SYNODE POUR LE MOYEN ORIENT II

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

Texte du Rapport après le débat

général

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I. LA PRÉSENCE CHRÉTIENNE AU MOYEN-ORIENT

A. SITUATION DES CHRÉTIENS AU MOYEN-ORIENT

1. Bref regard historique : unité dans la multiplicité

 

C'est de l'Orient que la lumière du Christ est arrivée. Et le Christ reste toujours le vrai Soleil invincible qui ne connaît pas d'éclipse. Le visage du Christ brille comme le soleil (cf. Mt 17,2), et illumine toute l'histoire de l'humanité. L'Église de Jérusalem, née le jour de la Pentecôte, fut la source de toutes les Églises particulières. De Jérusalem, de l'Orient, sont nées nos Églises et toutes les Églises du Christ. Le christianisme a ses racines en Orient, il y a grandi et de là s'est répandu en Occident, et jusqu'aux extrémités de la terre. La conversion de S. Paul a eu lieu à Damas, d'où il est parti en Arabie, et est devenu ‘l'Apôtre des Nations'. 

 

 

Les Églises se sont multipliées, mais étaient unies par la Parole de Dieu, les sacrements et l'enseignement des Apôtres. L'unité est une composante essentielle du chrétien et de l'Église du Christ : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avaient un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32). 


Malheureusement, suite à des conflits au cours de son histoire, l'Église connut de multiples divisions. Des études historiques et théologiques approfondies sont nécessaires pour mieux comprendre ces évènements tragiques et promouvoir ainsi le dialogue œcuménique.



2. Communautés apostoliques dans une terre apostolique

 

"Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création" (Mc 16, 15). Telles sont les paroles de Jésus au moment de quitter ses disciples. Jésus prend l'initiative de faire confiance à ses Apôtres qui n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité : "Allez ! Proclamez!" Jésus n'a pas commandé seulement aux Apôtres d'annoncer l'Évangile, mais de l'annoncer dans le monde entier. Telle est la mission de l'Église. Être chrétien c'est être missionnaire. On n'est pas chrétien si l'on n'est pas missionnaire. L'annonce est un devoir de l'Église et du chrétien. L'annonce respectueuse et pacifique n'est point prosélytisme.

 

Les saints apôtres

 

Les Apôtres et l'Église naissante sur nos terres ont été fidèles à ce commandement du Maître, portant la foi en Jésus-Christ jusqu'aux extrémités de la terre, souvent au prix du martyre. Leur sang fut la semence de nombreuses Églises. Les premières Églises sont le fruit de la mort et de la résurrection du Christ. Nos Églises ont été à l'avant-garde des missions. De part leurs racines et leurs histoires missionnaires, nos Églises sont ouvertes à l'oikouméné, à l'universalité, en tant que plateformes où se rencontrent l'Orient et l'Occident.


À nous aussi, Jésus nous demande aujourd'hui de continuer l'action des Apôtres et de nos Églises d'origine. Jésus ne cesse d'envoyer son Église, de nous envoyer : « Allez dans le monde entier ». Nous sommes donc envoyés en mission dans le monde de notre école, de notre village, de notre travail, de notre pays, et de toute la planète. Jésus ne nous demande pas de prouver, de convaincre, il nous demande simplement de témoigner avec joie et force de notre foi.

 

 Eglise-Saint-Etienne-de-Noisy-le-Sec.JPG

Thérèse de Lisieux,

patronne des Missions

Eglise Saint-Etienne de

Noisy-le-Sec.


L'Église est donc essentiellement missionnaire de par sa nature (cf. Ad gentes, 20). L'annonce de l'Évangile et l'annonce du Christ à tous les peuples est un devoir suprême de nos Églises et de toutes les Églises. Nos Églises ont besoin d'une conversion missionnaire, pour vivifier en nous le sens, l'ardeur, l'élan et le dynamisme missionnaires. L'action missionnaire doit retrouver sa place dans la vie de nos Églises Orientales. Nous devons y retrouver l'engagement renouvelé à l'évangélisation, tant à l'intérieur de nos pays qu'à l'extérieur. « Malheur à moi si je n'évangélise pas » (1 Cor 9, 16). La ‘mission' et ‘l'annonce' doivent trouver leur place dans nos Églises, selon les possibilités concrètes dans chaque pays.


