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9 articles avec politique inclassable

LA FAUTE À L'EUROPE

Publié le par Bernard Bonnejean

LA FAUTE À L'EUROPE

LA FAUTE À L’EUROPE

Une vieille aristocrate, protectrice de notre famille, répondait à ses adversaires qui l’accusaient de voler le fisc :

« Voler l’État n’est pas voler. On ne se vole pas soi-même. »

Cette monarchiste d’arrière-garde était ainsi plus démocrate que le Roi-Soleil qui avait décrété : « L’État c’est moi ». Si elle avait vécu au Grand Siècle, il aurait fallu, noblesse oblige, que Mme de la M. concède : « Voler l’État c’est voler Louis XIV » à quoi elle aurait ajouté « et ce n’est pas une chose à faire ».

Il conviendrait pourtant de revoir la définition de l’État, cette entité à la fois nous et extérieure à nous. L’État est un peu ce qu’est l’Église pour un croyant : une communauté dont tous les membres, séparément et in solidum, sont indistinctement liés pour les questions d’intérêt public et pour l’application privée des décisions prises solidairement et au nom de tous les membres au sein des assemblées et par les autorités gouvernementales. C’est en ce sens que la loi ne peut et ne doit être que « l’expression de la volonté générale » aussi bien dans sa résolution que dans son application. En théorie, même dans le cas où le pouvoir est fort (monarchie absolue, dictature, oligarchies à caractère dictatorial), il est censé s’exercer pour le bien commun quelle que soit la source dont il émane et les modalités qui ont préludé à son choix et à son installation. Dans cet esprit, une démocratie corrompue par la concussion et la prévarication me semble plus dangereuse qu’un régime autoritaire qui cherche la paix, l’harmonie et le bien-être de ses sujets. Une dictature ne doit être légitimement combattue que lorsque le pouvoir d’un seul ou d’un groupe ne s’exerce qu’au profit d’un seul ou d’un groupe dès lors favorisé et protégé en dehors du cadre de ses fonctions. Il est légitime qu’un pouvoir politique s’arme contre ses destructeurs. La révolution permanente est le plus souvent un leurre ; elle est plus liberticide que la coercition. Du reste, un État n’est jamais assez puissant ni assez contraignant pour détruire la liberté individuelle.

Donc, en manière de synthèse provisoire, il convient de poser la primauté de l’individu sur l’État autant que l’unité est une composante inaliénable et non interchangeable d’une communauté qui la contient ; que la meilleure manière de protéger l’individualité loin d’être l’isolement forcé qui la défendrait des agressions et des contaminations sociales consiste au contraire à l’intégrer sans la dissoudre afin qu’elle enrichisse la communauté ; que l’État n’est donc pas l’ennemi de la liberté individuelle mais son garant à condition de donner au mot « liberté » son sens le plus strict très éloigné de « faire tout ce qu’on veut ».

Ceci posé, il est aussi ridicule d’accuser l’État d’être capable de faire mon malheur que de prétendre qu’il puisse faire mon bonheur. Il peut et doit contribuer au second en portant remède au premier, ou mieux, en l’évitant mais il n’est jamais constitutif à lui seul de l’un ou de l’autre. La plupart du temps, lorsque nous accusons l’État de ce qui nous arrive, nous nous trompons. Bien souvent, nous sommes responsables et nous seuls de ce dont on charge l’État

Un intermittent du spectacle que je plaignais récemment de ce qu’on lui faisait subir dut m’expliquer que les manifestations qui eurent lieu à la fin de l’hiver ou au début du printemps visaient les patrons et non la ministre Filipetti, représentante de l’État. Pourtant l’ancienne patronne des patrons après avoir refusé toute avancée du dossier avait peu élégamment laissé croire, juste après sa démission, qu’elle se rangeait aux côtés des intermittents contre l’État l’accusant d’être coupable du gel des négociations. Ce qu’une partie de la population et une certaine presse avait traduit bien vite par le sempiternel « C’est la faute de l’État » bien commode mais très injuste.

Si les prisons sont pleines et menacent d’imploser, est-ce la faute de l’État ? Nous, citoyens français, élisons des députés chargés de légiférer. Leur rôle principal est donc de proposer, d’examiner, de discuter et d’établir notre législation c’est-à-dire un ensemble de lois qui régissent nos comportements. Le code pénal fixe les peines des citoyens qui outrepassent les droits fixés par les lois et il appartient aux magistrats de sanctionner les délits et les crimes en fonction du code pénal. Or, si les prisons sont pleines c’est que le code pénal est devenu inadapté, voire obsolète. Que la loi prévoie que tel ou tel manquement au droit sera puni d’une peine de prison n’est donc ni du ressort de l’État ni même de celui des juges. Si les prisons sont pleines c’est que les citoyens se sont choisis des députés qui, parce qu’ils refusent ou qu’ils n’en ont pas la volonté, repoussent aux calendes grecques une réforme devenue indispensable. Certes l’État peut y inciter, mais en aucun cas il ne peut s’en charger au risque de se faire accuser d’empiéter sur un pouvoir législatif, en amont, et sur un pouvoir judiciaire, en aval, qui l’un et l’autre sont constitutionnellement indépendants du pouvoir exécutif. La séparation des trois pouvoirs est une nécessité majeure au bon fonctionnement de notre pays.

Ces deux exemples pris dans l’actualité montrent que le rejet systématique des responsabilités sur l’État est injuste. Il peut même être ridicule. Pierre Daninos dans les Carnets du Major Thomson restitue des conversations entre Français entendues par un touriste anglais qui les rapporte avec la naïveté et l’incompréhension des Persans de Montesquieu. Ainsi le major a-t-il remarqué que le pronom « ils » sans référent explicite remplaçait, toujours en mauvaise part, les autorités de l’État. Un Français mécontent dira par exemple : « Ils disent qu’on va payer moins d’impôts. Je me méfie. Attendons quand même un peu de voir ce qu’ils vont faire réellement ». Ce procédé d’impersonnalisation permet toutes les interprétations et toutes les accusations, voire les calomnies. J’entendais par exemple récemment : « Il paraît que nous sommes appelés à disparaître. Ils le savent très bien mais ils ne feront rien : ils sont de mèche avec les illuminati ». Ce « ils » dans l’imagination des gens serait une sorte d’État tout-puissant autoconstitué en parallèle de l’État officiel. État véritable bien qu’invisible, il aurait la main mise sur l’ensemble des affaires publiques mondiales. C’est la très fameuse théorie du complot qui gagne progressivement nos sociétés malades.

On comprend mieux dans ces conditions l’image qu’on peut se faire de l’Europe. Pour la plupart, l’Europe n’est plus une communauté économique regroupant divers états dont les intérêts sont collectifs mais un monstre à plusieurs têtes qui ne servirait que les intérêts de puissances occultes supranationales. En fait, l’Europe serait un parasite qui se nourrit des résultats de notre travail.

La France est condamnée à vivre à l’européenne sans son consentement. On entend partout les mêmes griefs. L’euro qu’on nous a imposé est en réalité une monnaie de singe. Comment pourrait-elle rivaliser avec le franc, notre devise sonnante et trébuchante, vraie valeur historique escamotée en même temps que notre histoire nationale ? Car tout se résume en fait à une manœuvre internationaliste. Contraindre la France « à céder aux exigences de Bruxelles » signifie pour Marine Le Pen, par exemple, interdire aux Français « le patriotisme économique ». Il faut entendre par là tout ce qui, en économie, fondait notre identité, pas seulement notre monnaie mais aussi notre savoir-faire et nos productions. L’Europe a bradé notre culture en même temps qu’elle nous impose d’acheter et de consommer étranger. Dans ce système, il est de plus en plus évident que les crises de « la vache folle » et de la listériose ne visaient qu’à bouleverser nos habitudes alimentaires. Les États-Unis ont réussi à nous imposer leurs Mac-dos et leurs bigmags, une nourriture neutre, sans saveur, passe-partout, mondialiste ; l’Europe veut nous interdire ce qui fait notre caractère propre en gastronomie : les fromages au lait cru dont le camembert et l’époisses accusés d’empoisonner nos enfants dans les cantines ; les rillons et les rillettes qu’on soupçonne tout aussi malhonnêtement de contamination ; sans compter les faux procès contre nos vins, nos cognacs et nos foies gras. En outre, l’Europe est rendue coupable de nous avoir privés de nos industries sans jamais avoir rien fait contre le chômage et pour la reprise économique.

