Une vie : à mes élèves

Publié le par Bernard Bonnejean


A mes ancien(nes) élèves,

  

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Je vous attendais et vous êtes là ! Derrière l'écran !

Je le sais parce qu'on me l'a dit. Quelqu'un de plus sérieux que mon petit doigt.

Les plus âgé(e)s d'entre vous avez 58 ans. J'en ai 60 et demi. Sans commentaire.

Il n'y a donc plus grand chose qui nous sépare, vous et moi.

Vous voulez savoir ce qui me ferait plaisir ? Que vous poussiez la porte et que vous leur disiez à tous ces gens-là qui me lisent sans me connaître tout l'amour que je vous ai donné.

C'était pas visible ? Je sais. Fichue pudeur ! Mais même quand j'en venais, très rarement, à la punition, je vous aimais et je vous aime encore.

Aujourd'hui, on vous donne du Madame ou du Monsieur. J'en connais même à qui on sert du Mon Père. Vous êtes chargé(e)s de famille, grands parents peut-être ?

Alors, toi, oui toi, si tu es vraiment là, pousse la porte et dis-leur, même s'il t'est arrivé de me détester à cause d'une injustice.

Avec l'orthographe et le style qui sont les tiens. En ce domaine-là aussi, on a fait ce qu'on a pu tous les deux. Si on n'a pas réussi, c'est que ça ne devait pas se faire. C'est pas noté, je te le promets ! En plus, le français élégant et sans tache cache parfois bien des misères...

Je t'ai appris ça aussi, au mieux que je l'ai pu : l'esprit critique !

Une prière, seulement :

Tout ce que j'ai dit, tout ce que j'ai fait, de bien et de mal, de médiocre aussi, je l'ai signé de mon nom.

Je n'aimerais franchement pas qu'un(e) de mes élèves signât [tu me le pardonnes, ce subjonctif-là ? c'est pour ne pas oublier qui j'étais] sous un pseudonyme, même pour dire une gentillesse.

Laisse ça aux lâches et aux couards !

Monsieur Bonnejean


L'un d'entre vous a dit en ville que j'avais mis ma carte d'identité avec ma photo.
Ce n'est pas une carte d'identité, mais la carte de sociétaire de la SGDL,
société des Gens de Lettres.

Fondée en 1838 par des écrivains célèbres, Honoré de Balzac, Victor Hugo, Alexandre Dumas, George Sand, la Société des Gens de Lettres a toujours défendu, au cours de l'évolution des techniques de production et de diffusion, le droit moral des écrivains, des auteurs de l'écrit.

Le reste est une présentation de la Société par elle-même :

1840 Publication du Code Littéraire
1846 Établissement d'un service médical pour les hommes de Lettres.
1856 Première réflexion pour l'établissement d'une caisse de retraite pour les écrivains.
1861 Création d'une pension pour les sociétaires.
1891 La SGDL obtient le statut d'Association reconnue d'utilité publique.
1908 Première prise en considération des "'droits de reproductions faites à l'aide de machines parlantes ".
1913 Contribution à la création d'une commission des traductions tendant à donner un statut professionnel aux traducteurs.
1933 Protestation contre les mauvais traitements infligés aux intellectuels juifs en Allemagne et en URSS.
1975 Élaboration de la loi sur la sécurité sociale des écrivains : " l'écrivain devient enfin un citoyen à part entière ".
1976 Contribution à la création de l'Agessa, association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs.
1977 Élaboration, avec le Syndicat National de l'Edition, d'un contrat-type de cession des droits d'auteurs, et d'un code des usages.
1981 Contribution à l'établissement d'un prix unique du livre.
1981 Création de la Scam, Société Civile des Auteurs Multimédia, désormais chargée de percevoir et répartir les droits audiovisuels des œuvres documentaires.
1985 Instauration du double contrat d'édition avec obligation d'un contrat séparé pour la cession des droits d'adaptation audiovisuelle.
1995 Négociations et obtention de la loi sur la reproduction par reprographie.
1998 La SGDL se dissocie de la SCAM qui quitte l'Hôtel de Massa.
Mise en place d'une mutuelle spécifique pour les auteurs de la Société des Gens de Lettres.
1999 Création de la Sofia, Société française des intérêts des auteurs de l'écrit, chargée de gérer le droit de prêt des livres en bibliothèques.
2005 Création de la première retraite complémentaire pour les écrivains.

