Gemma Galgani (IX)

Publié le par Bernard Bonnejean

La petite perle de Lucques

 

Point de vue de 

 

Pierre Jovanovic

 

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Extrait d'un chapitre consacré à 

Gemma Galgani

 

 Gemma Galgani est un véritable diamant de la "Fleur des saints", un personnage unique de l'Eglise car comme Marilyn Monroe, sa beauté a été figée par sa mort. Incontestablement, elle est la sainte la plus jolie de toutes les saintes de calendrier car la "Divine Providence" lui a accordé une beauté fulgurante, presque irréelle, avec des traits d'une noblesse et d'une finesse dignes de ceux de Carole Bouquet du temps où elle jouait dans "Cet obscur objet du désir" de Bunuel. Gemma Galgani, c'est l'aristocratie du luxe discret, la puissance de l'humilité, victime volontaire de la brutalité divine. Gemma Galgani, c'est presque une illustration du roman "L'Ange de Feu" (Ecrit par l'auteur russe Valery Brysov, son contemporain (1873-1924). "L'Ange de feu", servit plus tard de base au compositeur Serge Prokoviev. Son opéra est, hélas, ennuyeux à mourir...), qui raconte comment une jeune femme, Renata, recherchait son Ange gardien qu'elle avait eu le privilège de voir en permanence durant son enfance, un peu comme la religieuse brésilienne Cecilia Cony. Mais Renata, contrairement à Cecilia Cony, a outragé son Ange, Maniel, lorsque, atteignant la puberté, elle lui demanda en toute innocence de lui faire l'amour. L'Ange la quitta en lui promettant toutefois de revenir sous une forme humaine lorsqu'il serait temps. Dès lors, Renata, devenue femme, n'eut de cesse de le retrouver et tentait de déceler en tout homme la présence de son Ange. Il s'agissait d'un roman reposant sur la relation entre le monde terrestre et le monde céleste et où s'entremêlaient Anges, démons et humains dans un perpétuel combat d'âmes, cadre qui sied parfaitement à Gemma Galgani. Elle passa sa (courte) vie baignant dans le surnaturel comme d'autres dans la musique. Anges et démons livraient bataille quotidienne pour l'âme de cette jeune et magnifique vierge. On le comprend. J'en connais qui n'auraient même pas hésité une seconde à affronter Satan lui-même pour ses beaux yeux. 

     

      Si les théologiens ont toujours tendance à comparer les saints entre eux et discuter de leur mérites et puissances respectifs (un peu comme des voitures de sport), alors on ne peut que noter les similitudes étonnantes entre Gemma Galgani et Thérèse de Lisieux. Toutes les deux, d'une simplicité et d'une candeur à faire pleurer un bourreau, escaladèrent les marches de Saint-Pierre de Rome à une vitesse éclair: Gemma mourut à l'âge de 25 ans et Thérèse à 24 ans (à la mort de Thérèse de Lisieux, Gemma avait 19 ans). Mais si la carmélite ne portait pas la signature du Christ, Gemma, bien que laïque, participa de son plein gré à la Passion, la porte ouverte aux grâces surnaturelles les plus étonnantes. Outre les lévitations et communions à distance, Gemma Galgani put ainsi "voir" son Ange gardien et s'entretenir régulièrement avec lui pendant toute sa vie.

      

      Si l'Ange gardien de Gemma demeurait en second plan, l'ensemble de leur relations relevait du "grand amour" : l'Ange la surveillait, lui faisait du café, lui expliquait les Mystères, l'embrassait, mais surtout l'aidait de son mieux à souffrir pour le Christ. Quant à Gemma, elle s'adressait à l'être céleste et plus d'une fois ses proches la virent marchant, tout en parlant à un interlocuteur invisible.

