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Histoire de poètes (11)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

      Claudel et Jammes

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Claudel n’insistera donc plus et cessera de sermonner l’écrivain. Ils se rencontreront tout trois lors du mariage de Jammes. Le témoignage du peintre Charles Lacoste sur l’événement est intéressant car il permet de faire le tour des amitiés et d’avoir un aperçu sur l’ambiance des milieux littéraires des nouveaux convertis de la Belle Epoque :

 

Le mariage de Jammes a été charmant, dans un cadre de vieille propriété et de verte campagne, en ce coin de la vieille Gaule qu’est le Tardenois. A l’église, que les amis de Mlle Goedorp [sœur de Madame Jammes] avaient décorée de feuillages, Jammes, suivant au bras de sa mère la traîne de sa fiancée, avait à la fois l’entrain et le recueillement, la joie et la gravité, la noblesse d’attitude de qui garde, indécontenançablement, la pleine conscience de tous les sentiments qui l’animent, et ce regard qui soutient volontiers tous les regards. Le P. Michel a très bien parlé, avec émotion et affection ; ma femme a chanté du Franck, du Stradella et du Bach. Parmi les garçons d’honneur était Charles Duparc, fils du compositeur. Fontaine, un des témoins, sa croix de commandeur au cou, était superbe. Après la messe, il y avait un lunch debout. Mais Jammes s’était fait préparer, dans la bibliothèque de la maison, une table où il réunit Gide, Bonheur, Rouart, les Leblond, un de ses cousins Goedorp, ma femme et moi. Et là il fut « plus Jammes que jamais ». Sa femme vint voir un instant si nous ne manquions de rien, puis rentra dans la salle du lunch où se pressaient les Lerolle, Madame Chausson (Madame Fontaine souffrante n’avait pu venir), les Redon, les Cherfils, des militaires amis ou parents de la famille Goedorp, une foule nombreuse. Le buffet était délicieux à souhait. 

Vers deux heures, tout le monde regagna le tramway de Bucy à Soissons. Nous restâmes plus longtemps, ma femme et moi, auprès de Jammes, puis nous partîmes dans la voiture qui ramenait le P. Michel à Soissons. Les Francis Jammes partaient le soir même pour les Pyrénées. A la gare de Soissons, nous retrouvâmes tout le monde et les Leblond ; ceux-ci et nous, ayant pris comme le P. Michel, selon son expression, des places de moine, nous montâmes tout cinq dans le même compartiment jusqu'à Paris. Le P. Michel, qui est très aimable et doux, causa beaucoup ; avec les Leblond, il controversa. Il avait, lui aussi, des raisons très fines, très profondes, et je lui sentais quelque chose de plus que la raison, une force ardente et douce de persuasion. En nous quittant, il nous fit lui rappeler nos noms.

 

L’affaire des Caves du Vatican


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Il faudra attendre l’année 1914, pour que les relations entre les deux poètes et Gide s’enveniment vraiment. Les Caves du Vatican, avant d’être publiées en volume, paraissent dans quatre livraisons de la Nouvelle Revue Française, de janvier à avril 1914. Dès le 25 novembre 1913, Paul Claudel manifeste son inquiétude à propos de la citation de L’Annonce faite à Marie que Gide a l’intention de faire figurer en épigraphe du livre III des Caves du Vatican. Cette citation est une réplique de Violaine à Pierre de Craon :

 

Mais de quel Roi parlez-vous et de quel Pape ? Car il y en a deux et l’on ne sait qui est le bon. 

 

L’affaire est de peu d’importance. Si la citation paraît lors de la publication du roman dans la Nouvelle Revue Française, elle sera ensuite retirée à la suite de la protestation de Claudel. Mais, plus grave aux yeux du poète qui, jusque là, a gardé une grande estime et une certaine confiance pour Gide, Rivière lui a communiqué les épreuves de la Revue et Claudel est profondément scandalisé d’y lire ce fragment où nous prenons connaissance des pensées auxquelles se livre le jeune Lafcadio dans le train qui le mène de Rome à Naples :

 

J’aurais voulu revoir Protos. Sans doute il a cinglé vers l’Amérique. Il n’estimait, prétendait-il, que les barbares de Chicago... Pas assez voluptueux pour mon goût, ces loups : je suis de nature féline. Passons.
 

Le curé de Covigliajo, si débonnaire, ne se montrait pas d’humeur à dépraver beaucoup l’enfant avec lequel il causait. Assurément, il en avait la garde. Volontiers, j’en aurais fait mon camarade ; non du curé, parbleu ! mais du petit... Quels beaux yeux il levait vers moi ! qui cherchaient aussi inquiètement mon regard que mon regard cherchait le sien ; mais que je détournais aussitôt... Il n’avait pas cinq ans de moins que moi. Oui : quatorze à seize ans, pas plus... Qu’est-ce que j’étais à cet âge ? Un stripling plein de convoitise, que j’aimerais rencontrer aujourd’hui ; je crois que je me serais beaucoup plu... Faby, les premiers temps, était confus de se sentir épris de moi ; il a bien fait de s’en confesser à ma mère : après quoi son cœur s’est senti plus léger. Mais combien sa retenue m’agaçait !... Quand plus tard, dans l’Aurès, je lui ai raconté cela sous la tente, nous en avons bien ri... Volontiers, je le reverrais aujourd’hui ; c’est fâcheux qu’il soit mort. Passons.
 

Le vrai, c’est que j’espérais déplaire au curé. Je cherchais ce que je pourrais lui dire de désagréable : je n’ai rien su trouver que de charmant... Que j’ai de mal à ne pas paraître séduisant ! Je ne peux pourtant pas passer au brou de noix mon visage, comme me le conseillait Carola ; ou me mettre à manger de l’ail... Ah ! ne pensons plus à cette pauvre fille ! Les plus médiocres de mes plaisirs c’est à elle que je les dois.


La lecture du passage incriminé soulève le réel courroux et le profond écœurement de Claudel qui en informe tous les écrivains catholiques de sa connaissance, surtout Jammes et Rivière, lequel avait montré jusque là une confiance sans limite à Gide. Les échanges épistolaires entre Claudel et Gide, à ce propos, figurent parmi les plus révélateurs de l’esprit de l’époque, de l’âme de Claudel aussi, qui après les épisodes verlainiens et rimbaldiens, a appris à juger les turpitudes humaines à la lumière des Ecritures :



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Non, vous le savez bien, les mœurs dont vous me parlez ne sont ni permises, ni excusables, ni avouables. Vous aurez à la fois contre vous la raison naturelle et la Révélation.

La raison et la droiture naturelle vous disent que l'homme n'est pas une fin en soi et à plus forte raison son plaisir et sa délectation personnelle. Si l'attrait sexuel n'a pas pour issue sa fin naturelle, qui est la reproduction, il est dévié et mauvais. C'est le seul principe solide. Autrement vous tombez dans les fantaisies individuelles. Où tirerez-vous la ligne ? Si l'un prétend justifier la sodomie, un autre justifiera l’onanisme, le vampirisme, le viol des enfants, l’anthropophagie, etc. Il n'y a aucune raison de s'arrêter.

La Révélation nous apprend de plus que ce vice est spécialement détesté de Dieu. Il est superflu de vous rappeler Sodome, le morte moriatur du Lévitique, le début de l’Epître aux Romains, le Neque fornicatores, neque adulteri, neque masculorum concubitores.

Cela suffit. Je dénie à l'individu le droit d’être juge et partie dans son propre cas. Le diable, l'orgueil, la passion en nous greffée, sont prompts à nous souffler des prétextes et des excuses.

Vous vous prétendez victime d'une idiosyncrasie physiologique. Ce serait une circonstance atténuante, mais ce ne serait pas un permis et une patente. Vous êtes surtout victime de deux choses : votre hérédité protestante qui vous a habitué à ne chercher qu'en vous-même les règles de vos actions et le prestige esthétique qui prête un lustre et un intérêt aux actions les moins excusables. En dépit de tous les médecins je me refuse absolument à croire au déterminisme physiologique. Si vous aviez des instincts anormaux, votre âme naturellement droite, votre raison, votre éducation, la crainte de Dieu devraient vous fournir des moyens d'y résister. La médecine est faite pour guérir et non pour excuser. Hélas ! dans votre cas, il vous aurait fallu de plus un confesseur.

