Déraisons et rimes 2012 (Palmarès critique 2)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Déraisons et Rimes 2012


Nicodème CAMARDA, CB RACHEL, Daniel ESVAN

 

 

 


Chers amis d’over-blog, de facebook, de google, de twitter, de LinkedIn, 
et d’ailleurs (sites poétiques personnels, blogs, etc.),
 

Fathia Nasr, oui toi, c'est à toi Fathia que je m'adresse. 

Ton logo nous a accompagnés tout au long de cette année 2012 et une bonne partie de l'année 2011, jusqu'à ce que tu décides que tu n'avais plus de temps à nous consacrer. Soit, il faut comprendre : il faut bien gagner sa vie !

Nous ne te remercierons jamais assez, Fathia. 

Après tout, c'était à nous de nous adapter, car Valeriu Butulescu l'a bien dit :

 

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« Les critiques voient la musique 

et entendent la peinture. »

 

Merci, chère Fathia, et je te souhaite sincèrement de ne jamais prostituer ton talent aux contingences alimentaires au point de devoir manger avec des baguettes !

Bernard Bonnejean

 

 

 

Nicodème CAMARDA

« Pour la Saint-Jean »

Sors l'harmonica, Monica

Pis joue-moé une toune, on s’en va

Faire le chemin qui mène au pays

Placarde une note sur le deq « Croquenotes partis pour Québec ! »

Quant aux voisins on leur jouera

 

Un petit air d'harmonica

En bleu en blanc et en grenat

En chantant :

En route Québec !

 

Dansez rigodons, set carré

Bottine Souriante,

Mes Aieux

Volée d'Castors et Vent du Nord

 

Chantez bonhommes gigueux

Drilles,

Charbonnier de l'Enfer

Tam-Tam et Rapetipetam 

 

Sors-moé du Canada Monica

Pis joue moé d’l’harmonica

Des airs de lys dans les yeux

 

De chaleurs, de sainte flanelle,

Et de bonyeu ! Des airs heureux,

De Saint-Jean-sur-Richelieu

 

On chantera à La Belle

Adieu Province !

Bonjour Pays

Bonjour aux Saint-Jean de la vie

 

Debout Amours !

Gens du pays !

Joyeux lurons, accordéons !

Jouez de Hull à Blanc-Sablon !

 

Avec les Vigneault, les Miron

Flottez étendards, calicots

De Port-Royal à Saint-Malo

 

Dansez fleurons québécois

Poètes et têtes de bois

Fiers cœurs maître et rois

 

Courez soleils amoureux

Hivers rigoureux.

Fêtez

Viraillez Galarneau libérés

 

Sors l'harmonica Monica

Pis joue moé ma toune préférée

Sur le chemin d'la liberté

 

Un petit air d'indépendance

D'ébriété entre les anses

En état de « Nouvelle France »

 

En route Québec !

 

Pays des jeunesses étudiantes

Des fleurdelisés et des becs

Des notes d'amours sur un DEQ

 

Pour la Saint-Jean

 

Le Québec !!!!!!!

 

 

« En France », dit un dicton, « tout finit par des chansons ». La vérité est, il faut bien l'admettre, que si chantent la radio, la télé, les téléphones et autres médias, les gens, eux, auraient plutôt tendance à déchanter. Nicodème CAMARDA, lui, est un Français de la Nouvelle France, le pays des chanteuses d'exportation un peu quétaines et sans doute aussi raquées avec l'âge. Mais aussi le pays des Félix Leclerc, des Gilles Vigneault et des Robert Charlebois. Et le fait est qu'à date on a de la misère à faire aussi bien. Il ne suffit pas d'avoir  les yeux dans graisse de bines pour mettre les nôtres pleins d'eau. Si on n'a rien dans la bobette, on n'intéresse que les braillards, et encore. N'empêche ! C'est ben de valeur si « de Port-Royal à Saint-Malo », au lieu de « danser rigodon et set carré » les « jeunesses étudiantes fleurdelisées » fêtent la Saint-Jean dans les manifestations de rues. De quoi capoter ! Est-ainsi que chaque torchon trouvera sa guenille ? On ne va pas débiner pour autant ou jouer les écornifleux mais on a quand même le droit de dire qu'on en a plein son casque. Enweille ! Montrez que vous n'êtes ni épais ni chicken ! Il faudra peut-être une bonne escousse avant de faire comprendre à vos politicards qu'ils sont à côté de la track mais que bientôt, à force d'être assis sur leurs steaks, ils seront bumpés. Ces faces à claques frais chiés ne sont que des gnochons guerlots, des guenilles à qui on fera bientôt jeter la serviette !  Mais rien ne vous empêche en attendant entre deux « petits airs d'indépendance » de faire comme l'ami Jacques, le cousin de Belgique, de guincher à la santé du roy de France. « Quand Jules est au violon et Léon à l'accordéon, il faudrait avoir deux jambes de bois pour ne pas danser la polka ». Il sera toujours temps après de passer la moppe. Sans cesser de ouatcher quand même. Et si vous prenez une débarque, c'est pas grave : ça arrive même aux pures laines. C'est un bon résumé de la philosophie de Nicomède CAMARDA ? Lui comme tous les poètes, c'est un ratoureux : au lieu de s'enfarger dans les fleurs du tapis, il commence toujours par se lâcher lousse avant la castagne. J'espère qu'un jour il me tirera une bûche. Tourlou !  

