Gemma Galgani (III)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La petite perle de Lucques


lucques_place_anfitheatre_romain_8412.jpg

Place de l'amphithéâtre romain    

 

 

 

Léon XIII

 

 

Certains historiens de l’Eglise affirment que  Vincenzo Gioacchino Raffaele Luigi Pecci (2 mars 1810 – 20 juillet 1903) n’a dû son élection qu’à sa santé fragile. Désireux d’avoir un pape de « transition », les cardinaux ne pouvaient se douter qu’il allait rester souverain pontife pendant un quart de siècle. Juste après la proclamation du Royaume d’Italie et la fin du pouvoir temporel de l’Eglise, le secrétaitre d’Etat, le cardinal Rampolla, le convainquit de rester à Rome. Les catholiques parlèrent longtemps de lui comme « prisonnier du Vatican ».

 

Ses  encycliques sont restées célèbres et, pour quelques-unes, d’actualité :

Æterni Patris(1879) préconise la restauration des études thomistes, c’est-à-dire de la philosophie de saint Thomas d’Aquin.

Humanum Genus(1884) condamne avec une extrême violence la franc-maçonnerie.

Au milieu des sollicitudes(1892) invite les catholiques français au ralliement au régime républicain.

Rerum novarum(15 mai 1891) condamne le marxisme comme « plaie mortelle » pour la société mais dénonce le libéralisme ploutocrate et la servilité du prolétariat. Cette encyclique est encore considérée comme le fondement du « catholicisme social ».

 

rerum_novarum.jpg

 

 

 

En tout, 86 encycliques, assez savantes, ouvertes sur les nouveaux problèmes du monde moderne. Cet intellectuel de haut niveau est aussi connu pour avoir renouvelé la recherche biblique afin d’accorder l’exégèse aux découvertes scientifiques de son époque. 

 


2.   L'APPRENTISSAGE DE LA SAINTETÉ


confessionnal.jpg

G

 

emma fut-elle sainte dès l’enfance ? À lire les divers témoignages et son hagiographie, on peut le supposer. Beaucoup, dans son entourage, l’admiraient pour ses qualités et ses vertus. On la respectait, on la chérissait, on s’enthousiasmait devant elle, bien qu’elle fît tout pour rester ignorée. Elle gardait, à dessein, un air grave, voire taciturne, si bien que quelques-uns la croyaient altière ou orgueilleuse, accusation qui la fit beaucoup souffrir Elle se confessa maintes fois de ce défaut, sans qu’on n’ait encore aujourd’hui aucune raison de croire qu’elle l’eût jamais. Vive, ardente, volontiers irritable, elle restait lucide et perspicace. Se sachant de nature coléreuse, elle se dominait au point de paraître désarmée. Éprise de justice, elle semblait admettre qu’on l’accuse à tort, mais au prix d’un effort surhumain. Franche et sincère, elle n’aimait ni les cérémonies ni les façons. Peu prolixe, on la tenait pour timide alors qu’en réalité elle préférait le recueillement et la méditation à la discussion. Elle montrait beaucoup de zèle à pratiquer la vertu et à se mortifier, à proportion de son âge. Cependant, elle préféra très tôt remplacer les mortifications de la chair par la mortification de la volonté. Dès son jeune âge, elle connaît la nuit, la désolation spirituelle si bien décrite par saint Jean de la Croix : l’oraison lui répugne, son amour pour Jésus lui paraît un doux rêve sans consistance. Elle y répond par le détachement des affections terrestres, la communion, l’horreur du péché et la confession. À partir de 1890, alors que sa famille avait considéré jusque là sa piété excessive, on lui permet d’assister tous les matins à la messe, à se confesser tous les huit jours à Mgr Volpi et à passer ses soirées à adorer le Saint-Sacrement. 

