Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

8 articles avec arts plastiques

Conversation privée

Publié le par Bernard Bonnejean



Échange sur une photo

 

numerisation0001-copie-1.jpg 

      «  Purée ! Viens-voir ! Ça vaut dix !

- Me dis pas que c’est lui, ça !

- Ben si ! Regarde ses yeux : c’est à ça qu’on le reconnaît.

- Ben mince ! Je l’aurais croisé dans la rue, je l’aurais pas reconnu.

- Remarque, il penserait peut-être la même chose de nous s’il nous voyait.

- Quand même ! Pas à ce point-là ! Ça, tu vois, c’est quelqu’un qui se laisse aller.

- Ou alors, il est malade ?

- Malade ? Avec un sourire pareil ? I’ bouffe trop, c’est tout !

- Tu sais, des fois, hein !

- Je te dis qu’il bouffe trop et puis la picole, à c’t’âge-là…

- Il  a jamais picolé de sa vie.

- Y’a un début à tout. Tu te rappelles la tronche à Gaby, après la mort de sa femme ?

- Il avait pas attendu la mort de sa femme pour picoler le Gaby !

- Il avait pas attendu la mort de sa femme pour rien du tout, Gaby. Celui-là !!!

- On peut dire qu’il lui en a fait voir à sa femme.

- Oui, bon, d’accord, mais il est resté jusqu’au bout quand même ! Tu peux pas lui retirer ça !

- Il était jamais chez lui !!

- Elle non plus !

- Evidemment, il l’avait mise en maison spécialisée !!!

- Bon ! D’accord ! De toute façon, tu l’as jamais aimé, Gaby ! Et d’abord, qu’est-ce qu’il vient faire Gaby dans la conversation !

- C’est toi qu’en parles !

- Maintenant que tu le dis, je me demande quand même s’il est pas malade avec une bouille pareille. C’est pas normal, ça !

- Puisque j’te le dis !

- Il paraît que la cortisone…

- Surtout que là, il a pas grossi, il a enflé, non ?

- Oui, t’as raison, il a l’air bouffi. Eh ben, t’imagine ! Sans rire, vous lui avez assez couru après, tes copines et toi !

- Il était gentil, c’est tout. Et drôle aussi.

- Moi aussi, je suis drôle, non ?

- Oui, oui... Qu’est-ce que tu veux manger ce soir ?

- Ce que tu veux. Qu’est-ce que tu as ? Tiens, je dirais pas non pour une bonne tête de veau vinaigrette.

- Imbécile !

- Qu’est-ce que j’ai encore dit ? Tu vas voir que ça encore me retomber dessus !!! »


 numerisation0002.jpg

 

Publié dans arts plastiques

Partager cet article

Repost 0

La mort d'un Ernéen

Publié le par Bernard Bonnejean

 

LOUIS DERBRÉ, SCULPTEUR

 

Le fait est qu'on ne s'y attend jamais. Jamais assez ! Et parfois trop ! Et pourtant elle est là, la gueuse, à nous épier comme un busard ou un des ces urubus de la forêt amazonienne qui vous tournent au-dessus de la tête à la moindre faiblesse. Ils savent eux que c'est le moment. Nous aussi, nous savons, mais comme l'on sait certains événements inéluctables dont nous nous disons entre nous : « Tout ça ne va quand même pas nous empêcher de dormir et de faire la fête » ! 

Louis-Derbre.jpg

 

Louis Derbré


Et puis, on regarde l'échiquier, notre échiquier. On a fait semblant de nous faire honneur en nous laissant les blancs. Messieurs les Anglais, tirez les premiers ; la guerre en dentelles ; convention de Genève et tout le toutim. Mais notre échiquier se vide progressivement de ses blancs, tous éliminés, parfois après avoir été bloqués dans un coin, inertes, impuissants. Au moindre pas en avant, ou en diagonale, un noir survient qui les fait valser. Alors, lls restent tranquille dans leur petite cachette, sans se faire remarquer, espérant ne pas se trouver sur le chemin d'un point stratégique dont ils n'ont que faire. C'est après tout la seule façon, même pas certaine, de jouer les prolongations...

Pourtant, on nous avait dit dans la règle qu'il ne s'agissait nullement de tuer pour le plaisir de tuer. C'était une guerre propre, nous avait-on assuré. Une guerre quasi sans morts. La bataille n'a qu'un objectif : cheikh mat, « le roi est mort » ou, plus élégant, shah mat, « le roi est pris ». Comme quand on était petits : la balle aux prisonniers. Et nous n'étions pas censés être rois, donc ni morts ni pris.

exposition-a-la-Madeleine.jpg

Exposition de la Madeleine


Parfois un pion blanc se sacrifie ; nous exultons ; nous croyons avoir gagné ; nous n'avons fait que repousser d'un grain de sable l'échéance contenue dans le sablier. Toute vie se termine par un échec ! 



