Linda illustrée par le Fougerais Dominique Bourcier

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Les chaussonniers au service du Québec

 

N'ayez crainte : il est hors de question de vous priver de la totalité du rapport général du synode ! Mais vous avez quand même le droit à une belle récréation. Vous connaissez déjà Linda Pyontka Reeves. Vous avez apprécié son style « maternel ». Il y a une semaine, elle m'a offert une œuvre d'un tout autre genre. Et comme dit l'évangile : on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres. J'ai donc demandé à Dominique Bourcier, le photographe de l'écureuil fougerais, de confectionner pour vous un récipient qui ne crèvera pas à l'acidité du précieux liquide. 

J'ai eu l'honneur de rencontrer Dominique Bourcier (alias dominiqueb ou Louis-Bertrand Henri) chez un ami commun, installé depuis peu à Fougères, le « pays des chaussonniers ». Je vous en reparlerai en même temps que j'aborderai pour vous l'une de ses célébrités littéraires : Jean Guéhenno. Dominique Bourcier est déjà très apprécié sur facebook où je l'ai connu grâce à une amie commune, Frédérique Notez, une belle poétesse bruxelloise qui fera le deuxième chapitre de la série sur les poétesses francophones de FB

 

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Dominique Bourcier, l'écureuil fougerais, 

c'est lui ? Non, et alors !

 

Dominique Bourcier est employé de banque. Peu importe laquelle, quoique chacun sache où les écureuils engrangent leurs réserves. Personnage affable et simple, cet ancien conseiller municipal se dit lui-même à l'écoute de tous, ouvert à tous, curieux de tout, et je puis vous affirmer que cette réputation n'est ni autoproclamée ni usurpée. Il a eu la gentillesse de se rendre à domicile avec son ordinateur et j'ai pu, à loisir et ad libitum, y fouiner pour y découvrir des merveilles, bien connues aujourd'hui des amateurs qui puisent de quoi embellir leurs textes sur FB. 

Vous êtes donc invités à découvrir une nouvelle Linda Pyontka Reeves, dont la force imaginative sera un peu nuancée par la lumière discrète du sépia de Dominique Bourcier. J'avoue ne pas avoir cherché à faire coïncider le texte et l'iconographie. Encore que l'un et l'autre cherchent en l'homme sa nature véritable. Et où trouver le sens de l'homme autre part que dans la mémoire des pierres et de la mer éternelle ou à Paris où se mêlent à loisir le meilleur et le pire. Peu importe du reste : le sucré-salé et l'aigre doux ont toujours été appréciés des gourmets.  Alors : bon appétit.

 

Bernard Bonnejean

 

La légende des âmes-sœurs

De la mer à la terre, il a nagé,

ensuite il a marché.

Il a découvert le feu,

S’est fabriqué des outils.

 

 Il vécut en groupe, apprit à chasser pour se nourrir, se vêtir,

en harmonie avec la nature.

 

 



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Tout comme l'animal,

il n’était qu’instinct,

pas encore tout à fait humain.

 

Par une nuit sans lune leur destin fut scellé,

le ciel s'ouvrit,

une intense lumière éclaira une femme en couche ;

l'enfant délivré, l'univers fit un don :

la femme dota le nouveau-né d'une âme,

une âme pure,

une âme sans malice.

 

Soudain le ciel se couvrit,

le tonnerre gronda,

et le néant s'ouvrit chassant la lumière.

 

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La femme hurla,

un deuxième enfant s'annonçait,

une deuxième petite fille jaillit de son corps avec violence ;

le néant cracha une ombre noire qui fondit sur elle,

 

Le ciel se referma.

Le calme revint…

 

15 ans dans la plus totale confusion !

Le bien et le mal s'affrontaient chaque jour.

Leurs serviteurs dénués d'âme se transformaient

doucement,

lentement.

 

A chaque orage, ils contemplaient le ciel

dans la crainte et l’espoir de voir un autre miracle.

 

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La nuit, anniversaire des jumelles, on se livra à un étrange rituel.

