Lettre électorale ouverte aux croyants

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Pourquoi vous ne pouvez pas
 
voter Hollande

Depuis maintenant des mois, pratiquement sans discontinuer, les croyants (chrétiens catholiques, protestants, orthodoxes et musulmans modérés) sont confrontés à des attaques permanentes contre leur religion et leur foi. La mesquinerie et la bêtise tiennent lieu d'argumentation à des spectres de l'anticléricalisme du petit père Combes. Parce que nous croyons en Dieu, il nous serait impossible d'avoir l'esprit assez ouvert pour accueillir les progrès sociaux, médicaux et scientifiques. Nous serions tellement intransigeants, tellement obtus et focalisés sur nos messes en latin que nous en oublierions les Droits de l'Homme, le respect des individus et le droit à l'altérité. Notre philosophie, finalement, pourrait se résumer à un slogan « plutôt Dieu que l'homme » parfaitement inepte, à l'opposé de l'humanisme chrétien de la Renaissance dont Érasme est la grande figure et dont nous sommes héritiers. Qui, de nos jours, serait assez sot pour taxer Érasme  d'obscurantisme ? Sait-on seulement que l'humaniste chrétien Érasme fait la conjonction entre la religion et la liberté fondée sur la Grâce divine ? Et qui sait aujourd'hui qu'en son temps on le trouva antisémite, car opposé à l'hébreu comme langue des seuls juifs considérés comme schismatiques ? Décidément, rien n'est simple au regard de l'histoire, même en période électorale.

 

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Le fait est que la discussion est impossible sur les forums et les groupes sociaux. Avant même d'avoir levé le ton pour faire entendre une voix discordante au milieu de ce consensus bâti sur la négation de tout un patrimoine culturel, vous voilà rangé dans un système ignoble monté de toutes pièces par des « théoriciens » peu regardants : « Catholiques = pédophiles ; musulmans = terroristes sous cape, ou sous burqua ; tous intégristes et antisémites ». Il faut dire, avec fermeté, que certains medias ont pris un malin plaisir à relayer les âneries de Caroline Fourest, ancienne élève de l'école catholique, et  « l'humour » irrévérencieux et très ciblé de Philippe Collin. Ajoutons que Philippe VAL et Jean-Luc HEES, respectivement directeur de France Inter et président de Radio France, éminemment choqués par les propos de Stéphane GUILLON et de Didier PORTE au point de les licencier, n'ont jamais rien trouvé à redire aux caricatures parfois insultantes des deux férus de neutralité laïque. Mais soyons honnête : si je reconnais volontiers le courage de la chroniqueuse, également hostile à la morale catholique et à l'universitaire islamologue Tarik RAMADAN, je serais tenté de croire que l'animateur brestois ne s'attaque qu'aux fidèles dont la religion impose le pardon des offenses. Situation somme toute assez confortable et sans grand danger par les temps qui courent.


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Jean Paul II et Mehmet Ali Ağca
 

Personnellement, j'ai tenté, en vain, de discuter sur facebook avec de dignes représentants du Front de gauche et quelques « socialistes libéraux ». Tout s'est très bien passé jusqu'au moment où j'ai cru bon de placer mes opinions sous l'autorité, pour moi inconstestable, de la foi religieuse à laquelle j'adhère totalement. Bien que j'aie pris garde de ne pas me reférer au pape, ce fut le tollé. On me renvoya au pied du mur avec cette élégance qui caractérise les tenants d'une laïcité altérée, sous prétexte que j'étais l'objet de « fantasmes délirants ». Entendez par là les croyances sur lesquelles nous avons fondé notre existence, juifs, chrétiens et musulmans pratiquants, depuis parfois plusieurs millénaires. 

