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Le vermacle de sainte Golocôme (13° s.)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Texte établi et annoté par

M. le Professeur Amédée-Honoré

Le Piègeux (1892-1947),

docteur émérite de l'Université libre des Deux-Fleuves,

spécialiste en littérature médiévale costarmoricaine,

membre de l'Archiconfrérie des Preux Algonquins.


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Sources et manuscrits :

 
Dès 1900, on connaissait le canevas du Vermacle de Sainte Golocôme, d'après une tradition orale très ancienne. Mais il appartint au génie du Père Augustin de la Ganisserie, op, d'en remarquer le manuscrit et de le déchiffrer. En fait, il y a deux manuscrits : le manuscrit A, daté de 1254, assez abimé par les infiltrations qui en ont rendu des passages entiers indéchiffrables ; le manuscrit B, celui que découvrit le P. de la Ganisserie, daté de 1274, et sur lequel travailla le Prof. A.-H. Le Piègeux. Ce document, très précieux, est aujourd'hui conservé aux archives de l'Université du Québec sous la référence :
 
 

Notes et commentaires :

 
Ayant moi-même travaillé sur le manuscrit B avec le Prof. Aloÿs Kuningam, je me suis permis, pour la bonne compréhension du manuscrit et par désir de servir la science linguistique et la recherche universitaire, d'ajouter quelques notes personnelles basées sur l'excellent travail de Le Piègeux.

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Gildas clabingea la suifette1 à travers la membrouille. Il se fit une claquemure intense comme si la riboule avait gadiché la marniche. Les giberceuses arrêtèrent net leur alpingage ; les commeurnes2 s’entrechécraient, immobiles, vérinés comme des remures qu’on aurait lâchement remibourées. Et pourtant, on s’était bien promis qu’on harcènerait la gibesse ! Peine perdue ! Elle était là, farcelisée, coperfilée, émigurée telle une petite javercière ! La farloupe3 !!!
Tout à coup, Gildas s'escarla ! Il en avait son lamoir de toutes ces cernités !! Finies les patioches et autres inerettes ! On allait voir à quoi ressemblait sa lointère !
Combien y'en avait-il de minoches ? D'un coup d'oeil, il les estima à vintrure, peut-être vintrure-tierce4. Pas plus. Pas de quoi en manirer une membrière ! Mais quand même ! Il suffirait d'une seule marnelopée pour clamercer la gigouillade !
 
Gildas ferbola la gibesse par les deux cimures, sans déverger un seul instant. Furieuse, la giberce tenta de se décateliner, mamelinant de sarkeau et d'aubri, sans résultat. Elle était pièvre d'iroisie. Cependant, bien qu'on la studît vécasse, elle feignait de fafilocher, la badlesse, avec un perbolant de tous les diables ! C'en était minesque à voir ! Car il faut bien en circonvaincre : elle était tout de même faisiblement sarcolée, la cardaine5...
"Pas le temps de s'apiocher", s'ertima Gildas. A la moindre sonitude, il était brébanque pour des piogées. Mais comment s'estrafilier parmi giberceuses et commeurnes sans se tramouler trop ? Une vraie afriture ! Il demeura quelques astrices, la trimoire éperdue. Lui qui en avait pourtant clavaqué des révines, il était tout gouglottant, plus d'aspince que de britouille.
"Stup ! s'estrifouilla la gibesse. Sous tes grands socasses, t'es qu'une minoppée ! "
Gildas lui colla une traverseuse6 en travers de la matioche ! Une minoppée ! Lui ? Et en moins d'épatude qu'il ne faut pour le hablir, la gibesse se retrouva derge par-dessus pioche. Elle avait beau muniger comme une gréville, il ne découilla pas d'un epsilon7. On allait vriter ce qu'on allait vriter !
Ce fut une mirnechière comme on n'en vit pas à la bataille de Vorasque-la-Ménilmée8 ! Gildas se servait de la gibesse comme d'un sommetail à visitandoir ! Pas à pas, sochet après sochet, il se municipa un galteux au milieu de la furasque. Tous l'arabusquèrent ; aucun pour le débirasser. On eût dit le "Griveux de Chayource", tant son alluron était fiolesque et son instude énermineuse. Au reste, on entendait de vassa de valla des alluvirations au héros démouru. Pas un pour ne pas ébadouir un gosteux de Chayource.
Enfin, Gildas amanoui de sa gibesse, franchit le paltameur à séculier. Il la fit détremper à terre. Elle lui colla une traverseuse. Il lui rendit une tapocule puis lui roussilonnant les amunilles, il lui rifa : "La gibesse, t'as des blutiaux qui me décalagent". Et, toute éferluéé, elle lui haurissa une fifrelette qui le laissa émarturé. ........... sacubi[téé]......éroferme et s[...]..........................................délauquée........................................................................toute esparbassée9.
Ils s'embaguèrent et eurent une émarmité de mariochons. L'aînée, à la prustrécomption générale, finit laminaire au couvent des Absoulines10.




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Sainte Golocôme, fille de Gildas et de la gibesse. 
 

RENVOIS DE NOTES :

 
1 Ce vocable, utitisé en ce sens, permet, d'après Luigi Scarpani, d'établir avec précision le territoire occupé par les Eromandiens au XIIIe siècle. Selon lui, il aurait englobé un espace compris entre Duchesnay et Portneuf. Edmond du Courteau d'Etables n'a pas retenu cette hypothèse.
2 On voit bien ici que la société éromandienne est fondée sur des critères sexuels. Patriarcale, avec une évidente domination des commeurnes, on n'est pas sans remarquer l'attitude de la "gibesse" (équivalent de notre "maîtresse femme") dont l'influence est sensible sur la population giberceuse.

3 Certes, le mot est osé ! Mais en faire une injure, comme l'a supposé Le Piègeux, nous semble exagéré.

4 Inutile de rappeler que le système décimal n'est pas encore inventé.
5 Une belle image, supposée magnifier les formes féminines.
6 Le lecteur aura soin de ne pas confondre la traverseuse et la tapocule (infra). Seule la première est une vraie correction, la seconde étant un acte physique, certes rude, mais asséné avec tendresse.
7 L'expression figée "ne pas découiller d'un epsilon" permet de supposer, avec une quasi certitude, l'influence grecque sur le peuple éromandien.
8 Une grande bataille dont nous ne savons presque rien sinon que le céromène (équivalent de général en chef), surnommé "Griveux de Chayource", était réputé pour être invincible.
9 Texte malheureusement perdu. L'aumônier général des Absoulines ayant griffé le manuscrit, il ne reste que quelques mots, qui donnent assez le ton très érotique du passage.
10 Ordre religieux féminin aujourd'hui disparu, placé sous le patronage de sainte Golocôme.


 
 
Voilà, mes chers amis, les connaissances qu'en toute modestie je me flatte d'avoir acquises. Puissiez-vous ne pas me le reprocher.
 


Bien amicalement,

 
Bernard
 
 
 

 

Publié dans traditions séculaires

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Histoire de poètes (4)

Publié le par Bernard Bonnejean

 
La grande vogue du Chat noir
(suite)
 
 
Le Chat Noir publie une autre poésie de Le Cardonnel, le 2 décembre de la même année. Comme le remarque Noël Richard, le poète s’est vraisemblablement inspiré de Baudelaire dans cette « impression de pluie ». La première strophe, en effet, commence par les deux mêmes rimes que la pièce LXI des Fleurs du Mal :
Mon cœur exaspéré, mon cœur se sent plus vieux,
Par ce lugubre temps, par ce temps pluvieux.
 
 
 
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De plus, toujours selon Richard, il est loisible de rapprocher assez aisément l’image du corbillard du poème cardonnélien
— De cyprès, entourés d’un livide brouillard ;
Il ne manque plus au tableau qu’un corbillard
— Qu’un corbillard avec un plaintif tintement
De glas — et, torturé, je pense tristement
— Aux morts ennuyés qui, malgré les oremus
Dolents, chantés pour eux — s’étirent dans l’humus !
 