 مكتوب  Mektoub ! C'était écrit. Sauf qu'on ne nous a pas appris à lire ces choses là avec suffisamment d'attention et d'intelligence ! Fichue destinée calvino-musulmane ! Prédestinés à la mort, parce que c'est comme ça, que c'est écrit comme ça, de toute éternité ou presque. On était au courant, bien sûr, mais comme on est au courant qu'on peut avoir un cancer à 6 ans, qu'on peut être violé à 10, qu'on peut se faire tuer par un chauffard à 12, qu'on peut être père ou mère à 14, qu'on peut devenir tortionnaire comme Lacombe Lucien, par nécessité, puis continuer par goût et finir devant un peloton d'exécution à 20 ans. Ça ne peut pas nous arriver à nous, ces choses-là ! Et pourtant c'était marqué noir sur blanc, le noir dominant le blanc, en petits caractères dans le bas du contrat en formules ambiguës ou inintelligibles pour le commun des mortels. 



Mortels ! Voilà le mot lâché ! Nous sommes mortels, désespérément mortels ! Et pour une fois ni les leçons de l'histoire ni l'expérience des autres ne nous sera d'aucun secours.

La-Roche-1980.jpg

 

La Roche 1980



Le sculpteur Louis Derbré, mon « pays », est mort, comme tout le monde. En réalité, il est né à Montenay, tout près d'Ernée, le 16 novembre 1925. Les vieux Ernéens savent rappeler au passage, mine de rien, qu'ils l'ont connu quand il travaillait à la Gandonnière dans la ferme familiale. Il s'y est probablement bâti le solide bon sens des travailleurs de la terre, à défaut d'y avoir trouvé sa vocation. En fait, il commença par avoir le goût d'un ailleurs avant de savoir ce qu'il en ferait. Il se marie et, vers 1944, il travaille comme manoeuvre dans une maison d'édition d'ouvrages d'art. Parallèlement, il s'initie à la sculpture. En 1950, la municipalité d'Ernée, pas rancunière, expose sa première œuvre : une statue représentant le peintre Vershurr. Debré obtient le prix Fénéon puis le prix de l'école des Beaux-Arts.


Dans les années 60, il se révèle au grand public en France, puis à Montréal, en 1967. En 1972, à Tokyo, une œuvre restera dans l'histoire de l'art et du Japon : La Terre. La mairie de Paris en acquiert une réplique exposée au quartier de la Défense. On le dit alors inscrit dans la lignée des Maîtres de l'Antiquité, puis de Rude, de Rodin et de Maillol.



En 1991, il quitte son atelier d'Arcueil pour revenir à Ernée. Il achète un grand terrain à la sortie de la ville pour y installer une fonderie d'art et un lieu d'exposition en plein air.


La-joie.jpg

 

La joie


Son oeuvre est controversée, évidemment. C'est le cas de tous ceux qui ont quelque chose à dire et qui veulent le dire à leur façon. Je ne crois pas être trop acide en affirmant que les Ernéens ne l'ont jamais vraiment considéré comme l'un de leurs éminents représentants. Selon l'adage connu « Nul n'est prophète en son pays », on avait certainement mieux conscience de la valeur de l'artiste à Tokyo qu'à Ernée ou à Laval.
 
 

Mais sans doute le conseil municipal au grand complet se rendra-t-il sur les lieux de sa dernière demeure, après que M. le Maire actuel, mon condisciple de lycée, lui fera un bel éloge funèbre comme on n'en sert qu'aux rois mis en échec et mat à la fin de la partie ?


Parce qu'il faut bien se rendre à l'évidence : Louis Derbré est mort mercredi dernier.  

Le-prophete.jpg

 

Le Prophète

 

J'avais pris, au fil des mois, une série de photos de ses sculptures. Elles aussi ont péri ! Je n'ai donc que le catalogue officiel, si je puis dire, à vous offrir. Vous pourrez ainsi vous faire une idée de son talent. Un peu tard ? Mais non ! De toute façon, si je vous avais parlé du sculpteur Louis Derbré avant qu'il ne meure, vous m'auriez prêté attention ? Nous avons tous appris, dans notre enfance, qu'on devait respect aux morts ; beaucoup en ont déduit qu'on ne le devait qu'à eux !



Merci, Monsieur Derbré,



Votre pays,



Bernard Bonnejean 

 

 

Publié dans arts plastiques

Partager cet article

Repost 0

Relâche !

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

 

 

Fatigue suis-je en corps et ame



Rodin-031--1-.JPG 

 

 

 

 

Mon sang tout et seul fait mon visage

 

 

 

 

 Sculpture_thumb.jpg

 

 

 

 

Respire les fleurs et les dames

Des etamines et des pistils

 

 

 

 

sculpture-jardin-11.jpg

 

 

 

 

Repose sirene pourtant avec mon flanc

edredon


 

286629.jpg 

 

 

 

 

 

 5saison-recto.jpg

 

 

 

A  Lili

 

 

Publié dans arts plastiques

Partager cet article

Repost 0

Patience et longueur de temps

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Font plus que force ni que rage


minnie-en-colere-2009


Nous vous concoctons, neveu l'artiste et tonton le rapporteur, une page dont vous vous souviendrez longtemps.

