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Le musée de l'objet de Blois

Publié le par Bernard Bonnejean


Oh ! Moi ! L'art contemporain !




Avez-vous essayé une fois, une seule, d'aller en voir ?

Il est bien possible que ça vous surprenne.

On m'invite à des vernissages d'expositions auxquels je ne pourrai pas aller. J'en suis vraiment désolé. C'est sincère. Je vous laisse ma place. Vous n'êtes pas si nombreux, après tout, alors, profitez-en.

Tant que vous n'aurez pas fait l'effort de vous ouvrir à autre chose qu'au classicisme, ou même au moderne, une toute petite fois, vous ne pouvez pas savoir.

Et si vous alliez au musée de l'objet de Blois ? C'est souvent drôle, imaginatif, intelligent et surprenant.
Pour ceux qui peuvent, les curieux pas trop éloignés :




François BONNEAU
Président de la Région Centre

Marc GRICOURT
Maire de Blois
Conseiller Général

Christophe DEGRUELLE
Adjoint au Maire de Blois en charge de la Culture
Président d'Agglopolys

Bernard FRAGNEAU
Préfet de la région Centre

Olivier KAEPPELIN
Délégué aux arts plastiques

Richard LAGRANGE
Directeur du Centre national des arts plastiques






ont le plaisir de vous inviter (de ma part) aux vernissages des expositions


le mercredi 11 mars 2009

à 18h

Oeuvres dans la collection permanente

et exposition Un monde fini

au musée de l'Objet - collection d'art contemporain
expositions présentées du 11 mars au 30 novembre 2009


à 19h

Les 108 brigands

de Yan PEI-MING

au château royal de Blois
exposition présentée du 11 mars au 20 septembre 2009


Renseignements : www.musees.regioncentre.fr



Adresse à retenir

Musée de l'Objet - collection d'art contemporain
6 rue Franciade - 41000 Blois
Tel : 02 54 55 37 45 - musee.objet@wanadoo.fr
www.museedelobjet.org







Juste un petit aperçu avant de vous dire à bientôt









Une autre pour le fun et pour les plus fidèles du soir après le dîner




smile.gif " La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art,

        dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable ." smile.gif

 

Charles Baudelaire

 

 

 


 

  tongue.gif "A défaut d'un référentiel bondissant aléatoire ou d'un récepteur de trace écrite à utiliser, bien sûr, avec un outil scripteur, l'essentiel est de veiller à ce que l’unicité du référentiel généré soit respectée" blink.gif

 

Albert Duchnok

 

 

 


 



Bernard Bonnejean whistling.gif


























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Le goûter dînatoire

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Ou le casse-graine chez les bourges

Excusez les filles, mais vous n'êtes vraiment pas dans le rôle ! Tant pis !


 

Vous ne savez pas ce qu'est un goûter dînatoire, mon jeune ami ? Moi non plus à votre âge avant de me faire repérer.

Vous vous pointez, sur invitation, vers les cinq heures du soir (17 heures au méridien de Greenwich et à la pendule de la gare) et là vous êtes accueilli par une dame, mince (à vrai dire, maigre) qui vous entretient un peu de tout, mais en priorité de votre famille, de vous-même, de votre chat, si vous en avez, etc. (cf. Dom Juan et Monsieur Dimanche). En effet, dans certains milieux, il est de bon ton de ne jamais parler de soi. C'est mal élevé et de mauvais goût. Alors la meilleure stratégie consiste à obliger les autres à ne parler que d'eux, pour pouvoir ensuite les faire passer pour des imbéciles et des malotrus. Tout un art !


Ensuite, après que vous avez fait antichambre pendant un bon moment en vous demandant ce que franchement vous êtes venu foutre là, la susdite dame et maîtresse de maison vous invite à passer au salon, ou à la salle-à-manger, ou au jardin s'il fait beau.


Là sont rassemblés des individus des deux sexes, que vous connaissez ou que vous ne connaissez pas -- le résultat est le même puisque la règle n° 2 est de toujours simuler à l'égard de tous une parfaite indifférence, tout en faisant clairement sentir à chacun qu'il est un sujet d'observation sans égal (une sorte d'hapax homoïde, mon ami, comme on dirait dans votre jargon de linguiste) -- devant une table plus ou moins longue, ornée de bouquets de fleurs (merde, on a oublié d'amener des fleurs !!!). Un petit détail : pas de chaises, donc on pourra pas s'asseoir. C'est pas si grave : avec un peu de chance, dans une heure on devrait pouvoir lever le camp, après force amabilités sur la qualité de l'accueil et sur la grâcieuseté de l'hôtesse, sur l'intelligence sans pareille des invités, et surtout, surtout !, sur la valeur esthétique incomparable du tableau de maître, une croûte achetée récemment à Cabourg ou à Dinard à un peinturlureur plus commerçant qu'artiste.


