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Portrait psychologique du pervers narcissique

Publié le par Bernard Bonnejean

 

ou comment espérer contrer ce bourreau
 
d'après Mme Hirigoyen
 
Attention : article très sérieux de type informatif, non polémique !

Comme moi, sans doute avez-vous horreur de la psychologie de bazar qui consiste à ne retenir d'une personnalité que deux ou trois traits de caractères permettant de la catégoriser, en partant d'un exemple unique que vous érigez en loi générale non pour construire mais pour vous rassurer ou pour vous culpabiliser, selon votre tempérament. Il y a peu de temps, j'ai lu sur un blog un début de portrait dont j'avais déjà entendu parler, sans vraiment savoir de quoi il retournait : il s'agit du pervers narcissique, appelé plus couramment le manipulateur. J'ai cherché à en savoir plus et suis tombé sur cette définition, brillante et objective, d'une certaine Mme Hirigoyen. Vous trouverez les références en fin d'article. Ma contribution se réduira à mettre en relief les mots clés de cette brillante analyse qui, franchement, fait froid dans le dos.

 Marie-France HIRIGOYEN
Dr Marie-France Hirigoyen
 
"Le bourreau ou "pervers narcissique" suivant la pathologie dressée par Mme Hirigoyen, (docteur en psychiatrie), peut être un homme ou une femme ; la violence morale n'est pas l'apanage des seuls hommes, bon nombre de femmes sont des tyrans domestiques ; les médias donnent trop souvent l'impression que les harceleurs sont tous des hommes et nous devons bannir ce jugement erroné, les hommes victimes ont tout simplement plus de mal à parler de leurs souffrances.

Quel que soit son sexe, son âge, sa nationalité, le bourreau a toujours le même comportement, il vampirise sa victime, buvant son énergie vitale. On peut mettre des années avant de se rendre compte du processus de destruction mis en place. Au commencement il peut n'y avoir que des petites brimades, des phrases anodines mais méprisantes, pleines de sous entendus blessants, avilissants, voire violents, c'est la répétition constante de ces actes qui rend l'agression évidente. Souvent un incident vient déclencher la crise qui amène l'agresseur à dévoiler son piège ; en règle générale, c'est la prise de conscience de la victime, et ses sursauts de révolte, qui vont déclencher le processus de mise à mort : car il peut y avoir véritable mise à mort psychique, où l'agresseur n'hésitera pas à employer tous les moyens pour parvenir à ses fins : anéantir sa proie.
 
Le "pervers narcissique" est une personne totalement dépourvue d'empathie, qui n'éprouve aucun respect pour les autres, qu'il considère comme des objets utiles à ses besoins de pouvoir, d'autorité. Il a besoin d'écraser pour exister : et la proie rêvée reste l'enfant fragile et malléable, avec sa confiance illimitée et sa soif d'amour et de reconnaissance.
 
Le bourreau ne possède pas de personnalité propre, elle est forgée sur des masques dont il change suivant les besoins, passant de séducteur paré de toutes les qualités, à celui de victime faible et innocente, ne gardant son véritable visage de démon que pour sa victime. Et encore peut-il jouer avec elle au chat et à la souris, faisant patte de velours pour mieux la tenir, puis sortant ses griffes lorsqu'elle cherche à s'évader.
 
Ce sont souvent des êtres doués d'une intelligence machiavélique, leur permettant d'élaborer des pièges très subtils.
 
Ils culpabilisent à outrance leur proie, ne supportent pas d'avoir tort, sont incapables de discussions ouvertes et constructives ; ils bafouent ouvertement leur victime, n'hésitant pas à la dénigrer, à l'insulter autant que possible sans témoins, sinon ils s'y prennent avec subtilité, par allusions, tout aussi destructrices, mais invisibles aux regards non avertis.
 
Méfions-nous de son apparence séduisante. Le pervers narcissique est un vampire, sans affect, qui aspire la substance vitale de sa victime jusqu'à l'anéantir.
 
Un Narcisse, au sens du Narcisse d'Ovide, est quelqu'un qui croit se trouver en se regardant dans le miroir. Sa vie consiste à chercher son reflet dans le regard des autres. L'autre n'existe pas en tant qu'individu mais en tant que miroir. Un Narcisse est une coque vide qui n'a pas d'existence propre ; c'est un pseudo, qui cherche à faire illusion pour masquer son vide. Son destin est une tentative pour éviter la mort. C'est quelqu'un qui n'a jamais été reconnu comme un être humain et qui a été obligé de se construire un jeu de miroirs pour se donner l'illusion d'exister. Comme un kaléidoscope, ce jeu de miroirs a beau se répéter et se multiplier, cet individu reste construit sur du vide.
 
Le Narcisse, n'ayant pas de substance, va se brancher sur l'autre et, comme une sangsue, essayer d'aspirer sa vie. Etant incapable de relation véritable, il ne peut le faire que dans un registre pervers, de malignité destructrice. Incontestablement, les pervers ressentent une jouissance extrême, vitale, à la souffrance de l'autre et à ses doutes, comme ils prennent plaisir à asservir l'autre et à l'humilier. Tout commence et s'explique par le Narcisse vide, construction en reflet, à la place de lui-même et rien à l'intérieur, de la même manière qu'un robot est construit pour imiter la vie, avoir toutes les apparences ou toutes les performances de la vie, sans la vie. Le dérèglement sexuel ou la méchanceté ne sont que les conséquences inéluctables de cette structure vide. Comme les vampires, le Narcisse vide a besoin de se nourrir de la substance de l'autre. Quand il n'y a pas la vie, il faut tenter de se l'approprier ou, si c'est impossible, la détruire pour qu'il n'y ait de vie nulle part.


La Nuit du chasseur avec Mitchum (désolé, pas trouvé en français,
mais même les images font frémir)


Les pervers narcissiques sont envahis par un autre dont ils ne peuvent se passer. Cet autre n'est même pas un double, qui aurait une existence, seulement un reflet d'eux-mêmes. D'où la sensation qu'ont les victimes d'être niées dans leur individualité. La victime n'est pas un individu autre, mais seulement un reflet. Toute situation qui remettrait en question ce système de miroirs, masquant le vide, ne peut qu'entraîner une réaction en chaîne de fureur destructrice. Les pervers narcissiques ne sont que des machines à reflets qui cherchent en vain leur image dans le miroir des autres.
Ils sont insensibles, sans affect. Comment une machine à reflets pourrait-elle être sensible ? De cette façon, ils ne souffrent pas. Souffrir suppose une chair, une existence. Ils n'ont pas d'histoire puisqu'ils sont absents. Seuls des êtres présents au monde peuvent avoir une histoire. Si les pervers narcissiques se rendaient compte de leur souffrance, quelque chose commencerait pour eux. Mais ce serait quelque chose d'autre, la fin de leur précédent fonctionnement. Les pervers narcissiques sont des individus mégalomanes qui se posent comme référents, comme étalon du bien et du mal, de la vérité. On leur attribue souvent un air moralisateur, supérieur, distant. Même s'ils ne disent rien, l'autre se sent pris en faute. Ils mettent en avant leurs valeurs morales irréprochables qui donnent le change et une bonne image d'eux-mêmes. Ils dénoncent la malveillance humaine. Ils présentent une absence totale d'intérêt et d'empathie pour les autres, mais ils souhaitent que les autres s'intéressent à eux. Tout leur est dû. Ils critiquent tout le monde, n'admettent aucune mise en cause et aucun reproche. Face à ce monde de pouvoir, la victime est forcément dans un monde de failles. Montrer celles des autres est une façon de ne pas voir ses propres failles, de se défendre contre une angoisse d'ordre psychotique. Les pervers entrent en relation avec les autres pour les séduire. On les décrit souvent comme des personnes séduisantes et brillantes. Une fois le poisson attrapé, il faut seulement le maintenir accroché tant qu'on en a besoin. Autrui n'existe pas, il n'est pas vu, pas entendu, il est seulement utile. Dans la logique perverse, il n'existe pas de notion de respect de l'autre.



La séduction perverse ne comporte aucune affectivité, car le principe même du fonctionnement pervers est d'éviter tout affect. Le but est de ne pas avoir de surprise. Les pervers ne s'intéressent pas aux émotions complexes des autres. Ils sont imperméables à l'autre et à sa différence, sauf s'ils ont le sentiment que cette différence peut les déranger. C'est le déni total de l'identité de l'autre, dont l'attitude et les pensées doivent être conformes à l'image qu'ils se font du monde.

La force des pervers est leur insensibilité. Ils ne connaissent aucun scrupule d'ordre moral. Ils ne souffrent pas. Ils attaquent en toute impunité car même si, en retour, les partenaires utilisent des défenses perverses, ils ont été choisis pour n'atteindre jamais à la virtuosité qui les protégerait.

Les pervers peuvent se passionner pour une personne, une activité ou une idée, mais ces flambées restent très superficielles. Ils ignorent les véritables sentiments, en particulier les sentiments de tristesse ou de deuil. Les déceptions entraînent chez eux de la colère ou du ressentiment avec un désir de revanche. Cela explique la rage destructrice qui s'empare d'eux lors des séparations. Quand un pervers perçoit une blessure narcissique (défaite, rejet), il ressent un désir illimité d'obtenir une revanche. Ce n'est pas, comme chez un individu coléreux, une réaction passagère et brouillonne, c'est une rancune inflexible à laquelle le pervers applique toutes ses capacités de raisonnement.

Les pervers, tout comme les paranoïaques, maintiennent une distance affective suffisante pour ne pas s'engager vraiment. L'efficacité de leurs attaques tient au fait que la victime ou l'observateur extérieur n'imaginent pas qu'on puisse être à ce point dépourvu de sollicitude ou de compassion devant la souffrance de l'autre.
 
Le partenaire n'existe pas en tant que personne mais en tant que support d'une qualité que les pervers essaient de s'approprier. Les pervers se nourrissent de l'énergie de ceux qui subissent leur charme. Ils tentent de s'approprier le narcissisme gratifiant de l'autre en envahissant son territoire psychique. Le problème du pervers narcissique est de remédier à son vide. Pour ne pas avoir à affronter ce vide (ce qui serait sa guérison), le Narcisse se projette dans son contraire. Il devient pervers au sens premier du terme : il se détourne de son vide (alors que le non pervers affronte ce vide). D'où son amour et sa haine pour une personnalité maternelle, la figure la plus explicite de la vie interne. Le Narcisse a besoin de la chair et de la substance de l'autre pour se remplir. Mais il est incapable de se nourrir de cette substance charnelle, car il ne dispose même pas d'un début de substance qui lui permettrait d'accueillir, d'accrocher et de faire sienne la substance de l'autre. Cette substance devient son dangereux ennemi, parce qu'elle le révèle vide à lui-même.

Les pervers narcissiques ressentent une envie très intense à l'égard de ceux qui semblent posséder les choses qu'ils n'ont pas ou qui simplement tirent plaisir de leur vie. L'appropriation peut être sociale, par exemple séduire un partenaire qui vous introduit dans un milieu social que l'on envie :  haute bourgeoisie, milieu intellectuel ou artistique... Le bénéfice de cette opération est de posséder un partenaire qui permet d'accéder au pouvoir. Ils s'attaquent ensuite à l'estime de soi, à la confiance en soi chez l'autre, pour augmenter leur propre valeur. Ils s'approprient le narcissisme de l'autre.

Pour des raisons qui tiennent à leur histoire dans les premiers stades de la vie, les pervers n'ont pas pu se réaliser. Ils observent avec envie que d'autres individus ont ce qu'il faut pour se réaliser. Passant à côté d'eux-mêmes, ils essaient de détruire le bonheur qui passe près d'eux. Prisonniers de la rigidité de leurs défenses, ils tentent de détruire la liberté. Ne pouvant jouir pleinement de leur corps, ils essaient d'empêcher la jouissance du corps des autres, même chez leurs propres enfants. Etant incapables d'aimer, ils essaient de détruire par cynisme la simplicité d'une relation naturelle.

Pour s'accepter, les pervers narcissiques doivent triompher et détruire quelqu'un d'autre en se sentant supérieurs. Ils jouissent de la souffrance des autres. Pour s'affirmer, ils doivent détruire.
 
Il y a chez eux une exacerbation de la fonction critique qui fait qu'ils passent leur temps à critiquer tout et tout le monde. De cette façon, ils se maintiennent dans la toute-puissance :
 
Si les autres sont nuls, je suis forcément meilleur qu'eux.

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Ce que les pervers envient, avant tout, c'est la vie chez l'autre. Ils envient la réussite des autres, qui les met face à leur propre sentiment d'échec, car ils ne sont pas plus contents des autres qu'ils ne le sont d'eux-mêmes ; rien ne va jamais, tout est compliqué, tout est une épreuve. Ils imposent aux autres leur vision péjorative du monde et leur insatisfaction chronique concernant la vie. Ils cassent tout enthousiasme autour d'eux, cherchent avant tout à démontrer que le monde est mauvais, que les autres sont mauvais, que le partenaire est mauvais. Par leur pessimisme, ils entraînent l'autre dans un registre dépressif pour, ensuite, le lui reprocher.
 
Le désir de l'autre, sa vitalité, leur montre leurs propres manques. On retrouve là l'envie, commune à bien des êtres humains, du lien privilégié que la mère entretient avec son enfant. C'est pour cela qu'ils choisissent le plus souvent leurs victimes parmi des personnes pleines d'énergie et ayant goût à la vie, comme s'ils cherchaient à s'accaparer un peu de leur force. L'état d'asservissement, d'assujettissement de leur victime à l'exigence de leur désir, la dépendance qu'ils créent leur fournit des témoignages incontestables de la réalité de leur appropriation.

L'appropriation est la suite logique de l'envie.

Les biens dont il s'agit ici sont rarement des biens matériels. Ce sont des qualités morales, difficiles à voler : joie de vivre, sensibilité, qualités de communication, créativité, dons musicaux ou littéraires... Lorsque le partenaire émet une idée, les choses se passent de telle façon que l'idée émise ne reste plus la sienne mais devient celle du pervers. Si l'envieux n'était pas aveuglé par la haine, il pourrait, dans une relation d'échange, apprendre comment acquérir un peu de ces dons. Cela suppose une modestie que les pervers n'ont pas.
 
Les pervers narcissiques s'approprient les passions de l'autre dans la mesure où ils se passionnent pour cet autre ou, plus exactement, ils s'intéressent à cet autre dans la mesure où il est détenteur de quelque chose qui pourrait les passionner. On les voit ainsi avoir des coups de coeur puis des rejets brutaux et irrémédiables. L'entourage comprend mal comment une personne peut être portée aux nues un jour puis démolie le lendemain. Les pervers absorbent l'énergie positive de ceux qui les entourent, s'en nourrissent et s'en régénèrent, puis ils se débarrassent sur eux de toute leur énergie négative.
 
