Le pire, sans doute, est le rapprochement « chaste » avec l'ensemble d'un contexte qui laisse une impression continue et obsédante de quelque chose, de quelqu'un d'infernal. La chute, surtout, tient du vertige : « ma mère », « ma prostituée ». C'est l'ambiance d'une tragédie dont il est impossible de deviner les tenants et les aboutissants. « Ton ventre se vide » : s'agit-il d'une naissance ou d'un avortement ? Sophie ASSAYAG veut-elle signifier que naissance et mort ont en commun l'expulsion et l'exil ? Que naître est un renoncement involontaire à l'unité et à l'indissociabilité ; que mourir est une séparation donc une désunion ? Un mot, vers la fin, retient l'attention : « abandon ». Mais de quelle sorte d'abandon est-il question ? Du vrai ou du symbolique, du complexe des analystes ? On sort rompu de ce poème, sans avoir tout compris, mais en ayant tout imaginé. Laissons-lui son secret. Il ne nous appartient pas. Rompu et bouleversé...


B.Bonnejean,

 


Émouvante ta chair aux encens maléfiques
À ton âme sublime aux ascendants néfastes
À tes larmes sans joie, à ton silence ardent
À ton cœur inconscient et sa nudité « chaste »

Impensable défaite où les corps s'articulent
En l'abime d'un soir et l'alcool te brûle
En la proie ridicule, indigeste toxique
La femme tentacule et ton ventre se vide.

Et ce cristal maudit, le marbre de ta voix
Achève dans la nuit l'écho du désarroi
À ton ultime effort où se perdent les sens
Aux couleurs d'une vie indolore en substance

À ces ébats intimes où tu craches en silence
Les torts d'une folie inéluctable et franche
Au bruit que fait l'ennui lorsque tu te déhanches
En solitaire tu fuis l'abominable cri

Et toujours en l'absurde s'obstine ta fréquence
N'as-tu pour agrément que cette délivrance ?
Où jamais ne se plie le si peu d'existence
Où par l'encre et la feuille l'espoir fait offense

Et pour unique chance un tragique secret
Où la nature immense t'accorda ce reflet, 
Le masque narcissique où ton ego se plait
Et maquille sans honte la pauvreté du vrai !

M'avoir abandonnée... ma mère, ma prostituée.





 

LE GRAND PRIX

DU PUBLIC

(Ganaël Joffo,

Frédérique Notez

Bernard Bonnejean)

 

DE RIMES ET DÉRAISON

 

2011

 

 

EST ATTRIBUÉ

À

LAURIANE

MONAGHAN

 

Je commence ma résilience... demain

 

 

Voici une autre vision, plus insulaire, moins orientale, à la limite de la verte Irlande et de notre beau Paname. C'est le pays de Lauriane MONAGHAN. Le pays d'une cacophonie au réalisme têtu, insupportable, qui sème le trouble chez les uns, l'épouvante chez les petites victimes. Quelles horreurs laisse-t-on impunies entre les quatre murs de chez certains, sous prétexte de protéger la propriété, la vie privée ! Qui a dit que la propriété privée était le vol ? Parfois, à cause du respect de lois scélérates et ignominieuses, c'est le viol, la souffrance, la torture mentale et physique d'innocentes petites créatures laissées à la merci de bourreaux très-bien-sous-tous-rapports passé le seuil de leur porte. « L'intimité des foyers » devient alors plus qu'un cache-misère : une chambre à « écraser de petites existences », ou plutôt à « écraser l'existence » de petits à qui ne seront plus jamais accordés le repos de l'âme et son silence réparateur. Lauriane MONAGHAN a su trouver une des causes de cette « gravité sidérante » où se mêlent la complicité et l'indifférence de tous ceux qui savaient mais n'ont rien dit : « un soupçon d'amour assaisonné d'une immense violence ». De l'amour chez ce monstre boiteux ? Aussi étrange que ça puisse paraître, je serais tenté de le croire. Oh ! certes ! un amour tout à fait spécial, mais ni feint ni vicieux : un amour qui n'empêche pas les coups de pleuvoir, sans que « l'être aimé » sache au juste pourquoi. Et c'est pour cette raison qu'elle vient à tarder cette « putain de résilience », chère à nos psychos des temps modernes, prompts à vous faire dire du mal de ceux qui, dans le calvaire qu'ils vous ont fait subir, ont su glisser assez d'amour pour vous rendre capables d'en dire du bien, coupables jusqu'à la fin de votre existence.

B.Bonnejean,

 

Les regards qui se noient dans ce côté
 
sombre.

Ses mots, symphonie hurlante, notes
de 
la feue-terreur d'un enfant.

Gravité du claudiquant.
La fureur des culpabilisants.

Une chambre si volumineuse, si
grande,
Comblée de divers objets, a contrario
d'une fêlure si béante.

Un carré, extraits affichés, de
croyances.
Insécurités et grands revanchards
espoirs.

Quelques jouets usés, par ci par là,
éparpillés.
Le même scénario du peu de mots
qui y sont rattachés.
La confusion du peu de mots
qui y sont rattachés.
Retenue la leçon du silence écrasant
l'existence.

Son regard, un soupçon d'amour
assaisonné
d'une immense violence.
Ses mots qui claquent, de ce petit
chef acculé.
La gravité sidérante, digne des pires
instances.
Une fureur qui déchire ma présence.

Putain de résilience.


 

Non mais ! On ne va quand même pas se laisser embreiner par la technique, flûte alors !  

Si vous lisez cet article après minuit sonné, je vous adresse, chers amis d'overblog et de facebook, une excellente année 2012 avec toute mon amitié.

Bernard Bonnejean 

Publié dans poésie

Partager cet article

Repost 0

Joyeux Noël !!!!

Publié le par Bernard Bonnejean



À toutes et à tous,

je souhaite un très beau

et très joyeux Noël

Amis d'overblog,

Amis de facebook,
Amis de wikipedia,

 

Amis de partout,

Amis de nulle part, 

 

partageons ensemble
la joie de la naissance
du bébé juif de Palestine



images-copie-3.jpg

 

 

 Noël au pays

 **                                   
Noel avec deux étoiles sur le e
Deux petits points comme deux yeux

Sur le nez gelé 
Des grandes cheminées
Mille pierres de lune scintillent

La robe de la nuit qui brille
Couvre de paillettes dorées
Tous les sapins étonnés

C’est Noël dans tout le pays

Sous le ciel du monde entier
Les enfants font des rêves de paix

Dehors le vieil homme tire un traîneau
- «  Et pour toi, quel serait le plus beau cadeau ? »
- «  Oh, deux étoiles et puis un vœu
Deux étoiles comme deux yeux 
Qui me voient et me comprennent
Et me disent encore qu’ils m’aiment »

C’est Noël et nous sommes tous réunis



Chantal Abraham

Elle s'appelle vraiment Abraham, la dame ? Eh oui ! comme   אַבְרָהָם  ou إبراهيم الخليل  
et moi, pour ce soir, j'ai envie de m'appeler

יוֹסֵף ou يوسف  

 


Mon cadeau, un cadeau qui fera plaisir à tout le monde. 