Parce que l'on sait les critiques d'art parfaitement capables de raconter n'importe quoi, jusques et y compris -- et peut-être surtout -- à propos d'oeuvres auxquelles ils ne comprennent rien, nous avons décidé d'un commun accord de vous livrer les clefs du Chemin de la Croix de Sylvain.

Seulement, voilà. Tout se fait par téléphone, puisque nous sommes physiquement distants de plusieurs centaines de kilomètres. 

De plus, demain c'est dimanche, et n'en déplaise à certain agité au sommet, chez nous, le dimanche, on ne travaille pas, sauf cas d'urgence extrême. Quoique je parle surtout pour moi, en l'occurrence, ce principe du repos dominical m'étant facilité moins par les dogmes religieux ou une paresse qui ne fait pas le fond de mon tempérament que par un travail passionnant, plus une occupation qu'une corvée tâcheronne.

Pour vous occuper l'esprit et les nerfs, nous finirons par où nous avons commencé, histoire de vous donner l'impression d'une immobilité rassurante et reposante :



Le Lion et le Rat from Axel Tillement on Vimeo.


A demain, promis, après 22 heures.


Bon dimanche, mes Amis,


Bernard et Sylvain Bonnejean

Publié dans arts plastiques

Partager cet article

Repost 0

Vous voulez rire ?

Publié le par Bernard Bonnejean

 
ça tombe bien : moi aussi

On a quand même le droit de se les payer aussi, les ponts, quand même ! Alors, aujourd'hui ce sera le minimum syndical. Et vous n'aurez pas à le regretter ! Au contraire !




Un Fernand Raynaud, maintenant, pour les jeunes générations qui ne connaissent pas. Un chef-d'oeuvre de l'Absurde :




Un dernier, pour le fun, en attendant la campagne électorale



Bon pont et à bientôt, les amis,

Une énorme pensée, toute en délicatesse, pour les vendeurs, vendeuses, caissiers, caissières, victimes du "pour-redresser-le-pays-faut-bosser-les-dimanche-et-jours-fériés", une réplique légèrement modifiée du très sympatique "travailler-plus-pour-gagner-plus" présidémentiel, dont personne n'avait compris la signification véritable : "Travaillez plus pour que  moi et mes copains on gagne plus". La faute à la crise ? Mon oeil ! comme aurait dit Alain Rémond, un vrai talent victime des patrons de presse, qui travaillotte aujourd'hui à La Croix après avoir fait les beaux jours de Télérama, auquel j'ai rendu mon abonnement.

Bernard Bonnejean



Mon Dieu ! J'allais oublier : debout les touristes pour l'hymne breton :

BRO GOZ MA ZADOU 

Ni Breizhiz a galon karomp hon gwir Vro ! 
Brudet eo an Arvor dre ar bed tro dro. 
Dispont ‘kreiz ar brezel hon Tadou ken mat 
A skuilhas eviti o gwad


DISKAN
O Breizh ! ma Bro ! me'gar ma Bro ;
Tra ma vo'r mor'vel mur'n he zro
Ra vezo digabestr ma Bro !

O Breiz, ma Bro, me gar ma Bro ! 
Tra ma vo'r mor ‘ vel mur n‘ h he zro 
Ra vezo digabestr ma Bro ! 

Breizh, douar ar Sent kozh, douar ar Varzhed, 
N'eus bro all a garan kement ‘barz ar bed. 
Pep menez, peb traonienn d'am c'halon zo ker ; 
Enno kousk meur a Vreizhad ter !

Composé en 1897, en s'inspirant de l'hymne national gallois HEN WLAD FY NHADAU (Vieille Terre de mes Pères), lui même composé par le Barde gallois JAMES JAMES, le BRO GOZ MA ZADOU est l'oeuvre du Barde TALDIR JAFFRENNOU (paroles) (1879-1956). Le BRO GOZ est aujourd'hui considéré comme " l'hymne national breton ".

 

Et ALLEZ GUINGAMP !

D'ailleurs, il n'y a vraiment que les énarques parisiens pour considérer Rennes comme capitale de la Bretagne. On n'y a jamais parlé breton ! Alors que du côté de Guingamp, on continue à bretonner couramment comme on savait le faire, antan, à NANTES :

Kenavo

Bernard

Publié dans arts plastiques

Partager cet article

Repost 0

Rue des Carmes à Laval (3)

Publié le par Bernard Bonnejean

ou l'impatience, justifiée, de Richard Planchenault

Le problème avec les rechutes, c'est que vous les sentez venir. Vous les savez évitables, mais rares sont les malades désireux de trouver les ressources nécessaires pour les éviter. Vous les voyez très bien, qui vous narguent de loin, mi saintes nitouches mi allumeuses. Au début, vous faites comme si, assez forts, croyez-vous, pour résister à la tentation de succomber à leurs chants. Puis, vous leur trouvez des charmes jusque là bien cachés au fond de leurs antres inviolés. Vous les laissez venir, mine de rien, histoire de voir si ça fera comme la dernière fois. Et les malignes se blotissent contre votre flanc et vous vous reconnaissez vaincus, mais non coupables. Soyons franc : une rechute n'est jamais totalement désagréable, puisqu'elle vous permet de retrouver votre vraie nature, une nature secondaire sans doute, que parfois vous avez mis des années à vous construire, mais une vraie nature quand même dont vous ne sauriez vous passer sans souffrances.

