Rue des Carmes à Laval (2)

Publié le par Bernard Bonnejean


ou l'obsession d'un urbanisme raisonné


Oui, je sais : je vous embête avec ma rue des Carmes ! Depuis le 6 mars, les Lavallois les plus curieux la cherchent en vain sur le plan de ville. C'est qu'ils n'ont rien compris, malgré les explications fournies, détaillées, circonstanciées. Ne cherchez pas davantage la rue des Carmes à Laval : elle n'existe pas !

Comme toutes les obsessions, celle-ci repose sur une image ancrée dans le cerveau, sans réalité extérieure. Ou alors faussée, travestie au point de ne plus y ressembler. La rue des Carmes, sans les carmes, est orléanaise. Il me semble vous l'avoir déjà dit. Et moi, voyageur intertellaire (du latin tella, la "toile"), je fais une fixette sur le sujet actuel le plus houleux de la cité libérée par la Pucelle de la perfide Albion.

Pourquoi ? Parce que...

Et encore ? Parce que toutes les villes dignes de ce nom, ce qui exclut les mégalopoles et les cités à cages à lapins des années d'après-guerre, ont une rue des Carmes, vieille comme la France, dont les habitants sont fiers et que les municipalités, sauf certaines que je ne nommerai pas, bichonnent comme des poupons, car utiles pour remplir l'assiette fiscale via les commerçants et les touristes, et vice versa.

Eh bien, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Orléanais, qui me faites bisquer avec votre scandale de votre rue des Carmes, j'ai le plaisir de vous annoncer que nous aussi, à Laval (France-53), on la tient notre pomme de discorde urbanistique ! Et ça vaut bien vos histoires de tram, je vous ferais dire ! Non mais ! Les trams, c'est comme le reste, quand on n'a pas les moyens de s'en payer un, on marche ! Et comment qu'il faisait Péguy pour aller de chez lui à la mairie ? Pedibus cum iambis, comme aurait dit Cicéron, et pas Carré, le dépité mis à l'amende, mentor impécunieux [message codé à l'attention exclusive de qui se reconnaîtra].

Ah ! je me marre ! Me voilà donc vengé ! Nous aussi, on va voir "fleurir des trous", selon une expression de la région Centre. Et chez nous non plus, les gens ne sont pas contents. Et moi, pas raciste comme certains, je vous autorise, je vous invite même à venir me dire, ici, dans les yeux, face à face, ce que vous pensez de la politique municipale lavalloise. Ce n'est pas moi qui vous dirai : "De quoi je me mêle ?"

Il faudrait quand même que je commence par vous expliquer le pourquoi du comment de l'affaire de la Grand-rue de Laval, notre rue des Carmes à nous, que vous êtes conviés à arpenter en y dépensant vos louis orléanais ou autres. On n'a pas le porte-monnaie xénophobe pour ce qui est de l'intériorisation. Surtout que les impôts locaux, purée, je ne vous dis que ça !


Les travaux dans la Grande-rue suscitent la grogne

Les commerçants ne sont pas satisfaits du choix de la date, et craignent pour leur chiffre d'affaires. La mairie a tenté de les rassurer, mais ça n'a pas été facile.

Les travaux dans la Grande-rue ont commencé, mais les commerçants riverains ne sont pas contents. « Nous ne sommes pas contre, mais nous aurions aimé être prévenus plus tôt » s'accordent-ils à dire. Seuls les propriétaires ont été prévenus. Les locataires, eux, l'ont appris grâce aux panneaux posés à l'entrée de la rue.

Hier soir, une petite réunion s'est tenue avec quelques élus, debout dans la rue. Nicole Peu, chargé du logement et des travaux, a été assaillie de reproches. « Et ma terrasse ? a demandé Stéphane Hubert, le gérant de la crêperie Fromentine et Sarrazin. Il va falloir que je la fasse démonter, et ça va me coûter 2 900 €.  Je n'ai pas les moyens. »

La municipalité refuse de prendre en charge ces frais. Elle n'indemnisera que pour l'enlèvement et le stockage. Elle a tenté de se défendre : « Il était bien convenu que ces terrasses devaient être démontables dans la journée, justement pour palier ce genre de problèmes ».



En première ligne

Aucune autre contrepartie ne sera accordée. Pourtant, les commerçants s'inquiètent pour leur chiffre d'affaires, et auraient aimé un geste. « On a déjà bien souffert avec la crise, et là ils nous en rajoutent. En plus, on n'a plus le festival des Uburlesques, qui nous amenait des passants et donc des clients. Alors ça + ça + ça, le chiffre d'affaires va forcément s'en ressentir », s'insurge Flore Lemoine, du magasin de décoration Les clés du grenier.

Le débat se poursuit sur le choix du mois de mars pour débuter ces travaux. Les commerçants l'affirment : c'est une mauvaise date. « C'est en plein à la reprise de la saison touristique, quand les gens se promènent... » explique Flore Lemoine. « On est mis devant le fait accompli. Ils auraient dû nous demander quelle était la date la plus appropriée ». Eux auraient préféré septembre-octobre, ou janvier-février.

Les représentants de la mairie (trois s'étaient déplacés spécialement  : Claude Gourvil, et Florence Fabre-Dureau) ont beau renouveler leurs excuses, la colère de certains est restée présente. « Ils ont beau s'excuser mille fois, c'est quand même nous qui sommes en première ligne », précise la gérante du magasin de décoration.

Nicole Peu a tenté d'apaiser tout le monde. Elle a bien insisté sur le fait que la rue resterait accessible aux piétons, et que les magasins resteraient ouverts. « Le pire c'est qu'on a voulu bien faire, a-t-elle murmuré. Mais on a choisi de faire les travaux avant l'été, et la saison touristique. » Pour elle, l'important est de privilégier le développement, l'attractivité et le tourisme.

Un nouveau point sur les travaux sera fait avec les riverains, le 6 avril.


Alan NAGARD.

alan.nagard@ouest-france.fr

Ouest-France

S/C Bernard Bonnejean


Publié dans poésie en image

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YannBBlues 23/03/2009 23:03

Bonsoir Bernard...
La dernière fois que j'ai mis les pieds dans la Grande Rue,ça date...d'au-moins 10 ans...ça a dû bougé pas mal depuis...par contre pour les travaux,je serais de l'avis de Samia;on sait quand ça commence,jamais quand ça finit...
bonne soirée et bon début de semaine...
J'ai mis de la guitare sur mon blog...
Yann

Bernard Bonnejean 23/03/2009 23:59


La Grand-Rue, ça fait depuis le Moyen-Age qu'elle a pas bougé !

C'est pas tout à fait vrai. Quelques maisons ont brûlé, mais on a eu des maires assez intelligents pour ne pas détruire l'ensemble. Maintenant, c'est plutôt un quartier chic, enfin, si on veut.

Ah ! Qu'est-ce que tu nous as mis comme morceau de guitare ? On va voir ça (demain matin).

Bonne nuit,

Bernard


Samia Nasr 23/03/2009 02:44

Bonjour Bernard, chez nous les travaux dans la rue demeurent plus longtemps que le temps prévu, tout traîne quand il s'agit des travaux nécessaires pour une ville. Mais je ne me plains pas, heureusement, j'ai chez moi où tout est calme, le printemps arrive jusqu'à ma fenêtre. Je te souhaite un bon début de semaine, et à très bientôt