Rimes et Déraison 2011. Compte-rendu 2

Publié le par Bernard Bonnejean

 

ALEA JACTA EST        RIMES ET DÉRAISON : « Poètes, à vos papiers »

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À mesure que je chemine, guilleret ou désolé, dans ce premier Rimes et Déraison, s'ancre en moi une certitude, celle de sa vocation unitaire et universelle. Ce que les politiques et les religieux essaient d'obtenir en vain, les poètes y parviennent, parfois contre les courants de pensée dominants, contre les modes provisoires, notamment celles des formes. 

La poésie est en crise ? Oui, depuis Homère. Autant dire tout de suite que l'art est en crise. Pourquoi ? Parce que ni l'art ni la poésie ne seront jamais adultes. Ces éternels adolescents subissent de plein fouet leur âge ingrat dans des âges tout aussi ingrats. La poésie est éternellement en crise en un monde éternellement en crise. Sinon, j'en ai peur, il ne serait pas d'activité esthétique possible. 

À bien y réfléchir, le Beau est rarement une copie conforme du Réel. Il lui faut un déguisement, un travestissement, un embellissement qui, sans être mensonger ou hypocrite, lui donne un attrait rarement atteint par le réalisme, même sublimé.

Le Beau, affublé de cette majuscule, qu'est-ce donc ? 

 

C'est cet admirable, cet immortel instinct du Beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme une correspondance du Ciel. La soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique, que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau ; et quand un poëme exquis amène des larmes au bord des yeux, ces larmes ne sont pas la preuve d'un excès de jouissance, elles sont bien plutôt le témoignage d'une mélancolie irritée, d'une postulation des nerfs, d'une nature exilée dans l'imparfait et qui voudrait s'emparer immédiatement, sur cette terre même, d'un paradis révélé. 

 

Charles Baudelaire, L'Art romantique1869.


À tous ceux que cette pensée troublerait pour avoir lu le contraire autre part chez la même personne, je me permets de répondre ce qu'à dit Pierre Emmanuel à propos d'un ouvrage baudelairien :

 

Ceci est un répertoire de quelques ambiguïtés baudelairiennes que je tiens pour fondamentales, ambiguïtés que je crois d'ailleurs congénitales à tout poète. 


Autrement dit : le poète manie le monde pour en extraire ses multiples vérités. Et je ne suis pas loin de penser que seul le poète est capable d'en reconnaître la complexité et la richesse. 


Pour les membres du Jury :

Bernard Bonnejean

 


 FONTANA Gabriel


Il y a dans l'incendie


Il y a dans l’incendie de la ville
Un acte évident de salubrité publique.
Brûle l’urbanisme.


Je maréchalerai ton cul sur des pistes sourdes,
Les pistes de la conscience tue.
Je maréchalerai mon nom
Sur les murs de la honte ;
Pas ceux où l’on se lamente
Mais ceux anonymes, où l’on tue.

Je pétainiserai l’honneur et la gloire
D’un pays tétanisé par sa fierté.
De quoi être fiers, nous avons ?
Je ne crois pas et je bave
Sur le drapeau, pas par bravade
Mais parce que je suis paralysé de la bouche.
Je pétainiserai l’idée de Nation,
En y enlevant l’humanisme
Et la fraternité pour y déposer
Tendrement des valises d’injustice.

Je hitlériserai les aéroports
Et les gares, en utilisant les flics
Comme main-d’œuvre pas chère
Pour faire le sale devoir :
Bouter les étrangers hors de nos terres.
Et je n’aurai pas d’oreille pour leur supplique.
J’adolfiserai les consciences prolétaires
En prétendant que le danger guette
Et que demain, ce soir, peut-être,
Le sauvage attend l’heure de manger leur chair.

ENVOI

Je me suiciderai dans les ruines de mon empire,
Je me sarkoïzerai dans les pensées adjacentes,
J’enverrai mes soldats et mes sbires,
Vers les balises baveuses et inconscientes.

