Lettre à mes amis de facebook

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Facebook, un réseau social ?

 

En vérité, vous vous satisfaites trop facilement des [éloges]. Parce que vous distribuez le sel et l'épice, parce qu'on distingue en vous l'originalité des images, un humour d'époque ou encore certain accent humanitaire, vous vous croyez reconnus. Il ne s'agit pas de se faire connaître mais d'abord d'aimer, la reconnaissance ne vient que par la suite.
Je ne vous apprendrai sans doute rien en vous disant que dans la faune des "gens de lettres" [façon facebook] les loups sont beaucoup plus nombreux que les moutons. La coutume est d'apprivoiser le mouton pour tout aussitôt l'abstraire. Evitez la démarche des moutons et pour cela méfiez-vous des dithyrambes et des articles simplement élogieux. Le jaloux détracte, l'envieux loue. Recherchez dans [les commentaires] tous les papiers acides. Lisez-les s'il vous faut à tout prix un fortifiant mais au grand jamais ne vous laissez point surprendre par ces caresses dont la patte de velours cache mal les griffes qu'elle porte. On a dit de Max Jacob qu'il ne dut son entourage de jeunes poètes qu'à son habileté à manier l'encens et la pommade. C'est possible. Je vous signale toutefois qu'il m'écrivait, ou du moins quelque chose d'approchant : "Quand il s'agit de toi devant moi je dis tout le bien que je pense, mais entre nous, permets-moi de t'engueuler".

René Guy Cadou, 1978, p. 478.

 

http://www.presseocean.fr/photos/2009/11/04/P1140348D1142201G_apx_470__w_presseocean_.jpg

René-Guy et Mme Hélène Cadou

 

Ainsi parle le cofondateur, en 1941, avec Jean Bouhier, Max Jacob, Luc Bérimont, et Michel Manoll, de l'école de Rochefort-sur-Loire, un village angevin perdu au milieu des côteaux du layon festifs et du très aristocratique quart-de-chaumes, roi des blancs et blanc des rois. Sa charmante épouse aimait à raconter comment le 20 octobre 1941, son mari René, à bicyclette, « a croisé le camion qui emmenait les otages qui chantaient. On allait les fusiller dans la carrière de Châteaubriant. Cette vision l’a absolument bouleversé. René a écrit le poème des Fusillés de Châteaubriant où il dit que « la mort est une chose simple puisque toute liberté se survit ». Parmi eux, souvenez-vous, il y avait le jeune Guy Môquet.

René-Guy, quant à lui, a échappé au ratissage du maquis de Saffré, dans la région nantaise. Il aurait pu être le trentième fusillé de Saint-Herblain. Voici comment il en réchappa. Alors qu'il passait à proximité, « un officier allemand l’a arrêté et lui a demandé : « Qui êtes vous ? Sortez vos papiers ». René a répondu : « Je suis poète ». L’Allemand lui a dit  : « Partez mais partez vite ». Il a eu le remords du privilège que lui avait accordé la poésie ». Sans doute ce remords fut-il accentué par la mort en déportation de Max, son père-maître (« Les cahiers Cadou, n°1 », éd. du Petit-Véhicule).

 

 

Louis Guillou évoque Max Jacob

 

Un poète n'est donc pas qu'un artiste au sens où l'entendent les gens raisonnables :  Il participe de l'histoire de son temps et de son pays, de la famille et de la société qui l'ont modelé sans parvenir à le corrompre, des injustices et des bonheurs de ses contemporains. Un poète se doit sans doute plus encore d'être vivant parmi les vivants. Seuls des enfants immatures peuvent encore se demander si la poésie, si l'art est utile. Je ne puis que répéter cette phrase fameuse du grand Mallarmé que je cite de mémoire :  « L'art a pour devoir social de donner une issue aux angoisses de son époque ».

Mais j'irai plus loin avec Bourdieu. Il n'est pas d'artiste, de créateur sans quelqu'un qui sache être le vecteur de son art :


« Bref, il s'agit de montrer comment s'est constitué historiquement le champ de production artistique qui, en tant que tel, produit la croyance dans la valeur de l'art et dans le pouvoir créateur de valeur de l'artiste. Et l'on aura ainsi fondé ce qui avait été posé au départ, au titre de postulat méthodologique, à savoir que le « sujet » de la production artistique et de son produit n'est pas l'artiste mais l'ensemble des agents qui ont partie liée avec l'art, qui sont intéressés par l'art, qui ont intérêt à l'art et à l'existence de l'art, qui vivent de l'art et pour l'art, producteurs d'œuvres considérées comme artistiques (grands ou petit, célèbres, c'est-à-dire célébrés, ou inconnus), critiques, collectionneurs, intermédiaires, conservateurs, historiens de l'art, etc. »

 

Et en cela, j'ose affirmer que facebook ne remplit pas son office de réseau social. Non facebook en tant qu'institution, mais en qualité de vecteur d'expression libre. Il faudrait croire en une micro-société utopique dégagée des intérêts majeurs de notre civilisation pour envisager la possibilité d'un outil ouvert à tous, uniquement tourné vers le service, au bénéfice du plus grand nombre.