 


 
    

CB RachelCB RACHEL

« Prière d'un père à son fils »

Wasabi du zarbi, ma mémoire fait de l’auto-stop, 
Agonie de ma vie et de mes souvenirs fantômes dans ce labyrinthe, 
Regardez-moi, je suis au désarroi, devenu l’épave de vos tracas.
Mon fils passe me rendre visite,  je ne peux exprimer une émotion,  lui faire un reproche,
je manque de discernement. 

Qui est-il ? 
Mon fils, une amitié avant mon arrivée ? Je ne sais plus !
Mon âge mature a fait germer la gangrène dans ce cerveau sans artifice,
Ma voisine a une obsession pour la  soie, celle d’en face demande des colorations,
On veut me laver tous les matins et me faire manger comme un bébé, 

Parfois, une douce plénitude me tire et m’extirpe des images,
tel le grutier soulevant une partie de mon passé,
ouvrant un album photos géant.

Qui suis-je ?
Hier une femme pleurait dans le hall d’entrée, sa fille l’abandonnait,
elle partait en vacances et a déposé sa petite valise,

Elle est partie, le cœur lourd ou léger ? 
J’avais une nouvelle amie dans ma colonie.

Regardez-moi, je n’ai pas changé, lisez ma prière :

Votre père qui n’est pas au ciel,
que mon nom ne soit pas oublié,
que ma dignité soit respectée,
que ta main me tienne,
que ma fierté puisse te guider comme par le passé,
donnez-moi aujourd’hui votre amour éternel,
Et allégez mes peines comme nous rêvions de ma retraite,
Et ne me soumettez pas aux regrets,
Mais délivrez-moi du malin.

 

 

« Wasabi du zarbi »... Du berbère, du calédonien, du javanais ou de l'arabe ? En tout cas ça sonne bien. Une belle langue qui nous plonge directement dans l'exotisme ou plutôt dans l'étrange étranger. On rêve de se voir comme Usbek et Rika, les Persans de Montesquieu, étonnés de tout dans un milieu où ils ne retrouvent rien de ce qui ailleurs semble « normal ». Mais bien sûr que non, vous diront les initiés, c'est du verlan ! Des mots culs par-dessus têtes, qui mettent les charrues avant les bœufs et disent tout à l'envers,bizarres, avec un faux air métèque, inconnus, ignorés. Certes, mais c'est d'eux-mêmes, à eux-mêmes, et au cerveau (le leur) qui les a conçus qu'ils demeurent mystérieux. Une philosophie du langage, une réflexion sur la signification, un travail de philologue comme chez le poète suédois Östen Sjöstrand ? Si seulement c'était vrai ! Du travail ? oui, mais « du chapeau » disent les gens qui ne souffrent pas comme le fils du poème de CB RACHEL. Avez-vous déjà entendu cette expression prononcée par un de ces imbéciles qui ne « savent pas »,  bien qu'ils fréquentent les malades une bonne partie de la journée : « Il est à l'ouest ! ». La tête de ce père apathique, asthénique, amnésique, classé « GIR I » selon la nomenclature officielle de ces « maisons » spécialisées, est « à l'ouest ». Certains ajoutent : « C'est malheureux, tout de même ! C'était une tête ! C'est toujours à ces gens-là que ça arrive ! » Une tête orientée définitivement vers le soleil couchant... Et comme par hasard, l'orthographe s'est faite complice de la déchéance physique et intellectuelle de ces pauvres « épaves de nos tracas ». On leur a collé une étiquette, impossible à retenir, même avec des moyens mnémotechniques. Vous connaissez le début de cette fable de La Fontaine : « Un mal qui répand la terreur, / Mal que le Ciel en sa fureur / Inventa pour punir les crimes de la terre »... Trois vers et le fabuliste n'a toujours pas prononcé le nom épouvantable : « La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom) ». Ce n'est pas ce nom-là que CB Rachel n'a pas osé écrire, ce nom dont tous ceux qui savent ont reconnu les méfaits, ce nom d'une peste cérébrale resté coincé au bout des lèvres, difficile à écrire correctement : ALZHEIMER ! Prions avec notre poète pour ces pères et ces mères orphelins de leurs propres enfants : « Que ma dignité soit respectée (oh oui !) /Mais délivrez-moi du malin ». 

