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Au Freddie's Bar (suite 6 et fin)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

La poésie sous curatelle

 

Septième épisode : Le dossier de 666 


Curieusement, la campagne antibigot fut lancée par l'épouse du prétendant au trône, sa vestale hystérique, peu habile en français et en psychologie, femme vulgaire, grossière et assez peu fréquentable, en tout cas, pour que le brave catholique ne l'eût jamais fréquentée ni de près ni de loin :

« Sœur Ĺąŵąč  Čţėąŵęŗţį : Bigot je trouve que tu n'es qu'un psychopathe pitoyable ! si tu n'as jamais gagné le prix Nobel de littérature, ce n'est pas notre faute. Je te suggère qu'au lieu de faire ton cirque sur le site de l'esprit de la lettre de mieux te concentrer sur tes écritures à la con , à ce moment là on sera tranquille et tu pourras améliorer tes attitudes. sinon je te vois vraiment sur un lit d'hôpital psychiatrique avec les mains attachées...

Le but de M. le Créateur-Administrateur que je connais bien n'est certainement pas de se faire adorer mais de libérer la création, beaucoup n'étaient que des lecteurs qui ont le déclic vers l'écriture. Nous en sommes là cher Monsieur et loin de vos frustrations malsaines qui se nourrissent de la provocation pour exister. Où est votre dimension chrétienne ? Sur la croix ? Si oui votre calvaire ne sera pas votre rédemption... (cette deuxième partie n'a pas été rédigée par la femme en question : même procédé que pour le texte incriminé).

http://dante.darksad.cowblog.fr/images/n51783032412001272444.jpg

 

Bigot (qui crut bon de faire dans la dérision…) :  Bon, écoutez, chers amis hindous, mettons que je sois un doux, intouchable et n'en parlons plus. Vous chez vous, et moi chez moi.

[Ben merde alors ! Après les juifs et les arabes, voilà maintenant les hindous qui s'y mettent ! Moi, je suis catholique pratiquant, ne vous en déplaise ! Purée !!]

Suit une accusation de pédophilie liée à l’observance de la religion catholique, effacée par le destinateur mais enregistrée par des gens on  ne peut plus compétents.

Bigot : Nous y voilà : catholique = prêtres pédophiles !! C'est ça, la rumeur ?

Sœur Ĺąŵąč  Čţėąŵęŗţį : Il n'y a pas de rumeurs elles sont pour vous et votre Karma trouvé dans un cul de basse fosse...


Bigot Il fallait bien qu'un jour ou l'autre, ça me vienne en travers de la gueule ! Là je suis obligé d'arrêter, parce que, blague à part, j'ai le cœur fragile. Pas envie de crever, même pour mon Dieu que j'aime de tout mon être.

Sœur Ĺąŵąč  Čţėąŵęŗţį — Vous aime t'il ? »

Moumouche crut bon de prendre la parole. Il demanda à Bigot s’il était vraiment cardiaque. Comme il obtint une réponse positive, il ne put s’empêcher de lancer un « Alors, c’est dégueulasse ! » qui le rendit plus estimable aux yeux de l’assemblée.

http://fcardal.free.fr/CraftRobo/Galerie/Pantins/05.jpg

 

 

Jean Bon scrutait avec avidité les réactions du Commissaire qui lisait le rapport à haute-voix. Lui qui faisait de son impassibilité le support de sa légende, semblait ému de constater tant de bêtise et de méchanceté chez cette femme, étrangère installée en France aux frais de contribuables qu’elle méprisait avec un aplomb incomparable. Mais il attendait le moment où Bordelieu se mettrait à lire les conséquences de ce lâcher de chiens sur un gibier ABSENT donc incapable de se défendre, mais parfaitement au courant de ce qui se tramait par ses amies du Freddie’s Bar, restées sur place dans l’intention de voir jusqu’où irait le fascisme de ces gens-là :

«  Kapomeister Hagar Legürü : Pour résumer ne vous inquiétez pas. J'ai publié les propos de ce triste sire pour que ceux qui liront ces propos sachent qui il est et de quoi il est capable. Cela ne nous empêchera pas de continuer nos activités de la façon la plus courtoise et conviviale possible. Il ne faut pas lui répondre dans le style qui est le... sien au risque de devenir comme lui et de lui ressembler. Bien à vous.

Pour appuyer ses dires, Legürü avait cru bon de reproduire cet article, et je me demande encore bien pourquoi :

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3a/Valmondois_2002.jpg

 

Bernard Bonnejean - Wikipédia

fr.wikipedia.org

Dans la propriété de ses amis de Valmondois, où vécut,

entre autres célébrités, l'auteur de cette pensée :

« L'action ne remplace pas la méditation », Georges Duhamel.

Haut du formulaire

Marcelle Prout : Oui, le silence est notre plus grande force mais j’ai mal de ce monde absurde et de cette cruauté perfide.... Un mot que je rajouterai : cet être humain religieux ? ne connaît même pas le mot compassion étrange...

 

Sœur Ĺąŵąč  Čţėąŵęŗţį : Bigot lui, il est un psychopath !(sic) Son adresse c'est l'hôpital psychatrique. Il sera bien là-bas. Il ne faut pas qu'il vienne sur le site de l'esprit de la lettre pour faire le cirque avec ses lunettes "occidental"... A ce moment là il va prendre de moi. Je sais comment faire avec un chien fou...

 

Saly Labourse : Si ce monsieur est catholique romain comme il a l'air de se présenter et bien c'est plutôt lui qui ferait bien de se remettre en question, il n'a rien d'évangélique et l'amour fraternel n'est pas sa tasse de thé préférée, il ferait bien de lire les évangiles un peu plus souvent sans oublier de retirer ses lunettes noires, c'est à cause de gens comme ça que beaucoup de personnes se détournent de Jésus Christ.

 

http://3.bp.blogspot.com/_K_O2LOG8S4w/Svqvz0f70AI/AAAAAAAABoQ/G7aWKy2EEt8/s400/pantin-winx-b2789.jpg

 


Goliath Pinaschié : Il me fait pitié ce Désiré Bigot, lui c'est un piètre homme.
Il a étudiait la poésie catholique .... alors il ferait mieux de retourner l'étudiait car il a encore du boulot au niveau de la tolérance et du partage qui sont souvent les mots et sujets, les plus employés en Poésie Catholique.
Pour moi ce n'est rien d'autre qu'un petit prétentieux et rien de plus. Si je peux lui donnés un conseil Amical à ce Désiré Bigot se serais de fermer sa gueule, Car tout homme prétentieux, intolérant et raciste, n'est pas un homme, mais un chien... et encore, même un chien a mon respect. Encore un pseudo philosophe qui essai de se la joué grand écrivain et grand penseur ... mais pour moi ce n'est rien d'autre qu'un vulgaire imposteur.

 

Marcelle Prout : Un chien fou? JAi beaucoup plus d estime l animal ne fait mal que lorsqu il defend l homme par les mots ou le reste ne le fait que pour detruire mr dont j ai oublié le nom votre dieu a honte de vous.

 

Sœur Ĺąŵąč  Čţėąŵęŗţį : C'est vrai Marcelle. Si on lui dit un chien, à ce moment là on insulte les chiens. Il est qu'une crotte qui pu...

 

Saly Labourse : Il a tout prévu Désiré Bigot, on ne peut même pas lui envoyer un message perso, il n' a pas d'adresse courriel et dans FB non plus à moins d'être dans sa liste d'amis et d'écrire sur son mur mais je ne tiens guère à ce que ce monsieur soit dans mes amis... »

 

http://toytheatre.info/Network/ONeil/JJack2.JPG

 

Cependant, poursuivit 666, n’oubliez pas, Monsieur le Commissaire, que Désiré Bigot restait en relation avec quelques membres du groupe et notamment avec une intermédiaire qui fit paraître le message suivant que la vestale chef hystérique reproduisit in extenso :

 

Désiré Bigot : Au fait, la personne, qui sert d'intermédiaire en l'occurrence, et que je considère comme une victime, me parle de téléphone arabe me concernant. De quelle rumeur suis-je l'objet ? J'aimerais autant qu'on me le dise pour pouvoir répondre. J'ai une piste dans un milieu assez proche du mien, la "littérature" moderne. Mais si tel est le cas, je les aurais prévenus, Michel et sa copine Daniella, que je ne les raterais pas : ils ont déjà un dossier complet au commissariat de police de Laval. Je n'aimerais pas en arriver là.

Les propos outrés que j’ai tenus ont été presque instantanément effacés, lorsque j'ai compris que ce genre d'humour vache pouvait heurter certaines sensibilités. Il s'agit [le fait de les avoir déterrés pour les republier] donc bien d'une manipulation avec victime-complice, comme d'habitude dans ce genre d'affaire. Lire à ce propos : http://bonneber.over-blog.com/article-29844133.html  »

 

Là, remarqua Bigot qui s'en souvenait car il est, dans la tourmente, des êtres qu'on ne peut oublier, une Dame a pris ma défense. C'est l'une de celles qui m'ont incité à la résistance à l'oppression de ces gens-là : 

« Sapho de Grèce : Eh oui, et vous venez d' y gagner une "amie" fort intéressée d'approcher votre talent qui doit être bien exemplaire compte tenu de l'extrait publié.

 

Désiré Bigot : Savez-vous que moi, ils ne me font pas spécialement rire, ces malades ! J'en aurais même plutôt la trouille.