Bernard  

 

Publié dans poésie

Partager cet article

Repost 0

Rimes et Déraison 2011. Les deux gagnants, les deux prix.

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

AB IMO PECTORE        RIMES ET DÉRAISON : « Poètes, à vos papiers »

Logo de Fathia Nasr                           

 

 

 

 

 

numerisation0004.jpg

 

 

 

 

 

Nous, soussignés

Fathia Nasr
Ganaëlle Joffo
Frédérique Notez

Bernard Bonnejean



décernons


LE GRAND PRIX RIMES ET DÉRAISON


2011
 

À


 Sophie ASSAYAG


À toi mon ventre


 

numerisation0002-copie-2.jpg

D'après un tirage original unique du photographe plasticien Vincent M, tous droits réservés, reproduction strictement interdite, 210 X 300

 

 

Et le

 

 

LE PRIX DU PUBLIC


2011
 

À

 

son idole AMY WINEHOUSE


 Lauriane MONAGHAN

 

Je commence ma résilience... demain


 

numerisation0001-copie-2.jpg

D'après un tirage original unique du photographe plasticien Vincent M, tous droits réservés, reproduction strictement interdite, 210 X 300


Très sincères félicitations aux deux lauréates.


Les autres finalistes recevront un des deux signets de Madame

 

Élodie STUDLER


numerisation0003.jpg

 

À tous et à toutes, bravo et merci pour votre participation, avec nos réelles amitiés, et 

à l'année prochaine !!!


Pour le Jury,

Bernard Bonnejean


Il est bien évident que les deux lots remis aux vainqueurs, tirages originaux, ont été volontairement "maquillés" pour en empêcher la reproduction. Nos lauréates recevront ces deux œuvres très prochainement. 

 

 

Publié dans poésie

Partager cet article

Repost 0

Rimes et Déraison 2011. Compte-rendu 3 (fin)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

ALEA JACTA EST        RIMES ET DÉRAISON : « Poètes, à vos papiers »

Logo de Fathia Nasr                           



Cette fois notre année poétique touche vraiment à sa fin. Elle se terminera dans l'ancienne tradition de la remise des prix. On n'invitera ni le maire ni le préfet ni les autorités religieuses, civiles et militaires. Ou alors, il nous faudrait aussi placer au premier rang un représentant du Royaume de Belgique, des États-Unis d'Amérique, du Québec et de la toute jeune Tunisie printanière. Outre qu'on manquerait de chaises, on aurait trop peur que tout ce beau monde en profite pour se taper dessus. Restons donc entre poètes, garants et gardiens de la paix, du respect des convenances et des règles. 

Permettez-moi de remercier Fathia, notre marocaine musulmane bien aimée, beaucoup trop modeste et discrète à mon gré. Fille de Casa la Blanche, je l'ai connue ici même, sur ce blog, avant même de connaître facebook. Elle me parut immédiatement d'une générosité et d'une gentillesse sans égale. De quoi faire pâlir de honte tous les abrutis racistes de l'hexagone qui craignent rien tant que de perdre leur identité par l'invasion d'un islamisme guerrier. Je me demande vraiment ce qu'on pourrait trouver de guerrier ou de soumis chez cette fille du Prophète. En revanche, je sais tout ce qu'on peut lui découvrir de qualités de cœur et d'intelligence.  

J'aimerais aussi remercier Ganaël. Je la connais depuis bien moins longtemps, sur facebook, juste après que j'y ai ouvert un compte. Comme elle nous le raconte dans une autobiographie que j'ai vraiment appréciée, « Ma Princesse au petit poids », cette fille d'origine pied-noir d'Algérie, juive sépharade, a trouvé assez de force physique et d'énergie mentale pour s'extraire d'une anorexie tenace. Elle sait, Gana, qu'il me serait difficile de me passer de son humour, de sa joie de vivre, de son talent. Elle fut chanteuse célèbre et parolière pour Jacques Dutronc et Maxime Le Forestier, entre autres. Pour moi, elle restera à jamais, je l'espère et j'ose le croire, mon amie la très chère Gana, toujours à défendre une cause noble, se dépensant sans compter. C'est sans doute pour cette raison qu'on l'a peu lue, ce que je regrette. 

Et je ne voudrais pas oublier Frédérique dans ces remerciements. Fred, notre Bruxelloise, un des esprits les plus ouverts et les plus vifs qu'il m'ait été donnés de rencontrer. Fred qui feint de se moquer de tout, y compris d'elle-même, mais à qui je confierais en toute confiance les clés de mon appartement et de ma voiture, et même de mon usine, si j'en avais une, tant j'ai pu mesurer son honnêteté et ses compétences. Ma confiance en elle n'a d'égale que sa fidélité à Rimes et Déraison, pas une fidélité de béni-oui-oui, mais une adhésion parfois ponctuée de coups de gueule contre la bêtise et la médiocrité. Je crois sincèrement que sans elle j'aurais été tenté plus d'une fois d'abandonner l'aventure qu'aujourd'hui je projette de mener plus haut et plus loin. Elle eut la tâche ingrate, pauvre Fred, de m'aider à nous désencombrer des inévitables indésirables. Combien auraient accepté ce rôle de police qui n'occasionne jamais que des ennuis et de l'inimitié ?  

Fathia, Gana, Fred, je vous dis « bravo » et « merci » pour votre confiance et votre courage. De cette confiance et de ce courage dont tant d'appelés ont manqué pour me suivre jusqu'à aujourd'hui. Mais il faut dire que ce n'était pas gagné d'avance et je leur pardonne leur défection.

Foin des solennités et des éloges : nous pouvons être fiers du résultat obtenu !!! 


Bernard

 


images?q=tbn:ANd9GcStIjy1Hy64aYxmJZ4HP8n PAGE D'AUTEUR Sandrine

ÉlémenTerre attraction 


Je voudrais me faire lune
Pour t'attirer en haut des dunes
Comme elle le fait sur la mer, 
Je voudrais te contrôler de par les airs 
Tu serais les vagues, je serais l'écume
Nos deux attractions ne feront qu'une,
Et dans les rouleaux de nos désirs
Monteront des cris de plaisir.

Je voudrais me faire feu, 
Pour te brûler de mes yeux, 
Comme il le fait sur les éléments incandescents
Je voudrais te lécher lentement, 
Pour te faire brûler de passion
Exploser toutes tes tensions, 
Et nous éteindre doucement
Dans un même foyer lentement, 
Mourir de désir,
Étouffer dans notre plaisir

Je voudrais me faire vent,
Pour t'effleurer sauvagement,
Comme il fait dans un ouragan,
Je te pénétrerai dans tous tes pores
Pour te faire connaître les abords,
Du plaisir suprême qui te mord
Dans une tornade de jouissance
Et qui se meurt en silence.

Je voudrais me faire rivière
Pour couler sur toi comme son eau claire, 
Comme elle le fait sur les pierres
Je te caresserai langoureusement
Je te parcourrai paresseusement.
Comme un rapide, 
Je serai intrépide
Pour faire surgir des antres de ton désir, 
Des gouttelettes, de la vapeur, des élixirs,
Et mourir dans un étang
Enlacés jusqu'à la fin des temps.

