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Rimes et déraison I

Publié le par Bernard Bonnejean

 

RAPPEL        RIMES ET DÉRAISON : « Poètes, à vos papiers »

 

À l’issue de discussions animées, riches et fructueuses, le jury composé de Ganaël JOFFO, de Frédérique NOTEZ et de Bernard BONNEJEAN est enfin parvenu, après libres délibérations, à se mettre d’accord sur neuf poèmes sélectionnés pour le Grand Prix 2011 de RIMES ET DERAISON.


Le fait est que votre talent nous a rendu la tâche ardue. Choisir, c’est souvent souffrir et ce n’est jamais avec désinvolture que nous sommes contraints d'éliminer un poème jugé juste un peu inférieur au précédent retenu. 



Le temps n’est plus aux alarmes ni aux regrets. Réjouissons-nous ensemble pour les gagnants dont les noms suivent. Ils sont volontairement classés par ordre alphabétique des patronymes. Ainsi le Jury réserve ses ultimes conclusions sans chercher, même provisoirement, à établir une hiérarchie qualitative propre à influer sur le palmarès final. Aussi aucun des neuf poèmes retenus ne peut se prévaloir, en l’état actuel, d’un avantage quelconque : 



CHAINEUX Laurent
DEWALLY Gaël
FONTANA Gabriel
GAUTHÉ Nicole
éliminée pour manquements répétés au règlement
PSALMON Laurent
REEVES Linda
RENAULT Jean-François
ROUSTAN Laurent



Tous les poèmes retenus seront reproduits sur http://www.bonneber.org/ à partir d’aujourd’hui ou de demain. Ils y feront l’objet d’une analyse critique sérieuse et objective. 


Merci et bravo à tous les participants. Merci et bravo aux neuf "nominés". Nous comptons sur votre talent pour la deuxième session qui commencera bientôt. 


Les membres du Jury :

JOFFO Ganaël, NOTEZ Frédérique, BONNEJEAN Bernard

Le logo est de Fathia NSAR

 

 

 

 

Guernesey.jpgCHAINEUX Laurent

J'expire à Guernesey

Lesia ! J'expire à Guernesey
des mots crapauds privés de sens,
Chantant aux mules amusées
De jolis souvenirs d'en France,
Quand ton sein cloué sur mon cœur
Poussait la marée salicole
aux pages de mon livre d'heures.

La mémoire peut être frivole,
À Divona ou Guernesey...
Sans toi, l'exil c'est n'importe où.
Mon âme à ton coeur épousée
Victor te cherche comme un fou
Et guère ne sais si tu fus mienne
À Divona ou Guernesey.

Dans l'ombre tendre de Julienne
Le sable coule à marée basse,
mes doigts démaquillant tes yeux.
Petite fille tu te délasses
Aux heures blanches de nos jeux
Où la tendresse te trahit,
Quand tu voudrais tout croire fini

Et que j'implore que le temps cesse...


 

Laurent CHAINEUX nous invite à une ballade en poésie à Divona ou Guernesey. Au sens structurel d'abord avec ce beau leitmotiv, refrain qui sonne comme un renvoi de bastringue à la Yvette Guilbert ou à la Colette Renard jusqu'à imposer une présence de scie obsessionnelle propre à nous hanter comme Julienne, l'amante marine. Au sens spatial aussi, mais trop secret pour être parfaitement circonscrit. Car on peut vivre près du Dis Pater, le dieu des grottes, des gouffres, des fontaines et des sources à Divona, Divonne-les-Bains, Cahors (Divona Cadurcorum), ville des poètes félibres aux noms qui fleurent bon la belle époque et les beaux sentiments : Ferdinand de la Roussilhe et Jules Combarieu. Mais on peut aussi bien vivre à Divona en Tunisie, en Algérie ou au Maroc, en des lieux assez peu poétiques compris entre le fixe et le portable... Ces premiers ébats seraient donc autant marqués par le spectre de l'exil hugolien de Guernesey : les grandes amours sont exclusives et ne peuvent se résoudre à l'altérité. Sans compter que Julienne est aussi le nom d'une ville charentaise où l'on pratique, dit-on, « l'art de vivre » et la sculpture. Alors on se plaît à imaginer un Laurent CHAINEUX, assez créateur pour être poète, pygmalion d'une Galatée moderne, tombé amoureux d'une Julienne d'ivoire qu'il finit par animer et par épouser. Finalement, que pourrait-il arriver de mieux à un poète que de se créer l'amante idéale dans la matière inerte des mots bruts, de lui donner vie par le miracle poétique, de l'aimer éternellement en « implorant que le temps cesse » ? 

 

 


 

 

 

 

sireneCopenhague.jpgDEWALLY Gaël


Évidence

Au plus profond de toi je me suis engouffré,
Progressant doucement en tes lieux inconnus,
Avec une impression d’être déjà venu,
Fouler cette étendue où je venais m’ancrer.

N’ayant plus qu’une idée, te parcourir encore,
Je n’ai pas peur du vide au-dessus de mon corps,
Et touche de mes mains les multiples trésors,
De ce monde accueillant qui frôle mes abords.

Je pourrais sciemment oublier l’oxygène,
Qui me maintient en vie au cœur de l’océan,
Tant l’eau qui m’enveloppe coule dans mes veines,
Tel un lien inconscient qui remplace le sang.

Comme si je n’avais plus rien d’un riverain,
Tu m’as à tout jamais en toi enraciné,
Laissant mon corps entier prêt à s’abandonner,
Au spectacle envoûtant de ton monde marin.


 

 

 

É-vidence ? Ou plutôt un é-videment qui n’a évidemment rien d’évident. Comme tous les grands mystères de la vie. On pourrait dire que dans ce poème d’amour Gaël DEWAILLY fait l’éloge masculin de la femme à travers son vide. Un éloge masculin ? Voire ! « Je n’ai pas peur du vide au-dessus de mon corps », (et c'est l'homme ici qui est censé parler), un vide « supérieur » auquel répond, en creux, si j’ose dire, le gouffre, l’abîme, les profondeurs abyssales, marines, les fonds marins « inconnus » où s’ « ancrer ». Jeu magnifique, traité avec sérieux, sur les deux pôles de la verticalité, hauteur et profondeur, qui se mêlent, se complètent jusqu’à se fondre. Car il n’est d’amour que dans l’unité, dans l’unicité, d’où cette impression d’hermaphrodisme où le plein se confond avec le vide, où les liqueurs physiologiques, l’eau, le sang, ce « qui remplace le sang » et l’ « oxygène » se font concurrence jusqu’à se substituer. Gaël DEWAILLY, plus femme que jamais, s’est imaginée un homme qui la comble par la métamorphose, qui soit tellement puissant, tellement viril, tellement homme pour tout dire, qu'il puisse se faire suffisamment femme pour, à lui seul, renouveler la vie ad libitum. Quel auteur a dit : « Aimer, c'est devenir femme » ? Le Jury y a lu un sain érotisme, la traduction d’ébats « fusionnels » vitaux et libérateurs. 

 

 



K1FONTANA Gabriel

Il y a dans l'incendie...

Il y a dans l’incendie de la ville
Un acte évident de salubrité publique.
Brûle l’urbanisme.


Je maréchalerai ton cul sur des pistes sourdes,
Les pistes de la conscience tue.
Je maréchalerai mon nom
Sur les murs de la honte ;
Pas ceux où l’on se lamente
Mais ceux anonymes, où l’on tue.

Je pétainiserai l’honneur et la gloire
D’un pays tétanisé par sa fierté.
De quoi être fiers, nous avons ?
Je ne crois pas et je bave
Sur le drapeau, pas par bravade
Mais parce que je suis paralysé de la bouche.
Je pétainiserai l’idée de Nation,
En y enlevant l’humanisme
Et la fraternité pour y déposer
Tendrement des valises d’injustice.

Je hitlériserai les aéroports
Et les gares, en utilisant les flics
Comme main-d’œuvre pas chère
Pour faire le sale devoir :
Bouter les étrangers hors de nos terres.
Et je n’aurai pas d’oreille pour leur supplique.
J’adolfiserai les consciences prolétaires
En prétendant que le danger guette
Et que demain, ce soir, peut-être,
Le sauvage attend l’heure de manger leur chair.

ENVOI

Je me suiciderai dans les ruines de mon empire,
Je me sarkoïzerai dans les pensées adjacentes,
J’enverrai mes soldats et mes sbires,
Vers les balises baveuses et inconscientes.