Le fait est que facebook, formidable réseau riche de promesses, est déjà gangréné par les marchands du temple qui soutiennent leurs objectifs mercantiles avec une arme imparable : la flagornerie servile.

J'avoue humblement, chers amis, une naïveté imbécile qui m'a trop longtemps fait croire qu'il était possible, en cet espace dit de libre parole, d'exprimer des jugements objectifs, totalement dénués d'arrière-pensées, avec le sentiment d'exercer un droit acquis par l'étude et l'expérience. C'était compter sans la jalousie, l'envie, l'ambition, le désir de paraître, la soif de gloire et de reconnaissance... D'intentions pures et honnêtes, gratuites, on a fait un travail de sape ourdi par un provocateur dénué de scrupules à la solde de puissances obscures.

Parce que jamais je ne dirais d'un poème, écrit par un débutant plus ou moins talentueux qu'il est "génial", "superbe", "magnifique" etc., on a conclu que mon unique but était de dénigrer la beauté pour faire valoir ma laideur.

 

http://images.flu.fr/private/photo/5754509575/private-category/rip_2-copier-360544ab8.jpg

 

On en a déduit que ma méchanceté de critique déteignait forcément sur mes jugements en matière de politique.

Parce que je persiste à croire que le sionisme intégral, consistant à relancer la colonisation après une période de moratoire (la plus élémentaire intelligence consisterait à la prolonger au moins pendant la période des négociations) est nuisible et criminel, on me taxera d'antisémite. Un fou m'a même accusé de reprendre les arguments du tristement célèbre Edouard Drumont !! Un fou qui tient le haut du pavé puisqu'il est le créateur d'un groupe puissant prônant la paix israélo-palestinienne !!!

 

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/49/18990910_Edouard_Drumont_and_Libre_Parole.jpg

 

Catholique, comme lui, donc...

 

Parce que je refuse de trouver quelque justification à l'assassinat d'innocents par des terroristes palestiniens, qui ne le sont que rarement, ignobles lâches qui agissent dans l'ombre au nom d'un Allah-Dieu, ami de l'humanité dont il est le créateur, je suis un dangereux sioniste.

Parce que je refuse d'intégrer un parti, quel qu'il soit, uniquement par peur d'une discipline trop oppressante, on m'accuse de bouffer à tous les râteliers, moi qui n'ai eu de cesse, depuis mon arrivée, de souhaiter une alliance entre Mme Ségolène Royal et ce qu'il reste de la démocratie chrétienne.

Parce que je refuse que l'appareil solférinesque nous prenne, nous sympathisants non socialistes, pour des veaux à usage électif, un rôle qu'on s'apprête à nous donner au cours de primaires inutiles, confirmé par les propos sans ambigüité de M. Claude Bartolone, on me dénie le droit de me déclarer de gauche.

Et parce que je suis catholique pratiquant, tout en m'accusant sans preuves d'homophobie, d'antiféminisme, d'intolérance sexuelle, une hystérique hindoue, épouse d'un faux écrivain à la manque, un couple que je n'oublierai jamais, pousse le vice jusqu'à insinuer une pédophilie inhérente à ma confession.

Tout cela fait qu'aujourd'hui, mes très chers amis, tout en vous gardant dans mon cœur, je ne vous parlerai plus sur facebook. Cependant, mon mur restera ouvert pour mes articles d'over-blog. 

Un dernier mot pour me justifier ? Un mot trouvé dans ma boîte aux lettres, un mot parmi de multiples autres à propos des sentiments qu'inspire le couple maudit :


Bonsoir Bernard !

Tout d'abord je tiens à vous remercier très sincèrement pour la correction apportée à mon poème ! J'ai des difficultés et vos commentaires comme toujours me conviennent. Pour la mise de vos critiques sur mon mur, je suis en pleine réflexion ! Je me sens trop fragile pour affronter les polémiques ! Ce n'est pas à vous que je pense, c'est à certaines personnes dont je tairais le nom ! Je laisse libre interprétation à votre finesse d'esprit ! De votre côté, je pense que vous souffrez de ce manque de compréhension ! Je me trompe peut être mais vous avez du cran ! Je vous embrasse. A bientôt !
 

X.


On appelle ça des "pressions" ! C'est pour vous, chère X, que j'abandonne la place, pour que vous n'ayez plus cette épée de Damoclès pendue au-dessus de votre tête chaque fois que je vous aurai dit que j'aime ce que vous faites.

Merci à Linda qui m'a fait le cadeau suivant et que je garde précieusement comme une marque d'amitié sincère.

 

Hommage de Linda Pyontka Reeves

 

Tous et toutes, vous pouvez désormais aller sur Rimes et déraison sans avoir peur, puisque je n'y suis plus. Je suis page 325 du livre de Linda, et je m'y sens bien.