Catechismo.JPG

L

 

 

’année 1891 est décisive dans l’évolution de la spiritualité de la jeune fille. Gemma a treize ans. Les religieuses de l’institution Guerra ont l’habitude, tous les deux ans, de donner à leurs élèves un cours d’exercices spirituels. Gemma saisit l’occasion pour « [se] recueillir profondément en Jésus ». Par elle seule, c’est-à-dire sans aucune aide. D’une part, elle comprend que Jésus veut lui permettre de mieux se connaître elle-même et de se purifier pour lui plaire. D’autre part, elle médite sur le péché, convaincue elle-même de son indignité, méditant sur l’enfer, luttant contre la tentation du découragement par la répétition d’actes de contrition, jours et nuits. En outre, elle prend la résolution de s’entretenir intérieurement avec Jésus-Hostie et à ne plus parler que de choses célestes. Cette année-là, et les années qui suivent, on peut constater que, bien heureusement, la pratique religieuse est loin de porter ombrage à l’excellence des devoirs scolaires. Certes, Gemma remporte le « grand prix d’or de religion ». Mais elle récite aussi parfaitement les poésies apprises, est bonne élève en exercices français, en arithmétique, etc. On expose aussi quelques-unes de ses aquarelles. 

images-copie-2.jpg

C

 

 

’est encore dans les années 1890 que Gemma doit affronter la maladie. D’abord, son cher frère Eugène, destiné à la prêtrise, contracte, à son tour, la phtisie. Comme elle l’avait fait pour sa mère, Gemma prie jour et nuit à son chevet. Eugène meurt en septembre 1894. Puis, elle est atteinte à son tour d’une maladie grave. Elle doit rester alitée pendant plus de trois mois. Son père offre sa vie à Jésus pour sauver celle de sa fille. Il sera exaucé deux ans après, tandis que Gemma échappe à la mort annoncée. La convalescence est si longue qu’il n’est plus question de retourner à l’institution Guerra. Elle ne vivra plus désormais qu’au sein de sa famille, qu’elle prend sous son aile. 

 

chapelet-de-sainte-bernadette-de-lourdes.jpg

Chapelet de sainte Bernadette Soubirous de Lourdes

 

O n sait peu de choses sur cette direction fraternelle. Le père Germano, son directeur et son biographe, a avoué l’insuffisance de ses informations sur ce point. Il conjecture cependant qu’elle remplit cette mission avec un soin extrême. Elle transmit à ses frères et sœurs sa dévotion mariale, récitant avec eux le chapelet chaque jour, honorant le mois de Marie et le mois du Rosaire. Elle leur inculqua la dévotion à l’Ange gardien qu’elle ne cessera plus de contempler et d’invoquer. Elle leur inspira son amour inconditionnel pour les pauvres, la seule qualité qu’elle daigna jamais se reconnaître. Elle aurait voulu rester cloîtrée dans la maison familiale, mais son père lui confiait la surveillance des promenades enfantines, qu’elle faisait suivre de longues méditations dans la solitude de la si belle campagne toscane. Après qu’un jeune homme l’eut malencontreusement demandée en mariage, elle prit la résolution de ne plus sortir que pour se rendre à l’église et de se donner définitivement toute à Jésus. À partir de 1895, elle s’astreint à un emploi du temps exigeant : lever très matinal, prière, messe et communion ; le soir, visite au Saint-Sacrement, méditation, récitation du Rosaire, à genoux. C’est encore en cette année 1895 que sur la recommandation de son Ange gardien elle prend cette autre résolution :

Pour votre amour, ô Jésus, et pour ne plaire qu’à vous seul, je vous promets de ne plus porter d’objet qui sente la vanité, et de n’en parler jamais.

Elle tiendra parole jusqu’au bout, se revêtira d’une longue robe noire à col serré, sans porter ni bijoux ni parure. C’est ce qui frappe encore aujourd’hui l’observateur des photographies de cette très belle jeune fille, si féminine malgré l’absence totale de toute fantaisie vestimentaire. D’après le père Germano, cette apparition angélique de 1895 fut sans doute la première. Elle fut suivie d’autres, très fréquentes, qui s’ajoutaient aux visites de Jésus lui-même. 

gemma_galgani_a.jpg

Sainte Gemma Galgani

À suivre...

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité. 

Publié dans religion

Commenter cet article