 

 

 

Faut-il être assez gogo pour élire un olibrius tartuffe qui sut réduire nos cerveaux en sandwiches à la béchamel promis à la poubelle. Tout créateur est un lexicologue et un lexicographe, et cette phrase initiale est là pour prouver que le peuple a davantage été créateur verbal qu'Émile Littré. Remarquez l'éclectisme de notre item initial : du gouverneur romain, bourreau du IIIe siècle au quatrième comte britannique, John Montagu (XVIIIe), sans oublier le marquis saucier de Louis le quatorzième. Nous nous défendons ainsi d'avoir élu ce poème de Gabriel FONTANA pour des raisons idéologiques. Parfois, une figure stylistique vaut davantage par sa façon que par son fonction ; par sa fonction que par son appropriation, sa réception par le destinataire. En fait, qu'eussions-nous lu si nous avions décidé de karchériser ce texte polémique ? Un jury, un bon jury, est par définition composite à défaut — ce projet se réalisera un jour — d'être cosmopolite. Pourquoi n'y compterions-nous ni fervent zélateur du maréchal Nouvoilà ni secrets admirateurs de quelque Führer, Caudillo, Petit Père du Peuple, Duce, et autres guides adulés avant d'être honnis ? Provocation ? Un peu, sans doute. Mais ce que je veux tenter de vous faire comprendre et c'est tout à l'honneur de Gabriel FONTANA, c'est que l'objet de notre acquiescement n'est pas dans les idées, par principe !, mais dans son art du néologisme employé à bon escient dans cette mazarinade ferréenne des temps modernes. 

 

 

 

 


Publié dans poésie

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Cadeaux personnels

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Pas sûr que ça marche : 

 

mais qui ne risque rien n'a rien.

 

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Je laisse les liens. Profitez de l'aubaine, si on nous le permet. En tout cas, c'est de bon coeur !!

 


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Bon 

 

 

 

 

 

 

 


 

Chers amis de Priceminister et d'Overblog,

si je commets une faute,

dites-le moi gentiment sans me punir.

C'est juste pour faire plaisir à mes amis.

 

Bernard Bonnejean,

auteur de La Poésie thérésienne,

le livre des deux publicités reçues dans ma boite-mail. 

Publié dans religion et culture

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N'oubliez jamais !!!

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

KADHAFI

 

 

Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort.

 


Libération, 10 décembre 2007.
Rama Yade

 

 

 

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Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort.
Libération, 10 décembre 2007.
Citations de Rama Yade
Rama Yade

 

 

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  Face au rêve et à l'idéalisme, Sarkozy s’inscrit dans la réalité, la triste réalité ; face à qui se sent coupable, il incarne la bonne conscience du petit bourgeois apparemment intègre. Dans ce naufrage quasi complet, seul Sarko triomphe. Non seulement les vrais coupables ne sont pas punis, ils sont encore récompensés et honorés. Dans ce pays engoncé dans sa bêtise et son esprit étroit, seuls les médiocres peuvent réussir. Sarkozy est un des visages du pessimisme fondamental des analystes lucides. L'histoire se termine donc sur la vision grimaçante de la sottise humaine, de l’arrivisme, de la médiocrité satisfaite qui étouffent toute velléité d’évasion ou tout idéal.

D'après « le personnage de Monsieur Homais dans Madame Bovary de Flaubert », Jean-Luc in http://www.etudes-litteraires.com/madame-bovary-homais.php

 

Publié dans martyre

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Etranges similitudes

Publié le par Bernard Bonnejean

 

FRANÇOIS NOURISSIER

ALLEMANDE

À Maurice Rheims,

par affection, bien

sûr, et parce que lui,

ces années-là, il se

battait…


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Cette histoire de quelques adolescents sort tout droit de mon enfance;  elle est écrite avec les mots de l'enfance, baignée dans sa trompeuse lumière. Je ne prétends pas insinuer que les Français des années 40-44 ne furent peut-être pas aussi héroïques qu'on l'a dit. Les courageux furent courageux. Les autres selon un mot célèbre et bien à sa place à cette époque — les autres vécurent... Quant à leurs enfants, ces enfants que nous fûmes, ils découvrirent alors le monde à travers des prismes singulièrement déformants : leur âge, leur goût de vivre, l'extravagance ou la tristesse des circonstances quotidiennes. Tel est le fond du tableau : qu'on ne m'en fasse pas dire davantage.

J'ajoute ceci : les noms des personnages ont été empruntés aux cartes Michelin ou à mes précédents livres. Croire reconnaître ici ou là une personne, une situation, relèverait donc de l'imagination la plus hasardée.

 

F. N.

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L'après-midi de ce mardi-là et les deux jours qui le suivent, Lucien les effacera-t-il jamais ? Un des points bas de sa jeunesse, comme on nomme, en plomberie, les lieux où l'eau croupit, où l'hiver elle gèle. Un point bas, un trou dont l'a lentement aspiré la succion. Une vidange. Il en est conscient. Il découvre que l'on ne se trompe guère sur le sens des gestes, des mots. Quand on coule on se sent couler, et voilà tout. Il regarde autour de lui, incrédule, la passion s'installer sur les visages. Les gens se terrent ou s'exaltent, quelque chose d'énorme et d'éclatant se prépare et le garçon s'en croit exclu. Exclu : comme du Club, comme de l'avenue Raphaël. Les yeux de Monsieur Martin se sont mis à briller tristement ; il se rase; il répète « Pauvre Yette... Pauvre Yette... » Madame Lechade est formidablement méfiante et tendue ; cette joie imminente ne lui dit rien qui vaille. Elle hoche la tête comme une qui en sait long et ne s'en laisse pas conter.. Peu à peu, dans son idée de la mer, les écueils ont remplacé les vagues : elle aussi n'attend plus que le naufrage. Et Lucien ébahi se reconnait en elle. Il sent un air mauvais lui crisper la figure. Il traîne l'après-midi dans les rues, entre le Lion de Belfort et les Gobelins ; il passe chez Patouillard où le téléphone ne répondait pas ; le père de son ami, un peu hagard, le col desserré, comme surpris au milieu d'une sieste, vient ouvrir et explique que ses enfants sont à L'Isle-Adam, ce qui paraît le désoler. Les trottoirs ont molli. Lucien évite les grandes avenues, les axes de la traversée de Paris où se croisent des camions surchargés, des chars, des ambulances, des voitures grises bourrées de militaires en armes, de sorte qu'on ne sait plus lesquels montent à la bataille, lesquels la fuient, mais leurs regards sont également désagréables à soutenir. Autour du Luxembourg on a entassé des sacs de sable, déroulé des réseaux de barbelés, mais les gens continuent de boire leurs jus de fruits aux terrasses, à dix pas des sentinelles qu'ils regardent sous le nez. Ils font à. mi-voix des jeux de mots intrépides. Lucien porte son veston jeté sur l'épaule, il a retiré sa cravate. Il ne se hâte même pas quand passe une voiture de la préfecture annonçant le couvre-feu pour neuf heures. Madame Lechade lui a laissé dans une assiette des légumes froids, et sur la table un mot pour demander qu'on ne la dérange pas. Elle a sa névralgie. 

Les deux heures qui s'écoulent avant le retour du courant paraissent longues. De l'autre côté de la cloison, assis devant une fenêtre ouverte, Monsieur Martin froisse un journal. Des gens bavardent d'un balcon à l'autre. Lucien fume ses deux dernières cigarettes, allongé, la tête coincée au dur du lit, roulant doucement sa nuque sur l'arête du cosy, attendant il ne sait quel bénéfice de cette douleur vaine, de son excès de détresse, de l'abandon qui ruisselle de lui, autour de lui, en lui dans le chuchotement lent de la ville prisonnière.

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Le 16, Patouillard revient de L'Isle-.Adam, Il en rapporte des anecdotes incontrôlables et une bouteille de Bénédictine. Ils vont la boire chez Grenier, dont les parents tiennent un hôtel rue Cujas. C'est drôle d'habiter à l'année une chambre d'hôtel : chez Grenier ça sent le savon, la vieille moquette et la brillantine. Les trois garçons sont bientôt ivres. Patouillard raconte les amours de sa tante avec un médecin de Clermont-sur-Oise. Il dispose d'un vocabulaire sexuel qui stupéfie Lucien. Il rit, Lucien, il rigole, il se marre, il se gondole, il en remet. Ah salissez vite ma vie! Traînez-la dans vos mots de misère, couvrez-la de vos sous-entendus de potaches, délivrez-moi des chimères ! Ils sont étonnés, Grenier et Patouillard, de l'honneur que leur fait Lechade, Lechade le péteux, pour qui personne n'était jamais assez chic. Et le voilà vautré sur le canapé de la rue Cujas, les cheveux en désordre, complaisant, sarcastique. On nous l'a changé ! Il est vrai que le beau Lossan a pris le maquis — c'est le cas de le dire ! À moins qu'il ne soit parti se planquer à la campagne chez papa-maman, allez savoir. Alors Lechade a de la sympathie de reste pour les obscurs de la Philo II, les sans-grade de la rue Cujas. Mais comme il boit sec on ne lui en veut pas. Il paraît que la radio s'arrête ce soir. Il paraît qu'ils sont à Arpajon. Il paraît qu'ils ont déporté Pétain, Il paraît que Drieu La Rochelle s'est suicidé. « Qui c'est, ce mec-là ? » Patouillard et Grenier n'ont jamais été fanatiques de littérature. 

