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"Toutes les femmes sont des Jeanne d'Arc"

Publié le par Bernard Bonnejean

Maurice Lemaitre


Maurice Lemaître prépare l'École des Arts et Métiers et celle des Travaux publics. Après avoir participé à la Libération de Paris, il commence une licence de philosophie à la Sorbonne. Entré en 1949 au mouvement libertaire, il y débute une carrière de journaliste en écrivant dans le journal de ce mouvement.

En 1950, il se joint au groupe d'avant-garde lettriste, où il crée, la même année une revue politique : le « Front de la Jeunesse », ainsi qu'une revue littéraire et picturale, « Ur », qui reste comme « Le Minotaure » du lettrisme. Depuis cette date, Maurice Lemaître n'a cessé d'agir et de créer dans divers domaines explorés par le mouvement lettriste : la poésie, le théâtre, la danse, le roman, la peinture, la photographie, le cinéma, l'économie, la psychopathologie et la psychothérapie.

Les apports de cet artiste dans les arts plastiques, en poésie, en cinéma, et dans le roman sont si incontournables qu'il est cité dans les études modernes sur la littérature contemporaine (Centre Pompidou, Hachette, Seghers, Larousse), aussi bien dans les pays de l'Ouest que de l'Est.

« La seule critique définitive est la création »,  Maurice Lemaître.





 Le titre Toutes les Femmes sont des Jeanne d'Arc est de Maurice Lemaitre.
La réalisation vidéo (1983) de Suzanne Lemaitre.


Une grande partie des textes lus par Maurice Lemaitre sont des extraits du procès de Jeanne d'Arc.  Quant à la partie versifiée, j'ignore s'il s'agit de la Jeanne d'Arc de Joseph Delteil (1925), ou d'une Jeanne d'Arc de Maurice Lemaitre. Amis de Jeanne et des poètes, à vos plumes !
Voici, comme promis, quelques passages parmi les plus représentatifs, à mon sens, de la personnalité de la Pucelle, d'après le
texte "officiel", traduit par Dom Leclecq en 1906.

 

CAUCHON : Dites votre Pater noster .

JEANNE : Entendez-moi en confession, je vous le dirai volontiers.

CAUCHON : Derechef, je vous requiers de dire votre Pater noster.

JEANNE : Je ne vous dirai point Pater noster, à moins que vous ne m’écoutiez en confession.

CAUCHON : Une troisième fois, je vous requiers de dire Pater noster.

JEANNE : Je ne vous dirai Pater noster qu’en confession .

CAUCHON : Volontiers, nous vous donnerons un ou deux notables hommes de la langue de France, devant lesquels vous direz Notre Père.

JEANNE : Je ne leur dirai que s’ils m’entendent en confession.


 

L’INTERROGATEUR : Savez-vous être en la grâce de Dieu ?

               JEANNE : Si je n’y suis, Dieu m’y mette; et, si j’y suis, Dieu m’y tienne !

              

                L’INTERROGATEUR : Qu’aimiez-vous mieux, votre bannière ou votre épée ?

                JEANNE : J’aimais quarante fois mieux ma bannière que mon épée.

L’INTERROGATEUR : Qui vous fit faire cette peinture sur la bannière ?

               JEANNE : Je vous ai assez dit que je n’ai rien fait que du commandement de Dieu.

               L’INTERROGATEUR : Qui portait votre bannière ?

               JEANNE: C’est moi-même qui portais ladite bannière quand je chargeais les ennemis, pour éviter de tuer personne. Je n’ai jamais tué un homme.

 


               L’INTERROGATEUR : Quand vous arrivâtes pour la première fois près de votre roi, ne s’enquit-il pas si c’était par révélation que vous aviez changé d’habit ?

               JEANNE : Je vous en ai répondu, je ne me rappelle pas si cela me fut demandé. C’est écrit à Poitiers.

              L’INTERROGATEUR : Ne vous souvenez-vous pas si les maîtres qui vous ont examinée en une autre obédience, quelques-uns pendant un mois, d’autres pendant trois semaines, vous ont interrogée sur ce changement d’habit ?

 JEANNE: Je ne m’en souviens pas. Au fait, ils m’ont demandé où j’avais pris cet habit d’homme, et je leur ai dit que je l’avais pris à Vaucouleurs.