 

Sapho de Grèce : Inscrite dans ce groupe, je me suis faite submerger de messages et taguages pour lire des textes "fadasses" où l on s amuse à assembler des mots au hasard. Je ne vois de poésie ni dans l esprit de ce jeu ni dans les résultats cacophoniques. Votre texte "méchant"  m’a amusée parce que j’y ai vu de la verve, de l esprit et du style. Je l’ai dit sur le groupe ! J’ai dit aussi que bien sûr, c était méchant ! A part ça votre querelle particulière ne regarde que les intéressés et pas de quoi s alarmer pour si peu de chose en fait... Vous soulignez sur votre page, des évènements autrement graves n est-ce pas ? »


Le fait est, dit le Commissaire, que cette intervention de quelque vraie amateur de littérature vient un peu relever le niveau de cette poubelle. J'aimerais que vous nous disiez un jour qu'elles furent celles et ceux qui eurent cette élégance et cette grandeur. Mais voyons un peu la suite :


 

« Rocco Souffrodi (un vaniteux mais plutôt talentueux, gagné par Legürü donc perdu pour la littérature) : Ce que je n'ai jamais apprécié avec les "écrivains", dans la majorité des cas, c'est qu'ils ont tendances à se prendre pour des élites. Nous en avons encore une fois la preuve ce soir. La poésie ne doit pas rester sur ces acquits, tout comme la langue française de manière générale, parce qu'une langue qui n'évolue pas, c'est une langue vouée à mourir.

 
Si nous aimons la poésie, alors à nous la faire évoluer, juste pour la faire perdurer dans le temps. Voilà ce que j'aurais dit à ce serpent perfide, malheureusement, comme chacun le sait, il est plus facile de se cacher derrière un écran et dire de telles bêtises, plutôt que de laisser une boite mail pour pouvoir y répondre...


De toute façon, je ne sais pas pour vous mais moi, ce mec, c'est le première fois que j'en entends parler, certainement la dernière aussi. Si l'on doit se baser à cela pour avoir une idée de son talent, très sincèrement, nous sommes en droit de nous poser quelques questions...

 

Bonne soirée :)

 

http://trois.petits.points.cowblog.fr/images/pantin.jpg

 

Moumouche (sic ! eh oui !) : L'écriture n'appartiens pas à une élite!!! désormais elle est aussi la création du commun des mortels

 

Sœur Ĺąŵąč  Čţėąŵęŗţį (qui sent que le climat s’apaise) : Sauf que les insultes racistes sont un délit.

Moumouche : que la loi s'applique contre ce raciste!!!!!!!!!!

 

Sœur Ĺąŵąč  Čţėąŵęŗţį : Si personne ne porte plainte... Je rappelle : 
« Bon, écoutez, chers amis hindous, mettons que je sois un doux, intouchable et n'en parlons plus. Vous chez vous, et moi chez moi.

[Ben merde alors ! Après les juifs et les arabes, voilà maintenant les hindous qui s'y mettent ! Moi, je suis catholique pratiquant, ne vous en déplaise ! Purée !!] »


Moumouche : Nous sommes assez nombreux !! pour un telle initiative!!! La lutte contre toutes formes de racisme est un combat de tous les jours, la vigilance s'impose car la bete immonde n'est malheureusement pas morte!!!!!

 

Manuella Orion : je ne comprend vraiment pas comment on peut se déchirer sur des écrits qui ne sont sans aucun message agressif.... moi je suis profondément sans religion, je deteste simplement les extrémistes tels qu'ils soient et je ne comprend pas qu'on ...puisse s'attaquer à ceux qui veulent écrire, même modestement, avec autant de rage.......... je trouve ces jeux d'écriture enrichissant, et y participe en toute modestie avec comme simple but le plaisir d'avoir des partages d'émotions........... ce monsieur (je suis une fille polie) me rappelle la prof de musique de ma fille qui n'a cessé de l'humilier mais qui heureusement n'a jamais pu destabiliser son amour du piano... »

 

http://kiopaa3d.pagesperso-orange.fr/Pantin_thumb.jpg

 

Bordelieu arrêta net sa lecture :

 

« Ecoutez, agent 666, je vous ai déjà dit de résumer vos écoutes !! C’est trop long, ça ! J’abrège. Quelle est la dernière réplique de cette sinistre farce :

 

Saly Labourse : C'est vraiment une honte , j'étais catholique mais j'ai tellement de problèmes avec l'Eglise catholique que je viens de passer à L'Eglise orthodoxe qui eux m'accepte et ne m'interdise pas des choses que l'Eglise catholique m'interdit. Il fait du tort à l'Eglise catholique, c'est certain. En tout cas, on ne peut pas laisser ce monsieur tenir des propos racistes sans rien faire , il faudrait contacter l'association qui s'occupe de ce genres de choses car il faut vous faire aider par des gens qui ont l'habitude de ce genre d'individus...

Ligue des droits de l'homme : www.ldh-france.org

Rue de Moulins

78711 Mantes la ville

tél : 01.34.78.51.71 »

 

Là, Bordelieu rit aux éclats, mais se contenta de dire avec un humour qu’on ne lui connaissait pas dans le service :

 

« Quelle conne ! Elle ne se rend même pas compte qu’elle tend le bâton pour se faire battre ! Dans tout ce fatras de faux poètes minables, je ne vois qu’intolérance, fautes d’orthographe et de style. Sans compter les insultes aggravées liées à l’appartenance à une religion et qu'un juge n'aura aucun mal à traduire en équation : "Catholique = pédophile". Monsieur Bigot, je n’ai pas de conseil à vous donner, mais laissez la volaille dans sa basse-cour et promenez votre crête et vos ergots en des climats plus sains pour votre santé mentale. »

 

Bigot pardonna. Il salua la petite assemblée, même Tsé Tséï qu’il savait avoir été manipulé et auquel il souhaita un bon ramadan. Mais on dit dans les milieux bien informés qu’il conserve par devers lui la lettre à caractère confidentiel envoyée à la limousine, Noiraude Arvenuë, qui ne l’est d’ailleurs toujours pas, revenue.

 

EPILOGUE

 

Moumouche fut le premier à sortir de la pièce. Ensuite, sur ses talons, Désiré Bigot. Le Commissaire s’étonna de ne plus voir Jean Bon. Certains affirment, sans preuve aucune, qu’il est probable que Bigot et l'agent 666 ne sont qu'une seule et même personne. D’autres, encore plus téméraires, vont jusqu’à englober dans un trio l’auteur de ce feuilleton d’été :

 

Bernard Bonnejean

 

 

 

FIN

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » — « Et mon [...], c’est du poulet ? »

 

Bernard tient cependant à remercier chaleureusement toutes les personnes qui par leur courage et leur intelligence l'ont tenu informé des discours tenus en son absence ce qui lui a permis d'écrire ce feuilleton et de prévoir une défense plus classique en cas de nécessité absolue. Il ne souhaite pas en arriver là mais il envisage cette hypothèse avec sérénité. Enfin, il s'excuse pour cette fin brutale, bien qu'il tienne encore en sa possession d'autres documents qui prouvent qu'il ne tient qu'à ses adversaires d'être pardonnés ou définitivement exclus d'une profession honorable mais fragilisée par une malhonnêteté vénale ambiante. Où est passé Freddie ? On le dit parti avec la cantatrice chauve...

 

© Bernard Bonnejean, 22 août 2010. Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction réservés pour tous pays, y compris l'URSS, la Chine populaire et le Finistère Nord.

Publié dans vie en société

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Au Freddie's Bar (suite 5)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

 

La poésie sous curatelle

 

Sixième épisode : Jean Bon


Dans l’entrefaite, la porte mal huilée s’était mise à grincer pour laisser passer un individu louche, adipeux et chauve, de ces êtres dont on dit, pour se donner  bonne conscience passé le premier dégoût instinctif, qu’ils doivent sans doute gagner à être connus.  On le savait hypertendu et hypocondriaque des deux cœurs, celui de la circulation et celui du sentiment. On le disait coléreux sans colère, miséreux sans misère, rigoureux sans rigueur, valeureux sans valeur. Maintes fois on l’avait même pensé amoureux sans amour, par crainte de l’engagement, par une sorte de prédestination à l’anarchisme affectif, à l’isolement individualiste et égotiste, avec juste ce qu’il faut de moralité pour n’être pas pris au piège de la passion et des cérémonies nuptiales. Sa religiosité, réelle, ne trompait plus personne : dévotion et vertu d’obéissance ne servaient que de bouclier contre les malheurs du siècle et les corrections infligées par ses contemporains. Sa seule vraie qualité, sans doute, apprise dès son jeune âge, était une lucidité remarquable qui le rendait odieux à lui-même. 

 

http://gdv.spacymen.com/public/Images/Couple-de-pantins.jpg

 

 

Tsé Tséï ne put réprimer un mouvement de recul à l’approche du nouveau venu. Il ne craignait rien tant que l’agent 666, le pervers pédophile vendu au Vatican et qui, écrivain, cachait l’indigence de sa pensée et de son style sous un verni stylistique fondé sur l’emploi désuet du subjonctif imparfait. Le fait est que le côtoyer constituait un réel danger, moins pour son intégrité physique que pour sa santé mentale. Sa méchanceté était telle que personne ne pouvait résister plus d’une heure à ses quolibets, ses jeux de mots passables, ses coups de langue vipérine impromptus et brutaux.

« Bonjour, Jean Bon, se contenta de marmonner Bordelieu feignant de se replonger dans des dossiers inexistants.

— Vous m’honoreriez à ne pas prononcer un patronyme qui vous écorche la bouche, Patron. Puis-je demander si notre cher ami Moumouche s’est donné la peine de passer le billet qu’il tient en main aux rayons X ? Non, évidemment ! Vous y auriez lu ceci, mot pour mot.

Le sinistre individu sortit de sa poche cette transcription qu’il avait griffonnée sur un papier maculé de taches de graisse du dernier sandwich américain engouffré au Mac-Do du coin :

 

« La fête battait son plein, Calcédoine s'approchât de lui. Elle comprenait les sentiments et les émotions de son roi et celui-ci reconnaissait son empathie. Il voulait que ses neufs muses les comprennent également. Le roi lui donnât l'ordre de leur expliquer... Calcé, comme la surnommait les autres, les réunit à l'écart de la fête, dans une clairière sous un cèdre. Le vent soufflait et l'orage s'annonçait... Le ciel se déchirât et, dans un coup de foudre, le diable apparut dans un chaos de lumière. Un brasier s'allumât et communiquât un grand spleen aux favorites... Dans une pirouette, le diable fût dans le cercle, au milieu d'elles, et commençât à essayer de les séduire.... Calcé s'interposât et se planta devant lui pour l'empêcher d'accéder aux huit autres…

 
Eh toi ! que veux tu !? Lui lança le diable. Lutter contre moi ? Pauvre folle si ton roi est devenu fou toi aussi. Il se prend pour un ange ! ah ah ah ah ah.... et toi pour une muse peut-être ? Je suis Bouddha alors.... ah ah ah ah ah.... Retourne dans ta forêt !
Je ne suis que le maillon évanescent de cette aventure...


