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5 articles avec traditions seculaires

Le vermacle de sainte Golocôme (13° s.)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Texte établi et annoté par

M. le Professeur Amédée-Honoré

Le Piègeux (1892-1947),

docteur émérite de l'Université libre des Deux-Fleuves,

spécialiste en littérature médiévale costarmoricaine,

membre de l'Archiconfrérie des Preux Algonquins.


medaille.jpg
 
 
 
 

Sources et manuscrits :

 
Dès 1900, on connaissait le canevas du Vermacle de Sainte Golocôme, d'après une tradition orale très ancienne. Mais il appartint au génie du Père Augustin de la Ganisserie, op, d'en remarquer le manuscrit et de le déchiffrer. En fait, il y a deux manuscrits : le manuscrit A, daté de 1254, assez abimé par les infiltrations qui en ont rendu des passages entiers indéchiffrables ; le manuscrit B, celui que découvrit le P. de la Ganisserie, daté de 1274, et sur lequel travailla le Prof. A.-H. Le Piègeux. Ce document, très précieux, est aujourd'hui conservé aux archives de l'Université du Québec sous la référence :
 
 

Notes et commentaires :

 
Ayant moi-même travaillé sur le manuscrit B avec le Prof. Aloÿs Kuningam, je me suis permis, pour la bonne compréhension du manuscrit et par désir de servir la science linguistique et la recherche universitaire, d'ajouter quelques notes personnelles basées sur l'excellent travail de Le Piègeux.

manuscrit.jpg
Gildas clabingea la suifette1 à travers la membrouille. Il se fit une claquemure intense comme si la riboule avait gadiché la marniche. Les giberceuses arrêtèrent net leur alpingage ; les commeurnes2 s’entrechécraient, immobiles, vérinés comme des remures qu’on aurait lâchement remibourées. Et pourtant, on s’était bien promis qu’on harcènerait la gibesse ! Peine perdue ! Elle était là, farcelisée, coperfilée, émigurée telle une petite javercière ! La farloupe3 !!!
Tout à coup, Gildas s'escarla ! Il en avait son lamoir de toutes ces cernités !! Finies les patioches et autres inerettes ! On allait voir à quoi ressemblait sa lointère !
Combien y'en avait-il de minoches ? D'un coup d'oeil, il les estima à vintrure, peut-être vintrure-tierce4. Pas plus. Pas de quoi en manirer une membrière ! Mais quand même ! Il suffirait d'une seule marnelopée pour clamercer la gigouillade !
 
Gildas ferbola la gibesse par les deux cimures, sans déverger un seul instant. Furieuse, la giberce tenta de se décateliner, mamelinant de sarkeau et d'aubri, sans résultat. Elle était pièvre d'iroisie. Cependant, bien qu'on la studît vécasse, elle feignait de fafilocher, la badlesse, avec un perbolant de tous les diables ! C'en était minesque à voir ! Car il faut bien en circonvaincre : elle était tout de même faisiblement sarcolée, la cardaine5...
"Pas le temps de s'apiocher", s'ertima Gildas. A la moindre sonitude, il était brébanque pour des piogées. Mais comment s'estrafilier parmi giberceuses et commeurnes sans se tramouler trop ? Une vraie afriture ! Il demeura quelques astrices, la trimoire éperdue. Lui qui en avait pourtant clavaqué des révines, il était tout gouglottant, plus d'aspince que de britouille.
"Stup ! s'estrifouilla la gibesse. Sous tes grands socasses, t'es qu'une minoppée ! "
Gildas lui colla une traverseuse6 en travers de la matioche ! Une minoppée ! Lui ? Et en moins d'épatude qu'il ne faut pour le hablir, la gibesse se retrouva derge par-dessus pioche. Elle avait beau muniger comme une gréville, il ne découilla pas d'un epsilon7. On allait vriter ce qu'on allait vriter !
Ce fut une mirnechière comme on n'en vit pas à la bataille de Vorasque-la-Ménilmée8 ! Gildas se servait de la gibesse comme d'un sommetail à visitandoir ! Pas à pas, sochet après sochet, il se municipa un galteux au milieu de la furasque. Tous l'arabusquèrent ; aucun pour le débirasser. On eût dit le "Griveux de Chayource", tant son alluron était fiolesque et son instude énermineuse. Au reste, on entendait de vassa de valla des alluvirations au héros démouru. Pas un pour ne pas ébadouir un gosteux de Chayource.
Enfin, Gildas amanoui de sa gibesse, franchit le paltameur à séculier. Il la fit détremper à terre. Elle lui colla une traverseuse. Il lui rendit une tapocule puis lui roussilonnant les amunilles, il lui rifa : "La gibesse, t'as des blutiaux qui me décalagent". Et, toute éferluéé, elle lui haurissa une fifrelette qui le laissa émarturé. ........... sacubi[téé]......éroferme et s[...]..........................................délauquée........................................................................toute esparbassée9.
Ils s'embaguèrent et eurent une émarmité de mariochons. L'aînée, à la prustrécomption générale, finit laminaire au couvent des Absoulines10.