Notez bien qu'on a toujours rien bu, ni rien becqueté. Soudain, jaillie de l'ombre, l'aristo de service (il y en a toujours une ou deux dans les réceptions bourgeoises : elles font classe et  en plus elles coûtent rien, parce qu'elles placent leur honneur, tout fauchés que sont leurs époux, à dilapider le patrimoine comme si on était encore sous l'Ancien Régime).


Sur le coup, vous vous méfiez pas, mais tout à coup :


« Ah ! Monsieur Bonnejean, comme je suis contente de vous voir » [Elles disent toutes ça, ce qui leur permet : une, d'avoir l'occasion de hurler votre nom à la cantonade pour bien montrer qu'elles, au moins, elles sortent et connaissent tout le monde ; deux, d'attirer l'attention sur elles et en même temps sur le personnage qu'elles ont placé dans leur collimateur.


Ah oui, tiens, ça vous revient : c'est la mère de S., la petite fille bien sage de Terminale L qui pleure quand elle a pas son 15 sur 20 parce qu'elle a peur, en rentrant à la maison, des réactions brutales du tyran domestique.


« Ah ! Monsieur Bonnejean ! qu'elle poursuit la dame, S. m'a dit qu'elle vous aimait beaucoup ». [Faut bien qu'elle aime quelqu'un ! Pour ce qui vous concerne...] -- J'ai lu récemment l'oeuvre que vous étudiez cette année, L'Herbe bleue  [Les Fleurs bleues, Madame ; L'Herbe bleue, c'est la lecture clandestine de votre fille ; un bouquin planqué dans son sac] Je trouve que c'est une oeuvre, comment dire, subversive. Queneau était surréaliste, n'est-ce pas ? Autrement dit, communiste. [Et alors ? Aragon aussi, le délicieux poète du Fou d'Elsa !] Comment voulez-vous que nos jeunes aient le sens des vraies valeurs si on leur apprend de telles choses au lycée ? -- [??? ] C'est un programme national, Madame, et les professeurs ne sont pas responsables des oeuvres inscrites au baccalauréat [Là, t'es d'une lâcheté, Bonnejean !]. -- Je comprends. Mais promettez-moi que quand vous aurez mon fils en première [Merde ! Tu parles d'une famille. Combien ils sont là-dedans ?], vous rétablirez l'équilibre avec quelques beaux passages de Claudel. -- [Compte là-dessus !] Nous y songerons, Madame ».

 

Vous l'aurez compris : ils ne peuvent pas vous empêcher de penser, mais entre crochets, et avec le sourire figé du larbin intello chargé de perpétuer les traditions familiales. Sauf qu'ils sont trente-cinq en terminale et qu'ils sont loin de partager des traditions communes...


Oh non ! Pas celui-là ! Je l'avais pas vu, le représentant local du FN  :


« Madame de M. a raison. La France est pourrie jusqu'à la moëlle. Les socialo-communistes l'ont vendue aux puissances étrangères [C'est la faute aux Ricains depuis que les Russes se sont assagis]. De mon temps et patati et patata » [Pauvre con ! Que sais-tu de la France et de ses auteurs, toi qui passes pour un inculte auprès de tes propres troupes].


Bon, me voilà avec un verre et des..., des quoi au juste ? De p'tits machins de toutes les couleurs, achetés au prix fort chez « le meilleur traiteur » de notre bonne ville. Préférerais un bon casse-dalle, moi, avec un vrai grand vin. Marre du faux champagne, du créman, du blanc de blanc et du mauvais vouvray de kermesses. Pourvu qu'on me pose plus de questions ! J'peux pas manger, réfléchir et causer en même temps. De toute façon, ce s'ra vite fait, vu la taille des p'tits fours qui leur sert de boustifaille.


Un p'tit coup d'oeil du côté de ma charmante. Elle est aux anges !! Comment elle fait ? Rayonnante, j'vous dis !! Elle a fait ça toute sa vie, ma parole ? Et un sourire à droite, et un sourire à gauche. « Et comment va Machin ? Et que fait aujourd'hui votre nénée ? »


Bon ! J'vais essayer d'me casser.