Quelques exemples, juste pour justifier cet avant-propos un peu abstrait. Un alcoolique qui ne boit plus, c'est une sorte de héros du quotidien, en droit d'exiger respect et admiration. Mais il est malheureux, parce que sa nature, forgée en des mois de beuverie, est de boire. Il craint la rechute à tout instant de sa vie. Son entourage aussi. Chaque jour de résistance est un sujet de fierté et de dignité retrouvées.

Pourtant il arrive que notre Homme éprouve comme un goût de bonheur perdu. Il est bien possible alors qu'il ressente de la honte, du déshonneur, de la mésestime ; il aura vite fait de rejeter l'apparition d'une éventuelle culpabilité sur sa seconde nature : "C'est pas de ma faute si je suis comme ça !", doublée parfois du transfert sur l'autre : "Mieux épaulé, j'aurais pu résister" ou "C'est pas une femme comme toi qu'il m'aurait fallu". Vous pouvez vérifier les mêmes symptômes chez les drogués, les fumeurs, voire les violeurs ou les tueurs en série. J'exagère ? Suivez un procès en assises, vous verrez ! Ce que je vous dis, avec mes mots à moi, forme l'essentiel des plaidoiries de Henri Désiré Landru à Francis Heaulme.


Toute monomanie serait donc excusable parce qu'attendue. Avouez-le que vous l'attendiez ma rechute ! Dites-le bien fort, à ceux qui nous rejoignent en cours de route : vous saviez que vous auriez droit au n° 3, après les n° 1 et 2. Ne faites pas les innocents, s'il vous plaît !

Je vous entends, vous, la petite nouvelle : "Oh ! C'est un pervers ? On le dirait pas sur la photo".

Et les autres, les ancien(ne)s : "Il ne faut jamais se fier aux apparences. Que ça te serve de leçon !"

Vous le saviez très bien qu'elle resurgirait ma monomanie : la rude écarmite ! L'idée fixe orléanaise dite de la rue des Carmes. Effleuré à peine par le virus, vous voilà atteint au plus profond ! Et la servitude vous encombre l'esprit : vous ne pensez plus, vous ne respirez plus, vous ne vivez que pour sauver la rue des Carmes de
sagouins promoteurs.

Vous le redoutiez peut-être, mais vous auriez été fort surpris, voire déconcertés qu'elle ne revînt pas sur le tapis, la rue des Carmes.


Pourtant, me direz-vous, à Orléans l'affaire semble classée. Mais comme  dans le feuilleton du lundi à la télé, cold case, il suffit d'un petit rien, une connerie présidentielle, une visite ministérielle en voisin, une réflexion malencontreuse d'un blogueur et paf ! Votre cerveau file dans ses archives et ressort le dossier !

Je résume pour les non-initiés. Ou plutôt je cite. Ce qui suit est l'accusation de Miguel Teixeira (le mari de la future maire, Corinne Leveleux-Teixeira, actuellement dans l'opposition municipale, et non de la "future mairesse" ce qui en ferait la femme de Miguel à condition qu'il devienne, lui, maire) contre Serge Grouard, maire d'Orléans et Olivier Carré, son adjoint :


Les rares maisons anciennes que les bombes de la seconde guerre mondiale ont épargné à Orléans sont en passe d'être détruites par Serge Grouard et Olivier Carré.

Il ont choisi d'ignorer l'avis des habitants qui se prononçaient contre la destruction des maisons du XIV° au XVII° siècle de la rue des Carmes. Ils ont choisi de se passer de l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France et de spécialistes en patrimoine (qui, furieux, sont en train de se mobiliser).

Avec la complicité des élus de droite modem-UMP-mpf tous plus passifs les uns que les autres, le vendredi 27 mars 2009 à 22h, ils ont décidé la destruction du patrimoine orléanais.

Monsieur Grouard, Monsieur Carré, vous avez le pouvoir, qu'en faites vous ?

Lorsque vous ne serez plus là, que l'on regardera Orléans, on se rappellera les maisons construites sous François Ier que votre arrogance aura poussé à raser comme si de rien n'était.

Monsieur Grouard, Monsieur Carré, l'Histoire vous jugera.


Pas content, Miguel ! Il faut comprendre ! François Ier, tout le monde connaît ; Grouard et Carré, dans moins de vingt ans... Le dénommé Carré, député, a tenté de couvrir sa décision  par un amendement-maison qui proposait carrément qu'on se passe de l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France dans les affaires d'urbanisme. Le Conseil d'Etat lui a signifié clairement son profond désaccord, ce qui n'empêchera pas le député dépité, en sarkoziste militant, de tout casser comme décidé précédemment.


Egoïstement, je transporte la rue des Carmes d'Orléans à Laval, mon lieu d'habitation. Je ne vous expliquerai pas à nouveau la raison de ce transfert. Je ferai mieux : je vais vous le montrer de visu comme on dit dans la police et chez les huissiers.