      Bien que laïque, la splendide vierge fut canonisée 37 ans seulement après sa mort. En raison de divers signes surnaturels et guérisons inexplicables, Rome s'est intéressé à son cas en 1917 et elle fut proclamée sainte le 26 mars 1936. Depuis, son visage continue à fasciner les foules, un peu comme celui, énigmatique, de Greta Garbo. Gemma Galgani, c'est le mystère des Mystères, l'Amour d'une vierge pour Celui qui a aimé le monde, et leur colloque de souffrances nous semble appartenir à un monde absurde. En apprenant à souffrir comme Il a souffert, en réussissant à résister aux tentations, et en parvenant à se mortifier au point de tuer en elle tout désir qui aurait pu mettre en danger sa virginité, Gemma s'est hissée à Son niveau et s'est débarrassée de toute tache. Avec une telle pureté, voir son Ange gardien lui était aussi naturel que pour nous de voir le facteur tous les matins. Gemma cependant n'a guère décrit son compagnon car elle voyait l'Ange comme elle voyait sa belle-mère ou son confesseur. Sa présence pour elle n'avait rien d'exceptionnel et dans sa simplicité d'enfant, elle ne se rendait absolument pas compte que cela aurait pu passionner des milliers de gens. Elle évoluait parmi les Anges comme un cygne sur un lac, insensible à la beauté qui l'environne. Seul le Christ comptait à ses yeux. Même son confesseur, le très strict père Germain, marquera sa surprise en entendant Gemma lui expliquer que son Ange lui avait dit ceci ou cela. Gemma Galgani est incontestablement LA "top model" de la Fleur des Saints !


© Enquête sur l'Existence des Anges Gardiens

 

 

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7.   VIE MYSTIQUE ET MISSIONNAIRE DE

SAINTE GEMMA GALGANI

 

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B

 

lessé par le péché originel, l’homme a besoin de soutien et de tendre protection. Dieu a ainsi placé les Anges à nos côtés. Gemma eut une véritable dévotion pour son Ange gardien qui lui tenait compagnie, presque continuellement. Elle tenait de grandes conversations avec lui ou bien ils priaient ensemble. Ils récitaient les psaumes en alternance et, au moment de la méditation, l’Ange apprenait les mystères de la Passion à sa jeune amie. Ils se tenaient mutuellement à la disposition l’un de l’autre. Gemma interrogeait ; il répondait. D’après le directeur de la sainte, l’Ange gardien tenait auprès de Gemma la place de Jésus : elle lui exposait ses besoins et ses craintes, lui confiait des messages à remettre à Dieu, à la Vierge. Il est même arrivé, maintes fois dit-on, que l’Ange serve de facteur, c’est-à-dire de messager. Un jour, Gemma donna ce conseil à son directeur :

Pourquoi ne confieriez-vous pas aussi vos réponses à l’Ange, vous économiseriez les frais de timbre !

Mais, comme on le sait, la mission des Anges gardiens, instruments de sanctification, est avant tout de servir les intérêts spirituels des âmes. L’Ange de Gemma la reprenait, la conseillait, l’instruisait, la corrigeait. La jeune fille le remerciait par un amour sans partage, toujours avec simplicité et spontanéité.

 

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G

emma avait, au plus haut point, le don d’oraison, et notamment, de la contemplation infuse que le père Germano définit ainsi :

une ascension passive de l’âme vers Dieu, produite par l’action particulière des dons du Saint-Esprit et accompagnée d’un regard simple, ordinairement affectueux et ravi, sur les réalités célestes.

Gemma était sans cesse avec Dieu, même au milieu de ses multiples activités domestiques. Cette union perpétuelle avec le Christ consistait soit en la méditation de la Passion, soit en l’exercice d’une oraison parfaite, à peine interrompu par un sommeil généralement très court. Elle récitait le rosaire en famille, le chapelet de la Passion et celui de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. Mais, la plupart du temps, elle improvisait ses prières sous l’inspiration de l’Esprit ou récitait des versets de psaumes choisis par elle. Gemma était aussi douée d’un esprit subtil et profond, capable de l’élever à une connaissance exceptionnelle des plus hautes conceptions spirituelles : l’unité de la nature divine dans la Sainte Trinité, l’union du Verbe avec l’homme dans l’Incarnation, les mystères de la sagesse, de la justice et de la miséricorde de Dieu… Ainsi elle expliquait la Trinité :

Trois personnes dans une lumière immense, unies en une seule essence : trinité dans l’unité, unité dans la trinité ; et comme unique est l’essence de cette trinité, unique aussi est sa bonté, unique sa béatitude.

Une telle clairvoyance, une telle lucidité dans l’entendement de mystères difficiles d’accès aux savants eux-mêmes, prouvent que l’Esprit instruit parfois les âmes simples par la contemplation intellectuelle, sensible ou imaginative mieux que par le savoir livresque.

