Gemma Galgani (VI)

Publié le par Bernard Bonnejean

La petite perle de Lucques

mackoo voyages 



Lucques, 85 000 habitants, comme les autres anciennes villes de la Toscane est entourée de murs, ceux ci sont hauts de 34m. C'est à l'extérieur qu'on peut garer sa voiture. Les parkings, place d'ell' Indipendenza, sont très proches des portes d'entrées de la ville (porta S. Pietro). 


La piazza Napoleone. 

Lucques comporte de nombreuses églises, souvent réalisées avec 2 ou 3 sortes de marbre, blanc, de Carare, vert ou rose pour les bandes horizontales. 


Le Duomo San Martino. 


La cène du Tintoret (1590-1591). Les apôtres sont habillés à la mode du XV eme siècle. 


la statue de Saint St Martin coupant en deux son manteau, pour partager avec un pauvre. 




Les petites rues étroites de la vieille ville.

 
La Torre Guinigi, l'une des rares tours de Toscane qui conserve son bouquet de chênes en haut de la tour. 



Piazza del Mercato, magnifque place en ovale. 

Puccini est originaire de Lucca, les Puccini étaient organistes et maîtres de chapelle à la cathédrale de père en fils. 

San Michele in Foro, date du XI au XIII e siècle. Elle est batie sur un ancien forum romain, qui a donné son nom à l'église (in Foro).

Le fronton de l'église avec la statue de St Michel est très joliement décoré. 

Lucques est une ville animée, y compris le soir, lorsque les touristes sont partis.
L'hotellerie est assez chère à Lucques

mackoo voyages 

 

4.    L'APPARITION DES PHÉNOMÈNES

SURNATURELS

 

 

Gemma, nous l’avons vu, était tiraillée entre plusieurs vocations. Elle avait d’abord émis le vœu d’être religieuse barbantine, avant que saint Gabriel de l’Addolorata, l’appelant « ma sœur », ne lui pose le sacré-cœur passioniste sur la poitrine. Puis une voix l’avait appelée à être Visitandine, en reconnaissance pour Marguerite-Marie. Finalement, ce furent les Visitandines qui se montrèrent les plus empressées à la recevoir : elles lui promirent de devenir retraitante dès le 1er mai 1899, puis postulante un mois plus tard. La vie de Gemma, écrit le père Germano, offre alors peu de différence avec celle des plus grands saints. Outre la communion quotidienne, elle est favorisée d’illuminations intellectuelles, de locutions divines, d’apparitions célestes… Gemma ne vit que pour Dieu.

C’est surtout au moment de l’Heure sainte qu’au cours des dernières années de sa vie Jésus lui accordera le plus de grâces. Cet exercice de piété lui a été suggéré par Sœur Julie, une de ses maîtresses de l’Institut Guerra. Il s’agit de s’unir tout spécialement à Jésus tous les jeudis, le jour où a commencé la Passion. Le titre de l’ouvrage est en réalité Une heure d’oraison avec Jésus agonisant à Gethsémani. Il renferme quatre méditations ainsi que des prières. Dès qu’elle en a pris connaissance, Gemma fait le vœu au Sacré-Cœur de ne jamais oublier cette pratique qu’elle commence le Jeudi-Saint 1899 après une confession générale. Parmi les grâces qu’elle ressent alors, elle endure le martyre de l’intense regret de ses péchés, en est soulagée par ses larmes, a la vision des plaies du Crucifié… Sa famille lui défend de se rendre à l’église le Vendredi-Saint, l’occasion pour elle d’offrir ce sacrifice à Jésus. En compensation, elle fait trois heures d’oraison, enfermée dans sa chambre. Accompagnée de son Ange gardien, elle assiste Jésus souffrant et Notre Dame des Douleurs. Enfin, Jésus en personne lui donne la communion. Quelque temps plus tard, toujours en avril 1899, la jeune fille verra le Christ de nouveau, qui lui dira :

Apprends d’abord à souffrir : la souffrance apprend à aimer.