La victime apporte énormément, mais ce n'est jamais assez. N'étant jamais contents, les pervers narcissiques sont toujours en position de victime, et la mère (ou bien l'objet sur lequel ils ont projeté leur mère) est toujours tenue pour responsable. Les pervers agressent l'autre pour sortir de la condition de victime qu'ils ont connue dans leur enfance. Dans une relation, cette attitude de victime séduit un partenaire qui veut consoler, réparer, avant de le mettre dans une position de coupable. Lors des séparations, les pervers se posent en victimes abandonnées, ce qui leur donne le beau rôle et leur permet de séduire un autre partenaire, consolateur.

Les pervers se considèrent comme irresponsables parce qu'ils n'ont pas de subjectivité véritable. Absents à eux-mêmes, ils le sont tout autant aux autres. S'ils ne sont jamais là où on les attend, s'ils ne sont jamais pris, c'est tout simplement qu'ils ne sont pas là. Au fond, quand ils accusent les autres d'être responsables de ce qui leur arrive, ils n'accusent pas, ils constatent : puisque eux-mêmes ne peuvent être responsables, il faut bien que ce soit l'autre. Rejeter la faute sur l'autre, médire de lui en le faisant passer pour mauvais permet non seulement de se défouler, mais aussi de se blanchir. Jamais responsables, jamais coupables : tout ce qui va mal est toujours de la faute des autres.

Ils se défendent par des mécanismes de projection : porter au crédit d'autrui toutes leurs difficultés et tous leurs échecs et ne pas se mettre en cause. Ils se défendent aussi par le déni de la réalité. Ils escamotent la douleur psychique qu'ils transforment en négativité. Ce déni est constant, même dans les petites choses de la vie quotidienne, même si la réalité prouve le contraire. La souffrance est exclue, le doute également. Ils doivent donc être portés par les autres. Agresser les autres est le moyen d'éviter la douleur, la peine, la dépression.

Les pervers narcissiques ont du mal à prendre des décisions dans la vie courante et ont besoin que d'autres assument les responsabilités à leur place. Ils ne sont pas autonomes, ne peuvent se passer d'autrui, ce qui les conduit à un comportement collant et à une peur de la séparation ; pourtant, ils pensent que c'est l'autre qui sollicite la sujétion. Ils refusent de voir le caractère dévorant de leur accrochage à l'autre, qui pourrait entraîner une perception négative de leur propre image. Cela explique leur violence face à un partenaire trop bienveillant ou réparateur. Si au contraire celui-ci est indépendant, il est perçu comme hostile et rejetant. "
 

Docteur psychiatre Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral - La violence perverse au quotidien, Edition Syros, Paris, 1998 ; Malaise dans le travail, Harcèlement moral : Démêler le vrai du faux, La Découverte et Syros, Paris, 2001 ; Femmes sous emprise, les ressorts de la violence dans le couple, Oh!Editions, Paris, 2005.

Attention : vous vous reconnaissez ou vous reconnaissez en l'autre deux ou trois traits communs à ce portrait-type. Est-il nécessaire de vous recommander la plus extrême prudence ? En un monde où toute tentative pour convaincre l'autre passe facilement pour de la manipulation, il ne faut pas détruire des années de vie en commun sur des présomptions. Si vous avez de vrais doutes, consultez un psychologue ou un psychiatre et, à condition que vous y parveniez, envoyez-lui  votre conjoint ou votre ami(e).

Toujours est-il, à lire les témoignages glânés ici et là sur la toile, que ces individus, dont je soupçonnais  l'existence sans y attacher plus d'importance qu'il ne faut, se multiplient à une vitesse grand V depuis un certain temps. Une véritable endémie sexuelle, une MST du cerveau qui atteindrait l'individu, mâle de préférence, et très apparemment "gentil" (ce n'est qu'une façade !!!).

Faites comme moi : consultez le site de Madame Hirigoyen pour y apprendre et y comprendre l'autre, sans trop juger ni se dévaloriser soi-même.


Bernard Bonnejean, apprenti non spécialiste, qui se refuse à toute tentative de débordement en dehors de ses compétences. Rappelons que Madame Hirigoyen est aussi spécialiste du harcèlement au travail. 

Publié dans culture humaniste

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Neda Leila

Publié le par Bernard Bonnejean

 

SOLIDARITÉ !

 

À Fathia et à Yann,

à tous mes amis de facebook,

à tous mes amis de bonneber.org,

  

JOYEUX NOËL

BONNE ANNÉE 2011

 

 

 

 

Mylène Farmer, Leila

 

 

Paroles de Mylène Farmer : chanson Leila

 

Leila…
Leila…
Pauvre humanité muette
Pardonner, polir le geste
Croire t’aimer
Mais choir, prie

Que celle qui n’est…
Pas parmi vos nombres
Pas repose dans l’ombre
d’une vie…
Qui n’est pas ici…

Moi je sais… Moi je sais
Moi je sais…
Que c’est pas la vie

Corps cassé
Nulle espérance…
Fille ainée
D’Iran…
Infiniment…

Leila,
Une part ensevelie de nous même
Leila,
La nuit se consume elle même
Leila,
Pont tendu entre ciel et terre
Leila Leila Leila

Leila,
Une part ensevelie de nous même
Leila,
La nuit se consume elle même
Leila,
Pont tendu entre ciel et terre
Leila Leila Leila

Pauvre humanité muette…

 

 

 

IN MEMORIAM

 

  NEDA

 

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 ندا آقا سلطان

 

  « À 19 h 05 le 20 juin 2009, sur l'avenue Karegar, au carrefour entre les rues Khosravi et Salehi, une jeune femme qui marchait au côté de son père et regardait la manifestation fut tuée, apparemment par un membre Bassidji caché sur le toit d'une maison. Il avait une vue dégagée et ne pouvait pas la manquer. Cependant, il visa directement au coeur. Je suis docteur et je me suis précipité pour essayer de la sauver. Mais l'impact de la balle était si intense que la balle avait explosé dans sa poitrine, et elle mourut en moins de deux minutes. Les manifestations étaient à environ un kilomètre dans une rue voisine et une partie de la foule courait en direction de la rue Salehi, à cause des gaz envoyés contre eux. La vidéo a été enregistrée par un ami qui était à mes côtés. Je vous en prie, faites en sorte que le monde le sache. »

Docteur Harash Hejazi

 

Á bientôt, je pense à vous, pensez à nous,

 

Bernard

Publié dans vie en société

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L'antichristianisme en Europe

Publié le par Bernard Bonnejean

 

RAPPORT DE L’OBSERVATOIRE SUR L'INTOLÉRANCE ET LA DISCRIMINATION CONTRE LES CHRÉTIENS EN EUROPE

(2005-2010).

 

 

À ma connaissance ce document, essentiel, n'a pas encore été traduit en français. Je prends sur moi de le faire, sans la permission des auteurs et de l'ONG qui s'est chargée de l'enquête. Dans la mesure où les lecteurs de mon blog restent en nombre relativement restreint, que je n'ai nulle intention de tirer quelque profit que ce soit de ma traduction, je ne pense pas outrepasser mes droits. Cependant, si pour quelque raison que ce soit, mon travail portait un préjudice quelconque aux auteurs ou aux éditeurs potentiels de ce précieux  document, il va sans dire que j'en arrêterais immédiatement la diffusion sur simple demande des personnes concernées par d'éventuels droits de propriété intellectuelle.

Dans ma traduction, je n'ai nullement cherché à conserver la forme aux dépens de l'esprit et on y cherchera en vain le calque exact du texte original. Il est possible que certaines formulations semblent trop éloignées du rapport anglais : si vous remarquez ce genre d'erreurs, je suis prêt à les corriger pourvu que toute modification soit argumentée à partir de faits linguistiques et non d'appréciations personnelles touchant au fond. En tout état de cause, il ne saurait être question de retrancher, d'ajouter, de nuancer des propos uniquement pour des motifs idéologiques ou pour tenter d'édulcorer des théories inconciliables avec une liberté d'expression et d'opinion inscrite dans la Déclaration des Droits.  

Bonne lecture et bonne réflexion. 

Bernard Bonnejean

 

Nous remercions Bernadette Joyeux, Barbara Vittucci, Roger Kiska, Muireann Simpson, Alan Fimister et autres, pour leur disponibilité et leur aide qui ont rendu possible ce travail.

Rédactrice en chef : Gudrun Kugler, Directrice de l'Observatoire sur l'intolérance et la discrimination contre les chrétiens.

© Observatoire sur l'intolérance et la discrimination contre les chrétiens, Vienne, 10 décembre 2010.

Permission accordée pour usage illimité. Demande de permission requise.

Les faits ont été compilés par l’Observatoire,  www.intoleranceagainstchristians.eu, ISBN: 978-3-9503055-1-7 rapport 2005-2010.

 

Docteur Gudrun Kugler

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I) INTRODUCTION

1. COMMENT LIRE CE RAPPORT ?

2. QUI SOMMES-NOUS ?

3. RÉPONSES À QUATRE OBJECTIONS

4. LEXIQUE

5. AVIS DE PERSONNALITÉS SUR L’INTOLÉRANCE ET LA DISCRIMINATION CONTRE LES CHRÉTIENS

 

 

 INTRODUCTION

1.  Comment lire ce rapport.

Le choix des exemples présentés dans le présent rapport est dicté par notre volonté de dresser un tableau complet des multiples incidents contemporains sous toutes leurs formes. Nous en avons classé certains dans plusieurs catégories à cause de leur exemplarité pédagogique. Tous ces incidents font l'objet d'une description développée sur le site de l'Observatoire : www.IntoleranceAgainstChristians.eu. À noter qu'il n'existe aucune structure nationale ou européenne capable de nous fournir des statistiques précises sur la fréquence et l'accroissement des cas constatés au cours des années étudiées. Nous pouvons cependant livrer à nos lecteurs un bilan qualitatif de ces faits sous toutes leurs formes, afin de démontrer l'ampleur croissante du phénomène. 

Nous exprimons notre reconnaissance à tous ceux qui nous ont donné l'autorisation d'exploiter leurs informations sur notre site Web. Les réseaux de news sont notre source principale. En ce cas, nous exploitons les informations attestées, laissant à leurs auteurs la responsabilité des contenus. Quant au reste, nous enquêtons par nous-mêmes selon des critères rigoureux, dans le souci de maintenir un niveau élevé.

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2. Qui sommes-nous ?  

L'Observatoire sur l'intolérance et la discrimination contre les chrétiens est une O.N.G. enregistrée en Autriche. Il héberge un site Web chargé d'enquêter et de répertorier les cas de marginalisation ou de discrimination des chrétiens et du christianisme dans l'ensemble de l'Europe. Par Europe, il faut entendre l'Union européenne, les pays adhérents à l'UE et l'Europe élargie.

L'Observatoire collecte des faits de discrimination contre les chrétiens provenant des médias ou d'informateurs privés ; des organisations gouvernementales internationales, telles l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (dont je suis membre consultante) ; de l'OSCE, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Nous tenons nos travaux à la disposition des hommes politiques, des ONG, des journalistes et des personnes intéressées par notre site Web. L'Observatoire est membre de la plate-forme sur les droits fondamentaux, dépendant de l'Agence étatsunienne sur les droits fondamentaux.

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Notre fonction consiste également à encourager les victimes d'intolérance et de discrimination contre les chrétiens à publier leur témoignage et à sensibiliser toutes les personnes de bonne volonté qui espèrent que ce phénomène sera pris au sérieux et attendent des mesures partout applicables.

3. Réponses à quatre objections

Au cours de la Table ronde de l'OSCE à propos de la discrimination contre les chrétiens, le 4 mars 2009, un tenant de la laïcité a prétendu que le phénomène était un simple problème intercommunautaire. Il entendait par là des attaques discriminantes effectuées par les chrétiens de telle obédience contre les chrétiens d'une autre. Sa réflexion suscita, à juste titre, une très vive protestation. En effet, il est indubitable que les confessions chrétiennes ont appris à coexister, voire à collaborer et à discuter de leurs différences dans le respect mutuel. Quand bien même existeraient des conflits interreligieux entre chrétiens, nous sommes tous confrontés, à égalité, au problème d'une laïcité radicale et aux manquements à l'honnêteté de certains politiciens, qui limitent les libertés fondamentales.

Une autre objection, assez générale, prétend que les difficultés rencontrées par les chrétiens d'aujourd'hui ne sont causées ni par l'intolérance ni par la discrimination, mais par un processus d'abolition de privilèges historiques. Or, ces privilèges historiques, qui n'engendrent aucune conséquence néfaste contre les autres communautés religieuses, ne sont pas nécessairement mauvais, puisque, précisément,  ils sont historiques. Aucune communauté ne peut subsister sans un passé, le fondement de son  identité et ses traditions. Une absolue neutralité est impossible : même un mur blanc et nu est porteur d'une idéologie d'autant plus marquée qu'elle est la conséquence de la suppression du crucifix. En outre, une communauté religieuse qui détient des privilèges historiques n'implique nullement  que d'autres soient victimes de discrimination à condition que leurs droits déclarés soient protégés.

Dans une certaine mesure, l'abolition des privilèges du christianisme constitue une rupture naturelle avec son histoire et son identité et exprime une hostilité qui ne s'arrête pas à la suppression des privilèges. Elle provoque la marginalisation et l'exclusion sociale, et conduit à la négation des droits des chrétiens.  C'est, pour les chrétiens, le principe d'égalité des droits qui est en jeu.

D'autres ont soutenu que le christianisme, majoritaire, ne peut de ce fait être victime de discrimination en Europe. Certains concluent de ce prédicat que seules les minorités ont besoin d'être protégées, puisqu'il est impossible de discriminer une majorité. Faux ! En Afrique du Sud, les noirs n'étaient pas minoritaires au moment de l'apartheid. Rocco Buttiglione a été exclu de sa charge de commissaire européen en raison de son adhésion à la religion chrétienne, la foi majoritaire. Imaginez un individu insultant une foule silencieuse au micro. Imaginez un petit nombre de dirigeants refusant d'embaucher des membres d'une religion majoritaire sous l'unique prétexte qu'ils n'aiment pas cettereligion. C'est de l'ordre du possible ! Il est vrai que l'intolérance et la discrimination affectent plus souvent des minorités. Mais soyons précis sur la définition des termes. La détention du pouvoir y est un critère plus influent que le nombre : qui donne le ton, qui est écouté, et qui décide de l'ordre du jour ? Chaque jour la foi majoritaire en Europe subit des marques de mépris ; parfois on limite injustement son libre exercice. En outre, il faut être attentif à cette nouvelle réalité : le christianisme en Europe passe actuellement par une phase transitoire et l'on peut parler de majorité qu'au vu des certificats de baptême. Mais ce ne sont pas ces baptisés qui connaissent l'intolérance et la discrimination.