 
 
de la pièce LXII intitulée « Spleen » des mêmes Fleurs du Mal :
— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
 
 
corbillard1.jpg 
 
 
Quelques semaines après son arrivée à Paris, le Chat Noir publie une autre sonnet du jeune poète, encore dédié à Goudeau, « Mysticisme », dont le ton général, la fluidité des rythmes et des images rappellent cette fois la manière d’Albert Samain dans Au Jardin de l’Infante. Quatre autres poèmes de Le Cardonnel paraîtront encore dans la revue montmartroise en 1885, dont l’un cette fois sera dédié à George Auriol, le secrétaire de la direction. Cette fois, Le Cardonnel est bien dans le ton du Chat Noir avec cette « Chanson pour mélodrame », où le poète facétieux raconte l’histoire d’une ingénue « à l’œil cafard » et à la triple couche de fard, étranglée sous la lune par son amoureux avec un bout de corde caché dans sa poche. Les derniers instants de la belle donnent assez le ton de l’ensemble de cette pièce grand-guignolesque  :
La romance qu’elle me chante
Me paraît à peu près touchante...
Oui, mais quel ton de voix cafard,
Dans sa voix elle a de son fard...
Hop ! Serrons ! Sous la lune pâle,
Vrai, ça n’est plus le vent qui râle !
 
Ces poèmes qu’il est permis de juger faciles sont bien de la veine chat-noiresque. Le Cardonnel y cède à la truculence et à une certaine complaisance pour le genre macabre, un macabre le plus souvent joyeux, qui fait autant partie de l’atmosphère du Chat Noir que des plaisanteries coutumières aux carabins qui, de tout âge, ont ainsi aimé à faire enrager le bourgeois. Du reste, le Chat Noir suivait ainsi la voie tracée par le satanisme poétique d’un Rollinat et de ses Névroses, peuplées de squelettes aux dents blanches et de vampires au vol inquiétant. Ces essais de jeunesse, comme le sonnet « Bourgeois », s’expliquent aussi par la rancœur d’un de ces poètes faméliques exécrant par-dessus tout les béotiens, philistins ou mufles que Tailhade a décrit dans son voyage Au Pays du mufle ou dans A travers les groins.
 
 
 
Nombre de poètes, et parmi eux Louis Le Cardonnel, ne pardonneront pas à Salis d’avoir fait de l’institut artistique, qu’était le premier Chat Noir, une affaire commerciale et lucrative pour lui seul. Ils devaient bientôt déserter le célèbre cabaret. Pourtant, il est certain que le Chat Noir fut une merveilleuse rampe de lancement pour le symbolisme et pour les jeunes poètes qui le fréquentèrent. On lui reconnaît encore une immense portée artistique et littéraire, et cela à travers le monde :
Entre la fin de siècle et le premier quart du XXe siècle, on a vu se multiplier les répliques du Chat Noir à Barcelone, Munich, Vienne, Cracovie et même Moscou et Saint-Pétersbourg, chaque pays insufflant au cabaret ses caractéristiques nationales et les obsessions du moment.
 
L’auteur de l’article reconnaît cependant que les émules du « Chat Noir » ne purent remplir partout leur rôle qu’autant que la censure locale le permettait. Il conclut enfin sur ce que le « Chat Noir » et ses calques européens apportèrent à l’art par son violent désir d’osmose, rappelant que c’est au célèbre cabaret que Debussy connut Satie, qu’ils y rencontrèrent Cocteau et qu’ainsi put devenir possible la création de Parade, avec Cocteau pour l’argument, Satie pour la partition, Diaghilev et Massine pour la chorégraphie et Picasso pour la décoration et les costumes.

 
 
 
Que Le Cardonnel ait voulu minimiser le rôle du « Chat Noir » dans son inspiration n’a rien d’étonnant. C’est d’une part que le bon prêtre qu’il est devenu veut sans doute faire bonne figure devant le destinataire des lettres auxquelles il livre ses confidences, Mgr Calvet. L’autre raison, il la livre au même destinataire. Le Cardonnel, dans son jugement négatif, parle surtout du second « Chat Noir », lieu, dit-il, « au charme malsain » que les poètes décidèrent d’abandonner « à l’ignominie de la chanson canaille et de la gouaille faubourienne », refusant de devenir ces Montreurs qui provoquaient le dédain et l’indignation chez un Leconte de Lisle. Il est certain que Louis Le Cardonnel donne très tôt des signes d’agacement et de fatigue à l’égard de la vie tourmentée et vaine du Montmartre d’alors. En 1885, paraît dans le Chat Noir, sa « Chanson découragée » qui ne semble pas avoir été une pièce artificielle. Après avoir amèrement regretté que le dictionnaire fût devenu froid, que « l’Absolu refuse d’être », et que les « pauvres chansons [meurent] dans un sanglot » à peine nées, il conclut sur un vers désabusé :
Vraiment ce n’est pas la peine !
 
Les compagnons de Le Cardonnel l’ont déjà surnommé « l’ascète ». Le jeune homme leur inspire une grande affection mêlée de respect. Il exècre par dessus tout le blasphème ou la paillardise, et Adolphe Retté, qui avant sa conversion, n’aura de cesse de le railler et de le ridiculiser, volontiers blasphémateur et impie, le présentera répondant au franc cynisme par « une de ces sentences pieuses qui produisent l’effet d’une cascade d’encre versée dans l’eau miroitante d’une source claire ».
 
Le Cardonnel montmartrois est déjà en quête d’idéal. La poésie profane et les joyeuses virées de la Butte ne lui suffisent plus. Il s’intéresse aux mystiques profanes, Goerres, Novalis, Swedenborg ; aux philosophies de Plotin et de Philon ; aux occultistes Papus et Eliphas Lévy ; il admire aussi Joseph de Maistre, Claude de Saint-Martin, Lacuria et Hello. Mais, en même temps, il se nourrit des lectures des Pères de l’Eglise : saint Augustin, saint Bonaventure, Denys l’Aéropagite et saint Jean de la Croix. Il tente déjà de concilier toutes ces leçons sous le signe du catholicisme. Il a en projets de composer un recueil de vers, Les Incantations, un livre d’hermétisme et un autre d’apologétique...

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Un poème en prose, confié au Scapin, est assez explicite. Le Paris cosmopolite de cette fin de siècle est devenu vide de sens. Tous les habitants, au regard « absolument semblable » qui trahit une même « pauvreté spirituelle » lui apparaissent comme des fantômes interchangeables qui n’ont aucune idée de ce que peut être une « existence parfaite ». Ils ne comprennent rien au symbolisme d’une flèche d’église « dont l’élancement pieux affirme que le vrai but de l’homme est en haut ». Comme Claudel, Le Cardonnel a besoin d’être « reconnu » comme un individu que l’on puisse appeler par son nom.
 
La crise intellectuelle et spirituelle de 1886, particulièrement douloureuse pour le poète, le conduit à entrer à Saint-Sulpice et à se jeter dans un confessionnal. Le prêtre, s’entretenant avec lui en dehors de l’église, se trouve être un ami d’enfance de son père. Cette rencontre précipite sa résolution : il se fera prêtre. Mais avant de partir au séminaire d’Issy, il erre longtemps, comme de coutume, dans les rues de Paris avec son ami Albert Samain, qui ne soupçonne rien. Ils se récitent des vers et se quittent sur le Pont des Arts. Samain apprendra la nouvelle de l’entrée de Le Cardonnel par la bouche d’Edouard Dubus. Il en est légitimement affligé, lui qui pense l’ami de toujours perdu pour Paris et pour la poésie. Le Cardonnel, après avoir quitté Montmartre et ses amis, part donc pour le séminaire. Après Issy, où il fera d’ailleurs figure d’original, il va à Solesmes où il fait un court séjour en noviciat. Puis, il passe à Valence deux années de méditation, de 1888 à 1890, coupées d’ailleurs par quelques séjours dans différents monastères.

 
A suivre.