Liste des présidents de La Société des Gens de Lettres depuis sa création :

1837-1839 Abel-François VILLEMAIN
1839-1840 Honoré (de) BALZAC
1840 Victor HUGO
1840-1844 François ARAGO
1844-1847 Jean-Pons VIENNET
1847-1848 Narcisse (de) SALVANDY
1848-1852 Louis DESNOYERS
1852-1855, 1857-1860, 1861-1864 Francis WEY
1855-1856 Xavier SAINTINE
1856 Léon GOZLAN
1856-1857 Michel MASSON
1860-1861 Edouard THIERRY
1864-1865 Emmanuel GONZALES
1865-1868, 1874-1876 Paul FEVAL
1868, 1876-1877 Paul (de) MUSSET
1868-1869 Jules SIMON
1869-1872 Frédéric THOMAS
1872 Léo LESPES
1872,1873 Augustin CHALLAMEL
1873 Arthur De BOISSIEU
1873-1874 Eugène MULLER
1874 ALTAROCHE
1877-1880, 1881-1884 Edmond ABOUT
1880-1881 Henri MARTIN
1884-1885 Arsène HOUSSAYE
1885-1888 Jules CLARETI
1888-1889 André THEURIET
1889-1890 Henri (de) BORNIER
1890-1891 Ernest HAMEL
1891-1894, 1895-1896 Emile ZOLA
1894 Jean AICARD
1894-1895 Aurélien SCHOLL
1896-1899 Henry HOUSSAYE
1899-1900, 1903-1906 Marcel PREVOST
1900-1902 Paul HERVIEU
1902-1903 Abel HERMANT
1906-1908 Victor MARGUERITTE
1908-1910, 1913-1916, 1917-1920, 1923-1926 Georges LECOMTE
1910-1913 René DOUMIC
1913 Pierre BAUDIN
1916-1917 Pierre DECOURCELLE
1920-1922 Edmond HARAUCOURT
1922-1923 Charles LE GOFFIC
1926-1929 Edouard ESTAUNIE
1929-1930 Pierre BENOIT
1930-1932, 1933-1936 Gaston RAGEOT
1932-1933 François MAURIAC
1936 Georges DUHAMEL
1936-1937, 1938-1946 Jean VIGNAUD
1937-1938, 1946-1947 Camille MARBO
1947-1948 Gérard BAUER
1948-1949 Maurice BEDEL
1949-1950 Fernand GREGH
1950-1952 Pierre DESCAVES
1952-1955 Paul VIALAR
1955-1957 Jean (d') ESME
1957-1959 Yves GANDON
1959-1962 Francis DIDELOT
1962-1965 Jacques CHABANNES
1965-1966 Pierre LYAUTEY
1966-1968, 1979-1982 Paul MOUSSET
1968-1971 Jean-Albert SOREL
1971-1974, 1977-1978 Jean ROUSSELOT
1974-1977 Yves CAZAUX
1978-1979, 1987-1989 Didier DECOIN
1982-1986 François BILLETDOUX
1986-1987 Pierre DUMAYET
1889-1992 Régine DEFORGES
1992-1996 Paul FOURNEL
1996-2000 François COUPRY
2000-2002 Georges-Olivier CHATEAUREYNAUD
2002-2006 Alain ABSIRE
2006 François TAILLANDIER
2007   Alain ABSIRE

 

Quel est notre principal sujet de préoccupation, actuellement,
à la SGDL ? Lis cette mise en garde de notre président
et la lettre que je viens de recevoir et tu sauras.
 

Auteurs, éditeurs : le désaccord

Par Alain Absire, écrivain, président de la Société des Gens de Lettres

En mars 2007, Le Monde publiait l‘un de mes articles intitulé : Le livre numérique en zone de non droits, qui, faisant des relations contractuelles entre auteurs et éditeurs l’axe incontournable d’une politique réussie de numérisation des livres, posait le contexte. S’en suivit l’ouverture de discussions professionnelles entre la Société des Gens de Lettres dans son rôle de médiateur et le Syndicat National de l’Edition, en vue de définir ensemble les bases d’une gestion des droits numériques équitable et sans heurts. Las ! Après deux ans et demi de discussions, tandis que Google continue à numériser nos livres à tour de bras, et que, en quelques jours, aux Etats-Unis, 600 000 livres numériques ont été téléchargés sur la nouvelle tablette i.pad, tout accord, même provisoire et dans la ligne de la législation actuelle en attente de négociations plus larges, s’avère impossible.