Je voudrais me faire éléments
Terre, mer, feu, indifféremment
Pour te faire subir
Toute sorte de désirs
Et te faire languir, mourir
Sous des torrents de plaisir.
Venez à moi éléments, 
Et je me ferai sacrifice
Sur l'autel des délices.

 

Sandrine PAGE D'AUTEUR  — « Ne prononce pas en vain mon nom », dit Dieu. Pourtant, il prouva son amour pour ses créatures en leur donnant un nom. Nommer, c'est connaître et reconnaître. Fin de la digression. — a ouvert la porte au monde érotique phantasmatique féminin aux non-initiés. Oh ! Entendons-nous bien ! Des phantasmes bourgeois, avouables, soigneusement répertoriés dans les livres de sexologie élémentaire. D'ailleurs, les autres, les vrais, n'appartiennent pas au domaine public : comme le nom, à chacune le sien, les siens, immuables ou changeants, selon la personnalité et la fantaisie de l'« intéressée ». Quoi de moins a-poétique, de moins érotique, que les phantasmes énoncés dans les magazines féminins ? Essayez donc, vous, de faire un poème avec une scène d'amour à l'arrière d'une voiture, avec George Clooney, avec les voisins d'immeubles, avec son conjoint déguisé en policier municipal ? Ou bien ça tourne à la pornographie, ou bien ça dégringole dans le ridicule vulgaire. Certaines « écrivaines », féministes de pacotille, ont cru se libérer par le récit calamiteux de leurs expériences porcines. Outre qu'elles nous ont très vite ennuyés, elles n'ont pas plus réussi leurs essais qu'Apollinaire, auteur d'un désastreux Les onze mille verges. En fait, on le savait, mais il nous fallait en être convaincus par l'exemple : rien n'est plus poétique que l'érotisme ; rien ne l'est moins que la pornographie. Sandrine PAGE D'AUTEUR — j'ai décidément du mal à m'y faire...  — n'est pas tombée dans ce panneau de l'élevage porcin contre lequel il est devenu périlleux de s'insurger. Si j'ose dire, son poème est poétique, poétique comme le sont les morceaux de bravoure des plus grandes amoureuses qui ont jalonné notre histoire. Et l'on se plaît vraiment à la suivre dans ses amours cosmiques, même si (ou parce que) sous les mots se cachent des réalités plaisantes, des feux d'artifice de quatorze-juillets énergisants, des tempêtes sous des crânes et des bourrasques dévastatrices qui, pour ne pas être pudibonds, ne sont pas pour autant triviaux.    
 


 

wire_mountain.jpg PSALMON Laurent


À la nuit

 

À la nuit

Silence.
Funambule rêveur
Sur corde raide,
Note étouffée
Sur harpe bleue.
Un cœur crisse
Comme pas sur neige,
Et tout est à refaire.
Pierre concassée
Dans main d'argile,
Silhouette sur écran noir ;
Natapa na yatava
Monsieur Artaud

 

 

La poésie, si elle n’est pas forcément lumière, est toujours image. Or, la fonction première d’une métaphore ou d’une comparaison est de créer ou de réveiller dans les consciences un ou plusieurs univers, le plus souvent en contradiction ou au moins en difficile cohabitation avec le réel. Ces univers poétiques, rarement en interrelation avec l'univers réel, n'en sont pas moins évidemment complémentaires. Cet hymne À la nuit de Laurent PSALMON joue sur la polyphonie et la polysémie. Pour parler plus simplement, il est musicalement multiple et fait surgir une multitude de sens possibles, tous acceptables pour peu qu’ils soient intimement et honnêtement ressentis. Que n’a-t-on dit sur « La terre est bleue comme une orange » ? Les rationalistes ont crié à la folie, d’autres à l’escroquerie. Espérons que la « harpe bleue » suscitera des commentaires plus bienveillants. Peu importe, du reste ! Pas plus Antonin Artaud (peut-être l’unique objet et l’unique destinataire de cette courte pièce, ce « funambule » grotesque parce que hanté par le génie, « étouffé » par les drogues des hôpitaux psychiatriques — pour son bien !) que Laurent PSALMON ne sont tenus de parler le langage commun, le langage convenu, celui des bonnes manières. Un poète n’est pas au service du confort ; il lui arrive aussi d’être particulièrement désagréable. Au point de se faire incompréhensible. Ce que signifie « natapa na yatava » ? Je n’en sais rien et je m’en moque. Je ne suis sûr que d’une chose : Artaud aurait pu crier ces mots-là dans son fameux gueuloir ! Et ça aurait fait peur à tout le monde : « Dans l'état de dégénérescence où nous sommes c'est par la peau qu'on fera rentrer la métaphysique dans les esprits. » (1932). Par la peau, par la peur, par l’ombre, par le silence des pierres, par l’explosion des centrales nucléaires…  


images?q=tbn:ANd9GcSatAhOFll07uN9dduRB3z REEVES Linda


Être en devenir

 

 

Dans l’utérus de ma génitrice Émérice, minuscule zygote, j’explorais déjà l’intérieur d'une mortelle. J'allais pendant neuf mois me voir grandir et évoluer, entourée d'organes indispensables à la vie de cette femme. Dès le deuxième mois je pouvais entendre les battements de son cœur, voir circuler le sang et surtout ressentir — moi qui en 4000 ans d’existence n’avais jamais eu la moindre émotion, le moindre sentiment, je vivais les sentiments de mon hôtesse. Peur, joie, tristesse, elle que je ne connaissais que de l’intérieur m’aimait d’un amour si profond que je sentais mon cœur prêt à exploser. Non pas qu’elle fût choisie au hasard ! Il nous avait fallu des centaines d’années, car pour nous le temps n'a aucune raison d’être.

Immortelles, nous naissons d’une pensée, et ne cessons d’en vivre.

Elle fut choisie avec soin : nous la voulions pure d’esprit et de sentiments; son âme devait être sage ; elle devait avoir connu plusieurs vies, bonnes et mauvaises. En fait nous voulions une âme évoluée. L'enveloppe ne comptait guère, le corps n’étant que le véhicule de l’âme. Il nous importait peu que le paraître soit beau, puisque l’âme étant tout l’être en est de toute façon illuminé irradiant d’une telle bonté que l’être qui en est le réceptacle en est transfiguré.

En 1923 naquit Émérice. L’âme qui se glissa en elle était si vieille et si puissante qu'elle intrigua nos chercheurs d'âmes dès l'instant qu'elle occupa le corps. Ils ne purent que se recueillir avec respect et demander humblement le droit de communiquer avec elle. Droit qui leur fut accordé. Ils se présentèrent et demandèrent la permission d’habiter ce corps dès qu’il serait prêt à être enfanté. L'âme leur en demanda la raison. Voici ce qu'ils dirent sans se faire prier.