Donc susceptible de disparaître ? Je peux offrir à ton roi un visa sans escale pour l'enfer. Pour toi... si tu refuses direction Prémontré qui est une commune française, située dans le département de l'Aisne et la région Picarde. C'est pas au diable que tu vas apprendre à placer ces quelques mots, je suis aussi à l'origine de l'encyclopédie et ton pseudo roi ne s'appelle pas Wiki...


Le roi suprême est notre meilleur avocat. Son indépendance est caricaturale...
Suprême ? Ouais... Caricaturale c'est sur... il manque de tout et moi, si tu veux, je peux tout te donner au lieu de végéter dans ce royaume perdu... Accepte mon invitation. Je ne suis pas un marlou, comme tu le penses. Mon essence diabolique a dépassé le sacre de ton roi qui en est resté à une histoire médiévale !!! Viens avec moi tu pourras te reposer devant ma cheminée, il y fait bien chaud, tu peux l'imaginer... J'accuse ton roi de faiblesse, son ivrognerie c'est moi qui l'ait installée... Et sa folie aussi.... ahahahaahahaha....


Non je vais juste m'évanouir dans un sommeil si profond que tu ne pourras m'y rejoindre... Et je vais te jouer un requiem pour ton cimetière...

_________________________________________________________________________________

Calcé sombra devant le diable perplexe qui aussitôt se mit en catalepsie diabolique pour la rejoindre dans ces rêves abscons. Il voyait Calcé s’accorder sauvagement devant les feutres de ses boursouflures volcaniques. Dans les épaisseurs fumantes et striées, leurs coulées s’étaient enroulées jusqu’à retenir leurs glissements.
Ce n’était que la façade illuminée d’un univers obscur. Dans ses catacombes, les impulsions du diable continuaient d’entretenir une tache sur le linceul du roi. Le trou noir de ses nuits continuait d’ensevelir son esprit. Il n’y aurait pas d’issue brutale pour le réveiller. Un abysse se déployait à partir de son cœur en un immense réseau vasculaire. Calcé le savait et le voyait...


Le destin se confondait, un roi qui se débattait à chaque instant devant le diable qui l'assaillait à travers une muse qui essayait de le sauver... Elle utilisait la force de l'esprit pour créer des images insensées. A travers ses intériorités, elle se battait contre les alliés du diable, de noirs oiseaux maléfiques aux ailes translucides. Elle devait extraire «l’ange noir» qui habitait ce rêve.


Le diable sentait sa peur, mais elle ne se méfiait pas, elle savait : "Son ange herculéen viendrait à bout de cette chose". Elle entra dans une grotte obscure, les hauteurs étaient constellées de chauves-souris blanches. Plus elle avançait et plus elles devenaient multicolores. La voûte était devenue un arc en ciel d’ailes humides. Immédiatement elle vit l’alien qui se cachait dans l’obscurité. Il se dessinait en noir et blanc, une tache sur le dôme de ce rêve. Elle courut en agitant les bras… Une conjugaison de couleurs se mit à claquer des ailes. Ces couleurs ne se distinguaient pas, elles n’en formaient qu’une mais elle pouvait en percevoir chacune. Un arc en ciel de teintes éclaira les voûtes, les ailes flappérent, claquetèrent propulsant l’air comme un vent. Toutes s’enfuirent effrayées sauf une créature en noir et blanc… Elle envoyât un tourbillon vers les couleurs pour en capturer les odeurs… Leur expiration devint une tornade multicolore dans laquelle beaucoup se joignirent pour combattre le diable. Enfin il sortit de la grotte, comme une chrysalide gluante, extirpant ses ailes humides de mal et de fièvres malsaines. La lumière l’aveuglait, il résistait à la couleur mais il était submergé. Il se surprit à sourire. Calcé prit la main du roi. Leurs couleurs battaient de plus en plus fort, sacralisées dans leurs êtres. Ils avaient enfin trouvé l'issue... Ils volaient, si loin mais si prêt... Ils étaient devenus le sang de leur propre terre… Des flots de vie sanguine coulaient dans les rivières du rêve."

 

http://www.minusgadouille.com/IMG/jpg/pantin-minus.jpg

 

Ce texte a été signé de la main d’un soi-disant écrivain hindou qui se prétend autodidacte (ce que je crois volontiers) et professeur de français. Or, quel professeur de français, fût-il autodidacte, se permettrait d’écrire ses passés simples de la 3ème personne du singulier en –ât ? Quel professeur de français, écrivain de surcroît, oserait commettre cette faute de ponctuation grave : « Eh toi ! que veux tu !? Lui lança le diable ». Sans compter ces "ahahahaahahaha" enfantins que l’on interdit aux élèves de collège. Et pourtant, Patron, cette première partie du texte a été attentivement corrigée depuis sa première mouture. Et j'ai la nette impression de l'avoir déjà lue, en partie, chez un certain Bonnejean dont on peut  reconnaître les tournures ! Il faut dire que certaines phrases originelles en étaient si incorrectes qu’elles étaient incompréhensibles. Il y a manifestement double tricherie : sur la personne et sur le manuscrit emprunté après la découverte du forfait. Facebook aura enregistré les deux versions, sans aucun doute. 

Mais vous remarquerez aisément un changement étrange dans la seconde partie. Le style devient tout à coup irréprochable comme par un miracle incompréhensible. Bizarrement, les passés simples sont parfaitement conjugués sauf un « envoyât » un peu fabriqué après coup, me semble-t-il et la ponctuation des parties dialoguées, monologuées et même pensées est devenue d’un académisme rigoureux.

Allons, Monsieur Bigot, n’ayez pas peur ! Vous avez cru à une supercherie, n’est-ce pas ? Il y avait deux auteurs et, en ce cas, la question était de savoir pourquoi l’usage d’un « écrivain de paille » ? Qu’avez-vous dit au patron du Freddie’s Bar, le tenancier de cet établissement presque entièrement féminin, le Kapomeister Hagar Legürü, le signataire unique du texte, quand vous vous êtes aperçu du subterfuge ?

— Je lui ai simplement demandé s’il ne se foutait pas de notre gueule. Il l’a très mal pris. Il m’a même fichu à la porte de son établissement, m’enjoignant de n’y plus remettre les pieds.

— Et pourtant, poursuivit Jean Bon, vous vous étiez enhardi et aviez eu le temps de faire la connaissance de quelques-unes de ces dames qui avaient fini par vous apprécier, n’est-ce pas ? Notamment une certaine limousine, Noiraude Arvenuë, qui vous convia à ne pas quitter l’endroit, arguant qu’elle appréciait votre présence au plus haut point.

— C’est tout à fait vrai, prononça clairement le pauvre homme mis en confiance ; à tel point que je crus bon de l’informer, une fois parti, que je trouvais les compliments de ces dames les unes envers les autres fort immérités et que je vous demandai, Monsieur Bon, de rédiger pour moi la lettre que j’allais communiquer à ma future complice. »

Ce fut la consternation ! Ainsi Bon et Bigot se connaissaient et avaient travaillé ensemble à saborder cette officine de sabotage de la culture française. C’est bien l’agent 666 qui avait écrit ce mot à l’Arvenuë, alias « la plumitive » à cause de sa manie de mettre des plumes partout. Voici le message rédigé par 666 et adressé par Bigot à la plumive, ancienne balayeuse aux Folies Bergères où elle avait commencé sa collection :


" Mais avouez que cette pluie de compliments pommadeux sur des "poésies" plus fadasses les unes que les autres dans une orchestration improvisée par un gourou à lunettes oriental(es) a quelque chose d'un vomitif-laxatif qui dessert (si j'ose dire) la poésie véritable. Pourquoi ne pas dire à un mauvais que c'est un mauvais ? Vous lui rendrez service. Il fera des efforts pour s'améliorer. Bizarrement, bobard et barbeau s'apparentent."

 

http://laiguilleetourdie.blogs.marieclaireidees.com/media/02/00/1262181668.jpg

 

 

Le fait est Monsieur le Commissaire que cette s… s'était empressée d'envoyer le "billet" destiné à la faire rire, uniquement elle, admiratrice en mal d'humour, prétendait-elle, au propriétaire du lieu. Jouant les vierges outrées, elle enjoignit, semble-t-il, ledit Kapomeister Hagar Legürü de publier la lettre privée au mépris de toutes les lois (art. 226-15 du Code pénal notamment). Ce délit, contre la loi et contre la morale, m’a valu une attaque orchestrée par l'épouse de Legürü, amie commune du P. Hugueux et de ma femme : Sœur Ĺąŵąč  Čţėąŵęŗţį, vestale en chef ».

Jean Bon tendit un dossier au Commissaire. Il contenait l’ensemble des conversations visant Bigot, en son absence, puisque chassé du Freddie’s Bar.

 

Suite au prochain numéro

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » — « Et mon [...], c’est du poulet ? »

 

© Bernard Bonnejean, 22 août 2010. Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction réservés pour tous pays, y compris l'URSS, la Chine populaire et le Finistère Nord.

Publié dans vie en société

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Au Freddie's Bar (suite 4)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

La poésie sous curatelle

 

Cinquième épisode : Mo/Maurine 


 

 

Pourtant, si ce bon paroissien de Saint-François-Xavier avait su lire dans les pensées, il n’aurait perçu aucune malignité dans la question bien anodine de Moumouche. Que ce charismatique n’ait suivi jusqu’au bout les conférences du professeur Harold Puthoff sur l’Extra-Sensory Perception, plus francisément parlant : la perception extra-sensorielle ! Il eût vite été convaincu qu’un être aussi médiocre, d’un quotient intellectuel plus que moyen, peut se voir doté d’un pouvoir réel, bien utile chez les fonctionnaires de police : la lecture des pensées. Et le fait est que Tsé Tséï eût été bien démuni si on lui avait demandé de  lire autre chose que les idées d’autrui.