Comment pouvais-je prétendre condamner le blasphème contre Jésus ou Mahomet dans le pays des fameux « Droits de l'homme » ? Moi, qu'on dit « intellectuel » uniquement pour les besoins de la cause, comment ne pas avoir compris que la croix du Christ plongée dans la pisse n'était autre chose que de l'art contemporain ? Plus scandaleux encore, comment justifier mon soutien à des chrétiens traditionnalistes qui manifestaient contre une pièce intitulée Sur le concept du visage du fils de Dieu d'un certain Roméo Castellucci qui défendit son chef-d'œuvre scatologique comptant sur « l'intelligence et la sensibilité de chacun des spectateurs » ? Faut-il être assez aveugle pour ne pas voir là une façon détournée de ramener l'affaire à une opposition entre artistes sensibles et intelligents contre catholiques sans cœur et particulièrement imbéciles ? Personnellement, moi qui ne suis pas ennemi de toute provocation, je convie monsieur Castellucci à nous faire une pièce hautement artistique où l'on montrerait un acteur déféquant sur la scène du théâtre de Drancy avec, à la fin du spectacle, un voile noir excrémentiel coulant sur un portrait de Ben Gourion ou de Sharon. Chiche ! Je les entends d'ici ceux qui ont rejeté d'un air outragé l'accusation de christianophobie hurler à l'antisémitisme et à l'atteinte aux Droits de l'homme. Ce n'est pas la même chose ? Et pourquoi donc ? 


christ_croix.jpg « Le sang des martyrs est devenu la semence du christianisme. Car par le martyr, c'est Dieu qui est condamné. Mais par son sang, c'est l'amour qui est répandu sur la terre et de cette terre, il n'y a que la vérité qui germe et qui survivra.  »

Père Sabri Anar, Curé de la paroisse catholique chaldéenne saint Thomas de Sarcelles. 

 

Mesdames, Messieurs, je vous convie à revoir le plus tôt possible ce que peut être la laïcité que vous vous figurez synonyme d'ostracisme. Vous n'avez aucune idée de la grandeur de ce concept, moins hérité de la loi de 1905 que du siècle des Lumières et de l'esprit de l'évangile. La laïcité, que vous remâchez à longueur de journée comme un schewing-gum devenu insipide, n'est pas le rejet des religions, elle en est au contraire le défenseur. La laïcité française, chers amis, a permis que nous vivions ensemble harmonieusement, quelles que soient nos religions respectives (j'y inclus l'athéisme et l'agnosticisme), sauf dans les moments dramatiques de notre histoire où la morale et la foi étaient placées au second plan. Vous sentiriez-vous mieux si nous, croyants, nous étions baillonnés, sommés de nous taire ou pire, condamnés à nous autocensurer pour éviter la calomnie et des formes plus insidieuses d'intolérance ? 

Et pourtant, nos dogmes et notre foi nous imposent au nom du respect de valeurs fondamentales inscrites dans nos credos ou consécutives à nos convictions de rejeter ce que, précisément, vous considérez à tort comme des avancées. Vous avez retenu des mots et en avez oublié le sens. Qu'est-ce que les Droits de l'homme, que l'on a cru bon de décliner à l'infini par des précisions parfaitement inutiles en Droits de la femme, Droits de l'enfant, Droits des personnes âgées, etc. ? Qu'est-ce que ces droits « fondamentaux » qui commencent par bafouer le droit le plus élémentaire à la civilisation. J'entends ce mot dans sa vraie signification, non dans un travestissement sémantique à la Guéant.

 

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C'est précisément au nom de la Civilisation que nous, catholiques de France, croyants de France, nous devons nous rassembler derrière un candidat qui respecterait les valeurs morales, non parce qu'elles sont inscrites dans un catéchisme ou un code, mais parce qu'elles fondent notre société. C'est au nom de la Civilisation que nous devons refuser, même au prix de notre tranquillité, les lois liberticides (le laxisme n'est pas la liberté) que s'empresserait de voter une nouvelle majorité dès son installation au pouvoir. Tout est inscrit dans le projet socialiste 2012, plateforme commune du parti socialiste que peu ont lu. D'ailleurs, pour peu qu'ils l'aient lue ils n'en ont pas vu les dangers dans les excès possibles à venir :

2.1.4 égalité des genres et des familles

En l’absence d’une reconnaissance des familles homoparentales, les analyses précises font défaut. On estime cependant que plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’enfants sont concernés par des situations homoparentales sans être protégés par des liens de filiation reconnus.

Nous ouvrirons pour tous les couples le droit au mariage. Nous autoriserons l’adoption pour tous les couples qui présenteront un projet parental cohérent (mariés, pacsés, concubins, homosexuels ou hétérosexuels). Nous renforcerons le Pacs, grande réforme de la gauche, qu’il s’agisse des congés pour événements familiaux, de la protection sociale complémentaire, du droit au séjour ou de l’enregistrement à la mairie.