« Loin dans une autre galaxie, il existe une planète semblable à la vôtre. Ses habitants vous ressemblent un peu mais l’âme y est visible, faisant passer au second plan le paraître au profit de l’être. Nous utilisons 90% de notre cerveau, assez semblable au vôtre, mais chez nous penser n’a rien d'inerte. Penser c’est agir : nous nous déplaçons par la pensée ; nul besoin d’ordinateur, nous avons le savoir, savoir acquis par la terre, le soleil, la lune et l'eau. Pour observer les végétaux et animaux, nous avons dû remonter le temps. Ce fut long et fastidieux. Nous n’y parvînmes que par un jeu de réactions complexes, grâce à l'énergie fournie par le volcanisme, les éclairs, et le rayonnement cosmique, dans un environnement différent du nôtre, dans l'eau de vos premiers ancêtres, cellules d'organismes procaryotes, les bactéries qui vivaient il y a 3.8 milliards d’années, avant que 2 milliards ne passent et que n’apparaisse la cellule eucaryote avec un noyau.

Bref ! Du premier amphibien au reptile, jusqu’aux mammifères nous sommes passés par toutes les étapes pour parvenir enfin à connaître les vôtres, des êtres doués d’un certain savoir, mais surtout des êtres dotés de sentiments. Cependant, malgré tout, les humains restent une énigme pour nous : tous ces sentiments qui les animent, ces amours qu'ils recherchent tous, cette haine, cette colère, sont pour nous un grand mystère.

Donc quoi de mieux pour comprendre que ces 9 mois passés dans le ventre d’une mère ? »
Un auditeur demanda alors :

« Mais pourquoi ce besoin de comprendre les sentiments humains ? À quoi cela vous servira t-il  ?

— À survivre ! Voyez-vous, notre planète est appelée à mourir. Dans deux cents ans elle entrera en collision avec la vôtre et de terribles conséquences en découleront. Notre planète sera détruite mais la vôtre survivra. Quelques- uns des nôtres en réchapperont mais ils devront prendre forme humaine pour survivre sur votre planète, et renoncer de ce fait à la vie éternelle. Nous pourrons ainsi nous unir, et repeupler votre planète qui subira de grandes pertes durant la collision.

— Ne pourriez-vous pas empêcher ce cataclysme  ?

— Non, nous voyageons dans le temps mais nous ne pouvons rien y changer. Ce qui doit être sera ! Mais, car il y a un «mais », toutes ces émotions humaines changent l’avenir, la colère mène à la destruction, l'amour répare, la tristesse assombrit l’avenir. La naissance de votre planète s’est faite dans la violence des éléments dans les ténèbres. Après la lune vint le soleil. Cinq extinctions massives ont eu lieu jusqu’à la dernière il y a soixante-cinq millions d'années. L'humain est né empreint de cette destruction : il a conservé la mémoire des bouleversements au plus profond de son être et il lui a fallu longtemps pour que la lumière prenne sa place en lui. Nous aimons cette lumière et croyons en elle !

— Et vous vous croyez capables de chasser les ténèbres ?

— Oui, nous le pensons, car le savoir et les sentiments alliés à un profond désir d’évolution feront de cette terre cet éden tant espéré. L'ignorance est mère de destruction, elle fait agir sans aucune réflexion, elle mène à la ruine.
Voilà le pourquoi de notre demande ».
L’homme qui avait servi d’interlocuteur réfléchit, puis prit enfin la parole :

« Bien, vous avez la permission d’habiter cette enfant, mais à une condition : vous devrez la quitter à sa naissance.

— Nous vous remercions. Nous agirons selon vos désirs. »

L’âme réintégra le corps au premier cri de l’enfant. L'entité reprit place dans le présent. Commença alors un merveilleux voyage : la création d’un être humain, l’ancêtre des survivants de la planète terre.


 

                     Qu'est-ce donc que la poésie que vous fassiez paraître ce texte de Linda REEVES dans le palmarès ? Ni le contraire de la prose ni son proche parent ni son oncle d'Amérique ni son cousin éloigné ni tout à fait de la même famille. À vrai dire, si ce n'est quelques ignorants confiants en leurs certitudes, nul n'est capable de donner une définition de la poésie. Et ce n'est pas faute d'avoir rédigé, au cours des âges littéraires, les traités, les « arts poétiques », les dogmes des écoles, des mouvements, des mouvances, les unions, les rapprochements et les concessions, les exclusions et les excommunications. C'est un art majeur, dit-on. La nature est-elle un art majeur, elle qui contient, quand on ne la ruine pas, tous les ingrédients du pur lyrisme : la beauté, le rythme, la couleur, l'harmonie, l'appel à l'amour et à la passion ?... Mais la nature est-elle de la poésie, une poètesse, ou bien un thème appelé à devenir poétique après un laborieux travail d'écriture. La musique est-elle un art majeur ? Quelle musique ? Propre à accompagner la poésie ou qui soit elle-même, sous certaines conditions, poésie ? Si personne n'est d'accord sur la définition de la poésie, tout le monde l'est sur ce qu'elle n'est pas. Presque tout le monde, car il en est encore pour exiger douze pieds pour faire un vers, une rime aux derniers pieds ou, à l'extrême rigueur, une asonnance. Le poème de Linda REEVES est un poème. Sur le fond. On peut discuter sur la forme. Bien qu'il soit difficile de ne pas admettre que « Immortelles, nous naissons d’une pensée, et ne cessons d’en vivre » soit indiscutablement de la poésie, par un je ne sais quoi en plus qui fait que ce n'est plus de la prose. Ou, si c'en est, elle présente tant de caractères formels (rythmes et sonorités) identiques à la poésie, qu'il est permis de l'appeler « prose poétique ».  

 


10074353.jpg RENAULT Jean-François


Les tuiles des toits

Les tuiles des toits font le dos rond
Et miaulent sous la caresse du vent.
La cigale bavarde avec la feuille de l'olivier.

Le ciel ouvre de grands yeux égarés,
Trop grands parfois et sa vue se brouille.
Alors, il pleure des larmes chaudes,
Celles qui sèchent trop vite,
Qui glissent et s'effacent.

Au loin, je vois la mer qui court après le ciel,
Elle saute haut, très haut,
Tendant ses vagues ouvertes pour mieux le saisir.
Mais elle retombe toujours et bave de fureur.
Puis, suante d'écume, elle replie ses flots,
Me regarde, désespérée, et se noie.

Le vent trempe son souffle dans les roches tendres
Puis s'essuie sur le sable usé
Avant d'aller jouer avec des brumes lointaines.

Les étoiles crèvent le ciel
Et font l'amour avec la nuit.
Elles respirent à pleine lumière.
Je voudrais les cueillir
Pour les planter au fond de chacun de mes rêves.

Mais mon geste ne va jamais jusqu'au bout
Et je me retrouve seul, à côté du temps.
Peu à peu, je m'habitue à les laisser partir.

Pourquoi faut-il donc que les lumières s'éteignent ?
Pourquoi tant de rendez-vous manqués...?