 

 

 

 

Le  lecteur averti s’étonnera sans doute qu’on attache quelque importance à de telles fadaises. Certes, le National Research Council avait d’abord conclu à l’inexistence d’une vision à distance. L’Eglise catholique, toujours très prudente, se méfiait aussi de ces théories, sans oser les dénoncer. N'avait-on pas dit, dans certains milieux, que nombre de prélats consultaient en secret le père Hugueux, archiprêtre et chanoine honoraire, sorti premier du grand séminaire d'Ecône, un spécialiste en théologie "à l'ancienne" ? Le fait est que le bon père, pourtant intégriste dont l'intégrité avait parfois été mise en doute, avait su tirer d'affaire le père Le Père IljÕn, Marcel, missionnaire chinois, (prononcer /on/ au sud du 17ème parallèle et /œn/ au nord).   

 

Marie Bernarde de Sainte-Honorine, catéchiste des enfants des écoles chrétiennes du quartier Saint-Sulpice, connaissait bien les talents du père Hugueux. Elle réussit à convaincre la future Madame Bigot, alors la très virginale Maurine-Yvonne Le Plouc de Sainte-Pérose, que la religion ne pouvait se montrer hostile à la parapsychologie. Elle défendait, s’appuyant sur des confidences du Saint-Esprit, du moins le croyait-elle, que la mystagogie des premiers chrétiens s’apparentait à une forme supérieure et sacrée de la télépathie.

 

« La preuve », argumentait la bonne dame qui aujourd’hui exerce aux Lilas sous le nom d’Irma Montretout (voyante numérologue) pour arrondir sa maigre retraite, « l’Esprit-Saint descendu sous forme de langues de feu sur les apôtres me donne, à moi aussi, chaque jour, des instructions précises dont je fais profiter mes clients ». De méchantes gens de l’avenue Gambetta ont tenté de discréditer Bernarde-Irma, avançant que ses « dons » spirituels, loin d'être donnés, n’avaient été gratuits que lorsqu’elle avait dû faire un stage prolongé à Sainte-Anne. Rien n’y fait. Non seulement elle tient pignon sur rue, mais elle reçoit certaines personnalités politiques pas toutes versées, dit-on, dans un catholicisme de souche…

 

 

Tsé-Tséï, conscient d’avoir trouvé un bon moyen de se rendre intéressant aux yeux de son supérieur hiérarchique, redemanda avec insistance :

« Quel est le prénom de Madame Bigot ? Je ne vois pas en quoi cette question vous dérange, t’sais ».

Le pauvre Désiré prit sur lui pour rassembler le peu de forces qui lui restaient et balbutia :

« Maurine-Yvonne…

 Maurine, Patron, m-a-u ou m-o !! Vous me comprenez ? Que dit la deuxième phrase du billet codé ?  « Les mots maux sont ténébreux mais mon cœur est léger, grâce à toi ». C’est clair, t’sais. »

 

Le Divisionnaire n’osa pas interroger davantage son subordonné pour ne pas avoir à lui laisser deviner son incompréhension totale. Il essaya de retrouver l’air terrifiant de ses premières années d’inspecteur et, scrutant le visage défait de sa nouvelle victime, il trouva le courage de lui demander, froidement :

« Expliquez-vous, Bigot. Ne nous obligez pas à vous y contraindre ! »

Voici l’histoire de Mo(au)rine-Yvonne Le Plouc de Sainte-Pérose, telle qu’elle est consignée dans les tiroirs secrets du bureau 212, d'après le témoignage de son mari.

 

 

Le sultan Omar Pacha Ben Pacha avait vingt filles. Il en chérissait particulière une, la plus belle, la plus aimable, la plus intelligente de sa progéniture féminine. Grand coursier des mers devant l’Eternel, il se trouva un jour aux alentours des Sept-Îles. En ce temps de paix, il demanda asile au seigneur du pays. C’était en la fête de l’Assomption et le sultan fut invité aux festivités. Il fut à ce point conquis par l’accueil reçu et l’obligeance de son hôte, qu’il proposa sa tendre fille, Maurine, en séjour linguistique pour l’année d’après.

 

C’est ainsi qu’en l’an 1358, la jeune sultane Maurine Pacha Ben Pacha arriva en un lieu qui devait plus tard être connu sous le nom de La Clarté en Perros-Guirec.

 

Cependant, le vieux seigneur était mort et son jeune fils lui avait succédé. Les festivités en l’honneur de la Sainte-Vierge ne manquèrent ni de faste ni de dévotion. Mais, à la fin de la cérémonie, Aymeric, le nouveau comte, voulut bouleverser la tradition : les musulmans et autres païens de passage seraient invités comme les autres à partager le banquet qui clôturerait la fête. Mieux : il demanda à la jeune sultane si elle voulait bien faire le service. En cette époque reculée, la noblesse, de quelque nationalité qu’elle fût, savait respecter les paroles du Christ et du Coran où il est demandé que dans les circonstances exceptionnelles, le riche et le puissant s’abaissent à devenir les serviteurs du pauvre et du faible.

 

Maurine, en bonne musulmane, s’exécuta sans se faire prier. Toutes et tous n’eurent qu’à se féliciter de son charmant sourire.

 

Alors que le banquet s’achevait, entra un étranger qui se rendit immédiatement à la table où l’on servait à boire. Il se présenta à la veuve du seigneur défunt qui répondit à son humble demande :

 

« Désolé, mais le festin est réservé aux porteurs de bannières et aux organisateurs de la fête. Revenez l’an prochain. Portez une bannière et vous aurez à boire ! »

 

 

 

L’étranger s’en fut et on ne le revit jamais.

 

Le sultan, furieux que sa fille se soit rendue complice d’une telle forfaiture, la laissa à un hobereau breton, le seigneur le plus indigent que la terre d'Armor ait porté. Depuis, toutes les filles de la descendance du couple maudit reçoivent le prénom de Maurine, ou Morine, en souvenir de l’Assomption 1358 où, dit-on,  le Christ a été rejeté de la table d’hôte par une fausse chrétienne qui plaçait la loi avant la charité. Bigot dut avouer que s'il avait su cette douloureuse histoire, il n'aurait jamais épousé Mo/Maurine Le Plouc de Sainte-Pérose, dont le prénom dénonçait la tare héréditaire.

 

« Vous comprenez maintenant, Monsieur le Commissaire, pourquoi je ne voulais pas prononcer le nom de mon épouse, par crainte qu’on ne sache l’origine du teint de son visage et l'acte ignominieux dont ses aïeux se sont rendus coupables ».

 

 

Suite au prochain numéro

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » — « Et mon [...], c’est du poulet ? »

 

© Bernard Bonnejean, 16 août 2010. Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction réservés pour tous pays, y compris l'URSS, la Chine populaire et le Finistère Nord.

 

  

 

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Au Freddie's Bar (suite 3)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

La poésie sous curatelle

 

Quatrième épisode : Tsé Tsëi 


 

 

Bigot fut intarissable. Puis, exténué par son récit, il s’enfonça dans son siège et attendit une réaction du fonctionnaire.

Après de longues minutes d’un silence lourd et vide, on entendit frapper à la porte. Trois coups brefs et deux coups plus espacés. Bigot, qui avait vécu les affres des « événements » étant petit, se mit à marteler dans son cerveau : « Algérie française ». Quant au commissaire, pourtant habitué au code, par déformation professionnelle plus que par conviction idéologique, il entendait chaque fois nettement : « CRS SS ».

Un petit homme étrange, voûté, au regard furtif, vêtu d’une tunique orientale, mi djellaba mi sortie de bain, pénétra comme en catimini dans la pièce. Bigot arrêta net son récit, quand l’apparition lança en un cri perçant :

«عليكم السلام  , Patron, t’sais »

auquel Bordelieu répondit, d’un air las et indifférent :

« السلام عليكم   ».

Devant l’air médusé de son témoin, le divisionnaire se fit un devoir de courtoisie :

« Il m’a dit Salam Aleikum, ce à quoi j’ai répondu Aleikum Essalam.  Permettez-moi, cher ami, de vous présenter notre génie du décryptage : Tsé Tsëi ».



 Le pauvre homme transpira le peu d’eau qui lui restait dans le corps, détaillant le nouveau venu de pied en cap, envoûté par le pakol en laine bouillie qu’il n’avait vu que sur Internet, à la chapellerie Tarclet [Authentique pakol provenant du Pakistan : 60 €].  Le couvre-chef  était devenu fameux grâce à  feu احمد شاه مسعود   Ahmad Shah Massoud, le commandant de l'Alliance du Nord afghane, du Jamiat-Islami et chef de l'Armée islamique. Ce héros afghan avait été assassiné par deux Tunisiens qui s’étaient fait passer pour des journalistes munis de faux passeports belges, le 9 septembre 2001.