sainte.jpg
Sainte Golocôme, fille de Gildas et de la gibesse. 
 

RENVOIS DE NOTES :

 
1 Ce vocable, utitisé en ce sens, permet, d'après Luigi Scarpani, d'établir avec précision le territoire occupé par les Eromandiens au XIIIe siècle. Selon lui, il aurait englobé un espace compris entre Duchesnay et Portneuf. Edmond du Courteau d'Etables n'a pas retenu cette hypothèse.
2 On voit bien ici que la société éromandienne est fondée sur des critères sexuels. Patriarcale, avec une évidente domination des commeurnes, on n'est pas sans remarquer l'attitude de la "gibesse" (équivalent de notre "maîtresse femme") dont l'influence est sensible sur la population giberceuse.

3 Certes, le mot est osé ! Mais en faire une injure, comme l'a supposé Le Piègeux, nous semble exagéré.

4 Inutile de rappeler que le système décimal n'est pas encore inventé.
5 Une belle image, supposée magnifier les formes féminines.
6 Le lecteur aura soin de ne pas confondre la traverseuse et la tapocule (infra). Seule la première est une vraie correction, la seconde étant un acte physique, certes rude, mais asséné avec tendresse.
7 L'expression figée "ne pas découiller d'un epsilon" permet de supposer, avec une quasi certitude, l'influence grecque sur le peuple éromandien.
8 Une grande bataille dont nous ne savons presque rien sinon que le céromène (équivalent de général en chef), surnommé "Griveux de Chayource", était réputé pour être invincible.
9 Texte malheureusement perdu. L'aumônier général des Absoulines ayant griffé le manuscrit, il ne reste que quelques mots, qui donnent assez le ton très érotique du passage.
10 Ordre religieux féminin aujourd'hui disparu, placé sous le patronage de sainte Golocôme.


 
 
Voilà, mes chers amis, les connaissances qu'en toute modestie je me flatte d'avoir acquises. Puissiez-vous ne pas me le reprocher.
 


Bien amicalement,

 
Bernard
 
 
 

 

Publié dans traditions séculaires

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Une vie (3)

Publié le par Bernard Bonnejean


La Guyane française en 1971


11 mars 2009

 

 

Ne faites pas attention aux frontières : on n'est pas à 100 kms près.

Vous souvenez-vous ? Après un vol muet, loin d'être silencieux, dans un Nord-Atlas aimablement affrété par l'armée française à notre intention, nous arrivons en Guyane. Je ne parlerai pas de la Guyane des métros et des békés, de la Guyane des administratifs, de la Guyane du peu de touristes attirés à l'époque par je ne sais pas quoi d'ailleurs, puisque froussards comme pas deux, ils restaient sagement dans les villes du bord d'un Atlantique nauséeux parce que chargé de toutes les saloperies ramassées par l'Amazone jusqu'à son embouchure. Le pays de l'enfer vert,  les Guyanais eux-mêmes, sauf les descendants d'esclaves marrons (c'est-à-dire fugitifs), ne l'auraient jamais fréquenté à l'époque, par trouille ou par indifférence.