La poésie produit du vraisemblable différent de la réalité. Quand le roman permet de partager un monde grâce au phénomène de l’identification, la poésie, puisant dans le tréfonds des mémoires humaines, voire dans la mémoire communautaire des mythes collectifs, y trouve le matériau nécessaire à sa propre existence, un pneuma, un souffle, une respiration autonome et sans pareil. Ce poème de Jean-François RENAULT, à l’exception des deux dernières strophes, joue à merveille sur le clavier des similitudes. L’anthropomorphisme y est la règle quasi systématique, mais en l’absence de toute monotonie causée par la répétition, tant et si bien qu’il n’est ni chose ni être qui s’y comporte de façon naturelle. De ce réseau métaphorique extrêmement riche, à la fois précieux et simple, on ressort à la fois réconforté, rassuré, réconcilié avec une Nature qui, pour rester grande dame, sait aussi jouer et pleurer comme une petite fille. Puis, au moment où le lecteur atteint la limite de la perception permise, Jean-François RENAULT décide de mettre un point final à l’expérience. C’est la rupture, la cassure, le retour aux realia. Nous n’irons donc pas « jusqu’au bout » puisque le poète a décidé de mettre son narrateur en marge de cette complicité féérique. Aussi la réponse à la dernière question qui clôt le poème semble parfaitement superflue car elle s’impose d’elle-même : il ne fallait pas « les laisser partir ».   

    

vieux_loups_mer_dz-vign.jpg ROUSTAN Laurent


Écrire, c'est voir

 

Les tournesols sont noirs et courbent l'échine,
des tissus bariolés bavent au regard des cercueils de ciment...
Nous sommes coude à coude, ignorants l'un de l'autre,
le sport remplace la raison et deux vieux se souviennent
de l'orchestre fantôme auprès du kiosque nu,
aux os bleus comme le brun du ciel.
La mort est annoncée, saluons la croissance
dans l'autobus gravitant vers les nues,
gravissant la colline de nos espoirs déchus.


Écrire, c'est monter, sans descendre,
et nous n'aurons plus pied.
Une route en dévers, cote à cote,
absents infiniment, de tous les continents,
nous roulons immobiles vers la fin de la route,
car le chemin suit l'homme, et jamais le contraire.


Corps à corps, en commun, en belle perspective,
notre ligne de fuite attend son terminus.
Les vieillards s'assoupissent... Les négresses sont belles,
aux yeux d'ambre et de braise et aux culs monticules,
les négresses conversent et refont le monde qui finit.
Les spectres des anciens font sonner les mobiles,
rien ne bouge sinon...
l'asphalte et la Terre qui défilent aux roues de notre véhicule.

Nous, nous sommes roulés, à nos rangs fixes,

dépassés par nos heures et comptés.

 


« Écrire c’est voir » ; voir c’est com-prendre, « prendre avec soi », selon la terminologie adoptée par Thomas d’Aquin et Paul Claudel. Comprendre, c’est-à-dire con-naître, « naître au monde » avec le monde et tous ses habitants. Il me semble que Laurent ROUSTAN inscrit sa pièce, nolens volens, dans cette continuité philosophique et chronologique. Sans doute car tout poète digne de ce nom devine cette appartenance, cet enchaînement dans l’accomplissement de son art. C’est ainsi que le 15 mai 1871, le jeune Arthur Rimbaud rend compte de cette découverte à Paul DEMENEY : « La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte et il la tente, l’apprend. […] Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. […] Le Poète […] devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit — et le suprême Savant ! — car il arrive à l’inconnu […]. Et quand, affolé, il perdrait l’intelligence de ses visions, il les a vues ». Texte sublime, fondateur, essentiel, connu sous le titre de La Lettre du Voyant, dont les vieillards de Laurent ROUSTAN semblent avoir nourri leur existence. Eux aussi ont appris, ont connu, ont VU, ont réussi à atteindre l’inconnu avant de « perdre pied » sur « une route en dévers » qui les suivra jusqu’à la mort annoncée. « Mon Dieu », diront-ils peut-être dans leur dernier souffle, « que les négresses sont belles » ! Et bien roulées…   

 

G_astro-amour-2008.jpg VAQUETTE François

L'hôtel des culs tournés

 

Les nuits des culs tournés
Les jours de face à face
Les baisers ajournés
La soupe à la grimace

Chaussés de gros sabots
Sur un paillis d’éteules
On rentre du boulot 
En se faisant la gueule

On voudrait tout quitter
Pour se rendre à Cythère
Mais dans quelle galère
Risque-t-on d’embarquer

O stérile égoïsme
Ou mensonge occulté
Warnings de ce machisme
D’où naît la cécité.

Être à l’autre attentif
Retirer nos œillères
Et s’avouant fautif
Faire un pas en arrière

Qu’à nouveau le soleil
Vienne à bout du nuage
Et que l’autre au réveil
Ne soit plus un mirage

C’est l’utile travail
Qu’on doit faire soi-même
Pour renouer le bail
Avec l’être qu’on aime

Si le simple plaisir
De nos mains qui se touchent
Font monter le désir
Donnent l’eau à la bouche

Laissons-nous envahir
Par l’ascendant de l’être
Que nous croyions subir
Et l’amour peut renaître.

Souffle de nos narines
Sur les draps étendus
Lorsque nos mains mutines
Caressaient nos corps nus

Trésors inestimables
Que nous avons gagés
Pour un train confortable
Des succès passagers.

Troquons ces zizanies
Tapis hersés de clous
Contre des litanies
De baisers, de mots doux.

 


François VAQUETTE vous avez fait là œuvre utile ! « Moi ? je boude, moi ? Mais c'est toi qui n'arrête pas de bouder ! » Ah ! ces moments terribles et absurdes de « culs tournés », triomphes de l'amour-propre, de l'orgueil mal placé et de la rancune vacharde ! Chacun campe sur ses positions — à tout bien considérer, c'est du vocabulaire militaire, ça ! — après avoir été poussé dans ses derniers retranchements (sic !). Pourquoi « terribles » ? Parce que le bourreau se fait sa propre victime par la torture morale qu'il inflige à l'autre. Parce que rien n'est plus difficile que de faire le premier pas, quand on attend que la partie adverse ait ce courage que nous n'avons pas : rompre un silence lourd et menaçant, instauré d'un commun accord ou d'un commun désaccord, et dont on ne peut attendre aucune issue. Comme votre poème, de facture simple mais efficace, tranche sur beaucoup d'autres qui n'expriment que la culpabilité de l'autre et sa propre souffrance ! Comme les gosses : « C'est pas de ma faute. C'est lui/elle qui a commencé. » Chez vous, François VAQUETTE, les torts sont partagés, comme dans toutes les existences. Mieux encore : la réconciliation, dites-vous, ne se fera qu'au prix d'un « utile travail/Qu'on doit faire soi-même/pour renouer le bail ». D'une part, c'est fort bien dit ; d'autre part, c'est fort bien pensé. Pour gagner cette paix si souhaitée, il faut troquer le « stérile égoïsme », le « mensonge occulté », le « machisme », la « cécité », nos « œillères » à tous, pour cet amour vainqueur de toutes les querelles, des longues bouderies qui font mal, un amour que vous décrivez si bien, en poète. Un poète tellement convaincant que je m'en vais de ce pas demander pardon pour ma colère de ce midi, sans chercher à me trouver des excuses, juste pour dire « je t'aime ; tu m'es indispensable et j'ai besoin de toi ». 