Bordelieu ne put s’empêcher de rire aux éclats :

« Avouez que vous vous attendiez à voir entrer un Chinois. Mais, mon pauvre ami, s’il avait été Chinois, on l’aurait appelé Van de Graaff pour égarer les soupçons. Décidément, les Français d’en-bas ne comprendront jamais rien aux ruses du contre-espionnage. Notre agent est né à La-Garenne-Colombe dans les Hauts-de-Seine. Après un séjour dans les camps d’entraînement de Flandre belge, il nous est revenu avec un tic assez fâcheux : il finit toutes ses phrases par le belgicisme « t’sais ». D’où son nom de code. Dans certains pays, on le connaît sous son autre nom de Moumouche. L’ennemi ne le connaît que sous le nom de Scatophage, par allusion à une espèce de mouche qui a la particularité de… Enfin, peu importe ! »



 En visite à La Garenne

Bigot, tout en buvant les paroles de son guide, essayait de jauger le spécimen exposé. Au bout d’un moment, comme un lycéen qui n’en peut plus d'avoir la langue chargée par une question qui la brûle, il demanda en une émission de voix, au risque de s’étouffer :

« Et avec tout ça, il n’a pas de problème d’identité nationale ? »

Il faut dire que, catholique pratiquant, Bigot cotisait à l’UMP parce qu’on lui avait dit que les socialo-communistes détruiraient les églises et fermeraient les écoles libres. Il avait lu assidument les œuvres complètes du dissident Besson, le bien nommé, le transfuge de la modernité prévoyante, le champion de la gauche adroite, l’auteur d’un centième de volume in-octavo écrit gros avec des marges larges, double interligne, du type "à la Xavière". L'ouvrage était préfacé par Boutefeu, le Neuilléen parrain de l’Aiglon Epadéen.  Il y était question de la façon dont un Français ne l’est plus par le fait du Prince et de l’ « identité nationale », une notion à laquelle personne, pas plus Bigot que la plupart des sujets hexagonaux, n’avait rien compris. Pourtant, autant Bigot que les autres était absolument convaincu de s’être établi une conviction inébranlable. Il était pour sans savoir contre quoi et rien ni personne ne pourrait jamais le déclarer relaps.  

Et pourtant, à supposer qu’on ait expliqué à Désiré qu’il était le produit, par générations successives, du viol initial d’une Burgonde par un guerrier Wisigoth prisonnier des Francs, il y aurait regardé à deux fois avant de proclamer son attachement à la pureté de la race française. Surtout en un temps où ladite race est représentée sur son territoire et chez nos amis étrangers par un rejeton né de l’union d’un immigré hongrois anobli en 1628 par le roi de Bohême et la fille d’un juif séfarade de Salonique convertie au catholicisme.



Donc, finalement, Tsé Tsëi méritait comme tout le monde d’être français, même s’il n’en possédait ni l’allure ni l’ « identité » propre. En outre, ce que n’avait pas dit le commissaire, il était agent double, au service du bureau 212 et du SRRDB, c’est-à-dire le service de renseignements du roi des Belges.

Le Divisionnaire se tourna vers lui et s’enquit des résultats de sa recherche. Tsé Tsëi, conscient de l’importance de sa mission, parut tout à coup moins voûté et prit un ton doctoral :

« Après des travaux sur le grain du papier et la composition de l’encre, nous nous sommes attachés à analyser les trois phrases, t’sais, Patron. Les trois forment la traduction explicite et certaine d’une satisfaction pleine et entière pour un travail mené avec succès. Toutes trois ont le même sujet « je », ce qui ne prouve pas forcément l’unicité d'une personne égocentrique. Mais Patron, t’sais, ce qui est remarquable et parfaitement inhabituel c’est le caractère systématique et excessif des louanges. Le vocabulaire est superlatif : « très beau », « magnifiquement », « bouleversée ». Les sentiments exprimés un peu forcés, t’sais, de telle sorte qu’on a du mal à y croire : « J’aime tout ce que tu fais et ce que tu écris » ; « j’en ai envie de pleurer ».

— Qu’en déduisez-vous, Tsé Tsëi ?



— On chercherait à nous tromper que ça ne m’étonnerait pas, t’sais. Mais c’est surtout la deuxième phrase qui m’intrigue. Désiré Bigot, comment s’appelle votre femme ? »

Le pauvre homme savait ce moment inévitable, ce qui ne l’empêcha pas de tourner un regard éperdu et pitoyable vers Bordelieu comme pour l'appeler à son secours…

 

 

Suite au prochain numéro

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » — « Et mon [...], c’est du poulet ? »

 

© Bernard Bonnejean, 30 juillet 2010. Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction réservés pour tous pays, y compris l'URSS, la Chine populaire et le Finistère Nord.

 

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Au Freddie's Bar (suite 2)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

La poésie sous curatelle

 

Troisième épisode : le 212 


 

 

En fait, le bureau 212 du Quai des Orfèvres était occupé par un reliquat négligé du 2ème Bureau, célé dans les caveaux des ministres défunts. Après qu’à l’automne 1895, Georges Picquart, chargé du dossier Dreyfus, avait été remplacé par le colonel Henry, on avait profité de l’aubaine pour confier le contre-espionnage, jusque là rattaché au ministère de la Guerre, au ministère de l’Intérieur. Puis, en bonne logique, les services du chiffre avaient revêtu le pantalon garance en 1914. En 1918, la centralisation des renseignements était confiée à un Commissariat à la Sûreté nationale rattachée au Président du Conseil, l’équivalent du premier ministre actuel. En 1924, le Service de Renseignement comptait 70 commissaires spéciaux, nombre assez insuffisant pour que soit créée, sous les ordres de Charles Cotoni, une direction générale de la Sûreté, avec renforcement en moyens humains, matériels et juridiques. Ce n’est qu’en mars 1937 que Léon Blum mit un terme aux querelles entre les ministères concernés, créant le service des Renseignements Généraux, le service du commissaire Bordelieu.

 



Parvenus ce point de mon récit, j’entends les plus curieux me demander la raison de cette brutale interruption dans l’historique de notre auguste maison Poulaga & Co juste avant la deuxième guerre mondiale. Pourquoi ne pas poursuivre au-delà, au moins jusqu’en ce jour du 12 juin 2010, quand, dans la chaleur étouffante d’une canicule précoce, Désiré Bigot transpirait de son crâne chauve jusque sur le dossier de la chaise administrative ? Sans doute auriez-vous aimé savoir si Bordelieu faisait ou non fonction d’officier des Renseignements Généraux ? Impossible ! Officiellement, les RG n’existent pas plus que les écoutes téléphoniques à notre époque. D’ailleurs, ces affaires strictement internes regardent-elles les votants contribuables et justiciables d'une nation démocratique ?

 





En réalité, si « nul n’est censé ignorer la loi », personne ou presque ne sait, à cause de quel décret il est présent au 212 sous de multiples formes, à moins d’une vie en tous points exemplaires, c’est-à-dire indifférente, imperceptible, parfaitement inutile aux autres et à soi-même. Il fut certes une époque où le citoyen lambda, petit délinquant ou truand notoire, était arrêté, jugé, puni et relâché, si le tribunal ne lui avait pas fait perdre la tête. Il en va tout autrement aujourd’hui : à leur insu, ce qui peut se concevoir, mais aussi à l’insu de la justice qui pourtant fait ce qu’elle peut pour se montrer libre, indépendante et impartiale, les Bigot de toutes espèces se retrouvent fichés par des Bordelieu de tout acabit, sans que le Ministère de la Justice en soit informé.

 

C’est ainsi qu’il est impossible de savoir si notre divisionnaire avait en charge tout ou partie des informations contenues dans les STIC, FVV, FPR, FRG, FNT, FBS, FIT, FNFM, FNAEG, SIS, DST, SALVAC, FTPJ, FAED, JUDEX, FOS, FTIVV, ANACRIM, SCPPB, FAC, PULS@R, BB2000, COG-RENS, FAR, FPNE, ARAMIS, SDRF, ARIANE, FIJAIS, AGRIPPA, etc. Et pourtant, même si « seules les personnes habilitées » peuvent les consulter, il y a fort à parier que de temps à autre l’erreur est plus humaine dans ce domaine que dans quelque autre… Peu importe, me direz-vous ! Voire ! C’est avec ce genre de procédés « légaux » que de pauvres gens, catalogués francs-maçons, pour ne parler que d’eux, se sont retrouvés à Drancy, actuellement en Seine-Saint-Denis, sous la protection musclée de la police française, attendant un train pour l’enfer et la mort…





 

Revenons à nos moutons !

L’ambitieux divisionnaire, profitant du flou artistique qui entoure dossiers et fichiers secrets,  ne se contentait donc pas de traquer le malfrat ; son bureau 212 était le lieu de conciliabules interlopes, d'arrangements confidentiels, de l’underground international. Connues des agents de Londres et de Moscou, d’Oslo et de la Terre Adélie, les manigances du « gauche-droite-gauche », comme on l’avait surnommé, étaient parfaitement inconnues du 210 comme du 214, les deux bureaux adjacents. Sauf quand Bordelieu, dans sa toute-puissance, avait envie de lâcher quelque information, comme ça, en guise de bonne blague, sur l’homosexualité de tel député, sur la jeunesse un peu houleuse d’un grand personnage, sur le goût immodéré d’un autre pour une substance jugée nocive. Il arrivait même qu’à la suite de négociations fructueuses certaines pièces s’échappent du 212 pour alimenter les caquetages du mercredi d’un allègre colvert.

C’est dire qu’il en avait vu passer des messages chiffrés, le Commissaire divisionnaire Amédée Bordelieu. Il en avait découvert des clés, fait sauter des serrures !

Mais là !?





Cet inconnu m'a semblé bien camper le Divisionnaire

Devant son client bouche bée qui vaticinait déjà diagnostic et pronostic, le pauvre Commissaire eut un sifflement admiratif et lâcha :

« Les vaches ! Elles sont fortes ! Il faut que j’envoie ça au service de décryptage, chez Tsé Tseï. Pendant ce temps-là, vous allez me raconter tout ce que vous savez. Je crois qu’on est sur une sale affaire ! »

Bigot, qui avait passé sa vie à courir après les palmes académiques sans succès, se rengorgea. Enfin, il le tenait son premier rôle !  

 

 

 

Suite au prochain numéro

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » — « Et mon [...], c’est du poulet ? »

 

© Bernard Bonnejean, 21 juillet 2010. Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction réservés pour tous pays, y compris l'URSS, la Chine populaire et le Finistère Nord.