« Je suis vraiment désolé, que j'dis comme ça à l'étique, mais j'ai beaucoup de travail en ce moment. Il faut que je quitte votre charmante compagnie et croyez que ce n'est pas sans regret et patati et patata. »


Un regard désespéré du côté de ma douce. Un de désapprobation en retour qui veut dire en gros :


« Tu pourrais quand même faire un effort pour être aimable. Pour une fois qu'on est invités quelque part. Mais c'est toujours pareil. Tu veux jamais sortir... »


Traîtresse ! J'suis condamné à boire, si je puis dire, le liquide bulleux jusqu'à la lie, à m'farcir les p'tits fours à boucher les dents creuses, les propos malveillants de l'élite sociale. La prochaine fois, promis, juré, j'me fais porter pâle. Tiens, une indigestion, ça va les écoeurer ! Et deux heures, et trois heures que ça dure. J'ai plus faim. Et dire qu'on était censés venir pour un goûter dînatoire. 


Parce que c'est ça, un goûter dînatoire, mon ami. Et ça, ni le petit, ni le grand Robert ne peut vous le décrire. 


Un jour, je vous raconterai les vernissages de mon pote Jose-Luis V. M. J'y vais par amitié, parce que je lui sers d' « amateur enthousiaste ». Un sacré beau rôle aussi, mais sacrément difficile à tenir ! Faut bien rendre service !




Bernard Bonnejean (juin 2001)

Publié dans culture humaniste

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Ferdine ou la vraie fausse vie

Publié le par Bernard Bonnejean

 
Mayennais

Mayennais ? Quel rapport avec ce qui va suivre ? Je m'explique. Figurez-vous qu'au cours de mes fouilles je l'ai trouvé. Caché au fond de son blog rank 88 qui couronne une carrière d'au moins 50 articles, il exhibe ses vingt ans comme... comme... ben oui, comme un gamin de vingt ans. Et il a bien raison, le bougre ! Et il habite entre Fougères et Laval ! Et moi, je suis Ernéen, né natif d'Ernée, département de la Mayenne, entre Fougères et Laval. Et il écrit sur over-blog, comme moi !

Si y'avait que ça ! Figurez-vous que Mayennais -- c'est ainsi qu'il se fait appeler -- est un as des as de la critique littéraire. Il dévore les bouquins et les régurgite sous forme de petits bulletins plutôt bien fichus où il dit quoi (ne pas) lire et pourquoi (ne pas) le lire. "Le gui sur le chêne", a dit je ne sais plus qui, croyant être désagréable et oubliant que le gui parasite, l'un des plus beaux symboles de la civilisation celtique, est aussi un porte-bonheur. Il devrait me laisser indifférent, Mayennais, moi qui, n'ayant pas non plus l'intention de lire n'importe quoi, n'ait fini par lire que les bouquins que j'ai écrits moi-même. Comme ça, pas de surprise ! Au moins, on sait ce qu'on mange, comme disent les fauchés qui peuvent plus aller au resto, faute à la crise. [Entre parenthèses, c'est toujours "la" crise pour les fauchés. Pas besoin d'en inventer une internationale : pour eux, c'est du temps perdu, ils ne voient pas la différence.]

"Où qu'i veut en venir encore avec ses détours, ses contours et ses tours de con ?", sinterrogent les impatients.

A ceci : outre nos origines, Mayennais et moi avons une passion honteuse pour Louis-Ferdinand Céline.

"Louison, ferme le poste, j'veux pas entend' ça !! Encore un saligaud de William Sonne !!! Mais que fait le gouvernement ?"

Ferdine, Louis-Ferdinand Céline, l'ordure antisémite. Mais qu'on a quand même mis au programme, très officiel, du concours de l'agrégation de lettres modernes en 1994. Va comprendre ! Ils nous feront bientôt lire du Brasillac, vous verrez. Dans les écoles.

Eh oui ! On y apprend déjà des vers d'un nommé Paul Verlaine : ivrogne invétéré, pédéraste probablement pédophile, persécuteur de tous ceux qu'il aimait et qu'il n'aimait pas, deux ans de prison pour tentative d'assassinat, sans compter les coups et blessures infligés à sa mère et à sa femme ! Et auteur de vers merveilleux, hommages à l'Amour !