 

La réaction de Jammes n’allait pas se faire attendre. Prévenu par Claudel, il se fait un devoir d’amener son vieil ami à plus de décence, de réserve et de prudence. Contrairement à Claudel, il ne prend pas le problème directement. Tout d’abord, il prend le temps d’assurer son destinataire d’une amitié indéfectible et d’une admiration certaine pour le grand écrivain qu’il n’a cessé d’être. Puis, il lui rappelle l’heureux temps passé d’un Gide « sans souillures ». Il en vient enfin à faire allusion, d’abord en prenant toutes les précautions d’usage, puis de plus en plus fermement, au passage incriminé et sur ce qu’il révèle des mœurs de son auteur : 

 

Crois bien que je t’écris ceci sans indignation. Je t'écris non sans avoir demandé de m'inspirer au Christ qui est maintenant le battement même de ma vie. S'indigner, pourquoi ? Il me semble que la miséricorde est toujours à tous. Après Saül, après l’Immoraliste, après Corydon qui paraît-il existe, ce passage de la Nouvelle Revue Française page 478, ne pouvait que te porter le dernier coup. Non seulement dans ta dernière œuvre tu as raillé ma mère l’Eglise comme Voltaire n'eût pas osé et comme à peine Rémy de Gourmont, mais tu t’es déconsidéré toi-même. Tu m'as parfois parlé du péché contre l’Esprit. Prends garde de le commettre. C'est l'état où se trouve l'homme qui ne peut plus se reprendre et qui meurt dans le pli de son péché — l'homme dont la résistance est devenue éternelle. [...]

Il y a un homme [le père Brisset] qui peut te sauver peut-être car si tu te jouais de sa sainteté il te répondrait sans impatience. Je ne sais s'il est à Paris en ce moment. C'est le Dominicain le plus éloquent (dans le sens où nous l'entendons) que j'aie approché, le plus austère —chose étrange peut-être — qui te puisse le plus écouter. [...]

Je prierai pour toi, mon pauvre ami, que j’ai senti si faible sans ce Dieu qui me donne la force et la joie inénarrable. Je t’embrasse.


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Bientôt les correspondances des uns et des autres s’espaceront. Il ne sera plus question, ou très allusivement, de religion et moins encore de la conversion de Gide et de son renoncement à des mœurs que les consciences catholiques ne sont pas prêtes à comprendre, à tolérer, ni même à pardonner. Après une période relativement brève, en l’année 16, où Gide se sent réveillé par sa vieille inquiétude religieuse et qui donnera naissance à Numquid et tu ?, il faudra attendre l’après-guerre mondiale pour que les poètes s’intéressent encore à lui. Mais, cette fois, c’est à Ghéon que Jammes fait appel pour lutter contre ce qu’ils s’accordent à envisager comme une possession démoniaque. Ghéon écrira en ce sens à Jammes :

 

Comment le prendre, si nous ne demandons pas à Dieu de nous y aider ? Je ne puis prendre mon parti de l'abandonner au « démon » ; tu sais peut-être qu’il croit au démon ; c'est son obsession actuelle ; mais il y croit pour le mieux fréquenter. Plus je l'examine, plus je suis persuadé que c'est un cas de « possession » et nos raisons n'y feront rien, si nous ne les étayons de prières. 

 

Loin de le détromper, Jammes confirmera les impressions de son ami. Il se fait for de tout mettre en œuvre pour sauver l’âme de Gide :

 

Je suis de ton avis : il faut avoir recours aux prières pour le cas singulier dont tu parles. Je vais mettre à contribution de très saintes reliques d’Orthez et nous allons nous efforcer, toi et moi, dans le même sens. Je crois cependant qu'il est bon, dans l'espèce, de ne point faire part à ce pauvre homme du soin que l’on prend de lui car son orgueil se saisirait encore de ce prétexte, pour en agir comme le chien de Jean de Nivelle. [...]

Prions donc et faisons prier. Je crois moins à une vraie possession qu'à une imprégnation ou obsession diabolique. Et, quant à l'intelligence, bien qu'elle paraisse intacte, certains tics, ce rire tremblé, cette trépidation de l'épaule et ce reniflement, semblent être l'indice d'une dépression. Pour qu'il la remonte, il ne faut pas moins que la Croix. 


Voilà le cas Gide sinon réglé du moins éclairci. Claudel, lui aussi, parlera en 1950 de la « possession diabolique » de Gide à Robert Mallet. D’ailleurs Gide n’a rien fait pour détromper ses amis. Mallet clôt le chapitre gidien par une citation éloquente de l’un de ses biographes, George D. Painter :

 

Pour Gide, c’est la constatation que le diable, si on a l’intelligence de le comprendre sans en être dupe, peut être un bon professeur de morale et de psychologie. Ce nouveau thème fut le principal des années 1916 à 1926 ; et La Symphonie Pastorale est une première expérience, contrôlée et circonscrite, des méthodes et du succès du diable.

 

Gide la bête noire de Claudel 

 

Toujours est-il que pour les grands poètes convertisseurs, Gide représenta un obstacle sérieux à la résurgence du catholicisme dans les lettres françaises du nouveau siècle. Claudel, trop vite oublieux des années d’amitié partagée, ne devait jamais le lui pardonner. En 1947, le vieux poète catholique est interviewé par Dominique Arban du journal Combat : 

 

— Cette recherche d’une morale qui ne transcende pas l’homme est aussi le fait d’un de vos contemporains, André Gide.

— Oh ! j’ai horreur de ça !

— ?

— Je ne lui reconnais aucun talent. [...] Ce qui me demeure incompréhensible, c’est son influence. Du point de vue artistique, du point de vue intellectuel Gide, ce n’est rien. Son influence c’est un des mystères qui m’entourent. [...]

— Si Gide ne s’est pas converti...

— C’est qu’il n’avait accepté aucun guide. Il donne un effroyable exemple de lâcheté, de faiblesse. [...] Je ne tiens pas à faire de polémique. J’ai beaucoup fréquenté Gide quand je le croyais profondément chrétien... et que j’ignorais son défaut abominable. [...] Oui, jusqu’au moment où j’ai connu cette... faille. Il y a une police nécessaire contre les empoisonneurs. Or, c’est un empoisonneur, je ne le dis pas au hasard. Combien de lettres n’ai-je pas reçues de jeunes hommes égarés ? Au départ de leur chemin vers le mal, il y a toujours Gide.

— Ils aboutissent à vous ?

— Au bout d’un certain temps ils s’aperçoivent que le mal ne compose pas. Alors, ils s’adressent à moi. [...] Moi, je combats cette influence avec toutes les armes que j’ai. Que voulez-vous, c’est oui ou non.

— Et quand, c’est oui et non ?

— Comprends pas...

 

Gide aussi aura sa vengeance. En 1949 paraît chez Gallimard son Anthologie de la Poésie Française. Il prévient ainsi le lecteur dans sa préface :

 

J’ai préféré restreindre ma liste et accorder plus de place aux élus, plutôt que de citer aussi les meilleurs poèmes de « minores », ainsi que l’on fait d’ordinaire, et qu’il est bon de faire pour obtenir une chaîne interrompue. [...] Je voudrais ne présenter ici que des pépites ; ne citer que des vers que l’on prît plaisir à relire et que l’on souhaitât savoir par cœur. J’ai naturellement écouté mon goût. Je n’ai écouté que lui, me laissant instruire sans cesse.

 

Cette prudence rhétorique est somme toute assez coutumière chez les auteurs d’anthologies. Du reste, comme prévu, pour la période moderne, les grands noms figurent en bonne place : Hugo, qui se paie la part du lion, Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud, Verlaine, bien entendu, Verhaeren, Valéry, Jacob, Apollinaire. Gide n’a pas oublié non plus ceux que la vague surréaliste commence à faire oublier : Gautier, Leconte de Lisle, Banvile, Heredia, Van Lerbergue, Régnier, Signoret, Franc-Nohain, Charles Guérin, Levet. Plus inattendus, Madame Ackermann, Louis Ménard, Jean-Marc Bernard, Catherine Pozzi et Raymond Radiguet. Puis, les poètes dans l’air du temps, Cros, Corbière, Laforgue, Toulet, Ramuz. Surtout, il y a le bon Jammes, que Gide cite abondamment et notamment cette « Prière pour louer Dieu », dont il se souvint peut-être naguère dans les moments d’inquiétude :

 

Mon Dieu, calmez mon cœur, calmez mon pauvre cœur,

Et faites qu’en ce jour d’été où la torpeur

S’étend comme de l’eau sur les choses égales,

J’aie le courage encore, comme cette cigale

Dont éclate le cri dans le sommeil du pin,

De vous louer, mon Dieu, modestement et bien.

 

Il n’y a pas Péguy. Mais au lecteur qui s’en inquiète Gide a répondu par avance dans sa préface :

 

Certains fervents s’étonneront, s’indigneront peut-être, de ne voir aucun morceau de Péguy dans cette anthologie. Il faut donc que je m’en explique : si grande que soit mon admiration pour la figure de Péguy, pour maintes pages de son œuvre en prose, pour l’injustice de ses pamphlets où respire une passion si authentique, pour les incomparables dialogues de sa Jeanne d’Arc avec Hauviette et avec Madame Gervaise — je range ses alexandrins en général, et en particulier ceux de son Eve si souvent cités et si opportunément loués, parmi les plus mauvais qui jamais aient été bâclés dans aucune langue. La Foi les dicte : il faut la Foi pour les goûter. Les proposer à l’admiration, c’est inviter à croire que l’excellence du sentiment suffit, qui les inspire ; à croire que la conviction fait l’artiste. En dépit de la culture, du goût, de l’art, c’est souscrire à la barbarie. 