 

 

Bientôt, Noël...


Le temps de l'échange de cadeaux. Vous nous avez offert le vôtre. Ce dont nous vous remercions. J'aimerais pouvoir vous offrir le nôtre.

 
Quoi de plus humiliant que de se voir refuser un présent ? Vous êtes d'accord ? Alors, faites-moi connaître vos coordonnées postales pour vous le faire parvenir. Ou une adresse quelconque (mairie, bibliothèque...) où nous pouvons vous envoyer votre prix. Demain, vous saurez le nom des deux gagnants et les lots qu'ils ont remportés. Seul l'un des deux a daigné répondre à mon invitation. Nous voudrions les honorer, tous les deux, comme vous tous. Nous considérerions, JE considérerais, votre silence comme du mépris, une attitude peu en rapport avec la poésie. 

Simplement, amicalement et en toute confiance,

Bernard 

Publié dans poésie

Partager cet article

Repost 0

Rimes et Déraison 2011. Compte-rendu 2

Publié le par Bernard Bonnejean

 

ALEA JACTA EST        RIMES ET DÉRAISON : « Poètes, à vos papiers »

Logo de Fathia Nasr                           



À mesure que je chemine, guilleret ou désolé, dans ce premier Rimes et Déraison, s'ancre en moi une certitude, celle de sa vocation unitaire et universelle. Ce que les politiques et les religieux essaient d'obtenir en vain, les poètes y parviennent, parfois contre les courants de pensée dominants, contre les modes provisoires, notamment celles des formes. 

La poésie est en crise ? Oui, depuis Homère. Autant dire tout de suite que l'art est en crise. Pourquoi ? Parce que ni l'art ni la poésie ne seront jamais adultes. Ces éternels adolescents subissent de plein fouet leur âge ingrat dans des âges tout aussi ingrats. La poésie est éternellement en crise en un monde éternellement en crise. Sinon, j'en ai peur, il ne serait pas d'activité esthétique possible. 

À bien y réfléchir, le Beau est rarement une copie conforme du Réel. Il lui faut un déguisement, un travestissement, un embellissement qui, sans être mensonger ou hypocrite, lui donne un attrait rarement atteint par le réalisme, même sublimé.

Le Beau, affublé de cette majuscule, qu'est-ce donc ? 

 

C'est cet admirable, cet immortel instinct du Beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme une correspondance du Ciel. La soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique, que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau ; et quand un poëme exquis amène des larmes au bord des yeux, ces larmes ne sont pas la preuve d'un excès de jouissance, elles sont bien plutôt le témoignage d'une mélancolie irritée, d'une postulation des nerfs, d'une nature exilée dans l'imparfait et qui voudrait s'emparer immédiatement, sur cette terre même, d'un paradis révélé. 

 

Charles Baudelaire, L'Art romantique1869.


À tous ceux que cette pensée troublerait pour avoir lu le contraire autre part chez la même personne, je me permets de répondre ce qu'à dit Pierre Emmanuel à propos d'un ouvrage baudelairien :

 

Ceci est un répertoire de quelques ambiguïtés baudelairiennes que je tiens pour fondamentales, ambiguïtés que je crois d'ailleurs congénitales à tout poète. 


Autrement dit : le poète manie le monde pour en extraire ses multiples vérités. Et je ne suis pas loin de penser que seul le poète est capable d'en reconnaître la complexité et la richesse. 


Pour les membres du Jury :

Bernard Bonnejean

 


 FONTANA Gabriel


Il y a dans l'incendie


Il y a dans l’incendie de la ville
Un acte évident de salubrité publique.
Brûle l’urbanisme.


Je maréchalerai ton cul sur des pistes sourdes,
Les pistes de la conscience tue.
Je maréchalerai mon nom
Sur les murs de la honte ;
Pas ceux où l’on se lamente
Mais ceux anonymes, où l’on tue.

Je pétainiserai l’honneur et la gloire
D’un pays tétanisé par sa fierté.
De quoi être fiers, nous avons ?
Je ne crois pas et je bave
Sur le drapeau, pas par bravade
Mais parce que je suis paralysé de la bouche.
Je pétainiserai l’idée de Nation,
En y enlevant l’humanisme
Et la fraternité pour y déposer
Tendrement des valises d’injustice.

Je hitlériserai les aéroports
Et les gares, en utilisant les flics
Comme main-d’œuvre pas chère
Pour faire le sale devoir :
Bouter les étrangers hors de nos terres.
Et je n’aurai pas d’oreille pour leur supplique.
J’adolfiserai les consciences prolétaires
En prétendant que le danger guette
Et que demain, ce soir, peut-être,
Le sauvage attend l’heure de manger leur chair.

ENVOI

Je me suiciderai dans les ruines de mon empire,
Je me sarkoïzerai dans les pensées adjacentes,
J’enverrai mes soldats et mes sbires,
Vers les balises baveuses et inconscientes.

 


Connaissez-vous Synne Serheim et Torgeir Husby ? Non ? Je vais vous aider. Ils ont écrit un ouvrage de 240 pages qu'on ne peut pas appeler « recueil ». Encore que depuis que Blaise Cendrars a écrit Moravagine... Des poètes méconnus ? Pas du tout : deux experts psychiatres. Quel rapport avec Gabriel FONTANA ? L'humour, mais volontaire chez lui, involontaire chez eux ? Chez lui, le néofascisme passe par le néologisme. Un néofascisme ironique, de « salubrité publique », ridiculisé, dévoyé, érotisé de prime abord. Il en manque à ses maréchaleries. Il hitlérise, il pétainise, il sarkoïse, mais il aurait pu pinochétiser, karimoviser, alieviser, berdimuhamedowiser, bouteflikiser, nkurunzizaïser, et même bachar-el-assadiser. Mais ce qu'il ne peut pas, ce qui lui est défendu, c'est andersbehringbreivikiser ! Parce que c'est du menu fretin aux ordres ? Non ! Seulement que les braves Serheim et Husby, experts, croient pouvoir éteindre l'incendie par la démonstration inattaquable que le pauvre Anders Beyring Breivik « était malade quand il a tué 77 personnes », que sa condition mentale a altéré 
son jugement en amont et en aval d'une tuerie savamment organisée par ce militant d'extrême-droite norvégien, une des « pires attaques commises sur le sol norvégien depuis la Seconde Guerre mondiale ». 77, 78 avec le malade, victimes de la schizophrénie paranoïde. Des dizaines de millions victimes de la schizophrénie paranoïde d'Hitler... Cependant, le brave garçon ne finira pas comme son grand-papa Adolphe « suicidé dans les ruines de son empire », à l'abri des sarcasmes des Gabriel FONTANA et autres moqueurs de nos démocraties, mais interné dans un hôpital psychiatrique ultramoderne et confortable dans un des pays les plus riches du monde. Avouez qu'il n'y a vraiment que la poésie capable de vous faire gober une histoire pareille ! 