Le 17 au matin, Lucien accepte l'étrange sandwich que sa mère lui propose, le fourre dans la sacoche de son vélo et s'en va. Il s'est éveillé la tête pesante. On ne devrait pas boire de liqueur à jeun. Il se rappelle avoir parlé, hier, dans la chambre à odeur de poulette. Beaucoup parlé. De quoi ? De qui ? Les deux autres avaient l'air de rudement s'amuser.

 

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Il se surprend, bien sûr, à rôdailler du côté du Bois, des lacs. Il ne faut pas se faire « réquisitionner » le vélo ni être pris en flagrant délit de solitude. Lucien se dissimule donc dans les bosquets, sur la route du Pré-Catelan. Il observe, de loin, les allées et venues à la porte du Club. Comme on passe vite d'un bord à l'autre des lieux, des groupes, des époques ! Il se sent gibier, soudain, sans s'être jamais senti chasseur. Il aperçoit, entre les branches, les princesses blondes. Il voit son gros Allemand franchir le portail une valise balancée à bout de bras, et deux raquettes, et un imperméable en cuir vert : il a vidé son casier. Voilà qui sent les grands adieux. Lucien ne s'en réjouit même pas. Il pourrait aller jusqu'au secrétariat et demander à voir Monsieur Richier, pousser quelques cris, exiger d'être réhabilité, rétabli dans ses droits de vaillant petit Français que le vilain porc allemand a accusé à tort. Mais à quoi bon ? Lucien sait que Noëlle ne reviendra pas. Ou bien plus tard, beaucoup plus tard, dans une, ou deux, ou trois semaines, qui peut dire ? quand l'Histoire aura basculé. Quand le goût du monde aura changé.

 

© François NOURISSIER, Allemande, éd. Grasset & Fasquelle, 1973.

 

ALEXANDRE JARDIN

DES GENS TRÈS BIEN

Né Jardin, je sais qu'il n'est pas nécessaire d’être un monstre pour se révéler un athlète du pire. Mon grand-père — Jean Jardin dit le Nain Jaune fut, du 20 avril 1942 au 30 octobre1943), le principal collaborateur du plus collabo des hommes d'État français : Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain. Le matin de la rafle du Vél d'Hiv, le 16 juillet 1942, il était donc son directeur de cabinet ; son double. Ses yeux, son flair, sa bouche, sa main. Pour ne pas dire : sa conscience.

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Pourtant, personne — ou presque — n'a jamais fait le lien entre le Nain Jaune et la grande rafle, étirée sur deux jours, qui coûta la vie à la presque totalité des 12 884 personnes arrêtées ; dont 4 051 enfants. […]

Avec le temps, j’ai aussi fini par admettre avec terreur qu’il y a chez tout homme, ou presque, un invincible besoin de rester un type bien à ses propres yeux ; et une aptitude effarante à maintenir cette certitude même dans les situations les plus insoutenables, d'où le bien paraît de toute évidence banni. Les brutes épanouies qui se rasent le matin en riant aux éclats de leur infamie sont assez rares. Hélas, les tueurs gouvernementaux ont généralement une allure policée et un discours correct. Et, parfois, des pudeurs touchantes de lecteur de Jean Giraudoux.

Peut-être est-ce pour cela que ma famille put, après guerre, entretenir l'illusion que le Nain Jaune était resté propre dans ce bain de boue. Une sorte d'archange qui aurait couché sans séquelles avec le diable ; malgré le stupéfiant déboulé de mesures racistes qu'il avait assumées. Naïvement, les Jardin (et moi pendant des années) se figuraient que pour participer au pire il fallait être un monstre aguerri, abruti d'idéologie ou purgé de toute moralité ; ce qui exonérait de fait le gentil et très chrétien Jean. Le genre d'homme qui ne dérogeait pas à ses principes d'honnêteté. Au point que personne chez les Jardin ne s'aperçut jamais que le matin de la rafle du Vél d'Hiv il était bien aux manettes du régime.

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Après la guerre, chose inouïe, quasiment personne ne nota que le Nain Jaune vit nécessairement passer sur son bureau directorial le projet de loi, adopté le 11 décembre 1942, qui prescrivait l'apposition de la mention « Juif » sur les titres d'identité délivrés aux Israélites français et étrangers. Oui, l'infamie fut endossée par cet homme exquis. Ou la scène assez crapuleuse où Jean Jardin dut relire, avant d'obtenir la signature du Président, le décret du 6 juin 1942 qui interdisait aux Juifs de tenir un emploi artistique dans des représentations théâtrales, dans des films cinématographiques ou dans des spectacles (sic). Sans que le Nain Jaune, bardé de morale, n'envisageât de rendre son tablier. De toute façon, cet homme lucide avait consenti sans nausée à servir un régime qui appliquait gaillardement le deuxième statut des Juifs du 2 juin 1941, excluant les individus estampillés de race juive de toutes les fonctions publiques, administratives, électives, enseignantes bien entendu et judiciaires (sauf les décorés, préservés un temps), des postes militaires d'encadrement, de la diplomatie, des professions libérales les plus diverses, des métiers de la banque, du commerce, de la presse, de l'édition, de l'exploitation des forêts (un arbre juif, c'est dangereux, n'est-ce pas ?) et j'en passe. Personne ne parvint à assimiler l'idée que ce fut bien lui, mon Nain Jaune — pour des raisons bêtement techniques —, qui transmit la loi du 9 novembre 1942 relative à la circulation des Juifs étrangers, signée par Laval (donc soumise à sa signature par Jean), qui astreignait ces derniers à résidence dans les communes où ils vivaient et leur interdisait tout déplacement sans autorisation policière ; comme les Noirs des townships de l'apartheid. Sans qu'il claquât la porte bien entendu. Arrêtons là ce florilège de la honte hexagonale assumée lucidement par le Nain Jaune qui ne rechigna. guère. Scandale absolu, insensé, à hurler, qui donne envie de se purger de son ADN et dont personne ne me parla jamais ni enfant ni adolescent, alors que les conversations historiques faisaient si souvent le sel de nos repas familiaux à Vevey, au bord du paisible lac Léman.

Mais il faut bien un jour que la comédie cesse.

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Surtout en cette heure si particulière de mon existence où j'atteins l'âge où mon jeune père — à quarante-quatre ans — eut rendez-vous avec le sien en publiant, en 1978, Le Nain Jaune. L'hymne d'un fils amoureux de son père, la grand-messe chantée d'une piété indéboulonnable. Une escroquerie aussi sincère que géniale. Le collaborateur intime du plus vil des collabos y apparaît, page après page, sous les traits d'une incarnation de la bonté et de la probité ; une sorte d'amateur d'absolu. Un tyran ? Certes, mais domestique, ou avec ses hôtes dans les restaurants. Et on y croit, tant le talent du Zubial est étourdissant. Devenu son jumeau en âge, j'éprouve le besoin vital de détricoter l'illusion littéraire qu'il confectionna pour se protéger — et nous soulager — d'une réalité irrespirable ; un récit antitraumatique, une ahurissante fiction soignante. Vient un moment où l'on ne peut plus éluder ce qu'on a trop pensé ; et c'est alors que commence l'épreuve. Celle de refonder sa famille ; en la contraignant au réel. Le temps me paraît venu d'ouvrir nos yeux d'enfants en ayant assez de cœur pour résilier nos fidélités privées. Si nous ne sommes pas coupables des actes de nos pères et grands-pères — la Révolution française nous a légué cette avancée —, nous restons responsables de notre regard.

La cure d'aphasie n'a que trop duré.

 

© Alexandre JARDIN, Des Gens très bien, éd. Grasset & Fasquelle et Alexandre Jardin, 2010.

 

Tous résistants, tous collabos : une double ineptie, une double réalité. Tous coupables, peut-être pas ; tous responsables, on aimerait pouvoir l’avouer. Entre la démarche de François Nourissier et celle d’Alexandre Jardin, NOUS existons., JE existe. Contre tous les autres ; avec tous les autres. D’un côté, la faiblesse et le courage ; de l’autre la force et la lâcheté ? Manichéisme ridicule et intolérable. « Je est un autre », mais qui donc est « je », qui donc est l’autre ? Qui est le bon, qui, le mauvais ? La femme tondue, parce qu’elle a été tondue, est-elle plus coupable que le grand-père de Jardin, chef de cabinet de Pierre Laval, jamais arrêté, jamais puni ?