 

Jugement sévère, sans concession, et hautement critiquable. Mais c’est la loi du genre : l’auteur d’anthologie opère un libre choix selon son goût et non selon des critères établis par la critique officielle et institutionnelle du moment. Finalement, expliquer le rejet de Péguy, c’est un peu lui rendre hommage. 
 

De Claudel, pas un vers, pas un mot, pas une mention, pas une notation... 
 

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Que Claudel, et tous les écrivains bien-pensants qui fréquentèrent les cénacles catholiques de la Belle Epoque, ne lussent-ils ce bel hommage post mortem d’un prêtre, amateur de belles lettres ? Celui qu’il nomme « l’ange radieux des ténèbres », le « frère ennemi », n’aurait jamais dû, selon lui, avoir raison de « notre » tendresse, c’est-à-dire de celle des chrétiens. D’une part, selon André Blanchet, Gide représente l’un de nos tout meilleurs écrivains, un styliste de génie, qualité du reste qu’aucun critique averti ne saurait lui nier. Puis, il rappelle que « le Gide de vingt ans » qu’il n’a cessé d’être « fut un être exigeant ». Un Gide — pourquoi Claudel ne s’est-il pas souvenu de cela ? — peu à l’aise dans une France étroite d’esprit, petite bourgeoise, qui n’a retenu de la religion que des préceptes et des rites étouffants. Gide lui-même, d’après l’auteur de ces pages, a évoqué « cette atmosphère de salons et de cénacles où l’agitation de chacun remuait un parfum de mort » ! Passage édifiant pour comprendre Gide et les relations qu’il entretint avec ses amis poètes, selon les conceptions qu’il se faisait alors du catholicisme ! Gide préfère citer l’Evangile, avec la joie et l’enthousiasme qu’il contient, dans une sorte de « nudisme spirituel », d’« ivresse mystique », que partageront avec lui Jammes, Marcel Arland, Claudel, avant de le renier, Du Bos, Rivière, Dupouey, Schwob, Ghéon, Copeau... En outre, rappelle Blanchet, « il a été à l’origine d’un mouvement de conversions ». Qu’est-ce qui a bien pu séduire la jeunesse de l’époque ? Tout d’abord, le mépris des livres et des systèmes de pensée trop figés. Il y faut ranger le christianisme poussiéreux des dévotes. Ensuite, l’idée, « à la fois claudélienne et gidienne », souligne le critique, de « l’éternité vécue dès maintenant ». Aussi, l’invitation à mettre en pratique la parabole des talents, « de cultiver en soi ce que chacun a d’unique, d’"irremplaçable" ». Et Blanchet de rappeler à tous les juges de Gide, la condamnation évangélique du Pharisien. Mais il est un terrain sur lequel un catholique ne pouvait suivre Gide, c’est celui de la morale. Plus exactement, Gide s’est refusé à se soumettre à toute morale, au profit d’un humanisme intégral et totalitaire, proche des aspirations de la jeunesse, mais éloigné de l’idéal évangélique. En un mot, et c’est le plus grave, « Gide avait falsifié l’Evangile » en prônant la volupté que précisément le livre saint ne défend pas. De là un continuel besoin de se justifier, de rendre défendable de bas instincts à coup de sentences évangéliques. Ni Claudel, ni Jammes, ni Du Bos ne pouvaient le suivre sur ce terrain. D’où des luttes, des malentendus, des reniements, jusqu'à celui du communisme dont il ne supportera pas longtemps le dogmatisme. Blanchet termine par cette vérité : « Gide ne s’est pas situé en dehors du christianisme pour le combattre ». Il l’a détourné de son sens pour en tirer profit. Au total, l’entreprise gidienne est une « transmutation narcissique des valeurs évangéliques », sans que son auteur ait peut-être pris conscience de ses manipulations. Mais André Gide, rappelle Blanchet, « suppliait qu’on ne le jugeât point ». Et le critique, après avoir décidé de l’entendre, termine sur ces lignes :

 

A Cuverville, devant le cercueil d’André Gide, un pasteur protestant a lu quelques passages de Numquid et tu. Oubliant le mal qu’il nous a fait, plusieurs catholiques, je le sais, s’associaient de loin à cette prière, à ces formules pathétiques qu’une instance de la grâce tira un jour de lui, et qui prenaient un sens encore plus pathétique d’être redites devant sa dépouille. Il ne s’agissait pas de le confronter à la période la plus généreuse de sa vie, pour le confondre, mais de lui prêter nos lèvres pour qu’il puisse dire à Dieu :

 

Mon Dieu, je viens à vous avec toutes mes plaies qui sont devenues des blessures ; avec tous mes péchés sous le poids desquels mon âme est écrasée.

Tous les reflets de Vous que je sentais en moi se ternissent. Il est temps que vous veniez.

Quoi ! suis-je donc aujourd’hui comme si je ne L’avais jamais aimé ?

Souillure affreuse, ô salissure du péché ! Cendre que laisse après soi cette flamme impure, scories... Peux-tu me nettoyer de tout cela, Seigneur ? que je chante ta louange à voix haute.

 

Pour démoraliser à tout jamais ceux qui confondent le devoir de transmission du savoir et le pédantisme, j'offre à tous les étudiants, sur présentation d'une photocopie de la carte d'étudiant mise à jour, toutes les références des citations mises en notes dans mes dossiers. C'est ainsi que je conçois le prolongement, à la retraite, de ma carrière d'enseignant,

Bien amicalement,

Bernard Bonnejean


Copie et reproduction de ce texte sur demande expresse de l'auteur. Les étudiants ont la possibilité d'avoir accès aux références et aux notes, sur demande et présentation de la photocopie de leur carte d'étudiants à jour.

 

Publié dans poésie

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Les leçons du 20 août

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 
Jour de la Saint-Bernard


Traditionnellement, je vais à la messe tous les vingt août pour honorer mon saint patron, Bernard de Clairvaux. Les textes liturgiques de ce jour-là, comme ceux de l'Assomption du 15 août, me servent de règle de conduite à suivre pour le restant de l'année. Or, il arrive aussi que ces textes extraits des livres sacrés concernent aussi l'assemblée de tous les fidèles, voire l'Eglise dans son sens très large, d'habitants du monde entier. Permettez-moi de vous offrir humblement l'évangile de cette fête de Saint-Bernard afin que vous en tiriez plus un espoir qu'une leçon.

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 23,1-12. 

Jésus déclarait à la foule et à ses disciples :


« Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. 
Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. 
Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. 
Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues ; 
ils aiment les places d'honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues, 
les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. 
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères. 
Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. 
Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ. 
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. 
Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé. 


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 Holy Gospel of Jesus Christ according to Saint Matthew 23:1-12. 

Jesus spoke to the crowds and to his disciples, 
saying, "The scribes and the Pharisees have taken their seat on the chair of Moses.
Therefore, do and observe all things whatsoever they tell you, but do not follow their example. For they preach but they do not practice. 
They tie up heavy burdens (hard to carry) and lay them on people's shoulders, but they will not lift a finger to move them.
All their works are performed to be seen. They widen their phylacteries and lengthen their tassels.
They love places of honor at banquets, seats of honor in synagogues,
greetings in marketplaces, and the salutation 'Rabbi.' 
As for you, do not be called 'Rabbi.' You have but one teacher, and you are all brothers.
Call no one on earth your father; you have but one Father in heaven. 
Do not be called 'Master'; you have but one master, the Messiah.
The greatest among you must be your servant. 
Whoever exalts himself will be humbled; but whoever humbles himself will be exalted. 

 

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Evangelio según San Mateo 23,1-12. 

"Los escribas y fariseos ocupan la cátedra de Moisés; 
ustedes hagan y cumplan todo lo que ellos les digan, pero no se guíen por sus obras, porque no hacen lo que dicen. 
Atan pesadas cargas y las ponen sobre los hombros de los demás, mientras que ellos no quieren moverlas ni siquiera con el dedo. 
Todo lo hacen para que los vean: agrandan las filacterias y alargan los flecos de sus mantos; 
les gusta ocupar los primeros puestos en los banquetes y los primeros asientos en las sinagogas, 
ser saludados en las plazas y oírse llamar 'mi maestro' por la gente. 
En cuanto a ustedes, no se hagan llamar 'maestro', porque no tienen más que un Maestro y todos ustedes son hermanos. 
A nadie en el mundo llamen 'padre', porque no tienen sino uno, el Padre celestial. 
No se dejen llamar tampoco 'doctores', porque sólo tienen un Doctor, que es el Mesías. 
Que el más grande de entre ustedes se haga servidor de los otros, 
porque el que se ensalza será humillado, y el que se humilla será ensalzado". 

