Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

1 articles avec religion et (in)culture

MADAME TAUBIRA ET LA MARSEILLAISE

Publié le par Bernard Bonnejean

MADAME TAUBIRA ET LA MARSEILLAISE

MME TAUBIRA ET LA MARSEILLAISE

Ainsi, Madame le Garde des sceaux, vous refusez de chanter la Marseillaise. C’est notre hymne national et la Guyane française était française bien avant votre naissance. Vous êtes donc, par le fait, guyanaise donc française de votre double souche. Vous ne refusez d’ailleurs pas votre caractère guyanais et français puisque Manuel Valls après Jean-Marc Ayrault vous a choisie pour garder les sceaux, labels, marques, timbres, estampilles, tampons, poinçons, frappes et autres empreintes officielles et administratives français. « Françaises » ? Non, Madame le Ministre pour laquelle j’ai le plus grand respect. La grammaire n’est pas féministe et le masculin, en ce domaine, continue à l’emporter. Laissez-nous, je vous prie, ce dernier bastion sans pour autant vous alarmer. Mon énumération comporte cinq syntagmes masculins pour quatre féminins. En bonne justice… Si j’avais eu l’intention de vous être désagréable j’aurais écrit : « Pour garder les sceaux, marques, estampilles, frappes et autres empreintes officielles et administratives français ». Et ç’eut été on ne peut plus convenable.

Voilà que vous ne voulez pas conspuer « le sang impur » abreuvant nos sillons ? À votre décharge, je dois avouer qu’en 1970 grenadier-voltigeur dans l’Infanterie de marine encasernée à Cayenne, quartier Loubère, alors que nous avions vous et moi quelque vingt ans, je n’ai pas beaucoup eu l’occasion de voir de beaux sillons tracés sur le sol de notre département d’outre-mer. Sully ne semble pas y avoir eu autrement de succès et si j’avais quelque pouvoir en ce pays je proposerais une révision de sa citation en « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de l’ancienne métropole ». Croyez-vous que l’actuel ministre de l’agriculture accepterait une telle refonte de nos principes rendus ainsi plus conformes aux réalités ? Remarquez bien que si nous touchons aux nomenclatures obsolètes, nous ne sommes pas prêts d’en avoir terminé. Au ministre en question il faudra plutôt donner du M. le Ministre des gites ruraux et du tourisme campagnard puisque d’agriculture il ne restera sous peu que quelques arpents de blé beauceron ou une immense jachère de substitution financée par le ministère de l’économie et des finances ou celui de la solidarité nationale. Quant à l’industrie… Un bon point quand même pour l’Éducation nationale qui depuis le départ du sinistre Peillon va pouvoir recommencer à agir selon son ancienne dénomination : l’Instruction publique qui a désormais ses martyrs au Nigéria.

Donc, disais-je, vous avez refusé de chanter la Marseillaise le 10 mai alors que la République commémorait l’abolition de l’esclavage. On était en droit de s’interroger car c’est tout de même sur votre initiative que la France honore ses anciens esclaves ce jour-là. Pourquoi donc avez-vous refusé de chanter la Marseillaise en cette circonstance précise ? Était-ce par reniement de la France esclavagiste ? Par oubli de la France qui affranchit ses enfants ? Ou bien n’est-ce rien de tout ça ? Je n’ai pas l’intention de répondre à votre place mais mon expérience me permets, je crois, d’ouvrir quelques pistes.

Madame, je connais bien la Guyane et je vous comprends. Les seuls « cultivateurs » que j’y ai connus étaient les bagnards métropolitains relégués depuis leur libération – décidément, on a beaucoup libéré en Guyane, autant qu’on a asservi, emprisonné, déporté. La Nation, probablement plus réaliste que généreuse, leur avait concédé un hectare de cette terre restée vierge depuis des siècles à charge pour eux de la mettre en valeur. En ces années soixante-dix, il était encore loisible au jeune homme que j’étais d’entrer en contact avec ces vieux édentés clochardisés qui avaient réussi, pour la plupart, à force de ténacité et de courage, à faire pousser des carottes et des salades en un endroit que la préfecture avait longtemps jugé inculte. Encore n’était-ce que pour leur consommation personnelle. À ma connaissance, l’idée ne serait venue à aucun d’eux de vendre tout ou partie de leur production. Elle était trop mince et leur constant objectif était de rester en vie en essayant de jouir de la liberté accordée au terme d’une existence mouvementée. Vivre de son travail pour qui a été asservi dépasse l’entendement. Les seuls que j’ai connus pour se livrer au commerce vendaient des papillons, une occupation assez peu rentable qui pouvait passer pour un loisir. Quelques autres trafiquaient aux frontières du Brésil et du Surinam, vivotant dans la peur de se faire tuer…