Se poser la question de la France sous l’occupation revient à se demander qui nous sommes. Nazis, juifs ? L’histoire n’est jamais si simpliste. Nazis et pronazis antisémites ; juifs et humanistes philosémites ? Vrais collabos et collabos « malgré-nous » ? Vrais et braves résistants ; résistants de la première et de la dernière heure ; résistants contraints ; vichystes, gaullistes ? Catégoriser est souvent faire l’économie d’une analyse et les livres d’histoire sont toujours écrits par des manipulateurs d’opinion, de bonne foi, le plus souvent. La preuve ? Les bons d’aujourd’hui finiront bien, si les nécessités socio-économiques et politiques s’en font sentir, par être viciés pour les besoins de la cause. Nourissier adolescent a vécu ce dont Jardin a souffert dans son mutisme  : « Nous sommes tous des gens bien, bourreaux et martyrs, complices et amis ». Sans compter la masse des indifférents qui voient sans voir et se disent qu'ils n'y peuvent rien.

Depuis trois jours, je cherche sur Internet un extrait de Nourissier. Je l’ai trouvé dans ma bibliothèque avec Alexandre Jardin que je viens de lire. Ce ne fut pas du temps perdu. Sur un catalogue en ligne, figurent à la même page : Allemande de Nourissier, le Journal d’Anne Frank, Si c’est un homme de Primo Lévi… Mais qui sommes-nous donc ? Des gens bien, assurément. Des générations de gens bien. Et si c’était ça, le péché originel ?

Bernard Bonnejean

Publié dans politique française

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Le p'tit hôtel sympa

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Adresse inconnue



La ville, au moins ? Elle restera anonyme, mais, par charité pour ses âmes, nous la baptiserons Limbes. Elle vivait au temps où les métros tout neufs commençaient à la croiser à la façon d'une svastika mal dessinée. Il faut avouer qu'il était beau, le métro de Limbes ! Tout propre, silencieux comme un tapis d'Orient. En plus, il aurait presque senti bon. Il est vrai qu'à quatre heures des roulottes brinquebalantes de Fulgence Bienvenuë, avec un rien vous donniez vite dans le luxe moscovite. Gamin, j'aurais traversé la ville de long en large, avec un ticket, unique, pour jouer les Zazie. Sauf que Limbes n'est pas la capitale : les générations s'y transmettent les manières bourgeoises, comme les bidasses, les MST ou les gosses, la grippe A. Paris, c'était mieux, parce qu'au moins ils étaient normalement anormaux, objets dignes d'observation et de rigolades, en dedans pour éviter les hurlements de ces éternels agressés.





Donc, en cette année scolaire 93-94, je fus convié à aller préparer un concours à Limbes. Plus exactement, dans la très proche banlieue limboise. Mon premier contact avec la cité fut exclusivement véhiculatoire. Arrivée en gare d'Avoux après quelques heures de TGV ; recherche angoissée de la station de métro idoine avec valise dans la main droite, cartable dans la gauche, et plan où vous pouvez ; une petite demi-heure de vie de rat en sous-sol ; une bouffée d'air et vous voilà arrivé à l'hôtel après un voyage en bus limbois, correct ma foi.





La façade du petit hôtel de Bingo-lès-Limbes était si peu engageante avec son jaune d'oeuf omelette-à-la-mère-Poulard, que je fus à deux doigts, franchement, d'aller sourire à la vie en un gîte plus avenant. L'accueil du patron ne me fut d'aucun réconfort. Mais il m'honora tout de même de sa "meilleure chambre", en haut de l'escalier, à gauche tout au fond du couloir, dernière porte à droite. Rien à dire sur la propreté et sur le confort. En revanche, l'atmosphère de la salle de restaurant me parut d'emblée étrange. Dès le second soir, je vis arriver un gaillard brun de partout, sans doute maghrébin, qui me proposa en guise de dessert "tout ce que je voulais pour la nuit". Je crus convenable de lui répondre que je fréquentais Bingo-lès-Limbes pour y parfaire des connaissances uniquement intellectuelles. Il prit l'air ahuri que les locaux américains ont dû avoir devant Colomb, mais il eut la délicatesse de ne pas insister.

Quelques semaines plus tard, les amis auraient voulu que je vinsse avec eux en un établissement conçu pour y loger des profs en séminaire. Or, j'avoue une aversion névrotique pour ce type de cohabitation conviviale. Imaginez : huit ans de pensionnat, plus d'un an de caserne ; à Bingo, un nombre incalculable de cours sur une multitude d'auteurs et d'oeuvres. Et si vous avez le malheur de suivre vos compagnons de galère, vous êtes absolument certain de vous trouver un jour devant un anxieux pathologique, qui vous proposera de continuer à taquiner le sein de l'Alma mater au cas où il en resterait une goutte... Une collègue, à qui j'avais l'heur de plaire [coucou !], une Libanaise qui avait connu la guerre à Beyrouth-ouest, était affligée de la même allergie. Aussi lui proposai-je, en toute bonhomie inconsciente, de partager l'hôtel, puisque je m'y trouvais absolument seul dans la "meilleure chambre". Elle accepta avec un empressement qui étonnaient les jeunes et dont rêvent les vieillards.


 



J'ignore pourquoi, mais le patron qui jusque là s'était tenu à sa place derrière le comptoir, sans doute captivé par ma belle orientale, trouva enfin la voie des confidences. Il en cherchait probablement l'entrée, à mon insu, tel Maufrais le chemin des Emerillons. A cette pauvre jeune victime, à peine rescapée de Beyrouth en ruine, il expliqua que des malfrats guidés par un maire diabolique voulaient sa peau et son beau petit hôtel. Il ajouta que, courageux comme il n'en existait pas deux à Bingo-lès-Limbes, il n'avait pas l'intention de se laisser abattre avant de les avoir descendus. Pour illustrer ses propos imparables, il exhiba de son tiroir un révolver westernien et les munitions adéquates. Le lendemain matin, ma pauvre petite compagne n'osait pas descendre seule de sa chambre. Pour la réconforter je crus bon de lui servir en manière de blague affectueuse qu'elle ne risquait pas davantage qu'à Beyrouth où elle avait appris à passer à travers les balles. Elle rit de bon coeur ; le soir, je me retrouvai seul dans "mon" petit hôtel personnel...

Le vrai drame survint quelques semaines plus tard. Entre un club d'intellos obnubilés par une inlassable cogitation censée déboucher sur une très hypothétique réussite à l'agreg et les aléas de la violence en milieu urbain, j'avais définitivement choisi le moindre mal : je restai dans "mon" hôtel. Après quelques semaines passées à la maison, je retournai guilleret à Bingo-lès-Limbes. Surprise : le maquereau arabe, pardon le hareng maghrébin, tenait désormais la maison de main de maître. Il me le fit immédiatement savoir. Je demandai, poliment, la clef de "ma" chambre. Il me répondit, presque outré, qu'on m'en avait réservé une autre. Il ajouta qu'il ne connaissait aucun hôtel français où il fût possible de garder "sa" chambre pour soi seul. A compter de ce jour, je ne connus plus l'agréable isolement de ma cellule d'étudiant prolongé : des clients, accompagnés de très jolies hôtesses, vinrent de nuit visiter les chambres inoccupées à ma gauche, à ma droite et au-dessus de ma tête. En outre, certains des partenaires de ces couples fugitifs klaxonnaient les demoiselles dans la rue comme le rossignol chante la nuit à la saison des amours.

Je ne suis jamais retourné à Bingo-lès-Limbes. Malgré la montagne qui s'annonçait au loin au bout de la route. J'ai peut-être raté le meilleur, qui sait ?




A bientôt, les Amis,

Bernard Bonnejean    


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Vive Internet ! Le voici, mon p'tit hôtel sympa, tel que je l'ai connu !!! Il n'avait pas bougé !
Maintenant, moins de vingt ans après, ils font dans la gastronomie !!! 
Qu'avez-vous fait de Bernard, le patron, de sa femme, de mon arabe ??
Et de son personnel particulier ?

 

 

Je dédie cet article, mon préféré, à Catherine et à Doris,
ainsi qu'à Paulette, pourvu que Notre-Dame des Traboules daigne la faire réapparaître. 

Publié dans vie en société

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Nourissier, le faux indifférent

Publié le par Bernard Bonnejean

 

d'avant Pivot

 

 

Il s’aperçut qu’on se trompait

sur son audace, sur sa forme, sur son talent,

sur son cynisme, sur son ambition, sur sa gentillesse :

  on lui attribuait trop de tout.

François Nourissier, Portrait d’un indifférent.