 

 GAUTHÉ Nicole


C'est un chant du cœur

C’est un chant du cœur
Un instant de plaisir
Sur le chemin du bonheur
D’une voix qui soupire

C’est une main sans heurt
Tendue vers le pire
Pour réconforter les pleurs
Et rendre le sourire

C’est dans une rue
Là quelque part
L’aumône qui fut
Donnée au clochard

C’est parfois pour tous,
Un jour, s’oublier soi-même
Et tout prés d’eux 
Leur dire je t’aime

La tendresse 
C’est toute une vie 
Comme une caresse
Portée vers l’infini

 

 

Le grand débat qui agita les poètes à la fin du XIXe siècle fut celui du Beau. Vint s'y greffer une question connexe : l'utilité de l'art. Bientôt les Surréalistes vont défendre l'idée d'une poésie pure, dégagée de tout enseignement, voire de toute logique. Selon cette perspective, un texte ne serait poétique que s'il est inutile et qu'il ne sert que lui-même. Autrement dit, les catégories habituelles deviennent obsolètes : poésie sentimentale, poésie tragique, poésie burlesque, poésie didactique, poésie anthropologique, poésie philosophique, poésie religieuse et autres élégies, éloges, dithyrambes, hymnes, charges... sont remisées au rang de prose rythmée, rimée ou assonantique. Le Chant du cœur de Nicole GAUTHÉ rompt avec cet « art pour l'art », comme on l'appelle, c'est-à-dire un art qui ne soit que son propre objet, sa propre destination, son propre sens. Son poème est tout entier destiné à l'autre. Ainsi devient-il « beau » au sens moral  pour celui qui soupire et qui souffre ; qui pleure sous les coups physiques ou les coups du sort ; qui quête un regard, un sourire, une parole en même temps — et parfois bien plus — qu'une aumône. Et Nicole GAUTHÉ va jusqu'à indiquer le chemin de ce Chant du cœur : les déclarations de son amour qu'on néglige trop souvent par souci des convenances ou par excès de pudeur ; ses manifestations toutes simples, « caresses », « tendresse ». Et surtout, l'indispensable, le si difficile oubli de soi sans lequel on ne voit rien de l'autre. Non, il ne s'agit pas de poésie mièvre et surranée ! Puisse-t-on bien vite retrouver, si nous l'avons perdu, ce Chant du cœur ! 


 GÉNIQUE Évelyne


De tout et de rien

 

J’écris pour parler de tout, de rien
Mélange faisant du bien
Poésie des notes.... Musique des mots
Quand les mots épousent les notes
La poésie des notes avec l'âme des mots
Telle une note de musique
Qui emplit mon cœur de nostalgie
Un rythme, un son qui s'évade
Au rythme d'une voix intérieure
Voilà que la lune se lève
Dans la nuit elle s'installe
Me poussant dans les rêves
De ma folie cérébrale
La lune fait des cercles dans l’eau
Ainsi que mes mots s'affolent
Ça risque de troubler ma main
Je devrais recommencer
La nuit quelque part a repris ses droits
Et le silence s'est installé à côté de toi
C'est ici que mon inspiration s'envole

                     Évelyne GENIQUE lance une invitation à passer un moment à causer au bord d'une cascade. Pas question d'y « parler » ! Il conviendra d'y « causer », non pas à tort et à travers, mais « de tout et de rien », passant du coq à l'âne, sans contrainte ni but précis. Il ne s'agit rien moins que de chercher l'agrément d'une victoire remportée après une joute oratoire, un argumentaire soigné et construit ; juste un temps privilégié de parole libérée pour « la poésie des notes » et la « musique des mots ». Mais un examen plus attentif permet d'y envisager une parade verbale, une antiphonie (pas une symphonie, pas une cacophonie) menée à la baguette par Écho, la nymphe des sources et des forêts, une Shéhérazade de la Grèce antique, tellement douée qu'elle finit par provoquer la jalousie d'Héra, la maîtresse de Zeus. Depuis, elle captive les enfants et les poètes, dans les montagnes comme sous les tunnels, à nous charmer de nos propres mots. Évelyne GENIQUE invite la lune, la nuit, le silence et l'amant dans ce tourbillon de recommencements incessants, de répétitions sans fin. Pas nous ! Qu'irions nous faire dans sa « folie cérébrale » ?, dans son νθουσιασμός, « enthousiasme » poétique que nos Anciens attribuaient à Apollon ou à Dionysos ? Cette inspiration, nos pauvres rationalistes scientistes aux horizons bornés l'ont remisée au rang des « dispositions psychologiques ». De cette catastrophe (encore un mot grec !), pourrait naître la mort d'un art considéré pendant des siècles comme d'origine divine pour le plus grand plaisir des créateurs, de leurs auditeurs et de leurs lecteurs. Mais une fois encore, cet écrit intime composé pour l'aimé, le poète, inspiré, c'est-à-dire étymologiquement « possédé par l'Esprit », n'a pu s'empêcher d'en faire partager les « envolées » à un cercle d'amoureux de ce langage musicien, appelé Poésie



Samia Lamine Ben Ammar LAMINE BEN AMMAR Samia


Noir c'est blanc

Le monde, today, s’macdonalise
Ego et matière pour devise 
Folie furie misère et bêtise.


Les cœurs chavirent
Çà
Et
Là.


Les ventres affaiblis s’amenuisent
Les arbres asphyxiés s’épuisent
Les armes menacent et détruisent.


Les cœurs chavirent
Çà
Et
Là.


Les poissons volent dans l’air
Les pigeons croassent en fureur
Les corbeaux roucoulent en douceur.


Les cœurs chavirent
Çà
Et
Là.


Robots et technos s’imposent
Le noir en blanc se métamorphose
Le temps et l’espace explosent.

Chavires les cœurent

Te 
Çà.

 


Les petits Français des années 50 se croyaient devenus grands lorsqu'on leur confiait la responsabilité de tourner la manivelle du moulin à café. Les plus adroits avaient même le privilège d'ouvrir le tiroir pour en sortir une mouture odorante et fine comme de la farine qui glissait doux sous les doigts. L'électricité les ravit. En Tunisie aussi, Samia LAMINE, on mettait les grains en haut de l'appareil et on appuyait sur un bouton ? Le bruit infernal donnait à l'entreprise un air de modernité. Les bons du café Nico® permettaient de payer la porcelaine mais il ne sentait pas si bon, peut-être parce qu'il n'avait coûté aucun effort. Puis vint le café vendu en poudre, tout prêt, avec le « robusta », viril et prolétaire, qui céda progressivement le terrain aux espèces nobles, les « arabicas », aristocrates raffinés. Avec les années 70, devenus jeunes hommes les petits Français apprirent un nouveau mot : lyophilisé. Les avis étaient partagés sur l'illustre Nestlé® : les uns le trouvaient semblable au « vrai » et, en tout cas, plus pratique et plus rapide ; les autres commencèrent une résistance qu'ils ne savaient pas encore « écologique ». Et de nouveaux mots apparurent traductions de miracles d'inventivité, d'ingéniosité, du moins le croyait-on : surgelé à ne pas confondre avec congelé ni réfrigéré ; déshydraté, dessiqué (pour les snobs) ; et le must, le mot imprononçable par le commun des mortels : cryogénisé à ne sortir que devant un Darjeeling enveloppé dans un sachet de fil. Et tout ça annonçait la mondialisation et, avec elle, la « macdonalisation » des corps et des esprits. L'année dernière, on a détruit les deux rangées de platanes qui bordaient la route d'Ernée à Charné. Quand j'étais enfant, on ne disait pas qu'on allait se promener à Charné, on disait qu'on allait « jusqu'au bout des platanes ». Ça ne dira rien à personne, sauf peut-être à Samia LAMINE, qui met sur le même plan la « folie » et la « furie », la « misère » et la « bêtise ». Et si on s'arrêtait un peu pour remettre de l'ordre dans ce « chavires les cœurent/Là/Te/Çà »...   