Raisonnons autrement ! Voilà un département français dont les habitants ne connaissaient de travail manuel que celui que les maîtres métropolitains avaient imposé à leurs ancêtres réduits en esclavage avant de le confier à d’autres esclaves moins patentés mais tout autant utilisés dans les mêmes gratuites conditions. Le travail (du latin « trepalium » qui désigne un « instrument de torture ») en Guyane était réservé aux esclaves et aux condamnés frappés de bannissement. Comment trouver assez de pédagogie pour convaincre une population jeune de s’y adonner librement ? D’autant que les seuls êtres que j’y ai vus travailler manuellement sans y être contraints étaient des « Brésilos », des Brésiliens échoués à La Crique, le quartier mal famé de la préfecture, juste là pour gagner quelques francs et mourir moins vite de misère. Les temps ont changé, nous dira-t-on. Pour un métropolitain blanc, sans aucun doute, mais pour un descendant noir ou créole des victimes du commerce triangulaire dont certains se refusent aujourd’hui à reconnaître la responsabilité, ce n’est pas certain du tout.

Depuis que je suis en panne d’Internet, je me replonge dans les classiques. J’ai eu l’idée de réécouter (je préfère me contenter du son des grandes heures télévisuelles après en avoir vu et revu les images) un chef-d’œuvre sur le sujet de la colonisation et de la traite des esclaves : la « Controverse de Valladolid ». Je passe les détails et j’en viens immédiatement au plaidoyer-réquisitoire de Bartholomée de Las Casas. Ce pourrait être la réponse à la question qui ne lui a jamais été posée par ce tribunal de l’Église : « Pour vous, mon Frère, qu’est-ce que l’esclavage dont vous avez été témoin ? » :

« Depuis la découverte et la conquête des Indes les Espagnols n’ont pas cessé d’asservir, de torturer, de massacrer les Indiens. […] Depuis les tout premiers contacts les Espagnols n’ont paru animés et poussés que par la terrible soif de l’or. Au point qu’en certains endroits des terres nouvelles les habitants disaient : “Mais qu’est-ce qu’ils font de tout cet or ? Ils doivent le manger”. Aussi, depuis le début, les malheureux Indiens sont-ils traités comme des animaux privés de raison. D’abord on les marque comme esclaves au fer rouge du nom de leur propriétaire au visage. Lorsqu’ils passent d’un propriétaire à l’autre on les marque encore et encore. Ces marques s’accumulent sur leur visage qui devient comme du vieux papier. Par la suite, on les a jetés en masse dans les mines d’or et d’argent et là ils meurent par milliers. Une effroyable puanteur se dégage de ces mines pires que l’enfer, noires et humides. Les puits sont survolés par des troupes d’oiseaux charognards innombrables qui masquent le soleil […]. Éminence, c’est par millions qu’ils ont été exterminés ! Oui, par millions, comme des bêtes à l’abattoir ! Tout est bon ! Quelquefois on les embroche par groupes de treize, on les entoure de paille sèche et on y met le feu. D’autres fois, on leur coupe les mains et on les lâche dans la forêt en leur disant : “Allez porter les lettres”, autrement dit “allez porter le message, allez montrer aux autres qui nous sommes”. Quelquefois on saisit les enfants par les pieds et on leur fracasse le crâne contre des roches. Ou on les met sur le gril, on les noie, on les jette à des chiens affamés qui les dévorent comme des porcs, on fait des paris à qui ouvrira le plus de ventres de femmes. […] – Vous étiez présent, demande le cardinal-juge ? – J’étais leur aumônier ! Une autre fois, Éminence, j’ai vu un soldat en riant planter sa dague dans le flanc d’un enfant et cet enfant allait deci delà tenant à deux mains ses entrailles qui s’échappaient. Toujours à Cuba : on s’apprêtait à mettre à mort un de leurs chefs, un cacique, sans aucune raison et à le brûler vif. Alors un moine s’approcha de l’homme pour lui parler un peu de notre foi. Il lui demanda s’il préférait aller au Ciel où sont la gloire et le repos éternel au lieu de souffrir en enfer. Le cacique lui dit : “ Est-ce que les chrétiens vont au ciel ? – Oui, dit le moine, certains d’entre eux y vont. – Alors, dit le cacique, je préfère aller en enfer pour ne pas me retrouver avec des hommes aussi cruels” ».