 



Magique ! Désespérant de majesté inaccessible ! Tout y est espace, solitude et foisonnement. Une foule gigantesque vous épie : des milliards de petits êtres qui imposent leur présence par des chants, des sifflements, des mélodies, et surtout, des cris, des hurlements, d'épouvantables cacophonies, parfois d'une violence telle qu'elle peut causer de la souffrance. Vous, pauvres Européens à l'oreille infirme, n'y voyez que du vert, à perte de vue, comme si la nature tenait à vous laisser en marge. Tout  ici est du vert, clinquant, pétaradant.  Tout est énorme. Tout est démesuré, bêtes et plantes. Baigné dans votre sueur moite, vous tentez en vain de capter un peu de bleu du ciel sans jamais y parvenir. Soit qu'il pleuve, soit que les eaux qui, après la dernière averse, ne se lassent pas de dégouliner de partout sur les feuilles comme sur les vêtements finissent par dessiner des nuages de vapeur. La Guyane, c'est de l'eau dans de la chlorophyle. Une certaine image d'un enfer où vous aimeriez bien voir quelques flammes pour vous réchauffer et vous sécher.

Personne, à ma connaissance, n'a réussi à traduire par des mots ce paysage amérindien d'une beauté incomparable à vous ficher la frousse de votre existence. Je ne m'y essaierai pas. La description que fait Louis-Ferdinand Céline de la forêt équatoriale africaine me semble la mieux adaptée à rendre l'atmosphère à défaut d'une exactitude physique impossible à rendre :
 
 
Les crépuscules dans cet enfer africain se révélaient fameux. On n'y coupait pas. Tragiques chaque fois comme d'énormes assassinats du soleil. Un immense chiqué. Seulement c'était beaucoup d'admiration pour un seul homme. Le ciel pendant une heure paradait tout giclé d'un bout à l'autre d'écarlate en délire, et puis le vert éclatait au milieu des arbres et montait du sol en traînées tremblantes jusqu'aux premières étoiles. Après ça le gris reprenait tout l'horizon et puis le rouge encore, mais alors fatigué le rouge et pas pour longtemps. Ça se terminait ainsi. Toutes les couleurs retombaient en lambeaux, avachies sur la forêt comme des oripeaux après la centième. Chaque jour sur les six heures exactement que ça se passait.

Et la nuit avec tous ses monstres entrait alors dans la danse parmi ses mille et mille bruits de gueule de crapauds.

La forêt n'attend que leur signal pour se mettre à trembler, siffler, mugir de toutes ses profondeurs. Une énorme gare amoureuse et sans lumière, pleine à craquer. Des arbres entiers bouffis de gueuletons vivants, d'érections mutilées, d'horreur. On en finissait par ne plus s'entendre entre nous dans la case. Il me fallait gueuler à mon tour par-dessus la table comme un chat-huant pour que le compagnon me comprît. J'étais servi, moi qui n'aimais pas la campagne.

 
L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit, Pléiade, rééd. 1982, p. 168.

 
 
Tant qu'on n'a pas vécu ces nuits braillardes en forêt amazonienne, on ne peut avoir une idée précise de la place de l'homme dans la création. Car, sachez-le bien, ces bestioles, même les plus petites, pourraient, s'il leur en prenait la fantaisie, vous bouffer en moins de temps qu'il faut pour le dire. Mais on leur a donné la délicatesse d'attendre que vous soyez morts.  Paul Harel, un poète normand du XIXe, l'a bien compris qui, lorsqu'il chassait, avait toujours en tête l'impression d'être le seul parmi les vivants à braver un interdit. L'homme est l'unique créature qui tue pour le plaisir ; la nature ne tue que par nécessité vitale. Ou par peur.

Au milieu de cette immense partouze, vivaient des seigneurs. Je dis "vivaient" parce que la civilisation et ses vices, aussi bien états-uniens qu'européens, a fini par avoir leur âme et finira bien par avoir leur peau. Tout le long de l'Inini et du Maroni, aux frontières brésiliennes et surinamiennes, au milieu de la forêt, près des eaux en furie, comme le reste, ils ne demandaient qu'à continuer à survivre de peu, comme l'ont toujours fait leurs ancêtres, on n'a jamais trop su depuis combien de temps. Jusqu'au jour où l'un d'eux a eu l'idée de sauver un journaliste métropolitain de la noyade. Leur accueil fut à ce point chaleureux qu' André Cognat, désormais Antecume, faux chef blanc du faux village d'Antecumpata, décida de rester parmi ces Indiens wayana. Jusque là, la préfecture s'était tenue coite, à bonne distance. Quand on voyait M. le Préfet en bermuda remonter les rapides, ils avaient quelque chose de surréalistes son titre et sa fonction ; je n'ai jamais trop su quelle était leur utilité à tous ces fonctionnaires, députés, sénateur ; peut-être bien, comme la forêt, de ne servir à rien du tout. En tout cas, pour la forêt, c'est ce qu'on croyait. Il ne serait venu à l'idée de personne de parler de "poumon de la terre" à étouffer littéralement au milieu de ces immondices naturels en perpétuelle putréfaction.