 


Connaissez-vous Synne Serheim et Torgeir Husby ? Non ? Je vais vous aider. Ils ont écrit un ouvrage de 240 pages qu'on ne peut pas appeler « recueil ». Encore que depuis que Blaise Cendrars a écrit Moravagine... Des poètes méconnus ? Pas du tout : deux experts psychiatres. Quel rapport avec Gabriel FONTANA ? L'humour, mais volontaire chez lui, involontaire chez eux ? Chez lui, le néofascisme passe par le néologisme. Un néofascisme ironique, de « salubrité publique », ridiculisé, dévoyé, érotisé de prime abord. Il en manque à ses maréchaleries. Il hitlérise, il pétainise, il sarkoïse, mais il aurait pu pinochétiser, karimoviser, alieviser, berdimuhamedowiser, bouteflikiser, nkurunzizaïser, et même bachar-el-assadiser. Mais ce qu'il ne peut pas, ce qui lui est défendu, c'est andersbehringbreivikiser ! Parce que c'est du menu fretin aux ordres ? Non ! Seulement que les braves Serheim et Husby, experts, croient pouvoir éteindre l'incendie par la démonstration inattaquable que le pauvre Anders Beyring Breivik « était malade quand il a tué 77 personnes », que sa condition mentale a altéré 
son jugement en amont et en aval d'une tuerie savamment organisée par ce militant d'extrême-droite norvégien, une des « pires attaques commises sur le sol norvégien depuis la Seconde Guerre mondiale ». 77, 78 avec le malade, victimes de la schizophrénie paranoïde. Des dizaines de millions victimes de la schizophrénie paranoïde d'Hitler... Cependant, le brave garçon ne finira pas comme son grand-papa Adolphe « suicidé dans les ruines de son empire », à l'abri des sarcasmes des Gabriel FONTANA et autres moqueurs de nos démocraties, mais interné dans un hôpital psychiatrique ultramoderne et confortable dans un des pays les plus riches du monde. Avouez qu'il n'y a vraiment que la poésie capable de vous faire gober une histoire pareille ! 


 

 GAUTHÉ Nicole


C'est un chant du cœur

C’est un chant du cœur
Un instant de plaisir
Sur le chemin du bonheur
D’une voix qui soupire

C’est une main sans heurt
Tendue vers le pire
Pour réconforter les pleurs
Et rendre le sourire

C’est dans une rue
Là quelque part
L’aumône qui fut
Donnée au clochard

C’est parfois pour tous,
Un jour, s’oublier soi-même
Et tout prés d’eux 
Leur dire je t’aime

La tendresse 
C’est toute une vie 
Comme une caresse
Portée vers l’infini

 

 

Le grand débat qui agita les poètes à la fin du XIXe siècle fut celui du Beau. Vint s'y greffer une question connexe : l'utilité de l'art. Bientôt les Surréalistes vont défendre l'idée d'une poésie pure, dégagée de tout enseignement, voire de toute logique. Selon cette perspective, un texte ne serait poétique que s'il est inutile et qu'il ne sert que lui-même. Autrement dit, les catégories habituelles deviennent obsolètes : poésie sentimentale, poésie tragique, poésie burlesque, poésie didactique, poésie anthropologique, poésie philosophique, poésie religieuse et autres élégies, éloges, dithyrambes, hymnes, charges... sont remisées au rang de prose rythmée, rimée ou assonantique. Le Chant du cœur de Nicole GAUTHÉ rompt avec cet « art pour l'art », comme on l'appelle, c'est-à-dire un art qui ne soit que son propre objet, sa propre destination, son propre sens. Son poème est tout entier destiné à l'autre. Ainsi devient-il « beau » au sens moral  pour celui qui soupire et qui souffre ; qui pleure sous les coups physiques ou les coups du sort ; qui quête un regard, un sourire, une parole en même temps — et parfois bien plus — qu'une aumône. Et Nicole GAUTHÉ va jusqu'à indiquer le chemin de ce Chant du cœur : les déclarations de son amour qu'on néglige trop souvent par souci des convenances ou par excès de pudeur ; ses manifestations toutes simples, « caresses », « tendresse ». Et surtout, l'indispensable, le si difficile oubli de soi sans lequel on ne voit rien de l'autre. Non, il ne s'agit pas de poésie mièvre et surranée ! Puisse-t-on bien vite retrouver, si nous l'avons perdu, ce Chant du cœur ! 


 GÉNIQUE Évelyne


De tout et de rien

 

J’écris pour parler de tout, de rien
Mélange faisant du bien
Poésie des notes.... Musique des mots
Quand les mots épousent les notes
La poésie des notes avec l'âme des mots
Telle une note de musique
Qui emplit mon cœur de nostalgie
Un rythme, un son qui s'évade
Au rythme d'une voix intérieure
Voilà que la lune se lève
Dans la nuit elle s'installe
Me poussant dans les rêves
De ma folie cérébrale
La lune fait des cercles dans l’eau
Ainsi que mes mots s'affolent
Ça risque de troubler ma main
Je devrais recommencer
La nuit quelque part a repris ses droits
Et le silence s'est installé à côté de toi
C'est ici que mon inspiration s'envole