 

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Evangelho segundo S. Mateus 23,1-12. 
Naquele tempo, Jesus falou assim à multidão e aos seus discípulos: 
«Os doutores da Lei e os fariseus instalaram-se na cátedra de Moisés. 
Fazei, pois, e observai tudo o que eles disserem, mas não imiteis as suas obras, pois eles dizem e não fazem. 
Atam fardos pesados e insuportáveis e colocam-nos aos ombros dos outros, mas eles não põem nem um dedo para os deslocar. 
Tudo o que fazem é com o fim de se tornarem notados pelos homens. Por isso, alargam as filactérias e alongam as orlas dos seus mantos. 
Gostam de ocupar o primeiro lugar nos banquetes e os primeiros assentos nas sinagogas. 
Gostam das saudações nas praças públicas e de serem chamados 'mestres’ pelos homens. 
Quanto a vós, não vos deixeis tratar por 'mestres’, pois um só é o vosso Mestre, e vós sois todos irmãos. 
E, na terra, a ninguém chameis 'Pai’, porque um só é o vosso 'Pai’: aquele que está no Céu. 
Nem permitais que vos tratem por 'doutores’, porque um só é o vosso 'Doutor’: Cristo. 
O maior de entre vós será o vosso servo. 
Quem se exaltar será humilhado e quem se humilhar será exaltado. 

 

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Evangelium nach Matthäus 23,1-12. 
Darauf wandte sich Jesus an das Volk und an seine Jünger
und sagte: Die Schriftgelehrten und die Pharisäer haben sich auf den Stuhl des Mose gesetzt.
Tut und befolgt also alles, was sie euch sagen, aber richtet euch nicht nach dem, was sie tun; denn sie reden nur, tun selbst aber nicht, was sie sagen.
Sie schnüren schwere Lasten zusammen und legen sie den Menschen auf die Schultern, wollen selber aber keinen Finger rühren, um die Lasten zu tragen.
Alles, was sie tun, tun sie nur, damit die Menschen es sehen: Sie machen ihre Gebetsriemen breit und die Quasten an ihren Gewändern lang,
bei jedem Festmahl möchten sie den Ehrenplatz und in der Synagoge die vordersten Sitze haben,
und auf den Straßen und Plätzen lassen sie sich gern grüßen und von den Leuten Rabbi (Meister) nennen.
Ihr aber sollt euch nicht Rabbi nennen lassen; denn nur einer ist euer Meister, ihr alle aber seid Brüder.
Auch sollt ihr niemand auf Erden euren Vater nennen; denn nur einer ist euer Vater, der im Himmel.
Auch sollt ihr euch nicht Lehrer nennen lassen; denn nur einer ist euer Lehrer, Christus.
Der Größte von euch soll euer Diener sein.
Denn wer sich selbst erhöht, wird erniedrigt, und wer sich selbst erniedrigt, wird erhöht werden.

 

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Dal Vangelo di Gesù Cristo secondo Matteo 23,1-12. 
Allora Gesù si rivolse alla folla e ai suoi discepoli dicendo: 
«Sulla cattedra di Mosè si sono seduti gli scribi e i farisei. 
Quanto vi dicono, fatelo e osservatelo, ma non fate secondo le loro opere, perché dicono e non fanno. 
Legano infatti pesanti fardelli e li impongono sulle spalle della gente, ma loro non vogliono muoverli neppure con un dito. 
Tutte le loro opere le fanno per essere ammirati dagli uomini: allargano i loro filattèri e allungano le frange; 
amano posti d'onore nei conviti, i primi seggi nelle sinagoghe 
e i saluti nelle piazze, come anche sentirsi chiamare "rabbì''dalla gente. 
Ma voi non fatevi chiamare "rabbì'', perché uno solo è il vostro maestro e voi siete tutti fratelli. 
E non chiamate nessuno "padre" sulla terra, perché uno solo è il Padre vostro, quello del cielo. 
E non fatevi chiamare "maestri", perché uno solo è il vostro Maestro, il Cristo. 
Il più grande tra voi sia vostro servo; 
chi invece si innalzerà sarà abbassato e chi si abbasserà sarà innalzato. 

 

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Ewangelia wg św. Mateusza 23,1-12. 
Wówczas przemówił Jezus do tłumów i do swych uczniów tymi słowami:
«Na katedrze Mojżesza zasiedli uczeni w Piśmie i faryzeusze.
Czyńcie więc i zachowujcie wszystko, co wam polecą, lecz uczynków ich nie naśladujcie. Mówią bowiem, ale sami nie czynią.
Wiążą ciężary wielkie i nie do uniesienia i kładą je ludziom na ramiona, lecz sami palcem ruszyć ich nie chcą.
Wszystkie swe uczynki spełniają w tym celu, żeby się ludziom pokazać. Rozszerzają swoje filakterie i wydłużają frędzle u płaszczów.
Lubią zaszczytne miejsca na ucztach i pierwsze krzesła w synagogach.
Chcą, by ich pozdrawiano na rynkach i żeby ludzie nazywali ich Rabbi.
Otóż wy nie pozwalajcie nazywać się Rabbi, albowiem jeden jest wasz Nauczyciel, a wy wszyscy braćmi jesteście.
Nikogo też na ziemi nie nazywajcie waszym ojcem; jeden bowiem jest Ojciec wasz, Ten w niebie.
Nie chciejcie również, żeby was nazywano mistrzami, bo jeden jest tylko wasz Mistrz, Chrystus.
Największy z was niech będzie waszym sługą.
Kto się wywyższa, będzie poniżony, a kto się poniża, będzie wywyższony.

 

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Ni latin, ni grec ? Non, ni latin ni grec ! Non parce que c'est mon bon plaisir, mais parce que ce sont devenues des langues incompréhensibles et que la religion, si elle veut être entendue, doit commencer par être comprise. 

Bien amicalement et bien fraternellement,



Bernard
 

Publié dans religion

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Déclaration d'amour

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

à la mode facebook-meetic


Il fut un temps, pas si lointain, où il était d'usage de se déclarer. Ce verbe a malheureusement pris une tournure mercantile et administrative peu propice aux échanges amoureux. Aujourd'hui, on se déclare plutôt aux impôts ou en douane. Naguère, on déclarait ses revenus, certes, mais il était bien plus important de déclarer sa flamme à l'objet de ses désirs. La scène, pour convenue qu'elle soit, avait quelque chose de chevaleresque : le prétendant se tenait à genoux, un bouquet à la main, en gants blancs et tenue d'apparat et attendait que la jeune fille donne sa réponse, positive, puisque tout avait été préparé en coulisses.


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 De nos jours, il arrive encore qu'on écrive des déclarations d'amour, mais sans gants blancs et assis devant son ordinateur. C'est ainsi qu'une de mes amies de facebook, inscrite sans le savoir sur meetic, a reçu il y a quelques temps ce chef-d'oeuvre épistolaire de touchante naïveté ou de goujaterie déplacée (les points de vue divergeront forcément selon l'âge et le sexe du récepteur). J'entends conserver une neutralité bienveillante dans cette affaire, ne voulant ni précipiter les événements ni contrecarrer des projets dans lesquels je ne suis pas partie prenante. Cependant, j'oserais seulement avouer que si Madame la Baronne de Rothschild m'agaçait avec ses leçons de savoir-vivre, il convient d'admettre qu'à la lecture de cette missive trop matérialiste pour être sentimentale ses éclaircissements ne seraient pas abusifs en la circonstance présente.
 


  • MounAmour Toujani
    22 juillet
    • 22 juillet

Bonsoir,

C'est MARCEL DUCHEMIN, et bien tout d'abord je suis très heureux de faire votre connaissance.


Je te faire ce message pour te parlé de moi, je suis très ravi de bien vouloir faire ta connaissance, et bien avec grand plaisir voici un très long mail de présentation que je t'envoie dans lequel je vais t'écrire avec sincérité....honnêteté et franchise....pour me démarquer des autres réponses que tu ne manques pas, très certainement, de recevoir.....à toi de juger !

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Je vais te parler un peu de moi.... (Même si cela est parfois difficile!......) Et si tu souhaites faire un peu mieux connaissance...eh bien répond moi....!



J'ai vécu 3 ans, sans être marié, avec une femme à la suite, j'ai souhaité me marier, je crois que je n'avais pas fini ma période de réflexion et que l'immense chagrin de cette séparation était encore trop présent.