Nous vivons mal ? Ce n’est plus la faute de l’État, c’est la faute de l’Europe ! La preuve ? Le prix du petit noir est passé de 1 Fr à 1 € en quelques semaines (comme si Bruxelles avait le pouvoir de contraindre nos bistrots locaux à sextupler le prix de vente de la tasse de café servie au comptoir !). Tant et si bien que de fil en aiguille, la faute à l’État est devenue la faute de l’euro puis la faute à l’Europe. Parfois avec la complicité des États qui crurent pouvoir ainsi profiter de l’aubaine d’un relais de responsabilités qui les dédouaneraient en quelque sorte.

Pourtant, l’autre jour sur France Inter, j’ai entendu une voix discordante dans ce concert de dénigrements. Il s’agissait d’un député européen convaincu dont on devrait écouter l’argumentaire. Il est simple : nous trouvons normal, après des siècles de guerres entre États européens, de connaître une très longue période de paix depuis 1945. L’Allemagne et la France ont dû en découdre militairement aux alentours de 1810, puis en 1870, puis en 1914, puis en 1939. Chaque fois, sans compter les désastres humanitaires, elles en sont sorties affaiblies. Et si l’Europe en construction avait réussi à s’unir suffisamment pour éviter la guerre ? La question vaut d’être posée, n’est-ce pas ? En fait, l’Europe n’est qu’une entité géographique ; l’Union européenne doit nous mener à l’unité qui restera toujours à édifier et à consolider. J’ai dit au début que l’État est un peu ce qu’est l’Église pour un croyant. L’Union européenne a d’abord été pensée et initiée par des chrétiens au nom des valeurs chrétiennes. Une liste propose, fort justement, de continuer à bâtir une Europe judéo-chrétienne. La Paix est l’une de ces valeurs sûres à laquelle nous aspirons en même temps que l’un des fondements de notre évangile. Si notre unité, toujours précaire, est déjà assez solide pour nous valoir la Paix, franchement, avouez, c’est toujours bon à prendre, toujours ça de gagné.

La Paix, thème de notre hymne commun, serait donc la faute à l’Europe ? Oui ? Eh bien, vive la Paix, vive l’Europe ! ou plutôt, vive l’Union européenne !

Bernard Bonnejean

Publié dans Politique inclassable

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De Paul Verlaine et des élections...

Publié le par Bernard Bonnejean


de 1896

 

Vous m'accuserez sans doute de détourner votre regard des réalités présentes par des considérations obsolètes que certains feront remonter à Mathusalem. D'une part, les événements que rapporte Maurice Barrès dans ses Cahiers n'ont rien de très anciens ni de vraiment désuets. Parfois, la politique se mêle à l'histoire — ou l'histoire à la politique selon l'angle de vue choisi par l'observateur — et l'on s'aperçoit vite que les grandes nouveautés contemporaines font partie de l'héritage de naguère, parfois même de celui d'antan. Ce n'est ni méprisant ni condescendant d'affirmer que nos politiciens n'ont ni inventé ni même imaginé quoi que ce soit. Disons qu'ils s'inspirent. D'autre part, mais je n'y insisterais pas, chaque fois qu'il est question de Mathusalem, la faute commune est de confondre deux notions du temps. S'il est vrai que מְתוּשֶׁלַח a vécu 969 ans (Gn 5 27), il est tout de même mort en 1656 après Adam, ce qui, dans notre relative universalité, en fait un tout proche parent. Donc, finalement, remonter à Mathusalem n'est pas si extraordinaire qu'il y paraît d'emblée. Ce défaut d'optique vient d'une vision altérée du temps liée à notre finitude.


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Mathusalem, vitrail de Canterbury, XIII° s.

 

Pourquoi donc vous parler de 1896, alors que nous sommes supposés nous intéresser au combat de titans que se livrent actuellement le social-libéralisme et le libéralisme social ? D'abord, parce que c'est une année féconde. Résumons : 

Le 5 juillet, la CGT est créée à Limoges ; le 6 août, Madagascar devient une colonie française ; le 30 septembre — tenez-vous bien !! — le 30 septembre 1896, l'Italie cède le protectorat français sur la Tunisie ; et surtout, surtout !, on entrevoit la possibilité d'un retournement dans l'Affaire : en mars, on intercède un télégramme adressé par Schwartzkoppen à Ferdinand Walsin Esterhazy, un aristocrate hongrois de basse extraction. Le lieutenant-Colonel Georges Picquart alerte ses supérieurs sur l’éventualité d’une trahison imputée à tort au capitaine Alfred Dreyfus ; de Bruxelles, l’ami de Charles Péguy, Bernard Lazarre crie déjà à l'erreur judiciaire. Nouvelle enquête et, bien entendu, nouvelle inculpation de Dreyfus. Mais cette fois, c’est certain, la machine judiciaire est en marche et la Grande Muette ne pourra plus l’arrêter.

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A-t-on oublié que Verlaine est mort le mercredi 8 janvier au 39 rue Descartes, chez Mme Krantz qu'il n' aimait guère, préférant réserver tout ce qui lui reste d’amour à Esther la fille du trottoir. « C’est bien d’un poète, ça, tenez ma bonne dame. Ils ne sont pas vraiment comme tout le monde, ces gens-là ! »

Le jeune homme de ce temps-là, se souvient… Il s’appelle Maurice Barrès, un grand nom de la littérature, aujourd’hui réduit par les incultes à un mot composé : extrême-droite. Ah ! cette manie des catégorisations commodes ! Barrès écrit :
 

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Son bon ange (Mme Krantz), son mauvais ange (Esther). Le bon ange, ouvrière de mérite à la Belle Jardinière, a été danseuse. La veille de sa mort, Verlaine vit la perruque blonde. Il se plut à s'en coiffer. Cependant le bon ange avait de terribles colères. Elle disait à Verlaine : "Moi, je ne prends pas des pantalons pour m' en faire des nichons. J' en ai des vrais..."

Esther s' étant présentée à la porte, elle fit une scène atroce. Verlaine disait : "J'en ai assez, qu' on me laisse mourir en paix." Montesquiou fit à ce bon ange un sermon : "Vous remplissez une tâche sublime, votre rôle sera immortel, vous soignez le grand poète Paul Verlaine. On sera obligé de vous le retirer."

Verlaine dans sa dernière nuit tomba de son lit. Elle ne put le relever. Il passa la nuit à terre. C'est de cela qu'il mourut le lendemain à sept heures du soir. Je le cherche dans ce même moment dans tout le quartier. Au 19. Il habite le 39. J'allai chez les marchands de vin. "On le connaît bien. Ah ! Si on croyait tout ce qu'il dit. Mais on sait bien qu'il parle, ça n' a pas d'importance." À l'Académie rue Saint-Jacques, mon mot "Verlaine est à la mort" émut, on m'envoya au Procope. Le patron venait d'être prévenu et il était allé lui fermer les yeux. Je rentrai au 39. J'y trouvai Montesquiou et le cadavre. Stupeur du quartier, le jour de l'enterrement. Quel changement ! Tout ce beau monde et le représentant du ministre pour ce poivrot qui vivait chez une fille ! Mme Krantz m'a dit : " J'employai si bien votre argent ! Je lui avais acheté un bel habit complet à la Samaritaine (? ). Il est làtout plié." Cela est vrai. Elle fit bon emploi de l'argent. 