Alors, Ferdine, un salaud qui écrivait ou un écrivain qui s'est conduit en salaud ?

J'arrête parce que tout ce que je m'apprête à ajouter a déjà été écrit dans cet article composé il y a quelques années :



Ferdine ou la vraie fausse vie




Le "Voyage au bout de la nuit" [désormais V.] est-il un roman autobiographique ? Sinon, Céline [désormais C.], n'étant pas Bardamu [désormais B.] a-t-il menti ?


Toute la narration du V. est subordonné au regard de B., à ses appréciations, à ses interrogations et aussi à ses limites dont le texte laisse paraître qu'elles ne sont pas imputables à sa constitution personnelle mais à la condition humaine. Il faut donc congédier d'emblée l'idée que C. dans son oeuvre a souhaité raconter sa propre vie, voire utiliser ses expériences en visionnaire et que seule une sorte d'hallucination jointe à une aptitude verbale hors du commun est à l'origine de son livre.


Pourtant ses principaux biographes, F. Gibault et F. Vitoux, dont le travail purement biographique est hors de reproche, en sont convaincus. Il faut s'empresser de dire que C. après la seconde guerre mondiale a fortement accrédité pareille illusion, par mépris pour les médias avides de ragots et incapables de concevoir le travail d'invention.


Déjà, à la sortie du V., C. jouait à fabuler sur son état véritable, nombre d'enfants, médecin chez Ford etc. Mais voici par exemple comment il réagit en 1932 aux questions qu'on lui pose : 

 

Une autobiographie mon livre ? C'est un récit à la troisième puissance. C. fait délirer B. qui dit ce qu'il sait de Robinson. Qu'on n'y voie pas des tranches de vie mais un délire. Et surtout pas de logique. B. n'est pas plus vrai que Pantagruel et Robinson que Picrochole. Ils ne sont pas à la mesure de la réalité. Un délire.

 

(Cahiers Céline, I, 31).

   

Pour désigner l'inspiration C. a toujours utilisé avec une nuance dépréciative le terme médical de "délire" qui implique un déraillement interprétatif dans le domaine intellectuel ou perceptif.


On objectera aisément qu'il y a chez B. des éléments biographiques puisés chez C. Certes, cuirassier devançant l'appel, mais volontairement pour des raisons de carrière, il s'est trouvé pris à vingt ans dans la guerre de 14 et a été grièvement blessé dans les Flandres mais, contrairement à B., au cours d'une mission qu'il avait choisie ; il a été employé d'un comptoir en 1915 au Togo qu'il a dû quitter souffrant de paludisme aigu mais sa traversée ne ressemblait en rien à celle de B. sur le "cirque boulonné" de l' "Amiral Bragueton". Auparavant, invalidé à 70% il avait été employé à Londres au consulat de France. Il n'a pas fui en Amérique grâce à une galère, fût-elle symbolique. De retour du Togo, il a fait quelques petits métiers, assistant du cinéaste Abel Gance, secrétaire d'une revue scientifique, puis il s'est fait, grâce à sa connaissance de l'anglais, embaucher dans une mission de prophylaxie commanditée par Rockfeller, pour des tournées de propagande antituberculeuse en  Bretagne.


C'est là qu'à Rennes il a fait la connaissance de la fille d'un patron de médecine qu'il épouse peu après, embrassant la même profession que son beau père alors que ses parents le destinaient à ce que nous appellerions aujourd'hui l'import-export. Son diplôme acquis, il entre de 24 à 29 au service médical de la S.D.N. et c'est à ce titre qu'il visite pour la première fois New York, Detroit, où d'ailleurs il n'a jamais été O. S. Il est vrai que n'ayant pas été renouvelé dans son emploi et devant quitter Genève, il est revenu à Paris en compagnie de la ravissante danseuse Elizabeth Craig, dédicataire du V., et qu'il a dû fermer le cabinet de généraliste qu'il avait ouvert à Clichy faute de clients, vivant dès lors d'une permanence dans un dispensaire municipal à Clichy mais continuant à accomplir quelques missions d'inspection pour la SDN tandis que le V. était déjà en cours de rédaction. 