Et pour cela, la formation missionnaire de nos fidèles, et surtout de nos responsables de la vie de l'Église, est indispensable. À plus forte raison, l'« être missionnaire » doit être strictement lié à la vocation et au ministère du prêtre. Il est souhaitable d'établir un Institut de formation missionnaire, au moins un dans la région. Il nous faut surtout soutenir la mission et les missionnaires par la prière.




3. Rôle des chrétiens dans la société, malgré leur petit nombre 

 
Les chrétiens du Moyen-Orient sont des ‘citoyens indigènes'. Ils appartiennent de plein droit au tissu social et à l'identité même de leurs pays respectifs. Il faut renforcer cette conviction dans l'âme des pasteurs et des fidèles, pour les aider à vivre avec sérénité, force, et engagement dans leur patrie.

 

 

Mgr Boulos Borkhoche avec le Père Adwan Khalil  


Les Pères Synodaux ont beaucoup parlé des conditions qui favorisent la vie des chrétiens dans nos pays. Le contexte sociopolitique est un facteur important dans ce domaine. La laïcité positive fut évoquée comme facteur favorable. Mais le terme lui-même n'est pas bien accepté dans nos milieux. Il est suspect d'athéisme ou du moins de laïcisme écartant la dimension religieuse et l'ouverture à Dieu et à l'absolu. On lui préfère le terme ‘État civique'. Les émigrés se trouveront cependant confrontés au terme ‘laïcité'. Le terme ‘citoyenneté' est aussi problématique, vu que sa conception est plus restreinte en Orient qu'en Occident.


L'État civique désigne un système sociopolitique basé sur le respect de l'homme et de sa liberté, sur les droits qui lui sont inhérents de par sa nature humaine, sur l'égalité et la citoyenneté complète, et sur la reconnaissance du rôle de la religion même dans la vie publique, et sur les valeurs morales. Ce système reconnaît et garantit la liberté religieuse, liberté de culte aussi bien que liberté de conscience. Il distingue entre l'ordre civil et l'ordre religieux, sans domination de l'un sur l'autre, et dans le respect de l'autonomie de chacun. La religion ne doit pas être politisée, ni l'État se prévaloir de la religion.


Une présence de qualité est requise pour qu'elle puisse avoir un impact réel et efficace sur la société. Ceci nécessite pour les pasteurs, mais aussi des fidèles et surtout des jeunes, une formation solide sur les plans doctrinal, spirituel et social. Nos Églises doivent réveiller l'audace de l'engagement des fidèles à une présence visible et incisive dans la vie publique, dans l'administration, dans la fonction publique, dans les partis démocratiques pluriconfessionnels, se rendant ‘indispensables' par la qualité, l'efficacité et la capacité de servir honnêtement le bien commun. Ce qui compte n'est pas le nombre des personnes dans l'Église, mais qu'ils vivent leur foi et puissent effectivement transmettre un message. Ici, la famille a un rôle essentiel dans la l'éducation de ses enfants dans cet esprit et cette perspective.


Il est important aussi de former les esprits à la ‘citoyenneté', pour qu'elle soit inculquée dans les mentalités et le style de vie. Les media modernes (textos, website, internet, télévision, radio) ont une place importante dans ce domaine. Elles fournissent un moyen puissant et précieux pour propager le message chrétien, affronter les défis qui sont en opposition à ce message, et communiquer avec les fidèles de la diaspora. Des cadres spécialisés sont à former dans ce but. Les chrétiens orientaux doivent s'engager pour le bien commun, dans tous ses aspects, comme ils l'ont toujours fait.