 

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Bernard Bonnejean, Inédit

Reproduction interdite en tout ou en partie sans permission expresse de l'auteur

Publié dans poésie

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Histoire de poètes (3)

Publié le par Bernard Bonnejean

 
Cénacles et cercles littéraires
 
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A travers Le Cardonnel, c’est toute la vie du Paris du symbolisme, de 1883 à 1893, qui s’offre à l’observateur. Il aura fréquenté tous les cénacles et les cercles littéraires et artistiques de l’époque, ou peu s’en faut. Le poète-prêtre assagi écrira plus tard à Mgr Calvet que, comme tous les poètes de sa génération ; il a « traversé […] l’atmosphère de ces cabarets littéraires », où tous étaient attirés, parce qu’ils aimaient « ce qu’il y a de sacré dans l’art »,
le décor archaïque, la lueur des vitraux, l’ardeur loyale de quelques bonnes camaraderies et surtout la douceur d’échapper quelques heures, en des soirées d’illusion, à la pesanteur prosaïque d’une époque lourdement utilitaire.
Il n’a pu cependant hanter le cercle des Hydropathes, dissout quelque trois ans avant son arrivée à Paris, qui devait son nom à Emile Goudeau, surnommé « l’hydropathe » depuis qu’il avait été frappé par un morceau du musicien comique Gungl’, intitulé « Hydropathen walsh ». Il est probable qu’il faille ajouter une autre explication étymologique à ce surnom : comme le dit Noël Richard, si les Hydropathes s’appelaient ainsi c’est sans doute à cause « d’une certaine aversion pour l’eau pure », autrement dit, pour être plus clair, à cause d’une dilection certaine pour l’absinthe. Le cénacle des Hydropathes, sis au café de la Rive gauche, à l’angle de la rue Cujas et du boulevard Saint-Michel, avait accueilli de grands noms de la littérature d’alors : Charles Cros, Laurent Tailhade, Paul Bourget, François Coppée, Marie Krysinska… En 1881, le cercle des Hydropathes disparu lègue son esprit aux Hirsutes, aux Décadents et au Chat noir. Charles Cros, ancien membre des Hydropathes, fonde le club des Zutistes qui se réuni au Chalet de bois, rue de Rennes. D’après le témoignage de Jean Moréas, Louis Le Cardonnel fréquente le nouveau club où il récite, comme le stipulent les statuts, « d’une voix monotones, des vers déjà parfaits ». En outre, selon le même Moréas, l’espérance de Le Cardonnel était déjà alors « de s’approcher de Dieu » et « d’obtenir la grâce de prier. ». Le poète fréquente aussi au cercle « Nous autres » où se réunissent Léon Riotor, Paul Morisse, Albert Samain, Marc Bonnefoy, Edmond Haraucourt, Victor Margueritte, Ernest Raynaud, d’Esparbès et Anthony Mars, futur vaudevilliste à succès. Comme chez les Zutistes, chacun y lit son dernier poème et tous consacrent à Bacchus. Léon Riotor, lui aussi, a apporté son témoignage sur Le Cardonnel, adepte du club, qui de façon prémonitoire voit en lui « la mine drôle d’un jeune curé de campagne », non sans souligner le goût du sarcasme à la manière de Villon, ainsi qu’une propension à la vérité, malgré une certaine dilection pour le paradoxe.
 
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Il est probable que Le Cardonnel fréquenta aussi les cafés célèbres : celui de la « Nouvelle Athènes », fiel de Forain, Degas, Manet, Pissaro, Duranty, Richepin, Mallarmé, Villiers de l’Isle-Adam ; le « Cabaret des Assassins », que fréquenta Verlaine et Clemenceau, maire de Montmartre, avant de devenir « Le Lapin agile », temple du cubisme ; le « Café Rouge » et « Le Cochon fidèle », où ont leurs habitudes Vallès et Cladel ; le « François Ier » que fréquente Verlaine en compagnie de Moréas et d’Ernest Renaud, parmi les préférés de Le Cardonnel, et devant lequel passe parfois Leconte de Lisle avec cigare et monocle, devant lequel on se lève respectueusement « pour lui rendre les honneurs ». Les poètes prisent aussi « l’Académie », rue Saint-Jacques, où l’habitude est de mettre en perce un des quarante tonneaux du café à l’occasion du décès d’un Immortel. Au « Café d’Harcourt », où l’ambiance est plus sereine, Alphonse Daudet joue au bésigue avec Charles Cros.
 
La grande vogue du Chat noir
 
Mais le cabaret le plus célèbre de l’époque est sans conteste le « Chat Noir », fondé par Rodolphe Salis dès 1881, au 84, boulevard Rochechouard, dans le local des Postes et Télégraphes. Son renom et son retentissement allait passer les frontières. Ses habitués étaient alors Emile Gauthier, Crié, Labusquière, et Callet. Comme avec la réputation vint quelque argent, il créa, avec Clément Privé, le journal Le Chat Noir. Henri Rivière fut chargé de la mise en page. Autour du cabaret et du journal, se groupèrent Emile Goudeau et les Hydropathes, puis Abezac, Adrien Demazy et Mac-Nab. S’y joignirent Auriol, puis Alphonse Allais, élève-pharmacien à l’époque.
 
 
Le « Chat Noir », c’était avant tout à ce moment-là un climat que Salis fit tout pour conserver. Les clients, accueillis par des discours pleins de verve, étaient soumis « à des séries d’épreuves plus fantastiques les unes que les autres », sous l’autorité joviale d’Edmond Dechaumes, grand-maître de cérémonies et secrétaire de la rédaction. Rodolphe Salis, selon le témoignage d’un habitué, « avait créé un cabaret où tous les artistes trouvaient place et tenaient à honneur de fréquenter ». On comptait alors dans les rangs de ces joyeux fêtards Coppée, Haraucourt, Pimpenelli, Léopold Dauphin, Georges Fragerolle, Caran d’Ache, Willette, Steinlein, Henri Somme, Henri Rivière, Signac...Tous les vendredis, se tenaient des soirées artistiques, des réunions littéraires présidées par Jean Rameau, Goudeau, ou Haraucourt. Victime de son succès, le « Chat noir » dut déménager rue de Laval dans un hôtel que l’architecte Isabey métamorphosa. Il est difficile aujourd’hui de se représenter parfaitement le cadre dans lequel évoluèrent tant d’artistes, de dramaturges et de poètes. Il faut se fier aux témoignages de l’époque, dont celui de Valbel, pour imaginer l’admiration enthousiaste du public parisien devant une telle luxuriance de style. Beaucoup d’artistes en vogue ont participé à la décoration du Chat Noir. Du haut en bas de l’hôtel, sur les murs, sur les paliers, dans les escaliers, des peintures et des dessins sont signés Gérôme, Falguière, Willette, Forain, Caran d’Ache, Steinlein, Robida, Rivière, Paul Robert, Gilbert, Louis Morin, Henri Pille, John Lewis Brown, Rochegrosse, Gandara, Auriol, Fau, Despaquit, Delaw, Darbour, Somme, Doës, Saint-Maurice, Capy, Uzès, Bombled, Tiret-Bognet, Vallet, Bac, Mery, Grasset, Roedel, Thévenot, De Sta, Galice, De Feure, Redon, Henricus, Radiguet, Poirson, Rafaëlli, Théo Wagner...
 
Pour chaque saison, un Comité de lecture est chargé de choisir les œuvres littéraires représentées sur la scène du cabaret. Mais la spécialité du « Chat Noir », ce sont les intermèdes au cours desquels poètes et chansonniers disent eux-mêmes leurs œuvres. Il faut citer parmi eux, dans un désordre volontaire, et sans les hiérarchiser, comme ils l’ont voulu eux-mêmes : Mac-Nab, Jean Moréas, Jean Rameau, d’Esparbès, Edmond Haraucourt, Maurice Donnay, Maurice Vicaire, Jules Jouy, Armand Masson, Paul Delmet, Jacques Ferny, Vincent Hyspa, Fragerole, Jean Goudezki, Marcel Lefèvre, Xanrof, dont Yvette Guilbert chantera l’immortel Fiacre, Jules Oudot, Léon Durocher, Lemercier, Xavier Privas, dont le nom figurera dans nombre d’anthologies de poètes catholiques aux côtés de Fagus et de Jehan Rictus, Pierre Trimouillat, Hauton, Zamacoïs, Varney, Richard, Montoja, Goudeau, Albert Samain, Marsolleau, Camille de Sainte-Croix, Clovis Hugues, Herbert, Ogier d’Ivry, Paul Margueritte, Rollinat, Mistral, Villiers de l’Isle-Adam sans oublier, bien entendu, Louis Le Cardonnel.
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Le Cardonnel avait connu le Chat Noir, avant même de s’installer à Paris. En octobre 1882, il fait parvenir à Emile Goudeau, alors responsable de la revue du cabaret, avant de démissionner en 1884 pour laisser la place à Alphonse Allais, un pantoum qui lui est dédié. La facture est encore classique et le ton très sage. Poème de circonstance, il s’agit plus exactement d’un poème bucolique dont la présence d’un « Chat Noir aux yeux verts » sert davantage de prétexte occasionnel propre à s’attirer les bonnes grâces du cabaretier-éditeur que de véritable thème d’ensemble à la louange d’une maison que Le Cardonnel ne connaît encore que par ouï-dire. Plus néo-romantique que symboliste, le poète y célèbre la monotonie gracieuse d’une saison automnale ornée de végétation colorée, peuplée de chants d’oiseaux et du coassement de grenouilles qui « détonne » au milieu du « funèbre chant » de la nature agonisante.
Le Chat Noir aux yeux verts, là-bas, se pelotonne.
Il me fixe d’un œil satanique et méchant ;
Les ombrages rouillés ont un funèbre chant !
Je t’aime, ô symphonie étrange de l’automne.
Le fait qu’Emile Goudeau ait accepté de publier ce pantoum prouve assez que l’éclectisme était de mise au Chat Noir et que n’y régnait ni parti pris d’école ni, comme on l’a souvent pensé, désir de provoquer à tout prix. Les tout justes vingt ans du poète suffisaient sans doute à le faire admettre comme une valeur poétique prometteuse. Le fameux esprit chat-noiresque viendra plus tard lorsqu’Alphonse Allais deviendra rédacteur en chef de la revue.
 