Le 1er mai, tant attendu, vint enfin. Gemma entra chez les Visitandines vers huit heures du soir. Les sœurs avaient bien l’intention de la garder bien au-delà de la retraite. En attendant, elles lui permirent, telle l’une des leurs, de suivre les horaires et les activités spirituelles de la communauté : office du chœur, méditation commune, repas et exercices de règle. Gemma dira elle-même qu’elle conserva un souvenir impérissable de son séjour à la Visitation, entourée des novices et des professes, qui lui prodiguaient attentions et affection. Mais, bien qu’elle y connût un réel bonheur, l’autorité ecclésiastique, en la personne de Mgr Ghilardi, lui refusa l’admission à cause de son état de santé. Le 20 mai, jour où la communauté admettait quelques novices à la profession, Gemma jeûna toute la journée sans que personne ne s’en rende compte. Le soir, alors qu’on l’avait menée au réfectoire, elle sut qu’elle devait quitter le couvent dès le lendemain. La jeune fille rentra chez elle, au 13 rue del Biscione, continuant, outre ses activités ménagères, à s’exercer à la piété. Progressivement, devant les difficultés soulevées par les autorités ecclésiastiques – on alla même jusqu’à exiger des certificats médicaux et autres attestations – Gemma perdit tout espoir d’entrer jamais dans l’Ordre de la Visitation.

Gemma venait à peine de quitter le couvent que le 8 juin, veille de la fête du Sacré-Cœur, après la communion, elle entendit Jésus lui dire :

Je t’attends au Calvaire, sur cette montagne

vers laquelle depuis longtemps je te dirige.

Elle court en parler à son confesseur qui l’absout de ses fautes. L’esprit libre, elle rentre chez elle. Une nouvelle fois, elle obtient la grâce du repentir de ses péchés. Tout à coup, elle entre en extase, se trouvant en présence de la Vierge accompagnée, à sa droite, de son Ange gardien. Puis, Jésus apparaît à son tour, qui la marque des stigmates aux mains, aux pieds et au cœur. Gemma, qui vit au milieu du monde, fera tout pour les cacher, sans y parvenir tant le sang coule en abondance. Ce phénomène mystique se reproduira, toutes les semaines, pendant deux ans, le jeudi vers huit heures du soir pour disparaître le vendredi à trois heures de l’après-midi. Ceci se renouvellera invariablement jusqu’à ce que les directeurs de la jeune fille lui interdisent de subir les stigmates.

On entrait bientôt dans le mois de juillet, sans que Gemma ait eu le courage de parler à son confesseur de la grâce extraordinaire que Jésus venait de lui accorder. Elle savait Mgr Volpi très pris par un ministère difficile et prenant. À l’occasion du passage au siècle suivant, Léon XIII avait ordonné des missions dans toute l’Italie. Les pères Passionistes furent chargés d’évangéliser Lucques, ce qui plongea Gemma dans une grande joie. Jésus lui fit connaître qu’elle aurait un prêtre de cet ordre pour père spirituel. En outre, elle crut comprendre qu’il l’invitait à revêtir les habits qu’elle avait vus sur saint Gabriel de l’Addolorata. Elle était donc certaine d’intégrer bientôt les rangs des Filles de saint Paul de la Croix, à condition toutefois qu’elle s’ouvre des événements survenus à son confesseur. Après que le père Gaétan, un confesseur extraordinaire, suivi de Gemma elle-même, lui eurent parlé des stigmates, Mgr Volpi ne voulut pas conclure trop vite à une opération divine, reportant sa réponse à plus tard. Du reste, la jeune fille eut à subir violences, menaces et disputes de la part des siens à propos de ces phénomènes devenus désormais trop visibles pour demeurer cachés. Jésus vint alors à son secours.