Pour résumer, comme tous les romanciers, C. utilise des choses personnellement vécues ou vues, d'autres qu'il a lues et des témoignages obtenus au cours de ses rencontres, tel celui d'un certain Marcel Lafaye, bourlingueur comme lui, qui, comme lui, a fait la guerre et a été blessé, qui avait géré une factorerie au Cameroun en 1923, s'était engagé sur des bateaux comme télégraphiste, avait travaillé chez Ford au Canada puis à Detroit en 1929. Tous ces éléments ont été consignés par écrit, restés à l'état de manuscrit, mais que C. a probablement consulté. Il n'empêche que invention et composition romanesque, projet signifiant surtout, ont complètement dépassé tous ces matériaux bruts.


C'est donc vers ce qui au XXe siècle est devenu quasiment une catégorie romanesque à part entière qu'il faut se tourner, l'autobiographie fictive, où la structure biographique -- narrateur central, déroulement chronologique des expériences constamment référées au personnage s'exprimant à la première personne -- sert de support à une organisation signifiante qui n'a plus rien d'autobiographique, l'exemple le plus connu d'une telle initiative narratologique étant celle de Proust. Dans cette typologie particulière, l'écrivain regroupe autour d'un personnage central qui lui ressemble comme un frère une série d'éxpériences lui appartenant plus ou moins, mêlant une fidélité reconnaissable à une infidélité fondamentale puisque de finalité signifiante.


L'art devient ici exégèse de l'existence :

 

La vie, je la retiens entre mes mains avec tout ce que je sais d'elle, tout ce qu'on peut soupçonner, qu'on aurait dû voir, qu'on a lu, du passé, du présent, pas trop d'avenir (rien ne fait divaguer comme l'avenir), tout ce qu'on devrait savoir, les dames qu'on a embrassées, ce qu'on a surpris, les gens ce qu'ils n'ont pas su qu'on savait, les fausses santés, les joies défuntes, les petits airs en train d'oubli, le petit peu de vie qu'ils cachent encore, et le secret de la cellule au fond du rein, celle qui veut bien travailler pendant quarante-neuf heures pas davantage et puis qui laissera passer sa première albumine du retour à Dieu.

(Réf non retrouvées)

 

Il s'agit donc ici d'une attitude non d'observation, mais d'intuition soutenue par des documents. D'un réalisme des profondeurs, à l'instar de celui du naturalisme exposé dans l' "Hommage à Zola".


La seconde caractéristique de l'autobiographie fictive telle que l'entend C. consiste en une approche perspectiviste qui élimine toute préoccupation égocentrique. B. tient à sa survie mais son discours malgré sa grogne ne cherche pas à exposer ses états d'âme, à expliquer ce que jamais on ne verra deux fois. Son ressentiment, sa lassitude ou sa frayeur ne sont qu'instrumentaux. Si comme le remarque B. renonçant à comprendre Robinson,

 

 

de nos jours faire du La Bruyère c'est pas commode. Tout l'inconscient se débine devant nous, 

 

la démarche est encore plus impossible lorsqu'il s'agit de soi :

 

Le monde est ma représentation, disait Schopenhauer.

 

B. est donc contraint d'ouvrir les yeux sur le monde, de réagir au monde, au lieu de se retirer, de façon illusoire, en lui-même, à la façon des Romantiques, de s'enfermer dans une tour d'ivoire. La perspective autobiographique en est donc transmuée, fondamentalement transcendée. Plus qu' à une exposition de soi,  une explication de soi, le narrateur du V. est ontologiquement condamné à l'extraversion. De ce point de vue, la recherche d'une pseudo-vérité biographique apparaît secondaire et illusoire. Ce n'est plus du reste l'enjeu des recherches celiniennes contemporaines, et cela depuis plus de vingt ans. 


Pardonnez-moi d'avoir été long. Peu liront jusqu'au bout, mais qu'importe ! Oserais-je vous confesser la marque profonde et indélébile que Céline a imprimé, naguère, à tout mon être. Si l'on admet qu'en de rares cas  la littérature peut changer une vie, la lecture de Céline -- et pas seulement le Voyage --, je l'avoue, a transformé la mienne. Aussi à cause de la langue ! Non qu'elle lui ait fait changer d'orientation, mais qu'elle a su confirmer des options et une vision de l'existence qui était déjà miennes. Comme Claudel, Rimbaud. C'est inexplicable, mais c'est ainsi. Pour cette raison, je continue à pratiquer la politique de l'autruche en refusant d'intégrer les pamphlets dans le grand oeuvre. Ce sont des gesticulations "délirantes" d'un génie malade !