Las Casas obtint gain de cause. L’esclavage des Indiens d’Amérique prit fin et son Éminence put clore ainsi la controverse :

« On commettrait une grande erreur en pensant que l’Église ne tient aucun compte des intérêts légitimes de ses membres. Nous sommes en effet très sensibles aux coups portés à la colonisation. Il existe peut-être une solution que je voudrais rappeler. S’il est vrai que les Indiens sont frères en Jésus-Christ et doués d’une âme raisonnable comme nous, en revanche il est sûr aussi que les habitants des contrées africaines sont bien plus proches de l’animal. Ces habitants sont noirs, frustes. Ils ignorent toutes formes d’art et d’écriture et n’ont construit que quelques huttes. Toute leur activité est physique. Il est certain que depuis l’époque de Rome ils ont toujours été soumis et domestiqués. Des Africains ont déjà fait la traversée. Je ne peux évidemment que suggérer mais pourquoi ne pas les ramasser vous-mêmes en quantité suffisante ? Vous auriez assurément une main d’œuvre robuste et encore moins dispendieuse. Je suppose qu’en Afrique ça se trouve facilement. […] »

Permettez-moi de ne pas commenter au risque de devoir être confronté à ce genre de réflexions : « Ce sont des Espagnols et nous n’y sommes pour rien ». Juste un détail : son Éminence était lucide ; à ce rythme-là il ne restait plus assez d’Indiens. Il fallait trouver une solution de remplacement. Ce fut le commerce triangulaire qui fait qu’aujourd’hui Cuba et les Antilles, ainsi que la Guyane, sont peuplées de noirs.

Franchement, une simple question : « La Marseillaise, que vient-elle faire dans toutes ces horreurs ? » Elle symbolise ? Soit ! Mais l’asservissement systématique des peuples au nom de l’égalité ou de la liberté, de la très-sainte religion, du communisme ou du nazisme n’a rien de symbolique !

Alors, M. Copée, revenons à la raison et, avec elle, à une vérité beaucoup plus relative. Je serais tenté de reprendre l’idée de ma penseuse belge préférée : « Mieux vaut une Taubira se refusant à exercer publiquement sa fibre patriotique sur la scène d’un karaoké de podium qu’une autre beuglant ses échos vengeurs aux accents d’une Jehanne désincinérée qu’on croyait s’être autoboutée chez les Nippons ». La première nous vient d’une France un peu étrangère presque totalement peuplée d’Afro-américains dont nous avons asservi les aïeux, la seconde n’a cessé de la quitter pour se faire valoir à l’exportation. Quelle est la vraie patriote des deux ? Laquelle est la plus méritante ?

Attardons-nous un peu sur cette deuxième question ? Voilà une descendante d’esclaves, femme politique issue d’un de nos départements d’Outre-mer, militante indépendantiste chez elle mais devenue députée républicaine légaliste à Paris, dont la négritude est naturellement affichée contrairement à celle de certains compatriotes qui ont passé une grande partie de leur blanche créolité à la masquer pour donner le change. Voilà donc une Guyanaise bien éloignée de sa capitale administrative qui parvenue au faite de sa carrière accepte de servir la France en devenant ministre du plus nantais des politiciens nantais : Jean-Marc Ayrault. Le « Petit Larousse Illustré » de 1993 annonçait : « Nantes atteignit son apogée au XVIIIe siècle avec le trafic triangulaire ». Traduction : Nantes dans l’histoire de l’esclavage occupe l’une des toutes premières places. Ces magnifiques façades des alentours du port, de la Bourse et de Graslin représentent les devantures de la sueur sanguinolente du bois d’ébène. Elles en figurent l’héritage, de cet héritage-même dont la droite française, refusant la responsabilité historique, ne veut plus entendre parler. Ils ne veulent pas partager la honte mais acceptent d’en recueillir les fruits. Madame, ce qui nous rapproche ? D’une part, que le hasard des affectations m’a conduit à servir en Guyane. « Servir » au pays de toutes les servitudes passées. D’autre part, que mon patronyme se trouve être aussi le nom d’une commune d’Haïti. Je me suis mis dans la tête qu’elle témoignait de la présence d’un ancêtre très probablement propriétaire terrien donc esclavagiste… Vous vous sentez, je le crois, dépositaire de votre passé familial ; je me sens comptable des fautes du camp opposé, celui de leurs bourreaux.

La Marseillaise dans toute cette histoire ? Finalement, vous êtes comme moi qui pourtant ne garde point les sceaux (et pourtant j’étais garde-caisse au quartier Loubère de Cayenne !) : vous préférez le parterre à la tribune officielle, le plancher des vaches au rocher de Guernesey, « La Grande Vadrouille » à « Quand passent les cigognes », un solo de batterie à la Chorale des Instituteurs moraves, les mimiques du tambour-major aux douze trompettes de la batterie-fanfare, la petite musique de nuit aux bateliers de la Volga, une belle planque dans un tabernacle douillet à une exposition sur un reposoir un jour de Fête-Dieu. Ça ne se voit pas, ça ne s’entend pas, ça se vit ! Pendant que les braillards électoraux s’égosillent, nous, la Marseillaise, nous la gîtons. Sans compter que mon père m’a fait comprendre quelque chose que généralement on préfère taire. Ce forgeron hautement qualifié ouvrier des arsenaux se mettait au garde-à-vous dès les premières mesures de la Marseillaise. Et pour peu que l’ambiance y soit il avait très vite la larme à l’œil. Normal, direz-vous. Je l’ai longtemps cru jusqu’à ce que je constate étonné que n’importe quel hymne de n’importe quelle nation à n’importe quelle occasion lui faisait à peu près le même effet.