Au moment où on allait enlever le corps, le jour de l'enterrement, elle dit : "On a pris le livre de piété de Verlaine. Si on ne le rend pas tout de suite, je fais un scandale sur la tombe." C'était quelqu'un qui avait voulu un souvenir. On le rendit. Avant l'église, elle dit encore : "Si Esther vient, je fais un scandale." On lui dit : " Non, vous avez eu Verlaine toute seule. Votre rôle a été admirable. Il faut faire des sacrifices. Vous ne pouvez pas exiger qu'Esther n'entre pas à l' église. L'église est pour tous." Elle accepta. Mais de ma place je voyais cette terrible figure de grenouille, face plate, large, convulsée par la douleur qui se tournait, surveillait la porte. À côté d' elle, deux autres filles, si canailles ! Ah ! Les trois pleureuses inoubliables. »
 

On aimerait tout citer de ce témoignage de Barrès, notamment le « cri » d’Eugénie Krantz, celle qu’il appelait « sa virago réussie », Madame Dafy, ingénieur du CNRS… (Vous voyez que l’insulte est légère et qu’elle vaut un compliment. Mais c’est vrai que pour l’apprécier, il faut autre chose qu’une culture de chercheuse au CNRS… Passons !) Et Barrès de rappeler que peu avant le pochard sublime était invité à dîner chez un président d’une république sud-américaine où il avait mangé des écrevisses. Est-ce à Madame Krantz qu’il avait demandé : « Me suis-je bien tenu ? »

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Insortable Verlaine « tout imbibé d' alcool ». Mais lucide. À Vanier, son éditeur, qui lui refusait un prêt en termes grossiers, le poète avait répondu que lui, le petit-fils de notaire alcoolique, le fils d’un capitaine de génie et d’une mère dévote, il serait « l’honneur de la boutique ».

Et que viennent faire les élections dans ces souvenirs de Barrès ? C’est là que je voulais en venir. C’est que Verlaine manque à Barrès, le candidat aux élections législatives de 1896. Parce que Verlaine, lui, fils de bourgeois, était de ce peuple-là, de ces « vrais Français », de ces « bons ouvriers, incapables de snobisme, d'ambition sotte. » Et voilà le Barrès nationaliste ? Pas comme on l’entend actuellement, quand certains parlent aujourd’hui de préférence nationale :

« Cette population de la banlieue est anarchique. Je regarde les types, les noms écrits au-dessus des boutiques : ils viennent de toutes les provinces de France. Un individu qui est là depuis vingt ans constitue une vieille famille de la banlieue. En outre, ils stationnent aux portes de Paris. Cette population anarchique aspire à s'unifier ; de là ses emballements sur un homme, cette impressionnabilité. Sans tradition, sans attache, chacun d'eux se guette, court où son voisin court. »

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Attention, danger ! C’est Barrès, le Lorrain, qui vous prévient. Barrès le vaincu, celui dont les verlainiens de la banlieue ouvrière n’ont pas voulu. Barrès qui va pourtant faire une dernière tentative de « rassemblement », comme aujourd’hui où tous les candidats veulent rassembler en semant la zizanie dans le camp adverse :

« Le 22 février, samedi au soir, veille du scrutin Neuilly-Boulogne, je passe au Figaro et je demande un appel aux électeurs en ma faveur ».

Neuilly-sur-Seine, Boulogne-Billancourt, Le Figaro ! « Vous êtes sûr qu’il s’agit bien des élections de 1896 » ?
 

Sur des extraits de Barrès, Maurice (1862-1923), Mes cahiers, T. 1, 1896-1898, Paris, Plon, 1929, 250 p.

 

Bien amicalement,

Bernard Bonnejean

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L'esprit poulbot

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Parigots, têtes de veaux

 
Avouez-le, chers amis de la grande ville, que vous ne l'entendez plus guère, cette insulte. Pourquoi ? Parce que vous ne la méritez plus. L'uniformité vous a peut-être un peu tués... Pas encore l'identité nationale, mais on fait tout, à droite comme à gauche, pour précipiter cette échéance inéluctable.

 
 
 
Quelle était belle l'époque où l'on pouvait dire, un peu malicieusement : « Paris n'est pas la France » ! Cette différenciation, ancrée dans de vraies et profondes différences, était saine et à l'égal avantage des Parisiens et du reste de la France tant la marge est étroite entre identifier et reconnaître, respecter. Tout le monde sait aujourd'hui qu'il n'est pas nécessaire de tuer pour éliminer ; il suffit de ne plus nommer. Le nom c'est un homme, une femme, une famille, une nation... Les nazis ont instauré l'inhumanisation systématique par l'usage de la numérotation. Notre administration, pas si féroce, a eu tendance à les suivre. Je pourrai, moi qui vous parle, m' "identifier" sans vous dire mon nom, uniquement en vous citant tous les numéros qu'on m'a attribués çà et là.

Certes, on exagérait un peu dans les caractères propres des Français et dans la distribution du territoire. On avait imaginé une nation faite de morceaux juxtaposés et de gens disparates qui les peuplaient sans se parler ni se connaître vraiment. Mais c'était du folklore, pas une réalité ! 

 
D'abord, il y avait la ville et la campagne. Par convention, les gens de la ville ne comprenaient rien aux gens de la campagne et vice-versa. Plus tard, on distingua le monde rural et le monde citadin, quand la campagne se donna un petit air de ville et que les grandes villes tentèrent de se doter de quelques mètres carrés de verdure. Mais, malgré tout, autour des cités, des Français, tout à fait français, pleinement français, se sentaient aussi bretons, normands, alsaciens, lorrains, picards, ch'timis, languedociens, basques, marseillais, corses, etc. Et encore convenait-il de ne pas confondre un brestois, un morlaisien, un rennais et un fougerais.
Une petite anecdote vous en dira long, amis étrangers, sur cette mentalité que les pouvoirs publics actuels voudraient gommer d'un trait de plume. Sur France-Inter, tous les jours de 12 heures 30 à 12 heures 45, heure du méridien de Greenwich qui se trouve être aussi l'heure française et l'heure de Paris, Philippe Bertrand, animateur d'une émission fort intéressante intitulée Carnets de campagne, s'ingénie à vouloir nous faire connaître notre pays dans sa diversité. Noble mission, mais qui n'est pas sans poser quelques problèmes. Je ne sais comment la discussion a commencé, mais notre pauvre "reporter sans frontières" eut maille à partir avec des Nantais sourcilleux, comme il en existe, sur leurs origines. Le pauvre Philippe, qui crut sans doute bien faire, osa prétendre que Nantes était la capitale des Pays de Loire, oubliant que pour beaucoup Nantes a été et reste bretonne. Dans cette histoire, autant se demander si Jérusalem est juive, arabe ou chrétienne. La réponse est aussi ardue, parce qu'aussi multiple. Même si on ne se tape plus dessus pour la résoudre, elle est encore considérée comme épineuse et essentielle.
 
En effet, Nantes fut d'abord bretonne de 851 au XVIème siècle. Au XVème, son château fut même la résidence ducale au temps où elle était capitale du duché de Bretagne. La ville est donc bretonne ? Oui mais non, pas plus que l'Alsace ou Lille ne sont allemandes. Aujourd'hui, elle est chef-lieu du département de Loire-Atlantique et préfecture de région des Pays de Loire. Ainsi en a décidé la république qui a ainsi couronné une francisation qui remonte au XVIème siècle. Mais il faut bien admettre que depuis les massacres organisés par l'odieux Carrier, bourreau terroriste sadique, nommé par le pouvoir central parisien, guillotiné le 26 frimaire an III, une certaine Nantes et le régime républicain de Paris ont quelques difficultés à se fréquenter...



Revenons au Parisien et à son esprit. Bien sûr qu'ils sont différents... pour autant qu'ils existent. Ah ! que je les aimais, les Parigots de souche ! Ceux de la Butte ou de Ménilmuche ! Ceux du Marais et ceux de Saint-Sulpice ! J'en ai connu un vrai qui habitait dans le XIIIème et qui n'avait jamais vu, disait-il, la Tour Eiffel ! Son pays c'était le boulevard Masséna et ses boulistes : Ivry et la porte d'Italie, c'était déjà l'étranger.

Qui ne connaît le préféré des personnages hugoliens, Gavroche -- Fichtre ! fit Gavroche. Voilà qu'on me tue mes morts -- pas complètement disparu grâce aux "peintres" de la place du Tertre, plus ou moins fils de Francisque Poulbot. Si le prénom évoque aujourd'hui un ordre maudit, éphémère et peu "nouveau", le nom est devenu commun pour désigner ce que d'autres appellent un "titi", c'est-à-dire un descendant de Gavroche et de la cousine Zazie, la mal-embouchée de Queneau.


Un poulbot, c'est un sale môme un peu miséreux, mais débrouillard et plein d'humour. On naît poulbot et on le reste sa vie durant.