 

Bernard Bonnejean

 

Aujourd'hui je ne changerai pas une ligne de cet article vieux de quinze ans. Pas plus qu'on ne me fera admettre que Verlaine n'avait vraiment rien de catholique. C'est comme ça ! A bientôt quand même ?

Publié dans culture humaniste

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"Toutes les femmes sont des Jeanne d'Arc"

Publié le par Bernard Bonnejean

Maurice Lemaitre


Maurice Lemaître prépare l'École des Arts et Métiers et celle des Travaux publics. Après avoir participé à la Libération de Paris, il commence une licence de philosophie à la Sorbonne. Entré en 1949 au mouvement libertaire, il y débute une carrière de journaliste en écrivant dans le journal de ce mouvement.

En 1950, il se joint au groupe d'avant-garde lettriste, où il crée, la même année une revue politique : le « Front de la Jeunesse », ainsi qu'une revue littéraire et picturale, « Ur », qui reste comme « Le Minotaure » du lettrisme. Depuis cette date, Maurice Lemaître n'a cessé d'agir et de créer dans divers domaines explorés par le mouvement lettriste : la poésie, le théâtre, la danse, le roman, la peinture, la photographie, le cinéma, l'économie, la psychopathologie et la psychothérapie.

Les apports de cet artiste dans les arts plastiques, en poésie, en cinéma, et dans le roman sont si incontournables qu'il est cité dans les études modernes sur la littérature contemporaine (Centre Pompidou, Hachette, Seghers, Larousse), aussi bien dans les pays de l'Ouest que de l'Est.

« La seule critique définitive est la création »,  Maurice Lemaître.





 Le titre Toutes les Femmes sont des Jeanne d'Arc est de Maurice Lemaitre.
La réalisation vidéo (1983) de Suzanne Lemaitre.


Une grande partie des textes lus par Maurice Lemaitre sont des extraits du procès de Jeanne d'Arc.  Quant à la partie versifiée, j'ignore s'il s'agit de la Jeanne d'Arc de Joseph Delteil (1925), ou d'une Jeanne d'Arc de Maurice Lemaitre. Amis de Jeanne et des poètes, à vos plumes !
Voici, comme promis, quelques passages parmi les plus représentatifs, à mon sens, de la personnalité de la Pucelle, d'après le
texte "officiel", traduit par Dom Leclecq en 1906.

 

CAUCHON : Dites votre Pater noster .

JEANNE : Entendez-moi en confession, je vous le dirai volontiers.

CAUCHON : Derechef, je vous requiers de dire votre Pater noster.

JEANNE : Je ne vous dirai point Pater noster, à moins que vous ne m’écoutiez en confession.

CAUCHON : Une troisième fois, je vous requiers de dire Pater noster.

JEANNE : Je ne vous dirai Pater noster qu’en confession .

CAUCHON : Volontiers, nous vous donnerons un ou deux notables hommes de la langue de France, devant lesquels vous direz Notre Père.

JEANNE : Je ne leur dirai que s’ils m’entendent en confession.


 

L’INTERROGATEUR : Savez-vous être en la grâce de Dieu ?

               JEANNE : Si je n’y suis, Dieu m’y mette; et, si j’y suis, Dieu m’y tienne !

              

                L’INTERROGATEUR : Qu’aimiez-vous mieux, votre bannière ou votre épée ?

                JEANNE : J’aimais quarante fois mieux ma bannière que mon épée.

L’INTERROGATEUR : Qui vous fit faire cette peinture sur la bannière ?

               JEANNE : Je vous ai assez dit que je n’ai rien fait que du commandement de Dieu.

               L’INTERROGATEUR : Qui portait votre bannière ?

               JEANNE: C’est moi-même qui portais ladite bannière quand je chargeais les ennemis, pour éviter de tuer personne. Je n’ai jamais tué un homme.

 


               L’INTERROGATEUR : Quand vous arrivâtes pour la première fois près de votre roi, ne s’enquit-il pas si c’était par révélation que vous aviez changé d’habit ?

               JEANNE : Je vous en ai répondu, je ne me rappelle pas si cela me fut demandé. C’est écrit à Poitiers.

              L’INTERROGATEUR : Ne vous souvenez-vous pas si les maîtres qui vous ont examinée en une autre obédience, quelques-uns pendant un mois, d’autres pendant trois semaines, vous ont interrogée sur ce changement d’habit ?