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Au Freddie's Bar (suite 1)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

La poésie sous curatelle

 

Deuxième épisode : les mots maux 


 

 

Amédée Bordelieu ne passait pas pour un ange de miséricorde. Si, en de très rares occasions, il lui était arrivé de montrer quelque indulgence, c’est qu’il escomptait en tirer profit pour son service ou pour lui-même. Aujourd’hui, pourtant, il regardait Bigot avec le regard bienveillant d’un déshérité de la fortune, d’un acolyte en existence gâchée, d’un expert en misogynie raisonnée. Il aurait parié que leurs destins sans être semblables avaient tracé deux parallèles étrangères l’une à l’autre. La réflexion du brave homme avait fait renaître en lui des épisodes douloureux d’une vie commune qui fût restée supportable sans les inimitiés des femmes de la belle famille auxquelles s’étaient jointes amies et relations. Bordelieu, seul maître à bord après Dieu au bureau, chez lui passait après la bonne, l’œil de Moscou de sa commère.

 

"J'ai dit !"

 

Le « Je me suis méfié tout de suite » de Désiré Bigot sonnait à ses oreilles comme le péan des illusions perdues et des lendemains qui chantent. Il fut accueilli par un soupir exalté de compassion, d’acquiescement et d’espoir vindicatif. On aurait proposé à Bordelieu d’intégrer le maquis qu’il aurait frémi au même souffle de libération. La proclamation de la « Patrie en danger » ne dut pas provoquer plus d’effet que cette déclaration de péril féministe.

Il avait pourtant l’air bien falot, le Désiré, pas du tout martial ni même combatif. On devinait chez lui toute la morne pesanteur d’une existence sédentaire consacrée à l’étude : une figure ronde, un nez presque trop beau, sans relief ni aspérité sur lequel glissait une paire de lunettes en métal, et, bien entendu, pour ne pas faire mentir les poncifs, une calvitie presque complète qui laissait deviner son ancienne précocité. Le regard, lui, était plutôt expressif, malin mais sans tricherie ni feintise, passant par toutes les gammes des sentiments, décelable comme à livre ouvert, avec la franchise du vieux professeur qui a passé sa carrière à se laisser deviner par de jeunes paires d’yeux inquisiteurs.

 

Un professeur comme un autre

Bordelieu sortit de sa rêverie et pour toute question ne trouva qu’une réflexion un peu naïve qu’il regretta aussitôt :

« Et vous n’avez pas eu peur ? »

De qui ? De quoi ? C’est pourtant vrai que Bigot n’en menait pas large lorsqu’il s’était senti mâle dans ce Freddie’s Bar féminin. Il s’en était fallu de peu qu’il ne sorte en vitesse, avant même qu’on ne le remarque. Peine perdue, d’ailleurs ! Ces dames, entre elles si prodigues en civilités, en courtoisie, en coquettes mignardises et autres gracieusetés, ne levèrent même pas les yeux sur le visiteur. S’il avait déclaré au commissaire avoir été bien reçu, c’est que précisément on ne l’avait pas reçu du tout, ce qui lui avait inspiré la confiance nécessaire pour un séjour qu’il s’était pourtant promis assez éphémère.

Bordelieu en voulait pour son argent. Il insista :

« Vous n’avez pas eu peur, vous seul homme parmi toutes ces femmes ? Vous n’avez craint de paraître ni importun ni ridicule ?

— Mais non, Monsieur le Commissaire, je vous assure ! »

 

 

Comment pourrait-on avoir peur ?

 

Bordelieu, agacé et déçu, lorgna vers la fenêtre comme si le spectacle de la Seine et de ses quais pouvait le transporter ailleurs.

« Avez-vous au moins remarqué quelques… privautés d’ordre plus intime ? Des caresses, des baisers… Vous voyez bien ce que je veux dire !?

— Mais certainement pas ! s’insurgea Désiré Bigot qui, en honnête provincial, ne connaissait « ces choses-là » que pour les avoir lues dans les magazines ou vues sur la toile. Toutes ces gentillesses n’étaient que verbales, je puis vous l’assurer. D’ailleurs bien incompréhensibles pour le non-initié que j’étais.

— Un code ? Avez-vous quelques souvenirs de ces conversations ? »

 

 

Mata Hari...

Et Bigot sortit de sa poche un méchant billet où il avait griffonné quelques-unes de ces paroles qui l’avaient fort intriguées et qu’il avait précieusement recensées. Il en livra trois à l’attention, de plus en plus avivée, de son interlocuteur :

« C’est très beau et si magnifiquement rythmé ! J’aime tout ce que tu fais et ce que tu écris. Bisous ! »

« Les mots maux sont ténébreux mais mon cœur est léger, grâce à toi »

« Je suis bouleversée devant un tel romantisme que j’en ai envie de pleurer ».

Amédée Bordelieu prit le papier tenu en mains par Bigot et se livra à une première analyse…  

 

Suite au prochain numéro

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » — « Et mon cul, c’est du poulet ? »

 

© Bernard Bonnejean, 19 juillet 2010. Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction réservés pour tous pays, y compris l'URSS, la Chine populaire et le Finistère Nord.

   

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Au Freddie's Bar

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La poésie sous curatelle

 

Premier épisode : Une "atmosphère" !


 

 

Amédée Bordelieu avait traîné ses guêtres de succursales de chefs-lieux de cantons en commissariats de préfectures, et il croyait avoir tout vu des virages populaires insanes aux tribunes couvertes des VIP. Contrairement au jeune Bénigne, il avait accepté de se crotter le cuir noir veau pleine fleur de ses John Foster Roston® dans les cours de ferme avant d’aller exhiber ses caoutchouc fangeux devant sa résidence neuilléenne. Il avait dû tout de même troquer sa villa de Pornic contre une place honorable dans le Who’s who®. Mais s’il s’était volontiers plié aux exigences de son épouse sur cette question immobilière il n’avait pas voulu se soumettre à hacher son patronyme pour y gagner une particule. Il ne serait jamais le commissaire divisionnaire Bor de Lieu.

 


 

 

Quai des Orfèvres, Paris

 

 

On lui savait gré, au Ministère, d’avoir réussi à résoudre toutes les énigmes du moment et à les tenir secrètes lorsque l’État n’avait aucun intérêt à les voir divulguées. Quant à ses subordonnés, influencés par les séries télévisées et subjugués par la notoriété de leur supérieur, ils ne l’appelaient jamais autrement que « patron ». Du reste, les anciens le nommaient déjà ainsi lorsqu’il n'était qu'inspecteur-chef. En somme, Bordelieu, était un grand flic, expérimenté, habile, soucieux de l’ordre et de la discipline, respectueux de la hiérarchie et de la « chose publique » autant que ladite chose n’entravait pas les privilèges de la hiérarchie.

Pourtant, en ce jour de juin 2010, son intuition lui dit qu’il avait tout à perdre. C’était décidément une drôle d’histoire que le vieux bonhomme ventripotent à lunettes lui racontait. Le pire est qu’il ne perdait rien de son assurance lorsqu’il se lançait, avec une certaine faconde, dans ses histoires à dormir debout.

« Donc, si je vous résume, vous n’êtes pas entré de votre propre chef, mais sur invitation.

­— Et pour cause, je n’avais jamais entendu parler du Freddie’s Bar. Il faut dire que des tripots de cette espèce, il y en a des centaines rien qu’à Paris.

 


 

 

 

Ce n'est pas le Freddie's Bar

 

 

— Ce que je ne comprends pas, Monsieur Bigot, c’est qu’un homme de votre condition ait si facilement poussé la porte d’un établissement pareil, sans se soucier autrement de sa réputation ».

Bordelieu avait martelé ces derniers mots avec juste ce qu’il faut d’autorité pour ne pas paraître soupçonneux. Le fait est que l’irruption de cet intellectuel à la retraite, reconnu par ses pairs pour ses travaux universitaires, pouvait au moins paraître incongrue sinon inconvenante.

Devant ce brusque changement de ton, le bonhomme fixa un moment le commissaire par-dessus ses lunettes, comme s’il cherchait à comprendre la teneur exacte des reproches qu’on lui adressait. Bordelieu, embarrassé, ne lui laissa pas le temps d’expliciter son mécontentement :

« Bon ! Vous ouvrez la porte. Qu’est-ce qui vous frappe dès l’abord ?

 


 

 

 

Vous leur trouvez encore des gueules d'atmosphère, vous ?

 

 

 

— L’atmosphère !, lança Bigot comme libéré par une pensée qui l’obsédait. Une atmosphère qui m’était tout à fait étrangère, faite de volupté, de faux calme, de sourde menace. Un peu comme un volcan éteint avant l’éruption !

— Et à votre avis, à quoi tenait cette « atmosphère » ?

— A un nombre incalculable de femmes ! Il y en avait partout ! Et elles s’embrassaient, se congratulaient ! A celle qui serait la plus aimable !! »

Le commissaire Bordelieu qui se flattait d’avoir fréquenté le Tahiti, où Hemingway et Picasso avaient leurs habitudes, ne put réprimer un sourire. Ainsi de joyeux drilles avaient eu la plaisante idée d’inviter ce têtard de bénitier dans une boîte lesbienne !? Il avait dû être bien reçu là-dedans, avec son costume cravate étriqué ?  

« On m’a très bien reçu », se contenta de murmurer Bigot, comme en un rêve éveillé.

 


 

 

 

Fantasmatique, non ?

 

 

Pour la première fois depuis longtemps, le fonctionnaire faillit perdre son sang-froid. Le Ministère lui avait envoyé ce type, un « écrivain » lui avait-on dit, parce que lui seul pouvait démêler une vilaine affaire. Apparemment, c’était encore une sale blague de son collègue Lagourde ! Qu’est-ce qu’il venait casser les pieds à un Commissaire divisionnaire, cet abruti ?

Il se calma, comme à regret, et se contenta d’un

« Eh bien, de quoi vous plaignez-vous ? légèrement agacé.

— Précisément, Monsieur le Commissaire, une telle ambiance féminine, si paradisiaque… Mettez-vous à ma place ! Je me suis méfié tout de suite ».

 

Suite au prochain numéro

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » — « Et mon [...], c’est du poulet ? »

 

© Bernard Bonnejean, 13 juillet 2010. Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction réservés pour tous pays, y compris l'URSS, la Chine populaire et le Finistère Nord.