Les Giannini sont une famille patriarcale de Lucques. Au début du XXe siècle, elle était composée du chevalier Matteo, de son épouse, de leurs douze enfants et de la sœur de Matteo, Mme Cécilia, bienfaitrice des Passionistes. Peu après la clôture de la mission de 1899, le père Gaétan parla de Gemma à cette dernière. Bientôt, la jeune fille devait rester continûment chez sa nouvelle protectrice qui lui prodigua, jusqu’à la fin, la plus vive affection et une attention aussi soutenue que discrète. Elle fut, notamment, le témoin privilégié des faits prodigieux. C’est en sa compagnie, chez les Giannini, que le père Pierre-Paul, provincial des Passionistes, futur archevêque de Camerino, en Ombrie, put constater, le 29 août, le phénomène des stigmates. Il en fera une relation exacte et détaillée à Mgr Volpi, le 3 septembre 1899, lequel, ému par les déclarations du père Gaétan et du père Pierre-Paul, décida de faire examiner la jeune fille par un médecin. Le vendredi 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge, en présence de Mme Cécilia, du chevalier Matteo Giannini, de son épouse Giustina, de Mgr Volpi et d’un médecin, Gemma entra en extase vers une heure de l’après-midi. Après avoir abondamment coulé, le sang s’arrêta subitement, sans laisser aucune trace. Le médecin, interdit, conclut à une crise d’hystérie, d’origine névrotique. Cependant, quelques heures plus tard, au sortir de l’église, Gemma, invitée par Mme Cécilia, pouvait montrer les stigmates à Mgr Volpi qui, d’ailleurs, n’en fut nullement étonné. Cependant, écrit Gemma, il lui fit « une nouvelle défense de toutes les choses extraordinaires du jeudi et du vendredi ».

Bien que de nombreuses personnes aient pu être témoins des stigmates, avant et après le 8 septembre, la visite médicale eut le pire effet sur les consciences. Gemma n’en voulut à personne. Au contraire, elle savait que cette méfiance humiliante, tout en servant sa simplicité, la rapprochait du Christ à qui elle disait :

Ô Jésus, m’aimez-vous davantage maintenant que tous m’appellent folle, qu’au temps où l’on me croyait sainte ? Oh ! maintenant, n’est-ce pas ?

En réalité, si les stigmates avaient été attestés par le médecin, on imagine sans mal les commentaires et les moqueries des habitants de Lucques.

Gemma ne fut pas seulement favorisée des cinq stigmates, elle connut les supplices de la Passion. Elle suait régulièrement le sang, quand elle méditait sur l’Agonie de Jésus au Jardin des Oliviers ; le premier vendredi de mars 1901, elle ressentit dans sa chair les coups de fouet de la flagellation ; le 19 juillet 1900, Jésus, après avoir enlevé la couronne d’épines de sa tête, la posa sur la sienne (ce qui devait se reproduire maintes fois devant témoins) ; enfin, Gemma avait l’épaule gauche creusée par le poids de la croix. Le père Germano poursuit ainsi la liste des autres tourments de la Passion auxquels participa Gemma :

À la dislocation des os du Sauveur pendant le supplice du crucifiement ; à l’horrible tension de ses membres cloués au dur gibet ; à l’exténuation de tous les organes de son corps sacré durant les trois heures de sa cruelle agonie ; à la soif brûlante qui le faisait s’écrier : Sitio. Le plus difficile à supporter, sans doute, fut l’épreuve du martyre intérieur. Gemma s’en explique dans son Autobiographie :

Après l'heure sainte, dit-elle, Jésus m'a […] dit qu'il […] allait juger de la sincérité de mon amour. Il m'a dit qu'il saurait à quoi s'en tenir […] quand je n'éprouverais plus aucun goût pour les choses du ciel et que mon cœur serait privé de tout réconfort. […] « Tu pratiqueras tous les exercices de dévotion, mais uniquement par nécessité, comme ayant l'esprit ailleurs et croyant perdre ton temps. Cependant tu croiras, mais comme si tu ne croyais pas ; tu espèreras toujours, mais comme sans espérer ; tu m'aimeras, comme sans m'aimer, parce qu'en ce temps je ne me ferai plus sentir. Pour comble, tu prendras la vie en dégoût, et tu auras peur de la mort, et il te manquera jusqu'au soulagement de pouvoir pleurer ». Jésus m'a dit qu'il voulait me traiter comme il avait été traité lui-même par son Père céleste.

Ainsi, se trouvait exaucée la prière de Gemma, demandant à Jésus de lui être en tous points semblable :

Vous êtes l’Homme des douleurs, je veux être la fille des douleurs.

 

 

 

 

 

 À suivre...

 

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité.

Crédit photographique : http://www.mackoo.com/toscane/lucca.htm que je tiens tout particulièrement à remercier.  

Publié dans religion

Commenter cet article