    

 LARIE Louyse


Complice du jour

Je connais si peu de toi,
Promesse du livre ouvert,
Si ce n’est qu’à l’écart du périple, je ne suis pas seule.
Tu es là, fidèle et tu m’attends.
Vas-tu m’entraîner dans le tréfonds de ton labyrinthe,
Dont l’existence, d’ores et déjà
M’était naguère inconnue.

Tu m’invites à me poser, à me recueillir,
Terrassée par le frémissement de la timidité.
Je me surprends à la conquête de tes mots, m’asseoir
Et j’essaie à travers leur rencontre, de m’en remplir.

J’ai tenté d’apprivoiser le toit
D’un dénommé Prévert,
Mais lui, autant que moi, était à l’envers.

J’ai rangé la mémoire du temps
À l’ombre des feuilles qui le veulent.
L’espace a parsemé le vide de la crainte !
Te rends-tu compte, quel goujat !

La lecture va comme elle est venue
Et le poète ne cessera par la réviviscence de la faire rejaillir,
Au point de contrarier le sanglot de l’avidité,
Derrière le vertige entre la nuit et le soir.
Crois-tu que le voile du rêve lui ait permis de s’accomplir ?

J’irai parcourir la lagune de l’absence
Où se consume la présence
Et je t’offrirai le doute du silence
De l’empreinte de l’écume brûlante,
Là où les rumeurs de l’aurore se font bienveillantes,
Telles les vagues du refuge de l’espérance.


Louyse LARIE retrouve son adolescence avec ce qu'il faut de doux rêves, de « timidité », de confiance absolue en la « fidélité » de l'être aimé et en l'avenir. Tout cela n'est qu'apparence. Le poète pratique volontiers le multiple sens par l'usage de la métaphore filée. Si Proust a écrit À l'ombre des jeunes filles en fleur, elle se propose d'écrire À l'ombre des feuilles de la mémoire du temps. Non pas en autobiographe, mais en poète. Reste une question, tout de même : quel est donc ce grimoire dont on aimerait connaître le titre, ce « livre ouvert » prometteur et magique ? Un recueil de Prévert ? Non, mais quelque chose qui lui ressemble sans être tout à fait semblable. Une sorte d'ouvrage secret et assez hermétique auquel on puisse se confier sans qu'il livre son trésor, à l'abri de son « labyrinthe » protecteur. Mais, justement, Icare aurait pu sortir grand vainqueur d'une telle prison s'il ne s'était brûlé les ailes, au sens propre. Pourquoi donc, à lire ce poème, ai-je l'impression d'une démission, de l'abandon d'une vocation ? Ai-je été trompé par une lecture myope qui ne se serait pas offert assez d'espace pour se développer à souhait ? Si la « lecture va comme elle est venue », pourquoi cette confession constante d'inaptitude à dire, dans la « lagune de l'absence », le « doute du silence », les mots projetés initialement. La faute au livre comme on dirait : « la faute à Voltaire » ? À ce livre inconnu et sans nom, ou à son auteur ? On souffre — sans doute à tort — en empathie avec Louyse LARIE jusqu'à la « rumeur de l'aurore », et à ce jaillissement de « bienveillance » et d'« espérance » qui l'illumine. Sans doute, cette longue nuit que l'on devine stérile laisse-t-elle alors la place à une création à venir. La rumeur deviendra alors cri et la « vague du refuge », le vol d'un Icare, enduit de miel, mais tout à fait conscient du danger de rester en pleine lumière sous le soleil.  

 

 MONAGHAN Lauriane

Je commence ma résilience... demain

Les regards qui se noient dans ce côté sombre.
Ses mots, symphonie hurlante, notes de la feu-terreur d'un enfant.
Gravité du claudiquant.
La fureur des culpabilisants.

Une chambre si volumineuse, si grande,
Comblée de divers objets, a contrario d'une fêlure si béante.
Un carré, extraits affichés, de croyances.
Insécurités et grands revanchards espoirs.

Quelques jouets usés, par ci par là, éparpillés.
Le même scénario du peu de mots qui y sont rattachés.
La confusion du peu de mots qui y sont rattachés.
Retenue la leçon du silence écrasant l'existence.

Son regard, un soupçon d'amour assaisonné d'une immense violence.
Ses mots qui claquent, de ce petit chef acculé.
La gravité sidérante, digne des pires instances.
Une fureur qui déchire ma présence.

Putain de résilience.



Tout a commencé par une expertise psychiatrique de deux ténors de la justice nordique ; tout finira pas une autre vision, plus insulaire, moins orientale, à la limite de la verte Irlande et de notre beau Paname. C'est le pays de Lauriane MONAGHAN. Le pays d'une cacophonie au réalisme têtu, insupportable, qui sème le trouble chez les uns, l'épouvante chez les petites victimes. Quelles horreurs laisse-t-on impunies entre les quatre murs de chez certains, sous prétexte de protéger la propriété, la vie privée. Qui a dit que la propriété privée était le vol ? Parfois, à cause du respect de lois scélérates et ignominieuses, c'est le viol, la souffrance, la torture mentale et physique d'innocentes petites créatures laissées à la merci de bourreaux très-bien-sous-tous-rapports passé le seuil de leur porte. « L'intimité des foyers » devient alors plus qu'un cache-misère : une chambre à « écraser de petites existences », ou plutôt à « écraser l'existence » de petits à qui ne seront plus jamais accordés le repos de l'âme et son silence réparateur. Lauriane MONAGHAN a su trouver une des causes de cette « gravité sidérante » où se mêlent la complicité et l'indifférence de tous ceux qui savaient mais n'ont rien dit : « un soupçon d'amour assaisonné d'une immense violence ». De l'amour chez ce monstre boiteux ? Aussi étrange que ça puisse paraître, je serais tenté de le croire. Oh ! certes ! un amour tout à fait spécial, mais ni feint ni vicieux : un amour qui n'empêche pas les coups de pleuvoir, sans que « l'être aimé » sache au juste pourquoi. Et c'est pour cette raison qu'elle vient à tarder cette « putain de résilience », chère à nos psychos des temps modernes, prompts à vous faire dire du mal de ceux qui, dans le calvaire qu'ils vous ont fait subir, ont su glisser assez d'amour pour vous rendre capables d'en dire du bien, coupables jusqu'à la fin de votre existence.         

 

Suite et fin au prochain numéro...

Amicalement,

Bernard 

Publié dans poésie

Partager cet article

Repost 0