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Pour qui considère aujourd'hui l'œuvre de François Nourissier, les débuts en littérature de cet écrivain paraissent singuliers. Son premier livre, en forme d'essai, porte en effet sur les déplacements de population entre 1912 et 1950 ; l'ouvrage était précédé d'une préface de Louis Massignon. Bien que le même sujet se retrouve traité dans l'un de ses premiers romans : La Vie parfaite, la compétence de l'auteur en ce problème et le souci d'humanité qu'il marqua dans la façon dont il en écrivit, cédèrent très vite à d'autres préoccupations. Ce fut l'époque des courts romans : L'Eau grise, Les Orphelins d'Auteuil, Le Corps de Diane, récits d'une écriture élégante et sèche qui racontaient la désagrégation d'un couple ou décrivaient un portrait de femme tentée par Sodome. Une faiblesse d'imagination, le manque de sympathie du romancier pour ses personnages, une certaine confusion parfois dans l'intrigue, l'emploi mal assimilé de techniques neuves, ne permettaient guère de prêter un vif intérêt à ces fictions. Restait le style. Un style nerveux, brillant et sûr, qui laissait espérer d'autres ouvrages plus forts et plus convaincants. Un pamphlet d'abord : Les Chiens à fouetter (Sur quelques mœurs de la société littéraire et sur les jeunes gens qui s'apprêtent à en souffrir), confirma les dons qu'on pressentait. Ingénieux et corrosif, ce vade-mecum à l'usage des apprentis littérateurs vaut par l'insolence et la verve. L'auteur nous présente ainsi le mince ouvrage : « Ce petit livre a été écrit parce que trop de gens font la polémique, la critique, jouent aux idées — bref, font la littérature — comme les taxis font la maraude. C'est-à-dire transforment une jolie promenade en racolage et un amour en coucherie. » Sous le masque désinvolte de la facilité, l'impertinence, l'insolence courent et se développent de page en page, touchant l'un, touchant l'autre. Mais qu'on y prenne garde ! Derrière les propos frondeurs, moqueurs ou caustiques, derrière la fantaisie, la vérité perce. L'écrivain-qui-répond­au-jeune-homme-qui-l'admire, la livre, en peu de mots, à la fin de la lettre : « La littérature, mon cher garçon, est une affaire de passion et de santé. A Paris, les passions s'énervent et se vident. Écrire est une aventure risquée, violente, en quelque sorte athlétique. Il y faut le fond et la pointe, c'est-à-dire les qualités qu'on exige, sur le stade, pour le dix mille et pour le cent mètres. »

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Le fond et la pointe, François Nourissier va les trouver en se prenant lui-même comme point de mire, sujet d'investigation et cible à ses coups. L'œuvre qui se développe depuis Bleu comme la nuit par Un petit bourgeois et Une histoire française jusqu'à La Crève le portera d'un coup à une réputation justifiée. Sans trop goûter l'argument qui ouvre le premier volume (est-ce vérité ? ficelle ou ruse ?) et qui permet au journaliste de rencontrer celle qu'il aimera, le lecteur cède très vite tout ensemble au foisonnement d'idées et aux images éclatantes. La description des amours de l'auteur, piquante ou tendre, rappelle les meilleures pages de Paul Morand ou de Valery Larbaud. Trois femmes : une Américaine dont les effusions se présentent comme une hygiène bien comprise, la nièce de l'écrivain Saint-Lorges, sensuelle et érotique, et enfin Bandit, la femme-enfant, dont la jeune passion clôt le livre, prêtent tour à tour leur esprit — et leur corps — à l'ironie ou à l'émotion d'un mémorialiste qui ne perd jamais l'occasion, à travers elles, de se railler. Plus prompt encore, et plus incisif, se fera le trait, lorsque François Nourissier remonte à son enfance pour narrer le déroulement de son existence. Une remarque pourtant : l'aventure humaine qu'il nous livre, la sienne, avec ses ambitions, ses faiblesses, ses lâchetés nous toucherait sans doute plus au vif du cœur si la lucidité avec laquelle il s'examine et se juge ne s'ornait trop souvent du clinquant de miroirs biseautés aux cadres frivoles. La vérité se heurte à la désinvolture, la désinvolture ramène parfois à la futilité : les gloses sur la qualité d'un grain de peau, la nuance d'un hâle ou la fragilité d'une glande, dérobent un fond de tendresse inavouée et d'angoisse tue. Pudeur ? Non, certes. La pudeur est mise à mal en maints endroits. Ironie, donc ? Oui, mais une ironie qui se maintient à fleur d'épiderme par peur d'aller trop loin et de découvrir les plaies profondes. Sous les traits trop précis d'un masque fragile mais fascinant, l'homme vrai se dissimule, épiant dans les yeux des autres le reflet qu'il donne de soi au travers d'une image dont il a volontairement forcé le dessin trop mou, grâce aux moyens d'un art très sûr. Peut-être le dernier volet — actuellement publié — de cette histoire, marque-t-il une évolution vers plus de netteté sous moins de fard. Une vie qui coule et s'use dans la fatigue de vivre, avec des emballements légers pour de petites choses, des étonnements qui se perdent dans la grisaille du recommencé, la tristesse qui se profile dans le plus maigre bonheur, il semble que François Nourissier ne cueille que le malaise, la détresse, le désenchantement et l'amertume. Mais la fièvre feutrée et le dépit contenu avec lesquels il brosse son inventaire — qui chez un autre paraîtrait décevant — s'ouvrent si bien à l'intelligence et à l'impertinence qu'un habit d'or cache la nostalgie navrée d'une existence réduite à de minces acquêts. La patience et l'art des mots ont finalement raison des sentiments qui les suscitent.

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Cette fausse désinvolture et cette fausse insolence offrent peu de ressemblance avec le cynisme d'un Roger Nimier et des « hussards » qui firent la littérature des années cinquante, dont François Nourissier se trouve pourtant le contemporain. L'homme n'est pas celui des départs sans retour ou des engagements définitifs. Une certaine mesure, doublée d'une certaine prudence, le retient au seuil des chemins sans issue. Ses doutes et ses incertitudes deviennent prétexte à phrases, ses ébranlements et ses tergiversations se font trame à tisser les mots. Est-ce alibi à une difficulté d'être ? Est-ce pure vocation ? Son amie Edmonde Charles-Roux penche pour la deuxième hypothèse. « Mon courage, déclare-t-elle, aura été de l'avoir souvent applaudi. C'est qu'avec le temps j'avais fini par comprendre que la futilité de ses volte-face faisait partie du jeu et que de s'accorder des manies, faire l'homme de cheval puis tourner les talons aux prestiges de l'équitation, se livrer corps et âme aux vertiges de la vitesse, parler avec une admiration têtue des mérites d'un cabriolet de sport, puis avec mépris « des petits marlous à voiture géranium », consacrer un mois à l'étude du ski et affirmer qu'il n'y a d'inspiration que sur les cimes, fuir la neige et simuler une soudaine attirance pour le sable des plages, témoigner aux vieux écrivains réprouvés, aux proscrits une admiration sincère, être le premier à leur rendre justice, en un mot les aimer au point de s'écrier : « Mes vieillards me comblent... », et de la même voix : « Ah, je ne voudrais pas me sentir un étranger, en exil dans une nation rajeunie, riche, etc. Défaitiste en somme », vanter l'internationalisme et les charmes cossus de la Suisse, s'y établir, jouer à l'apatride et soudain n'envisager d'autre lieu de bonheur que la plus éloignée, la plus oubliée des provinces françaises, libérer une envie insolente de boire et laisser entendre que le dry martini est le seul moyen dont on dispose pour échapper à la léthargie, et vivre ainsi, la tête brumeuse, jusqu'au sursaut qui conduit à pas essoufflés vers la pesée matinale et la certitude qu'il n'y a de véritable équilibre pour l'homme de lettres que dans la pratique régulière du sport, bref, à mieux le connaître j'avais fini par comprendre que cette manière de se jeter sur « n'importe quoi qui fût très rapide et éblouissant », enfin que ces différentes façons de passer à l'ennemi étaient la méthode inventée par François Nourissier pour ne jamais trahir la littérature. »

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Portrait d'un indifférent, tel est le titre que François Nourissier donnait à un court libelle de forme romancée, publié environ à la même époque que le premier volume de sa biographie. Esquissait-il, à travers le personnage de Bertrand Seigneur, l'auteur d'un Narcisse triste, le portrait de son double ? Tentait-il d'exorciser par le moyen de ce double, l'échec de ses premiers essais, sachant sur quelle meilleure pente l'entraînait une conscience plus vive de ses forces et de son destin ? Un demi-masque protège aujourd'hui encore son visage. 

Joseph MAJAULT

© Casterman, 1968

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Ainsi écrivait-on au temps de la décadence soixante-huitarde. Peut-être parce qu'on avait la chance d'avoir lu et analysé les grandes œuvres de la littérature française, dont la Princesse de Clèves, jusque et y compris les techniciens et ingénieur-maison de ma famille.

 

Je dédie cet article, que j'ose admirer puisqu'il n'est pas de moi, à mes amis Richard et Fred ainsi qu'à Samia.