 


 Ah ! cette morgue hautaine du parisien né poulbot, comme je la regrette ! Cette fierté légitime d'appartenir à une "race" de privilégiés qui de générations en générations ont connu toutes les révolutions, tous les régimes, toutes les privations, toutes les résistances, toutes les victoires, aussi. Et cette liberté toujours acquise après la lutte, il leur en restait comme un mépris aristocratique pour la médiocrité bourgeoise, celle qui plie sous le joug de l'envahisseur quel qu'il soit, pourvu qu'on ne touche pas à ses rentes. 
 
Monsieur de la rue du Télégraphe, si vous saviez tout ce que m'a apporté cette conférence privée à moi le gamin curieux qui voulait savoir. D'abord hostile avant que je pose ma question -- Qu'est-ce qu'il me veut, le gamin ? --, j'ai vu tout à coup son regard s'illuminer. Il y avait quelqu'un qui s'intéressait à son quartier, à son domaine, à sa vie !!! Et le voilà qui me donne des explications à n'en plus finir, un cours, un exposé historique certainement trop élevé pour moi, même si, aujourd'hui encore, j'en ai retenu l'essentiel. Claude Chappe, un type bien qui habitait là, avait installé un instrument pour envoyer des messages au loin. Et il l'avait installé sur le POINT CULMINANT de Paris, le sommet de la montagne en quelque sorte, de la montagne du monsieur du XXème, à cet endroit précis d'où lui, l'ancien poulbot, disait "merde" au peuple tassé dans le bas du haut de ses près de 129 mètres d'altitude.
 
Rendons à Paris sa fierté, rendons-la à la France tout entière, soyons fiers d'être ce que nous sommes, qui que nous soyons, à condition que nous le soyons vraiment,
 
Bien amicalement,
 
Bernard    

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Dis Papa, c'est quoi Sarkozy ?

Publié le par Bernard Bonnejean

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C'est ça !

 

 

OUI ! AU RETRAIT DU PROJET DE

 LOI DES RETRAITES :

 

LE JEUDI 28 OCTOBRE 2010 et...

LE 6 NOVEMBRE 2010,

 

 

 MANIFESTONS !

 

 

Le projet de loi portant réforme des retraites est scandaleusement injuste pour tous les salariés-es de notre pays, tant sur le financement de cette réforme qui fait porter un très lourd tribu sur les salariés du privé comme du public, et engage très peu les plus riches, tant cette réforme annonce une baisse généralisée des pensions de retraites avec pour objectif gouvernemental non affiché de faire aller les salariés vers une retraite par capitalisation, tant les métiers pénibles et dangereux sont les grands oubliés de cette réforme, tant les femmes sont laissées pour compte.

 

Les fonctionnaires, dont les sapeurs-pompiers, vont payer chèrement cette réforme Non seulement l'âge légal de départ à la retraite est repoussé de deux années, la durée de cotisation est portée à 41,5 années, mais l'ensemble des fonctionnaires verront leur pouvoir d'achat se réduire par la convergence du taux de cotisation porté de 7,85% à 10%55. A cela s'ajoute le blocage des salaires des fonctionnaires. Les sapeurs-pompiers qui exercent un métier dangereux au sens de l'article 67 de la loi 2004-811 verront leur carrière s'allonger pour un départ à la retraite programmée à 57 ans ! Toutes ces mesures inéquitables, injustes, car épargnant les plus riches, laissent la place à la retraite par capitalisation inclue dans le projet de loi et va générer une nouvelle pauvreté, des conditions de travail plus difficile, des retraités avec une santé dégradée.

 

La Fédération Autonome, qui mène depuis le 28 juin 2010 une lutte déterminée, appelle tous les sapeurs-pompiers et personnels administratif, technique et spécialisé des Service départementaux d'incendie et de secours à s'inscrire systématiquement dans toutes les luttes unitaires contre ce projet de réforme.

 

Le projet de loi sera voté et promulgué à moins que... la lutte ne s'arrête pas là car la loi n'a de valeur que si elle est acceptée par son peuple. Or, celle-ci est rejetée massivement, à 75 %. Alors plus qu'un baroud d'honneur, la FA/SPP-PATS continuera de fédérer toutes celles et ceux qui s'opposent à cette déconstruction sociale.

Poursuivons le combat !

 

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Vous souvenez-vous quand vous étiez petits ? « Que veux-tu faire plus tard ? — Pompier. Pour monter sur la grande échelle et sauvez des gens. » Quels sont ceux d'entre vous qui auriez répondu : « CRS pour taper sur les méchants pompiers » ?

 

Quand j'ai vu ces images pour la première fois, j'ai crié au scandale. C'était tellement gros que mon cerveau ne pouvait admettre qu'à Nice on en soit là, à envoyer les pompiers à l'hôpital ! Comme on dit : « Ça dépasse l'entendement ! » Et je me suis fâché allant jusqu'à traiter mes amis de manipulateurs, de truqueurs... Aujourd'hui, je ne suis plus sûr de rien.

 

Et je vous laisse seuls juges de votre interprétation. Mais si quelqu'un pouvait certifier ces images, nous saurions avec certitude dans quel état de déchéance l'un « des problèmes principaux de la France » va laisser notre pays en 2012. Si vous savez, parlez ! C'est votre devoir !

 

 

 

 

 

 

 

 

Bernard Bonnejean

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C'tait l'bon temps !

Publié le par Bernard Bonnejean

 

des chantiers de jeunesse


 

Si je les entends ? Mais bien sûr que je les entends les nouveaux gauchistes ! Comment, disent-ils, comment pouvez-vous dire que les chantiers de jeunesse furent une période heureuse de notre histoire nationale ? Mais ils se trompent ! Les chantiers de jeunesse ne sont pas une période, mais un idéal. Celui de la patrie française ! quand le Maréchal avait besoin d'un sang nouveau pour régénérer une nation meurtrie, subordonnée à un Etat vainqueur certes, mais un peu envahissant tout de même.


 

 

 

 

Qui peut prétendre encore aujourd'hui que la défaite n'a eu que des conséquences néfastes ?  Qui osera ne pas constater que les valeurs de la Révolution nationale, inculquées par le Régime de Vichy après l'armistice du 22 juin 1940, sont précisément celles qui, oubliées, ont tant manqué à nos troupes et à nos politiciens. Il manquait un homme, un vrai, de sang français, pour rendre à nos jeunes ce que l'anglo-saxon Robert Baden-Powell avait tenté de mener à bien Outre-Manche avec les règles du scoutisme. Mais on ne pouvait demander à un orphelin anglais plus qu'il ne pouvait donner. Aux valeurs viriles de dépassement de soi, d'amour et de devoir envers la patrie, il crut bon d'ajouter la fraternité, la tolérance, le respect de soi et des autres et le devoir envers la religion, au risque de transformer des âmes guerrières en bons samaritains efféminés.


 

http://www.resistances.be/images/Chantiers_jeunesse_france_tjrs_aff_Propa.gif

 

 

Puis était venu le temps des Coeurs vaillants des Pères Gaston Courtois et Jean Pihan de la congrégation religieuse des Fils de la Charité dont le tort fut sans doute d'apprendre à leurs ouailles les douceurs de la religion catholique, quand de l'autre côté de la frontière, on s'entraînait à manier les armes dans l'éventualité d'un conflit. Si des deux côtés du Rhin on chantait, d'un côté c'était des hymnes guerriers, de l'autre de douces ritournelles comme celle-ci :


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Et le général Joseph de La Porte du Theil vint. Le fondateur ramena nos jeunes amolis à leurs devoirs : le retour à la terre, l'amour de nos belles provinces, la vie en commun dans les lieux naturels, comme les bois et les forêts, réaction attendue contre la ville abjecte, corruptrice, foyer d'individualisme et, comme l'appelaient les soviets, de lutte des classes. Tout était tendu vers la discipline, le respect envers la hiérarchie : les chefs et le Maréchal vénéré.


 


 

 

 

 

Comment eussent-elles pu être malheureuses ces recrues auxquelles on réapprit le sens du service ?


La preuve est qu'ils chantaient, tous ces corps rompus à la saine discipline et à l'exercice physique si tant est qu'en France, tout finit par des chants. Mais quels chants !!



 

 

 

 

Haut les coeurs, mes amis, et chantons

(sinon je vais me mettre à chialer...)

 

 

Bernard





 

HORS-TEXTE

 

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Le 20 mai 2010, Aurélie Fouquet a été lâchement assassinée, dans l'exercice de ses fonctions, à la sortie de l'A4 à Villiers-sur-Marne, par le membre d'un gang d'au moins cinq personnes. Elle était mère d'un bébé de 14 mois.

