Rue des Carmes à Laval (3)
Pourtant il arrive que notre Homme éprouve comme un goût de bonheur perdu. Il est bien possible alors qu'il ressente de la honte, du déshonneur, de la mésestime ; il aura vite fait de rejeter l'apparition d'une éventuelle culpabilité sur sa seconde nature : "C'est pas de ma faute si je suis comme ça !", doublée parfois du transfert sur l'autre : "Mieux épaulé, j'aurais pu résister" ou "C'est pas une femme comme toi qu'il m'aurait fallu". Vous pouvez vérifier les mêmes symptômes chez les drogués, les fumeurs, voire les violeurs ou les tueurs en série. J'exagère ? Suivez un procès en assises, vous verrez ! Ce que je vous dis, avec mes mots à moi, forme l'essentiel des plaidoiries de Henri Désiré Landru à Francis Heaulme.
Je vous entends, vous, la petite nouvelle : "Oh ! C'est un pervers ? On le dirait pas sur la photo".
Et les autres, les ancien(ne)s : "Il ne faut jamais se fier aux apparences. Que ça te serve de leçon !"
Vous le saviez très bien qu'elle resurgirait ma monomanie : la rude écarmite ! L'idée fixe orléanaise dite de la rue des Carmes. Effleuré à peine par le virus, vous voilà atteint au plus profond ! Et la servitude vous encombre l'esprit : vous ne pensez plus, vous ne respirez plus, vous ne vivez que pour sauver la rue des Carmes de sagouins promoteurs.
Vous le redoutiez peut-être, mais vous auriez été fort surpris, voire déconcertés qu'elle ne revînt pas sur le tapis, la rue des Carmes.
Je résume pour les non-initiés. Ou plutôt je cite. Ce qui suit est l'accusation de Miguel Teixeira (le mari de la future maire, Corinne Leveleux-Teixeira, actuellement dans l'opposition municipale, et non de la "future mairesse" ce qui en ferait la femme de Miguel à condition qu'il devienne, lui, maire) contre Serge Grouard, maire d'Orléans et Olivier Carré, son adjoint :
Il ont choisi d'ignorer l'avis des habitants qui se prononçaient contre la destruction des maisons du XIV° au XVII° siècle de la rue des Carmes. Ils ont choisi de se passer de l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France et de spécialistes en patrimoine (qui, furieux, sont en train de se mobiliser).
Avec la complicité des élus de droite modem-UMP-mpf tous plus passifs les uns que les autres, le vendredi 27 mars 2009 à 22h, ils ont décidé la destruction du patrimoine orléanais.
Monsieur Grouard, Monsieur Carré, vous avez le pouvoir, qu'en faites vous ?
Lorsque vous ne serez plus là, que l'on regardera Orléans, on se rappellera les maisons construites sous François Ier que votre arrogance aura poussé à raser comme si de rien n'était.
Monsieur Grouard, Monsieur Carré, l'Histoire vous jugera.
Pas content, Miguel ! Il faut comprendre ! François Ier, tout le monde connaît ; Grouard et Carré, dans moins de vingt ans... Le dénommé Carré, député, a tenté de couvrir sa décision par un amendement-maison qui proposait carrément qu'on se passe de l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France dans les affaires d'urbanisme. Le Conseil d'Etat lui a signifié clairement son profond désaccord, ce qui n'empêchera pas le député dépité, en sarkoziste militant, de tout casser comme décidé précédemment.
Egoïstement, je transporte la rue des Carmes d'Orléans à Laval, mon lieu d'habitation. Je ne vous expliquerai pas à nouveau la raison de ce transfert. Je ferai mieux : je vais vous le montrer de visu comme on dit dans la police et chez les huissiers.
"Ah ! Ce que c'était bien en ce temps-là ! Au moins ils savaient vivre ! etc."
Je vous le promets avec une sincérité absolue : je ne puis éprouver aucune nostalgie en les regardant.
Pourquoi ? Parce que, dans la longue liste de maires qui se sont succédé jusqu'à aujourd'hui, aucun n'a osé saboter ce chef-d'oeuvre architectural. Malgré plusieurs incendies, la plupart d'origine accidentelle, jamais l'un d'entre eux n'aurait voulu porter atteinte à ce qui reste aujourd'hui encore le patrimoine lavallois. Maintenant, je me tais et je vous laisse rêver :

La Grande Rue, vue du Pont Neuf, le plus vieux pont de Laval qui enjambe la Mayenne (XIe siècle). A part quelques voitures, rien n'a vraiment changé.


La rue de Chapelle, la plus étroite de Laval, encore aujourd'hui.
Vous voyez Monsieur Planchenault, vous avez eu raison de patienter.
Voici vos reproductions parties, peut-être, pour le bout du monde, et Laval avec elles, grâce à vous, grâce à nous.
A bientôt, les amis
Bernard Bonnejean
Rendons finalement hommage à tous ces élus lavallois qui auraient pu bâtir orgueilleusement leur Laval à eux, sans demander l'avis de personne, sur les ruines du Laval précédent. Ils auront eu le mérite de nous conserver intactes nos ruelles médiévales, mettant leur honneur à gérer honnêtement sans vouloir à tout prix laisser un nom, le leur que je vous livre pour la peine de leur modestie :