 L’INTERROGATEUR : Les maîtres susdits vous demandèrent-ils si c’était par ordre de vos voix que vous aviez pris cet habit ?

                 JEANNE : Je ne m’en souviens pas.

                 L’INTERROGATEUR : Votre roi, votre reine et d’autres de votre parti vous ont-ils quelquefois requise de déposer l’habit d’homme ?

                 JEANNE : Cela n’est pas de votre procès.

 

 

Maintenant, laissons au passé les cris de "Jeanne est à nous" poussés aussi bien par le parti catholique que par les républicains. Jeanne n'est à personne, sauf, pour ceux qui y croient, à Dieu.

Bernard Bonnejean

Publié dans poésie en image

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Pour Dame Catherine

Publié le par Bernard Bonnejean

 
Histoire de causer

Là vous allez dire que j'exagère. Voilà un type qu'on connaît même pas et qui, soi-disant, va nous raconter sa vie. Et puis, pof !, d'un seul coup : double interlude. Sans le petit train rébus, mais quand même ! Faut que je vous explique. Je connais une Dame, une vraie, qui m'a fait l'honneur de me suivre à travers les mille vicissitudes de mes débuts blogueurs. Pas un mot de trop ! Rien que de la sollicitude ! Sauf que la religion, elle aime pas trop. Mais elle est assez sage pour ne pas essayer d'en dégoûter autrui. "Autrui", c'est moi ; les méchants sartriens n'oseront pas  ajouter ici que l'enfer c'est les autres. D'une part, parce que ce n'est pas toujours vrai et d'autre part, que, finalement, on peut s'entendre sur l'essentiel, même si on se tape dessus à propos de l'accessoire.

Je cause, je cause, et j'explique rien. La Dame, dont je parle, et qui n'est pas mienne, elle cause plus sur mon blog, parce que je parle trop de religion. Du coup, je crois bien qu'elle est partie pour de bon. Non, je vous parle pas de ma Marraine de blog, Dame Lepion ; celle dont c'est que je cause s'appelle Dame Catherine. Elle est balgentienne. Mais non, elle est pas malade ! Balgentienne, c'est pas une maladie ! Ca veut dire habitante de (n'avez qu'à ouvrir vos dicos, mince alors !). Dame Catherine, outre qu'elle a un fameux coup de crayon, aime bien les poètes et pas seulement les morts des bibliothèques municipales. Et, comme elle aime bien les gens en général, elle est assez fine pour goûter les plaisirs futiles et parmi eux, celui de parler pour ne rien dire. Attention : j'ai pas dit qu'elle aimait parler pour ne rien dire ; j'ai dit qu'elle aimait les blogs où on essayait de mettre tout son coeur à ne rien dire de vraiment important.

C'était mon premier projet de premier blog personnel. J'ai pas pu ! Fastoche pourtant, vous allez arguer ! Que dalle, que je vous répondrai ! C'est parce que vous n'avez pas fréquenté les réunions mondaines chez les demoiselles bien éducaillées, petits gâteaux, thé sans sucre, et, pas de thème prédéfini de conversation sauf ceux à ne pas aborder : la politique, l'argent, le cinoche (elles n'y vont jamais), le vrai monde du vrai travail, le monde réel, quoi ! Causer sécu ou salaire, c'est pire que de montrer son derrière  !  Alors, vous passez le plus clair de votre temps à cogiter sur d'obsédents "Que dire ? Mon Dieu, que dire ?" Y'a vraiment que chez Proust qu'on s'en tire pas trop mal à ce petit jeu-là. Encore que les Verdurin...

Afin de faire plaisir à Dame Catherine, et de parfaire une éducation de vous tous que je suppose prolétaires issus de prolétaires, je vais vous donner un exemple, vécu ! (vous en avez de la chance !), dans un milieu proche du vôtre pour vous aider à progresser rapidement (ça c'est du jargon de vrai pédago-démago-populiste ! les gens honnêtes savent bien que le progrès qui dure, ça prend du temps et de la volonté à mettre en place). Ce sera un texte sans titre, puisque ça cause de rien de vraiment important en particulier. La dédicace s'y substituera, en hommage



A Dame Catherine

« Oh ! qu'il est gentil le chien ! Il a soif le chien ? Il a faim ? Ah non, il a reniflé le sucre, le mignon petit chien ! Comment il s'appelait le chien-chien ?