A bientôt sur mon blog, joignable sur mon mur facebook

 

Bernard, qui vous aime.


 

 

 

 


 

Commenter cet article

petale - freesia 15/11/2010 19:16



Bonsoir,


J'avais promis à Alain de répondre sur Facebook à son article concernant ce site appellé : réseau social.


Je me tiendrai donc à la réponse que j'ai envie de lui faire.


Je suis entièrement d'accord avec cette analyse, d'autant plus que hélas, sur internet, et j'y navigue depuis plus de dix ans, il existe comme dans la réalité et même pire (puisque chacun se
cache derrière un pseudo) les dérives du pire qui peut exister chez l'être humain.


Fort heureusement, il existe des petits coins sur le net, à découvrir, où se cachent de véritables perles de qualités. Faut juste chercher. De mon côté et surtout en poésie, j'en découvre. Je ne
suis pas une spécialise, mais j'aime la poésie.


Pour la suite, je mettrai d'abord ma réponse à Alain qui la mérite, et comme je lui ai promis. J'ai, seulement, les neurones qui parfois disjonctent...et j'oublie.


Geneviève



Bernard Bonnejean 16/11/2010 00:06



Chère Geneviève,


Ce sera avec plaisir que je recevrai ces adresses de "perles de qualité" dont vous me parlez.


N'ayez crainte pour vos neurones. Elles ne présentent aucun signe apparent de vieillissement précoce.


Amicalement,


Bernard Bonnejean



Rachid Z 14/10/2010 01:55



Bonjour Bernard,


J'aimerais vous dire que j'aime bien votre blog.
J'aime votre façon d'écrire et vos articles.
Belle fin de semaine


 


Rachid



Bernard Bonnejean 26/10/2010 12:20



C'est gentil, Rachid.


Merci;


 


Bernard



bernard.bonnejean@sfr.fr 29/09/2010 00:46



Ma Reine,


Comme vous, j'ai été enchanté par la fréquentation étonnamment fine et complice de Madame Hélène Cadou.


Dans la série des Grandes Dames que j'ai composée en partie à votre intention, naguère, elle occuperait sans doute la première place. Epouse de poète, poétesse elle-même, elle était avant tout
une hôtesse attentive à tous.


Pour son mari, pour elle-même, pour tous les poètes et les artistes que j'ai connus, pour vous, lecteurs et lectrices que je chahute parfois sans complaisance, il est hors de question que
j'arrête de prêcher dans le désert. J'ai seulement pris la décision de choisir mon désert, c'est tout.


A bientôt, Pauletta. Si seulement vous aviez daigné intervenir plus souvent sur FB pour clouer le bec à certains nuisibles, peut-être aurais-je fait l'effort de m'y maintenir. Peut-être...


Bernard



bernard.bonnejean@sfr.fr 29/09/2010 00:32



Chère Diane,


Vous voyez qu'il est temps qu'il est plus que temps que je m'évade. Je ne cède pas ; je ne prends pas la fuite ; je m'éclipse d'une lune pour mieux briller à la lumière d'un soleil sans voile.


Je suis bel et bien le créateur de Rimes et déraison. J'en ai rêvé comme d'un ouvroir de poésie potentiellement acceptable. J'espère que quelqu'un d'autre osera porter le flambeau.


Diane, nulle autre que vous ne savez la tendresse que je vous porte. Je vous la garde précieusement.


Bernard



dame Lepion 29/09/2010 00:12



Je me rappelle Helène Cadou, une femme de grande classe au dehors, lumineuse au dedans. C'était il y a trop longtemps. Son mari, il m'aurait été impossible de le connaître. C'est bien, ce que
vous faites, c'est bien de le citer, de le ressu-citer. Un homme pour de vrai.


Bernard, je crois que vous avez à nouveau un coup de blues. Facebook vous déçoit car vous avez trop espéré en ce "medium" qui est, plus encore qu'ailleurs, un immense champ de tireurs solitaires.
De snipers.


Continuez, en partisan, en free-lance, à prêcher dans le désert. Nous prêchons toutes et tous dans le désert, et alors ?


 



diane 29/09/2010 00:06



Bernard, mon cher Bernard,


Alors comme ça vous cédez? Mais je vous comprends. C'est dur, très dur, toutes ces pressions, ces calomnies débiles, odieuses, et qui ne cessent pas. Vous parlez du mur Rimes et Déraisons. Ils
m'ont envoyés une invitation!!! Ils portent bien une partie de leur nom ces cancrelats : déraison!!! Ils s'imaginaient que j'allais tomber dans un piège aussi évident!!! Quelle bande de nazes! A
l'image de leur stupide "mentor" et de son hystérique moitié !! Excusez-moi pour ce language fleurit, mais vraiment, j'ai beau chercher, je ne trouve pas de mots mieux appropriés!


Facebook aurat au moins permit notre rencontre, et vous savez combien je la chérie.


Tendresse


Diane