A suivre.
Bernard Bonnejean, Inédit

Reproduction interdite en tout ou en partie sans permission expresse de l'auteur
 

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Histoire de poètes (2)

Publié le par Bernard Bonnejean

 
 

La bohème : à la recherche de la gloire
(suite)

 
 
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Il ne semble pas finalement que Le Cardonnel ait trouvé un emploi stable et lucratif lors de son séjour à Paris. On peut se demander s’il le chercha vraiment. Son intention première, tout idéaliste, n’est certes pas de travailler — comme son ami Albert Samain dans le courtage des sucres, par exemple — au sens où l’entend ordinairement le commun des mortels. Il avoue dans sa correspondance que son désir présent est de « fréquenter les bibliothèques », les Musées et d’écrire « quelquefois » dans les journaux littéraires. Ce « quelquefois » est assez révélateur. Au vrai, Louis s’apprête à accueillir la gloire :
Me voici dans la Capitale où mon nom commence à être connu des maîtres et des clans littéraires.

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En réalité, c’est sa vocation de poète, seule, que Le Cardonnel entend concrétiser et pour y parvenir, en cette fin de siècle, il faut s’intégrer à des personnalités et des groupes installés et reconnus sous l'aile tutélaire d'un des plus grands d'entre eux.
 
 
En cette année 1883, Mallarmé, le maître incontesté de la rue de Rome, a reçu de Huysmans un projet de roman dont le héros aimera Théodore Hannon, Tristan Corbière, Paul Verlaine et l’Hérodiade. De plus, a ajouté Huysmans, il possédera chez lui l’aquarelle de Gustave Moreau et les stupéfiantes rêveries d’Odilon Redon. L’idée de des Esseintes enthousiasmera le poète et bientôt le ton des lettres envoyées entre les deux écrivains sera très amical. La même année, Mallarmé pleure, avec les symbolistes, le grand Wagner ; avec Villiers de l’Isle-Adam, surtout, dont l’amitié n’a jamais été si forte et qui, peu à peu, se rapproche de Léon Bloy et de Huysmans.

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Verlaine, en deuil de Létinois, vient de lui rendre un vibrant hommage en l’insérant dans les Poètes maudits, parus sous la couverture de la revue Lutèce, anciennement La Nouvelle Rive Gauche, un journal du quartier Latin dont on a pu dire qu’il a été le berceau du symbolisme et de la décadence. C’est par Verlaine, « un ami commun », et surtout, sans doute, par son hommage poétique, que Moréas a connu Mallarmé chez lequel il s’invite avec Le Cardonnel.
 
Deux ans auparavant, Mallarmé aura pourtant un peu égratigné, gentiment et prudemment comme il l’a toujours fait, un Verlaine devenu, pensait-il, un peu trop catholique et un peu moins poète. Avec douceur, mais sans ambiguïté, il aura tenté de le mettre en garde contre ses nouvelles tendances. Il avait commencé par l’inviter rue de Rome le séduisant par l’éloge de Sagesse, un beau livre, « comme on aime les blancs rideaux d’un dortoir où circulent des songes neufs, simples et parfaits ». Puis, après ce compliment dont on peut se demander s’il était totalement flatteur, Mallarmé avait demandé au converti de ne point oublier « le Verlaine d’autrefois que nous chérissons », notamment celui des Fêtes galantes. Enfin, il lui reprochait d’avoir « rogn[é] » les plumes de son imagination alors que, ajoutait-il malicieusement, « il suffit […] d’avoir des plumes pour être un ange sous quelques cieux que ce soit ». La métaphore, admirable et charmante, n’était pas faite pour froisser la sensibilité du catholique repenti.


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L’article de Verlaine avait donc attiré l’attention des jeunes poètes. Fin 1883, Moréas se rend en compagnie de Le Cardonnel chez Mallarmé qui, au faite de sa gloire, les reçoit tous deux, avec le cérémonial coutumier. Le Cardonnel est venu le premier mardi avec le moins intimidé des néophytes. Jean-Luc Steinmetz a dressé de Moréas un portrait haut en couleurs mais sans concession : « sorte de gandin levantin aux épaisses moustaches », le jeune Papadiamantopoulos, né à Athènes, est déjà apprécié de plusieurs, dont Verlaine. « Ganté de blanc, les cheveux lustrés, sanglé dans des plastrons rigides, la boutonnière toujours fleurie et portant des cravates multicolores », il a séduit par son luxe tapageur et par ses premiers vers parus dans Lutèce, bien que Steinmetz affirme qu’il a plutôt réussi à attirer à lui « ceux qui confondent génie et infatuation ». Toujours est-il qu’en venant avec Le Cardonnel chez Mallarmé, il entend bien faire reconnaître un talent poétique sur lequel il n’a aucun doute. Jules Huret a affirmé à son propos qu’il « joui[ssait] du privilège […] rare […] de trouver dans toute la littérature, non pas les éléments d’un doute affaiblissant, mais des raisons toujours nouvelles et toujours grandissantes d’admiration pour son œuvre ».


On ne sait ce que Le Cardonnel, chaperonné par un tel personnage, osa dire au maître, ni si même il parla. Mais, une fois n’est pas coutume, Moréas sut s’effacer pour laisser disserter l’hôte qui le magnétise, tentant de démêler dans les paroles du maître un programme à adapter « pour mieux en tirer la gloire qu’il convoite », dit Steinmetz.
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Toujours est-il que dans l’une de ses lettres, le jeune Le Cardonnel clame sur un ton de triomphe :
Littérairement, je commence à me faire une réputation de jeune poète. Je passe tous mes mardis soirs chez M. Stéphane Mallarmé...
tout en précisant qu’il commence à se faire « une réputation de jeune poète ».

     
A suivre.
Bernard Bonnejean, Inédit

Reproduction interdite en tout ou en partie sans permission expresse de l'auteur

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Histoire de poètes

Publié le par Bernard Bonnejean

 


1- La bohème : à la recherche de la gloire
 


Lorsque le jeune Louis Le Cardonnel, la tête pleine d’idéal poétique et la bourse plate, débarque à Paris, le 20 ou 21 octobre 1883, il est logé à la même enseigne que nombre d’artistes et de poètes provinciaux, attirés par les lumières de la capitale, jetés brusquement dans les tourbillons de la vie parisienne. La première lettre du jeune poète adressée à ses parents date du 23 octobre 1883. Il dit savoir qu’il aura beaucoup à lutter « dans cette formidable ville de Paris » où il a « la ferme intention de triompher ». Sa lettre laisse deviner des conditions matérielles relativement précaires, malgré des circonvolutions de style qu’il faut mettre sur le compte de l’affection. Grâce à son camarade Fière, il a réussi à dénicher une chambre sous les combles pour un somme relativement modique « dans un excellent autel [sic] ».