 

Il y a quelques mois, je demandai à Richard Planchenault (blog référencé à droite) trois reproductions datant de la fin du XIX ou début du XXe représentant le Vieux-Laval tel qu'on a pu le photographier à l'époque. Vous vous attendez à une extase méditative du genre :

"Ah ! Ce que c'était bien en ce temps-là ! Au moins ils savaient vivre ! etc."

Je vous le promets avec une sincérité absolue : je ne puis éprouver aucune nostalgie en les regardant.

Pourquoi ? Parce que, dans la longue liste de maires qui se sont succédé jusqu'à aujourd'hui, aucun n'a osé saboter ce chef-d'oeuvre architectural. Malgré plusieurs incendies, la plupart d'origine accidentelle, jamais l'un d'entre eux n'aurait voulu porter atteinte à ce qui reste aujourd'hui encore le patrimoine lavallois. Maintenant, je me tais et je vous laisse rêver :







La Grande Rue, vue du Pont Neuf, le plus vieux pont de Laval qui enjambe la Mayenne (XIe siècle). A part quelques voitures, rien n'a vraiment changé.


















La même Grande Rue, vue de haut en bas. Elle demeure toujours aussi fréquentée, parfois par des touristes. Les boutiques sont restées très avenantes.





















La rue de Chapelle, la plus étroite de Laval, encore aujourd'hui.


Conservateurs, les Mayennais ? Certes ! Mais ce conservatisme-là, on en redemande. Le progrès pour le progrès, ça sert à quoi, à part l'esbroufe ?

Vous voyez Monsieur Planchenault, vous avez eu raison de patienter.

Voici vos reproductions parties, peut-être, pour le bout du monde, et Laval avec elles, grâce à vous, grâce à nous.

A bientôt, les amis

Bernard Bonnejean

Rendons finalement hommage à tous ces élus lavallois qui auraient pu bâtir orgueilleusement leur Laval à eux, sans demander l'avis de personne, sur les ruines du Laval précédent. Ils auront eu le mérite de nous conserver intactes nos ruelles médiévales, mettant leur honneur à gérer honnêtement sans vouloir à tout prix laisser un nom, le leur que je vous livre pour la peine de leur modestie :

1683-1705 René de la Porte    
1737-1759 Ambroise-Jean Hardy de Lévaré  
1760-1768 Léon Foureau  
1769-1789 Charles Frin du Guy Bouttier  
1790-1791 François Hubert  
1791-1794 François Lepescheux-Dauvais  
1794-1795 Antoine Piquois  
1800-1810 Étienne Boudet  
1810-1813 Jérôme Frin de Coméré  
1814-1829 Jean-François de Hercé  
1829-1830 Arsène Avril de Pignerolles  
1830-1832 Perier la Saulais  
1832-1844 Pierre Queruau-Lamerie  
1844-1847 Jules Le Clerc d'Osmonville  
1853-1858 Esprit-Adolphe Segrétain  
1858-1860 Ambroise-François-Xavier Blanchet  
1860-1874 Charles Toutain  
1874-1878 Jules-René Fay-Lacroix  
1878-1879 Louis Marchal  
1879-1892 Aimé Billion  
1892-1919 Victor Boissel  
1919-1933 Eugène Jamin  
1933-1944 Adolphe Beck  
1945-1946 Francis Le Basser  
1946-1956 Albert Goupil  
1956-1971 Francis Le Basser  
1971-1973 Robert Buron (PS)
1973-1994 André Pinçon (PS)
1994-1995 Yves Patoux (PS)
1995-2004 François d'Aubert (DL) Quitte la Mairie pour le Ministère de la Recherche
2004-2005 Roland Houdiard (UMP)  
2005-2008 François d'Aubert (UMP)  
2008- en cours Guillaume Garot

Publié dans arts plastiques

Partager cet article

Repost 0

Précieuse

Publié le par Bernard Bonnejean

 

ou la naissance d'un nouvel amour


Mon cher amour,

Tout, les aléas, les vicissitudes, les traverses, les afflictions, tout devait nous laisser étrangers l'un à l'autre. Non que tout nous séparât, mais que tout conspirait à empêcher notre rencontre. De mon côté, une tête chenue, un dos qui se voûte, des malaises inexpliqués, un coeur qui défaille parfois, sans compter le souci quotidien du possible manque ; du tien, la jeunesse, la beauté, l'allure, l'équilibre, et cette insatiable envie de vivre et de voyager que je ne puis satisfaire. Rien que ça (un détail pour beaucoup) aurait dû m'inciter à la prudence et à la plus extrême réserve.

L'amour, tu le sais, contrairement à ce qu'on en dit, est parfois égoïste. Toutes ces contrariétés, je les ai métamorphosées en autant de certitudes que je ne pourrais vivre sans toi.



Mes amis, bons garçons toujours un peu goujats, ont tenté de freiner mes ardeurs. Ils te trouvaient trop petite, comme si la taille comptait pour quelque chose dans le sentiment ; trop brillante, à supposer que cet éclat pût porter atteinte à mon humeur quand, au contraire, tu es le soleil de ma grisaille ; trop vive, trop dynamique, et, comble de mauvaise foi, pas assez gourmande... En fait, ils croyaient, les bougres, me détourner de toi en exagérant les contrastes, soulignant des qualités que je n'ai plus, tentant de les travestir en défauts à toi.