Jusqu'au jour où Cognat le magnifique se piqua de civilisation. Entendons-nous bien : Cognat-Antecume est sympathique. Il a voulu rendre service, c'est tout ! Il n'a pas voulu s'approprier un univers qui ne lui appartenait pas. Et il s'est fait couillonner par le gouvernement colonialiste, comme tous les grands explorateurs qu'il n'était pas. Il paraît qu'aujourd'hui les Indiens de Guyane parle le français comme vous et moi, pointent au chômage comme tous les civilisés, remontent gentiment le fleuve jusqu'à Maripasoula pour toucher leur RMI qu'ils picolent comme quatre sous forme d'un alcool frelaté eux qui ne supportaient pas un verre de bierre quand je les ai connus. MAIS ils vont à l'école. C'est ça qu'est bien l'école ! Un être libre va à l'école ! C'est ce que je croyais aussi, avant de connaître l'Amazonie.

Ils sont morts, les grands capitaines du fleuve, mes amis. Encore une combine de l'armée : les chefs indiens étaient honorés d'être appelés "capitaines", parce qu'on leur avait appris que c'était des gens importants. Mon grand ami, c'était le chef Malawatte qui aujourd'hui fait la causette avec les âmes de ses ancêtres. Bonjour, chef Malawatte ! Je ne vous ai jamais oublié. La façon dont tu nous as reçus, mes copains et moi ! Purée : le protocole élyséen à côté c'est du mauvais cinoche.

Mon Prince, c'est sur cette évocation que je veux finir. Parce que je n'ai pas l'intention, en la circonstance présente, de jeter de l'huile sur le feu en parlant des CRS dans les départements Antille-Guyane. Ce qui doit arriver arrivera. Mais, en quoi t'es concerné, toi ? Trop important, trop puissant, trop fier pour être éclaboussé par ces  insignifiances ! Chef Malawatte, dis-nous comment c'est là-haut. J'espère que tu es maître d'une forêt pour toi tout seul.

Bernard Bonnejean

Une toute petite requête : en 1971, j'ai pris moi-même les photos que vous voyez (si vous êtes sages, vous en aurez d'autres) et elles m'appartiennent. Si vous voulez les copier, soyez assez gentils de me le demander. Un petit mot suffira. Ce serait bien étonnant que je vous refuse.


Publié dans traditions séculaires

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C'est pour ma pomme

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La reine de la gastronomie mayennaise

 

 

Vous croyez les connaître ? Celles-ci, assurément :

 

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Quoique, pour la Reine de Reinette, je ne parierai pas un fifrelin sur vos chances d'en trouver dans les grandes surfaces ni même dans les épiceries fines. Permettez-moi tout de même de disgresser : que penser d'une « épicerie fine » qui vend des bananes et des oranges en pleine saison de chasselas ? dont le tenancier, par ailleurs d'une amabilité toute commerçante, vous avoue sans rire ignorer jusqu'au nom ? lequel, après que vous lui avez expliqué que c'est du raisin blanc, vous promet un prochain arrivage d'Italie ? et auquel vous décidez, plus par compassion que par vocation, d'expliquer ce que devraient évoquer Moissac et sa région à un fin épicier digne de ce nom ? « Dites-moi où, n'en quel pays ». Holà, gentilhomme, comme vous y allez ! « La route de la vertu n'est pas toujours la plus sûre, et il y a des circonstances dans le monde où la complicité d'un crime est préférable à la délation », vous aurait répondu le Marquis de Sade.

 

 Revenons à nos pommes. Mais fruit pour fruit, je crains que le problème des uns et des autres n'aient la même origine. Pourtant, dans les années 1900, il existait plus de mille variétés de pommes en France, plus ou moins grosses, plus ou moins belles, plus ou moins colorées, plus ou moins agréables aux sens. Elles étaient à ce point présentes au quotidien, qu'on ne s'embarrassa guère de les protéger. Si j'ose dire, elles faisaient partie des meubles. On en vint même à oublier leur nom. Il arriva aux pommes ce qui arrive à la viande de bœuf : de même que le client demande au boucher un « bifteck bien tendre », sans se soucier de savoir si ce sera dans la tranche, dans l'araignée ou dans l'onglet, on se sert un kilo de boules bien faites et bien brillantes appelées « pommes » sans en reconnaître, comme en grammaire, ni la nature ni la fonction.