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Pour d'autres motifs, on nous a dit ne pas pouvoir attacher beaucoup d'importance à ces « questions mineures » en Europe quand des chrétiens d'autres régions du monde sont confrontés à une persécution flagrante qui s'apparente au martyre. Des rapports indiquent que 100 millions de chrétiens dans le monde entier sont persécutés et que 75 % de toutes les persécutions religieuses sont dirigées contre les chrétiens.1Il est évident que le sort des chrétiens dans ces régions est terrible et je soutiens, pour ma part,  toutes les actions possibles pour soulager leurs souffrances. Mais Jean Paul II lui-même a demandé en 1983 de ne pas négliger, outre les formes courantes de persécution, les moyens plus sophistiqués, tels que la discrimination sociale ou les restrictions subtiles de liberté qui peuvent mener à une sorte de mort civile.

Il est vrai que pour la doctrine chrétienne « tendre l'autre joue » est l'expression d'une spiritualité personnelle. Mais pour ce qui est de l'ordre public, le devoir du chrétien est de faire le nécessaire pour aider son prochain, et non pas de tendre la joue ou la tête lorsque c'est une autre joue ou une autre tête qu'on a maltraitée ou persécutée. Un chrétien n'est pas conduit à chercher loin de lui l'injustice imposée à un autre chrétien, dans le but de pratiquer la doctrine de la joue tendue chez lui. Un chrétien doit avoir pour vocation de tendre toujours vers une société plus juste et plus libre, y compris pour les chrétiens.

4. Lexique

L'expression choisie pour désigner le phénomène étudié a reçu un accueil largement favorable. En effet, par « l'intolérance et la discrimination contre les chrétiens » nous entendons décrire le déni des droits à l'égalité des chrétiens et la marginalisation sociale des chrétiens. Le terme « intolérance » fait référence à la dimension sociale, le terme « discrimination », au droit tout court. Un comportement discriminatoire et intolérant résulte de l'opposition aux caractères propres de la foi chrétienne ou à des positions morales intrinsèques à la foi chrétienne.  Il peut se focaliser sur un point précis de la doctrine chrétienne ou sur l'ensemble du christianisme. Cette posture conduit à des attaques tant au niveau social (création de stéréotypes négatifs ou exclusion sociale), qu'au niveau juridique (par exemple par le biais d'une loi discriminatoire ou d'un verdict judiciaire) ou encore au niveau politique (exclusion de la spère publique , résolution parlementaire, etc.).

La christianophobie est un terme courant utilisé pour décrire le phénomène d'intolérance et de discrimination contre les chrétiens. Le terme est composé du vocable « christian » ou « Christ » et « phobie » (du grec φόβος) qui désigne la « peur irrationnelle ». Ce nom commun définit donc une animosité irrationnelle contre le Christ, contre les chrétiens ou contre le christianisme dans son ensemble. Comme le christianisme est familier pour les européens, l'antagonisme contre les chrétiens ne peut donc être imputé à une « peur irrationnelle de l'inconnu ». Pour cette raison, nous avons choisi d'utiliser l'expression l'intolérance et la discrimination contre les chrétiens pour évoquer le phénomène en question.

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N.B. : Nous n'utilisons généralement pas le terme persécution en parlant des chrétiens en Europe. Il réfère plus expressément à une systématisation de mauvais traitements, pris dans son acception courante lorsque l'accent est mis sur une peine d'emprisonnement, une torture, une exécution capitale ou la confiscation des biens.

5. Citations : quelques avis de personnalités sur l'intolérance et la discrimination contre les chrétiens. 

Ces citations ont été choisies parmi de multiples sources consultables sur le site Web de l'Observatoire.

Le Pape Benoît XVI à propos de l'intolérance et de la discrimination des chrétiens.

(17.09.2010. Londres. Westminster)

« Je ne peux qu'exprimer mon inquiétude devant la  marginalisation croissante de la religion, particulièrement du christianisme, qui se déploie dans certains milieux, même dans les pays qui attachent une extrême importance à la tolérance. Certains voudraient que la religion soit réduite au silence, ou au moins reléguée à la sphère purement privée. D'autres affirment qu'on devrait décourager la célébration publique de fêtes comme Noël, faussement convaincus qu'elle pourrait porter atteinte aux autres religions ou à ceux qui n'en ont pas. D'autres encore prétendent – paradoxalement dans l'intention d'éliminer la discrimination – qu'on devrait tenir les chrétiens  éloignés des charges publiques qui les contraidraient à agir contre leur conscience. Il s'agit là de signes inquiétants qui démontrent une incapacité à apprécier le droit des croyants à la liberté de conscience et de religion, mais aussi le rôle légitime de la religion en politique. J'invite par conséquent chacun d'entre vous, au sein de vos sphères d'influence respectives, à rechercher des moyens de promouvoir et d'encourager le dialogue entre la foi et la raison à tous les niveaux de la vie nationale. »

Mgr l'Archevêque catholique anglais Peter Smith à propos de la relégation de la religion à la seule sphère privée 

(06.10.2010)

« La religion est considérée comme une excentricité légalement admissible en privé ; admissible derrière des portes closes une fois par semaine, mais lieu d'expression inadmissible en public ou sur le lieu de travail ».

Melanie Phillips, commentatrice avisée de la laïcité

(21.09.2010)

La vogue croissante de la laïcité ne vise pas à la neutralité mais tente de se débarrasser de la religion et de lui substituer ses propres valeurs et croyances. La commentatrice nous met en garde : « La sphère publique a été prévue pour être neutre. Or, la neutralité est interprétée au sens de "sans religion" ». Melanie Phillips rétorque dans le journal de l'Église d'Angleterre : « Je crois qu'en fait il ne peut y avoir de neutralité dans les guerres culturelles. » Elle affirme que si la laïcité est souvent présentée comme neutre, être laïque consiste à adopter certaines valeurs et croyances. Plutôt qu'une neutralité, la laïcité prétend éliminer la religion et proposer autre chose à la place. » « Elle a produit une "société du moi", une société totalement égoïste où croissent la méchanceté et la violence. Elle ne nous permet plus de considérer l'autre comme nécessaire. Au contraire, elle nous les fait regarder comme des instruments. »

Roger Helmer, membre du Parlement européen : les chrétiens subissent les mêmes persécutions que les fumeurs

(19.09.2010)

« J'imagine que beaucoup de chrétiens se sentent aujourd'hui menacés. Les titres de journaux sur Noël, à l'exception des groupes religieux reconnus publiquement et des programmes civiques, sur l'interdiction des symboles chrétiens, sont devenus presque des clichés. En effet, j'entrevois un parallèle possible avec les fumeurs, également persécutés et contraints de se livrer à leur habitude dans la pluie. Je ne suis ni membre d'une religion officielle (bien que me reconnaissant une affinité culturelle avec l'Église d'Angleterre), ni fumeur. Mais en tant que député européen, je représente un grand nombre de chrétiens et de fumeurs, qui ont aussi des droits. Ils ont au moins droit au respect de leurs opinions. On ne nous demande pas de les suivre en tout mais de leur reconnaître un droit d'être en désaccord avec nous. »

Lord Carey, l'ancien archevêque de Canterbury déplore la relégation du christianisme à la sphère privée

(02.03.2010)

« Ce qui se passe en Europe occidentale ne relève pas de la persécution mais de la marginalisation de la foi dépeinte uniquement comme une affaire de conscience personnelle. Cette posture provient d'une rectitude politique erronée mais inébranlable soucieuce de ne pas heurter les religions minoritaires en semblant privilégier le christianisme. » Lord Carey a lui aussi mis en garde contre une campagne agressive orchestrée par des athées pour bannir la foi de la sphère publique.

La Conférence de Durban, Genève,  20 au 24 avril 2009, reconnaît le phénomène de la christianophobie.

(24.04.2009)

La Conférence de Durban « déplore la flambée mondiale et le nombre d'incidents d'intolérance raciale ou religieuse et de violence, qui comprend l'islamophobie, l'antisémitisme, la christianophobie et de l'antiarabisme. Elle se manifeste notamment par des stéréotypes méprisants et la stigmatisation des individus, uniquement  fondée sur leur religion ou leurs convictions... »

L'intolérance et la discrimination contre les chrétiens doit être rendue publique, conclut la réunion de l'OSCE.

(04.03.2009)

Les États membres expriment leur volonté de rendre davantage publiques l'intolérance et de discrimination contre les chrétiens, a conclu la première réunion de l'OSCE. L'Ambassadeur Janez Lenarcic, directeur du Bureau de l'OSCE pour les institutions démocratiques et les droits de l'homme (BIDDH) affirme : « Ce qui ressort clairement de cette rencontre est que l'intolérance et la discrimination contre les chrétiens se manifestent sous diverses formes dans les pays de l'OSCE. Certes, le déni des droits est un problème important dans les pays où les chrétiens forment une minorité. Mais l'exclusion et la marginalisation peuvent également être ressenties par les chrétiens dans des États où ils constituent la majorité dans la société. »

 

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Le chercheur de Harvard, Edward Green, évoque les risques professionnels rencontrés pour les non-chrétiens adoptant le point de vue chrétien 

(02.03.2009, Washington Post)

« Nous libéraux qui travaillons dans les secteurs de recherche contre le VIH/sida et de la planification familiale nous prenons des risques professionnels terribles si nous osons avouer notre accord avec le pape sur un sujet brûlant de ce type. Le préservatif est devenu un symbole de liberté, au même titre que la contraception ou l'émancipation féminine. En conséquence, tous ceux qui contestent le point de vue orthodoxe sur le préservatif sont accusés d'être contre la recherche ».

Tony Blair avertit que les chrétiens doivent s'exprimer dans un contexte « de laïcité agressive »

(01.03.2009)

En bref, dans la société britannique il y a un risque d'envisager la foi comme une excentricité personnelle… J'espère et je crois que les cas de personnes empêchées d'affirmer leur christianisme restent exceptionnels. Ils sont souvent le fait de comportements individuels imbéciles. Mon avis est que les gens devraient être fiers de leur christianisme et capables d'en parler ouvertement s'ils le souhaitent… Le véritable test de la liberté religieuse consiste à vérifier si à l'ère de la laïcité agressive, le croyant a assez de confiance pour se montrer en public et pour essayer de convaincre par la persuasion. » Sa femme Cherie Blair a déclaré dans un documentaire de Channel 4 : « Vous voyez partout aujourd'hui les églises fermées, les chrétiens marginalisés et foi réduite à quelques personnes qui aiment en discuter ouvertement ».

Un archevêque orthodoxe critique la montée de christianophobie

(25.01.2008, Interfax)

Le Métropolitian orthodoxe Alfeev Hilarion, représentant de l'Eglise orthodoxe russe dans les organisations internationales européennes, affirme : « Nous avons souvent entendu parler de l'antisémitisme et l'islamophobie, et très peu de la christianophobie, qui gagne en force dans nombreux pays d'Europe. » Parmi les formes de la christianophobie en Europe, Mgr Hilarion mentionne la suppression des symboles chrétiens de la sphère publique, le dénigrement de la religion chrétienne, le refus de reconnaître l'héritage chrétien de l'Europe, la persécution des gens qui expriment ouvertement des convictions chrétiennes et qui choisissent de vivre en respectant les règles de la morale chrétienne.

M. Doudou Diène, rapporteur spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines de racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance

(01.01.2008)

« La Commission est invitée à appeler d'urgence les États membres afin de prendre les mesures nécessaires pour s'assurer que la promotion et le développement de la laïcité ne conduisent pas à une remise en question ou à la négation du droit de quiconque, sans distinction de religion, de participer à la vie publique. À cet égard, le contexte de pluralisme religieux et culturel comme légitimes, non seulement le droit, mais aussi la vocation des religions et des traditions spirituelles à donner des avis sur les questions sociales fondamentales, en particulier celles relatives à l'éthique, à la famille, au mariage et à la vie. »

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Véronique essuie le visage de Jésus couvert de crachats

Mosaïques de la chapelle du séminaire inter-diocésain à Bordeaux
milieu du XXe siècle

Rapport du Conseil économique et social

(13.12.2004) (§ 54) :

« […] Le christianisme souffre également de pressions qui s'exerce sous une certaine forme de laïcité, particulièrement en Europe. En particulier, le sentiment de méfiance à l'égard du christianisme et les limites imposées à sa libre expression découlent de la difficulté rencontrée, en particulier en Europe, de gérer convenablement l'accroissement des populations musulmanes dans la région. Ainsi la tendance générale est de privilégier des restrictions similaires sur toutes les formes de religion, ce qui entraîne la négation de l'expression religieuse publique. Il semble aussi qu'il existe une crainte de laisser une religion jouer un rôle dans la vie publique. Apparemment, cela s'explique par une aversion « rationaliste » contre la religion, considérée expression de l'irrationnel, et aussi par une tradition de la laïcité qui refuse aux religions la possibilité, à l'exception de la droite, de jouer un rôle dans la vie publique. De tels préjugés contre les chrétiens ou contre les idées fondées sur la religion, en Europe et aux États-Unis, concernent principalement les questions relatives aux relations sexuelles, au mariage et à la famille, domaines dans lesquels les Églises catholiques, les orthodoxes et les musulmans ont pris position ».

 

Suite du rapport lundi prochain.

Bon week-end,

Bernard Bonnejean

 

Publié dans religion

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Contribution à l'ophtalmologie

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Le complexe de Dalton

   

Quel Dalton ? Joe, William, Jack ou Averell, les fils de Ma Dalton ? Je vous ferais aimablement remarquer que vous êtes dans une maison respectable où l'on a à cœur de maintenir une certaine tenue. Je n'ai pas non plus l'intention d'évoquer les personnages historiques Bob, Grat, Emmet ou Bill, la honte du bon James Louis Dalton et de son épouse Adeline née Younger, ainsi que de leurs frères et sœurs Ben, Cole, Louis, Littleton, Leila, Frank, Eva, Grus, Leona, Nammie, Adeline et Simon. Je rappellerais simplement que la maman était une épouse au foyer et qu'à part ces quatre malandrins, la famille compta un marshal (Frank, tué par un outlaw), et deux diplômés de l'Université (Ben et Cole). Permettez-moi à ce propos de rendre hommage à toutes les mamans qui enfantèrent des monstres, sans le vouloir, évidemment, et parfois sans le savoir après des années de dorlotement. Permettez-moi aussi de vous rappeler sans que n'y voyiez aucune mauvaise intention de ma part que Bob fut aide-marshal avant de devenir pilleur de banques, écœuré par les inégalités sociales, les politiciens et les policiers corrompus qui l'incitèrent à quitter son poste.