 

 

Publié dans vie en société

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Ils causent de moi

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

 

Dans le quotidien national La Croix


« Ça ne se fait pas ! C’est indécent ! On n’a jamais vu ça ! Pendant que vous y êtes, vous n’avez plus qu’à vous encenser vous-même…


Je sais tout ce qu’on va me reprocher mais peu importe.  Je n’aurai jamais ni palmes académiques ni les arts et lettres ni mérite agricole ni même la médaille de sauveteur. Aurai-je seulement une sépulture digne de ce nom ? N’étant donc pas certain du tout d’avoir les honneurs ante ou post mortem, avec jolies dames en voilette et messieurs en noir et blanc, comme du temps de Zitrone, je me permets donc de prendre les devants. À défaut d’éloge funèbre, voici un texte que vous m’honoreriez en le lisant.


De quoi s’agit-il ? J’ai eu une bonne critique dans le quotidien national catholique LA CROIX. Et alors, me demanderez-vous ? Et alors je suis content et fier, et j’ai l’immodestie, chers amis non abonnés, de vous en faire part.


C’est tout ? C’est tout.


 

 

François-Xavier Maigre
Né en 1982. Journaliste à "La Croix". Compositeur de chansons sous le pseudonyme François-Xavier Carbonnell : "Des crocodiles et des rêveurs" (2004), "La saison morte" (2005), "La pêche à la lune" (2007). Et enfin, poète, un peu : 1er prix du Printemps des poètes 2002 à l'Université de Versailles-Saint-Quentin. Parutions : Comme en poésie, Le Capital des mots, L'inédit nouveau, revue Arpa, Ici et Là... Ce blog n'est pas qu'un espace de création personnelle, c'est aussi un lieu pour faire connaître d'autres auteurs, artistes... La poésie n'a de sens que si elle est partagée.


Voyage au pays des poètes chrétiens

(paru dans La Croix du 24 juin 2010)

Le Dur métier d'apôtre : Les poètes catholiques à la découverte d'une réelle authenticité (1870-1914), de Bernard Bonnejean, Cerf, 322 p.,
32 €

Cette étude minutieuse tente d'esquisser une définition de la poésie catholique, en revisitant l'œuvre de Verlaine, Péguy et Claudel

Poète catholique... L'association peut surprendre, voire prêter à sourire. En effet, beaucoup considèrent que le « vrai » poète est d'abord celui qui dérange, qui sonde la noirceur de l'âme plus que les choses de la foi, qui explore les limites du langage plus qu'il ne poursuit une quête de sens. L'étiquette spirituelle - et pire encore, catholique ! - étant souvent perçue comme un gage de prosélytisme, d'amateurisme ou de mièvrerie. Il suffit pourtant de relire Paul Verlaine ou Charles Péguy pour mesurer combien la fibre religieuse, loin de brider la créativité, peut féconder un souffle poétique d'une rare intensité lorsqu'elle rencontre un talent authentique.

C'est l'un des grands mérites de cet ouvrage que de remettre à l'honneur la famille des poètes catholiques. Pour en brosser le portrait, Bernard Bonnejean, fin connaisseur de la poésie du XIXe siècle, a choisi de se restreindre à une période comprise entre 1870 et 1914, en se concentrant sur une poignée d'auteurs connus pour leur orientation chrétienne - Verlaine, donc, mais aussi Péguy et Claudel. Au point de départ de sa réflexion, l'inévitable « gageure », à laquelle, selon lui, tout poète croyant est un jour confronté : celle de « rendre compatible la liberté créatrice inhérente à l'inspiration » et « la discipline » liée à la « transmission de concepts et d'idéaux évidents et irrécusables ». Il s'agit en clair de définir à quelles conditions poésie et foi chrétienne peuvent s'accorder.

La poésie, s'interroge l'universitaire, a-t-elle « un sens, c'est-à-dire non seulement une signification ou une utilité, mais aussi une "direction" », qui ferait du poète le « serviteur de Dieu », voire son « acolyte privilégié » ? Loin d'asséner des réponses toutes faites, cette étude minutieuse se déploie dans la longueur, nourrie de très nombreux extraits de poèmes, correspondances et articles.

Pas de certitudes, donc, mais quelques intuitions fortes. Ainsi, dans le sillage de Claudel, Bernard Bonnejean avance que « plus la poésie se donne une finalité haute, plus elle doit se départir d'une originalité formelle et rhétorique où l'artiste ne s'ingénierait qu'à faire valoir son génie propre et à rechercher un plaisir égoïste d'esthète ». D'une érudition parfois décourageante pour le simple amateur, cette étude fournit néanmoins de précieuses clés de lecture pour aborder les poètes chrétiens d'aujourd'hui, de Jean-Pierre Lemaire à Gilles Baudry, en passant par Philippe Delaveau ou Roland Nadaus. Et tous ceux qui creusent un sillon spirituel, par-delà les étiquettes.


François-Xavier Maigre



A bientôt, mes amis,
Bernard
P.-S. A l'attention de Monsieur François-Xavier Maigre : Tout d'abord, permettez-moi de vous remercier pour cette bonne critique. Vous voudrez bien faire part de ma satisfaction au service concerné du journal La Croix. Vous remarquerez que je n'ai pas laissé les liens de votre blog ni ceux du quotidien. Il semblerait que l'un ou l'autre soit attaqué par un virus. Je ne prends donc pas le risque.  En tout état de cause, je laisse votre présentation afin que nul n'ignore. En espérant que vous lirez ces lignes. Merci.

Publié dans religion et culture

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Hommage aux barons Adolphe et Edmond

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Définition de la noblesse par l'exemple


 

 

Essayons de cerner notre sujet par la tangente. C’est qu’on ne peut expliquer la mer et l’océan, sans le fleuve, le fleuve sans la rivière, la rivière sans le ruisseau, le ruisseau sans la source…


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Les barons, dans le système féodal, sont issus des plus anciennes familles de France. En réalité, tout aristocrate de haut rang, du comte au duc, tient sa dignité et ses biens du roi et s’honore du titre de baron.  Napoléon en fit un titre héréditaire prestigieux, convoité mais sans vraie noblesse. Du moins, le croit-on.


C’est un baron qui écrivit ces quelques pensées que vous trouverez probablement honnêtes et lucides :


L'homme qui n'a rien à désirer est à coup sûr plus malheureux que celui qui souffre.

Tout bon citoyen a non seulement le droit, mais encore est obligé, de publier ce qu'il croit utile au bonheur de ses semblables.

Nous appelons désintéressé tout homme à qui l'intérêt de sa gloire est plus précieux que celui de la fortune.


Ce baron-ci s’appelait Paul Henri Dietrich (1723-1789), baron d’Holbach, d’origine allemande,  et sa baronnie était la philosophie, le bon sens, la fortune et l’érudition. On pourrait ajouter une grande liberté de pensée pour l’époque, car son athéisme, réfléchi et sincère, aurait pu lui coûter la Bastille.


 

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Certes, les mauvais esprits rétorqueront qu’il est aisé de parler de désintéressement lorsqu’on a réussi à troquer l’aumônière pour un lingot. C’est tout le drame de la richesse ou plus exactement de l’homme riche. Et c’est le moment où l’on cite ordinairement ce précepte christique : « Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le Royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou de l'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu ! »  (Mc 10,25) Même Marx n’a jamais été si sévère ! Il est vrai qu’il était fort peu préoccupé de métaphysique.


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Un autre baron aurait commis cette pensée qui semblera énorme en cette période de crise :


« Un Rothschild qui n'est pas riche, pas juif, pas philanthrope, pas banquier, pas travailleur et qui ne mène pas un certain train de vie, n'est pas un véritable Rothschild »

 

C’est l’Express du 20 décembre 2007, dans un article intitulé « Les Rothschild, rois des banquiers", qui rapporte ces propos tenu par un autre baron : Edmond de Rothschild, descendant du juif ashkénaze allemand Mayer Amschel Rothschild, fondateur de la très célèbre dynastie.


 

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Edmond est un Rothschild de la branche française créée par James (1792-1868), l’initiateur de la grande banque de la rue Laffitte à Paris, collectionneur d’art, amateurs de chevaux et de vin, constructeur du château de Ferrières. Son fils soutiendra l’effort de guerre de 1870, une de ses œuvres moins connues, il est vrai, que le célèbre vignoble bordelais. Ses descendants combattront en 1914 et en 1940. Le baron Guy recevra la croix de guerre 1939-1945. Vichy spoliera allègrement la famille avec l’aide de l’occupant allemand. En 1953, le baron Edmond « riche, juif, banquier, travailleur… » crée le groupe LCF Rothschild et meurt en 1997, non sans avoir épousé l’actrice Nadine Lhopitalier, la vestale du savoir-vivre à la française.


 

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Et alors ?  

 

Alors, les plus observateurs auront remarqué que la citation du baron Edmond de Rothschild a été tronquée. Riche ? il l’était. Juif, il l’était aussi. Banquier et travailleur ? aussi. Et philanthrope !

 

Un seul mot oublié dans cette litanie et c’est la citation tout entière qui s’en trouve faussée. Philanthrope, « ami de l’homme », « ami du genre humain ».

 

Encore faut-il savoir le concret que recouvre ce vocable.

 

 

En 1886, le baron Adolphe de Rothschild, à la suite d’un accident où il a failli perdre la vue, décide de fonder un établissement hospitalier dédié à l’ophtalmologie, à deux pas des Buttes Chaumont. Mort avant d’avoir réalisé son œuvre, son épouse Julie Caroline mène le projet à son terme. La fondation Adolphe de Rothschild est inaugurée en 1905 « ouverte à toutes personnes, hommes, femmes ou enfants sans distinction de nationalité, de croyance, de religion ou d’opinion politique ». Reconnue d’utilité publique par Décret du 20 avril 1909, la Fondation, par la volonté d’Edmond, participe au Service Public  depuis 1990.