-- Duclos », (véridique), « couché, Duclos, je t'ai déjà dit de ne pas embêter les clients ! Janine, combien de fois faudra-t-il vous dire que le chien n'a rien à faire en salle ? Appelez-le !

 -- Duclos, viens ici mon chien !

 -- Wouf !

--  Ah ça, on peut pas dire qu'il obéisse bien ! Venez le chercher, Janine, et fermez la porte derrière vous !!

-- Mais il ne me gêne pas du tout, patron. Tu veux un sucre, Duclos ?
 
-- C'est ça ! C'est vous qui allez lui soigner les yeux, peut-être ? Il est bouffé par le diabète à cause que les clients lui refilent tout ce qu'ils veulent pas. Ja-ni-ne !!!!

-- Oui, oui ! Je peux pas être partout à la fois quand même !

-- Alors, je peux lui donner ou pas, le sucre ? Il a une façon de me regarder, votre chien. Il va pas me bouffer, non plus ?

-- Vous n'avez qu'à l'envoyer balader. Il a l'habitude.

-- Ben, il est gros votre chien. Et puis moi je le connais pas.

-- Vous avez peur des chiens ?

 -- Non, mais... C'est quelle race, ça ?

 -- Un croisement de Terre-Neuve et de bâtard qui passait par là. Mais n'ayez pas peur ! Un chien sent quand on a peur. C'est là qu'il devient agressif.

-- Ah ? C'est quoi la grosse boule qu'il a au derrière ?

-- Bof ! Un bobo ou peut-être une tumeur quelconque.

--  Et vous ne l'avez pas conduit chez le vétérinaire ?!

-- Vous savez combien ça coûte les vétos ? Des escrocs ! Et puis avec le commerce, on a pas trop de temps à perdre. Duclos, laisse la dame tranquille ! N'ayez pas peur, madame. Faites  pas attention à lui. Si vous bougez pas, il ne vous fera rien !

 -- Wouf !

--  Vous pouvez lui caresser la tête entre les oreilles, il adore ça.

-- Allez, viens mon pataud, viens avec Janine. Les messieurs-dames, ils n'aiment pas les chiens. Viens ma pauvre bête !

--- Wouf  !

--- Dis donc, tu iras te laver les mains ! On n'a pas idée de caresser des chiens malades !! Surtout quand on ne connaît pas. Tu payes et puis on s'en va ! Tu en mets du temps à boire un café ! Tu as vu ses yeux et ses oreilles, au chien ? Il est certainement plus méchant que ne veut bien le dire le patron. Et puis ce n'est pas normal. Les restaurants devraient être interdits aux chiens !

-- De toute façon, tu n'as jamais aimé les animaux.
 
-- Des comme ça, sûrement pas !! Tu verras un jour, à caresser n'importe quoi...

-- Patron, l'addition, s'il vous plaît.

-- Tout de suite ! Alors il est beau mon chien, hein ? Au revoir, M'sieur-Dame. Attention au chien en ouvrant la porte, qu'il s'échappe pas ! Ja-ni-ne ! »


(Paru pour la première fois, le 3 juillet 2001, dans usenet fr.lettres.langue.francaise, du temps des forums où les intellectuels ne se prenaient pas au sérieux, sauf peut-être les vrais, et encore !).


Je vous entends d'ici ceux du fond de la classe. "Pourquoi il a mis ça dans la communauté de la gentille Samia, dédiée à la poésie ?" Tout bêtement parce que ça en est, de la poésie, celle de tous les jours, celle que tout le monde écrit sur le grand livre sans le savoir. D'autres, ceux que j'aime le plus, diront : "Mais ça nous apprend rien !". Et là, tout honteux, je serai bien obligé de leur dire qu'ils ont raison. Mais, t'es jeune, toi qu'es venu pour apprendre. Comme disait Saint Bernard : avant d'essayer de comprendre les autres, donc de comprendre les choses, il faut essayer de se connaître soi-même et de s'aimer tel qu'on est. C'est bien ça qu'est le plus difficile ! Je vous promets, à tous les déçus, qu'il y en aura pour tout le monde sur mon blog. Je sais aussi être sérieux en cas de nécessité. Je vous aime déjà bien tous et toutes. C'est quand même bien l'essentiel. A bientôt.

Publié dans poésie

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