En dépit de nombreuses concessions des auteurs, malgré l’approche constructive d’éditeurs tels que P.O.L. et le travail de réflexion de fond entrepris depuis des années, y compris en matière de contrat numérique, par les Editions Gallimard, pour des raisons inexplicables à nos yeux, plusieurs membres du SNE ont choisi de ne pas signer l’accord a minima auquel nous étions parvenus au terme de nombreuses et longues séances de travail. Préférant ignorer les préconisations des rapports Zelnik et Tessier sur la numérisation du patrimoine écrit, ils souhaitent engager de nouvelles discussions, alors même que nous étions parvenus à des propositions communes. Soyons clair : les auteurs ne réclament pas un quelconque privilège supplémentaire. Ils veulent simplement instaurer un partenariat équilibré dans la continuité de leurs relations avec leurs éditeurs traditionnels auxquels ils sont souvent très attachés, et s’assurer une rémunération décente sur l’exploitation de leurs livres dématérialisés. Face à des modes de création, de publication, de diffusion, d’usage et de lecture révolutionnaires, et sans modèle économique défini, ils ne peuvent se résoudre à figer les nouvelles pratiques éditoriales selon les seuls paramètres de l’édition papier. Pour que la chaîne de valeur du livre ne soit pas rompue, au détriment des lecteurs, par un séisme dont le monde entier mesure l’ampleur, auteurs et éditeurs sont aujourd’hui obligés d’innover. Les écrivains de langue française n’en peuvent plus qu’on leur rappelle sans cesse leur devoir de « confiance réciproque », alors que, dans le cadre de relations interprofessionnelles à éclipses, rien de neuf ne se formalise. Est-il besoin de redire que, via la SGDL, les auteurs ont osé attaquer Google, aux côtés du Syndicat National de l’Edition, avec le succès que l’on sait, et qu’ils n’ont pas l’intention de se tenir à l’écart des actions pour contrefaçon contre la firme américaine annoncées par plusieurs éditeurs au Salon du Livre ?

De retour de Bruxelles, la Société des Gens de Lettres et l’ensemble des délégués de l’European Writers’ Council ont pu constater l’engagement de nombreux membres du Parlement européen en faveur de négociations collectives équilibrées entre auteurs et éditeurs. Sachant que plusieurs États, dont l’Allemagne, se prononcent en ce sens, nous ne pouvons continuer à perdre un temps qui nous est compté en espérant que l’univers numérique ait une chance de se clarifier. Dans l’attente d’un développement des usages de la profession, et face aux numérisations de masse actuellement à l’étude, il est ainsi vital d’admettre que, supprimant la notion même de stocks et d’édition « épuisée », les techniques d’exploitation numériques sont distinctes de l’exploitation permanente et suivie des livres imprimés. Comme il est impératif de repenser le mode et la durée de cession des droits numériques, faute de quoi nombre d’auteurs se tourneront vers un nouveau type d’éditeurs dont le seul objectif est la rentabilité immédiate... E-libraires, e-diffuseurs, pionniers des techniques numériques et autres opérateurs télécom peu soucieux de la qualité des contenus en ligne, mais plus offrants et à la pointe des services informatiques et des techniques de Webmarketing permettant une diffusion active de chaque ouvrage en ligne.

Dans cette attente, et pour se faire entendre après trop de fins de non-recevoir, de nombreuses organisations d’écrivains et illustrateurs de livres viennent, à l’instar de leurs confrères de la bande dessinée, de lancer une pétition en appelant aux pouvoirs publics pour obtenir l’ouverture de négociations interprofessionnelles représentatives de l’ensemble des éditeurs et des auteurs :

http://www.jesigne.fr/petitionappeldunumerique.

Une telle initiative, la première en son genre, ne peut qu’être entendue… À moins que les premiers maillons de la chaîne du livre ne préfèrent laisser Google, Amazon, Apple et quelques autres, dormir tranquilles en se répétant que demain leur appartient.

Dans La Navigation de Mael-Duin, un récit irlandais du Xe siècle, les marins traversent une mer de nuages si légère qu’ils craignent d’être entraînés dans le combat de monstres qui se déroule sous le navire. « Mais après bien des périls, ils passèrent au-delà. » Heureuse insouciance. Nous savons, aujourd’hui, que les chocs de titans nous concernent tous. Entre le groupe Hachette, numéro 1 de l’édition française, et Google, numéro 1 de – ma foi, tout le reste –, il ne s’agit pas d’un combat, mais d’un protocole d’accord signé le 17 novembre. Et comme Mael-Duin, les auteurs passent, sur leur nuage, craignant de tomber entre les deux géants.

Mais n’y sont-ils pas déjà ? C’est de nos livres qu’il est question, de nos livres « commercialement indisponibles » qui, dans six mois, seront numérisés par Google avec l'accord impératif et préalable des éditeurs du groupe Hachette. Ces fichiers, qui seront commercialisés, sans exclusivité, sur la plateforme du groupe américain, seront également remis à Hachette, pour une exploitation sur les plates-formes de diffusion numériques françaises, en particulier celles des libraires. 