 

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Ils s'appelaient tous « Dalton »

Sont-ce, par hasard, Timothy (Colwyn Bay, 21 mars 1946 — ...), l'acteur ; Gerald, le chanteur ; Baldwin, (Summit–New Jersey) ; Trumbo, scénariste, réalisateur et écrivain (Montrose–Colorado, 9 décembre 1905 — Los Angeles–California, 10 septembre 1976) ; ou même Kristen (San Diego County–California, 14 février 1966 — 1, 76 cms, comme moi !), actrice et productrice ? Non. Reste John, (Eaglesfield–Cumberland, 6 septembre 1766 — Manchester, 27 juillet 1844) ? Ça dépend. Si vous parlez du chimiste, non ; du physicien, non. En revanche, si vous évoquez le spécialiste du daltonisme, je vous répondrais « oui » non sans vous avoir félicité pour votre culture.

À force de fréquenter hôpitaux, cliniques, centres de rééducation et autres établissements du même genre, il m'est venu un complexe. En quoi mes talents littéraires, pour peu qu'ils existent, auront-ils fait progresser la science, me dis-je ? Et j'ai eu honte. Mais de tempérament combatif, je me suis juré, à l'automne de ma vie, de remédier à ce triste bilan.

Aujourd'hui, chers amis daltoniens, c'est à vous que je m'adresse. Selon le principe inattaquable selon lequel on ne peut combattre que ce qu'on connaît, je viens, en apôtre, vous faire prendre conscience, si vous ne l'avez encore jamais constaté, d'un mal pernicieux qui vous empêche de voir la réalité en face. Et pour cela, je vous fais cadeau, car je n'ai nullement l'intention de déposer un brevet, d'une lettre ouverte qui servira en même temps de

  

TEST

 

Ce test commence dès à présent.

 

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Si vous voyez La Joconde, telle que tout le  monde la voit,

vous avez une vue normale.

 

 

Mes chers amis,

 

Sans doute l'ignoriez-vous encore, mais vous êtes affublés d'un défaut visuel qui fait ricaner votre entourage. Enfant, vous rêviez d'être pilote de chasse, conducteur de jeep, mécanicien, contrôleur aérien, marin ou officier dans la marine marchande, conducteur de locomotive, chauffeur d'autobus ou de métro ; ou encore, policier, douanier ou pompier, électricien ou électronicien, pharmacien, tricoteur, imprimeur, peintre, photographe, éclairagiste au théâtre, au cinéma ou à la télé. Vos parents étaient ravis de voir que leur rejeton était habité par une vocation. Ils disaient, tout fiers, à leurs amis qui voulaient l'entendre : « Lui, nous n'avons aucune inquiétude pour son avenir ! Depuis tout petit, il sait ce qu'il veut faire. Il est tellement passionné qu'il y arrivera sûrement. »

Il a fallu déchanter. Ces métiers vous étaient à jamais interdits : vous êtes daltonien !

 

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Si La Joconde ressemble encore à La Joconde, mais présente 

des caractéristiques curieuses qui la rendent moins désirable,

consultez : vous êtes peut-être daltonien.

  

Oh, bien sûr que ce n'est pas grave ! Vous avez réussi sans ça ! N'empêche que dans un coin de votre cerveau restent lancinantes une série de questions que vous n'oserez jamais poser. Vous êtes sûr qu'elles resteront incomprises du troupeau des normaux :

« Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien tous lui trouver à la Joconde ? »

« Pourquoi disent-ils que le paysage varie à la seconde aux abords du Mont-Saint-Michel ? »

« Pourquoi m'a-t-elle dit que j'avais été bien à la télé, mais que la prochaine fois il faudra lui montrer quelle cravate je compte porter avec ma chemise unie ? »

« Pourquoi ces crétins ont-ils changé leur mise en page en mettant des textes en couleur qu'on ne voit pas ? »

« Pourquoi mes élèves ne veulent-ils pas de moi dans leur équipe de jeu de piste en forêt sous prétexte que je ne vois pas les balises rouges sur les arbres verts ? »

« Pourquoi ne m'envoie-t-on jamais cueillir les belles cerises rouges, les belles fraises rouges, les belles pommes rouges cachées dans les feuillages verts ? »

« Pourquoi hier me suis-je retrouvé dans la haie des cisterciennes de la Coudre au risque de me faire engueuler parce que, décidément, je n'en ferais jamais d'autres ? »

 

 

Si, bien que n'habitant pas Paris ou la banlieue, vous vous seriez cru

capables d'écrire le refrain de cette chanson, vous êtes daltonien.

 

Si vous n'êtes pas de ces gens capables d'écrire une lettre de protestation à l'excellent Christian Melchior Bonnet sous le prétexte que la librairie Jules Taillandier ne respecte plus les lecteurs de la revue Historia, devenue tout à coup illisible par suite de la survenue intempestive d'une jeune metteuse en page rococo qui nous met de la couleur partout. Et surtout du rouge, probablement rien que pour nous embêter. Si vous n'êtes pas de ces éternels questionneurs de passagers qui demandent ce que représente « l'affiche là, qui ne veut rien dire, et n'évoque en rien le produit qu'elle veut vendre dont vous ne pouvez lire le nom » écrit en vert pomme sur un fond vert émeraude. Si enfin, vous ne vivez pas dans un univers parallèle où rien ne ressemble vraiment à ce que voient les autres, y compris les fantasmes des rêves en couleur, c'est que vous n'êtes pas daltonien et que cette page ne vous concerne qu'à titre informatif.

Mais au contraire, vous, oui vous !, qui vous insurgez parce qu'un crétin a écrit un article sans lettres, sans mots, sans phrases, sans rien, qui dites depuis le début que vous ne voyez rien et que vous êtes bien déçu, alors, oui, vous êtes concerné.

« Cependant, rétorquerez-vous, comment pourrais-je tirer profit d'un texte écrit exprès pour un public daltonien qui précisément ne peut pas le lire ? »

Justement, le test consiste à prouver que la lecture vous est impossible à cause de votre daltonisme. Votre protestation, attendue, logique, légitime prouve que vous êtes bel et bien daltonien. 

« Alors, me direz-vous — ou plutôt vous fera-t-on dire, puisque vous ne pouvez rien dire du seul fait que vous ne voyez rien — ce n'est pas une lettre écrite aux daltoniens ? 

— Remarque déplaisante et assez peu scientifique, vous en conviendrez. Cette lettre ouverte ne peut l'être qu'aux daltoniens qui ne peuvent pas la lire, sinon, lisible par tous, elle serait ouverte à tous et pas aux seuls daltoniens. 

— Mais alors comment savoir ce qu'elle prouve puisque nous ne pouvons la lire. 

— Elle prouve justement que nous ne pouvez la lire parce que vous êtes daltonien.

 

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 Si là, vous voyez encore la Joconde,

vous êtes daltonien à 80%.

 

Imaginez une lettre écrite par un chinois dans un chinois de Chine compréhensible par les seuls chinois s'exprimant en chinois à l'intention d'un public français uniquement francophone. Tous ceux qui la comprendront ne peuvent être concernés puisque justement ils la comprennent, alors qu'elle s'adresse uniquement à un lecteur ne comprenant pas un mot de chinois. Donc l'une des preuves indubitables, mais non suffisante en ce cas précis, que vous êtes bien le destinataire potentiel de la lettre en question, c'est que vous n'y voyez autre chose que du chinois. 

J'entends donc, par mon test, faire la preuve — sans aucun doute possible — que vous êtes daltonien par le seul fait que vous n'y voyez rien. Ce que vous ne pouvez lire est écrit en bleu sur un fond gris, donc pour vous aussi indéchiffrable qu'un texte composé à l'encre sympathique... 

Une façon comme une autre de réactualiser la science, comme l'a fait avant moi le grand encyclopédiste Denis Diderot avec sa Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient (1749). Mais, je le crois vraiment, je vais plus loin que la philosophie des Lumières, car j'écris une Lettre sur le daltonisme à l'usage de ceux qui ne peuvent pas la lire en attendant de commencer de minutieuses recherches qui aboutiront à une Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui ne voient pas.

 

 

 

Si là, vous ne voyez rien, c'est soit que vous êtes daltonien à 100%,

soit qu'il n'y a rien à voir.

 

  

J'entends pourtant garder intacte la modestie de mon prédécesseur, faisant mienne sa pensée : 

« Si tu peux aller jusqu'à la fin de cet ouvrage, tu ne seras pas incapable d'en entendre un meilleur. Comme je me suis moins proposé de t'instruire que de t'exercer, il m'importe peu que tu adoptes mes idées ou que tu les rejettes, pourvu qu'elles emploient toute ton attention »

Denis Diderot, Pensées sur l'interprétation de la nature, 1753.

 

 

 Avec mes remerciements pour votre aimable attention, et dans l'espoir que ce test trouvera une écoute attentive près des spécialistes internationaux des défauts de la vision,  

 

Bernard Bonnejean, docteur honoris causa de la faculté de médecine de  Saint-Remy-En-Bouzemont-Saint-Genest-Et-Isson, ancien externe de divers hôpitaux, ancien interne du CHR de Rennes-en-Grenouilles.

 

Publié dans santé - médecine

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Une vie (4)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Les bagnes de Guyane

 

Pourquoi ai-je intitulé cet article « Les bagnes de Guyane » et non « Le bagne de Cayenne » ? Parce que le second n'a probablement jamais eu d'existence réelle. Utilisé dans toute son horreur, il eût fait honte, depuis sa création, à la République.

Plus que la peine de mort ? Assurément. D'ailleurs, l'un n'empêche pas l'autre.

 

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Guillotine du bagne.

 

Le Docteur Joseph Ignace Guillotin a pu imposer son engin comme unique instrument létal, avec l'appui de Mirabeau et de la Constituante, d'une part pour uniformiser le supplice comme on l'a fait pour les poids, les monnaies et les mesures, et d'autre part sous couvert d'humanitarisme et d'égalitarisme. En effet, l'article I de la loi du 9 octobre 1789, prévoit que « les délits de même genre seront punis par les mêmes genres de peines, quels que soient le rang et l'état du coupable » ; le projet du 1er décembre prévoyait que « la décapitation fût le seul supplice adopté et qu'on cherchât une machine qui pût être substituée à la main du bourreau » ; enfin, la loi du 6 octobre 1791 inaugure ladite machine, à laquelle l'inventeur donne son nom, malgré lui : la guillotine. Nicolas Pelletier eut l'honneur de rougir les copeaux le 25 avril 1792. L'on ne saura jamais si le bon médecin avait réussi à rendre la peine moins douloureuse, mais il y a gros à parier que ce voleur a préféré le rasoir national à la roue réservée aux criminels de son espèce. Le fait est que Guillotin ne poursuivait pas d'autre but que de tuer sans faire souffrir inutilement.

Mais comment une démocratie naissante, sur le modèle de régimes dictatoriaux anciens, eût-elle pu justifier l'une des peines les plus cruelles qui soient : le bagne, les travaux forcés, la relégation ? Le sadisme institutionalisé d'un État qui veut non seulement punir, mais se venger en tuant dans les conditions les plus abjectes que le permette la loi, loin de toute civilisation, sous un climat pénible et délétère.

 

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Crédit photo B Bonnejean 1970 : ruines de l'ancien bagne

 

Dans ces conditions, Cayenne, le chef-lieu, ne pouvait être qu'un lieu transitoire, un centre de tri où l'on fait tout pour ne pas exhiber les enchaînés devant les populations autochtones. Les pauvres hères, déjà harassés par le voyage en bateau, gagnaient bientôt la destination fixée par l'administration pénitentiaire : Saint-Jean du Maroni, Saint-Laurent-du-Maroni, ou pire encore l'île du Salut ou l'île du Diable

Saint-Jean et Saint-Laurent présentaient un aspect relativement convenable. Tous deux installés dans des endroits visibles, ils ne pouvaient, sans faire réfléchir les citoyens d'Outre-Atlantique, montrer les bas-fonds de la République. Le fait est que dans les années 1970, les Boschs et les Bonis, qui forment l'essentiel de la population afro-américaine de Guyane française, avaient squatté les lieux. On y avait l'eau potable courante et un toit où s'abriter, ce qui n'était pas négligeable pour ces descendants d'esclaves en rupture de ban, démunis d'à peu près tout.

 

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Crédit photo B Bonnejean 1970

Petites locataires du bagne à Saint-Laurent

 

En réalité, les bagnes les plus affreux de Guyane étaient installés dans trois petites îles éloignées du continent, au doux nom hypocrite d'Îles du Salut. L'une, la plus célèbre, était baptisée « Île du Diable ». Pourquoi ce nom funeste ? On n'y mettait pas les bagnards par hasard. On savait ce lieu particulièrement mortifère depuis 1764 : 12 000 colons y étaient morts en un an de fièvre jaune, de malnutrition et de manque d'eau potable. Après s'être accoutumés au climat, les survivants furent remplacés par des esclaves, puis les esclaves par les bagnards.

C'est du moins ainsi qu'on me l'a raconté. La vérité est tout autre. Les colons sont morts sur le continent et, lorsque les survivants ont débarqué, moribonds, sur ces îles, ils les ont appelées « îles du Diable ». Mais quand ils eurent réchappé à la mort, ils les rebaptisèrent, logiquement, « îles du Salut », sauf une, aujourd'hui interdite au débarquement « l'île du Diable ». Pour ma part, j'aime mieux ma version de jeunesse à cette vérité un peu biscornue...

Je n'ai pas l'intention ici de faire l'historique du bagne. Je rappellerai seulement que c'est à l'île du Diable que furent isolés les trois bagnards les plus célèbres : Alfred Dreyfus, en 1894, Guillaume Seznec, en 1923, et Henri Charrière, alias Papillon, en 1933, campé par un Steve Mac Queen plus vrai que nature dans son pyjama rayé. À un détail près : il n'est pas un seul pensionnaire de l'administration pénitentiaire, pas un seul fonctionnaire garde-chiourme pour avoir cru un seul instant à l'histoire de Papillon, considéré dans le milieu comme un escroc vantard. N'empêche que si le livre ne vaut pas grand chose, le film, lui, rend assez bien les conditions de vie imposées aux prisonniers à l'époque.

 

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Crédit photo B Bonnejean 1970

Le clocher au requin

Infâme « Clocher au requin » ! C'est de là que se serait précipité le trop fameux Papillon. Or, lorsqu'un bagnard mourait ou, m'a-t-on dit, se jetait à l'eau par désespoir plus que dans le désir de fuir, un maton faisait tinter la cloche. Aussitôt, les requins alertés, en très grand nombre dans les parages, se rassasiaient du corps du malheureux. Ce qui rend le « témoignage » de Charrière particulièrement ridicule voire offensant pour les anciens du bagne notamment pour ceux qui ont perdu la vie à vouloir ne plus supporter l'indignité.

