Contribution à l'ophtalmologie

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Le complexe de Dalton

   

Quel Dalton ? Joe, William, Jack ou Averell, les fils de Ma Dalton ? Je vous ferais aimablement remarquer que vous êtes dans une maison respectable où l'on a à cœur de maintenir une certaine tenue. Je n'ai pas non plus l'intention d'évoquer les personnages historiques Bob, Grat, Emmet ou Bill, la honte du bon James Louis Dalton et de son épouse Adeline née Younger, ainsi que de leurs frères et sœurs Ben, Cole, Louis, Littleton, Leila, Frank, Eva, Grus, Leona, Nammie, Adeline et Simon. Je rappellerais simplement que la maman était une épouse au foyer et qu'à part ces quatre malandrins, la famille compta un marshal (Frank, tué par un outlaw), et deux diplômés de l'Université (Ben et Cole). Permettez-moi à ce propos de rendre hommage à toutes les mamans qui enfantèrent des monstres, sans le vouloir, évidemment, et parfois sans le savoir après des années de dorlotement. Permettez-moi aussi de vous rappeler sans que n'y voyiez aucune mauvaise intention de ma part que Bob fut aide-marshal avant de devenir pilleur de banques, écœuré par les inégalités sociales, les politiciens et les policiers corrompus qui l'incitèrent à quitter son poste.

 

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Ils s'appelaient tous « Dalton »

Sont-ce, par hasard, Timothy (Colwyn Bay, 21 mars 1946 — ...), l'acteur ; Gerald, le chanteur ; Baldwin, (Summit–New Jersey) ; Trumbo, scénariste, réalisateur et écrivain (Montrose–Colorado, 9 décembre 1905 — Los Angeles–California, 10 septembre 1976) ; ou même Kristen (San Diego County–California, 14 février 1966 — 1, 76 cms, comme moi !), actrice et productrice ? Non. Reste John, (Eaglesfield–Cumberland, 6 septembre 1766 — Manchester, 27 juillet 1844) ? Ça dépend. Si vous parlez du chimiste, non ; du physicien, non. En revanche, si vous évoquez le spécialiste du daltonisme, je vous répondrais « oui » non sans vous avoir félicité pour votre culture.

À force de fréquenter hôpitaux, cliniques, centres de rééducation et autres établissements du même genre, il m'est venu un complexe. En quoi mes talents littéraires, pour peu qu'ils existent, auront-ils fait progresser la science, me dis-je ? Et j'ai eu honte. Mais de tempérament combatif, je me suis juré, à l'automne de ma vie, de remédier à ce triste bilan.

Aujourd'hui, chers amis daltoniens, c'est à vous que je m'adresse. Selon le principe inattaquable selon lequel on ne peut combattre que ce qu'on connaît, je viens, en apôtre, vous faire prendre conscience, si vous ne l'avez encore jamais constaté, d'un mal pernicieux qui vous empêche de voir la réalité en face. Et pour cela, je vous fais cadeau, car je n'ai nullement l'intention de déposer un brevet, d'une lettre ouverte qui servira en même temps de

  

TEST

 

Ce test commence dès à présent.

 

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Si vous voyez La Joconde, telle que tout le  monde la voit,

vous avez une vue normale.

 

 

Mes chers amis,

 

Sans doute l'ignoriez-vous encore, mais vous êtes affublés d'un défaut visuel qui fait ricaner votre entourage. Enfant, vous rêviez d'être pilote de chasse, conducteur de jeep, mécanicien, contrôleur aérien, marin ou officier dans la marine marchande, conducteur de locomotive, chauffeur d'autobus ou de métro ; ou encore, policier, douanier ou pompier, électricien ou électronicien, pharmacien, tricoteur, imprimeur, peintre, photographe, éclairagiste au théâtre, au cinéma ou à la télé. Vos parents étaient ravis de voir que leur rejeton était habité par une vocation. Ils disaient, tout fiers, à leurs amis qui voulaient l'entendre : « Lui, nous n'avons aucune inquiétude pour son avenir ! Depuis tout petit, il sait ce qu'il veut faire. Il est tellement passionné qu'il y arrivera sûrement. »

Il a fallu déchanter. Ces métiers vous étaient à jamais interdits : vous êtes daltonien !