 

Bernard Bonnejean 

 

 



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Hommage à François Nourissier

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Ce passant qui s’éloigne


Il est des jours comme aujourd'hui, 16 février 2011, qui sentent la mort. Pas seulement la mort d'un être, mais d'une corporation, d'une âme collective, d'un génie commun. Ce 16 février 2011, même s'il n'était pas prédestiné à le devenir, marque la fin d'une ère.

 

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D'abord, celle des Goncourt, pas celle du prix mais celle d'une Académie qui souvent fait oublier la grande bourgeoise muette et stérile blottie sous les honneurs de la Coupole. Elle serait longue la liste des « goncourables» (et pas toujours des lauréats du goncourt) dont la postérité gardera les noms, jugés indignes — ou qui se jugèrent indignes — et, pour certains, qui jugèrent l'Immortelle indigne de leur charnéité, de leur immortalité.

 

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Quel élégant écrivain que Nourissier ! Un styliste, un formaliste, dans le sens noble du terme, un artiste pour tout dire. On peut raconter des histoires. Tout le monde peut raconter des histoires. Tout le monde peut même les écrire. Mais certains présentent cette particularité essentielle en littérature : on oublie l'histoire et l'on ne se souvient que de la façon. Un peu comme une robe de grand couturier et le mannequin qui la porte. Longtemps on  continuera à dire : c'est un chanel après qu'on aura oublié les jeunes années de Laetita Casta ou de Carla Bruni. Quel talent il faut en littérature pour que les connaisseurs disent de vous, en lisant un paragraphe de votre composition : c'est du Proust, c'est du Céline.

 

Les critiques avertis diront de la même façon : « C'est du Nourissier » !

 

 



Aujourd'hui un grand écrivain est mort. Je n'ai pas l'intention de prononcer son éloge funèbre. Je n'ai même pas le désir de parler de sa mort. J'ai trouvé sur Internet ce très beau texte écrit au moment où, âgé, malade et veuf, François Nourissier a décidé de démissionner de l'Académie Goncourt. Il écrivit alors une lettre à Edmonde Charles-Roux, un modèle d'élégance et de délicatesse. Que l'auteur de cette note me donne son identité et les références de ce bel hommage ! En voici les références internet.


 « Il faut savoir se retirer à temps. Ne pas rester la minute de trop. Prendre ses distances au bon moment. Ce qu’on appelle l’élégance, et qui laisse génbaconetudedecorpshumain.1200150365.jpgéralement un bon souvenir, quand ceux qui s’attardent en laissent forcément de moins bons. C’est valable dans toutes les situations. Des deux récents évènements liés à l’Académie Goncourt (d’une part la refonte des statuts en vertu de laquelle seuls les présents pourront voter et le passage et la limite d’âge portée probablement à 80 ans, d’autre part la vacance du siège de François Nourissier), c’est ce dernier qui nous retient le plus par le style que le principal concerné lui a donné. L’ancien président, qui a effectivement atteint cet âge là, souffre de la maladie de Parkinson, se déplace difficilement et a été récemment atteint par la perte de sa femme et d’un de ses enfants, a jugé bon ne pas s’attarder davatange là où il estime que sa place n’est plus. Mais sa lettre d’adieu à ses amis, adressée le 4 janvier à leur présidente Edmonde Charles-Roux, est d’une telle sensibilité, elle reflète si bien ses qualités d’écrivain épistolier, de ceux qui ne bâclent pas une lettre car ils lui apportent le même soin qu’à un livre, avec la même gourmandise des mots rares et de leur sonorité, une même mélancolie aussi, qu’elle vaut d’être publiée. Manière de rappeler que si le style est l’homme même comme disait Buffon, pour un écrivain il se doit de l’être en public comme en privé » :

 

“Chère présidente Edmonde, Quand au printemps 1977 les lassos Goncourt m’attrapèrent au col, j’ai compris qu’on ne me prenait, chez Drouant, ni pour un lauréat exemplaire et inespéré, ni pour un bison ivre d’espace. J’avais, à l’époque, rêvé de me retrouver en une compagnie peut-être plus goûteuse que telle ou telle autre proposée à notre convoitise. Va donc pour l’engagement sous les couleurs de ces messieurs Huot de Goncourt : quand on aime avec passion les livres, le rôle d’accélérer leur lecture n’est pas si modeste. Je rejoignis les aînés et depuis m’en suis trouvé bien. On joue aux noms ? Je citerai Mme Colette et- permets-le moi, “Mme Edmonde”. Aragon et Giono. Jules Renard, et des bagarreurs, et des pacifiques ; justement heureux les pacifiques…. C’est en leur nom que je remarque qu’on a traversé dans ces salons quelques décennies d’amitié. Je les comptabilise ici chaleureusement. Et c’est aussi chaleureusement que j’ai décidé ce 1er janvier 2008, de m’éloigner de l’académie. Je préfère “m’éloigner à “démissionner” qui sent un peu la déception. Et puis, tu le sais Edmonde, j’aurais bien besoin d’une consultation chez le carcassier : ma carcasse est en piteux état. Mieux vaut l’oublier. Ce qui ne vous empêchera pas, j’espère, de venir partager un de mes déjeuners. Maîtres, cadets, vieux camarades, confidents innocents et complices farceurs -que de souvenirs ! Nous nous sommes beaucoup amusés. Pardon, amateurs de belles “graphies”, de vous envoyer ces “pattes” impardonnables de la “mouche” Hermès : sous l’illisible il y a l’amitié -qui est lisible et fidèle. François”

« Nul besoin de connaître personnellement François Nourrissier, critique, mémorialiste et romancier, pour apprécier cette lettre. Les sentiments sont universels. Mais avec ce passant qui s’éloigne, c’est aussi un monde qui s’en va. Celui pour lequel les noms de Giono, Rernard, Colette et Aragon évoquent quelque chose de précis, le souvenir d’ émotions de lectures, qui a su un jour que Huot de Goncourt était le patronyme complet des deux frères et qui peut encore sourire à l’évocation subliminal de Raymond Abellio… (”Etude de corps humain” par Francis Bacon) »

 

Et, comme si la littérature voulait se mettre au diapason du deuil qui nous frappe, le même jour, funeste, du mercredi 16 février 2011, on apprend ceci sur le blog du Monde Littéraire  :

 

L’Association des Amis de Paul Verlaine lance une souscription internationale pour racheter l’appartement où est né le poète, et créer un lieu consacré à sa mémoire. Mais il n’y a pas de temps à perdre, nous écrit-elle...

 
Paul Verlaine (1844-1896) par Henri Fantin-Latour (détail). (c)AFP 
Paul Verlaine (1844-1896) par Henri Fantin-Latour (détail). 

 

 

«  L'appartement de Metz où est né Paul Verlaine est en vente. Nous lançons donc un appel à votre générosité afin de recueillir des fonds pour acquérir ce bien et créer un lieu littéraire consacré à la mémoire de ce Grand Homme de lettres et à la Poésie dans sa ville natale. Face à l’urgence de la situation, il nous faut réagir très rapidement afin de recueillir 300.000 €...


Paul Verlaine, fils de militaire, est né à Metz par un « hasard de garnison » comme il se plaît à dire dans « Souvenirs d'un messin ». Mais, il témoigne d'un souvenir bien ancré de cette ville qu'il a connue durant les années formatrices de son enfance. Il se réclama Français, de Lorraine né à Metz quand l'annexion de l'Alsace et de la Moselle fut décrétée après la guerre de 1870. Il ne pouvait alors se douter que sa poésie illuminerait le monde entier et que « les Sanglots longs de l'automne » deviendraient lors du Débarquement de 1944 un hymne à la libération des peuples.

 

 

 

 

Les Amis de Verlaine
C/O Bérangère Thomas
11, place Jean-Paul II 57000 Metz -France-
à l'ordre de : Les Amis de Verlaine n° compte 08725071285 par virement bancaire code IBAN : FR76 15135005000872507128540 code BIC : CEPAFRPP513 domiciliation : caisse d'Epargne Lorraine-Champagne-Ardennes (CE LCA)


L'Association des Amis de Paul Verlaine est une association de loi 1908 déclarée d’Intérêt général autorisée à recevoir des dons en espèces déductibles des impôts, des dons en nature, ainsi que l'aide du mécénat d'entreprise.


Puisque la destinée en a décidé ainsi, joignons-nous à Verlaine pour rendre hommage à Nourissier et à Nourissier pour célébrer Verlaine. Et ne permettons pas à des financiers incultes de saccager le patrimoine culturel. 

Bernard Bonnejean

 

Publié dans culture humaniste

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A mes Valentines

Publié le par Bernard Bonnejean

 

« L'amour est aveugle »,

 

affirme le dicton et ce n'est pas Valentin Haüy qui m'aurait contredit. Valentin Haüy, vous ne connaissez pas ? Attendez ! Je vais faire comme tout le monde : je vais laïciser la Saint-Valentin par l'opération d'une substitution au profit de quelqu'un qui en vaut vraiment la peine.