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Mais, comme Verlaine, il déménagera souvent, par plaisir ou par nécessité. Les pérégrinations parisiennes du jeune Louis Le Cardonnel sont assez représentatives de l’esprit bohème — un peu adouci par l’aide financière des parents, dans le cas présent — des jeunes poètes de l’époque. Il est d’abord descendu à l’hôtel de Médicis, au 56, rue Monsieur-le-Prince, à quelques pas du boulevard Saint-Michel, en plein quartier latin. La rue comporte plusieurs libraires de neuf et d’occasion, quelques hôtels et restaurants fréquentés surtout par des étudiants. Elle est animée par les jeunes gens qui fréquentent l’Ecole Pratique ou l’Ecole de Médecine ou encore la Sorbonne, le lycée Louis-le-Grand ou l’Ecole de Droit. L’hôtel de Médicis est une construction à cinq étages qui contient quarante chambres plutôt confortables. Un confort un peu coûteux sans doute puisqu’il écrit le 14 novembre 1883, qu’il lui faudra trouver « pour abri une chambre de camarade ».

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De fait, il s’installe aux environs de cette date à l’hôtel de la Monnaie, chez Laudier, traiteur, 78, rue Mazarine, une rue qui se trouve dans le prolongement de la rue Monsieur-le-Prince. Là ce sont les étudiants des Beaux-Arts, dont l’école est toute proche, qui forment la clientèle des restaurants et des hôtels de la rue : hôtel du Mouton blanc, Auberge fleurie, hôtel des Monts Jura, restaurant des Beaux-Arts... C’est entre ces deux rues et ces deux hôtels que Le Cardonnel partagera l’essentiel de ses séjours dans la capitale : l’hôtel de Médicis pour les temps de vaches grasses, l’hôtel de la Monnaie, si mal nommé pour la circonstance, lorsque la bourse se fait plate. La jeunesse y anime le quartier, en ces temps héroïques de la naissance et du développement du mouvement symboliste. Dans un article publié au Mercure de France, Le Cardonnel rappelle l’ambiance qu’il a connue dans ce Paris artistique des années 1880. L’enthousiasme de toute une jeunesse, pressée de faire valoir des talents divers, semble se cristalliser dans un périmètre restreint, non loin de Notre-Dame, en un quartier « auquel donne son nom la statue de l’archange qui brandit le glaive et terrasse le dragon ». Ils viennent de tous les points de la France, parfois de Grèce, de Flandre ou d’Amérique. Toute la journée et une partie de la nuit, « c’est une rumeur qui ne s’alanguit que par instant ». Le Cardonnel trouve presque « effrayante » cette vie folle et insouciante d’étudiants en tous genres, de filles qui « chatoient, promenant le mensonge de leurs yeux, de leur sourire et de leur toilette », une vie mouvementée et mouvante que le poète compare à un « changeant kaléidoscope ». Presque tous ont faim, mais tous, comme Le Cardonnel, s’adaptent à une vie matérielle précaire où il faut compter le prix de la chambre, la pension, le blanchissage, les frais courants, sans compter l’économie nécessaire pour éviter les déconvenues. Du reste, ce Rubempré fin de siècle est peu difficile et s’accommode de repas relativement frugaux, se contentant d’une « trentaine de sous » pour faire trois repas par jour.

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Au demeurant, la faim, si Le Cardonnel la connut parfois, passait à l’époque près des jeunes symbolistes pour avoir des vertus inspiratrices. Avant que Soutine, dans le « Montparno » des années 20, ne réagisse à la faim que par le travail, peignant son Bœuf écorché après avoir jeûné deux jours devant un morceau de viande crue, Adolphe Retté a déclaré, lui aussi, faisant sans doute contre mauvaise fortune bon cœur, qu’un estomac vide est plus perceptif aux beautés celées aux ventres pleins. Harold Swan rapporte ainsi les propos du poète pour qui quarante-huit heures de jeûne produirait « une acuité de perception, une netteté d’intellect » remarquables. Pour peu que l’on soit poète, Retté ajoute que la faim permettrait d’entendre « d’innombrables carillons tinter aux oreilles », gages de rimes et de rythmes harmonieux.
 


En outre, les amitiés permettent de pallier quelques peu les infortunes. En plus de l’aide financière de ses parents, Le Cardonnel connaît rapidement à Paris quelques âmes généreuses qui sauront lui prêter secours en temps voulu. Parmi ces charitables donateurs, prodigues de conseils et d’éloges poétiques autant que de dîners copieux, il y aura Léon Cladel qui recevra parfois le jeune poète à son pavillon de Sèvres. Il y aura aussi Paul et Victor Margueritte, les neveux de Mallarmé, qui eux aussi l’inviteront fréquemment à séjourner à Sèvres, où le jeune homme se dit « délicieusement choyé », faisant beaucoup de « nobles » connaissances qui « s’emploient très activement à [le] caser ». Il reçoit aussi des invitations de ses divers amis : Charles Morice, Moréas chez qui il va déjeuner avec Raymond de la Tailhède, Alfred Ernst, Paul-Marius André, Maurice et Félix Bouchor. Il est l’hôte habituel de Huysmans le dimanche et va, quand il le veut, chez monsieur et madame Delzant, où il est certain d'avoir table mise.


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Mais, avant de se faire un grand nom dans la littérature, il faut se trouver une situation. Coppée, Verlaine et Mallarmé, pour ne citer qu’eux, ont fait école. La poésie, au moins au début, ne nourrit pas son homme et pour s’adonner à cette noble et passionnante occupation, il faut tenter de trouver une sinécure, assez lucrative pour vivre convenablement, mais pas trop prenante pour permettre à la Muse de s’ébattre volontiers. L’entreprise n’est pas aisée. Il s’avère bien vite évident que Paris offre peu de facilités aux jeunes gens de condition modeste « qui veulent vivre de [leur] vie » et force est de constater, pour Louis, qu’il fait partie d’une « foule de gens qui assiègent les positions » sans pouvoir « saisir au vol le moindre emploi ».
 

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Ce que cherche Le Cardonnel, c’est une place de maître d’études ou de secrétaire d’Agence. Des amis à lui, Zénon et Louis Fière, tenteront de le placer sans succès dans les bureaux de la préfecture de police. En décembre 1883, il fera un si bref séjour comme apprenti dans une imprimerie sans même y être payé. Son grand rêve, à lui qui fut secrétaire de la rédaction du Saint-Graal d’Emmanuel Signoret, est de décrocher la bibliographie dans une revue littéraire. Il voit son désir exaucé en devenant tour à tour, mais pour un temps très bref, rédacteur au Parti National d’Adrien Remacle, puis chroniqueur poétique de l’Ermitage d’Henri Mazel. Devant ces tentatives infructueuses, il prend le parti de se plaisanter en une ballade octosyllabique où, sous l’humour du jeu littéraire, perce une grande force d’âme devant l’inclémence de la vie quotidienne :


C’est la honte de ses parents,
Ce Villon en miniature.
Cependant ses rêves sont grands,
Il écrit des vers sans rature,
Mais riant de son ossature
Sous les cieux d’un gris éternel,
La bise ironique torture
L’affreux Louis Le Cardonnel.
Prince éditeur, on vous adjure
De vouloir être paternel,
Et de transformer en brochure
L’affreux Louis Le Cardonnel.
Dans cette ballade, qui est manifestement de la même veine que les autres poèmes publiés dans le Chat noir, le jeune homme semble inspiré par les mêmes préoccupations que le jeune Germain Nouveau, lui aussi fraîchement débarqué à Paris : l’identification à Villon évoque plus la vie de bohème et la misère que la délinquance ; le poète se sent à la fois attiré par la capitale aux « cieux d’un gris éternel » et exilé loin d’une province plus amène et plus ensoleillée ; il accepte le désœuvrement imposé et la pauvreté éphémère dans l’espérance de trouver la gloire littéraire.

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A suivre.
 
Bernard Bonnejean, Inédit 

Reproduction interdite en tout ou en partie sans permission expresse de l'auteur

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Courage, serviteurs de la justice

Publié le par Bernard Bonnejean

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Psaume 82

 
Depuis assez longtemps, je gardais ce psaume et son commentaire dans mes cartons, sans avoir assez d'intuition ni de clairvoyance pour oser prévoir sa fonction véritable. Aujourd'hui, je pourrais inviter le monde entier, et ceux qui le dirigent en tout premier lieu, à lire ce psaume 82, à le méditer et à réfléchir sur le commentaire qu'en a fait Henri Persoz. Nul besoin de vous en donner les raisons. Elles s’étalent à la une de la presse internationale.

