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Déraison de rimes

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Lettre ouverte aux poètes facebookiens

de Rimes et déraison  

 

 

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I HAD A DREAM, autrement dit par un autre : j'ai fait un rêve étrange et pénétrant. J'ai cru pouvoir remplir mon rôle de pédagogue au-delà de la retraite. C'était une utopie, peut-être même une illusion. Et aussi un danger, bien réel. Celui de passer à côté de l'essentiel d'un double devoir : le premier d'ordre familial et l'autre d'ordre social.

 

J'ai écrit quelque part que je considérais mon métier d'écrivain...  -- ce mot-là n'est plus admis et le fait que je l'ai remplacé par auteur ou critique ne m'a nullement mis à l'abri de réflexions désobligeantes, voire insultantes (le concept d'écrivant utilisé par Roland Barthes eût sans doute été accepté d'emblée s'il était communément compris) -- comme le prolongement de ma mission de professeur, remplie pendant près de trente-cinq ans. Je le crois toujours. Mais pas sur facebook.

 

En ce lieu qui, à l'origine, se voulait riche de toutes les connaissances et de toutes les expériences, il n'est pas d'échanges possibles, puisque, par la force d'un prédicat imposé par des individus inorganisés, tout le monde peut tout exprimer et, parfois, n'importe quoi sur tout dans n'importe quel domaine. C'est sans doute la résultante inévitable d'une démocratie oligarchique où les élites, à force de tricher et de faire semblant de pouvoir, de savoir, de savoir pouvoir, ne peuvent plus se prévaloir de servir une communauté.



Aujourd'hui, Dame Catherine, je me souviens de vos mises en garde à ce vieux néophyte fraîchement arrivé sur Internet (mon premier blog sur "Haut et fort"). Vous m'avez dit que j'y serai malheureux parce qu'allergique à la virtualité, aux apparences, aux faux-semblants. Pourtant il commençait fort bien mon blog, par les poèmes d'un poète "reconnu" d'une de mes connaissances, Olivier, qui, lui aussi, a essayé de m'écarter d'une toile dont je risquais de devenir la mouche. Le fait est que vous aviez raison tous deux : me voilà pris au piège de la soie d'une universelle araigne pour avoir osé me montrer "orgueilleux".



Aujourd'hui, à côté de la démocratie de l'élite qui n'a que faire de l'opinion du vulgaire, il existe une démocratie parallèle où un égalitarisme exacerbé tente de se substituer à une véritable égalité. Je ne croyais pas que ce "ni dieu ni maître" se traduirait un jour par cette pensée unique qui ne respecte plus les penseurs. Puisqu'il n'existe plus de vérité établie, il ne peut plus exister de connaissance admise. C'est moins une crise d'autorité que de valeurs. Le relativisme croyant tuer la certitude des dogmes est devenu dogmatique. Il s'est érigé en absolu consensuel. Le "je crois" est devenu un "je crois croire" auquel il est conseillé d'ajouter "si vous me le permettez".  



Dans ce contexte, comment Rimes et déraison pourrait-il subsister ? Il fut un temps où l'on se serait réjoui de se faire "épauler" par un ancien professeur de littérature française, docteur agrégé. Par deux fois, on le traîne dans la boue ; on lui prête des intentions peu louables ; on tente de le faire passer pour un individu peu recommandable. On va même jusqu'à l'accuser de plagier les "oeuvres" de facebookiens dont il n'a jamais lu une ligne.



Se propose-t-il de travailler à mettre en valeur les lauréats d'un concours qui lui tient à coeur ? on parle de démontage, de décorticage stérile au point que l'une des nominées parvient à se faire éliminer simulant un comportement infantile et qu'un autre fait la leçon à propos d'un film qui prône la fin d'un savoir livresque indispensable. Tous les petits latinistes de naguère ont fait une moue méprisante lorsqu'ils ont appris : "Doctus cum aperto libro". Et pourtant, c'est dans un livre -- le fameux "Petitmangin" si mes souvenirs sont bons -- qu'ils ont lu cet exemple grammatical et c'est par la fréquentation de ce livre et d'autres qu'ils sont devenus "doctes". Qu'on m'explique comment on pourrait lui substituer un "carpe diem" qui, pédagogiquement parlant, est une catastrophe ! Les statistiques sont là pour en établir la preuve.