 

 

 

Differentes-pommes.jpg

 

 

Une pomme n'est pas une pomme. 

 

 

Rien d'étonnant, finalement : il a fallu attendre le XIXº siècle pour que nos ancêtres trouvent un intérêt à nos monuments médiévaux. Jusqu'à ce que Prosper Mérimée alerte Viollet-le-Duc, personne ne se souciait davantage de l'état de la basilique de Vézelay, de Notre-Dame de Paris ou de la cité de Carcassonne que Grouard et Carré, d'Orléans, ne s'abaisseront à respecter la rue des Carmes. Comme chantait Vian :

 

                                            Demain ça sera ton tour
                                            Demain ça sera ton jour
                                            Plus de bonhomme et plus d'amour

                                            Faut que ça saigne

Parce que quand on y réfléchit, la pomme d'amour existe bel et bien, mais il faut croire qu'elle ne rapporte pas autant que la pomme de discorde. Et si, pour une fois, on allait plus loin que la viande à Vian : plus de La Villette, plus de rue des Carmes à Orléans, plus de pomme, plus de bonhomme, plus d'amour. On démolit, on anéantit, on annihile des siècles d'histoire et de plaisir de vivre. On s'en fiche : c'est pour le tram, le progrès, le fric !! Ah ! ça inra, ça inra, ça inra !

 

 

 

Grande-rue.jpg

 

Quel beau parking ça ferait ! 

 

 

Et dire que tout le monde pensait que puisque ça avait tenu jusque là, c'était bien le diable si ça disparaîtrait un jour. Les gens y prêtaient autant d'attention qu'aux panneaux « Attention ! Chutes de pierre ! ». Le passant passe quand même en pensant : « Et alors ? Qu'est-ce qu'on y peut ? »

 

À vrai dire, la rue des Carmes d'Orléans, les steaks ou les pommes, on vivait avec et on n'y pensait même pas. Jusqu'au jour où les pierres ont chuté et où une pomme est tombée ! Demandez à Newton.

 

L'agriculture des années 60 a imposé le rendement et la rentabilité. La golden, seule capable de supporter engrais et conditions modernes de transport, devint reine et domina le marché à 80%. Des spécialistes eurent même l'idée géniale de gorger notre miss univers de gaz éthylène pour en favoriser le mûrissement. Certes, on en cherchait le goût, mais la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a... 

 

Cependant, il me semble ne pas me tromper en affirmant que la nature, la morale et la politique obéissent à une loi commune : à une force finit par correspondre une force contraire qui, au moins pour un temps, favorise un retour à l'équilibre. J'ai pu le constater de mes yeux sur un tronçon guyanais de la transamazonienne : au bout de quelques mois, cette percée humaine au milieu du désert vert s'était de nouveau recouverte d'une végétation qui la rendait impraticable.

 

La nature s'était vengée toute seule. Les pommes, elles, ont eu besoin de la volonté de passionnés pour entrer en résistance et reprendre leur droit.

 

 

Dictionnaire_pomologie_couverture.jpg

 

 

Depuis quelques années, des spécialistes, aidés de quelques pépiniéristes amateurs éclairés, recherchent les anciennes variétés de pommes pour les identifier, les cultiver et les conserver. En 1990 était fondée l'Association nationale des Amateurs Bénévoles pour la sauvegarde des variétés fruitières régionales en voie de disparition, dite des « Croqueurs de pommes ».  Conscients d'une menace contre l'homme lui-même, ces bénévoles se sont associés en un mouvement solidaire.  Constatant que la diversité du patrimoine fruitier était en danger, les « Croqueurs de pommes » ont décidé, sur tout le territoire national, de répertorier tous les pommiers survivants, d'en faire une description détaillée et complète, de retrouver le(s) nom(s) sous le(s)quel(s) on les a toujours connus, de les localiser dans l'espace et dans le temps, d'en établir une liste aisément consultable, d'en assurer la survie, le maintien et la reproduction, de les faire connaître et aimer, plus rarement d'enrichir ce patrimoine par des variétés nouvelles.