 

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En 1975, la Fondation est la première en France à utiliser le laser en chirurgie ophtalmique. Elle se dote d’un des premiers scanner et IRM.  Puis, on ouvre des services de neuro-chirurgie, de neuro-radiologie, de pédiatrie. En 2005, la Fondation crée la première équipe de Recherche technologique dans un hôpital avec le CNRS. En 2006, elle signe une convention avec l’hôpital Robert Debré : la couverture chirurgicale pédiatrique est assurée pour l’est et le nord parisien.


 

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Et c’est là, qu’en ce mois de juin-juillet 2010, Momo finit, avec l’aide des spécialistes, du Docteur C. qui se reconnaîtra, des infirmières, des aides-soignantes (merci Romana, merci Armelle, servantes des pauvres et des affligés, bras armés de Dieu) de se rétablir.


 

Merci, Monsieur le Baron ! Merci, pour votre noblesse !


 

Bernard Bonnejean

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Lettre ouverte à M. Raymond Domenech

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Cher Monsieur,

 

Nous sommes faits pour nous comprendre.


 

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Cette petite entrée en matière en étonnera sans doute plus d'un. On s'attendrait plutôt à des invectives, à en juger par l'être supposé que l'on croit reconnaître en mes capacités à me battre contre l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge, l'escroquerie, parfois au-delà de toute mesure.


En 1992, je connus le début de la gloire. Oh ! n'exagérons rien ! A mon humble niveau de tâcheron de l'enseignement privé catholique sous contrat avec l'Etat ! Je venais de réussir un concours, peu aisé, qui me permit d'enseigner dans un grand lycée lavallois. A ce titre, on me nomma "professeur principal" de la crème, l'élite des classes de collèges : les latinistes matheux.


 

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On ne connaîtra jamais les récompenses d'un fonctionnaire, ou assimilé, convaincu d'avoir assez de talent pour conduire à un succès total, prévu, programmé, une classe de brevet des collèges de latinistes matheux. Ils réussirent, au-delà de toute espérance, selon la formule consacrée, comme prévu, selon la logique d'une réalité tenace contre laquelle on ne peut pas grand chose. Fort de "mes" 100% de réussite, on m'éleva une statue virtuelle : envié par des collègues jaloux, adulé par les parents et la direction, aimé de mes élèves déjà atteints par un instinct grégaire assez commun en ces circonstances, je fus promis à un bel avenir.


Tant et si bien que l'année d'après, le petit professeur de collège, depuis vingt ans,  se vit proposer d'une part de passer en lycée pour enseigner à une classe de seconde d'autres latinistes tout aussi matheux, et d'autre part de faire office de gourou sous-chef avec le titre envié de coordinateur des classes de seconde. Mes supérieurs avaient-ils dans l'idée de me nommer à la sous-direction ? Il n'est pas excessif de le supposer. Dans mes attributions, l'honneur m'incomba de préparer une classe de première littéraire (très peu latinistes et pas du tout matheux) au baccalauréat anticipé de français.


 

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Depuis un moment je ressentais une sorte de malaise à enseigner dans cette classe d'artistes. Non qu'ils fussent spécialement méchants ou agressifs, mais qu'il y régnait un parfum de mesquinerie et de rébellion larvée. Il faut dire que dans le même temps certains collègues, parmi les plus anciens de l'établissement ou parmi les plus jeunes aux dents longues, voyaient d'un assez mauvais oeil cette pluie de promotions imméritées. De fil en aiguille, de bouche à oreille, le téléphone arabe fit son effet et l'on passa vite des jugements hâtifs de valeurs à des médisances sourdes, puis à des calomnies muettes. On m'inventa une réputation de tombeur qu'en certains milieux on m'aurait enviée, mais qui dans le milieu enseignant catholique, où l'on est supposé être éducateur autant que professeur, est rédhibitoire.


Aspiré par la spirale de mes responsabilités, assez prenantes tout de même, je continuai vaillamment sur ma lancée sans faiblir. En un mot, pour faire simple, je laissai courir.


Après un cours donné à mes supposés artistes, je vis s'approcher un petit groupe de garçons et de filles de cette génération à laquelle nous, soixante-huitards, avons appris l'esprit critique, la constestation de toutes les formes d'autorité et, ils n'en usent guère, la vertu du dialogue musclé. J'entends encore en écho ce petit bout de femme, plutôt mignonne, les yeux noisette et la bouche en coeur prononcer ces paroles fatidiques : "Monsieur, je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais ça ne peut plus durer comme ça !" Naïvement, je m'informais sur le sens de cette captatio benevolentiae et fifille, applaudie intérieurement par ses camarades, me fit comprendre en termes pesés d'adolescente des beaux quartiers que je ne savais pas faire mon métier, que mes cours n'étaient pas suffisamment préparés, qu'on n'y apprenait rien, qu'on s'y ennuyait ferme et qu'il me faudrait faire de gros efforts pour tenter d'arriver à la cheville de mes collègues chevronnés. Sans compter qu'on aurait voulu que je ressemblasse au Robin Williams du Cercle des poètes disparus...


 

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J'encaissai et me défendis poliment, diplomatiquement, sereinement. C'est tout juste, je pense, si je ne promis pas de faire mon possible pour atteindre leur niveau. Il faut dire que l'époque était déjà aux "feignants de profs qui ont choisi ce métier-là juste pour les grandes vacances". On a beau se persuader, preuve à l'appui, que ce n'est pas vrai : à force de se l'entendre claironner sur tous les tons, on finit tout de même par avoir des doutes.


Il y eut, paraît-il, des clashs, mot que tout le monde comprend aujourd'hui, mais qui venait tout juste de faire une entrée triomphale dans le vocabulaire de la pédagogie démagogique. Rien n'est pire que le clash, me fit-on comprendre dans le bureau sous-directorial, quand il s'agit d'une famille convenable, bien sous tous rapports, plutôt fortunée, et qui a du mal à supporter les propos malveillants d'un gauchiste avéré contre les activités politiques d'un aïeul réactionnaire... Il est vrai que ce jour-là j'y avais été un peu fort en défendant une thèse très peu catholique, ou trop catholique..., sur le devoir de miséricorde. Ne comptez pas sur moi pour vous en révéler le contenu ! Comme vous, Monsieur Raymond Domenech, mes parents m'ont appris à ne pas régler mes affaires en dehors de la famille ou de la communauté concernée. 


Vous croyez deviner la fin de l'histoire ? Mais vous ignorez les rebondissements.


Comme prévu, mon 100% de réussite au brevet des collèges pour classes d'élite fut anéanti par un autre pourcentage assez médiocre de baccalauréat anticipé pour artistes un peu imbus de dons qu'ils croyaient avoir. Les années 60 leur auront appris qu'il suffit d'avoir 17 ans pour écrire comme Rimbaud ou Minou Drouet. La fin de l'année fut couronnée par une mise à l'écart assez humiliante : je ne fus plus coordinateur, ce qui était assez logique ; même plus professeur principal ; et l'on me collait les classes "difficiles".


 

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Vous vous reconnaissez un peu, n'est-ce pas, Monsieur Domenech : vous avez porté votre équipe jusqu'à la finale de la coupe du monde 2006 et aujourd'hui, à cause d'une bande de footeux sans ambition et surtout sans mâturité, on va vous proposer quelque chose qui ressemble à un banc de touche.


Je n'ai pas envie de vous parler d'Anelka, un sombre crétin que l'opinion a déjà jugé, moins pour les propos insultants qu'il vous a servis, qu'à cause du j'm'enfichisme inconvenant pour la France qu'il ne représentait pas sur le terrain. On le sait coutumier du fait. Perd-il en Angleterre ? C'est la faute des tabloïds. Les Madrilènes, quant à eux, regrettent encore beaucoup l'argent qu'il leur a coûté, récompensés par le mauvais esprit qu'il a instauré dans les vestiaire, ses bouderies d'enfant gâté, tant et si bien que le président Sanz évoquera ses problèmes psychiques (!). 


Non ! Je veux être positif, Monsieur Raymond Domenech, car vous m'êtes d'autant plus sympathique que je suppute, derrière vos tracasseries, la main à peine gantée d'un politicard très-très haut placé. Suivez mon regard ! Il est assez petit pour faire tout ce qui est en son pouvoir pour ne plus paraître inexistant. Votre ratage -- ce n'est pas le vôtre, en l'occurrence, mais celui d'une équipe qui ressemble trait pour trait à la France transformée par l'apprenti sorcier d'opérette -- c'est en quelque sorte le sien, un parmi tant d'autres.

 


 

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Eh bien, Monsieur Domenech, permettez-moi de finir mon histoire ! J'ai refusé de sombrer dans la honte. Je me suis inscrit, à 45 ans, à une formation d'agrégation, moi qui n'ai jamais eu la chance d'aller en faculté et j'ai été reçu à ce concours, envié par tout le corps enseignant, jusqu'à l'étranger. J'en suis sorti avec les honneurs et couverts de lauriers. Et comme si ça ne suffisait pas, je me suis payé le luxe d'acquérir le titre de docteur, mention très honorable avec félicitations du jury. Et comble de culot : j'ai demandé expressément à enseigner dans les classes professionnelles et technologiques, que je salue ici pour leur bonne humeur, leur humilité et... leur réussite professionnelle.


Monsieur Domenech, vous allez bientôt toucher le fond, je le sais, vous n'y pouvez rien, il reste un match et je sais que vous n'avez rien à en espérer. Si vous le perdez, on dira que c'est dans la logique des choses ; en cas de victoire, on regrettera que vos choix stratégiques aient été trop tardifs. Mais, après que vous aurez bu votre honte, faites plaisir aux Français qui aiment leur pays : relevez la tête et briguez des lauriers qui les laisseront pantois. Vous le pouvez ! Comme la victoire de Samothrace, vous aurez perdu la tête mais gagné des ailes ! 


 

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De tout coeur avec vous, je vous prie d'agréer, Monsieur, l'assurance de mon profond respect,


Bernard Bonnejean.

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