O Crux, Ave, spes unica

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

LE CHEMIN DE CROIX DU PECHEUR

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D’abord, une petite mise au point : il est bien évident qu’avec la complicité tout à fait involontaire de mes amis Marco Afina et Jean Calone, j’ai monté hier, de toutes pièces, ce portrait de religieuse amoureuse, qui n’a jamais existé que par l’effet de mon imagination. Veuillez me remercier, si vous avez ri, et m’excuser, si je vous ai agacé. Fidèle à la tradition, j’ai voulu fêter dignement deux fêtes simultanément : l’une profane, le poisson d’avril ; l’autre religieuse, le jeudi saint.

 

 

Aujourd’hui, vendredi saint, l’heure est grave. En cette solennité, nous chrétiens sommes appelés à commémorer la Passion et la mort du Christ sur la croix. Sans jamais perdre de vue, que sa mort a un sens, puisqu’en ressuscitant le jour de Pâques, il nous permettra, à chacun de nous, de ressusciter avec nos corps mortels, après notre mort temporelle, pour l’éternité.


Je me suis demandé comment je pourrais vous inviter à participer à cet événement, à vous toutes et tous qui me faites l’amitié de me lire, sans partager mes convictions. J’ai trouvé le texte suivant.


Vous connaissez tous Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, l’un des chefs-d’œuvre de la littérature française moderne. Mais sans doute peu d’entre vous savent-ils que la sœur du grand écrivain fut, à son époque, un essayiste de talent, mariée à un autre grand, moins inconnu aujourd’hui, le philosophe Jacques Rivière. Ses livres, Sur le devoir d'imprévoyance, édit. du Cerf ; Maria Blanchard, Corrêa, Le Bouquet de Roses rouges, Corrêa, La Guérison, Corrêa, sont aujourd’hui bien oubliés. Pourtant, la sensibilité vive, l'activité intérieure qui portent ses écrits nous aideraient bien à surmonter certaines difficultés existentielles.


En ce jour de Vendredi Saint, voici un extrait du Chemin de Croix du pécheur, où il est permis à chacun de se reconnaître en ses moments de doute et de désespérance. En ce qui nous concerne, nous, chrétiens, nous faisons nôtre ce que notre grande amie colombienne Maria Eugenia Reatiga nous écrivait hier : « En la angustia ...la Fé crece !!!!  ».


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O Crux, ave, spes unica

 

Derrière moi, devant moi : ma vie.


Derrière, cette traînée de fautes, d'insuffisances, de médiocrités, tous ces jours émiettés au néant, toutes ces heures salies de futiles ou laides pensées, tant de beauté méconnue, ou sitôt oubliée que cueillie, comme on laisse tomber la fleur respirée, tant de douleurs qui n'ont pas mûri leurs fruits, tant d'éclatantes leçons refusées, tant, tant d'amour détourné, ramené sur moi pour s'y tarir, —et cet être que vous m'aviez remis si beau, Seigneur, puisqu'il vous ressemblait, et que je n'ai travaillé qu'à réduire, à encrasser, à défigurer !


De toute cette richesse vivante que vous m'aviez donnée, j'ai fait ce monceau de débris sans visage, et j'y suis attelée comme le .triste petit âne trébuchant à I’énorme voiture du chiffonnier. C'est cela qu'il me faudra tirer derrière moi jusqu'à ma dernière heure ; chaque soir j'y aurai ajouté le cadavre d’une journée morte, et, à vos pieds, c'est là tout le trésor solide qu'au Jour du Jugement je déverserai.


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Devant moi, ce morne océan de jours gris que je dois traverser. L'ignorance, l'ennui, la fatigue, la menace toujours suspendue : où vais-je, pourquoi, combien de temps me sera laissé ce que j'aime ?... Les chagrins, les difficultés comme une pente sans cesse renaissante à regravir, les dégoûts, l'odeur de crasse et de pourriture que le monde vous souffle au visage. Et, si vite, la vieillesse qui déjà vous parle à l'oreille : la faiblesse, tout le corps qui fait mal, la solitude grandissante, plus un cœur où puiser, plus une âme où verser son âme. Et combien de douleurs encore, combien de coups, combien d'arrachements, quand déjà pourtant tout vous semble arraché ? Bientôt peut-être, l'arrêt, la maladie sur soi comme une bête dévorante ou, plus horrible encore, tous les liens de l'esprit tranchés, et le corps inerte, à demi détruit, qui s'obstine comme un chien agrippé à la tombe de son maître. Est-ce pour cela, Seigneur, que vous nous avez faits ?


Au bout : la mort. La chute, le trou, le noir, tout perdu, tout fini, où suis-je ? Je ne sais plus : les os, des vers.... Et ce visage qui était celui de mon âme, nul n'y regardera plus pour savoir qui je suis ; je ne suis plus : effacée, évanouie, oubliée !


Seigneur, Seigneur, est-ce pour cela que vous nous avez faits ?


Qui peut vivre, qui peut supporter de vivre ? Je crie, je refuse, je me rebelle ; je ne peux pas, je ne peux plus vivre, je ne peux pas, je ne veux pas mourir !

 


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O Dieu, n'entendrez-vous pas ?

 

O Dieu, n'aurez-vous pas pitié ?

 

Une étoile s'est levée... Tandis que la création se tordait dans l'angoisse, un petit enfant nous est né.

 

Un feu monte dans le ciel ; la nuit se déchire; le pécheur prostré sur la terre de mort, la tête enfouie dans son désespoir, soudain sent son corps pénétré de lumière. Il se soulève, il se retourne, il voit Dieu : Jésus tout blanc, les bras étendus pour enserrer le monde et qui sourit.

 


Isabelle Rivière, Le Chemin de Croix du pécheur, Corrêa.

 

Les tableaux et manuscrits sont respectivement de Rubens, d'un anonyme du XIIIème siècle, de Marc Chagall et de Francis Denis.

Publié dans religion et culture

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Bernard Bonnejean 20/10/2010 19:24



Il n'est point de hasard !!



DENIS Francis 20/10/2010 19:11



J'ai bien conscience de la place de choix que vous m'avez attribuée et vous en remercie,d'autant plus que j'ai eu le bonheur de visiter l'exposition Chagall cet été et que Rubens fait partie des
peintres que j'ai aimé " revisiter " sur le thème de la Passion du Christ.


Amicalement


 


Francis DENIS



DENIS Francis 19/10/2010 23:15



Bonjour,


 


ce serait sympa de rectifier concernant le visuel de la descente de croix: Francis et non François DENIS.


 


Amicalement


 


Francis DENIS



Bernard Bonnejean 20/10/2010 19:03



Bonjour Francis,


ce ne serait pas sympa mais juste et mérité.


Mais avouez que votre présence, préférée à des milliers d'autres, parmi les Rubens et les Chagall, est nettement plus remarquable et aura  été d'autant remarquée.


Amicalement


Bernard BONNEJEAN