 JEANNE: Je ne m’en souviens pas. Au fait, ils m’ont demandé où j’avais pris cet habit d’homme, et je leur ai dit que je l’avais pris à Vaucouleurs.

 L’INTERROGATEUR : Les maîtres susdits vous demandèrent-ils si c’était par ordre de vos voix que vous aviez pris cet habit ?

                 JEANNE : Je ne m’en souviens pas.

                 L’INTERROGATEUR : Votre roi, votre reine et d’autres de votre parti vous ont-ils quelquefois requise de déposer l’habit d’homme ?

                 JEANNE : Cela n’est pas de votre procès.

 

 

Maintenant, laissons au passé les cris de "Jeanne est à nous" poussés aussi bien par le parti catholique que par les républicains. Jeanne n'est à personne, sauf, pour ceux qui y croient, à Dieu.

Bernard Bonnejean

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Pour Dame Catherine

Publié le par Bernard Bonnejean

 
Histoire de causer

Là vous allez dire que j'exagère. Voilà un type qu'on connaît même pas et qui, soi-disant, va nous raconter sa vie. Et puis, pof !, d'un seul coup : double interlude. Sans le petit train rébus, mais quand même ! Faut que je vous explique. Je connais une Dame, une vraie, qui m'a fait l'honneur de me suivre à travers les mille vicissitudes de mes débuts blogueurs. Pas un mot de trop ! Rien que de la sollicitude ! Sauf que la religion, elle aime pas trop. Mais elle est assez sage pour ne pas essayer d'en dégoûter autrui. "Autrui", c'est moi ; les méchants sartriens n'oseront pas  ajouter ici que l'enfer c'est les autres. D'une part, parce que ce n'est pas toujours vrai et d'autre part, que, finalement, on peut s'entendre sur l'essentiel, même si on se tape dessus à propos de l'accessoire.

Je cause, je cause, et j'explique rien. La Dame, dont je parle, et qui n'est pas mienne, elle cause plus sur mon blog, parce que je parle trop de religion. Du coup, je crois bien qu'elle est partie pour de bon. Non, je vous parle pas de ma Marraine de blog, Dame Lepion ; celle dont c'est que je cause s'appelle Dame Catherine. Elle est balgentienne. Mais non, elle est pas malade ! Balgentienne, c'est pas une maladie ! Ca veut dire habitante de (n'avez qu'à ouvrir vos dicos, mince alors !). Dame Catherine, outre qu'elle a un fameux coup de crayon, aime bien les poètes et pas seulement les morts des bibliothèques municipales. Et, comme elle aime bien les gens en général, elle est assez fine pour goûter les plaisirs futiles et parmi eux, celui de parler pour ne rien dire. Attention : j'ai pas dit qu'elle aimait parler pour ne rien dire ; j'ai dit qu'elle aimait les blogs où on essayait de mettre tout son coeur à ne rien dire de vraiment important.

C'était mon premier projet de premier blog personnel. J'ai pas pu ! Fastoche pourtant, vous allez arguer ! Que dalle, que je vous répondrai ! C'est parce que vous n'avez pas fréquenté les réunions mondaines chez les demoiselles bien éducaillées, petits gâteaux, thé sans sucre, et, pas de thème prédéfini de conversation sauf ceux à ne pas aborder : la politique, l'argent, le cinoche (elles n'y vont jamais), le vrai monde du vrai travail, le monde réel, quoi ! Causer sécu ou salaire, c'est pire que de montrer son derrière  !  Alors, vous passez le plus clair de votre temps à cogiter sur d'obsédents "Que dire ? Mon Dieu, que dire ?" Y'a vraiment que chez Proust qu'on s'en tire pas trop mal à ce petit jeu-là. Encore que les Verdurin...

Afin de faire plaisir à Dame Catherine, et de parfaire une éducation de vous tous que je suppose prolétaires issus de prolétaires, je vais vous donner un exemple, vécu ! (vous en avez de la chance !), dans un milieu proche du vôtre pour vous aider à progresser rapidement (ça c'est du jargon de vrai pédago-démago-populiste ! les gens honnêtes savent bien que le progrès qui dure, ça prend du temps et de la volonté à mettre en place). Ce sera un texte sans titre, puisque ça cause de rien de vraiment important en particulier. La dédicace s'y substituera, en hommage



A Dame Catherine

« Oh ! qu'il est gentil le chien ! Il a soif le chien ? Il a faim ? Ah non, il a reniflé le sucre, le mignon petit chien ! Comment il s'appelait le chien-chien ?