                     Évelyne GENIQUE lance une invitation à passer un moment à causer au bord d'une cascade. Pas question d'y « parler » ! Il conviendra d'y « causer », non pas à tort et à travers, mais « de tout et de rien », passant du coq à l'âne, sans contrainte ni but précis. Il ne s'agit rien moins que de chercher l'agrément d'une victoire remportée après une joute oratoire, un argumentaire soigné et construit ; juste un temps privilégié de parole libérée pour « la poésie des notes » et la « musique des mots ». Mais un examen plus attentif permet d'y envisager une parade verbale, une antiphonie (pas une symphonie, pas une cacophonie) menée à la baguette par Écho, la nymphe des sources et des forêts, une Shéhérazade de la Grèce antique, tellement douée qu'elle finit par provoquer la jalousie d'Héra, la maîtresse de Zeus. Depuis, elle captive les enfants et les poètes, dans les montagnes comme sous les tunnels, à nous charmer de nos propres mots. Évelyne GENIQUE invite la lune, la nuit, le silence et l'amant dans ce tourbillon de recommencements incessants, de répétitions sans fin. Pas nous ! Qu'irions nous faire dans sa « folie cérébrale » ?, dans son νθουσιασμός, « enthousiasme » poétique que nos Anciens attribuaient à Apollon ou à Dionysos ? Cette inspiration, nos pauvres rationalistes scientistes aux horizons bornés l'ont remisée au rang des « dispositions psychologiques ». De cette catastrophe (encore un mot grec !), pourrait naître la mort d'un art considéré pendant des siècles comme d'origine divine pour le plus grand plaisir des créateurs, de leurs auditeurs et de leurs lecteurs. Mais une fois encore, cet écrit intime composé pour l'aimé, le poète, inspiré, c'est-à-dire étymologiquement « possédé par l'Esprit », n'a pu s'empêcher d'en faire partager les « envolées » à un cercle d'amoureux de ce langage musicien, appelé Poésie



Samia Lamine Ben Ammar LAMINE BEN AMMAR Samia


Noir c'est blanc

Le monde, today, s’macdonalise
Ego et matière pour devise 
Folie furie misère et bêtise.


Les cœurs chavirent
Çà
Et
Là.


Les ventres affaiblis s’amenuisent
Les arbres asphyxiés s’épuisent
Les armes menacent et détruisent.


Les cœurs chavirent
Çà
Et
Là.


Les poissons volent dans l’air
Les pigeons croassent en fureur
Les corbeaux roucoulent en douceur.


Les cœurs chavirent
Çà
Et
Là.


Robots et technos s’imposent
Le noir en blanc se métamorphose
Le temps et l’espace explosent.

Chavires les cœurent

Te 
Çà.

 


Les petits Français des années 50 se croyaient devenus grands lorsqu'on leur confiait la responsabilité de tourner la manivelle du moulin à café. Les plus adroits avaient même le privilège d'ouvrir le tiroir pour en sortir une mouture odorante et fine comme de la farine qui glissait doux sous les doigts. L'électricité les ravit. En Tunisie aussi, Samia LAMINE, on mettait les grains en haut de l'appareil et on appuyait sur un bouton ? Le bruit infernal donnait à l'entreprise un air de modernité. Les bons du café Nico® permettaient de payer la porcelaine mais il ne sentait pas si bon, peut-être parce qu'il n'avait coûté aucun effort. Puis vint le café vendu en poudre, tout prêt, avec le « robusta », viril et prolétaire, qui céda progressivement le terrain aux espèces nobles, les « arabicas », aristocrates raffinés. Avec les années 70, devenus jeunes hommes les petits Français apprirent un nouveau mot : lyophilisé. Les avis étaient partagés sur l'illustre Nestlé® : les uns le trouvaient semblable au « vrai » et, en tout cas, plus pratique et plus rapide ; les autres commencèrent une résistance qu'ils ne savaient pas encore « écologique ». Et de nouveaux mots apparurent traductions de miracles d'inventivité, d'ingéniosité, du moins le croyait-on : surgelé à ne pas confondre avec congelé ni réfrigéré ; déshydraté, dessiqué (pour les snobs) ; et le must, le mot imprononçable par le commun des mortels : cryogénisé à ne sortir que devant un Darjeeling enveloppé dans un sachet de fil. Et tout ça annonçait la mondialisation et, avec elle, la « macdonalisation » des corps et des esprits. L'année dernière, on a détruit les deux rangées de platanes qui bordaient la route d'Ernée à Charné. Quand j'étais enfant, on ne disait pas qu'on allait se promener à Charné, on disait qu'on allait « jusqu'au bout des platanes ». Ça ne dira rien à personne, sauf peut-être à Samia LAMINE, qui met sur le même plan la « folie » et la « furie », la « misère » et la « bêtise ». Et si on s'arrêtait un peu pour remettre de l'ordre dans ce « chavires les cœurent/Là/Te/Çà »...   