 

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Si La Joconde ressemble encore à La Joconde, mais présente 

des caractéristiques curieuses qui la rendent moins désirable,

consultez : vous êtes peut-être daltonien.

  

Oh, bien sûr que ce n'est pas grave ! Vous avez réussi sans ça ! N'empêche que dans un coin de votre cerveau restent lancinantes une série de questions que vous n'oserez jamais poser. Vous êtes sûr qu'elles resteront incomprises du troupeau des normaux :

« Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien tous lui trouver à la Joconde ? »

« Pourquoi disent-ils que le paysage varie à la seconde aux abords du Mont-Saint-Michel ? »

« Pourquoi m'a-t-elle dit que j'avais été bien à la télé, mais que la prochaine fois il faudra lui montrer quelle cravate je compte porter avec ma chemise unie ? »

« Pourquoi ces crétins ont-ils changé leur mise en page en mettant des textes en couleur qu'on ne voit pas ? »

« Pourquoi mes élèves ne veulent-ils pas de moi dans leur équipe de jeu de piste en forêt sous prétexte que je ne vois pas les balises rouges sur les arbres verts ? »

« Pourquoi ne m'envoie-t-on jamais cueillir les belles cerises rouges, les belles fraises rouges, les belles pommes rouges cachées dans les feuillages verts ? »

« Pourquoi hier me suis-je retrouvé dans la haie des cisterciennes de la Coudre au risque de me faire engueuler parce que, décidément, je n'en ferais jamais d'autres ? »

 

 

Si, bien que n'habitant pas Paris ou la banlieue, vous vous seriez cru

capables d'écrire le refrain de cette chanson, vous êtes daltonien.

 

Si vous n'êtes pas de ces gens capables d'écrire une lettre de protestation à l'excellent Christian Melchior Bonnet sous le prétexte que la librairie Jules Taillandier ne respecte plus les lecteurs de la revue Historia, devenue tout à coup illisible par suite de la survenue intempestive d'une jeune metteuse en page rococo qui nous met de la couleur partout. Et surtout du rouge, probablement rien que pour nous embêter. Si vous n'êtes pas de ces éternels questionneurs de passagers qui demandent ce que représente « l'affiche là, qui ne veut rien dire, et n'évoque en rien le produit qu'elle veut vendre dont vous ne pouvez lire le nom » écrit en vert pomme sur un fond vert émeraude. Si enfin, vous ne vivez pas dans un univers parallèle où rien ne ressemble vraiment à ce que voient les autres, y compris les fantasmes des rêves en couleur, c'est que vous n'êtes pas daltonien et que cette page ne vous concerne qu'à titre informatif.

Mais au contraire, vous, oui vous !, qui vous insurgez parce qu'un crétin a écrit un article sans lettres, sans mots, sans phrases, sans rien, qui dites depuis le début que vous ne voyez rien et que vous êtes bien déçu, alors, oui, vous êtes concerné.

« Cependant, rétorquerez-vous, comment pourrais-je tirer profit d'un texte écrit exprès pour un public daltonien qui précisément ne peut pas le lire ? »

Justement, le test consiste à prouver que la lecture vous est impossible à cause de votre daltonisme. Votre protestation, attendue, logique, légitime prouve que vous êtes bel et bien daltonien. 

« Alors, me direz-vous — ou plutôt vous fera-t-on dire, puisque vous ne pouvez rien dire du seul fait que vous ne voyez rien — ce n'est pas une lettre écrite aux daltoniens ? 

— Remarque déplaisante et assez peu scientifique, vous en conviendrez. Cette lettre ouverte ne peut l'être qu'aux daltoniens qui ne peuvent pas la lire, sinon, lisible par tous, elle serait ouverte à tous et pas aux seuls daltoniens. 

— Mais alors comment savoir ce qu'elle prouve puisque nous ne pouvons la lire. 

— Elle prouve justement que nous ne pouvez la lire parce que vous êtes daltonien.

 

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 Si là, vous voyez encore la Joconde,

vous êtes daltonien à 80%.

