Lettre à mon médecin référent anciennement de famille

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Docteur,

 

Dans les quarante années où nous avons suivi notre route de conserve, vous contre le mal objectif, ma famille et moi-même contre ses atteintes endurées, nous avez-vous entendu une seule fois mettre en cause vos diagnostics et vos ordonnances ? Nous est-il arrivés en une occasion unique de douter de vos connaissances et  compétences ? Mieux : quand mon père est mort après des mois d’une agonie insupportable, que ma mère s’est éteinte, elle, en quelques minutes, comme antan les lampes à incandescence, nous avez-vous vus courroucés, investissant votre cabinet, un lieu sacro-saint à l’instar d’un sanctuaire vétérotestamentaire ? Nous sommes venus en cortège pour vous remercier des soins prodigués à nos chers nouveaux disparus, eux qui vous considéraient comme le membre éminent de la famille, qui vous donnaient du « Docteur » avec le respect dû à une incarnation vivante d’Esculape en personne !

Pourtant, vous étiez bien jeune quand je l’étais ! Mais je vous suis à jamais obligé de m’avoir fait cet aveu : « Votre père ? Comment pourrais-je l’oublier ? Ce fut mon premier mort ».

Eh bien, Docteur, en tant que fils de votre premier mort, je me sens le droit d’émettre un doute sur la perfection de votre savoir médical !

Il n’est nullement dans mes intentions de vous reprocher de ne plus avoir l’enthousiasme du Docteur Knock des années vingt. Que Jules Romains ait voulu camper le portrait d’un escroc, permettez-moi d’en douter ! Ce serait faire peu de cas du sous-titre : « Le triomphe de la médecine ». Qu’on en juge :

 

 

Je vous pose donc une question, Docteur : lorsque vous avez estimé vos émoluments dérisoires compte-tenu des services rendus, nous vous avons soutenu, n’est-ce pas ? Mais est-il sérieux de devoir débourser 23 € pour s’entendre dire que « ce n’est rien ! », que « ça va passer tout seul », qu’il « ne faut surtout pas s’inquiéter outre mesure » et qu’il n’est même « pas nécessaire de revenir plus tard » ? Parce qu’enfin, soyons honnêtes : entre le tout-médical du docteur Knock et votre « vous n’avez rien », on peut se demander si le bon Hippocrate retrouverait son serment.

Ah ! qu’il semble loin le temps où le patient obtenait une réponse à ses tracas. Sans doute avez-vous entendu parler, Docteur, d’un certain Sganarelle qui étudia un cas d’une extrême complexité. Un certain Jean-Baptiste Poquelin s’est plu à rapporter mot pour mot cette savante analyse d’un cas inexpliqué de mutisme pathologique :

Je tiens que cet empêchement de l'action de sa langue, est causé par de certaines humeurs qu'entre nous autres, savants, nous appelons humeurs peccantes, peccantes, c'est-à-dire... humeurs peccantes : d'autant que les vapeurs formées par les exhalaisons des influences qui s'élèvent dans la région des maladies, venant... pour ainsi dire... à... […] Cabricias arci thuram, catalamus, singulariter, nominativo hæc Musa, "la Muse", bonus, bona, bonum, Deus sanctus, estne oratio latinas? Etiam, "oui", Quare, "pourquoi?" Quia substantivo et adjectivum concordat in generi, numerum, et casus. Or ces vapeurs, dont je vous parle, venant à passer du côté gauche, où est le foie, au côté droit, où est le cœur, il se trouve que le poumon que nous appelons en latin armyan, ayant communication avec le cerveau, que nous nommons en grec nasmus, par le moyen de la veine cave, que nous appelons en hébreu cubile, rencontre, en son chemin, lesdites vapeurs qui remplissent les ventricules de l'omoplate ; et parce que lesdites vapeurs... comprenez bien ce raisonnement je vous prie: et parce que lesdites vapeurs ont une certaine malignité... […] qui est causée par l'âcreté des humeurs, engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs... Ossabandus, nequeys, nequer, potarinum, quipsa milus. Voilà justement, ce qui fait que votre fille est muette.

 

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Et encore, dois-je souligner, Docteur, que le grand Sganarelle à qui nous devons cette science était médecin malgré lui !

Eh bien, Docteur, comment se fait-il que chaque fois que je vous demande pourquoi j’avais des cheveux et que je n’en ai plus, pourquoi alors qu’ils étaient châtain ils sont devenus blancs, pourquoi mince que j’étais je suis devenu gros, pourquoi homme délicat, doux et courtois, il m’arrive d’être désagréable, coléreux et impatient, pourquoi, en un mot, je ne suis plus à 60 ans ce que j’étais à 20, vous me répondez imperturbable et indifférent : « C’est normal ! » Avouez que 23 € pour s’entendre dire que c’est normal !!!...

Je suis au regret de vous dire, Docteur, que j’ai appris de source sûre, hier, que vous nous trompiez !! Nous tous, les malades que nous sommes sans le savoir, une grande spécialiste a trouvé la cause de cette maladie généralisée qui fait que parvenus à un certain âge nous mourons. La cause de tous nos maux, Docteur ? L’ASPARTAM(E) !!!

 

 

Alors, Docteur, pourquoi ne pas nous avoir prévenus que si nous avions de l’emphyzème, des troubles sexuels, des tendances à la schizophrénie, que nous soyons obèses, migraineux, dépressifs, que nous passions par des baisses d’intelligence, des crises d’insomnie, des périodes d’hyperactivité, que nous ayons des problèmes au cerveau, des crises d’épilepsie, etc., etc., la faute est imputable à l'Attila des édulcorants : l’ASPARTAME !!! Parce qu’enfin, Docteur, rappelez-vous : il y a vingt ou trente ans, quand je vous ai demandé comment faire baisser le taux de cholestérol, et éviter un éventuel diabète, vous m’avez prescrit... Non ??? Si !!!

 

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Un aspartomisé français


Permettez-moi, Docteur, de vous renouveler toute ma confiance, malgré tout, dans l’assurance que désormais vous resterez vigilant grâce à la Dame dans la vidéo, la seule, nouvelle Jeanne d'Arc de la médecine contemporaine française, la seule, dit-elle, à lutter contre l'ennemi sur tout le territoire national !


Bien respectueusement,


Bernard Bonnejean

     

 

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