Ce fils de tisserands, né le 13 novembre 1745 à Saint-Just-en-Chaussée (Oise-Picardie-≈5500 h.) et mort le 19 mars 1822 à Paris, était un fin lettré qui connaissait une dizaine de langues sans compter le grec, le latin et l'hébreu. Fort de son expérience de professeur au Bureau académique d'écriture, admirateur de l'abbé de l'Épée, bienfaiteur des sourds-muets, il fonda l'Institut national des jeunes aveugles. Moins connu que Louis Braille, il fut pourtant l'inventeur d'une écriture en relief qui connut un certain succès près de l'Académie des sciences. Son but principal était d'instruire ses pensionnaires non et mal-voyants, de leur apprendre un métier manuel. Ses efforts furent encouragés par les révolutionnaires qui prirent l'institution en charge. En revanche, Bonaparte n'aimait guère le « terroriste » qui fut contraint à la démission en 1802.  

Depuis 1844, une association portant le nom du bienfaiteur est installée boulevard des Invalides. Fondée par Maurice de la Sizerane (1857-1924), l'association Valentin-Haüy est entièrement constituée de bénévoles, voyants et déficients visuels en nombre à peu près égal.

Vous ne croyez pas qu'en cette fête de l'amour et de l'amitié ce Valentin-là mérite autant d'être honoré que l'autre ?

 

Statue_de_Valentin_Hauy.jpg

Permettez-moi, Mesdames, de poursuivre ma campagne personnelle de laïcité, en vous offrant, le plus simplement du monde, deux poèmes de deux grands amoureux de talent. Je ne les commenterai ni l'un ni l'autre. On ne laisse pas les étiquettes sur les cadeaux...

 

Saint-Valentin-carte-de-1910.jpg

ANDRÉ BRETON


Ma femme à la chevelure de feu de bois

Aux pensées d’éclairs de chaleur

À la taille de sablier

Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre

Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de dernière grandeur

Aux dents d'empreintes de souris blanche sur la terre blanche

À la langue d'ambre et de verre frottés

Ma femme à la langue d'hostie poignardée

À la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux

À la langue de pierre incroyable

Ma femme aux cils de bâtons d'écriture d'enfant

Aux sourcils de bord de nid d'hirondelle

Ma femme aux tempes d'ardoise de toit de serre

Et de buée aux vitres

Ma femme aux épaules de champagne

Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace

Ma femme aux poignets d'allumettes

Ma femme aux doigts de hasard et d'as de cœur

Aux doigts de foin coupé

Ma femme aux aisselles de martre et de fênes.

De nuit de la Saint-Jean

De troène et de nid de scalares

Aux bras d’écume de mer et d’écluse

Et de mélange du blé et du moulin 

Ma femme aux jambes de fusée

Aux mouvements d'horlogerie et de désespoir

Ma femme aux mollets de moelle de sureau

Ma femme aux pieds d'initiales

Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent

Ma femme au cou d'orge imperlé

Ma femme à la gorge de Val d'or

Du rendez-vous dans le lit même du torrent

Aux seins de nuit

Ma femme aux seins de taupinière marine

Ma femme aux seins de creuset du rubis

Aux seins de spectre de la rose sous la rosée

Ma femme au ventre de dépliement d'éventail des jours

Au ventre de griffe géante

Ma femme au dos d'oiseau qui fuit vertical

Au dos de vif-argent

Au dos de lumière

À la nuque de pierre roulée et de craie mouillée

Et de chute d'un verre dans lequel on vient de boire

Ma femme aux hanches de nacelle

Aux hanches de lustre et de pennes de flèche

Et de tiges de plumes de paon blanc

De balance insensible

Ma femme aux fesses de grès et d'amiante

Ma femme aux fesses de dos de cygne

Ma femme aux fesses de printemps

Au sexe de glaïeul

Ma femme au sexe de placer et d'ornithorynque

Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens

Ma femme au sexe de miroir

Ma femme aux yeux pleins de larmes

Aux yeux de panoplie violette et d'aiguille aimantée

Ma femme aux yeux de savane

Aux yeux d'eau pour boire en prison

Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache

Aux yeux de niveau d'eau de niveau d'air de terre et de feu.

Poèmes, éd. Gallimard.)

 

 

LOUIS ARAGON

 

Quand tu dors dans mes bras je peux longuement caresser ton âme

Ainsi tu ne m'as pas quitté je t'ai retenue ô ma femme

Si légère à mes bras fermés qui dors dans ton souffle léger

Tu ne m'as pas quitté pour un songe tu n'y as pas songéCarte-de-Saint-Valentin.jpg

Si légère que je craignais que le moindre souffle t'emporte

Et que je fermais bien mes bras de peur que ton âme n'en sorte

Tu ne m'as pas quitté mon âme et mes bras ô ma bien-aimée

Sont demeurés autour de toi fermés comme un anneau fermé

Comme tu es légère légère en ton sommeil puéril

Abandonnée et confiante abandonnée à tes périls

O léger souffle de ma vie ô douce à veiller cœur sans bruit

Émerveillé que je te garde et te regarde dans la nuit

Je vois venir avec lenteur au plafond la raie coutumière

Le doigt de l'aube sur sa bouche avant la musique ramière

Pâle blanche comme les draps encore obscurs où nous bougeons

Qui fend peu à peu les rideaux du roucoulement des pigeons

Il vient du dehors dans la chambre un chambard de choses humaines

Le clair claquement d'un volet Le jour qui reprend son domaine

Des pas d'asphalte Un enrouement brutal de la rue et des roues

Des freins des voix un brimbalement de poubelles qui s'ébrouent

Puis tout s'étire et s'étouffe et s'éteint sauf quelqu'un là qui tousse

Il ne se passe rien pour nous que ce qui se passe pour tous

On se partage le malheur comme une sorte de tribut

Mais notre bonheur est un vin que tout le monde n'a pas bu

Le bonheur je n'ai jamais pu me faire à son accoutumance

Je tremble pour lui tous les jours à cette heure où le jour commence

Ce jour sans toi jusqu'à présent qu'on ne peut dire commencé

Ce jour désert d'avant le jour comme un rêve avant la pensée

Et que ce soit le jour suivant ce n'est après tout qu'on détail

Si l'amour chaque jour grandit c'est au côté comme une entaille

Et qu'est-ce que c'est que l'amour qui n'en est qu'au commencement

Quand on a tout le temps de voir tes yeux s'ouvrir immensément

L'avare jusqu'au bout dans ses bras entend serrer son trésor

Il ne peut pas imaginer autre dénouement à son sort

Comme lui je vois clairement le visage de mon destin

O mon or entre mes bras dans la blancheur du dernier matin

Heureux celui qui s'endort dans l'accomplissement de son vice

Je ferai de ma mort mon chef-d’œuvre un chef-d’œuvre d'avarice

J'entrerai dans la nuit comme un homme en plein émerveillement

Et qu'on ne vienne pas dire après que je n'ai pas su comment

lI ne s'est pas vu partir Ma vie est une maison de verre

Et je ferai la mort comme j'ai fait l'amour les yeux ouverts

Ah ce n'est pas d'hier que je la vois venir à mes devants

Je veux la voir et de mes derniers doigts toucher ton bras vivant

Comme celui qui n'a que la force d'arriver à la cime

Prouve ses derniers pas dans ses genoux et roule dans l'abîme

Et si ce n'est pour aucun dieu que ce devoir est accompli

Il n'en a pas moins atteint cette cime où son cœur s'abolit

C’est alors seulement que pour toi qui me verras la première

Pour toi je fermerai paisiblement mes yeux à la lumière

Ce sera l'un de ces matins où je dors plus longtemps que toi

Tu m'attendras comme tu fais souvent quand mon sommeil s'obstine

Et des volets viendront danser sur les murs et dans ta rétine

Les points d'or d'un jour commencé qui déjà caresse les toits

Tu m'attendras comme parfois quand je traîne au fond de mes brumes

Légèrement tu bougeras ta tête dans les oreillers

Tu tourneras la radio dont l'œil vert lentement s'allume

Tu la feras jouer tout bas afin de ne pas m'éveiller

Et me laissant à mon désert tu écouteras la musique

Jusqu'à ce que parle quelqu'un qui rit se perd et se reprend

À tâtons ta main cherche ailleurs un autre ombrage murmurant

Une raison de demeurer dans l'inconscience physique

Puis l'impatience te vient de ce temps qui n'en finit plus

Et tu m'en veux de tarder tant avec toi de tourner la page

D'un roman qu'inégalement ensemble au lit nous aurions lu

D'indéfiniment m'arrêter à contempler la même image

Cela m'arrive à moi aussi de rester au bord des pensées

Comme une coupe à déborder de chagrin d'ombre et de rumeurs

Comme une mer à la jetée indifférente qui se meurt

J'imagine très bien sur toi le poids de cette nuit passée

Tous les songes accumulés Le sang qui bat dans les oreilles

Le ciel au-dehors blanc et bleu les balcons baignés de soleil

Et l'autre sans rien partager plus qu'une pierre au fond de l’eau

Dans le grondement de la rue et le bruit pressé des voitures

Peut-être que s'il renonçait à cette solitude obscure

Qu'il ouvrait les yeux tout serait comme avant possible à nouveau

Mais je n'ouvrirai pas les yeux J'aurai ce visage immobile

Que je m'ignore et ne pourrais que d'après toi réinventer

D'après cette aube de ton front et cette bouche à mon côté

Et les pavots baissés sur le regard la soie grège des cils

J'aurai ce visage inconnu qu'il ne me fut donné jamais

Ni dans l'eau ni dans les miroirs de reconnaître pour moi-même

J’aurai ce visage à toi seule un visage fait pour qui j’aime

J’aurai ce visage secret fait pour la vie où je l’aimais.