 

 

 

 Un journaliste athée converti au catholicisme

Vidéo

 

Par la présentation de la Doctrine sociale de l'Église, dont l'absence a été notée, nos communautés offrent un apport valable pour la construction de la société. La promotion de la famille et la défense de la vie devraient occuper une place principale dans l'enseignement et la mission de nos Églises. L'éducation est un domaine privilégié de notre action et un investissement majeur. Dans la mesure du possible, nos écoles pourraient aider davantage les moins favorisés. Malgré de nombreux sacrifices, elles constituent un peu le centre de notre présence dans la cité, en tant qu'endroits privilégiés, parfois les seuls, pour une convivialité positive et constructive, œcuménique et interreligieuse. Elles promeuvent et renforcent les valeurs évangéliques et humaines de droits humains, de non-violence, de dialogue, d'ouverture, d'harmonie et de paix. Dans quelques pays elles sont le seul lieu de la formation chrétienne. Elles sont à maintenir à tout prix. Nous remercions tous ceux qui nous aident à y parvenir. Par ses activités sociales, de la santé, et caritatives, accessibles à tous les membres de la société, nos Églises collaborent visiblement au bien commun. 


Pour assurer sa crédibilité évangélique, l'Église doit prendre les moyens pour garantir la transparence dans la gestion de l'argent, en distinguant clairement ce qui lui appartient et ce qui est propre au personnel de l'Église. Des structures appropriées sont requises en vue de cela.

 

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Publié dans religion

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samia lamine 23/10/2010 01:27



J'aimerais que mon ami Bernard m'explique, en quelques mots, comment le christianisme est passé de l'orient en occident à travers l'histoire.


Aussi, en tant que bon chrétien, je lui demande ce qu'il pense des campagnes évangélistes dans les pays muslmans devant les lycées et les quartiers pauvres.


 Enfin, j'aimerais savoir ce que pense l'église de la conversion en contre partie de qlq dollars et SI ce genre de missionS est  toléré.


Merci Bernard pour ton passage sur mon blog et pour ton com sur ma traduction du poème de Nefissa.


Bonne soirée.



Bernard Bonnejean 23/10/2010 05:21



Ce que je pense des évangélistes, Samia, tu veux vraiment que je te le dise : rien de bon !!!


Les évangélistes n'ont d'ailleurs pas été invités au présent synode, alors que des observateurs musulmans et judaïsants y étaient.


Sache, Samia, que s'ils vont recruter devant les lycées et les quartiers pauvres musulmans, ils font la même chose ici. Rien ne les arrête !! C'est la plaie de l'Eglise officielle car ils vont
par monts et par vaux prêcher une bonne parole qui, en l'occurrence, est en contradiction avec la doctrine de notre Eglise. La preuve que ce sont des charlatans, c'est leur étroitesse d'esprit,
leur caractère sectaire et les condamnations qu'ils font pleuvoir sur toutes les religions, y compris le catholicisme romain. Ils croient qu'en convertissant à tort et à travers, ils vont
détruire le mal alors qu'ils le provoquent !! Il est bien évident qu'en tentant de convertir des musulmans en pays musulman, ils risquent de gros problèmes !!!


Si ces gens-là recrutent chez les musulmans et les pauvres, ils recrutent aussi chez les catholiques et les pauvres. Pratiquement tous les "Roms", catholiques par tradition, sont passés à
l'évangélisme. Ce qui ne les empêche pas, bien qu'on leur ait appris que la Vierge n'était rien ou pas grand chose, d'aller en pèlerinage à Lourdes, lieu marial par excellence.


Alors, franchement, Samia, en toute franchise, je comprends fort bien les attaques dont ils sont l'objet en pays musulman et notamment en Algérie où le ministre des cultes les a plus que rappelés
à l'ordre. Mais il faut calmer les gens. On ne guérit pas les fous en tapant dessus.


Sais-tu que l'Eglise catholique interdit toute conversion forcée !! Quant à une conversion contre de l'argent, je me demande vraiment ce que ça vaut !!!!


Merci pour ton passage et essaie de comprendre ce que les catholiques veulent avec ce synode. Non pas votre conversion, mais la paix en pays musulman et la liberté de chacun de pratiquer la
réligion de son choix ou de sa conscience.


Bonne journée, Samia. Merci pour ce très beau poème que j'ai eu plaisir à lire, même en français grâce à toi.