    

 LARIE Louyse


Complice du jour

Je connais si peu de toi,
Promesse du livre ouvert,
Si ce n’est qu’à l’écart du périple, je ne suis pas seule.
Tu es là, fidèle et tu m’attends.
Vas-tu m’entraîner dans le tréfonds de ton labyrinthe,
Dont l’existence, d’ores et déjà
M’était naguère inconnue.

Tu m’invites à me poser, à me recueillir,
Terrassée par le frémissement de la timidité.
Je me surprends à la conquête de tes mots, m’asseoir
Et j’essaie à travers leur rencontre, de m’en remplir.

J’ai tenté d’apprivoiser le toit
D’un dénommé Prévert,
Mais lui, autant que moi, était à l’envers.

J’ai rangé la mémoire du temps
À l’ombre des feuilles qui le veulent.
L’espace a parsemé le vide de la crainte !
Te rends-tu compte, quel goujat !

La lecture va comme elle est venue
Et le poète ne cessera par la réviviscence de la faire rejaillir,
Au point de contrarier le sanglot de l’avidité,
Derrière le vertige entre la nuit et le soir.
Crois-tu que le voile du rêve lui ait permis de s’accomplir ?

J’irai parcourir la lagune de l’absence
Où se consume la présence
Et je t’offrirai le doute du silence
De l’empreinte de l’écume brûlante,
Là où les rumeurs de l’aurore se font bienveillantes,
Telles les vagues du refuge de l’espérance.


Louyse LARIE retrouve son adolescence avec ce qu'il faut de doux rêves, de « timidité », de confiance absolue en la « fidélité » de l'être aimé et en l'avenir. Tout cela n'est qu'apparence. Le poète pratique volontiers le multiple sens par l'usage de la métaphore filée. Si Proust a écrit À l'ombre des jeunes filles en fleur, elle se propose d'écrire À l'ombre des feuilles de la mémoire du temps. Non pas en autobiographe, mais en poète. Reste une question, tout de même : quel est donc ce grimoire dont on aimerait connaître le titre, ce « livre ouvert » prometteur et magique ? Un recueil de Prévert ? Non, mais quelque chose qui lui ressemble sans être tout à fait semblable. Une sorte d'ouvrage secret et assez hermétique auquel on puisse se confier sans qu'il livre son trésor, à l'abri de son « labyrinthe » protecteur. Mais, justement, Icare aurait pu sortir grand vainqueur d'une telle prison s'il ne s'était brûlé les ailes, au sens propre. Pourquoi donc, à lire ce poème, ai-je l'impression d'une démission, de l'abandon d'une vocation ? Ai-je été trompé par une lecture myope qui ne se serait pas offert assez d'espace pour se développer à souhait ? Si la « lecture va comme elle est venue », pourquoi cette confession constante d'inaptitude à dire, dans la « lagune de l'absence », le « doute du silence », les mots projetés initialement. La faute au livre comme on dirait : « la faute à Voltaire » ? À ce livre inconnu et sans nom, ou à son auteur ? On souffre — sans doute à tort — en empathie avec Louyse LARIE jusqu'à la « rumeur de l'aurore », et à ce jaillissement de « bienveillance » et d'« espérance » qui l'illumine. Sans doute, cette longue nuit que l'on devine stérile laisse-t-elle alors la place à une création à venir. La rumeur deviendra alors cri et la « vague du refuge », le vol d'un Icare, enduit de miel, mais tout à fait conscient du danger de rester en pleine lumière sous le soleil.  

 

 MONAGHAN Lauriane

Je commence ma résilience... demain

Les regards qui se noient dans ce côté sombre.
Ses mots, symphonie hurlante, notes de la feu-terreur d'un enfant.
Gravité du claudiquant.
La fureur des culpabilisants.

Une chambre si volumineuse, si grande,
Comblée de divers objets, a contrario d'une fêlure si béante.
Un carré, extraits affichés, de croyances.
Insécurités et grands revanchards espoirs.

Quelques jouets usés, par ci par là, éparpillés.
Le même scénario du peu de mots qui y sont rattachés.
La confusion du peu de mots qui y sont rattachés.
Retenue la leçon du silence écrasant l'existence.