Si je t'aime, cher coeur, c'est peut-être parce que tu es mon complément indispensable, la faillite de ma sagesse, la poésie de ma raison. Je t'aime parce que tu es toi, et non pas moi. Et pas non plus toutes celles qui t'ont précédée.

Quand j'ai quitté Titine à Châlons-sur-Marne, dans un état de santé pitoyable, quasi inanimée, j'ai eu le coeur gros. Mais je la savais en bonnes mains, dans une maison convenable, à rendre de multiples services dans l'attente d'une retraite bien méritée. Près de quinze ans de vie commune, ça marque quand même. Il avait quand même fallu lui fournir des explications, à Titine, toutes les bonnes raisons pour lesquelles
je devais la quitter : des yeux jaunes d'hépatique, irrémédiablement ; une tendance excessive à la boisson ; sans compter que certains amis la trouvaient déjantée. Puis Totoche est venue, une capricieuse, fringante, pétillante de malice, drôle. Puis elle se mit, elle aussi, à râler au moindre effort, à avoir des problèmes de locomotion, une certaine tendance à s'affaisser, comme si elle se laissait aller, alors qu'en réalité, c'était déjà l'âge.




Pardonne-moi, mon amour, mais je ne serai pas ingrat envers ces deux-là. Nous sommes allés en Italie ensemble, en Espagne, à Bruges (tu te rappelles, Titine, comme c'était beau les canaux de Bruges-La-Morte ?) et presque partout en France.

Puis te voilà, toi. Les débuts furent difficiles. Ils se sont mis à deux pour favoriser notre rencontre. Deux entremetteurs sympas, experts chacun dans son domaine. Le premier, Samuel Caillot, un vendeur du garage Renault de Saint-Berthevin près de Laval (53) ; la seconde, Natacha Dufilhol, une conseillère de la DIAC, dont l'action fut déterminante dans notre liaison.

Il faut quand même que je te l'avoue, mon amour, ma Précieuse. Ma décision était prise avant même que Samuel ne me propose de te prendre à l'essai. Mais à peine t'ai-je eue en mains que ce fut le coup de foudre ! Restait, car il faut bien en revenir à ces histoires de gros sous, l'aspect financier : Natacha me prêta la somme nécessaire à ta dot, si je puis dire, à un taux défiant toute concurrence (TEG 3,9 sur 3 ans !!), une somme sans laquelle nous nous serions regardé l'un l'autre sans jamais nous aborder.

Et nous nous sommes juré fidélité jusqu'à ce que mort s'en suive.

Notre amour ne peut demeurer caché, aussi me permettras-tu de te présenter à mes amis :

FERRARI 360, CHALLENGE
"Eh ! oh ! Les giboles, ça va ? Même en miniature, tu vas pas nous faire gober ça, hein !"

Bon ! Je recommence !
[...] aussi me permettras-tu de te présenter à mes amis :


Papa : Renault, 34 Avenue de Paris, 53941 Saint-Berthevin Cedex 02 43 01 22 22
Maman : DIAC (voir avec les papas), ou éventuellement 04 78 17 77 95
Parrain : Samuel Caillot 06 14 19 79 98 de chez papa Renault
Marraine : Natacha Dufilhol de chez maman DIAC.

[Ben, mon vieux ! Il s'emmerde pas l'écrivain au chomdu ! Tu vois, Fernande où qu'il passe le bouclier fiscal ? Merde, pendant qu'on trime, lui i'vit de la sécu et des alloc !! J's'rais l'gouvernement, j'te foutrais tous ces parasites à l'usine, moi, et qu'ça saute, et plus vite que ça ! Et allez, par charrettes entières ! Et à pinces qu'i z'iraient, comme tout l'monde ! Et si i' manifestent, contre un mur, à coup de mitraillette. Et bon débarras ! Mais les Français sont trop cons ! I'croivent encore au père Noël ! Ah ! si on avait écouté Le Pen, j'aime autant t'dire qu'on n'en serait pas là !
Comment ça j't'agace ? Y'a jamais moyen d'discuter politique avec toi ! J'ai pas essuyé la vaisselle ? Je discute sérieusement là  et tu viens m'embêter avec ta vaisselle !!! La vaisselle, elle attendra ! Non mais alors ! La vaisselle !!...]

Précieuse et moi, nous vous disons à bientôt, les amis,

Bernard Bonnejean


Publié dans arts plastiques

Partager cet article

Repost 0

Amédée

Publié le par Bernard Bonnejean


ou comment s'en débarrasser


Dimanche, on est allés au restaurant  à Chateau-Gontier. La ville du roi Jean, autrement dit de M. le sénateur Jean Arthuis, ancien ministre de l'économie et des finances, membre influent du parti de Bayrou sans Bayrou. La ville de la Mayenne que je préfère.