Dans tous les cas, le prix de vente sera fixé par l’éditeur français, ce qui devrait permettre aux auteurs de percevoir une rémunération proportionnelle et significative. Ces fichiers pourront aussi être utilisés pour développer une offre d’impression à la demande et, enfin, être transmis, sous certaines conditions d’utilisation, à la Bibliothèque nationale de France. Le passé n’est pour autant pas effacé, puisque Hachette reste engagé au sein du Syndicat national de l’Edition (SNE) dans le procès intenté par le groupe La Martinière contre Google, et auquel la SGDL s’est aussi associée.

Alors, réjouissons-nous ? Oui, de voir nos oeuvres à nouveau disponibles et diffusées dans le monde entier. Oui, de voir Google, qui jusque-là numérisait sans complexe ni autorisation, se plier au droit d’auteur à la française, acceptant notamment de renoncer aux « snippets », ces fragments de quelques lignes appelés par les internautes sur le moteur de recherche. Mais les points à régler restent nombreux et nous ne pouvons faire preuve d’un optimisme confiant. Sur quels critères sera établie la titularité des droits ? Sur quelle assiette sera calculée la rémunération des auteurs ? Leur droit moral sera-t-il respecté dans toutes ses composantes ? Nous garantira-t-on qu’un fichier numérique, ou l’impression à la demande d’un exemplaire d’après ce même fichier, ne pourront être considérés comme une prolongation de l’exploitation permanente et suivie telle qu’elle existe actuellement pour le livre papier ? Quel impact cet accord, s’il est conclu, aura-t-il sur le projet de numérisation des oeuvres indisponibles du XXème siècle porté par le Ministère de la Culture et soutenu par la SGDL, comme par le SNE ?

Trop de questions pour lesquelles nous voulons plus qu'une réponse : un réel engagement. Rappelons que l'éditeur titulaire des droits d'un livre imprimé n'est pas implicitement titulaire des droits numériques : un avenant doit être signé si la clause de cession numérique est inexistante ou imprécise. Il appartiendra à l'auteur de donner (ou non) son accord et d'être attentif à ce que la rémunération ne se limite pas à un pourcentage sur le prix de vente, mais sur l'ensemble des revenus tirés de l'exploitation.  Ceux-ci étant encore mal connus, nous ne pouvons que conseiller la conclusion d'avenants de courte durée.

Il y a beaucoup d’agitation sous notre nuage, depuis quelques mois. Ajoutons à celle-ci le projet ministériel de numérisation des oeuvres indisponibles ; la proposition de loi sur le prix unique votée par le Sénat, à laquelle vient de s’ajouter l’amendement sur la TVA à 5,5 % pour le livre numérique voté par le même Sénat ; les consultations de la Commission européenne sur la numérisation du patrimoine ; le projet de formation continue pour les artistes-auteurs…

Tout cela nourrira les discussions entre auteurs et éditeurs, à la SGDL comme au Conseil permanent des écrivains (CPE). Et la SGDL sera partie prenante dans tous les groupes de travail auprès des institutions concernées. Car les auteurs ne resteront décidément pas sur leur nuage.

Jean Claude Bologne

En somme, on ne peut rien contre la numérisation et je ne crois pas, sérieusement, qu'un auteur puisse se révolter contre un mode de préservation du patrimoine et sa mise à la disposition du plus grand nombre. Un livre est écrit pour être connu, pas pour faire les chous gras d'un commerçant sans scrupule. C'est dans cet objectif que nous nous devons de rester vigilant.

Bernard Bonnejean

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Samia Lamine 08/03/2009 23:59

BONSOIR.

OK BERNARD. Echappe t-on aux taxes?

Bon debut de semaine.
A BIENTOT.

Bernard Bonnejean 09/03/2009 00:53


Bon ! Samia ! Sérieusement ! Vous me le faites quand, mon poème ?


Bernard Bonnejean 08/03/2009 00:18

Je suis très heureux de faire votre connaissance, Samia.

Venez quand vous voudrez. Mais il y a une petite taxe à payer : UN POEME comme celui que vous avez traduit et mis sur le blog de Yann.

Samia Lamine 07/03/2009 23:34

BONSOIR.

JE VIENS DE DECOUVRIR VOTRE BLOG. La RICHESSE DU CONTENU LITTERAIRE ET VOTRE STYLE M'ATTIRENT TOUT COMME VOTRE DETERMINATION A ETRE VOUS MEME.
JE REVIENDRAI SUREMENT VOUS RELIRE.

BONNE SOIREE.
SAMIA LAMINE.