 

 

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es théologiens distinguent plusieurs degrés dans la contemplation infuse par lesquels l’homme s’unit pleinement à Dieu. Gemma les a tous connus. Le premier degré, celui du recueillement infus, est produit par une lumière extraordinaire communiquée à l’intelligence par Dieu qui ainsi dirige les sens vers l’unique souverain Bien. Le second est le silence spirituel : l’âme captivée demeure stupéfaite et interdite devant la majesté divine. Chez Gemma alternaient ces deux premiers degrés. L’habitude de vénérer la présence divine dans le silence mène au troisième degré de la contemplation : la quiétude, union très intime avec Dieu qui procure une grande paix intérieure. Gemma savait l’accompagner de l’exercice actif des bonnes œuvres. Au degré supérieur d’union divine, le sommeil mystique, l’âme semble endormie, l’esprit perdu en Dieu. Gemma a ainsi expliqué ce phénomène :

Figurez-vous un petit enfant qui s’abandonne au sommeil sur le sein de sa mère ; il oublie tout et lui-même, ne pense à rien, mais se repose et dort sans savoir ni pourquoi ni comment.

Le sommeil spirituel intense fait place à l’union extatique dont Gemma fut abondamment dotée, comme nous le verrons. La jeune fille y sentait parfois une sorte de délire d’amour, des élans doux et impétueux, qu’on appelle l’ivresse spirituelle. Le biographe de Gemma cite en exemple certains psaumes de David, saint François d’Assise et sainte Thérèse d’Avila. Il ajoute que Gemma connut ces élans d’amour incompressible dans ses extases et dans ses écrits. Parfois cette ivresse est si folle qu’elle envahit le cœur comme un torrent de feu, comme une flamme d’amour, sixième degré d’union divine. La petite Thérèse, après saint Jean de la Croix, a fort bien décrit cet état mystique, particulièrement dans ses poèmes. Gemma ressentait concrètement la brûlure, le « cœur en flamme », littéralement. Favorisée de ce feu céleste, l’âme connaît la soif, l’angoisse d’amour qui lui fait n’avoir qu’une passion : arriver à la possession de Dieu jusqu’à l’union parfaite avec lui dans le mariage mystique. Voici comment l’explique le biographe de Gemma :

Dans le mariage spirituel et divin, l’âme se donne [comme dans le mariage terrestre] tout entière à Dieu et Dieu, à l’âme ; et cette union, comme l’autre, infiniment plus que l’autre, est intime, continue, indissoluble : intime, car elle s’opère dans le centre, dans la substance même de l’âme privilégiée ; continue, c’est-à-dire, à l’abri de toute corruption de la part de Dieu qui en est le véritable auteur ; indissoluble, parce que d’après la loi ordinaire il n’arrive jamais qu’une telle âme perde la grâce sanctifiante et se sépare de Dieu.

 

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evenons donc à l’extase. En cet état, l’âme est plongée, sans violence, en Dieu, ce qui produit l’aliénation totale des sens. Chez Gemma, l’extase se manifeste partout et n’importe quand, mais, en général, elle se fait annoncer quelques minutes auparavant, ce qui lui permet de s’isoler pour éviter les témoins. Gemma connaissait deux sortes d’extases : les extases douloureuses qui l’exténuaient et les ravissements heureux. On distingue aussi les extases imparfaites, les parfaites et les extraordinaires. Les premières, les plus fréquentes, étaient purement sensibles, de courte durée et très peu profondes. Les deuxièmes, duraient d’une demi-heure à une heure. L’aliénation totale des sens y était totale. Elles se produisaient ordinairement après la communion, pendant les Quarante Heures. Quant aux extases extraordinaires, elles survenaient généralement le jeudi soir à huit heures et le vendredi vers trois heures de l’après-midi. Gemma était alors associée, corporellement, aux douleurs de la Passion. Le thème de chaque extase, consignée par les proches, est unique. Il a le plus souvent trait à la Passion ou au désir de se transformer en Jésus crucifié. Il arrivait souvent que l’extase soit accompagnée de visions ou d’apparitions, du Christ, de l’Ange gardien, ou encore de saint Gabriel d’Addolorata, des âmes du Purgatoire ou de sa Maman, la Reine des Anges. On ne peut que conseiller au lecteur de lire les textes des extases de Gemma parus, notamment, traduits en français, aux éditions Téqui.