 

Lorsque je suis arrivé en Guyane avec ma mentalité d'adolescent, j'avais l'esprit encombré par les clichés des westerns américains. Le monde s'apparentait à un vaste jeu de dames ou d'échecs, noirs contre blancs, bons contre méchants, cow-boys contre Indiens, flics contre malfrats. Pour résumer, une partie gigantesque de « balle au chasseur » : deux camps s'affrontent ; les faibles tombent en premier mais peuvent ressusciter à la condition qu'un faible d'en face tombe à sa place ; puis les forts d'un camp sont éliminés à leur tour et la « résurrection » n'est plus permise. Les bons sont les vainqueurs ; les mauvais sont anéantis. [Il faudrait qu'un psychologue sérieux se penche sur l'amoralité de ces jeux d'enfants et sur les philosophies pernicieuses qu'ils véhiculent].

À se demander si nous n'étions pas assez naïfs pour croire à la véracité des matchs de catch commentés par Roger Couderc : le diable rouge contre l'ange blanc ; le sournois vindicatif et traître contre le défenseur potentiel de la veuve et de l'orphelin. Il ne nous serait même pas venu à l'idée que John Wayne pût perdre contre ses adversaires. Personnellement, je fus très déçu de voir l'armée mexicaine, noire, triompher contre Davy Crocket, blanc, dans Fort Alamo. Il faut dire qu'à la fin, le général qui ne parle même pas l'américano-français rend les honneurs aux survivants héroïques, ce qui fait un peu passer l'immoralité de l'ensemble. 

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Le méchant ? C'est le noir, bien sûr !

 

En ce monde machiavélique, tranché, dichotomisé, absolu, il ne pouvait être question de rencontrer de bons bagnards. Dreyfus et Seznec n'avaient été que deux accidents de parcours dans une justice réglée comme du papier à musique. Quant à Papillon, ce n'était qu'un vulgaire menteur, vaniteux et cupide qui s'était rempli les poches avec ses vices et son évasion inventée. 

C'est là qu'il faut parler de la relégation. La Guyane était chargée de récupérer tout ce que la métropole comptait d'indésirables. La République avait même poussé le zèle jusqu'à prévoir la libération, au cas où les conditions de travail, d'hygiène, de climat..., n'auraient pas suffi à tuer le bonhomme. En ce cas, on le relégait, c'est-à-dire qu'on le gardait en Guyane avec l'interdiction formelle de revenir en métropole. Ce fut vrai jusqu'en 1938, date à laquelle on ferma les bagnes. Abus de pouvoir d'une administration infâme ? Comment rapatrier, avouons-le, cette population édentée, malade, amaigrie, vieillie prématurément, dont personne ne se serait souciée une fois revenus à la civilisation ? La question ne se posa pas. Avec quoi ces relégués auraient-ils payé le voyage du retour ? On se dit pourtant que les plus malins pourraient en avoir la tentation. On inventa donc une mesure de clémence propre à contenter tout le monde : la forêt est immense ; toute exploitation était rendue impossible sauf à la faire  fructifier gratuitement. Or, l'esclavage était aboli. Qu'à cela ne tienne ! Je ne sais qui en eut l'idée, géniale, faussement humanitaire : on fit de chaque ancien bagnard relégué d'office un propriétaire terrien à titre gracieux ! On donna à chacun un hectare : libre à lui d'en faire ce qu'il voulait.

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Crédit photo B Bonnejean 1970 : la cuisine des îles du Salut.

 

C'est ainsi que nous connûmes, nous les jeunes soldats de l'Infanterie de Marine, les anciens bagnards de Guyane : les seuls agriculteurs, avant l'arrivée des asiatiques, de cette terre, comme eux longtemps reléguée, que le pays-mère ne voulait pas ou ne pouvait pas mettre en valeur. 

Chers amis, je vais parler de vous. Sans dire vos noms. Sans chercher à faire de vous des martyrs ou des saints. Mais le fait est que vous m'avez appris que le monde contrasté de mon imaginaire occidental juvénile n'existait pas. 

Je me souviens de vous, Monsieur A., à moitié nu sur votre terre ou plutôt sur votre grand jardin. Vous étiez d'une maigreur épouvantable et vous ne parliez qu'à nous, certains jours, pas tous. Le préfet avait décidé qu'on ne ferait jamais rien de ce bout du monde infernal à l'exception sans doute de la base de Kourou, le Las Vegas du CNES, d'où l'on lançait à l'époque des Europa qui s'entêtaient à se casser la figure ou à exploser en vol, notre rigolade préférée à nous avec les femmes des ingénieurs qui s'ennuyaient tant que certaines finissaient par perdre toute limite morale... Et vous, Monsieur A., vous avez réussi à faire pousser sur votre lopin des laitues et des carottes que l'on visitait comme un jardin exotique de métropole à l'envers. 

Je me souviens de vous, Monsieur B., chasseur de papillons à grande échelle que vous vendiez à prix d'or à des touristes américains trop froussards pour aller les chercher en forêt. Ils tombaient en extase devant vos morphos et vos bleus barrés, sans savoir qu'à deux pas, pour peu qu'on veuille bien se mouiller un peu les pieds, il en existait des vivants, magnifiques en leur interminable ballet, dont les étatsuniens ont fait pendant longtemps la couleur de leurs dollars. 

 

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Un morpho bleu de Guyane.

 

Je me souviens de vous, Monsieur C. Pas un ange, loin de là. D'ailleurs, je ne vous aimais pas. Vous teniez une sorte d'estaminet et je me suis longtemps demandé où vous aviez trouvé l'argent jusqu'au jour où j'ai appris que dans votre vie d'avant vous étiez maquereau et que vous aviez placé les bénéfices de vos activités honteuses et, probablement criminelles, dans cet établissement. Je ne vous ai jamais parlé. Mais je vous ai regardé. Vous étiez le seul bien portant des relégués, souriant, blagueur, heureux de vivre. Un contre-exemple de la rédemption, car je doute que vous ne serviez que des punchs...

Je me souviens de vous, Monsieur D., qui circuliez en forêt armé d'un pistolet toujours chargé à portée de main. Je n'ai jamais su si vous étiez devenu paranoïaque ou si vos craintes étaient justifiées. Vous étiez allé en préfecture pour exploiter la forêt guyanaise. Le préfet vous aurait mis en garde : vous risquiez votre peau à vouloir plus qu'on ne peut vous donner. Le fait est, disiez-vous, que vous aviez échappé à deux attentats, ce qui vous obligeait à vous protéger. Au cas où nous n'aurions pas cru à ce qui se passerait s'il l'on cherchait à vous nuire, vous avez sorti votre arme, l'avez pointé sur les cimes des arbres, avez tiré et il en est tombé je ne sais quoi. Vous m'avez éclairé quand même sur le problème guyanais : comment se fait-il que les essences arboricoles guyanaises soient indignes d'être exploitées alors que le Brésil, tout proche, en a fait une source de richesse ? Comment se fait-il que la Guyane importe plus de 90% de ses denrées alimentaires, alors qu'il est prouvé, depuis longtemps, qu'on peut, au moins, y installer des rizières ? Quel intérêt ont donc les gouvernements métropolitains de ces décennies à laisser en friche ce département et à en empêcher le développement ?

Mais c'est surtout à vous que je pense, mon bien cher ami E. Je vous ai gardé pour la fin, parce que vous m'avez été, parmi quelques autres, l'un des guides de mon existence. Je veux dire par là que mon séjour guyanais ne m'aurait été d'aucune utilité sans votre présence. Vous aviez choisi de vivre loin de tous et de tout, non par misanthropie mais à cause d'une tristesse inexpugnable. Vous aviez vécu, comme les autres, les pires avanies au bagne, mais sans révolte, sans trop d'amertume, tout occupé à expier un « moment d'égarement » que vous ne vous pardonniez pas. Mes amis et moi avions remarqué tout de suite que vous ne ressembliez pas aux autres : vos manières civiles, votre extrême délicatesse, votre immense culture nous avaient étonnés d'emblée. Et vous nous avez tout dit, ou presque : vous étiez ingénieur des ponts et chaussées à un poste très important et tout vous souriait. Et, comme un accident, survint le drame : pour une raison et dans des circonstances qui nous resteront à jamais inconnues, vous avez tué votre épouse.

Je suis revenu de Guyane transformé, sur ce point et sur d'autres. Une vie bascule sur un coup de dés et l'on peut tuer sur un simple coup de colère. Je crois franchement que ma vision de la police, de la justice, de l'enseignement, de la politique en a été profondément et durablement modifiée. Pour mon bien, pour le bien de mes élèves, pour le bien commun peut-être...

En attendant, le temps a passé, là-bas comme ici, sans me demander mon avis et j'ai découvert ça sur Internet :

 

Venez visiter les îles

Non, non ! Vous ne vous trompez pas. C'est bien une publicité pour les îles guyanaises du Salut.

 

Bernard Bonnejean

  

 

Publié dans martyre

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Non au laïcisme régressif !!!

Publié le par Bernard Bonnejean

 

« La liberté religieuse, chemin de paix »

Journée mondiale de la Paix 2011

 

Sixième message de Benoît XVI sur la paix

 

ROME, Dimanche 12 décembre 2010 (ZENIT.org) - « La liberté religieuse, chemin de paix » : c'est le thème du Message de Benoît XVI pour la 44e Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2011.

Le message sera rendu public jeudi prochain, 16 décembre, et il sera présenté par le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, président du Conseil pontifical « Justice et Paix » depuis octobre 2009, par Mgr Mario Toso, S.D.B., secrétaire de ce dicastère et deux officiaux, Mgr Anthony Frontiero et Mgr Tommaso Di Ruzza.

 

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Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson

 

Le texte intégral sera disponible le 16 décembre en fin de matinée en 6 langues : français, allemand, italien, espagnol, portugais et en anglais.

Le thème est d'une grande actualité non seulement en raison des persécutions des chrétiens dans les régions du monde où ils sont une minorité, notamment le Moyen Orient ou dans différents pays d'Asie, mais aussi dans l'Europe actuelle, comme vient de le montrer le rapport à propos duquel Radio Vatican a titré la semaine dernière : « Les chrétiens menacés en Europe dans l'exercice de leurs droits ».

RV signale qu'il peut arriver dans un village français « qu'une crèche de Noël soit interdite au nom de la laïcité » ; qu'un juge a été suspendu en Espagne pour avoir exprimé ses convictions chrétiennes ; qu'à Oxford, un conférencier « a été malmené après s'être converti au christianisme ».

 

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Une crèche antidémocratique ???? 

 

Et de commenter : « Il n'est pas nécessaire d'aller en Chine ou au Pakistan pour constater que les chrétiens ont de plus en plus de mal à s'exprimer dans l'espace public. Même si personne n'en parle, les profanations et les actes de vandalisme contre les symboles chrétiens sont de plus en plus fréquents en Europe, la construction d'une église peut susciter des protestations. Le concept de christianophobie avait déjà été admis il y a un peu plus d'un an par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ».

Vendredi dernier, 10 décembre, continue RV, « L'Observatoire de l'intolérance et de la discrimination contre les chrétiens en Europe » a publié un rapport de 40 pages regroupant les atteintes recensées ces 5 dernières années sur le Vieux Continent.

Pour cet Observatoire « c'est la liberté religieuse en tant que telle qui est menacée, en particulier dans sa dimension publique et institutionnelle » : « A côté de l'intolérance sociale, de la dérision, le rapport attire l'attention sur diverses discriminations légales qui engendrent des problèmes nouveaux et pénalisent les chrétiens dans l'exercice de leurs droits. Les experts relèvent ainsi une tendance à exclure des emplois publics les personnes qui expriment et défendent les valeurs chrétiennes ».

 

 

 


 
 Un tissu d'âneries !!
 
 

Sur la sellette figurent en bonne place, précise RV, « les médias, pointés du doigt car ils propagent des préjugés antichrétiens, de manière explicite ou sournoise ».

Radio Vatican signale que « des non-croyants commencent à s'interroger et à s'inquiéter » et que cet Observatoire « espère favoriser une prise de conscience, car le problème est sérieux ».

Benoît XVI a plusieurs fois fait observer que ce manque de liberté de conscience et de religion constitue une menace pour la paix. Il a fait observer que la sécularisation accélérée des sociétés occidentales qui vise à exclure Dieu risque de « détruire la liberté religieuse en se proposant comme une vraie « dictature ».

 

 

 

C'est le sixième message de Benoît XVI pour la Journée mondiale de la Paix. Les 5 thèmes précédents étaient : « Dans la vérité, la paix » (2006) ; « La personne humaine, cœur de la paix » (2007) ; « Famille humaine, communauté de paix » (2008) ; « Combattre la pauvreté, construire la paix » (2009) ; « Si tu veux construire la paix, protège la création » (2010).

 

Anita S. Bourdin pour Zenit

 

Publié dans religion

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Une vie : à mes élèves

Publié le par Bernard Bonnejean


A mes ancien(nes) élèves,

  

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Je vous attendais et vous êtes là ! Derrière l'écran !

Je le sais parce qu'on me l'a dit. Quelqu'un de plus sérieux que mon petit doigt.

Les plus âgé(e)s d'entre vous avez 58 ans. J'en ai 60 et demi. Sans commentaire.

Il n'y a donc plus grand chose qui nous sépare, vous et moi.

Vous voulez savoir ce qui me ferait plaisir ? Que vous poussiez la porte et que vous leur disiez à tous ces gens-là qui me lisent sans me connaître tout l'amour que je vous ai donné.

C'était pas visible ? Je sais. Fichue pudeur ! Mais même quand j'en venais, très rarement, à la punition, je vous aimais et je vous aime encore.

Aujourd'hui, on vous donne du Madame ou du Monsieur. J'en connais même à qui on sert du Mon Père. Vous êtes chargé(e)s de famille, grands parents peut-être ?

Alors, toi, oui toi, si tu es vraiment là, pousse la porte et dis-leur, même s'il t'est arrivé de me détester à cause d'une injustice.

Avec l'orthographe et le style qui sont les tiens. En ce domaine-là aussi, on a fait ce qu'on a pu tous les deux. Si on n'a pas réussi, c'est que ça ne devait pas se faire. C'est pas noté, je te le promets ! En plus, le français élégant et sans tache cache parfois bien des misères...

Je t'ai appris ça aussi, au mieux que je l'ai pu : l'esprit critique !

Une prière, seulement :

Tout ce que j'ai dit, tout ce que j'ai fait, de bien et de mal, de médiocre aussi, je l'ai signé de mon nom.

Je n'aimerais franchement pas qu'un(e) de mes élèves signât [tu me le pardonnes, ce subjonctif-là ? c'est pour ne pas oublier qui j'étais] sous un pseudonyme, même pour dire une gentillesse.

Laisse ça aux lâches et aux couards !

Monsieur Bonnejean


L'un d'entre vous a dit en ville que j'avais mis ma carte d'identité avec ma photo.
Ce n'est pas une carte d'identité, mais la carte de sociétaire de la SGDL,
société des Gens de Lettres.