 

Les deux filles s'affrontèrent par le langage du corps, la danse :

celle qui s'épuiserait la première devrait partir pour toujours.

Ce duel durerait des heures,

sans violence.

 

Au lever du soleil, on s'installa près d'un feu,

un feu énorme alimenté pour brûler éternellement.

 

Devant les joueurs de phalange sifflante et de trompe en terre cuite,

les jumelles se faisaient face.

Akenza, les bras tendus vers le soleil, se mit à onduler,

feignit de le supplier, de l'attraper.

 

Balançant enfin les mains,

d’un mouvement fluide, elle le lança dans la foule.

 

 Akenza dansait la vie, mimait l'espoir.

Les yeux fermés, elle tournait, virevoltait ;

elle n'était plus elle, mais ce qu'elle dansait.

 

Lhiva gambadait en gargouillade,

se faisant féline.

 

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Victime, elle se fait chasseresse, montre les dents,

attrape sa proie, la maintien au sol, mime la mise à mort,

la joie perverse d'avoir tué, d'avoir vaincu.

 

 Lhiva danse la mort.

 

Elle se balance langoureusement :

les mains tendues, elle réclame son amant le néant.

 

La nuit est tombée ; les jumelles dansent  toujours,

ni la fatigue ni la faim ne semble les ralentir.

 

 Dans la foule un homme semble hypnotisé par Akenza,

qui désormais ne semble danser que pour lui.

 

 Lhiva les regarde avec colère, avec haine :

ce mâle est à elle, elle veut ce grand chasseur, ce dominant.

qui lui a toujours préféré sa jumelle.

 

 D'un bond, la voilà devant sa sœur.

Lhiva lui ouvre les bras, l'invite à la rejoindre.

 

Akenza, tout heureuse, d’un pas gracieux s'élance dans les bras tendus.

 

La fine aiguille dissimulée dans la main de Lhiva lui transperce le cœur.

Les yeux écarquillés, Akenza entraine sa sœur dans sa chute.

 

Un cri de désespoir monte de la foule ;

la mère folle de désespoir se jette sur ses jumelles entrelacées

et transperce Lhiva d’un coup d’aiguille.

 

Nées le même jour, elles mourront le même jour.

 

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Soudain le tonnerre gronda et il se mit à pleuvoir des larmes de sang.

Le ciel s'ouvrit comme au premier jour.

 

 Un être de lumière apparut , majestueusement vêtu de blanc.

 

Descendu parmi eux, on raconte qu’il leur parla longuement du bien et du mal.

 

 Il leur dit aussi qu'il avait créé toute chose,

que l'homme, son plus grand miracle, il le destinait à gouverner la terre.

 

« Les âmes de ces deux sœurs ne forment plus qu’une.

En chaque être se mêleront bien et mal.

Vous serez libre de votre choix.

Je reste près de vous ; mon amour pour vous est infini.

Soyez bons les uns envers les autres,

vivez en harmonie avec la nature.

Le respect et l'amour alimenteront le feu qui brûle en vous ;

il éloignera l'ombre et unifiera vos âmes. »

 

Il les bénit avant de disparaître.

 

Sept jours durant, la terre fut plongée dans un profond sommeil.

Le septième jour, les hommes n’avaient plus qu’une âme.

 

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Leur vie changea,

des amours naissaient,

des rires fusaient au milieu des discordes.

 

L'homme était vraiment homme,

Parlant, aimant, détestant.

 

La grande aventure de la vie commençait...

 

© Linda Pjontka Reeves

Crédit photographique Dominique Bourcier

 

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Reproduction des textes et des photos interdite.

Dominique Bourcier est adhérent et collaborateur à Artabus. Il lui arrive de travailler en collaboration avec Laurent Pradat dit AUPRA. Son matériel : un Canon EOS 500 D.

Publié dans poésie en image

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linda reeves 26/10/2010 00:28



Que dire de plus...merci pour ce merveilleux cadeau,je vous aime tres fort,bisous