 

L'Association ne poursuit pas seulement un but arboricole. Sous la houlette de Maïté Dodin, l'actuelle présidente, elle entend préserver l'environnement pour les générations futures ; leur assurer un savoir et un savoir-faire humanitaire, humaniste et encyclopédique par la survivance de végétaux témoins d'un monde où la variété est facteur d'équilibre et de bien-être ; établir un lien fraternel entre les membres, seule façon de valoriser et de protéger le vivant et de résister contre des lobbies internationaux dont les intérêts sont a priori ailleurs, c'est-à-dire dans une uniformité rentable et peu exigeante.

 

Certaines régions ont tout misé sur cette diversité pomologique. Le département de la Mayenne, situé aux confins de la Bretagne et de la Normandie, a créé le label Goûtez à la Mayenne, représentant une fourchette piquée dans une pomme rouge. Il n'est attribué qu'à des produits fermiers de grande qualité, à des restaurants qui proposent une cuisine souvent accompagnée de pommes ou de produits dérivés. Même si, en Mayenne, il n'existe pas de plats typiques du terroir, à proprement parler, des chefs travaillent depuis quelques années à travailler les différentes variétés de pommes des vergers locaux. L'art culinaire de la pomme en Mayenne, terre de bocage, est favorisé par de nombreux vergers réhabilités ou installés par des passionnés. On y redécouvre des variétés locales comme la fréquin, la bedan ou la damelot qui entrent dans la composition de jus de pomme, cidre, eau de vie et pommeau. Au nord du département, l'appellation « calvados » est autorisée. Quelques producteurs ont démarré une procédure AOC pour le « cidre du Maine », le « pommeau du Maine » et l'« eau de vie du Maine ».

 

 

Bourdaine-de-la-Mayenne.jpg 

  Bourdaine de la Mayenne

 

 

Près de la Mayenne, en Normandie la pomme occupe une place de choix. Si un jour, vous passez du côté d'Avranches, ne manquez pas de rendre visite à Maurice Bunel (Association des Croqueurs de pommes, Siége Social local, 50240 Montjoie-Saint-Martin ; Tél : 02 33 48 35 04 ) qui vous fera l'honneur de la visite de son véritable musée vivant d'arbres fruitiers. Ce passionné vous accueillera  par le rappel des objectifs de l'Association des « Croqueurs de pommes » : la recherche, la sauvegarde du patrimoine génétique fruitier, la promotion des variétés fruitières méritantes, l'information et l'éducation du public.

 

Toutes les activités dont il est responsable à Montjoie-Saint-Martin s'inscrivent dans cette perspective :

  • Fête de la Pomme et de la Châtaigne, le dernier dimanche d'octobre ;
  • Bourse aux Greffons, le dernier samedi de février ;
  • Séances d'initiation au greffage et à l'écussonnage ;
  • Traitement naturel des maladies ;
  • Séance d'identification ;
  • Initiation à la taille ;
  • Visite guidée du verger privé riche de plus de trois cents variétés de fruits.

 

 Croqueurs_de_Pommes_logo_t_800.jpg

 

 

 

Enfin, pour les plus curieux, voici une série de liens de sites aisément consultables. Mais il faudrait toute une vie pour arriver à bout d'une connaissance encyclopédique complète sur ce fruit qui fait que, depuis Ève, nous sommes assez heureux sur terre pour avoir envie d'y rester.



Et puisqu'en France tout finit par des chansons, chantons :



 

 

 

Bernard Bonnejean

Publié dans traditions séculaires

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Vae victis !, comme disait l'autre

Publié le par Bernard Bonnejean



L'EN-AVANT DE
GUINGAMP
VAINQUEUR DE LA
COUPE DE FRANCE








Les Rennais pourront toujours se dire :

"N'eo ket ur c'hement c'hoantaat  ha kaout."

personne ne les contredira.

"Goude ar c'hoari e teu an dic'hoari"

et en l'occurence, il n'y a rien de plus vrai.



N'eus ket a enebourien vihan. O vont d'ar fest c'hwi a gano O tont en-dro c'hwi a ouelo. Gortoz hir, gortoz mat Pzeu an taol da vat. N'eo ket ar c'hezeg bras A gas ar c'herc'h d'ar marc'had'.

Un point, c'est tout !!! Non mais !!