Fondée en 1838 par des écrivains célèbres, Honoré de Balzac, Victor Hugo, Alexandre Dumas, George Sand, la Société des Gens de Lettres a toujours défendu, au cours de l'évolution des techniques de production et de diffusion, le droit moral des écrivains, des auteurs de l'écrit.

Le reste est une présentation de la Société par elle-même :

1840 Publication du Code Littéraire
1846 Établissement d'un service médical pour les hommes de Lettres.
1856 Première réflexion pour l'établissement d'une caisse de retraite pour les écrivains.
1861 Création d'une pension pour les sociétaires.
1891 La SGDL obtient le statut d'Association reconnue d'utilité publique.
1908 Première prise en considération des "'droits de reproductions faites à l'aide de machines parlantes ".
1913 Contribution à la création d'une commission des traductions tendant à donner un statut professionnel aux traducteurs.
1933 Protestation contre les mauvais traitements infligés aux intellectuels juifs en Allemagne et en URSS.
1975 Élaboration de la loi sur la sécurité sociale des écrivains : " l'écrivain devient enfin un citoyen à part entière ".
1976 Contribution à la création de l'Agessa, association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs.
1977 Élaboration, avec le Syndicat National de l'Edition, d'un contrat-type de cession des droits d'auteurs, et d'un code des usages.
1981 Contribution à l'établissement d'un prix unique du livre.
1981 Création de la Scam, Société Civile des Auteurs Multimédia, désormais chargée de percevoir et répartir les droits audiovisuels des œuvres documentaires.
1985 Instauration du double contrat d'édition avec obligation d'un contrat séparé pour la cession des droits d'adaptation audiovisuelle.
1995 Négociations et obtention de la loi sur la reproduction par reprographie.
1998 La SGDL se dissocie de la SCAM qui quitte l'Hôtel de Massa.
Mise en place d'une mutuelle spécifique pour les auteurs de la Société des Gens de Lettres.
1999 Création de la Sofia, Société française des intérêts des auteurs de l'écrit, chargée de gérer le droit de prêt des livres en bibliothèques.
2005 Création de la première retraite complémentaire pour les écrivains.

Liste des présidents de La Société des Gens de Lettres depuis sa création :

1837-1839 Abel-François VILLEMAIN
1839-1840 Honoré (de) BALZAC
1840 Victor HUGO
1840-1844 François ARAGO
1844-1847 Jean-Pons VIENNET
1847-1848 Narcisse (de) SALVANDY
1848-1852 Louis DESNOYERS
1852-1855, 1857-1860, 1861-1864 Francis WEY
1855-1856 Xavier SAINTINE
1856 Léon GOZLAN
1856-1857 Michel MASSON
1860-1861 Edouard THIERRY
1864-1865 Emmanuel GONZALES
1865-1868, 1874-1876 Paul FEVAL
1868, 1876-1877 Paul (de) MUSSET
1868-1869 Jules SIMON
1869-1872 Frédéric THOMAS
1872 Léo LESPES
1872,1873 Augustin CHALLAMEL
1873 Arthur De BOISSIEU
1873-1874 Eugène MULLER
1874 ALTAROCHE
1877-1880, 1881-1884 Edmond ABOUT
1880-1881 Henri MARTIN
1884-1885 Arsène HOUSSAYE
1885-1888 Jules CLARETI
1888-1889 André THEURIET
1889-1890 Henri (de) BORNIER
1890-1891 Ernest HAMEL
1891-1894, 1895-1896 Emile ZOLA
1894 Jean AICARD
1894-1895 Aurélien SCHOLL
1896-1899 Henry HOUSSAYE
1899-1900, 1903-1906 Marcel PREVOST
1900-1902 Paul HERVIEU
1902-1903 Abel HERMANT
1906-1908 Victor MARGUERITTE
1908-1910, 1913-1916, 1917-1920, 1923-1926 Georges LECOMTE
1910-1913 René DOUMIC
1913 Pierre BAUDIN
1916-1917 Pierre DECOURCELLE
1920-1922 Edmond HARAUCOURT
1922-1923 Charles LE GOFFIC
1926-1929 Edouard ESTAUNIE
1929-1930 Pierre BENOIT
1930-1932, 1933-1936 Gaston RAGEOT
1932-1933 François MAURIAC
1936 Georges DUHAMEL
1936-1937, 1938-1946 Jean VIGNAUD
1937-1938, 1946-1947 Camille MARBO
1947-1948 Gérard BAUER
1948-1949 Maurice BEDEL
1949-1950 Fernand GREGH
1950-1952 Pierre DESCAVES
1952-1955 Paul VIALAR
1955-1957 Jean (d') ESME
1957-1959 Yves GANDON
1959-1962 Francis DIDELOT
1962-1965 Jacques CHABANNES
1965-1966 Pierre LYAUTEY
1966-1968, 1979-1982 Paul MOUSSET
1968-1971 Jean-Albert SOREL
1971-1974, 1977-1978 Jean ROUSSELOT
1974-1977 Yves CAZAUX
1978-1979, 1987-1989 Didier DECOIN
1982-1986 François BILLETDOUX
1986-1987 Pierre DUMAYET
1889-1992 Régine DEFORGES
1992-1996 Paul FOURNEL
1996-2000 François COUPRY
2000-2002 Georges-Olivier CHATEAUREYNAUD
2002-2006 Alain ABSIRE
2006 François TAILLANDIER
2007   Alain ABSIRE

 

Quel est notre principal sujet de préoccupation, actuellement,
à la SGDL ? Lis cette mise en garde de notre président
et la lettre que je viens de recevoir et tu sauras.
 

Auteurs, éditeurs : le désaccord

Par Alain Absire, écrivain, président de la Société des Gens de Lettres

En mars 2007, Le Monde publiait l‘un de mes articles intitulé : Le livre numérique en zone de non droits, qui, faisant des relations contractuelles entre auteurs et éditeurs l’axe incontournable d’une politique réussie de numérisation des livres, posait le contexte. S’en suivit l’ouverture de discussions professionnelles entre la Société des Gens de Lettres dans son rôle de médiateur et le Syndicat National de l’Edition, en vue de définir ensemble les bases d’une gestion des droits numériques équitable et sans heurts. Las ! Après deux ans et demi de discussions, tandis que Google continue à numériser nos livres à tour de bras, et que, en quelques jours, aux Etats-Unis, 600 000 livres numériques ont été téléchargés sur la nouvelle tablette i.pad, tout accord, même provisoire et dans la ligne de la législation actuelle en attente de négociations plus larges, s’avère impossible.

En dépit de nombreuses concessions des auteurs, malgré l’approche constructive d’éditeurs tels que P.O.L. et le travail de réflexion de fond entrepris depuis des années, y compris en matière de contrat numérique, par les Editions Gallimard, pour des raisons inexplicables à nos yeux, plusieurs membres du SNE ont choisi de ne pas signer l’accord a minima auquel nous étions parvenus au terme de nombreuses et longues séances de travail. Préférant ignorer les préconisations des rapports Zelnik et Tessier sur la numérisation du patrimoine écrit, ils souhaitent engager de nouvelles discussions, alors même que nous étions parvenus à des propositions communes. Soyons clair : les auteurs ne réclament pas un quelconque privilège supplémentaire. Ils veulent simplement instaurer un partenariat équilibré dans la continuité de leurs relations avec leurs éditeurs traditionnels auxquels ils sont souvent très attachés, et s’assurer une rémunération décente sur l’exploitation de leurs livres dématérialisés. Face à des modes de création, de publication, de diffusion, d’usage et de lecture révolutionnaires, et sans modèle économique défini, ils ne peuvent se résoudre à figer les nouvelles pratiques éditoriales selon les seuls paramètres de l’édition papier. Pour que la chaîne de valeur du livre ne soit pas rompue, au détriment des lecteurs, par un séisme dont le monde entier mesure l’ampleur, auteurs et éditeurs sont aujourd’hui obligés d’innover. Les écrivains de langue française n’en peuvent plus qu’on leur rappelle sans cesse leur devoir de « confiance réciproque », alors que, dans le cadre de relations interprofessionnelles à éclipses, rien de neuf ne se formalise. Est-il besoin de redire que, via la SGDL, les auteurs ont osé attaquer Google, aux côtés du Syndicat National de l’Edition, avec le succès que l’on sait, et qu’ils n’ont pas l’intention de se tenir à l’écart des actions pour contrefaçon contre la firme américaine annoncées par plusieurs éditeurs au Salon du Livre ?

De retour de Bruxelles, la Société des Gens de Lettres et l’ensemble des délégués de l’European Writers’ Council ont pu constater l’engagement de nombreux membres du Parlement européen en faveur de négociations collectives équilibrées entre auteurs et éditeurs. Sachant que plusieurs États, dont l’Allemagne, se prononcent en ce sens, nous ne pouvons continuer à perdre un temps qui nous est compté en espérant que l’univers numérique ait une chance de se clarifier. Dans l’attente d’un développement des usages de la profession, et face aux numérisations de masse actuellement à l’étude, il est ainsi vital d’admettre que, supprimant la notion même de stocks et d’édition « épuisée », les techniques d’exploitation numériques sont distinctes de l’exploitation permanente et suivie des livres imprimés. Comme il est impératif de repenser le mode et la durée de cession des droits numériques, faute de quoi nombre d’auteurs se tourneront vers un nouveau type d’éditeurs dont le seul objectif est la rentabilité immédiate... E-libraires, e-diffuseurs, pionniers des techniques numériques et autres opérateurs télécom peu soucieux de la qualité des contenus en ligne, mais plus offrants et à la pointe des services informatiques et des techniques de Webmarketing permettant une diffusion active de chaque ouvrage en ligne.

Dans cette attente, et pour se faire entendre après trop de fins de non-recevoir, de nombreuses organisations d’écrivains et illustrateurs de livres viennent, à l’instar de leurs confrères de la bande dessinée, de lancer une pétition en appelant aux pouvoirs publics pour obtenir l’ouverture de négociations interprofessionnelles représentatives de l’ensemble des éditeurs et des auteurs :

http://www.jesigne.fr/petitionappeldunumerique.

Une telle initiative, la première en son genre, ne peut qu’être entendue… À moins que les premiers maillons de la chaîne du livre ne préfèrent laisser Google, Amazon, Apple et quelques autres, dormir tranquilles en se répétant que demain leur appartient.

Dans La Navigation de Mael-Duin, un récit irlandais du Xe siècle, les marins traversent une mer de nuages si légère qu’ils craignent d’être entraînés dans le combat de monstres qui se déroule sous le navire. « Mais après bien des périls, ils passèrent au-delà. » Heureuse insouciance. Nous savons, aujourd’hui, que les chocs de titans nous concernent tous. Entre le groupe Hachette, numéro 1 de l’édition française, et Google, numéro 1 de – ma foi, tout le reste –, il ne s’agit pas d’un combat, mais d’un protocole d’accord signé le 17 novembre. Et comme Mael-Duin, les auteurs passent, sur leur nuage, craignant de tomber entre les deux géants.

Mais n’y sont-ils pas déjà ? C’est de nos livres qu’il est question, de nos livres « commercialement indisponibles » qui, dans six mois, seront numérisés par Google avec l'accord impératif et préalable des éditeurs du groupe Hachette. Ces fichiers, qui seront commercialisés, sans exclusivité, sur la plateforme du groupe américain, seront également remis à Hachette, pour une exploitation sur les plates-formes de diffusion numériques françaises, en particulier celles des libraires. 

Dans tous les cas, le prix de vente sera fixé par l’éditeur français, ce qui devrait permettre aux auteurs de percevoir une rémunération proportionnelle et significative. Ces fichiers pourront aussi être utilisés pour développer une offre d’impression à la demande et, enfin, être transmis, sous certaines conditions d’utilisation, à la Bibliothèque nationale de France. Le passé n’est pour autant pas effacé, puisque Hachette reste engagé au sein du Syndicat national de l’Edition (SNE) dans le procès intenté par le groupe La Martinière contre Google, et auquel la SGDL s’est aussi associée.

Alors, réjouissons-nous ? Oui, de voir nos oeuvres à nouveau disponibles et diffusées dans le monde entier. Oui, de voir Google, qui jusque-là numérisait sans complexe ni autorisation, se plier au droit d’auteur à la française, acceptant notamment de renoncer aux « snippets », ces fragments de quelques lignes appelés par les internautes sur le moteur de recherche. Mais les points à régler restent nombreux et nous ne pouvons faire preuve d’un optimisme confiant. Sur quels critères sera établie la titularité des droits ? Sur quelle assiette sera calculée la rémunération des auteurs ? Leur droit moral sera-t-il respecté dans toutes ses composantes ? Nous garantira-t-on qu’un fichier numérique, ou l’impression à la demande d’un exemplaire d’après ce même fichier, ne pourront être considérés comme une prolongation de l’exploitation permanente et suivie telle qu’elle existe actuellement pour le livre papier ? Quel impact cet accord, s’il est conclu, aura-t-il sur le projet de numérisation des oeuvres indisponibles du XXème siècle porté par le Ministère de la Culture et soutenu par la SGDL, comme par le SNE ?

Trop de questions pour lesquelles nous voulons plus qu'une réponse : un réel engagement. Rappelons que l'éditeur titulaire des droits d'un livre imprimé n'est pas implicitement titulaire des droits numériques : un avenant doit être signé si la clause de cession numérique est inexistante ou imprécise. Il appartiendra à l'auteur de donner (ou non) son accord et d'être attentif à ce que la rémunération ne se limite pas à un pourcentage sur le prix de vente, mais sur l'ensemble des revenus tirés de l'exploitation.  Ceux-ci étant encore mal connus, nous ne pouvons que conseiller la conclusion d'avenants de courte durée.

Il y a beaucoup d’agitation sous notre nuage, depuis quelques mois. Ajoutons à celle-ci le projet ministériel de numérisation des oeuvres indisponibles ; la proposition de loi sur le prix unique votée par le Sénat, à laquelle vient de s’ajouter l’amendement sur la TVA à 5,5 % pour le livre numérique voté par le même Sénat ; les consultations de la Commission européenne sur la numérisation du patrimoine ; le projet de formation continue pour les artistes-auteurs…

Tout cela nourrira les discussions entre auteurs et éditeurs, à la SGDL comme au Conseil permanent des écrivains (CPE). Et la SGDL sera partie prenante dans tous les groupes de travail auprès des institutions concernées. Car les auteurs ne resteront décidément pas sur leur nuage.

Jean Claude Bologne

En somme, on ne peut rien contre la numérisation et je ne crois pas, sérieusement, qu'un auteur puisse se révolter contre un mode de préservation du patrimoine et sa mise à la disposition du plus grand nombre. Un livre est écrit pour être connu, pas pour faire les chous gras d'un commerçant sans scrupule. C'est dans cet objectif que nous nous devons de rester vigilant.