Il est vain d'espérer qu'un jour notre piteuse petite justice, la justice des hommes, usera de la même balance pour peser les fautes des puissants et celles des faibles. Nos intérêts proprement humains, matériels, ne vont d'ailleurs pas dans le sens d'une justice égale pour tous. Nous n'aurions rien à y gagner.

La raison d'Etat, les intérêts supérieurs de l'Etat ne cachent bien souvent que des délits ou des crimes inavouables. Qu'auriez-vous répondu à ce sujet de philosophie proposé en 2005 : "Les intérêts de l'Etat justifient-ils le recours à des pratiques immorales ?" J'ajouterais qu'à supposer qu'ils les justifient, doit-on aussi les occulter lorsqu'ils ne servent que la vie phantasmatique des politiciens ? La réponse n'est pas simple.

Soyons honnêtes avec nous-mêmes : nous avons besoin de nos dirigeants et ne tenons pas tellement à les voir empêchés d'agir à notre place uniquement dans la perspective d'une justice irréprochable.

Cependant il en va tout autrement de la Justice divine, toute miséricordieuse certes, mais parfaitement équitable. C'est que « Dieu sonde les reins et les cœurs » et sait faire la part de l'inévitable et du contraint, du déterminé et du volontaire. Peu importent, si j’ose dire, les lois toujours fluctuantes établies temporellement par et pour une élite ; outre le décalogue qui fixe les limites à grands traits essentiels, il est une justice naturelle que peu ignorent sans l'avoir lue. Qui, au final, établira le degré de culpabilité  et d'innocence ? La loi ? Non ! La coutume ? Non ! Les psychiatres ? Parfois, peut-être... Dieu sûrement !

Alors, ne jugeons pas et nous ne seront pas jugés. Sauf si nous y sommes obligés par notre profession ou nos obligations de jurés. Et suivons la sagesse d’Albert Einstein : « Quiconque prétend s'ériger en juge de la vérité et du savoir s'expose à périr sous les éclats de rire des dieux puisque nous ignorons comment sont réellement les choses et que nous n'en connaissons que la représentation que nous en faisons. »

Libre à vous de remplacer les dieux par Dieu ! Mais le psalmiste, lui, semble considérer le juge, le magistrat, non comme l'égal de Dieu, mais comme son représentant sur la terre.

Bien amicalement,

Bernard
 
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 1       

 

              Cantique d'Asaph.
                  
                 
Dieu se tient dans l'assemblée du Tout-Puissant ;
au milieu des dieux il rend son arrêt :
             
2
 
« Jusques à quand jugerez-vous injustement, et prendrez-vous parti pour les méchants ? - Séla ».
 
3
 
 
« Rendez justice au faible et à l'orphelin, faites droit au malheureux et au pauvre, 
 
 
4
 
 
sauvez le misérable et l'indigent, délivrez-les de la main des méchants.
 
5
 
 
« Ils n'ont ni savoir ni intelligence, ils marchent dans les ténèbres; tous les fondements de la terre sont ébranlés ».
 
6
 
 
« J'ai dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous les fils du Très-Haut.
 
7
 
 
Cependant, vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme le premier venu des princes. »
 
8
 
 
Lève-toi, ô Dieu, juge la terre, car toutes les nations t'appartiennent.
 
 


La donnée de ce psaume est analogue à celle du Psaume 68. Exercer la justice est une prérogative divine qui confère aux tribunaux une autorité que Dieu seul possède en propre. La fonction même de juge élève l'homme au-dessus de toutes les questions d'intérêt et de préférences humaines, à tel point que le psalmiste israélite, jaloux avant tout des droits de Dieu, n'hésite pas à envisager les juges comme participant momentanément à l'un des attributs divins. Comparaître devant les juges, c'était, déjà d'après l'Exode, comparaître devant Dieu (Exode 21.6) ; les séances des juges sont, d'après notre psaume, celles de l'assemblée de Dieu (verset 1), eux-mêmes, considérés au point de vue de leur charge, sont des dieux (versets 1 et 6). Leur chute morale est grande en proportion de leur élévation même, s'ils se servent de ce pouvoir divin pour violer la justice, au lieu de la faire régner.

Notre psaume, animé du souffle prophétique le plus puissant, laisse parler Dieu lui-même, comme juge des juges iniques. Il comprend deux strophes, de trois versets chacune (versets 2 à 4 ; 5 à 7), précédées d'une brève introduction et suivies d'une brève conclusion (versets 1 et 8).

L'autorité prophétique avec laquelle parle le psalmiste fait penser à cet Asaph, contemporain de David, qu'Ezéchias appelle : le voyant (2 Chroniques 29.30). On a peine à croire cependant qu'à l'époque de David les juges méritassent les reproches de notre psaume, d'autant plus que David lui-même, en qualité de roi, était le juge suprême. Il faudrait, si l'on pense au premier Asaph, admettre qu'il parle avant l'avènement de David, dans les temps troublés du règne de Saül.

Jésus est menacé d’être lapidé par les juifs. Il leur demande alors pour laquelle de ses bonnes actions ils voudraient le lapider. Et eux de répondre que ses bonnes actions ne sont pas en cause, mais seulement le fait « qu’il se fasse Dieu ». En clair, ils lui reprochent d’avoir un comportement qui l’assimile à Dieu.

Une fois de plus, l’idée ne vient pas de Jésus, mais des juifs eux-mêmes. Sans doute ont-ils entendu cela de la foule qui suivait Jésus. Tant il est vrai qu’un homme extraordinaire, porté aux nues par ses admirateurs, a tendance à être fait Dieu. Mais Jésus renvoie la balle. Il va chercher une phrase du Psaume 82 : « J’ai dit : vous êtes des Dieux » pour retourner le compliment à ses adversaires. Phrase ennuyeuse, en effet, car la pensée juive avait plutôt tendance à placer Dieu très haut dans le ciel, loin des hommes et de leur médiocrité. Ennuyeuse aussi parce que le compliment du Psaume 82 s’adresse à des juges qui font mal leur travail.

Comment les interlocuteurs de Jésus pourraient-ils être des Dieux ? Celui-ci s’explique en rajoutant une phrase : « Il arrive donc à la Loi d’appeler Dieux ceux auxquels la Parole de Dieu fut adressée. » L’évangéliste Jean nous introduit ici dans sa conception du Logos : la sagesse de Dieu, en pénétrant les hommes, les fait participer à la divinité. Comme dit le prologue, ceux qui ont reçu le Logos, la Parole (on pourrait traduire aussi la sagesse) sont nés de Dieu. Rassemblés dans le Logos, il n’y a plus de distance entre la Parole et la personne qui la porte ; les deux sont divines.

Cette idée a été déclinée par les Pères grecs, qui s’appuyaient aussi sur le début de la Genèse précisant que Dieu créa l’homme et la femme à son image. Elle se résume dans cette phrase célèbre : « Dieu est devenu homme pour que l’homme devienne Dieu. » Ainsi Grégoire de Nysse écrivait : « L’homme est un petit Dieu en puissance. » Et Basile de Césarée : « L’homme est un animal appelé à devenir Dieu. »

L’Église orthodoxe a conservé, au centre de sa théologie, cette « déification de l’homme » dont le Christ est pour elle l’origine et le modèle.

Nous retirons de tout cela l’impression d’une limite un peu floue entre l’humain et le divin. Ce n’est pas vraiment grave. Car de toute façon, nous ne savons pas ce qu’est Dieu et nous ne savons pas ce qu’est l’homme. Mais le Jésus johannique, en parlant à plusieurs reprises de ses œuvres, développe l’argumentation dans une direction assez précise que nous pouvons résumer ainsi : croyez en ce que vous voulez, du point de vue de mon statut de Dieu ou de fils de Dieu, mais croyez surtout en mes œuvres, en tout ce que je fais pour les hommes. Et il conclut : « Ainsi vous connaîtrez de mieux en mieux que le Père est en moi, comme je suis dans le Père. » C’est donc ce que font les hommes pour le salut de leurs frères qui rapproche leur statut de celui de Dieu, parce qu’ils deviennent co-ouvriers de Dieu, comme disait Calvin. Et Albert Schweitzer situait Dieu dans le besoin de sauver l’homme. Si nous sommes pris par ce besoin, nous sommes de Dieu. Il nous reste à travailler pour le satisfaire, comme Jésus s’y est engagé complètement, jusqu’à être fait Dieu.