 

Imaginez une lettre écrite par un chinois dans un chinois de Chine compréhensible par les seuls chinois s'exprimant en chinois à l'intention d'un public français uniquement francophone. Tous ceux qui la comprendront ne peuvent être concernés puisque justement ils la comprennent, alors qu'elle s'adresse uniquement à un lecteur ne comprenant pas un mot de chinois. Donc l'une des preuves indubitables, mais non suffisante en ce cas précis, que vous êtes bien le destinataire potentiel de la lettre en question, c'est que vous n'y voyez autre chose que du chinois. 

J'entends donc, par mon test, faire la preuve — sans aucun doute possible — que vous êtes daltonien par le seul fait que vous n'y voyez rien. Ce que vous ne pouvez lire est écrit en bleu sur un fond gris, donc pour vous aussi indéchiffrable qu'un texte composé à l'encre sympathique... 

Une façon comme une autre de réactualiser la science, comme l'a fait avant moi le grand encyclopédiste Denis Diderot avec sa Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient (1749). Mais, je le crois vraiment, je vais plus loin que la philosophie des Lumières, car j'écris une Lettre sur le daltonisme à l'usage de ceux qui ne peuvent pas la lire en attendant de commencer de minutieuses recherches qui aboutiront à une Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui ne voient pas.

 

 

 

Si là, vous ne voyez rien, c'est soit que vous êtes daltonien à 100%,

soit qu'il n'y a rien à voir.

 

  

J'entends pourtant garder intacte la modestie de mon prédécesseur, faisant mienne sa pensée : 

« Si tu peux aller jusqu'à la fin de cet ouvrage, tu ne seras pas incapable d'en entendre un meilleur. Comme je me suis moins proposé de t'instruire que de t'exercer, il m'importe peu que tu adoptes mes idées ou que tu les rejettes, pourvu qu'elles emploient toute ton attention »

Denis Diderot, Pensées sur l'interprétation de la nature, 1753.

 

 

 Avec mes remerciements pour votre aimable attention, et dans l'espoir que ce test trouvera une écoute attentive près des spécialistes internationaux des défauts de la vision,  

 

Bernard Bonnejean, docteur honoris causa de la faculté de médecine de  Saint-Remy-En-Bouzemont-Saint-Genest-Et-Isson, ancien externe de divers hôpitaux, ancien interne du CHR de Rennes-en-Grenouilles.

 

Publié dans santé - médecine

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Fathia.Nasr 17/12/2010 19:25


Bonsoir me revoilà sur ta page !!
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Bernard Bonnejean 18/12/2010 01:47



Merci, ma Puce, pour ce très beau sapin !!!


Pourrais-tu me dire si l'article sur lequel tu l'as mis est lisible pour quelqu'un qui n'est pas daltonien (passage final en vert sur gris). C'est fait exprès, mais si personne ne peut le lire...


Gros bisous, ma Puce,


Bernard



Fathia.Nasr 17/12/2010 19:22


Bonsoir Bernard, j'aimerais bien lire l'histoire de la fille d'Iran dont la chanteuse Mylène farmer évoque dans sa chanson "LEILA", si tu as des renseignements ou un lien où je peux lire son
histoire, je serai ravie de ton aide, bonne soirée, bises.


Bernard Bonnejean 18/12/2010 01:51



Je tacherai d'écrire un article sur elle, ou plutôt sur les événements qui ont fait que l'on parle d'elle.


Il me semble que Mylène Farmer en corrigeant le prénom restitue une partie de la vérité. Je vous expliquerai.


Bernard



Fathia.Nasr 16/12/2010 20:50


Bonsoir Bernard, je passe te remercier d'avoir pris la peine pour venir sur le blog de musique de Yann où je publie de temps en temps quelques chansons et les faire partager avec mes amis, je te
souhaite une bonne soirée, bises.


Bernard Bonnejean 17/12/2010 03:26



Bonsoir Fathia,


J''ai une grande admiration pour les résistantes iraniennes et c'est bien de la part de Mylène Farmer d'avoir célébré le martyre de l'une d'elles.


Bises


Ton commentaire tombe plutôt bien. Cette page, dont j'étais si satisfait, n'a pas fonctionné. On ne peut décidément jamais savoir d'avance... et c'est mieux ainsi.


Bernard