Bernard Bonnejean

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Une vie (3)

Publié le par Bernard Bonnejean


La Guyane française en 1971


11 mars 2009

 

 

Ne faites pas attention aux frontières : on n'est pas à 100 kms près.

Vous souvenez-vous ? Après un vol muet, loin d'être silencieux, dans un Nord-Atlas aimablement affrété par l'armée française à notre intention, nous arrivons en Guyane. Je ne parlerai pas de la Guyane des métros et des békés, de la Guyane des administratifs, de la Guyane du peu de touristes attirés à l'époque par je ne sais pas quoi d'ailleurs, puisque froussards comme pas deux, ils restaient sagement dans les villes du bord d'un Atlantique nauséeux parce que chargé de toutes les saloperies ramassées par l'Amazone jusqu'à son embouchure. Le pays de l'enfer vert,  les Guyanais eux-mêmes, sauf les descendants d'esclaves marrons (c'est-à-dire fugitifs), ne l'auraient jamais fréquenté à l'époque, par trouille ou par indifférence.

 



Magique ! Désespérant de majesté inaccessible ! Tout y est espace, solitude et foisonnement. Une foule gigantesque vous épie : des milliards de petits êtres qui imposent leur présence par des chants, des sifflements, des mélodies, et surtout, des cris, des hurlements, d'épouvantables cacophonies, parfois d'une violence telle qu'elle peut causer de la souffrance. Vous, pauvres Européens à l'oreille infirme, n'y voyez que du vert, à perte de vue, comme si la nature tenait à vous laisser en marge. Tout  ici est du vert, clinquant, pétaradant.  Tout est énorme. Tout est démesuré, bêtes et plantes. Baigné dans votre sueur moite, vous tentez en vain de capter un peu de bleu du ciel sans jamais y parvenir. Soit qu'il pleuve, soit que les eaux qui, après la dernière averse, ne se lassent pas de dégouliner de partout sur les feuilles comme sur les vêtements finissent par dessiner des nuages de vapeur. La Guyane, c'est de l'eau dans de la chlorophyle. Une certaine image d'un enfer où vous aimeriez bien voir quelques flammes pour vous réchauffer et vous sécher.

Personne, à ma connaissance, n'a réussi à traduire par des mots ce paysage amérindien d'une beauté incomparable à vous ficher la frousse de votre existence. Je ne m'y essaierai pas. La description que fait Louis-Ferdinand Céline de la forêt équatoriale africaine me semble la mieux adaptée à rendre l'atmosphère à défaut d'une exactitude physique impossible à rendre :
 
 
Les crépuscules dans cet enfer africain se révélaient fameux. On n'y coupait pas. Tragiques chaque fois comme d'énormes assassinats du soleil. Un immense chiqué. Seulement c'était beaucoup d'admiration pour un seul homme. Le ciel pendant une heure paradait tout giclé d'un bout à l'autre d'écarlate en délire, et puis le vert éclatait au milieu des arbres et montait du sol en traînées tremblantes jusqu'aux premières étoiles. Après ça le gris reprenait tout l'horizon et puis le rouge encore, mais alors fatigué le rouge et pas pour longtemps. Ça se terminait ainsi. Toutes les couleurs retombaient en lambeaux, avachies sur la forêt comme des oripeaux après la centième. Chaque jour sur les six heures exactement que ça se passait.

Et la nuit avec tous ses monstres entrait alors dans la danse parmi ses mille et mille bruits de gueule de crapauds.

La forêt n'attend que leur signal pour se mettre à trembler, siffler, mugir de toutes ses profondeurs. Une énorme gare amoureuse et sans lumière, pleine à craquer. Des arbres entiers bouffis de gueuletons vivants, d'érections mutilées, d'horreur. On en finissait par ne plus s'entendre entre nous dans la case. Il me fallait gueuler à mon tour par-dessus la table comme un chat-huant pour que le compagnon me comprît. J'étais servi, moi qui n'aimais pas la campagne.

 
L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit, Pléiade, rééd. 1982, p. 168.

 
 
Tant qu'on n'a pas vécu ces nuits braillardes en forêt amazonienne, on ne peut avoir une idée précise de la place de l'homme dans la création. Car, sachez-le bien, ces bestioles, même les plus petites, pourraient, s'il leur en prenait la fantaisie, vous bouffer en moins de temps qu'il faut pour le dire. Mais on leur a donné la délicatesse d'attendre que vous soyez morts.  Paul Harel, un poète normand du XIXe, l'a bien compris qui, lorsqu'il chassait, avait toujours en tête l'impression d'être le seul parmi les vivants à braver un interdit. L'homme est l'unique créature qui tue pour le plaisir ; la nature ne tue que par nécessité vitale. Ou par peur.

Au milieu de cette immense partouze, vivaient des seigneurs. Je dis "vivaient" parce que la civilisation et ses vices, aussi bien états-uniens qu'européens, a fini par avoir leur âme et finira bien par avoir leur peau. Tout le long de l'Inini et du Maroni, aux frontières brésiliennes et surinamiennes, au milieu de la forêt, près des eaux en furie, comme le reste, ils ne demandaient qu'à continuer à survivre de peu, comme l'ont toujours fait leurs ancêtres, on n'a jamais trop su depuis combien de temps. Jusqu'au jour où l'un d'eux a eu l'idée de sauver un journaliste métropolitain de la noyade. Leur accueil fut à ce point chaleureux qu' André Cognat, désormais Antecume, faux chef blanc du faux village d'Antecumpata, décida de rester parmi ces Indiens wayana. Jusque là, la préfecture s'était tenue coite, à bonne distance. Quand on voyait M. le Préfet en bermuda remonter les rapides, ils avaient quelque chose de surréalistes son titre et sa fonction ; je n'ai jamais trop su quelle était leur utilité à tous ces fonctionnaires, députés, sénateur ; peut-être bien, comme la forêt, de ne servir à rien du tout. En tout cas, pour la forêt, c'est ce qu'on croyait. Il ne serait venu à l'idée de personne de parler de "poumon de la terre" à étouffer littéralement au milieu de ces immondices naturels en perpétuelle putréfaction.

Jusqu'au jour où Cognat le magnifique se piqua de civilisation. Entendons-nous bien : Cognat-Antecume est sympathique. Il a voulu rendre service, c'est tout ! Il n'a pas voulu s'approprier un univers qui ne lui appartenait pas. Et il s'est fait couillonner par le gouvernement colonialiste, comme tous les grands explorateurs qu'il n'était pas. Il paraît qu'aujourd'hui les Indiens de Guyane parle le français comme vous et moi, pointent au chômage comme tous les civilisés, remontent gentiment le fleuve jusqu'à Maripasoula pour toucher leur RMI qu'ils picolent comme quatre sous forme d'un alcool frelaté eux qui ne supportaient pas un verre de bierre quand je les ai connus. MAIS ils vont à l'école. C'est ça qu'est bien l'école ! Un être libre va à l'école ! C'est ce que je croyais aussi, avant de connaître l'Amazonie.

Ils sont morts, les grands capitaines du fleuve, mes amis. Encore une combine de l'armée : les chefs indiens étaient honorés d'être appelés "capitaines", parce qu'on leur avait appris que c'était des gens importants. Mon grand ami, c'était le chef Malawatte qui aujourd'hui fait la causette avec les âmes de ses ancêtres. Bonjour, chef Malawatte ! Je ne vous ai jamais oublié. La façon dont tu nous as reçus, mes copains et moi ! Purée : le protocole élyséen à côté c'est du mauvais cinoche.

Mon Prince, c'est sur cette évocation que je veux finir. Parce que je n'ai pas l'intention, en la circonstance présente, de jeter de l'huile sur le feu en parlant des CRS dans les départements Antille-Guyane. Ce qui doit arriver arrivera. Mais, en quoi t'es concerné, toi ? Trop important, trop puissant, trop fier pour être éclaboussé par ces  insignifiances ! Chef Malawatte, dis-nous comment c'est là-haut. J'espère que tu es maître d'une forêt pour toi tout seul.

Bernard Bonnejean

Une toute petite requête : en 1971, j'ai pris moi-même les photos que vous voyez (si vous êtes sages, vous en aurez d'autres) et elles m'appartiennent. Si vous voulez les copier, soyez assez gentils de me le demander. Un petit mot suffira. Ce serait bien étonnant que je vous refuse.


Publié dans traditions séculaires

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Une vie (2)

Publié le par Bernard Bonnejean

L'insupportable paradis

  



Où que j'en étais-je ? Ah oui ! À mes onze matières (dont la musique, le dessin, le sport et, horreur !, la géologie que j'étais obligé d'apprendre la veille pour le lendemain).
 
Vous serez peut-être déçus, mais il m'est venu comme un repentir. Pas du remords ; je me demande bien pourquoi ! Ni même du regret, encore que... Non, du repentir. Le repentir de l'écrivain, en quelque sorte. Je suis allé trop vite sur un passage capital : la garnison du Quartier Loubère à Cayenne. Ma vie en a été une première fois totalement transformée.

Enfin ! Faut vous mettre à la place de ce gamin d'à peine vingt ans qu'on a retiré de la pension où on l'a collé pendant sept ans pour le mettre au boulot, avec, tenant office de logement, une chambre minuscule dans une pension tenue par deux gentilles demoiselles âgées. À peine le temps de rigoler ; sûrement pas de faire du tourisme. Jamais vu la montagne, sauf en photos et à la télé. Et voilà que d'un seul coup, il se retrouve dans les îles, à des milliers de kilomètres de la métropole !


Comment voulez-vous que je me taise ?
 

 

Josephine.jpg


Joséphine de Beauharnais, la Martiniquaise la plus connue
de l'histoire de France.

D'abord, le voyage de la base d'Évreux à Pointe-à-Pitre. Mon baptême de l'air ! Le fait est qu'on a pris notre temps. Au moins vingt-quatre heures ! Je crois bien, là j'avoue un trou, que c'était une caravelle. D'où la nécessité de faire le plein en route. On a eu le droit à deux escales : la première aux Açores, là où qu'est l'œil de l'anticyclone ennemi de la dépression. Une base américaine ; mon premier bandit manchot. La première fois qu'on entendait le mot transit : un cauchemar ! Tu sais qu'il suffirait de pousser la porte pour retrouver le spectacle des rues animées et de belles étrangères ; pas question : on ne bouge pas ! on attend ! 
 

 

Deuxième escale aux Bermudes. Encore une base américaine, donc ni bermudas ni riches touristes. Et une ragougnasse, une tambouille, mes aïeux ! Je n'ai jamais été difficile et j'ai quand même tout subi en quelques années de pensionnat. Mais là ! Faudrait trouver un mot exprès, un néologisme comme on dit chez les intellos. En gros : du brin, au sens nordique du terme !

 



En 70, les selfs n'avaient pas encore fait leur apparition. En tout cas, je n'en connaissais pas. On s'est regardé drôle avec les copains quand on a vu qu'ils commençaient la chaîne par le dessert. Une espèce de gâteau avec une rondelle d'ananas couronnée d'une cerise. Une fantaisie locale, qu'on s'est dit. Après, plat de résistance. Et après, j'vous le donne en mille, re-dessert. Bon, vous connaissez les gamins. On s'est pas fait prier : on a repris du dessert. Mais quand on a voulu manger le premier dessert ! L'horreur ! Pas sous le pavé, la plage, mais sous le chapeau en ananas... du pâté de je ne sais quoi. De toute façon, de campagne ou de foie, ça changeait pas grand chose. On a voulu venger notre palais meurtri par un café. Du jus de chaussette, mais alors, pas métaphorique, non, du vrai de vrai. C'est simple : quand on mettait la cuillère dans le contenant en plastique, on arrivait à voir le bout de la cuillère, en plastique, qui touchait le fond !!!

 



De la Guadeloupe, j'ai rien retenu, sauf que j'ai failli tomber dans les pommes en arrivant. Il faisait moins quelque chose à Evreux, cet hiver-là. À Pointe-à-Pitre, on a reçu une grosse bouffée d'air chaud en arrivant. Question d'habitude, parce que, à Fort-de-France, on n'a pas ressenti ça. Pourtant on a cru bon de nous laisser en transit à la Pointe du Bout, pendant quinze jours, afin de nous acclimater à notre nouveau méridien. On est un peu bêta quand on est jeune, quand même : j'ai passé mon temps à Toulon, pendant les classes, à faire semblant d'avoir quelque chose à faire pour ne rien avoir à faire ; à la Pointe du Bout, nous occupions notre temps à chercher ce qu'on pourrait bien faire pour le passer.

 

 

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La Martinique, département français

 
Vous voulez avoir un aperçu du paradis ? C'est à la Martinique, Martinique, Martinique, qu'il faut aller. Rien n'est tout à fait moche ; personne non plus. On chante, on danse, on se baigne dans les eaux tièdes, on bronze sous les alizés. En un mot, on s'emmerde !!! Comme me disait mon ami catholique qui pense trop : « Moi, je veux bien aller au paradis ! Mais rester l'éternité en face à face avec le Seigneur à chanter ses louanges, tu crois pas que ça va finir par devenir lassant ? » Une vraie question métaphysique à laquelle on ne pense pas trop quand on a ennui sur ennui, à tel point qu'on envisage les fins dernières avec grand plaisir.


Imaginez-vous une vie de couple sans heurts ?


« Je t'aime ! Et toi, tu m'aimes ? − Je t'aime plus que tu m'aimes, toi. − Qu'est-ce qu'on s'aime, hein, mon amour ! − Oh oui ! etc. etc. etc. » Et ça pendant l'éternité ! La Martinique que j'ai connue, c'est un peu ça. Mais j'espère franchement qu'au vrai Paradis, on aura encore le droit de se dire « merde », juste pour l'agrément.


Un paradis, oui, du moins en apparence. Figurez-vous que quand on est arrivé au quartier, ils avaient préparé une petite cérémonie style lever des couleurs, discours du chef de corps, ouvrez le ban, fermez le ban et tout le bazar et son train. Jamais à cours d'idée, je m'suis dit : « C'est pour nous qui font ça ? » Comme quoi, faut toujours se méfier des imaginations juvéniles. Et puis, y'a un gradé assez haut perché dans la hiérarchie, qui disait en gros que l'on rendait les honneurs militaires à un militaire (jusque là, rien à dire) qui avait  été « lâchement assassiné » par un méchant coquin d'en ville. « Tiens, qu'on a dû tous se dire sans se concerter, on ne serait pas particulièrement bien vus dans la commune ? ». L'avenir allait leur donner raison. « Leur » ? Oui, parce que moi, ce paradis empoisonné où je m'emmerderais immanquablement à moins qu'on ne mette prématurément un terme à ma douce oisiveté, macache ! Je m'étais d'emblée promis de mettre les voiles, à tout prix. En plus, j'oubliais : une partie de la ville était en flammes ; les mauvaises langues du rang parlaient d'émeutes ! À mon retour, j'ai demandé bien naïvement s'ils en avaient parler à la Radio-Télévision-Française : pas un mot ; pas une image !! Quant à nous, on inspirait tellement confiance à nos autorités qu'au moindre pépin, on nous consignait. Des fois qu'on se mettrait du côté des populations, ce qui n'aurait pas manqué d'arriver, j'avoue...