Aussi je voudrais terminer cette longue suite de citations par celle d’un philosophe russe du XIXe siècle, Vladimir Soloviev : « L’homme est le libre collaborateur de Dieu pour que le Dieu-homme devienne Dieu-humanité. » feuille
Henri Persoz
Ingénieur et Théologien, Antony        

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L'esprit poulbot

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Parigots, têtes de veaux

 
Avouez-le, chers amis de la grande ville, que vous ne l'entendez plus guère, cette insulte. Pourquoi ? Parce que vous ne la méritez plus. L'uniformité vous a peut-être un peu tués... Pas encore l'identité nationale, mais on fait tout, à droite comme à gauche, pour précipiter cette échéance inéluctable.

 
 
 
Quelle était belle l'époque où l'on pouvait dire, un peu malicieusement : « Paris n'est pas la France » ! Cette différenciation, ancrée dans de vraies et profondes différences, était saine et à l'égal avantage des Parisiens et du reste de la France tant la marge est étroite entre identifier et reconnaître, respecter. Tout le monde sait aujourd'hui qu'il n'est pas nécessaire de tuer pour éliminer ; il suffit de ne plus nommer. Le nom c'est un homme, une femme, une famille, une nation... Les nazis ont instauré l'inhumanisation systématique par l'usage de la numérotation. Notre administration, pas si féroce, a eu tendance à les suivre. Je pourrai, moi qui vous parle, m' "identifier" sans vous dire mon nom, uniquement en vous citant tous les numéros qu'on m'a attribués çà et là.

Certes, on exagérait un peu dans les caractères propres des Français et dans la distribution du territoire. On avait imaginé une nation faite de morceaux juxtaposés et de gens disparates qui les peuplaient sans se parler ni se connaître vraiment. Mais c'était du folklore, pas une réalité ! 

 
D'abord, il y avait la ville et la campagne. Par convention, les gens de la ville ne comprenaient rien aux gens de la campagne et vice-versa. Plus tard, on distingua le monde rural et le monde citadin, quand la campagne se donna un petit air de ville et que les grandes villes tentèrent de se doter de quelques mètres carrés de verdure. Mais, malgré tout, autour des cités, des Français, tout à fait français, pleinement français, se sentaient aussi bretons, normands, alsaciens, lorrains, picards, ch'timis, languedociens, basques, marseillais, corses, etc. Et encore convenait-il de ne pas confondre un brestois, un morlaisien, un rennais et un fougerais.
Une petite anecdote vous en dira long, amis étrangers, sur cette mentalité que les pouvoirs publics actuels voudraient gommer d'un trait de plume. Sur France-Inter, tous les jours de 12 heures 30 à 12 heures 45, heure du méridien de Greenwich qui se trouve être aussi l'heure française et l'heure de Paris, Philippe Bertrand, animateur d'une émission fort intéressante intitulée Carnets de campagne, s'ingénie à vouloir nous faire connaître notre pays dans sa diversité. Noble mission, mais qui n'est pas sans poser quelques problèmes. Je ne sais comment la discussion a commencé, mais notre pauvre "reporter sans frontières" eut maille à partir avec des Nantais sourcilleux, comme il en existe, sur leurs origines. Le pauvre Philippe, qui crut sans doute bien faire, osa prétendre que Nantes était la capitale des Pays de Loire, oubliant que pour beaucoup Nantes a été et reste bretonne. Dans cette histoire, autant se demander si Jérusalem est juive, arabe ou chrétienne. La réponse est aussi ardue, parce qu'aussi multiple. Même si on ne se tape plus dessus pour la résoudre, elle est encore considérée comme épineuse et essentielle.
 
En effet, Nantes fut d'abord bretonne de 851 au XVIème siècle. Au XVème, son château fut même la résidence ducale au temps où elle était capitale du duché de Bretagne. La ville est donc bretonne ? Oui mais non, pas plus que l'Alsace ou Lille ne sont allemandes. Aujourd'hui, elle est chef-lieu du département de Loire-Atlantique et préfecture de région des Pays de Loire. Ainsi en a décidé la république qui a ainsi couronné une francisation qui remonte au XVIème siècle. Mais il faut bien admettre que depuis les massacres organisés par l'odieux Carrier, bourreau terroriste sadique, nommé par le pouvoir central parisien, guillotiné le 26 frimaire an III, une certaine Nantes et le régime républicain de Paris ont quelques difficultés à se fréquenter...



Revenons au Parisien et à son esprit. Bien sûr qu'ils sont différents... pour autant qu'ils existent. Ah ! que je les aimais, les Parigots de souche ! Ceux de la Butte ou de Ménilmuche ! Ceux du Marais et ceux de Saint-Sulpice ! J'en ai connu un vrai qui habitait dans le XIIIème et qui n'avait jamais vu, disait-il, la Tour Eiffel ! Son pays c'était le boulevard Masséna et ses boulistes : Ivry et la porte d'Italie, c'était déjà l'étranger.

Qui ne connaît le préféré des personnages hugoliens, Gavroche -- Fichtre ! fit Gavroche. Voilà qu'on me tue mes morts -- pas complètement disparu grâce aux "peintres" de la place du Tertre, plus ou moins fils de Francisque Poulbot. Si le prénom évoque aujourd'hui un ordre maudit, éphémère et peu "nouveau", le nom est devenu commun pour désigner ce que d'autres appellent un "titi", c'est-à-dire un descendant de Gavroche et de la cousine Zazie, la mal-embouchée de Queneau.


Un poulbot, c'est un sale môme un peu miséreux, mais débrouillard et plein d'humour. On naît poulbot et on le reste sa vie durant.

 


 Ah ! cette morgue hautaine du parisien né poulbot, comme je la regrette ! Cette fierté légitime d'appartenir à une "race" de privilégiés qui de générations en générations ont connu toutes les révolutions, tous les régimes, toutes les privations, toutes les résistances, toutes les victoires, aussi. Et cette liberté toujours acquise après la lutte, il leur en restait comme un mépris aristocratique pour la médiocrité bourgeoise, celle qui plie sous le joug de l'envahisseur quel qu'il soit, pourvu qu'on ne touche pas à ses rentes. 
 
Monsieur de la rue du Télégraphe, si vous saviez tout ce que m'a apporté cette conférence privée à moi le gamin curieux qui voulait savoir. D'abord hostile avant que je pose ma question -- Qu'est-ce qu'il me veut, le gamin ? --, j'ai vu tout à coup son regard s'illuminer. Il y avait quelqu'un qui s'intéressait à son quartier, à son domaine, à sa vie !!! Et le voilà qui me donne des explications à n'en plus finir, un cours, un exposé historique certainement trop élevé pour moi, même si, aujourd'hui encore, j'en ai retenu l'essentiel. Claude Chappe, un type bien qui habitait là, avait installé un instrument pour envoyer des messages au loin. Et il l'avait installé sur le POINT CULMINANT de Paris, le sommet de la montagne en quelque sorte, de la montagne du monsieur du XXème, à cet endroit précis d'où lui, l'ancien poulbot, disait "merde" au peuple tassé dans le bas du haut de ses près de 129 mètres d'altitude.
 
Rendons à Paris sa fierté, rendons-la à la France tout entière, soyons fiers d'être ce que nous sommes, qui que nous soyons, à condition que nous le soyons vraiment,
 
Bien amicalement,
 
Bernard    

Publié dans Politique inclassable

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ENFIN !!!!!!

Publié le par Bernard Bonnejean

 
LA FRANCE
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NOTRE FRANCE A TOUS
 
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VA ÊTRE RENDUE
 
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A SES PROPRIETAIRESarton142-copie-1.jpg
 
 
LE GRAND MOMENT ATTENDU

EST ENFIN ARRIVE

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Contre le grand capital internationaliste,
contre l'argent-roi d'une poignée de dévôts à sa solde,
contre un peuple aux ordres d'un pouvoir impotent,
pour la liberté, pour l'égalité, pour la fraternité,
pour une laïcité sincère et véritable, 
pour une solidarité qui nous rende humains, 
 
NON à Sarkozy et à ses hommes de paille "de gauche" 
OUI à Madame Ségolène ROYAL,
avec l'aide des démocrates
qui la rejoindront
en toute bonne foi.
 