 

Dès que je l'ai appris, j'ai pleuré à chaudes larmes, comme s'il s'agissait de ma propre fille. Bouleversé, j'ai voulu faire un geste. J'ai écrit un mot pour Aurélie sur un site de facebook ouvert à cette intention.  Ce mot est resté affiché moins de vingt-quatre heures. J'y écrivais en substance :


Après la peine de ta disparition, ma Puce, j'ai le coeur rempli d'amour. Je vis constamment avec toi qui m'a dit que tous tes meurtriers seraient sévérement punis et que ton fils ferait la fierté de son père.

 

J'ajoutai que j'étais catholique pratiquant pour qu'on ne me prenne ni pour un illuminé ni pour un voyant extralucide.

 

Le responsable du site censé regrouper les amis d'Aurélie a effacé mon message, ajoutant l'humiliation au chagrin. Questionné à maintes reprises, ce policier à la retraite ne m'a pas donné d'explications satisfaisantes. Je tiens à mentionner que mon casier judiciaire est vierge, même si les très nombreux fichiers de police ne le sont pas tous, contre l'avis de la Justice !!!

 

Aurélie n'est pas la propriété de l'Etat par le biais des fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur !! Le peuple de France a le droit de s'unir à ses dirigeants pour lui rendre hommage.

 

C'est ce que j'ai fait ce matin, en allant à la messe à son intention et à celle de sa famille. Et j'ai été frappé par une coïncidence :

 

 

En ce jour l’Église fête saint Philippe Néri (1515-1594), le fondateur de l’Ordre des Oratoriens. Et c’est bien que la République soit unie pour rendre hommage à l’un de ses meilleurs serviteurs. Philippe était très soucieux du besoin des pauvres gens et de la jeunesse de son temps. Il fonda des hôpitaux et des écoles. Aux plus turbulents, il recommandait :


« Tenez vous tranquilles, si vous pouvez ! »


Ami des humbles, il l’était aussi des puissants dont il était le directeur spirituel et le confesseur.


Alors, Aurélie, aide-nous, riches et pauvres, puissants ou misérables, à demeurer droit et debout dans l’adversité. Ne permets à aucun de nous d’abuser de son pouvoir, fût-il minime, pour humilier ceux qui ne le sont déjà que trop.


A bientôt, Aurélie, veille sur chacun de nous, mieux que le meilleur des policiers.

 

Ton ami pour toujours,

 

Bernard

 

P.-S. : A l'heure où avait lieu la cérémonie, après deux mois d'une demande infructueuse, Madame Carla Bruni, ou son secrétariat, me faisait savoir qu'elle m'acceptait sur sa liste d'amis de facebook. Merci Aurélie. Cet honneur, je le mets à ton compte.

 

 



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"Je vous salue ma France"

Publié le par Bernard Bonnejean



“Le musée Grévin”

 

A María Eugenia,

amante de la libertad y de Francia

 

 


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En 1943, la France est sous le joug de la terreur nazie. Trahie par les pétainistes, asservie provisoirement par l’envahisseur, un poète entrevoit le jour prochain de sa délivrance en un beau chant d’amour où il manifeste une confiance fondée sur l’amour qu’il lui porte. Allemands et collaborateurs, déjà perdus, font figure de statues de cire à entreposer au Musée Grévin. « Touchant à la fin de l’éclipse », on sent poindre à l’horizon le jour où l’on pourra de nouveau chanter les « Maries de France aux cent visages ».


L’un des prisonniers, déportés, maquisards, reviendra bientôt au foyer pour lui chanter cet hymne à la patrie, rendue à la vie au bout de plusieurs années de « nuit et de brouillard » :


 

«Je vous salue ma France, arrachée aux fantômes !

Ô rendue à la paix ! Vaisseau sauvé des eaux...

Pays qui chante : Orléans, Beaugency, Vendôme !

Cloches, cloches, sonnez l’angélus des oiseaux !


 

Orléans, c'est la ville qui fut délivrée par Jeanne d'Arc, où vivent mes compagnons que je salue ; Beaugency, au carrefour de grandes voies stratégiques, siège de deux conciles célèbres, fut âprement disputé au XlVe et au XVe siècles, c’est la cité de mon amie Catherine ; Vendôme, centre féodal et monastique rattaché à la monarchie française au XlIe siècle, est lié au souvenir de Blanche de Castille et à celui de François Ier, et l'on sait que le Vendômois fut chanté par Ronsard.


 

Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle,

Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop.

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux...


 

La France a été dans le passé, comme elle l’était encore au temps du poème, un sujet de querelle, c’est-à-dire de plainte et de tourments. Mais un même idéal anime les héros ensevelis et les oiseaux qui peuplent le ciel.


 

Je vous salue, ma France, dont les vents se calmèrent !

Ma France de toujours, que la géographie

Ouvre comme une paume aux souffles de la mer

Pour que l'oiseau du large y vienne et se confie.


 

La France nous a rappelé il y a peu qu’elle est baignée par la mer sur trois côtés de son hexagone. J’offre cette strophe aux Vendéens et aux Charentais.


 

Je vous salue, ma France, où l’oiseau de passage,

De Lille à Roncevaux, de Brest au Mont-Cenis,

Pour la première fois a fait l’apprentissage

De ce qu’il peut coûter d’abandonner un nid !


 

 

Lille, c'est la Flandre nordique ; le Mont-Cenis sépare la France de l'Italie ; Brest, c'est la ville la plus occidentale de France et, comme disait Michelet, « la pointe, la proue de l'ancien monde » ; Roncevaux, col fameux des Pyrénées, est lié au souvenir, disons même à la légende, de Roland. J’offre cette strophe à tous les Français qui peuplent cette terre.


 

Patrie également à la colombe ou l'aigle,

De l'audace et du chant doublement habitée !

Je vous salue, ma France, où les blés et les seigles

Mûrissent au soleil de la diversité...


 

La France est une et indivisible, Monsieur Besson. Mais elle est aussi diverse. Notre patrie est la synthèse de toutes ses provinces et de tous ses habitants qui lui apportent leur diversité bienfaisante et féconde. J’offre cette strophe à tous les Français d’origine étrangère et à tous les étrangers qui veulent devenir français.


 

Je vous salue, ma France, où le peuple est habile

À ces travaux qui font les jours émerveillés

Et que l'on vient de loin saluer dans sa ville

Paris, mon cœur, trois ans vainement fusillé !


 

Le sacrifice des martyrs de la Résistance, du Mont-Valérien, jusqu'aux derniers, ceux de la cascade du bois de Boulogne ne doivent pas nous faire oublier les héros du groupe Manouchian, qui donnèrent leur vie pour une patrie qui n’était même pas la leur. J’offre cette strophe à Najlae, la petite Marocaine qui rentre tout à l’heure dans son lycée d’Olivet grâce aux résistants français d’aujourd’hui.


 

Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe

Cet arc-en-ciel témoin qu'il ne tonnera plus,

Liberté dont frémit la silence des harpes,

Ma France d'au-delà le déluge, salut !»


 

La France, libérée du déluge, a fait alliance avec Dieu. Mais l’arc-en-ciel, symbole biblique, fait aussi penser aux trois couleurs du drapeau national. Il faudra cependant que les harpes se taisent en signe de deuil pour que dans le silence la liberté triomphe.


Ce poème fut publié clandestinement sous le pseudonyme de François-la-Colère. Je ne sais pas quand Louis Aragon décida de découvrir son nom. Je l’offre, en son entier, à son ami Jean Ferrat, et à tout le corps électoral français, y compris aux abstentionnistes, pour qu’ils prennent conscience que grâce à ces héros leur vote aura été rendu possible. Puissent-ils ne jamais connaître une France jugulée par un ennemi de cette liberté acquise par le sang et les larmes !


 

 


Bernard Bonnejean


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Je suis ERNEEN

Publié le par Bernard Bonnejean

et quand je lis ça, je suis pourri d'orgueil rétroactif.


Deux familles mayennaises reconnues comme Justes

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Raphaël Fresco avec Jenny et Jacky.


Trois personnes vont recevoir la médaille de Yad Vashem, ce dimanche à Ernée. Leurs parents avaient caché et sauvé des juifs sous l'Occupation.