Son regard, un soupçon d'amour assaisonné d'une immense violence.
Ses mots qui claquent, de ce petit chef acculé.
La gravité sidérante, digne des pires instances.
Une fureur qui déchire ma présence.

Putain de résilience.



Tout a commencé par une expertise psychiatrique de deux ténors de la justice nordique ; tout finira pas une autre vision, plus insulaire, moins orientale, à la limite de la verte Irlande et de notre beau Paname. C'est le pays de Lauriane MONAGHAN. Le pays d'une cacophonie au réalisme têtu, insupportable, qui sème le trouble chez les uns, l'épouvante chez les petites victimes. Quelles horreurs laisse-t-on impunies entre les quatre murs de chez certains, sous prétexte de protéger la propriété, la vie privée. Qui a dit que la propriété privée était le vol ? Parfois, à cause du respect de lois scélérates et ignominieuses, c'est le viol, la souffrance, la torture mentale et physique d'innocentes petites créatures laissées à la merci de bourreaux très-bien-sous-tous-rapports passé le seuil de leur porte. « L'intimité des foyers » devient alors plus qu'un cache-misère : une chambre à « écraser de petites existences », ou plutôt à « écraser l'existence » de petits à qui ne seront plus jamais accordés le repos de l'âme et son silence réparateur. Lauriane MONAGHAN a su trouver une des causes de cette « gravité sidérante » où se mêlent la complicité et l'indifférence de tous ceux qui savaient mais n'ont rien dit : « un soupçon d'amour assaisonné d'une immense violence ». De l'amour chez ce monstre boiteux ? Aussi étrange que ça puisse paraître, je serais tenté de le croire. Oh ! certes ! un amour tout à fait spécial, mais ni feint ni vicieux : un amour qui n'empêche pas les coups de pleuvoir, sans que « l'être aimé » sache au juste pourquoi. Et c'est pour cette raison qu'elle vient à tarder cette « putain de résilience », chère à nos psychos des temps modernes, prompts à vous faire dire du mal de ceux qui, dans le calvaire qu'ils vous ont fait subir, ont su glisser assez d'amour pour vous rendre capables d'en dire du bien, coupables jusqu'à la fin de votre existence.         

 

Suite et fin au prochain numéro...

Amicalement,

Bernard 

Publié dans poésie

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Louyse Larie 06/12/2011 18:06

Un grand et très amical MERCI à BYrd, pour l'ensemble de ses commentaires pointus et très fouillés, en la matière, mais aussi pour son dévouement, sa loyauté , sa générosité et pour avoir mené à
terme, ce concours, qui figurera dans la mémoire poétique , bien au-delà du cadre virtuel, ce dont je suis convaincue !

Très LONGUE VIE à Rimes et Déraison, au sein duquel, j'ai eu un réel plaisir, de
pointer, de temps à autre, le bout de ma plume.

Bernard Bonnejean 07/12/2011 00:59



Merci du fond du coeur pour ce commentaire amical. 

L'an prochain, LouYse, j'espère vraiment vous voir encadrer ce groupe de poésie. C'est un miracle, LouYse, vous en rendez-vous compte ?

R&D a réussi à unir sous sa bannière flambant neuf une lauréate des USA, une autre du Québec, une autre de Tunisie, un de Mayotte, une Belge, tout cela sous la houlette d'une marocaine
musulmane, d'une juive sépharade et d'un catholique français !!! 

Ce que j'ai cru atteindre dans ma jeunesse par un anarchisme libertaire du genre tempête-sous-un-crâne, ce but inaccessible et dont bien d'autres ont rêvé, la poésie l'a tout petitement
réussi.

Ne serait-ce que pour cette raison, LouYse, il faut que vive R&D. 



nicole gauthé 04/12/2011 18:22

Bonjour Bernard

merci pour ce compte rendu Numéro deux mais il y a un petit Hic ce n'est pas moi sur la photo je suppose qu'il s'agit d'une autre lauréate généralement je ne mets pas ma photo sur Facebook ni
ailleurs la seule photo comme profil est une colombe qui s'envole des mains pour signifier que la seule liberté de pensées aux poètes est la plus importante et qu'elle va au delà de tous pays et
origine

donc voilà si tu pouvais modifier se serait super merci à toi et à tout le jury milles bises d'amitié

Bernard Bonnejean 06/12/2011 03:07



Désolé pour cette erreur.

Désolé aussi pour cette autre Nicole Gauthé qui s'est retrouvée en tête d'affiche sans l'avoir demandé.

Tout est heureusement réparé.