Toujours est-il que cette démarche a été dans son résultat, un échec total Je crois bien que cela aura été la plus grosse bêtise de ma vie car je n'ai pas pris le recul nécessaire pour connaître la personne avec qui je voulais vivre...et qui s'est révélée être incapable de gérer un couple (Et il n'y a pas que cela mais j'aurai, sans doute, l'occasion de t'en reparler !) j'ai repris goût à la vie.



Je cherche à refaire ma vie sans attendre! J'aimerais connaître une femme douce tendre Sensuel, très, simple, vraie, drôle, sincère ! Mes seuls loisirs sont l'informatique, l'électronique et la photo, les restaurants, les voyages !



Mais, j'aime aussi les vielles pierres... les vieux châteaux et les vieilles églises les sites historiques les traditions et les coutumes...



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Voilà sans entrer dans les détails, un peu de mon parcours qui me laisse déçu par la vie mais qui me donne une très grande volonté de réussir l'avenir Je cherche tout simplement à refaire ma vie, avec une femme sans distinction d'origine et de religion Je l'aimerais tendrement, sensuellement, comme je le suis...!!!!



J'aimerais te rencontrer et t’apprécier t’inviter ensuite à un dîner plein de douceur afin de favoriser les premiers instants de connaissance puis parler, écouter séduire plaire étonner surprendre faire de cet instant Magique un réel moment de bonheur et de douceur dans une harmonie naissante De la complicité...de la tendresse du partage du dialogue ainsi que le respect de la liberté de l'autre avec l'envie de concrétiser des projets des voyages des moments d'intense bonheur du rire et de la musique



Ma devise à moi, l'âge, la distance, la couleur etc n'ont pas d'importances, pour moi l'importance est la sérénité du cœur et la fidélité ainsi que la confiance dans un premier début de contact avec toi, J'espère que tu que tu es une femme fidèle , gentille, agréable a parler a regarder car , j'ai beaucoup souffert de l'infidélité je souhaite maintenant oublier tout cela et avancer vers le bonheur avec une femme douce et fidèle à moi quand je suis très gentille, sérieux, intelligent , bien éduqué, courageux.



Je suis beaucoup sentimentale, affectueux, avec aussi les personnes que j'aime.



Je pense que pour s'aimer pour que notre relation soit sérieuse et durable il faut une bonne entente entre nous, une compréhension, le respect et la tolérance de sa moitié.



Comment vois-tu celui qui te rendra heureuse ?



  • Depuis combien de temps tu es a la recherche de celui qui te rendra heureuse ?


Qu’est ce que tu pense d'Internet ? Tu crois que c'est un bon moyen de trouver l'âme sœur ? 


Si oui donne-moi les motifs qui t'ont poussé à venir sur Internet à la recherche de l'âme sœur.

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As-tu des enfants ? Combien ?



Souhaites-tu en avoir de plus avec celui que tu recherches ? Si oui, Combien ?



Tu vis avec tes enfants ou ils sont tous grand et indépendant ?



Quelle est ta couleur préférée ?



Quel est ton style vestimentaire ? Quel est ton goût En Gourmandise ?



Sais-tu Cuisiner ?



Qu'es ce que tu aimes le plus chez l homme ?



Voila quelques question que je te laisse pour aussi mieux te goût en retour, je suis heureux de t'avoir connu.



Voilà charmante femme, à qui je m'adresse, le programme que je te propose....Pour te permettre, aussi, de mieux comprendre ma personnalité, ma sensibilité ma sensualité, mon romantisme et ma tendresse.

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J'espère que tu as ressenti de l'émotion à cette lecture....



Donne-moi tes réflexions..... J'aimerais avoir, aussi, quelques jolies photos de toi...?????

Peux-tu me les envoyer en retour ? Je tiens vraiment à te découvrir à travers tes

  • photos.....


JE SOUHAITE QUE TU PRENNES BIEN SOIN DE MON COEUR....Cajole le, câline le, enrobe le de Tes parfums... il est à toi, si tu sais l'aimer et lui donner la tendresse que mon coeur réclame !



PEUX-TU M'ENVOYER TON COURRIER ET TES PHOTOS à cette adresse ???

 

 

 


Bon ! Il ne s'agit pas de dramatiser non plus ! Tout s'apprend ! Et il restera au monsieur à lire quelques belles pages de la littérature française pour se familiariser avec l'art de la fine amor.


Bien amicalement à tous les amoureux et à toutes les amoureuses,


 Bernard

Publié dans humour grinçant

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Conversation privée

Publié le par Bernard Bonnejean



Échange sur une photo

 

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      «  Purée ! Viens-voir ! Ça vaut dix !

- Me dis pas que c’est lui, ça !

- Ben si ! Regarde ses yeux : c’est à ça qu’on le reconnaît.

- Ben mince ! Je l’aurais croisé dans la rue, je l’aurais pas reconnu.

- Remarque, il penserait peut-être la même chose de nous s’il nous voyait.

- Quand même ! Pas à ce point-là ! Ça, tu vois, c’est quelqu’un qui se laisse aller.

- Ou alors, il est malade ?

- Malade ? Avec un sourire pareil ? I’ bouffe trop, c’est tout !

- Tu sais, des fois, hein !

- Je te dis qu’il bouffe trop et puis la picole, à c’t’âge-là…

- Il  a jamais picolé de sa vie.

- Y’a un début à tout. Tu te rappelles la tronche à Gaby, après la mort de sa femme ?

- Il avait pas attendu la mort de sa femme pour picoler le Gaby !

- Il avait pas attendu la mort de sa femme pour rien du tout, Gaby. Celui-là !!!

- On peut dire qu’il lui en a fait voir à sa femme.

- Oui, bon, d’accord, mais il est resté jusqu’au bout quand même ! Tu peux pas lui retirer ça !

- Il était jamais chez lui !!

- Elle non plus !

- Evidemment, il l’avait mise en maison spécialisée !!!

- Bon ! D’accord ! De toute façon, tu l’as jamais aimé, Gaby ! Et d’abord, qu’est-ce qu’il vient faire Gaby dans la conversation !

- C’est toi qu’en parles !

- Maintenant que tu le dis, je me demande quand même s’il est pas malade avec une bouille pareille. C’est pas normal, ça !

- Puisque j’te le dis !

- Il paraît que la cortisone…

- Surtout que là, il a pas grossi, il a enflé, non ?

- Oui, t’as raison, il a l’air bouffi. Eh ben, t’imagine ! Sans rire, vous lui avez assez couru après, tes copines et toi !

- Il était gentil, c’est tout. Et drôle aussi.

- Moi aussi, je suis drôle, non ?

- Oui, oui... Qu’est-ce que tu veux manger ce soir ?

- Ce que tu veux. Qu’est-ce que tu as ? Tiens, je dirais pas non pour une bonne tête de veau vinaigrette.

- Imbécile !

- Qu’est-ce que j’ai encore dit ? Tu vas voir que ça encore me retomber dessus !!! »


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Publié dans arts plastiques

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La boulette

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Essai de physiologie appliquée

À Madame Ganaël Joffo et à Anna

 


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C'était à n'y rien comprendre ! Leurs yeux disaient l'amour et elles s'apprêtaient à commettre sur moi un acte répréhensible. Volontaire, prémédité, calculé. Assises là, toutes les deux, de chaque côté de la grande table familiale, à m'épier, à me scruter, à me travailler, elles éprouvaient cette gêne empreinte de pitié de frères Samson convaincus de l'innocence du condamné ou émus par son jeune âge. Elles allaient m'exécuter, sans haine, juste parce qu'elles s'étaient persuadé de la fatale nécessité d'un devoir. Voire d'une obligation légale, imposée par un système dont je n'avais, à cet âge, aucune idée. Et, au besoin, elles auraient avancé cet argument de poids que les tribunaux entendent tous les jours : « Il le fallait ! Si nous ne l'avions pas fait, d'autres s'en seraient chargé à notre place en prenant beaucoup moins de gants ».  


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Que leur arrivait-il donc pour qu'elles passent ainsi, de conserve, de la bienveillance à l'hostilité ?  Elles que je croyais mes amies s'étaient liguées pour me vaincre. Leur regard, plein de tendresse, ne pouvait tromper : elles étaient résolues à aller jusqu'au bout de leur projet. C'en était fini de la grande liberté, des jours heureux : elles se feraient complices d'une forfaiture promise et redoutée !

Depuis combien de temps avaient-elles ourdi ce complot ? Je ne le sus jamais. Pourtant, avec le recul, il me revient des bribes de souvenirs. 