 Elsa, éd. Gallimard.)

 

 

A très bientôt, sur notre banc habituel... 

Bernard

 

Publié dans poésie

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Prête-moi ta plume

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Tzara, Roumain de Paris

 

Non, chers amis, je ne deviens pas paresseux avec l'âge. Disons plutôt que la fréquence de mes indignations est en proportion inverse du temps que j'aimerais consacrer à les dénoncer.

 

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Ce soir encore, je me sens las. De tout et de rien. Comme un lendemain de fête ? Assurément non ! Comme une aube sans lumière, un matin sans soleil, une lampe que notre auguste illusoire et illusionniste a définitivement éteinte devant huit millions de téléspectateurs qui n'aiment ni Laetitia Casta ni Patrick Chesnais leur préférant, les enfultes (néologisme de Mickaël Youn), les tics et les tocs des guignolades du locataire de la Pompadour, marquise née Jeanne-Antoinette Poisson. Sait-on seulement encore que le palais ronflant sur lequel on bâtit la loge du concierge de Mariane fut construit sur un marécage, propriété des moines de sainte Opportune ? Ça ne s'invente pas !

 

Pourquoi vous parlé-je de l'Élysée ? Parce que c'est à Paris VIIIème et que j'ai des comptes à régler avec Paris. Le Paris d'aujourd'hui s'entend.

 

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Une amie, que je ne croyais pas si snob, m'a téléphoné cette après-midi pour me dire, elle qui est née parisienne et vécut à Paris, tout le mal qu'elle pensait du Panam des Champs. C'est devenu sale, m'assura-t-elle, pour me faire plaisir à moi qui justement n'aimait rien tant que les vieux quartiers à la limite de l'insalubrité de mon enfance et de ma jeunesse. 

 

J'ai connu Paris, non pas capitale, mais Paris accumulation de petits villages où les habitants travaillaient, mangeaient, dormaient à l'écart des grandes artères hausmaniennes et des boulevards que Montand, contrairement à ce qu'il chante, n'arpenta guère.

 

 

 

Le Paris de la Huchette, un théâtre de poche dans une ruelle de poche ; le Paris du Marais, pas seulement celui de la place des Vosges, mais plutôt le gueuloir des petits commerçants juifs et des belles synagogues, des pâtisseries et des restaurants kashers, toujours animé, toujours rieur, mais toujours un peu sur le qui-vive quand même surtout après Copernic et les Rosiers ; le Paris de Montmartre et du Sacré-Cœur, en ayant soin d'éviter la place du Tertre des faux peintres pour Amerloques (en attendant les Japonais et les Chinois), où l'on montait tranquillement de la place Blanche par la rue Lepic et où l'on achetait de la viande à pas cher achetée en gros le matin aux Halles ; et justement, le Paris des Halles, puis du trou des Halles, le seul trou qui ait jamais attiré autant de curieux et suscité autant d'émoi et d'interrogations...

 

 

Ils ont tué Paris. Ils en ont fait une capitale administrative, un truc à bureaux et à touristes. 

 

J'en reviens. Et j'attendais le moment opportun pour vous faire part de mes émotions, de mes (res)sentiments. Mais rien ne venait. J'étais bien incapable de dire ce qui n'allait plus, les gens, les rues, les tours ? Ou tout simplement la nostalgie du temps perdu ? Et j'ai trouvé : dans ce Paris-là j'étais devenu un étranger. J'étais dans la situation d'un travailleur immigré qui sait qu'il n'y sera jamais chez lui. Les mots qui ne sont pas venus pour le dire, je les ai découverts chez un Roumain (sic !), le père du mouvement Dada, précurseur du surréalisme. Je cite ce texte admirable, parfois obscur, parce qu'il traduit moins une réalité physique qu'il n'exprime une impression : la mienne devant un ami cher que je ne reconnais plus :

 

    

 

DE MÉMOIRE D'HOMME

 

LE DÉSERTEUR

 (Fragment)

 

Blanc, plus blanc que cela ne peut pratiquement exister, une sorte de désir sans consistance plongea notre homme dans le bain de volupté d'une conscience laiteuse. S'était-il vraiment engagé à quoi que ce fût ? Plutôt, y a-t-il lieu de penser, se laissât-il aller à quelque vague formulation de devoirs inconsistants. Point de contrat, point de secours ! Il baignait dans la vie affadie avec le naturel des pis nourriciers. Y a-t-il pis que le pis-aller ? Après tant de cailloux dont les routes affligeaient son soleil quotidien, que sa raison en subissait le contrepoids, la vie des vaches lui sembla la plus douillettement conforme à l'absence de heurts, à l'harmonie des concombres. Avait-il en fait, souscrit à quelque engagement ? Il n'y a pas lieu ici de décanter l'aérien résidu des contes de son enfance, puisqu'on sait que celle-ci fut bientôt suivie des sauvages volontés d'en découvrir l'illustration. Nous en savons quelque chose, nous autres, les découpeurs de stylos en quatre, les abonnés au zénith, les interdits de l'aller-retour. Les effets sont à retardement, même coupés. À peine les loups entraient-ils en contact avec la réalité des bivouacs, que déjà une armée de blancs-becs se destinait au commerce violoneux des boutons de culotte. Violoneux comme cigale il n'y a pas de pareil. Telle fourmi se disant argentine se dépense en pure perte, telle autre se rend aux champs. C'est la menue monnaie du personnel de sacristie qui va à l'encontre des intérêts de bourse. Les grands sont tous princes, évêques, banquiers, sangliers ou même pharmaciens. Qui n'a pas connu le mage à crinière de lion, le lis à la main qui, autour des années de notre jeunesse, hantait les cafés de la place Maubert ? Paris était alors voué aux jeux de canifs et le moindre m'as-tu vu, comme chacun sait, découpait des tranches de lard dans la cuisse de l'éternité. Il n'y avait plus de pauvres, ainsi en avaient décidé les nénuphars avoués. On pouvait par ailleurs le constater, des halles à Neuilly, de bâbord à tribord, sur le parcours de la ville, l'eau à la bouche, toutes voiles dehors. L'entente régnait comme champignons en salade. Malheur aux pissenlits, ils étaient littéralement déchiquetés par les jeunes, dignes descendants des pétroleuses de jadis.

 

Comment voulez-vous, lorsqu'on a connu ce Paris de cocagne, réduire au prix du beurre la haute existence des navigateurs lactescents ? Sur les berges de la Seine, de subtils individus enveloppés de brume arpentaient en vain l'espace des soliloques en partance. Aux nez de leurs souliers pendaient les lacets défaits. Rien ne les aurait distingués des réverbères, n'étaient leurs moues contrites qui, glissant le long de leurs corps, se disputaient les meilleures places au soleil. Mais à quoi bon déchiffrer la virginité de ce temps irréfléchi, dont le moins qu'on puisse penser est de nature à nous rendre plus voraces que nous ne sommes ?

 

Il suffit de constater que notre personnage qui aurait pu se trouver dans la champignonnière inspirée non seulement en tant que digne consommateur, mais aussi comme menu fretin, n'avait jamais franchi les limites potagères. Ce sera assez définir notre sentiment à son égard que de bannir du nôtre le monde douteux où, sous couleur de litiges, il camouflait son inconsistance. Ce monde ne nous inspirait-il pas un mépris au moins égal à la contredanse de contrebande dont il se cachait soigneusement d’être le ferment attristé ?

 

Et, pourrait-on ajouter, trop poli pour être honnête, il donnait prise aux soupçons les plus arrachants.



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À bientôt, mes amis, et merci pour votre fidélité,

 

Bernard

 

Publié dans poésie et politique

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