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utre la dévotion à Jésus incarné et à sa Passion, à sa Mère douloureuse, Gemma avait une vénération sans bornes pour l’Eucharistie. Tant il est vrai, comme Jésus l’a dit, que les mystères les plus ardus se laissent dévoiler par les âmes simples et les cœurs purs, Gemma a su très vite percer les voiles de ce sacrement. Elle n’avait à faire aucun effort préalable pour sentir la Présence réelle. Elle appelait l’Eucharistie « Académie de paradis où l’on apprend à aimer ». Elle se rendait deux fois par jour à l’église : le matin pour la messe et la communion ; le soir pour l’adoration du Saint-Sacrement. Elle se tournait alors vers le tabernacle et n’en détachait plus son regard, indifférente à tout ce qui se passait autour d’elle. Jésus l’élevait alors à une très haute contemplation. Il l’encourageait à rendre amour pour amour. Les élans d’amour de Gemma étaient si forts devant l’autel que parfois elle tombait évanouie. C’est qu’elle percevait parfaitement la divine Présence, s’étonnant que les autres n’éprouvent pas la flamme d’amour :

Je ne sais comment tant d’autres qui se tiennent près de Jésus n’en sont pas incendiés. Pour moi, si j’y restais un quart d’heure à peine, il me semblerait devoir être réduite en un tas de cendres.

Gemma était littéralement consumée de faim et de soif de Jésus-Hostie. En partant à l’église pour y écouter la messe et y communier, elle disait se rendre « à la fête de l’amour de Jésus ». Plus profondément, elle s’exprimait ainsi sur le sacrement :

Il s’agit de joindre deux extrêmes : Dieu qui est tout, et la créature qui n’est rien ; Dieu qui est la lumière, et la créature qui est ténèbres ; Dieu qui est la sainteté et la créature qui est péché.

Lorsqu’elle était plus gravement malade, Gemma devait se contenter de la communion spirituelle. Le père Germano dit qu’alors « d’ineffables communications divines la dédommageaient amplement de la privation sensible de l’hostie ». Jésus-Hostie lui tenait lieu de tout et en lui, la petite sainte trouvait tout son bonheur.

 

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Q

uelle était, en fait, la vocation spéciale de Gemma ? Elle se dévouait sans limites au bien spirituel du prochain et à la conversion des pécheurs. Gemma sera vraiment une apôtre guidée par l’Esprit-Saint et saura émouvoir le cœur de Jésus pour lui obtenir le pardon des pécheurs, dans une Communion des saints parfaitement comprise :

Celui-là, disait-elle un jour, souvenez-vous-en d’une manière spéciale, Jésus ; je veux qu’il soit sauvé avec moi.

Ce « sauvé avec moi » contient, à notre avis, toute la substance du mystère. Pour sauver les pécheurs impénitents, elle s’adressait à Jésus, à la Vierge, à saint Gabriel de l’Addolorata et se faisait aider par les anges. Elle ne perdait jamais courage, ne lâchait jamais prise jusqu’à la victoire finale. La plupart du temps, on lui recommandait une âme ; parfois, Jésus lui-même lui faisait connaître directement certains pécheurs. Elle, parfois si dure avec elle-même, sut partager la miséricorde de Jésus pour quelque Marie-Madeleine que tous croyaient perdue. Elle alla jusqu’à donner de l’argent à une prostituée occasionnelle pour qu’elle puisse payer son loyer autrement qu’en monnayant ses charmes. Cette femme fit une confession générale et reprit le chemin du devoir. Elle savait donner des conseils avisés, y compris aux directeurs de conscience. Au besoin, elle ne ménageait pas outre mesure les personnages de marque qui venaient l’interroger. Elle se montrait très sobre de prédictions et ne chercha jamais à se prévaloir du don de prophétie. Elle répondait invariablement à qui voulait la tenter sur ce chapitre :

Je ne sais rien, demandez à Jésus.

Son apostolat s’étendait, bien entendu, aux âmes du Purgatoire pour lesquelles elle se sacrifiait volontiers :

Oui, souffrir pour les pécheurs et en particulier pour les âmes du Purgatoire, surtout pour une telle. […] L’ange m’a dit que ce soir Jésus me ferait souffrir quelque chose de plus, pendant deux heures et à partir de neuf, en faveur d’une âme du Purgatoire.

T

elle est, en résumé, la mission spirituelle de sainte Gemma Galgani. Elle ne tira jamais vanité des phénomènes surnaturels qui n’étaient là que pour l’aider dans sa mission. Au contraire, elle craignait davantage les louanges que le mépris et les injures. Libre de toute attache terrestre, elle aurait pu se prévaloir de cette devise :

Toute à tous, mais en Dieu.

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À suivre...

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité.

Publié dans religion

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