Je ne vous dirai pas ce qu'on a mangé, parce que j'ai pas tout vu ce qu'il y avait dans mon assiette. L'honteuse raison : la serveuse avait un pantalon tellement moulant qu'on n'avait pas besoin d'imaginer ! Il suffisait de regarder. Mais elle n'aimait pas ça qu'on la regarde. Du coup, elle a pas été aimable du tout. J'ai cru entendre la patronne lui demander de nous apporter le pain ; la demoiselle, qui ignore sans doute qu'elle n'a plus l'âge de susciter de purs émois, a eu cette réponse sans ambiguïté : "Non ! Il ne m'inspire pas". Etant le seul mâle à cent lieues à la ronde, je me suis dit qu'il était temps de lever les yeux vers des endroits plus célestes ou de les faire ramper sur le sol. Mais comme j'avais reçu un courrier féminin contrariant le matin, et qu'on m'avait, comme tous les ans, carotté une heure sur mon sommeil, j'étais moins que disposé à parlementer avec qui que ce soit de l'autre sexe, en ce dimanche printanier. Aussi l'ai-je parfaitement ignorée ainsi que le dessert et le café qu'on a pris ailleurs, ce qui a dû punir davantage la patronne qu'elle.

Une question me taraude depuis l'adolescence. Je n'ai toujours pas réussi à la résoudre, bien que posée à la multitude de femmes qui forme l'essentiel de mon entourage.  Pourquoi une jolie dame s'offusque-t-elle d'être "matée" - un mot qui souligne parfaitement la goujaterie de l'accusé - quand elle s'habille, sans s'habiller vraiment, de façon à rendre impossible toute tentative de camouflage.  La mode, cette année, est on ne peut plus printanière. C'est beau, c'est frais, coloré et vraiment féminin. De quoi vous vous plaignez alors, allez-vous me demander à juste raison ? Mais de rien, sauf que je n'ai pas résolu mon problème devenu tout à coup plus crucial et plus envahissant avec le printemps et les beaux jours.

Transportons-nous au milieu de la semaine dernière. Ensoleillement idéal ; température idéale. Je roule tout tranquille au volant de ma voiture quand tout à coup une Beauté fulgurante se présente à l'entrée d'un passage pour piétons sur lequel je m'apprêtais à rouler sans aucun scrupule d'aucune sorte. On ne va tout de même pas attendre deux heures que la foule ininterrompue de piétons aille d'un bord à l'autre ! Tout soudain, j'ai un sursaut de sens civique : je pile net pour laisser la jeune fille trottiner lentement du trottoir tribord au trottoir babord. Injuste ? Sans aucun doute. Et encore, vous ne savez pas tout : des statistiques on ne peut plus officielles ont prouvé qu'à l'occasion d'un examen oral une créature de rêve partait avec un bonus d'un à deux points avant d'avoir ouvert la bouche.

Cliquer pour agrandir... Click for full-screen...

 


Amedeo Modigliani, 1917, Metropolitan Museum of Art in New-York.

Revenons à ma Beauté ! Coco Channel a dit lors d'une interview que si les hommes s'intéressaient moins aux femmes, c'était de leur faute à elles, à cause de l'uniforme : jean-baskets ou toute de noir vêtue des pieds à la tête, genre épouse de Taliban. Entre les clous, les couleurs ne manquaient pas, mais alors des couleurs style bonbons anglais : des bottes roses, une mini vraiment mini à frous-frous ou à volants genre dragées de baptême, une petite veste trop étroite exprès qu'on ne peut pas boutonner juste assez pour des suppositions visuelles. Et avec ça, un aplomb de princesse mi précieuse mi hautaine. Comment dire ? Un peu entre Martine Aubry et Mylène Farmer.


Vous me croirez si vous voulez : j'ai cherché mon appareil photo dans mes poches. J'étais prêt à lui demander de retraverser de babord à tribord, puis de nouveau de tribord à babord, quitte à attraper le mal de mer, juste pour avoir le plaisir de la regarder et de l'emporter dans mon numérique en souvenir d'un moment privilégié. Façon Cartier-Bresson ou Doisneau du pauvre. Malheureusement, j'avais laissé l'appareil à la maison. Peut-être heureusement d'ailleurs. Vous imaginez le tableau ? En garde à vue pour harcèlement ? Comme en Amérique.

Parce que, finalement, il est en partie là mon problème. J'aime bien les tableaux de Modigliani. Je crois vous l'avoir déjà dit, mais c'est juste pour que ça rentre bien. Je paye pour voir des Modigliani et je regarde les tableaux de Modigliani, je les scrute, je les examine, je les admire dans l'idée qu'il les a peints aussi un peu pour moi. J'aimais bien la jeune fille aux bottes roses et à la mini-jupe mauve. Et je la regarde, comme un Modigliani, en supposant bêtement qu'elle s'habille comme ça un peu aussi pour moi. Et je me fais engueuler. Je me fais traiter de machiste et de phallocrate. Je risque même des ennuis.


