Gemma Galgani (V)

Publié le par Bernard Bonnejean

La petite perle de Lucques

 

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Lucques (Lucca)

 

 

 


3.   LE MIRACLE DE 1899


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C

e retour à Lucques parmi les siens ne marque pas, pour Gemma, la fin de ses épreuves. Son état physique s’aggrave. La colonne vertébrale se dévie, elle souffre de méningite, perd l’usage de l’ouïe. Ses membres sont paralysés et ses cheveux tombent. Gemma commence par refuser qu’on l’ausculte, par pudeur. Cependant, un soir, un médecin appelé par la famille finit par l’examiner, pratiquement de force. Il diagnostique un gros abcès dans la région lombaire. Des confrères, appelés à la rescousse, déclarent unanimement que la jeune fille est atteinte du mal de Pott. Voici comment on décrit cette maladie aujourd’hui dans l’Encyclopaedia universalis :

Localisation vertébrale antérieure du bacille tuberculeux ; elle fait suite à une primo-infection avec dissémination hématogène de ce bacille. Le mal de Pott peut toucher n’importe quel étage du rachis : cervical, dorsal, lombaire. Il s’agit généralement d’une spondylodiscite, c’est-à-dire d’une atteinte du disque intervertébral, des plateaux vertébraux adjacents et des corps vertébraux sus- et sous-jacents. Les lésions creusent le corps de la vertèbre comme une carie, et à un stade avancé de la maladie peut se produire un affaissement de la ou des vertèbres atteintes, provoquant l’apparition des signes évocateurs de la maladie que sont la gibbosité en cas d’atteinte dorsale, les lésions neurologiques à type de paraplégies, les abcès froids paravertébraux.

Son traitement, qui doit être précoce, fait appel aux antibiotiques antituberculeux et à l’immobilisation en coquille plâtrée. La chirurgie est utile pour la réparation des complications locales.

La fréquence de cette atteinte a beaucoup régressé à l’heure actuelle dans les pays développés, et ce grâce à la prévention systématique de la tuberculose par la vaccination BCG et au traitement précoce des primo-infections tuberculeuses.

Inutile de dire que le dernier paragraphe de cet article ne peut s’appliquer à un malade de la fin du XIXe siècle. Les médecins de Gemma ne purent que lui prescrire quelques médicaments sans effet. 


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L

 

’infirme alitée s’adressait à Jésus qui satisfaisait, au-delà sans doute de ce qu’elle eût espéré, son désir de souffrir avec et pour lui. Elle espérait tirer de cette épreuve, elle qui eut toujours le péché en horreur, une purification propre à activer sa sanctification. Ainsi s’écoulèrent les jours, les semaines et les mois, dans la douleur, l’oraison et la résignation. Malgré son héroïsme, il arrivait que Gemma se plaigne à Jésus. Le père Germano affirme que son Ange gardien lui répondait alors de prendre patience, que ces afflictions physiques étaient nécessaires à la purification de son âme. La famille Galgani, de son côté, fit l’impossible pour obtenir la guérison de Gemma. Mais ayant épuisé toutes les ressources humaines pour parvenir à ce résultat, elle résolut enfin de se tourner vers le ciel. Gemma éprouvait une grande gêne à être ainsi à charge de ses chers parents. Jésus résolut de l’éclairer, imputant à son amour-propre son excessive confusion. Il l’exhorta à « mourir à elle-même ». Gemma en éprouva quelque consolation et recouvra la paix.


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B

Ientôt la ville entière de Lucques apprit l’état de la jeune fille. Des amies accoururent à son chevet pour constater ce qu’elles tenaient pour un prodige de patience. Gemma les accueillait en souriant, prodiguant témoignages de gratitude et paroles édifiantes. La perspective de la mort, leur disait-elle, lui était indifférente. Elle s’en remettait totalement à Dieu. Une des visiteuses eut l’idée de lui apporter la Vie de saint Gabriel de l’Addolorata, de la Congrégation des Passionistes, fondée par saint Paul de la Croix au XVIIIe siècle. Gemma ne le connaissait pas. Un jour qu’elle subit la tentation du désespoir, elle eut l’idée d’invoquer le saint et de s’écrier, comme lui :

L’âme d’abord, le corps ensuite.

Gemma recouvra aussitôt le calme. Progressivement, forte de cette expérience, elle sentit monter en elle une dévotion et une affection grandissantes pour saint Gabriel qui, la nuit suivante, lui apparut drapé d’un manteau blanc qui couvrait l’habit des Passionistes. 

 

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Saint Gabriel de l’Addolorata

Cependant, malgré les prières de sa famille, des sœurs de saint Camille et des sœurs de sainte Zita, on ne percevait aucune amélioration notable à sa douloureuse maladie. En outre, la situation financière des siens, criblés de dettes, ne cessait de se dégrader. Le 7 décembre 1898, veille de l’Immaculée-Conception, Gemma, mue par une sorte d’inspiration divine, promet à la Vierge d’entrer chez les Barbantines (sœurs de saint Camille) en cas de guérison. Elle en manifeste l’intention à son confesseur qui, non seulement l’approuve, mais encore lui permet de prononcer le vœu de virginité perpétuelle. Saint Gabriel de l’Addolorata vient la visiter, déposant sur le cœur de la jeune fille l’emblème des Passionistes. Le lendemain, Gemma reçoit l’Eucharistie. Janvier 1899 fut marqué par des supplices intolérables. Le 4, on l’opéra d’une abcès des reins sans anesthésie. Le 20, les médecins ne purent que constater la formation d’un abcès à la tête accompagné de fortes douleurs spasmodiques. Début février, tous s’accordaient à penser que c’était bientôt la fin. 


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Emblême des Passionistes 

L 

 

e 23 février 1899, une ancienne maîtresse de Gemma, venue lui dire adieu, la presse de faire une neuvaine à la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque. Peu avant minuit, la jeune malade entendit un bruit de chapelet, puis une voix qui se mit à réciter neuf fois de suite un Pater, un Ave et un Gloria. Gemma reconnut saint Gabriel qui récitait avec elle les prières au Sacré-Cœur. La neuvaine se termina le premier vendredi du mois de mars : elle se confessa, communia. Deux heures après, Gemma était debout, guérie. Jésus lui avait montré une statuette de la Vierge des Sept-Douleurs lui disant :

Je serai toujours avec toi, je te servirai de père, et ta mère, la voici. […] Rien ne te manquera, lors même que je t’enlèverai toute consolation et tout appui sur la terre.

Le père Germano, narrant le miracle, trouve heureuse « cette perte des joies humaines, compensée par le gain et la possession de Jésus ». Mort en 1909, il ignorait que Gabriel d’Addolorata et Marguerite-Marie seront tous deux canonisés le même jour, le 13 mai 1920. Et le 13 mai 1917, trois enfants du district portugais de Santarém, Lucia dos Santos, alors âgée de dix ans, et ses deux cousins, Francisco et Jacinta Marto, auront eu la vision, à Fatima, d’une femme très belle qui se fera connaître, le 13 octobre, comme étant Notre-Dame du Rosaire. 

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Sainte Marguerite-Marie


À suivre...

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité. 

Publié dans religion

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