Kenavo, les amis

Bernard Bonnejean








   
 
  En Avant de Guingamp Côtes d'Armor

En avant de Guingamp
 Côtes d'Armor
 


 

- Palmarès
Championnat de Ligue 1 / Division 1:
7ème (1): 2002/03.
7 saisons, 254 matches, 82 victoires, 67 nuls, 105 défaites, 265 buts pour, 320 buts contre.
Plus grand nombre de victoires consécutives: 4.
Plus grand nombre de matches consécutifs sans défaite: 9.
Joueur avec le plus grand nombre de matches: Coco Michel (229).
Joueur avec le plus grand nombre de buts: Stéphane Carnot (29).
Championnat de Ligue 2 / Division 2:
Vice-champion (2): 1994/95, 1999/00.
Championnat de National / National 1:
Vice-champion (1): 1993/94.
Championnat de Division Honneur Ouest:
Champion (1): 1975/76.
Vice-champion (2): 1949/50, 1974/75.
Coupe de France:
Vainqueur (1): 2008/09.
Finaliste (1): 1996/97.
Coupe de la Ligue:
1/2 finaliste (1): 1995/96.
Ligue Europa / Coupe UEFA / C3:
1/32 de finaliste (1): 1996/97.
1 saison, 2 matches, 0 victoire, 1 nul, 1 défaite, 1 but pour, 4 buts contre.

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A Jeanne-Agnès d'Orléans

Publié le par Bernard Bonnejean

ou la jeune fille à l'épée

Les hommes font les lois ;
les femmes font les
mœurs .
Charles Joseph,
prince de Ligne.


C'était un vœu, un engagement quasi solennel. L'hôtel était réservé ; les horaires de tram calculés ; une série-photos de la rue des Carmes programmée. J'avais dit : "J'y serai" ! Et je n'y suis pas ! Manque de sommeil ; vertiges ; danger ; repos imposé. J'en suis vraiment contrarié mais pas désespéré.

Je ne t'ai pas laissée seule une journée entière, chère Agnès. Aujourd'hui encore, nous sommes allés à la basilique Notre-Dame d'Avesnières de Laval et j'ai prié la Vierge pour notre pays, ta ville, tes protégés, tes amis, ta famille et ta mission.


Notre-Dame d'Avesnières, vue du hallage sud (6 mai 2009)

De quelle mission veux-je parler ? De celle que tu auras reçue en même temps que l'épée.
Notre Dame, tu le sais, a eu le cœur transpercé de sept glaives. Mais elle est Mère de notre Dieu et ta mission est certes plus modeste.


Statue de Notre-Dame d'Avesnières à Laval (6 mai 2009)

Tu n'as reçu qu'un glaive. Ou plutôt une seule épée. Pas qu'une arme ; une "forêt de symboles", aurait dit Baudelaire, difficile à énumérer.

Les épées historiques, magiques, divines se nomment Balmung, Nagelring, Excalibur... Leur particularité est aussi unique que leur nom. Depuis des millénaires, l'épée est l'attribut de la classe guerrière dominante, ce qui fait de mon père, forgeron, un acolyte des dieux  : il savait manier le feu, comme Thor, le tonnerre. Si bien que dans l'hindouisme védique, le même terme varya désigne la virilité et la foudre.

 

 

Les samourais sont armés de deux épées, le katana et le wakizashi. Pour eux, l'épée est un attribut de l'âme et ils doivent la maintenir dans un état idéal de pureté. 

 

 

Curieusement, l'épée orientale, tout en courbes, a une dimension féminine, alors qu'en Occident la lame droite constitue un symbole phalique. Elle figure le jugement sain et droit permettant de distinguer la culpabilité et l'innocence.

 

 

Au temps des chevaliers, lorsqu'un homme devait passer la nuit sur la même couche qu'une Dame qu'il entendait respecter, il plaçait son épée entre elle et lui, comme une protection de leur chasteté réciproque. Auparavant, il avait été adoubé, frappé sur l'épaule par son seigneur, geste censé séparer sa vie entre un avant et un après.

 


N'oublions pas l'épée de feu de l'Archange Saint Michel, qui sépare l'homme nouveau, chrétien, de son passé païen.

Toi, Agnès, te voilà gardienne, pendant un an, de l'épée de Jehanne. Peu importe qu'elle ne soit qu'une copie. Sa symbolique est aussi riche qu'immuable.

C'est Jeanne elle-même qui demanda l'épée de Sainte Catherine de Fierbois, et un forgeron, envoyé depuis Tours, la découvrit dans un coffre derrière l'autel.