L'histoire

 

La médaille des Justes parmi les Nations est décernée par l'Institut Yad Vashem, basé en Israël à Jérusalem, à ceux qui, au péril de leur vie, ont caché et sauvé des juifs sous l'Occupation. Gérard Lemonnier, maire d'Ernée ; Louis Gauffre, maire de Saint-Pierre-des-Landes ; ainsi qu'un diplomate de l'ambassade d'Israël, Élisabeth et Gérard Goldenberg, délégués régionaux du Comité français de Yad Vashem, seront réunis à l'espace Clair-de-lune, dimanche à Ernée.


Ils remettront, à titre posthume, une médaille aux Ernéens Marie-Louise et Auguste Fauque, représentés par leur fille Suzanne, et aux Pierrolandais Françoise et Michel Rousseau, représentés par leur fils Joseph, pour avoir sauvé les familles Fresco et Namer.


Exode et arrestation

Au début du XXe siècle, les familles Fresco et Namer, judéo-espagnoles, quittent l'actuelle Turquie pour s'installer à Paris, puis à Charleville, dans les Ardennes. Ils sont commerçants ambulants et possèdent aussi un magasin de linge et de vêtements.


Des amis ardennais les introduisent en Mayenne au mois d'octobre 1939, via un épicier de Laval. En pleine « Drôle de guerre », ils font les marchés du Mans à Ernée. Quand les Allemands percent à Sedan et défont les troupes françaises, les familles se voient contraintes de suivre l'exode de millions de personnes, vers le sud de la Loire.


Le 17 juin, ils arrivent à Lonzac, dans la famille d'un frère qui mourra plus tard en déportation, à Auschwitz. Ils n'y restent que quelques jours et reviennent à Laval. Obligés de se faire recenser comme juifs en 1940, de cesser leur activité commerciale en 1941 et de porter l'étoile jaune en 1942, à laquelle les Turcs ne sont pourtant pas astreints, ils sont arrêtés.


Les voilà internés à Mulsanne, près du Mans. Or les Turcs ne peuvent être arrêtés, puisque leur pays est neutre... Dans la confusion, les Allemands libèrent toute la famille, alors que seuls les aînés sont Turcs. La famille rentre à Laval, dans leur domicile mis à sac par la gestapo.


Leurs amitiés lavalloises leur permettent de survivre. Jusqu'en 1943, où une lettre les avertit que la Turquie abandonne ses ressortissants juifs aux Allemands. Il faut se cacher ! Un ami commerçant, un résistant, les met en contact avec le réseau d'Ernée conduit par Pierre Le Donné, garagiste. Celui-ci mobilise ses contacts en campagne. Salomon Fresco, sa soeur Annette Namer, et son fils Jacky, âgé de cinq ans, sont d'abord cachés à la ferme du Domaine, chez Françoise et Michel Rousseau.


Nissim et Eugénie Fresco, leur fils Raphaël, Solange et sa mère, Jeannette Niego, la petite Jenny âgée de quatre ans, se cachent dans une maisonnette mise à leur disposition par la famille Fauque, au lieu-dit le Petit Poirier.


Le Domaine, premier quartier général de la résistance locale et lieu de passage pour de nombreux réfractaires, est dangereux. Toute la famille se retrouve alors au Petit Poirier, se partageant une pièce et un grenier.


Rester muet


Pour leur éviter de se faire repérer en ville, Pierre Le Donné, Marie-Louise, Auguste Fauque et les Rousseau les ravitaillent. Des amitiés se nouent. Mais il faut rester muet... Les enfants ne diront jamais rien, surtout à l'école. Des rendez-vous sont donnés grâce aux poteaux téléphoniques numérotés par René Justin.


En juin 1944, des membres du réseau sont arrêtés à Larchamp, par la milice, et à Fougères, par la Feld gendarmerie. Ils seront torturés, puis fusillés, sans avoir parlé. René Justin reprend le flambeau et installe un nouveau quartier général à Montenay. Des sabotages, puis des prises de contact avec l'avancée américaine sont opérés, pour hâter la Libération.


La famille entend les tirs d'artillerie et les combats qui font rage lors de l'arrivée des Américains, au soir du 4 août 1944. Le lendemain, René Justin conduit les Américains de Saint-Hilaire-du-Harcouët à Mayenne. L'après-midi du 6 juin, toute la famille est à Ernée pour voir passer la troupe des libérateurs. Juchée sur les épaules de son père, la petite Jenny applaudit. Elle devient secrétaire générale de Yad Vashem en France, pendant dix ans, jusqu'en 2009.


Dimanche à 11 h, à Ernée, dans une cérémonie privée, Jenny Lanuerie, mariée à Jean-Yves Laneurie, enfant orphelin et rescapé de la Shoah, remettra la médaille des Justes au représentants des familles qui leur ont sauvé la vie.



Ouest-France



Tenez, parce que vous êtes sages, et que vous ne direz pas que je veux ici récupérer une notoriété qui ne m'appartient pas, je vais vous faire un cadeau.

A quoi ressemblait Ernée sous l'Occupation et juste après la guerre ? J'ai retrouvé cette vue aérienne, assez rare, je crois, à cette époque, de cette petite ville qui comptait, si mes souvenirs sont bons, environ 4000 âmes.

Cette photo m'appartient, ou plutôt elle appartient à ma famille et nous vous en faisons cadeau. Copiez-la, reproduisez-la : elle est libre de droit. A moins que dans la société mercantile dans laquelle nous vivons, le photographe qui l'a prise et l'aviateur qui le conduisit, ne se réveillent pour demander des comptes. Pas eux, en personne, mais les ayant-droits. Ah ! les ayant-droits !

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Juste un mot, pour finir, et parce que ça me démange terriblement : notre papa à nous, alors père de six enfants, lui aussi réfugié de l'Aisne et interné avec sa famille dans les "barraquements", constructions de fortune érigés à la va-vite et à la va-comme-je-te-pousse par des autorités complètement dépassées par les événements, mon papa était plus que copain avec un certain M. Fauque que personnellement, né en 1950, je n'ai pas connu. De la même façon que je suis fier de M. Fauque, en tant qu'Ernéen, je suis fier de mon papa et, en tant que sorte d'ayant-droit, je suis aussi fier d'être moi. Et honni soit qui mal y pense !

Bernard Bonnejean

 

Cérémonie touchante aux Justes de la Nation


Suzanne Faucon (à gauche sur la photo) n'avait que 9 ans quand ses parents ont hébergé la famille Fresco et Namer. Elle s'était liée d'amitié avec la petite Jenny qui n'avait que 5 ans à l'époque.

Suzanne Faucon (à gauche sur la photo) n'avait que 9 ans quand ses parents ont hébergé la famille Fresco et Namer. Elle s'était liée d'amitié avec la petite Jenny qui n'avait que 5 ans à l'époque.

Pendant la seconde guerre mondiale, deux familles d'Ernée et de Saint-Pierre-des-Landes ont    caché une famille Juive. Pendant la seconde guerre mondiale, deux familles d'Ernée ont caché une famille juive. Elles ont été honorées hier, dimanche.


Ce devait être une cérémonie privée. Près de deux cents personnes étaient quand même au rendez-vous à l'espace Clair de lune d'Ernée, dimanche matin, pour la remise des médailles des Justes de la Nation. Les Justes, ce sont ces personnes courageuses qui, pendant la deuxième guerre mondiale, ont, au péril de leur vie, caché et sauvé des juifs. À Ernée, Marie-Louise et Auguste Fauque, et Françoise et Michel Rousseau, ont été décorés à titre posthume pour avoir sauvé les familles Fresco et Namer.