-- Duclos », (véridique), « couché, Duclos, je t'ai déjà dit de ne pas embêter les clients ! Janine, combien de fois faudra-t-il vous dire que le chien n'a rien à faire en salle ? Appelez-le !

 -- Duclos, viens ici mon chien !

 -- Wouf !

--  Ah ça, on peut pas dire qu'il obéisse bien ! Venez le chercher, Janine, et fermez la porte derrière vous !!

-- Mais il ne me gêne pas du tout, patron. Tu veux un sucre, Duclos ?
 
-- C'est ça ! C'est vous qui allez lui soigner les yeux, peut-être ? Il est bouffé par le diabète à cause que les clients lui refilent tout ce qu'ils veulent pas. Ja-ni-ne !!!!

-- Oui, oui ! Je peux pas être partout à la fois quand même !

-- Alors, je peux lui donner ou pas, le sucre ? Il a une façon de me regarder, votre chien. Il va pas me bouffer, non plus ?

-- Vous n'avez qu'à l'envoyer balader. Il a l'habitude.

-- Ben, il est gros votre chien. Et puis moi je le connais pas.

-- Vous avez peur des chiens ?

 -- Non, mais... C'est quelle race, ça ?

 -- Un croisement de Terre-Neuve et de bâtard qui passait par là. Mais n'ayez pas peur ! Un chien sent quand on a peur. C'est là qu'il devient agressif.

-- Ah ? C'est quoi la grosse boule qu'il a au derrière ?

-- Bof ! Un bobo ou peut-être une tumeur quelconque.

--  Et vous ne l'avez pas conduit chez le vétérinaire ?!

-- Vous savez combien ça coûte les vétos ? Des escrocs ! Et puis avec le commerce, on a pas trop de temps à perdre. Duclos, laisse la dame tranquille ! N'ayez pas peur, madame. Faites  pas attention à lui. Si vous bougez pas, il ne vous fera rien !

 -- Wouf !

--  Vous pouvez lui caresser la tête entre les oreilles, il adore ça.

-- Allez, viens mon pataud, viens avec Janine. Les messieurs-dames, ils n'aiment pas les chiens. Viens ma pauvre bête !

--- Wouf  !

--- Dis donc, tu iras te laver les mains ! On n'a pas idée de caresser des chiens malades !! Surtout quand on ne connaît pas. Tu payes et puis on s'en va ! Tu en mets du temps à boire un café ! Tu as vu ses yeux et ses oreilles, au chien ? Il est certainement plus méchant que ne veut bien le dire le patron. Et puis ce n'est pas normal. Les restaurants devraient être interdits aux chiens !

-- De toute façon, tu n'as jamais aimé les animaux.
 
-- Des comme ça, sûrement pas !! Tu verras un jour, à caresser n'importe quoi...

-- Patron, l'addition, s'il vous plaît.

-- Tout de suite ! Alors il est beau mon chien, hein ? Au revoir, M'sieur-Dame. Attention au chien en ouvrant la porte, qu'il s'échappe pas ! Ja-ni-ne ! »


(Paru pour la première fois, le 3 juillet 2001, dans usenet fr.lettres.langue.francaise, du temps des forums où les intellectuels ne se prenaient pas au sérieux, sauf peut-être les vrais, et encore !).


Je vous entends d'ici ceux du fond de la classe. "Pourquoi il a mis ça dans la communauté de la gentille Samia, dédiée à la poésie ?" Tout bêtement parce que ça en est, de la poésie, celle de tous les jours, celle que tout le monde écrit sur le grand livre sans le savoir. D'autres, ceux que j'aime le plus, diront : "Mais ça nous apprend rien !". Et là, tout honteux, je serai bien obligé de leur dire qu'ils ont raison. Mais, t'es jeune, toi qu'es venu pour apprendre. Comme disait Saint Bernard : avant d'essayer de comprendre les autres, donc de comprendre les choses, il faut essayer de se connaître soi-même et de s'aimer tel qu'on est. C'est bien ça qu'est le plus difficile ! Je vous promets, à tous les déçus, qu'il y en aura pour tout le monde sur mon blog. Je sais aussi être sérieux en cas de nécessité. Je vous aime déjà bien tous et toutes. C'est quand même bien l'essentiel. A bientôt.

Publié dans poésie

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