Le premier, en double, je le dois à ma tante Irène et à la maman de mon ami d'enfance, Simon Terrois. Chez ma tante, on vivait à la mayennaise. Quand il faisait beau, elle nous donnait une tartine en guise de déjeuner. Je ne me souviens pas d'avoir été obligé de m'asseoir à table une seule fois... Ce jour-là, elle nous tendit une tartine de saindoux !!! Quelle drôle d'idée !!! Moi qui n'aimais rien qui ressemblât de près ou de loin à un corps gras !! Pas de beurre, pas de crème ! Je pris l'objet avec dégoût et le portait à ma bouche sous les encouragements de mon cousin et de sa mère. Retroussant au maximum la lèvre supérieure pour qu'elle n'entre pas en contact avec l'onctuosité dégoûtante du poison, je réussis à mâcher puis à avaler. Et... je trouvai ça comestible !!! Comment se fait-il que Madame Terrois ait renouvelé l'expérience quelques jours plus tard ? J'aurais dû me méfier. Le fait est que je me vantai de l'exploit à la maison, peu de temps avant ma condamnation. 


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Pourtant, il y avait eu l'épisode du prophète habillé de noir, en gare de Granville.  J'étais planté au milieu de la foule, un peu perdu, l'esprit encombré par toutes ces têtes inconnues et ces corps en perpétuel mouvement vers les quais ou vers la ville. L'un d'eux, petit, brun, un corbeau aux yeux sombres, ronds et fixes s'approcha et, indifférent à la présence maternelle, s'adressa à moi comme à un homme. Je devais avoir huit ans, mais j'ai reçu ses paroles comme une menace : « Jamais de viande, petit ! Ne mange jamais de viande ! C'est du cadavre et tu serais malade ». Il tourna les talons et je ne l'ai jamais revu. En réalité, ni végétarien ni même végétalien, manger ne présentait pour moi aucun intérêt. On me nourrissait, depuis ma naissance, de lait et de bouillies faites maison jusqu'à ce qu'on essaie sur moi la Blédine Jacquemaire, la seule que j'aie pu avaler sans dégoût. Le prophète avait donc deviné à ma maigreur qu'il pouvait exploiter une disposition naturelle. Mais je ne saurai jamais non plus pourquoi il s'était ainsi sauvé sans explication. Peut-être que la crainte d'être foudroyé sur place...


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Le fait est que j'étais d'une maigreur et d'une pâleur qui ne traduisait nullement mon état de santé. Je n'étais pas malade, même si je commençais à complexer à cause du « trou ». Ah ! ce trou ! Les côtes ressortaient, certes, mais ça ne me gênait nullement. En revanche, le trou, là, au milieu, je trouvais ça moche au point de ne jamais me montrer torse nu. Et ce trou-là, pour le boucher, il fallait, paraît-il, que je mange. « Laisse-le, disait l'une de mes sœurs, il mangera quand il aura faim ». Belle philosophie, qui m'arrangeait bigrement ! Le problème est que je n'avais jamais faim. Et l'on attendait le miracle, jusqu'au moment où, de guerre lasse, l'on mettait la casserole de bouillie sur la table. Alors on versait la mixture blanchâtre ou jaunâtre dans une assiette, une cuiller à dessert inoffensive posée à côté comme par hasard. Avec des trésors de tendresse, d'amour et parfois d'humour, on arrivait à me faire ingurgiter le contenu maléfique. 

Seulement voilà ! Mes parents avaient décidé de déménager pour la grande ville et il me fallait apprendre à « être comme les autres », une obsession de ma mère. Cette « normalité » impliquait une attitude omnivore de petit d'homme ordinaire. Et ce jour-là, le couple de bourreaux tant aimés avait décidé d'employer la manière forte.


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Comme à l'habitude, on posa l'assiette sur la table, mais pas de cuillère, ni grande ni petite. Et ça ne sentait pas l'odeur de vanille de M. Jacquemaire le bienfaiteur, mais ce que mon père appelait la « ragougnasse ».  Ma grande sœur commença par un discours sur la nécessité de « manger de tout », que si j'allais à la grande école on se moquerait sûrement de moi mais qu'il n'était jamais trop tard pour bien faire, etc. Ma mère joignit le geste à la parole de sa fille en mimant une scène de gastronome assouvie. Elle se servit un peu du contenu du plat, le mâcha lentement faisant des « Ah ! que c'est bon ! Que je me régale ! » guère convaincants. 

J'essayais de gagner du temps, arguant du fait incontestable qu'il restait du gras autour de la viande.  Non, ce n'était pas du gras et ensuite quand on aime les tartines de saindoux on ne fait pas la fine bouche pour un petit bout de gras de rien du tout ! Ainsi j'avais été odieusement trahi ! 

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On m'enfourna littéralement une bouchée de cette chose effroyable qui avait dû être du cadavre ! Et l'on me pria de mâcher. Je retenais ma respiration, ayant constaté très tôt qu'il existait une correspondance secrète entre l'appareil respiratoire et le sens gustatif. Finalement, je dus m'avouer que ce n'était pas si infect que je l'aurais imaginé et même, qu'au bout d'une petite minute, ça n'avait plus aucune saveur. Mais elles s'acharnaient, me lançant à bout de nerfs des « Ça y est ? Tu l'avales ou pas ? Vas-tu l'avaler oui ou non ? » 

Elles me servirent un grand verre d'eau : « C'est passé ? Tu l'as avalé ? » Je n'aurais pas demandé mieux, moi ! J'arrivais à déglutir sans problème mais la boulette était toujours là, et malgré tous mes efforts, ne put jamais franchir le seuil de l'arrière-gorge. Têtue, elle revenait toujours à son point de départ, au point que je finis par redouter le moment de tenter un énième passage. Et je mastiquais, mastiquais... 


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Elles se regardèrent, me demandèrent de leur montrer le résidu bucal et finirent par convenir que telle que la manducation l'avait transformée, toute ronde comme une bille de papier mâché, sèche, grisâtre, elle était devenue immangeable, ma boulette ! 

 

Bon appétit et bien amicalement,


Bernard
 

Publié dans santé - médecine

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La mort d'un Ernéen

Publié le par Bernard Bonnejean

 

LOUIS DERBRÉ, SCULPTEUR

 

Le fait est qu'on ne s'y attend jamais. Jamais assez ! Et parfois trop ! Et pourtant elle est là, la gueuse, à nous épier comme un busard ou un des ces urubus de la forêt amazonienne qui vous tournent au-dessus de la tête à la moindre faiblesse. Ils savent eux que c'est le moment. Nous aussi, nous savons, mais comme l'on sait certains événements inéluctables dont nous nous disons entre nous : « Tout ça ne va quand même pas nous empêcher de dormir et de faire la fête » ! 

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Louis Derbré


Et puis, on regarde l'échiquier, notre échiquier. On a fait semblant de nous faire honneur en nous laissant les blancs. Messieurs les Anglais, tirez les premiers ; la guerre en dentelles ; convention de Genève et tout le toutim. Mais notre échiquier se vide progressivement de ses blancs, tous éliminés, parfois après avoir été bloqués dans un coin, inertes, impuissants. Au moindre pas en avant, ou en diagonale, un noir survient qui les fait valser. Alors, lls restent tranquille dans leur petite cachette, sans se faire remarquer, espérant ne pas se trouver sur le chemin d'un point stratégique dont ils n'ont que faire. C'est après tout la seule façon, même pas certaine, de jouer les prolongations...

Pourtant, on nous avait dit dans la règle qu'il ne s'agissait nullement de tuer pour le plaisir de tuer. C'était une guerre propre, nous avait-on assuré. Une guerre quasi sans morts. La bataille n'a qu'un objectif : cheikh mat, « le roi est mort » ou, plus élégant, shah mat, « le roi est pris ». Comme quand on était petits : la balle aux prisonniers. Et nous n'étions pas censés être rois, donc ni morts ni pris.

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Exposition de la Madeleine


Parfois un pion blanc se sacrifie ; nous exultons ; nous croyons avoir gagné ; nous n'avons fait que repousser d'un grain de sable l'échéance contenue dans le sablier. Toute vie se termine par un échec ! 



 مكتوب  Mektoub ! C'était écrit. Sauf qu'on ne nous a pas appris à lire ces choses là avec suffisamment d'attention et d'intelligence ! Fichue destinée calvino-musulmane ! Prédestinés à la mort, parce que c'est comme ça, que c'est écrit comme ça, de toute éternité ou presque. On était au courant, bien sûr, mais comme on est au courant qu'on peut avoir un cancer à 6 ans, qu'on peut être violé à 10, qu'on peut se faire tuer par un chauffard à 12, qu'on peut être père ou mère à 14, qu'on peut devenir tortionnaire comme Lacombe Lucien, par nécessité, puis continuer par goût et finir devant un peloton d'exécution à 20 ans. Ça ne peut pas nous arriver à nous, ces choses-là ! Et pourtant c'était marqué noir sur blanc, le noir dominant le blanc, en petits caractères dans le bas du contrat en formules ambiguës ou inintelligibles pour le commun des mortels. 



Mortels ! Voilà le mot lâché ! Nous sommes mortels, désespérément mortels ! Et pour une fois ni les leçons de l'histoire ni l'expérience des autres ne nous sera d'aucun secours.