« J'ignorais tout de l'existence de telles personnes ici à Ernée », a insisté le maire, Gérard Lemonnier. Et pour cause. Les époux Fauque n'ont jamais parlé de leur vivant. Leur fille Suzanne qui, à l'époque n'avait que 9 ans et avait sympathisé avec la petite juive Jenny alors âgée de 5 ans, n'a jamais rien raconté. Quelques mots à peine à son époux. « C'est lourd de vivre et de grandir avec un tel secret, a repris le maire. Un secret qui n'a été dévoilé que bien tard, comme si la vie de son amie Jenny dépendait encore de son silence. »


On dénombre près de 23 000 médailles décernées par le comité Yad Vashem, dans 42 pays. En Mayenne, une trentaine de familles sont reconnues pour avoir sauvé des juifs des camps de la mort. « Mais il est bien difficile de retrouver les traces de tous les Justes, reconnaît Marc Betton, historien local qui a redonné vie à cette histoire. À Ernée, je sais que deux autres familles ont hébergé des enfants. Mais je ne retrouve pas leurs traces, les témoignages manquent... »


Une enquête bien difficile à réaliser car souvent, ces Justes qui ont « sauvé l'honneur de la France », ne se sont pas fait connaître. « Mes parents trouvaient que ce qu'ils avaient fait était normal, expliquait Suzanne Faucon, très émue. Ils n'auraient jamais accepté qu'on les mette en avant pour ça. »


Sophie DELAFONTAINE.
Ouest-France

 

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A Caroline Fourest

Publié le par Bernard Bonnejean


Chère Caro,

Tu me permettras, ma douce, de te tutoyer. Tu es de la génération de mes élèves et j'ai toujours tutoyé mes élèves. Non pour asseoir une autorité fondée sur le pouvoir, mais afin d'établir un climat de confiance, indispensable entre enseignants et enseignés, parût-il superficiel ou artificiel aux non-initiés. J'ai toujours cru que mon statut de professeur dans l'enseignement privé catholique me donnait plus de devoirs que de droits. Ce tutoiement, loin d'être la caractéristique d'un abus d'autorité, il te faut donc essayer de le considérer comme une marque d'affection toute simple et toute naïve de la part d'un monsieur déjà âgé à l'égard de jeunes filles assez saines et pures pour l'accepter sans arrière-pensées. Je te demande donc à ton tour, Caro, de l'agréer sans chercher à y deviner une manoeuvre ou une tactique machiavélique sous-jacente.

 


Certes, tu l'ignores, mais nos "relations", unilatérales, ont fort mal commencé. Je ne te connaissais pas ; tu ne me connaissais pas. Cette ignorance réciproque semblait appelée à durer. Puis, un jour, sur Facebook, alors que les socialistes faisaient les doux yeux à un électorat possible, à défaut d'être probable, je suis tombé, par hasard, sur une de tes conférences à La Rochelle. Tu y dissertais sur la laïcité ; du moins, ce que toi, tu entends par laïcité. Franchement, il eût mieux valu, pensais-je à l'issue du visionnage, que nous ne nous rencontrions jamais. Nous n'avions rien en commun, toi et moi ; nous ne pouvions nous comprendre, encore moins nous entendre ; tu ne m'aimais pas, je ne t'aimais pas ; l'affaire était claire et définitivement close. Tu n'apprendrais pas plus de moi, que moi de toi ; nous devions demeurer infréquentables l'un à l'autre ...

Et pourtant ! Quelque chose émanait de ta personnalité qui fait que ma colère, bien réelle, ne pouvait trouver en elle sa pleine satisfaction. Elle convenait à mon désarroi, à mes certitudes heurtées, à mes convictions bafouées, à ma carrière rayée d'un trait de crayon rouge. Mais elle était insuffisante à extraire de tout ce fatras, dont nous étions l'un et l'autre auteurs involontairement unis, cette impression... Je n'achève pas ma phrase parce que je ne saurais trouver les mots, n'ayant pas encore réussi à cerner la matière à exprimer. Du moins avant de tomber sur ce bel article d'Eric Loret, de Libération, pratiquement contemporain de ta conférence de la Rochelle. Je commence par le livrer tel quel à mes amis :

Son mot préféré est « combat ». Parce qu’il faut des gens pour monter au créneau, dit-elle, et que l’époque est au mou. Aussi la voit-on plus souvent qu’à son goût à la télé, où l’on admire sa pédagogie et son sang-froid. Elle n’est jamais agressive, mais elle laboure implacablement son sillon.

De sa vie intime, on saura peu, sinon qu’elle a été une enfant farouche, qui s’ennuyait à attendre d’être adulte. Et plus on parle avec elle, plus on se dit que cette retenue, ce self-control est à la fois sa force et sa faiblesse.

La force qui lui permet de garder son calme dans les tempêtes idéologiques – voire face à une entarteuse comme l’an passé à Bruxelles -, mais dont l’envers est une fragilité, un trop de vérité à protéger, comme si elle n’avait pas pris le temps de fabriquer le « héros » privé que les journalistes attendent de tout personnage public. Mis à part un goût pour le chocolat et les animaux sauvages, il faudra saisir Caroline Fourest par ses chroniques dans le Monde, sur France Culture et à Charlie Hebdo. Et surtout par ses livres, écrits seule comme Frère Tariq (2004) ou la Tentation obscurantiste (Grasset, Prix du livre politique 2006), ou à quatre mains avec sa compagne, la politologue Fiammetta Venner, Tirs croisés, la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman (2003) et les Nouveaux Soldats du pape, programmé pour la venue en France de Benoît XVI.

Débarquée d’Aix-en-Provence à Paris à 14 ans, dans les valises d’une mère antiquaire, Caroline Fourest vient à la pratique du politique par le journalisme d’investigation, en s’intéressant d’abord à l’extrême droite puis en infiltrant une secte. Rapidement, elle se spécialise dans la défense de la laïcité. Ce parcours médiatique et engagé (elle mène combat pour le Pacs en dirigeant le Centre gay et lesbien à Paris et en écrivant pour le magazine Têtu) se double d’un cursus universitaire qui la mène, en passant par l’histoire et la socio, à un DESS de communication politique et à Sciences Po Paris, où elle enseigne actuellement.

Quand on googlise Fourest, on est rapidement pris du tournis de la théorie du complot. Son blog et le site de la revue Prochoix (qu’elle codirige avec Fiammetta depuis 1997) archivent l’ensemble de ses faits, dits et écrits, tandis que se déchaînent sur le même Web des armées de contradicteurs plus ou moins crédibles. Que lui reprochent-ils ? Tout et son contraire, ce qui plaide plutôt en sa faveur. D’être à la fois trop et pas assez laïque. « Vous […] contribuez à criminaliser tous les militants engagés dans des processus de résistance, du seul fait qu’ils emploient le langage de la culture musulmane », lui assène ainsi François Burgat, spécialiste de l’islam, dans un débat organisé par l’Express en 2005. Et alors qu’elle est classifiée « islamophobe » par les Indigènes de la République et les partisans de Tariq Ramadan, le site Ripostelaique.com l’accuse de « soutenir que l’islam doit être défendu si l’on veut contrer l’intégrisme islamique ». Le site en question, il faut le préciser, considère l’islam comme un  « péril mortel pour la démocratie ».

Caroline Fourest, elle, se défend d’avoir des maîtres à penser ou des préjugés. « En commençant Frère Tariq, j’envisageais sérieusement que ses prédications fassent plus de bien que de mal. Je ne m’éclaircis les idées qu’en écrivant des livres. » Résultat : après examen des publications et prédications de Ramadan, elle a conclu qu’il tenait un double discours incompatible avec la laïcité qu’elle défend. Son avant-dernier ouvrage, le Choc des préjugés (Calmann-Lévy, 2005), résume assez bien sa position : un moyen terme raisonnable, à la fois anti-intégriste et antiraciste. Une première partie réfute les angoisses sécuritaires en réexpliquant par exemple que les émeutiers de 2005 n’étaient pas des délinquants ou qu’il est faux de penser que « les Français d’origine “arabe” ne s’intègrent pas ». La seconde tape symétriquement sur ce qu’elle appelle les préjugés « victimaires », en démontant des idées du type « ceux qui ont publié les caricatures [de Mahomet, en 2006] l’ont fait par racisme » ou, pire, « les Juifs sont responsables de l’esclavage ».

Elle prône un « vivre-ensemble » que le sarkozysme lui semble menacer quand il construit « des lieux de cultes plutôt que des centres socioculturels, dans l’espoir bien illusoire d’acheter la paix sociale en substituant “l’espérance spirituelle” à l’espérance sociale ».