 

Encore que -- et le réalisateur du Cercle des poètes disparus le tout premier -- on n'ait absolument rien compris à ce "carpe diem" horacien que l'on a interprété (signe des temps) comme une incitation à l'hédonisme. En réalité, l'habile démagogue du film reprend à son compte un précepte épicurien qui sous-entend une réalité plus sombre : Carpe diem quam minimum credula postero, "Cueille l'aujourd'hui car tu ne sais pas ce que te réserve un demain incertain". Une vérité qu'on retrouve dans l'évangile (Matthieu, 6,24-34) : 

 

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :

« Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. C'est pourquoi je vous dis : ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? D'ailleurs, qui d'entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ?
Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'était pas habillé comme l'un d'eux. Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs, qui est là aujourd'hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : 'Qu'allons-nous manger ?' ou bien : 'Qu'allons-nous boire ?' ou encore : 'Avec quoi nous habiller ?' Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché.
Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »

 

Jésus rejoint ici Horace, sauf à référer à la Providence, une dimension essentielle de la spiritualité chrétienne, assez difficile à faire admettre, absente explicitement chez le poète latin.

 

Nous sommes bien loin d'une philosophie qui prône le "Fais ce que tu veux aujourd'hui ; demain, on verra bien" ! Le "n'écoute personne" du professeur du film (mais que fait-il donc dans l'enseignement ?) et "déchire les livres ; écris plutôt les tiens" sous-entend, de fait, un excès d'orgueil stupide et d'hédonisme imbécile dont nul ne peut plus ignorer les dangers. L'on sait aujourd'hui à quoi ont abouti les slogans qui bercèrent notre jeunesse naïve : "Sous les pavés la plage" ; "il est interdit d'interdire". De quelle misère intellectuelle étaient chargées les pédagogismes ludiques sans contraintes...    



Le plus tragicomique réside sans doute dans ce détournement de valeurs : j'ai dit que je payais le premier prix de mes deniers personnels. Sans contrepartie. En lieu et place de remerciements, non demandés, j'en conviens, on fait de ce hâvre de paix un champ de crépages dont je suis trop souvent l'enjeu. Quand les loisirs deviennent à ce point anxiogènes, il vaut mieux se remettre au travail et à l'étude, HUMBLEMENT.



Alors, I HAD A DREAM mais je me réveille.



D'une part, le premier prix consistera en une publication sur mon blog (l'adresse actuelle ne sera plus active : la formule premium est chère et n'apporte pas grand chose). Quoi de plus orgueilleux, en effet, que de vouloir promettre plus que le contenu de son avoir ! et plus que le temps dont on dispose ! Permettez-moi cependant de remercier très chaleureusement une bienfaitrice qui, comme moi, y a cru au point de me faire parvenir un chèque de 100 € que je vais m'empresser de lui rendre. Elle peut proclamer son nom : n'étant pas agrégée, Aimée estimée, tu ne risques pas d'être taxée d'orgueil.



D'autre part, le groupe est désormais fermé et ne recevra plus d'autres inscrits. Ces controverses, insultes, insinuations, mises en cause, réclamations me sont devenues insupportables et j'ai grand hâte de voir ce concours terminé. Mais en beauté malgré tout, avec l'aide de Ganaël Joffo et de Frédérique Notez que j'embrasse bien fraternellement pour leur soutien et leur aide. Merci surtout à vous, Fred, qui avez essuyé le venin de quelques vipères sans jamais déserter les lieux.

 

Et "honni soit qui mal y pense" !



Bernard Bonnejean,

docteur agrégé de lettres.   

   

Publié dans poésie

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Mitterrand par lui-même

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Bilan de quatorze ans de la vie des Français

 


 

 






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