 

 


Or, certains, peu nombreux, le savent, qui ont lu l'un de mes commentaires sur un blog orléanais. Mon grand frère, mon parrain tant aimé, suite à une grave blessure algérienne qui risquait de le rendre unijambiste pour le restant de ses jours, était alors adjudant-major à Reuilly, là où commandait Bastien-Thiry qui a payé son désamour pour le Gégène tant aimé par un abrègement légal mais ignoble de son existence.



Les plus jeunes de nos anciens se souviennent-ils des nouvelles à la radio à la fin des années cinquante ou au tout début des années soixante ? « Lagaillarde au poteau » hurlaient-ils dans le poste. Bastien-Thiry m'a fait comprendre quelques années plus tard le réalisme de cette expression imagée. Il fut l'un de ceux qui eurent le tort de comprendre qu'il avait été compris...

 

 

 

 

 

Déjà ?

 

 


Pour ne pas qu'il se sente abandonné par une France devenue anticolonialiste qui avait envoyé ses camarades de combat au casse-pipe, avant le « je vous ai compris » auquel personne n'a rien compris même ceux qui, encore aujourd'hui, prétendent le contraire, l'armée avait confié à Jeannot, mon grand-frère tant aimé, le poste de responsable du recrutement. Pourquoi je vous raconte ça ? Vous allez rire. Alors que je terminais une sieste interminable sous un cocotier, je fus réclamé dans un bureau jusque là inconnu. Je tombe nez à nez sur un sous-off, chinois ou peu s'en faut, qui me demande, comme ça, à brûle-pourpoint : « Tu t'appelles bien Bonnejean ? − Merde, que je me dis, qu'est-ce que j'ai encore fait ? »

  

  

 Un vieux réflexe contracté dès l'enfance que je ne puis réprimer comme si ma mère vivait encore, elle qui me disait sans rire : « Ce que je ne vois pas, tu sais, je le devine. Tu ferais mieux de me dire tout de suite ce que tu as fait avant que je le sache ».

 

 

 


« Je m'appelle Papillon, qu'il dit le gradé. J'ai servi sous les ordres de ton frère ».



Si je me permets de dévoiler votre identité, Monsieur, c'est que pour moi, lié à mon cher Jeannot, décédé à 44 ans, vous êtes l'un de ces êtres, restés dans l'ombre, qui changent le cours d'une existence sans en tirer ni récompense ni vaine gloire.



Je me voyais déjà décoré d'une médaille quelconque que j'aurais vraiment pas méritée. Ça allait me coûter combien en pots pour les copains, cette histoire. « Aimes-tu les papillons, qu'il me demande ? » J'ai cru qu'il voulait faire un jeu de mots sur son nom. Comme il insistait, je ne savais pas trop quoi dire pour lui faire plaisir au pauvre homme, puisqu'il avait l'air d'y tenir vraiment. Et, déjà charitable, je lui fais l'aveu que j'étais un passionné de papillons. « Je connais un pays où il y en a plein, et de très beaux. Tu connais la Guyane ? ». « C'est quoi ce patelin, encore ? », que j'ai pensé, moi qui avais toujours été meilleur en histoire qu'en géographie. « On demande deux volontaires pour servir là-bas. T'as l'air de t'ennuyer ici. J'en ai parlé à ton frangin. Si ça te dit ». « Bon, d'un côté que je me disais, je viens à peine d'atterrir qu'ils veulent déjà me faire décoller pour des horizons inconnus. Mais franchement, la mer bleue, le ciel bleu, le rhum blanc, marre ! et je m'entends encore lui dire : « D'accord ».



Et un jour, nous voilà partis, mon copain volontaire et moi pour la Guyane française, dans un Nord-Atlas fait exprès pour qu'on n'ait pas envie d'engager la conversation.

(Suite en Guyane au prochain numéro)

 

 

Bernard Bonnejean

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Une vie (1)

Publié le par Bernard Bonnejean

 
Messieurs, dont chers collègues,
21 février 2009

« A dix-huit ans, j'ai quitté ma province...».
 
 

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Instituteurs en 1911
 
Eh bien non ! Justement ! J'aurais bien voulu mais j'ai pas pu. Bâchelier en juillet 68 j'étais bombardé professeur de collège en septembre de la même année, avec la fonction de professeur principal de sixième. Oui, oui, je t'entends, le laïcard ! C'était dans l'enseignement privé, parce que dans l'enseignement normal, c'est-à-dire public, on n'aurait jamais vu une chose pareille. C'est exact. J'ai été littéralement parachuté dans un patelin à soixante kilomètres de chez Manman sans formation, sans plus de connaissances que ça, sans préparation d'aucune sorte ni psychologique ni pédagogique. Dans les familles où y'a pas trop de fric, chers collègues, on bosse tôt. Le plus drôle de l'histoire, sans doute, c'est que j'avais les fonctions, mais que j'étais payé comme stagiaire. C'est-à-dire de quoi payer les cigarettes et un peu de quoi manger et payer le loyer ! Comme quoi, le privé ça a toujours été le privé ! Vous attendez un « mais je ne regrette rien » qui ferait passer la pillule en dédramatisant. Histoire de jouer les grands seigneurs qui veulent pas étaler leurs soucis ? Vous pouvez toujours l'attendre : il ne viendra pas ! Non, même si ça ne se dit pas, j'avais vraiment pas la vocation ! C'est possible que ça vous défrise. Je vais vous prouver qu'on peut devenir un bon prof sans avoir eu le feu sacré.
 



D'ailleurs avec mon bac A1 (français, latin, grec), au rattrapage, sans mention, millésimé 1968, qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre ? Curé de paroisse. Certes ! Mais ça aussi normalement ça demande la vocation. Maintenant que je ne suis plus rien pour eux, je peux vous faire une confidence : j'ai toujours espéré, dans le fond, qu'on ne se dispute plus bêtement les enfants entre public et privé. Surtout (je ne sais pas maintenant), qu'il n'était plus guère question de religion catholique dans l'enseignement privé. La plupart, issus de 68, ne fréquentions que très rarement les églises. On a eu beau nous répéter, inlassablement, le caractère propre de l'enseignement catholique, pour avoir fréquenté les collègues, intelligents, des lycées et des collèges d'en face, je n'ai jamais trop vu la différence. Il y a autant d'anticléricaux bornés dans l'enseignement privé que de pratiquants ouverts à la discussion dans l'enseignement public. Quant à la neutralité laïque... Franchement, vous y croyez ?



 

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Lycée Victor Hugo de Rennes où j'ai passé le bac

 

 

Remarquez, c'était pas si grave. J'avais une vieille directrice d'au moins vingt-cinq ans qui m'encourageait et me prodiguait des conseils. Faute d'être utiles, ils étaient plutôt consolants. Nous, les autres, les adjoints, à part une vieille encore plus vieille qu'était prof de gym, on tournait sur une moyenne de vingt ans à peine. Vous imaginez le tableau ! Ça nous arrivait bien quelquefois de chahuter plus que nos élèves, de faire la fête dans les bistrots, mais loin du patelin où l'on enseignait pour ne pas choquer le bon peuple. Je me souviens même de la pagaille que nous avons mise dans un cinéma d'Alençon où l'on jouait Anna Karénine. Nous en avions assez parfois de jouer les Topaze.  
 
Finalement, mon « début de carrière » ne fut troublé que par un incident notoire : un coup de gueule avec un grand de troisième qui aurait pu être mon prof avec deux ou trois ans de plus. Ça s'est juste soldé par une tentative de suicide au fusil de chasse. Je t'ai jamais oublié, gamin, et à partir de ce jour-là je n'ai plus eu besoin de leçons de  psychopédagogie pour savoir ce qu'il ne fallait pas dire. 
 
À part ce léger problème, ça s'est plutôt bien passé dans l'ensemble.  Les gamins m'aimaient bien, surtout les redoublantes de troisième, et moi je les aimais bien aussi, surtout les redoublantes de troisième. D'autant mieux qu'en novembre de l'année 70, je me retrouvais marsouin à Toulon. Un marsouin, c'est un soldat de l'Infanterie de Marine, qui n'a pas plus de rapport avec la Marine, que la défunte Coloniale qui l'a précédée.
  
 
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C'est mon régiment, mais c'était avant... 
  

 

Cette nuit, il m'est revenu un souvenir précis de ma première année de prof. Les collègues m'ont demandé - preuve qu'ils reconnaissaient des talents en devenir ? - de préparer une petite fête en l'honneur de notre directrice, pour son anniversaire. Normal, disaient-ils les sournois, puisque j'étais le bleu de la compagnie. Je me suis pensé dans mon for intérieur que rien ne pouvait mieux être adapté à la circonstance qu'une petite chorale des petits de sixième. Restait à trouver le chant. En accord avec les oisillons, nous avons servi à notre charmante directrice que nous aimions tous : Mon beau sapin, roi des forêts, que j'aime ta verdure. Vous n'allez pas me croire : ça a jeté un de ces froids ! Y'a même des copines-« adjointes » qui ont osé rire sous cape pendant la cérémonie ! Pourtant on était fiers les bambins et moi ! L'ingratitude, quand même !
 
 
Après un stage, (encore ! c'était donc une manie universelle ?), au beau soleil d'un midi que je n'ai jamais aimé, direction Pointe-à-Pitre (1 semaine) ; Fort-de-France (3 semaines) et Cayenne (environ un an). Oui, parce que j'ai oublié de vous dire que j'aurais bien voulu partir en coopération, mais que j'ai eu l'heureuse idée de demander la Libye précisément l'année où le brave colonel alors ami de la France qui a campé dans les jardins des Sarkozy a commencé ses pitreries ! Du coup, ils se sont mis à deux ministres pour me trouver « pas assez diplômé » et « trop jeune » ! Non sans m'avoir au préalable envoyé en stage à Dijon (encore !!) pour une formation accélérée genre « faut pas toucher les seins nus des femmes, parce qu'elles n'aiment pas ça » ou « vous avez le droit d'avoir un boy mais ne venez pas vous plaindre d'être volés ».
Pourtant je croyais avoir mis tous les atouts de mon côté. D'abord, j'avais fait une demande multiple : Lybie, Niger, Mali, Tchad. J'avais déjà appris à me méfier des promesses ministérielles... Surtout, je m'étais fait pistonner par le maire-conseiller général MRP de Villaines-la-Juhel, ville où j'étais instit, le grand Robert Buron, qui fut avec Louis Joxe et Jean de Broglie l'un des négociateurs et signataire des accords d'Evian, qui avaient mis fin, en mars 1962, à la guerre d'Algérie. J'avais prêté peu d'attention à la réponse du grand bonhomme qui passait là ses années de désert, chez lui : « Mon jeune ami, sachez qu'il suffit que je frappe à une porte pour qu'on me la ferme au nez. Ne vous faites pas d'illusion ! » J'ai eu tort sans doute de prendre ça pour une coquetterie...
 

 Faut dire qu'à l'époque, je dis ça pour les vieux qui connaissent, c'était un nommé Jacques Foccart, né en Mayenne, comme moi, de mère guadeloupéenne (comme on se retrouve !), fondateur du SAC, le Monsieur Afrique du Gégène bien-aimé feu récent. 



Le niveau des candidats partants n'était d'ailleurs guère supérieur. Au bout de deux jours, ça s'était transformé en une espèce de partouze, assez bourgeoise quand même, où chacun ayant trouvé sa chacune, tous faisaient des galipettes sur la pelouse du campus. Je me souviens d'un qui m'a expliqué en long et en large la teneur de sa vocation coopérative. En quelques mois, après s'être fait « une montagne de CFA », il reviendrait au pays natal pour se la couler douce. Un autre lui a dit : « Oui, mais ils ne te laisseront pas rapatrier tout l'argent que tu auras gagné ». Et le futur coopérant, maussade mais assuré, de laisser entendre  qu'il avait suffisamment de relations pour « s'arranger ». 
 
 
Si vous saviez ce que c'était beau et grand, la Guyane. Grand comme le « great » anglais intraduisible en français. N'empêche qu'ils m'ont gardé un mois de plus parce que j'avais pas été gentil avec les militaires. J'avais pourtant prévenu le capitaine : « Vous voulez que je soye soldat ; moi, je suis instit ; et je partirai passer mes vacances chez les Indiens ». Faut comprendre ! On prend des mauvaises habitudes dans ce métier de fainéant et on les perd pas si facilement !
 

 

Vous trouverez sans doute ça un peu juste mon « je suis instit » pour me donner de la valeur auprès d'un officier. Pour la jeune génération, un instit ou une instit, c'était la consécration du fils de rien à une époque où beaucoup moins de 10% d'enfants issus des classes populaires allaient à l'Université. Allez, soyons fou ! Instit est le résultat d'une apocope de instituteur ou institutrice. L'équivalent très approximatif de ce qu'on appelle aujourd'hui professeur(e) des écoles. En nettement moins payé, mais en beaucoup plus considéré. Comme dit l'autre : « On peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre ». Est-ce que ça va, comme ça ? J'ai pas trop fait le pédant docteur ? 
 
 
 
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J'ai perdu le mien, mais c'était le même.
 
 
N'empêche qu'en décembre 71, rebelotte : me revoilà en-saignant (salut minijack)  dans une école primaire ! Le bouquet ! C'était le début des maths modernes, saloperie ! (un grand merci à Bruno et à Jacquot, les deux grosses têtes de dix ans chacun de CM2 qui me donnaient les solutions aux questions qu'étaient posées dans le bouquin). En plus, il fallait tout faire faire, même ce que je savais pas faire. Vous me croirez si vous voulez, l'inspectrice départementale m'a refilé le CAP (certificat d'aptitude à l'enseignement primaire) et j'étais instituteur, vraiment ; de l'enseignement privé, mais quand même.  J'avais dit aux gosses : « Faudra être gentils avec la dame, surtout si elle est pas commode ! » Ils y ont été fort : à cinq pour lui tendre un taille-crayon !! A la fin, elle m'a dit, la dame : « J'vous le donne. Vous pouvez remercier vos élèves. De toute façon, je sais très bien que vous ne resterez pas en primaire ». C'était pas que de la vaticination ! Après la remise du diplôme, on m'a renvoyé en collège, comme instituteur en collège (sic) où j'ai enseigné jusqu'à onze matières.
 

 

Je vous raconterai le reste de ma carrière scandaleuse au prochain numéro
 
 

Bernard Bonnejean

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