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La Roche 1980



Le sculpteur Louis Derbré, mon « pays », est mort, comme tout le monde. En réalité, il est né à Montenay, tout près d'Ernée, le 16 novembre 1925. Les vieux Ernéens savent rappeler au passage, mine de rien, qu'ils l'ont connu quand il travaillait à la Gandonnière dans la ferme familiale. Il s'y est probablement bâti le solide bon sens des travailleurs de la terre, à défaut d'y avoir trouvé sa vocation. En fait, il commença par avoir le goût d'un ailleurs avant de savoir ce qu'il en ferait. Il se marie et, vers 1944, il travaille comme manoeuvre dans une maison d'édition d'ouvrages d'art. Parallèlement, il s'initie à la sculpture. En 1950, la municipalité d'Ernée, pas rancunière, expose sa première œuvre : une statue représentant le peintre Vershurr. Debré obtient le prix Fénéon puis le prix de l'école des Beaux-Arts.


Dans les années 60, il se révèle au grand public en France, puis à Montréal, en 1967. En 1972, à Tokyo, une œuvre restera dans l'histoire de l'art et du Japon : La Terre. La mairie de Paris en acquiert une réplique exposée au quartier de la Défense. On le dit alors inscrit dans la lignée des Maîtres de l'Antiquité, puis de Rude, de Rodin et de Maillol.



En 1991, il quitte son atelier d'Arcueil pour revenir à Ernée. Il achète un grand terrain à la sortie de la ville pour y installer une fonderie d'art et un lieu d'exposition en plein air.


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La joie


Son oeuvre est controversée, évidemment. C'est le cas de tous ceux qui ont quelque chose à dire et qui veulent le dire à leur façon. Je ne crois pas être trop acide en affirmant que les Ernéens ne l'ont jamais vraiment considéré comme l'un de leurs éminents représentants. Selon l'adage connu « Nul n'est prophète en son pays », on avait certainement mieux conscience de la valeur de l'artiste à Tokyo qu'à Ernée ou à Laval.
 
 

Mais sans doute le conseil municipal au grand complet se rendra-t-il sur les lieux de sa dernière demeure, après que M. le Maire actuel, mon condisciple de lycée, lui fera un bel éloge funèbre comme on n'en sert qu'aux rois mis en échec et mat à la fin de la partie ?


Parce qu'il faut bien se rendre à l'évidence : Louis Derbré est mort mercredi dernier.  

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Le Prophète

 

J'avais pris, au fil des mois, une série de photos de ses sculptures. Elles aussi ont péri ! Je n'ai donc que le catalogue officiel, si je puis dire, à vous offrir. Vous pourrez ainsi vous faire une idée de son talent. Un peu tard ? Mais non ! De toute façon, si je vous avais parlé du sculpteur Louis Derbré avant qu'il ne meure, vous m'auriez prêté attention ? Nous avons tous appris, dans notre enfance, qu'on devait respect aux morts ; beaucoup en ont déduit qu'on ne le devait qu'à eux !



Merci, Monsieur Derbré,



Votre pays,



Bernard Bonnejean 

 

 

Publié dans arts plastiques

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Histoire de poètes (10)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

      La controverse James/Gide/Claudel 


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En 1902, Jammes morigène ainsi son ami Gide, en termes peu amènes :



L’« au-dessus des forces humaines », c'est Dieu. Non point mon Dieu intérieur tel que Fontaine, Ghéon, Nietzsche ou toi le pouvez concevoir ; mais un Dieu duquel je me rapprocherai de plus en plus, j'espère. Celui qui échappe à vos logiques, « le seul qui me satisfasse », me disait mon cher Frizeau. Je ne veux plus de vos terrifiantes Terres promises car elles sont terrifiantes. Chez vous l'idée de néant et de caprice, sous le prétexte de libération, devient une conception pire que celle qui mit du pétrole en enfer. Votre logique n'est qu'un entêtement. Elle parle de ce qui s'affirme de soi-même absolu, sans aucun contrôle que l'orgueil de votre pensée. Elle rejette comme inutile ou idiote toute une admirable moisson de nielles, de coquelicots et d’épis. Que faisait donc, l'autre jour, dans cette grange qu’est l’église de Clara d’Ellébeuse, ces quelques paysans venus du cœur des bois pour célébrer la Fête-Dieu ? Il fallait bien qu'ils s'adressent à Quelqu’un puisqu'ils chantaient. Pourquoi la Vie se tromperait-elle elle-même ? Pourquoi chercher des religions si complexes alors que celle-ci est si simple ? Oh ! comme ils sont, même intelligents, peu parfaits, ceux qui s’intitulent leur propre Bon-Dieu ! Et comment toi-même qui semble vouloir adopter cette philosophie anti-chrétienne, dont un de mes amis me disait qu'elle conduit aux pires atrocités, comment retombes-tu toujours et plus qu'un autre dans la pitié et la bonté que tu dois tenir pour d'affreux péchés si tu es logique avec toi-même ? [...]


Je ne regrette qu'une chose ; c'est que toi qui vibres à tous les vents quoique tu en penses (comment y arrives-tu ? Je n'en sais rien, et peu m'importe) au lieu de te retrouver dans cette courbe d’êtres d’élite qui ont suivi mon âme avec facilité, on te voit trottinant péniblement après un cri d'admiration, te pinçant les lèvres pour ne pas le pousser complètement, cela au nom de je ne sais quelles théories mesquines. 

 

 

Sous prétexte de prosélytisme, Jammes semble avoir ici un peu oublié les règles élémentaires de l’amitié. Plus encore, il est loisible de deviner dans sa lettre un incommensurable orgueil, à peine atténué par une réelle naïveté, une fatuité de très mauvais aloi dans « cette courbe d’êtres d’élite » qu’il affirme l’avoir suivi comme des apôtres et dont sont exclus, tel Gide, tous ceux qui ne partagent pas le sain enthousiasme de son apologétique. Gide ne s’y trompera pas et, pour une fois, devant l’excès de la semonce, loin de feindre de courber l’échine, laissera exploser sa colère :


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Je ne sais à qui tu t'en prends. Est-ce à Ghéon ? Est-ce à Drouin ? Depuis que je vis seul à Cuverville, chacune de tes lettres se plaint de « ceux qui m’entourent ».


Si c'est moi qui suis influencé par « eux » (?), pourquoi les appelles-tu mes « disciples » ? Si je pouvais, je te les passerais ; à la première louange, tu ne les trouverais plus bêtes. [...]


Pourquoi raisonnes-tu quand tu sais que tu le fais mal ? Tu prouves ton Bon Dieu par le crédit que les Fêtes-Dieu lui accordent ; tu peux prouver tout aussi bien les millions de Madame Humbert. Mais qu'as-tu besoin de prouver ? Tu te fais un Bon Dieu commode pour tes vers, puisque tu t'écries avec Frizot (sic) : « c'est le seul qui me satisfasse. » Parbleu ! Ne te suffit-il pas que du fond de l'autel tu le fasses murmurer : « Francis Jammes est le seul poète qui me satisfasse » pour qu’aussitôt tu croies en lui ? Te l'ai-je jamais reproché ? Ne touche donc pas à mon Dieu. C'est le seul qui me satisfasse. 

 


Ces chamailleries n’entameront pas l’amitié des deux écrivains. Jammes, vieilli et désabusé par une poésie qu’il ne trouve plus aimable, comptera encore Gide parmi les littérateurs de sa prédilection. Il lui en fera part en 1904 ; l’occasion pour lui d’égratigner au passage les confrères qu’il ne porte plus dans son cœur :



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L'histoire de Pomme d’Anis te plaira et plaira à Madame Gide, autant que celle de ses sœurs. Je l’espère et je le crois sincèrement. Mais où sont les oreilles qui peuvent entendre et soutenir ces « bijoux sans défaut », comme disait aimablement la chère bergère de ta vie ? A part 4 ou 5 dont toi, ils m’embêtent. Ni les braillarderies de Verhaeren — ceci entre nous car je ne voudrais pas offusquer sa vieillesse — ni l’économie politique et poétique de Régnier — ni les œufs muets des vers solitaires de Griffin — ni les racines grecques de Moréas — ne me charment plus. Seuls Claudel, Maeterlinck, Philippe, toi, frappez encore violemment ma vue fatiguée lorsque je regarde vers le large. Ce n’est pas seulement le mauvais vouloir, la jalousie qui nous entourent. C’est un état de grossièreté, de non aristocratie morale. Comment t’expliquer cela autrement que par cette phrase : « ils sont communs » ?