Interview de Coco Chanel

Pourquoi ? Aucune idée. On m'a pas donné la totalité du mode d'emploi à la naissance. Au contraire, un contact prolongé avec l'éternel féminin, nombreux à la maison de la naissance à l'adolescence, fait que je sais ce que certains hommes ne savent pas, plus  handicapant qu'avantageux. Je ne comprendrai jamais rien à ce supplice de Tantale, consistant à ne pas avoir le droit d'admirer un être admirable qui a passé parfois plus d'une heure dans la salle de bain pour se rendre plus admirable encore. Il est pire que le jeu du voir sans être vu, cet autre jeu dont la règle est ne pas montrer que l'on voit ce que l'autre a tout fait pour rendre visible. Une ancienne amie à moi m'avait dit un jour : "Rien n'est plus intéressant dans la vie que le non-dit". Et c'était une femme.

Alors, bien entendu, on va nous sortir, ici comme ailleurs, des explications toutes faites. La première : "Je me suis faite belle pour mon mari". Un peu dépassée, celle-là ! La jeune fille en question n'avait pas de mari, et je me demande même s'il elle avait un petit ami. Ne pas se fier trop vite aux évidences ! Quant à la serveuse du restaurant de Chateau-Gontier, je me demande ce que le mari viendrait faire dans cette histoire. Ce n'est pas lui qu'on sert à table que je sache ! La seconde sur laquelle je n'insisterai pas : "Je me suis faite belle pour moi seule". Relire à ce propos mon article sur l'exhibitionniste d'Orléans. Le rapport vous sautera aux yeux. Et si, tout bêtement, l'explication la plus naturelle, et pas immorale pour autant, tenait en cette petite phrase : "Je me suis faite belle pour vous plaire, à vous tous et toutes". C'est le plus logique, non ? Ce qui ne l'est pas, c'est qu'on n'a pas le droit de montrer qu'on sait et qu'on approuve.

Dans cette drôle de guéguerre intersexuelle, nous nous appelons tous Amédée, même les appelés, les élus, les fortunés dotés d'un "charme-fou-quand-il-te-regarde". Pourquoi Amédée ? A cause  d'Eugène Ionesco.

Une histoire absurde, comme toujours chez Ionesco, l'auteur d'Amédée ou comment s'en débarrasser, pièce en trois actes, créée à Paris, le 14 avril 1954. Madeleine et Amédée vivent reclus depuis quinze ans. Leur secret : le cadavre d'un homme en décomposition pas trop gênant si ce n'étaient les champignons et les moisissures qui laissent des traces dans l'appartement. Un jour, le facteur apporte une lettre : un élément extérieur qui déclanche une soudaine croissance du cadavre, envahissant jusqu'à s'emparer de l'espace vital du couple. Amédée réussira-t-il à se débarrasser de celui-là, de ce cadavre-là, de ce ça-là, peut-être un autre lui-même, qui sait ?


Eugène Ionesco, La Cantatriche chauve, 1950.


Une femme qui aime veut se garder son Amédée pour elle seule, désireuse, honnêtement, de ne plus le séduire que lui seul, à condition qu'il chasse tous les cadavres environnants. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que ces cadavres-là sont tous des doublures d'Amédée, des doublures envahissantes, de celles qui vous pompent l'air, s'égarant à vous regarder avec les yeux d'autres Amédée, parfaitement encombrants. Seulement, il est impossible de tuer un cadavre. Il faut donc vivre avec, parfois contre, mais jamais sans.  Le pire, c'est qu'à force, on finit par l'aimer son cadavre. Amédée et Madeleine sont d'accord pour le trouver séduisant finalement :

Il est beau. Comme sa figure est expressive. Ce sont ses yeux qui éclairent. Ses yeux n'ont pas vieilli. Ils sont toujours aussi beaux. De grands yeux verts. On dirait des phares.

Oui, c'est bien ! Sauf que les phares, parfois, en même temps que ça éclaire, ça révèle aussi des présences qu'on aimerait ne plus voir. Peut-être à commencer par la sienne propre. Juste pour ne plus profiter que de son Amédée, l'imbécile qui n'est pas capable de se débarrasser de son cadavre.

Bernard Bonnejean

DERNIERE MINUTE

Amédée ou Comment s’en débarrasser, d’Eugène Ionesco


Compagnie Studio 24 - Roger-Planchon • 24, rue Émile-Decorps • 69100 Villeurbanne

04 37 69 79 79

Mise en scène : Roger Planchon

Assistant à la mise en scène : Patrick Séguillon

Avec : Colette Dampiérini, Roger Planchon, Patrick Séguillon

Musique de scène : Stéphane Planchon

Décors : Jacques Brossier


Théâtre Silvia-Monfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Réservations : 01 56 08 33 88

www.theatresilviamonfort.com

Métro : Porte-de-Vanves (ligne 13)

Du 4 mars au 19 avril 2009, mardi, vendredi et samedi à 20 h 30 ; mercredi et jeudi à 19 heures et le dimanche à 16 heures, relâche le lundi, représentations surtitrées en français pour les publics sourds et malentendants :jeudi 19 mars, dimanche 22 mars, mardi 24 mars, mercredi 8 avril, vendredi 10 avril 2009


Durée : 1 h 35

De 28 € à 14 €.

Publié dans arts plastiques

Partager cet article

Repost 0