Ce procès en hymnophobie féminindépendantiste est absurde. Ce ne serait pas grave s’il n’était défendu par une opposition censée prendre les rênes dans quelques mois. Elle se ridiculise et ridiculise les citoyens qui osent encore risquer une once de confiance sur leur potentiel politique. J’ai peur que cet énième cri d’orfraie copéen & Co ne sonne le glas du peu de crédit qu’elle avait encore. Sommes-nous donc condamnés à jouer à « c’est le moins pire qui reste » ? Hollande l’emporta sur Sarkozy mais absolument rien ne laisse prévoir que Copée l’emportera sur Hollande. On ne gouverne pas avec des cris de vieilles filles effarouchées surtout quand ils ont pour objets les petits pains au chocolat des récrés et les faiblesses hymniques d’un ministre en exercice.

Il n’en reste pas moins, Madame Taubira, que malgré l’admiration que je vous porte et que vos adversaires racistes n’ont réussi qu’à accroître, je reste résolument opposé au mariage pour tous et aux âneries sexuelles du « genre » de vos copines états-uniennes revisitées par Peillon-Belkacem. Avec ou sans Marseillaise

Bernard Bonnejean

Jeune nigériane en partance pour l'esclavage "islamique"

Jeune nigériane en partance pour l'esclavage "islamique"

La Marseillaise que vous êtes priés de chanter ! au garde à vous !

Bagne de Guyane française : la guillotine

Bagne de Guyane française : la guillotine

Bagne de Guyane française : la traversée atlantique.

Bagne de Guyane française : la traversée atlantique.

L'oeuvre civilisatrice espagnole en Amérique

L'oeuvre civilisatrice espagnole en Amérique

MME TAUBIRA ET LA MARSEILLAISE

Ainsi, Madame le Garde des sceaux, vous refusez de chanter la Marseillaise. C’est notre hymne national et la Guyane française était française bien avant votre naissance. Vous êtes donc, par le fait, guyanaise donc française de votre double souche. Vous ne refusez d’ailleurs pas votre caractère guyanais et français puisque Manuel Valls après Jean-Marc Ayrault vous a choisie pour garder les sceaux, labels, marques, timbres, estampilles, tampons, poinçons, frappes et autres empreintes officielles et administratives français. « Françaises » ? Non, Madame le Ministre pour laquelle j’ai le plus grand respect. La grammaire n’est pas féministe et le masculin, en ce domaine, continue à l’emporter. Laissez-nous, je vous prie, ce dernier bastion sans pour autant vous alarmer. Mon énumération comporte cinq syntagmes masculins pour quatre féminins. En bonne justice… Si j’avais eu l’intention de vous être désagréable j’aurais écrit : « Pour garder les sceaux, marques, estampilles, frappes et autres empreintes officielles et administratives français ». Et ç’eut été on ne peut plus convenable.

Voilà que vous ne voulez pas conspuer « le sang impur » abreuvant nos sillons ? À votre décharge, je dois avouer qu’en 1970 grenadier-voltigeur dans l’Infanterie de marine encasernée à Cayenne, quartier Loubère, alors que nous avions vous et moi quelque vingt ans, je n’ai pas beaucoup eu l’occasion de voir de beaux sillons tracés sur le sol de notre département d’outre-mer. Sully ne semble pas y avoir eu autrement de succès et si j’avais quelque pouvoir en ce pays je proposerais une révision de sa citation en « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de l’ancienne métropole ». Croyez-vous que l’actuel ministre de l’agriculture accepterait une telle refonte de nos principes rendus ainsi plus conformes aux réalités ? Remarquez bien que si nous touchons aux nomenclatures obsolètes, nous ne sommes pas prêts d’en avoir terminé. Au ministre en question il faudra plutôt donner du M. le Ministre des gites ruraux et du tourisme campagnard puisque d’agriculture il ne restera sous peu que quelques arpents de blé beauceron ou une immense jachère de substitution financée par le ministère de l’économie et des finances ou celui de la solidarité nationale. Quant à l’industrie… Un bon point quand même pour l’Éducation nationale qui depuis le départ du sinistre Peillon va pouvoir recommencer à agir selon son ancienne dénomination : l’Instruction publique qui a désormais ses martyrs au Nigéria.

 

 

Partager cet article

Repost 0