 
 
Fait le dimanche  26 juin 2011, en la Fête-Dieu des chrétiens, jour où Madame Ségolène Royal a prononcé un discours à Arçais (Deux-Sèvres, 650 habitants) dans lequel, par la déclaration de sa candidature aux primaires, la Dame de Charente-Poitou nous rend espoir en une libération prochaine
 
Bernard Bonnejean 
 
 

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Un homme est ce qu'il est,

Publié le par Bernard Bonnejean

 
 et non ce qu'il était
(proverbe yiddish).

Le Chant du peuple juif assassiné

 
Poème d'Isaac Katznelson

      Ce poème fut écrit en yiddish après que son épouse et deux de ses fils furent déportés de Varsovie dans les chambres à gaz de Treblinka. Katznelson et son dernier fils allaient connaître le même sort un peu plus tard. Il fut déporté de France par le convoi n° 72 parti de Drancy-Le Bourget vers Auschwitz le 29 avril 1944.
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La peur, l’angoisse, la terreur horrible m’enserrent étroitement.
Les wagons sont là, de nouveau !
Partis hier soir, et de retour aujourd’hui, ils sont là, de nouveau là,
sur le quai.
Tu vois leur gueule ouverte ?
La gueule ouverte dans l’horreur !
Ils en veulent encore !
Encore, de nouveau. Rien ne les rassasie.
Ils sont là, ils attendent les Juifs.
Quand les apporte-t-on ?
Affamés comme s’ils n’avaient encore jamais englouti leur Juif...
Jamais... Mais oui ! ils en veulent encore, toujours plus.

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Ils en veulent encore.
Ils sont là, attendant qu’on leur prépare la table,
Qu’on serve le repas, qu’on serve des Juifs autant qu’il en pourra entrer.
Des Juifs !
Vieux peuple aux enfants tout jeunes, jeunes et frais,
Grappes jeunes sur un vieux cep ;
et des vieillards comme le vin fort est vieux.

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Ils étaient pleins pourtant, gavés, étouffés de Juifs !
Les morts debout, serrés, coincés entre les vivants,
Les morts debout sans toucher le sol à force d’être serrés,
Sans que l’on puisse voir dans la masse lequel est mort et lequel est vivant.

La tête du mort, comme une tête vivante, se balançait de-ci de-là,
Et sur le vivant coulait déjà la sueur de la mort.
L’enfant réclame à boire à sa mère, morte, une goutte d’eau,
Il lui frappe la tête de ses petites mains, pleurant parce qu’il a chaud.

Wagons vides ! Vous étiez pleins et vous voici vides à nouveau,
Où vous êtes-vous débarrassés de vos Juifs ?
Que leur est-il arrivé ?
Ils étaient dix mille, comptés, enregistrés – et vous voilà revenus ?
Ô dites-moi, wagons, wagons vides, où avez-vous été ?



Vous venez de l’autre monde, je sais, il ne doit pas être loin :
hier à peine vous êtes partis, tout chargés, et
aujourd’hui vous êtes déjà là !
Pourquoi tant de hâte, wagons ?
Avez-vous donc si peu de temps ?
Vous serez bientôt, comme moi, des vieillards,
bientôt brisés et gris.

Voir tout cela, regarder et entendre... Malheur !
Comment pouvez-vous le supporter, même faits de fer et de bois ?
Ô fer, tu étais enfoui dans la terre, profond, ô fer froid.
Et toi, bois, tu poussais, arbre sur la terre, haut et fier !
Et maintenant ? Des wagons, des wagons de marchandises
et vous regardez, témoins muets de cette charge,

Muets, fermés, vous avez vu.

Dites-moi, ô wagons, où menez-vous ce peuple,
ces Juifs emmenés à la mort ?

Ce n’est pas votre faute.
On vous charge,
on vous dit : va !

On vous envoie chargés, on vous ramène vides.
Wagons qui revenez de l’autre monde, parlez, dites un mot,
Faites parlez vos roues, que moi, que moi je pleure...


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Isaac Katznelson,
octobre 1943,
"Le Chant du peuple juif assassiné"


 Traduction intégrale par Myriam Novitch et Suzanne Der, Kibboutz Lahomer Haggetaoth, 1983.

Publié dans martyre

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Les Souffrances du jeune Werther

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

Roman de Johann Wolfgang von Goethe

traduit de l'allemand par Bernard Groethuysen

"L'éditeur au lecteur", pp. 165-166

nouvelle traduction inédite de Bernard Bonnejean

avec l'aide de John Google

 

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La pauvre Charlotte avait peu dormi la nuit précédente. Ce qu'elle avait craint était maintenant sûr, et ses craintes étaient d'une manière qu'ils ne pouvaient ni prévoir ni la peur réalisé. Son sang si pur, si calme et fluide, était maintenant dans un état fébrile, et mille émotions déchiré ce cœur noble. Etait-ce le feu de câlins Werther elle sentit dans ses entrailles ? Il fut l'indignation de son audace ? Il était une comparaison malheureuse à son état actuel le jour de l'innocence, de paix et de confiance en vous ? Quel sujet de son mari ? Comment se confesser, une scène pour qu'ils puissent dire, et pourtant elle n'osait pas s'avouer ? Ils avaient depuis longtemps contraint les deux.

 G00880_0001_I.gifSerait-il le premier à rompre le silence, et au moment même où il serait inapproprié de faire un appel à son mari si soudainement ? On a craint que la visite de la seule nouvelle de Werther produirait une mauvaise impression sur lui, quel serait-il s'il apprenait qu'une catastrophe imprévue ? Pourraient-ils l'espoir de voir son mari, la scène dans sa vraie lumière, et jugés sans préjugés ? Et il peut être souhaité dans son âme, il lire ? D'autre part, il pourrait être un homme à qui elle est toujours ouverte et transparente comme du cristal, dans lequel elle ne cache jamais à cacher ou de masquer son affection pour tout le monde ? Toutes ces pensées lui submergé par le chagrin, et le jetèrent dans un cruel dilemme. Et encore ses réflexions sur Werther, qui était retourné à sa perte, elle ne pouvait pas abandonner, mais le besoin de se quitter, et qui sont les perdants, il n'y avait rien.ph040279.jpg
Bien, maintenant, ils ne pouvaient pas reconnaître, elle se sentait confus sur la façon dont elle pesé sur le malentendu qui avait grandi entre Albert et Werther. Les hommes bons, si raisonnable, a commencé des différences de sentiments secrets à la fois à un silence mutuel, chacun pensant à inclure le droit et le mal de l'autre, et tout était si confus et empoisonnés ce fut le moment décisif où tout dépendait du tout impossible de défaire les noeuds. Si la fiducie avait un gros plaisir plus tôt si l'amitié et la tolérance ont été ravivé, et a ouvert son coeur pour douce ecchymoses, peut-être notre malheureux ami, qu'il avait d'être sauvé.Werther.jpg
Ce fut une circonstance étrange. Werther, comme il ressort de ses lettres, n'avait jamais fait un secret de son désir de quitter ce monde. Albert avait souvent combattu, et il était parfois entre Charlotte et son mari émission. Ce dernier, parce qu'il a montré répugnance invincible de suicide, souvent avec une sorte d'amertume très étrange, son caractère, il a très peu à adopter une telle résolution, il est même permis de ridiculiser le sujet, et il avait son incrédulité à Charlotte communiquée.

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© Editions Gallimard, 1954, pour la traduction de Bernard Groethuysen

   

© Editions John Google, 2011, pour la traduction de Bernard Bonnejean

 

Si les chefs-d'oeuvre de la littérature étrangère vous sont inconnus à cause d'une malheureuse méconnaissance de la langue d'origine et que vous voulez remédier à ce regrettable état de fait, John Google et moi nous tenons à votre disposition pour la traduction. Pour un prix modique.

 

Avec la joie du plaisir rendu,

 

amicalement,

 

Bernard Bonnejean

Publié dans culture humaniste

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