 



Gide, un « aristocrate moral » ? Il faudra sous peu que Jammes — et Claudel surtout — déchantent. En attendant, Gide, qui a encore ses entrées dans le petit cercle très fermé des poètes catholiques, reçoit Claudel en décembre 1905. L’écrivain relate l’événement dans son Journal. Il commence par un portrait du poète diplomate :

 

Paul Claudel est venu déjeuner. Jaquette trop courte ; cravate en nœud long couleur d’aniline ; le visage encore plus carré qu'avant-hier ; la parole à la fois imagée et précise ; la voix saccadée, brève et autoritaire.

Sa conversation, très vivante et riche, n'improvise rien, on le sent. Il récite des vérités qu'il a patiemment élaborées. Mais pourtant il sait plaisanter et, si seulement il s'abandonnait un peu plus à l'instant, ne serait pas sans quelque charme. Je cherche ce qui manque, pourtant, à cette parole... Un peu d'humaine tendresse ?... Non, même pas ; il a bien mieux. C'est, je pense, la voix la plus saisissante que j'aie encore entendue. Non, il ne séduit pas ; il ne veut pas séduire, il convainc — ou impose. 


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Gide envoûté ? Peut-être, mais sans doute aussi un peu impressionné. Toujours est-il que Jammes a probablement passé le message. La conversion de Gide est une nécessité. Pour l’Eglise ou pour la littérature ? Claudel entame le processus annoncé par une invitation non voilée :



Je ne cherchais même pas à me défendre de lui ; et quand, après le repas, parlant de Dieu, du catholicisme, de sa foi, de son bonheur, et comme je lui disais bien comprendre, il ajouta :

« Mais Gide, alors pourquoi ne vous convertissez-vous pas ?... » (Ceci sans brutalité, sans sourire ...) je lui laissai voir, lui montrai dans quel désarroi d’esprit me jetaient ses paroles.

Je tenterais de les redire ici si je ne les devais retrouver dans le Traité de la Co-naissance au monde et de soi-même qu’il vient d'achever ; de même j'écrirais les quelques détails qu’il donnait sur sa vie, si je ne pensais pas que cette vie dût devenir célèbre. 



On sent Gide tourmenté et admiratif à la fois. Empêché par la qualité et l’abondante richesse du discours claudélien de le retranscrire in extenso, il affirme en avoir lu l’essentiel dans l’invocation à Erato et la fin de l’Ode aux Muses ; il cite ainsi Claudel, abordant par le biais du devoir du poète catholique, la seconde étape de son entreprise de conversion :



Pendant longtemps, pendant deux ans, je suis demeuré sans écrire ; je pensais devoir sacrifier l'art à la religion. Mon art ! Dieu seul pouvait connaître les énormités de ce sacrifice. Je fus sauvé quand je compris que l'art et la religion ne doivent pas être, en nous, posés en antagonisme. Qu'ils ne devaient pas non plus se confondre. Qu'ils devaient rester, pour ainsi dire perpendiculaires l’un par rapport à l'autre ; et que leur lutte même était l'aliment de notre vie. Il faut se souvenir ici de la parole du Christ : « Pas la paix, mais l’épée. » C'est cela que le Christ veut dire. Nous ne devons pas chercher le bonheur dans la paix mais dans le conflit. La vie d'un saint est d'un bout à l'autre une lutte ; le plus grand saint est à la fois le plus vaincu.



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Gide se souvient encore que Claudel lui a fait part de ses goûts et ses dégoûts littéraires. Dans l’enfer du poète, Auguste Comte, Bernardin de Saint-Pierre, Rousseau ; dans le paradis, Thomas Hardy, Joseph Conrad. Suit un éloge de l’expérience et une théorie selon laquelle la mémoire, comme les autres facultés intellectuelles, s’améliore avec l’âge. Gide, surpris et enthousiaste, laisse disserter le poète ; il notera dans son Journal :



Le plus grand avantage de la foi religieuse, pour l’artiste, c’est qu’elle lui permet un orgueil incommensurable !



L’admiration n’a donc pas complètement étouffé la lucidité. Avant de quitter son hôte, Claudel croit devoir parachever le travail accompli sur son interlocuteur médusé :



En me quittant il me laisse l’adresse de son confesseur.



Il disait encore :



« Je n’attache absolument aucun prix à la valeur littéraire de mon œuvre. C’est Frizeau le premier qui, ramené à Dieu par mes drames et sachant y voir la religion dominer tout, me fit penser : je n’ai donc pas écrit en vain. La beauté littéraire de mon œuvre n’a pour moi d’autre importance que celle qu’y peut trouver un ouvrier qui a conscience d’avoir bien fait sa tâche ; j’ai fait de mon mieux, simplement ; mais, charpentier, j’aurais mis la même conscience à raboter une planche de bois que celle qu’en écrivant je mets à bien écrire. »



Il faut comprendre implicitement : « A vous de jouer ! ». Et pendant un temps, Gide jouera le jeu. En cette année 1905, il recopiera consciencieusement le début d’un « cahier de citations » prises dans les Ecritures et dans les Pères de l’Eglise que lui a envoyé Claudel. Une réelle intention de conversion ou, simplement, l’envie de se rapprocher d’un être d’exception cher à son intelligence et à son cœur ? Lorsque Gide participe à la fondation de la N.R.F., il tient à s’assurer la collaboration de Claudel. Il se propose en outre d’éditer les œuvres « d’un groupement très restreint d’auteurs contemporains », à savoir Claudel, en tout premier lieu, Jammes, l’ami fidèle, Charles-Louis Philippe, Suarès, et Verhaeren, « à l’exclusion de tous les autres ». Mais dès la fin de 1905, Gide doit se rendre à l’évidence : le catholicisme ne l’attire pas particulièrement et les voies de Claudel ne sont pas les siennes. Il s’en ouvre à son ami dans une lettre :



Non, je n’avais pas compris, et comment eussé-je compris que « vous aimiez profondément les âmes » ? C’était cela que j’avais besoin que vous me disiez — et que la mienne vous était chère. N’y voyez point d’orgueil ; mais un affreux besoin d’affection, d’amour, une telle soif de sympathie que j’ai pu craindre de me méprendre, de ne chercher à m’approcher de Dieu que pour me rapprocher de vous, tout au moins pour vous mieux entendre.



Cette réponse a le mérite de la clarté. Gide n’a pas eu l’intention de s’assurer l’estime de Claudel en donnant le change. Il a seulement voulu combler un désert affectif et tenter de gagner l’amitié d’un homme par l’amour de Dieu. Mais quant à embrasser la doctrine et les dogmes, il y a un pas que Gide ne peut franchir :



Puisque vous aimez les âmes, vous comprendrez qu’il en est qui ne répugnent à rien davantage qu’à une religion pratique et tempérée et qu’après avoir fait, au début de ma vie, de la lecture de la Bible ma quotidienne nourriture et de la prière mon premier besoin, j’aie préféré, croyant devoir trouver plus de lumière dans ce que le chrétien appelle « les faux dieux » — j’aie préféré la plus brusque rupture avec mes premières croyances, à je ne sais quel compromis tiède entre l’art et la religion. 



Après une telle confession, Claudel et Gide continueront longtemps à correspondre, mais ils se cantonneront le plus souvent à des échanges littéraires. A l’ami Jammes qui se tient en embuscade, Gide dira ce qu’il n’osera jamais avouer à Claudel :



Ne te méprends pas : l’inquiétude que tu dis sentir en moi tu me la prêtes poétiquement, comme tu sais prêter l’ouïe ou l'odorat aux fleurs. Je suis peut-être au seuil du Paradis. Il faut un cœur meurtri pour entrer par où tu es entré toi-même ; et je fais profession de bonheur. Ne vois pas là d'orgueil : je confonds bonheur et vertu. Si ma sérénité s'est quelque peu troublée ces derniers temps, après la publication d’Amyntas, c'est défaillance de vertu. 


Oui, Claudel m'a beaucoup servi ; mais pas comme tu imagines. La lecture de son journal intime, de ses lettres, a heureusement nui à l'opération de ma sympathie pour sa personne et de mon admiration pour son œuvre. La réaction l’a finalement emporté de beaucoup sur l'action, et c'est de cela que je lui garde reconnaissance.



Décidément Gide se montre beaucoup plus hermétique que Jammes à l’apologétique claudélienne qui l’a poussé à la conversion en 1905. 


 




Pour démoraliser à tout jamais ceux qui confondent le devoir de transmission du savoir et le pédantisme, j'offre à tous les étudiants, sur présentation d'une photocopie de la carte d'étudiant mise à jour, toutes les références des citations mises en notes dans mes dossiers. C'est ainsi que je conçois le prolongement, à la retraite, de ma carrière d'enseignant,

Bien amicalement,

Bernard Bonnejean


Copie et reproduction de ce texte sur demande expresse de l'auteur. Les étudiants ont la possibilité d'avoir accès aux références et aux notes, sur demande et présentation de la photocopie de leur carte d'étudiants à jour.

  

Publié dans poésie

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