2.1.5 Accès à la parentalité : encadrer et accompagner les évolutions de la société

Le rôle d’un gouvernement responsable est de promouvoir de nouveaux droits pour permettre des avancées médicales et sociétales tout en protégeant la dignité des êtres humains. En matière d’Assistance médicale à la procréation (AMP) et d’accès à la parentalité, notre société doit trouver un équilibre entre les revendications des individus en souffrance et le respect de la dignité de la personne humaine, tout en réaffirmant la primauté de la filiation sociale sur la filiation biologique.

L’accès à l’AMP doit être ouvert aux femmes sans condition de situation de couple ou d’infertilité. À l’inverse, face aux risques que représentent l’instrumentalisation du corps de la gestatrice et sa possible marchandisation, l’interdiction de la gestation pour autrui doit être maintenue.

Concernant les dons de gamètes, le triptyque anonymat, gratuité, consentement doit être maintenu.

Enfin, les règles applicables aux dons d’embryons doivent être simplifiées car la complexité des procédures actuelles freine la solidarité et l’aide aux couples infertiles. Les inséminations et les transferts d’embryons post mortem doivent être autorisés dans les cas où le décès du partenaire a interrompu un projet parental en cours.

2.1.6 Permettre le droit de finir sa vie dans la dignité

Agir pour l’égalité, c’est aussi garantir la dignité de chaque personne du début de la vie jusqu’à son terme. De nombreux Français, leurs familles et leurs proches, sont confrontés chaque année, en fin de vie, à une souffrance physique ou psychique très douloureuse. D’importants progrès scientifiques et médicaux ont été réalisés : les traitements antidouleurs, les soins palliatifs, l’arrêt de l’acharnement thérapeutique autorisé par la loi de 2005. Dans de nombreux cas, ils apportent des réponses et ils doivent être encouragés. Malheureusement, d’autres demeurent sans solution de cette nature. Ces malades doivent avoir la liberté et le droit de partir dans la dignité, entourés de ceux qu’ils aiment, sans avoir à se placer eux-mêmes, leurs familles et les équipes soignantes, dans l’illégalité.

Nous proposerons, comme cela existe dans plusieurs pays européens, que toute personne majeure, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée et qu’elle juge insupportable, puisse demander à bénéficier d’une assistance médicalisée pour mourir dans la dignité.

Ce droit devra s’appliquer dans un cadre très strict et protecteur sous le contrôle d’un collège de médecins. Nous proposerons d’inscrire ce droit dans la loi.

 

 

 


Toutes ces mesures, apparemment justes et dont les intentions sont très probablement louables, portent en germe de très réels dangers combattus par une Christine BOUTIN, au nom de la Démocratie chrétienne. Elle vient de rejoindre ce matin le camp Sarkozy, laissant orphelins des milliers de chrétiens qui voulaient rester en accord avec leurs convictions politiques. Cette femme courageuse avait le devoir, me semble-t-il, de combattre aux côtés de François BAYROU avec lequel elle partage les idées. Elle a choisi la facilité. On ne peut que le regretter. En effet, qui peut encore croire que Sarkozy puisse incarner les valeurs de solidarité et de justice sociale du catholicisme ? Toute sa politique depuis cinq ans prouve le contraire. 

Quant à voter pour un parti socialiste qui a failli, en toute connaissance de cause, nous imposer un Strauss-Kahn à la tête de l'État, qui procède plus par élimination que par élaboration d'un projet propre à ressusciter l'enthousiasme de Français choqués par l'absence de morale politique, à défaut de morale religieuse ou même laïque, nous ne pouvons, nous catholiques, l'admettre. Nous invitons les musulmans et les juifs, qui ont la chance de croire, comme nous, que la morale politique, contrairement à qu'on veut bien nous faire croire, ne saurait être indépendante d'une morale religieuse élémentaire, à nous rejoindre dans notre refus. Notre devoir, cette fois, est de nous abstenir sauf à espérer que François BAYROU sera le candidat du Centre au second tour. 

 

Bernard Bonnejean


Publié dans politique française

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