 

Daniel EsvanDaniel ESVAN

« Tempête sur les roches de Créac'h »



La roche qui gronde sous la vague qui claque
D’un amour passionné, la jolie métaphore
Pour harceler la côte d’un perpétuel ressac
La marée et les vents unissent leurs efforts

Tumultueuse tempête, elle se donne en spectacle
La mer défend ses droits et montre sa colère
Sa furie légendaire ne connaît pas d’obstacle
Imposant son courroux à ébranler la terre

Une belle écume s’envole retombant sur la lande
Comme neige légère posée comme une offrande
Le décor se dresse magique et romanesque 

Rumeur assourdissante d’un combat sans merci 
Hante par sa violence de fabuleux récits
Sa représentation est toujours pittoresque



Créac'h, avant tout, c'est un phare, construit en 1863 sur une des îles du Ponant, peut-être la plus célèbre : Ouessant. Il est vieux, pensez-vous ? Ce monument classé depuis novembre 2010 est aussi le plus puissant d'Europe. Inutile de commenter ou d'extrapoler ! Disons que c'est un fait. Daniel ESVAN nous invite à l'une des plus spectaculaires scènes de ménage du monde vivant ! Au début étaient la mer et l'océan. Ils se laissèrent conquérir et domestiquer sans trop de difficultés tant qu'il s'agissait de se laisser chevaucher par des bateaux égyptiens ou grecs. De temps en temps, il fallait seulement rappeler à l'homme qui était le maître et les Grecs, marins fameux et consommés, apprirent simultanément à aimer la mer, à la craindre et à la haïr. On se souvient du cri de joie des 13 600 soldats macédoniens, les « Dix Mille » lorsqu'après des mois d'une longue errance continentale ils aperçoivent le Pont-Euxin derrière la montagne : « Θάλασσα !   Θάλασσα ! ». Un grand moment de liesse que Xénophon raconte dans l'Anabase et qui ferait presque oublier les douloureuses aventures d'Ulysse lors de son retour à Ithaque. Si le mari de Pénéloppe avait connu le phare, il aurait évité à son épouse de s'abimer les yeux à des travaux de broderie superflus. Quel beau couple que le phare et la mer ! Lui, mâle et droit comme un i, qui ne bouge pas d'un pouce dans le tumulte des chocs, des saccades et des tamponnements, l'oeil du maître toujours aux aguets, toujours prêt à protéger et à guider au milieu d'une lutte brutale et sensuelle ; elle, femelle, toute en ondulations et en rage sonore, furibonde, onduleuse et sinueuse, qui sait frapper au besoin jusqu'à détruire et à tuer. Un beau couple, certes, mais comme le jazz et la java de Nougaro : pas de tout repos. Ils s'aiment ces deux-là, « d'un amour passionné, la jolie métaphore ». Daniel ESVAN m'aura convaincu d'une réalité que je n'avais jamais imaginée auparavant : la mer est féministe ! Après tout, « elle défend ses droits ». Et il fallait au moins un sonnet pour rendre compte de son « combat sans merci » contre ce grand benêt du Créac'h, qui se prend pour son ancêtre ptoléméen d'Alexandrie, comme si Ouessant était plus invincible que Pharos !    

 

 

Bientôt les trois suivants, par ordre alphabétique.

À bientôt,

Bernard BONNEJEAN

Publié dans poésie

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