Est-elle, comme certains l’en accusent, obsédée de l’islamisme au détriment des autres intégrismes ? Certes, le fanatisme islamique lui semble actuellement le plus nocif, mais cela n’a rien « à voir avec la religion mais avec l’instrumentalisation de la religion ». Si l’extrémisme juif est quantitativement moins représenté dans son corpus, ça ne l’a pas empêchée, dit-elle, de lutter à la mairie de Paris pour « faire sauter quelques subventions aux Loubavitch ». Elle est de toute façon coupable, aux yeux des mêmes, d’avoir soutenu Val, le patron de
Charlie Hebdo, dans ses accusations d’antisémitisme contre Siné. Elle s’explique volontiers sur l’affaire, raconte avoir déjà une fois quitté Charlie avec Fiammetta, lorsque Siné publia un article « à vomir » sur la Gay Pride en 1997, l’année même où elles avaient commencé à y travailler. Elles y sont revenues depuis. « C’est sans doute générationnel, mais l’humour de Siné reste pour moi une énigme douteuse. Le côté ” je me défoule envers les homos, les noirs, les juifs et les femmes voilées pour montrer que je suis anar et viril” ne me parle pas du tout. »


La femme, justement, et sa place dans la société, lui semble un bon test pour les laïcités, de quelque religion qu’elles soient, si l’on ose dire : « Le féminisme a traumatisé un inconscient anthropologique qui se manifeste aujourd’hui par le retour du fanatisme religieux.

Les Nouveaux Soldats du pape en remet une couche contre « la réaction en cours » au Vatican, en étudiant ses liens avec l’Opus Dei ou la Légion du Christ : « Si des parents ont confié leur fils à la Légion du Christ sans savoir quel genre de mouvement c’était et que mon livre leur ouvre les yeux, j’aurais le sentiment d’être utile. » Plus généralement, elle veut être « utile à des publics divers, tels que les enseignants, militants, syndicalistes, élus locaux ». Et de citer un principal qui avait organisé un service de cantine spécial dans son collège pour les musulmans et les juifs, « en leur assignant du coup une identité qu’ils ne demandaient pas forcément ». Elle conseille simplement « de proposer poisson et viande au même service. C’est toute la difficulté de concilier, dans les politiques publiques, le respect des libertés individuelles et du multiculturel avec le maintien d’un certain espace commun. »

Le lendemain de l’entretien, on reçoit d’elle un mail sur sa vie privée : « Je ne sais pas faire autrement qu’analyser les gens, même mes proches. Cela ne m’empêche pas de les aimer. Comme cela ne m’empêche pas de combattre ceux que j’analyse. » Combattre ce que l’on aime, aimer ce que l’on combat : c’est peut-être la clé de l’ambivalence des sentiments qu’elle déchaîne.

Eric Loret,
Libération du 10 septembre 2008

Maintenant je sais, Caro, ce qui nous rapproche et nous sépare :



Le combat incessant contre L'INDIFFERENCE ! contre la TIEDEUR ! contre la fausse NEUTRALITE ! contre la LÂCHETE !

Unir nos forces ? Est-ce possible ? Nous connaissons les symptômes ; nous luttons pour qu'on nous donne les mêmes remèdes ; mais nous imputons la maladie à des facteurs différents. Plus : tes médecins sont mes porteurs sains et
vice versa.

Alors ? C'est sans espoir ? Certes, non ! Bien au contraire ! Continuons à lutter pour un monde meilleur ! Chacun à notre façon, avec notre éducation, notre passé, nos mots, nos idées, notre acquis, et toute notre bonne volonté.
 
Bernard Bonnejean

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S'il vous plaît ! Dessine-moi la crise !

Publié le par Bernard Bonnejean


ou comment s'y retrouver dans des explications
de choses auxquelles vous ne croyez qu'à moitié

"Parce que vous n'y croyez pas, vous, à la crise internationale !?

 Ben si, mais...

Mais quoi ?

Ils ont quand même trouvé des sous pour EDF, non ? Si vous me permettez de vous lire ce qui suit :

"La souscription à l'emprunt lancé par EDF (Paris : FR0010242511) le 17 juin auprès des particuliers s'élèverait déjà à plus de 2 milliards d'euros, a rapporté l'hebdomadaire Investir sur son site. L'électricien espérait lever un montant d'un milliard d'euros dans le cadre de cet emprunt. La souscription se poursuit jusqu'au 10 juillet. Le taux de l'emprunt a été fixé à 4,50% pour une valeur nominale de 1 000 euros".

C'est peut-être pas la crise pour tout le monde, non plus ?
 
C'est une réaction bien française, ça ! Manifestations et grèves quand ça ne marche pas ; protestations jalouses quand ça marche bien !

Vous avez sans doute raison, mais...

Mais quoi encore ?

Fillon nous tanne depuis des mois comme quoi il n'y aurait plus de sous. Il a quand même évoqué une faillite à un certain moment.

Vous avez la preuve de ce que vous avancez ? Parce que moi, vous savez, les journalistes, hein ! Tous gauchistes et compagnie !

Je ne sais pas si ça, ça peut vous servir de preuve ?



"Vous le faites exprès, ma parole ! Il y a une différence hénaurme entre la faillite de l'Etat et la faillite des particuliers.

Ben justement ! Un particulier, précisément et par définition, il est particulier. D'un côté, les particuliers riches ; de l'autre, les particuliers pauvres ; au milieu les particuliers pas particulièrement particuliers. Moi qui vous parle, j'ai reçu ça ce matin du Rectorat de l'Académie de Nantes. Je ne voudrais pas jouer les Calimero, mais ça m'a quand même fait un choc :

En début d'année scolaire, malgré la vigilance du bureau DAPP 4, compte tenu
           = des nombreuses nouvelles demandes
           = des délais rendus nécessaires par la transmission des documents, l'instruction des demandes d'indemnisation puis le traitement financier par la Trésorerie Générale, 

le paiement des allocations chômage ne peut être effectué, au mieux, que dans les trois mois qui suivent le dépôt du dossier complet à la DAPP 4

En cas de difficultés, les services sociaux des Inspections Académiques peuvent être contactés.


Ce qui m'inquiète le plus, voyez-vous, ce sont les "nombreuses nouvelles demandes". Un phénomène tout à fait nouveau : le chômage dans la fonction publique et semi-publique. A côté de ça, c'est vrai, certains n'ont vraiment pas lieu de se plaindre !

Mais tant mieux s'ils existent ! Ceux-là remonteront le pays ! Vous allez voir comment ils vont se précipiter sur l'emprunt d'Etat !

Ben non !

Pourquoi : "Ben non !" ?

Ils ne sont pas assez bêtes pour aller prêter de l'argent à un Etat en faillite depuis quinze ans. Il faut se mettre à leur place.

Vous m'emmerdez à la fin ! Fillon, il dit n'importe quoi ! Et d'abord, tout le monde le sait : c'est pas lui qui gouverne.

C'est ça qui doit être dur ! Faire semblant de ne pas gouverner en gouvernant quand même : on avait l'habitude avec Chirac qui jouait les andouilles pour qu'on lui fiche la paix ! Mais faire semblant de ne pas gouverner en ne gouvernant pas, ça doit être terrible pour le moral. Surtout avec l'ambition qu'il a, le Fillon, conseiller municipal de Solesmes louchant sur la mairie de Paris, le ministre qui revendiquait la seule réforme marquante du septennat "coup de bol" du friand de tête de veau.

Mais vous avez décidé de ne rien comprendre à rien ou vous le faites exprès !!! On ne peut pas parler politique avec vous. Puisqu'on vous dit que c'est la CRISE !

Je comprendrais mieux la crise si vous me la dessiniez ?

Bon ! La voilà, la crise !

 

Alors, faute de patience, comme j'avais hâte de commencer à préparer la réunion de section, je griffonnai ce dessin-ci.

 



Et je lançai :

Ça c'est la caisse. La crise que vous voulez est dedans.

Mais je fus bien surpris de voir s'illuminer le visage de Nanard :
 
C'est tout à fait comme ça que je la voulais ! Croyez-vous qu'il faille beaucoup de sous à cette crise ?

Pourquoi ?

Parce que chez moi c'est tout petit...

Ça suffira sûrement. Je vous ai donné une toute petite crise.

Nanard pencha la tête vers le dessin :

Pas si petite que ça...

Et il s'endormit. Mais avant, parce qu'il était bien élevé, il dit :

A bientôt les amis. Mille bisous aux Jujus.

Et il signa :

Bernard Bonnejean, avec la participation involontaire d'Antoine de Saint-Exupéry et du Petit Prince.

Publié dans Politique inclassable

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