Jeanne l'aurait brisée sur le dos d'une prostituée, à Saint-Denis. Il semble qu'elle ait pris l'habitude de frapper avec cette épée sur le dos des filles de joie. Charles VII, qui n'avait rien compris à la signification de l'épée johannique, en fut très mécontent.

 

 

Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus, toute jeune fille elle aussi, à laquelle je me permets de te confier, a retrouvé les valeurs véritables de l'épée de Jeanne d'Arc que tu as eu l'honneur de figurer cette année à Orléans. Elle a composé ce poème "Mes armes" pour expliciter sa vocation et la nécessité de ses vertus de carmélite.

 

 

Sainte Thérèse de Lisieux déguisée en Jeanne d'Arc

 

Du Tout-Puissant j'ai revêtu les armes,
Sa main divine a daigné me parer ; Rien désormais ne me cause d'alarmes, De son amour qui peut me séparer ? A ses côtés, m'élançant dans l'arène, Je ne craindrai ni le fer ni le feu Mes ennemis sauront que je suis reine, Que je suis l'épouse d'un Dieu.   Ô mon Jésus ! je garderai l’armure Que je revêts sous tes yeux adorés ; Jusqu'au soir de l'exil, ma plus belle parure Sera mes vœux sacrés.   Ô Pauvreté, mon premier sacrifice, Jusqu'à la mort tu me suivras partout ; Car, je le sais, pour courir dans la lice, L'athlète doit se détacher de tout. Goûtez, mondains, le remords et la peine, Ces fruits amers de votre vanité ;Joyeusement, moi je cueille en l'arène Les palmes de la Pauvreté.   Jésus a dit : « C'est par la violence Que l'on ravit le royaume des cieux. » Eh bien ! la Pauvreté me servira de lance, De casque glorieux.   La Chasteté me rend la sœur des Anges, De ces esprits purs et victorieux. J'espère un jour voler en leurs phalanges ; Mais, dans l'exil, je dois lutter comme eux. Je dois lutter, sans repos et sans trêve, Pour mon Epoux, le Seigneur des seigneurs. La Chasteté, c'est le céleste glaive Qui peut lui conquérir des cœurs.   La Chasteté, c'est mon arme invincible ; Mes ennemis, par elle, sont vaincus ; Par elle je deviens, ô bonheur indicible ! L'épouse de Jésus.   L'Ange orgueilleux, au sein de la lumière, S'est écrié : « Je n'obéirai pas !... »Moi, je m'écrie en la nuit de la terre Je veux toujours obéir ici-bas. Je sens en moi naître une sainte audace,De tout l'enfer je brave la fureur. L'Obéissance est ma forte cuirasse Et le bouclier de mon cœur.   O Dieu vainqueur ! je ne veux d'autres gloires Que de soumettre en tout ma volonté ; Puisque l'obéissant redira ses victoires Toute l'éternité !   Si du guerrier j'ai les armes puissantes, Si je l'imite et lutte vaillamment, Comme la vierge aux grâces ravissantes, Je veux aussi chanter en combattant. Tu fais vibrer de ta lyre les cordes,Et cette lyre, ô Jésus, c'est mon cœur ! Alors je puis de tes miséricordes Chanter la force et la douceur.  En souriant je brave la mitraille, Et dans tes bras, ô mon Epoux divin, En chantant je mourrai sur le champ de bataille, Les armes à la main !
 
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus - 25 mars 1897

Je te dis merci, Agnès, de toutes mes forces, d'avoir eu ce courage d'affronter le regard moqueur des autres. Merci d'avoir été Jeanne, pendant toutes ces fêtes orléanaises. Merci de le rester encore en conservant l'épée. Nous te garderons présente aussi longtemps que Jeanne l'aura décidé.

Bernard Bonnejean

A l'issue de son premier jour de parution, cet article, inscrit dans la communauté de Samia Nasr, sans religion,
modératrice de l'Île des Poètes Immortelles, de Samia Lamine, musulmane,  et dans la thématique "féminin" a été très regardé. Il n'a subi ni ricanements ni quolibets ni mauvaise humeur. Je n'en déduis rien, mais je le laisse une journée supplémentaire à l'intention d'Agnès qui sera encore très occupée aujourd'hui 8 mai à Orléans.


Publié dans traditions séculaires

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