Les Carmes d'Orléans (5)

Publié le par Bernard Bonnejean

20 oct 2009

Pour que le tramway ne se fasse pas au détriment d'Orléans



Cléo - Traway à Orléans Lettre ouverte au Président de l'Agglomération d'Orléans

 

Monsieur le Président,

  

    Jeudi prochain doit avoir lieu un vote important du conseil d’agglomération relatif à la finalisation de la seconde ligne de tramway. Conformément aux préconisations de la récente enquête publique, les membres du conseil de communauté auront à se prononcer sur une modification de tracé portant sur la commune de Saint Jean de Braye et sur l’adoption du tracé dit « D2 ter », intégralement en site propre.

    Par ailleurs, vous vous êtes dit prêt à lancer très vite des études sur des extensions est et ouest de la ligne 2, en direction de Chécy et de la Chapelle Saint Mesmin et à participer à un groupe de travail pour étudier la complémentarité entre la ligne 2 du tram et la liaison ferroviaire Orléans et Châteauneuf.

    Partout dans l’agglomération, notamment grâce au travail des élus de gauche, le dossier du tram avance, et, sans être parfait, il a aujourd’hui meilleure allure que dans sa configuration initiale.

    Et à Orléans ? A Orléans, rien ne bouge. Le dossier est tout simplement verrouillé, mis sous cloche, non négociable. C’est pourtant là qu’il est le plus mal ficelé. Dans la ville centre, nous sommes en effet à la fois en cœur de réseau et dans la zone où la densité de population et de circulation est la plus élevée. Après le vote de la D2 ter, ce sera aussi la seule zone où la circulation du tramway ne se fera pas en site propre mais en concurrence avec les voitures faubourg Madeleine et rue des Carmes. Bien des incertitudes demeurent encore sur la gestion des flux de circulation en plusieurs endroits clefs de ce secteur. Rappelons brièvement ces différents problèmes :

-   1) faubourg Madeleine : aux heures de pointes, entre la circulation automobile, le stationnement, et les rames de tram, comment garantir vitesse, régularité et ponctualité aux usagers des transports publics ? Or, ces critères sont ceux qui rendent attractifs le tramway !

-   2) carrefour Jaurès : aux heures de pointe, là où les gens qui travaillent, les lycéens, les étudiants prennent en masse les transports en commun, mais où d’autres, tout aussi nombreux empruntent les mails avec leurs voitures, comment seront gérés ces conflits dans les flux de circulation ? Les feux du tram seront-ils prioritaires ? Comment éviter les bouchons ?

-   3) Rue des Carmes, le flou le plus total règne sur ce qui va être entrepris, les projets de l’agglO et de la ville d’Orléans n’étant guère compatibles l’un avec l’autre ;

-   4) Place de Gaulle, les risques de congestion du trafic sont importants, puisque cette zone cumule le double handicap de se trouver au débouché de la longue séquence de site partagé et d’être au croisement des deux lignes. Tout concourt à en faire un point de cristallisation de tous les dysfonctionnements de la ligne 2 liés à l’absence de site propre.

 

Cette question du site propre n’est donc pas un point technique secondaire. Il s’agit d’une condition cruciale pour le bon fonctionnement de la ligne. De nombreuses études estiment en effet qu’en dessous de 20km/heure de vitesse commerciale, un tramway n’offre pas une alternative pertinente à d’autres modes de déplacements urbains. Avec les deux points noirs que sont la traversée du faubourg Madeleine et celle de la rue des Carmes, la ligne 2 aura une vitesse commerciale établie à 16km/h seulement… Un avantage comparatif bien faible pour un tramway aussi cher !

    C’est pourquoi les conseillers municipaux d’Orléans du groupe socialistes, verts et apparentés, conscients de l’importance fondamentale des enjeux de cette seconde ligne de tramway, vous demandent de prendre très vite les mesures assurant la mise en site propre de ce cœur du réseau.

    Pour commencer, les élus de l’opposition proposent que soit acté le principe d’une piétonisation de la rue des Carmes en lien avec le passage du tramway. Actuellement, et de façon totalement irrationnelle, l’aménagement de cette rue fait l’objet de deux projets concurrents entre la ville et l’agglO. Côté ville, un élargissement coûteux et inutile de la voie est prévu, afin de favoriser le passage des voitures, en plus du tramway. Côté agglo, conformément à la lettre et à l’esprit de la déclaration d’utilité publique, aucun élargissement n’est programmé, mais un partage du site entre tramway et voitures sur la partie étroite de la rue. Une belle pagaille en perspective !

    La piétonisation de cette rue permettrait donc de dépasser une partie des contradictions politiques qui se sont faites jour entre deux collectivités pourtant sensées travailler main dans la main.

Pour être efficace, cette piétonisation doit être décidée maintenant, et non repoussée aux calendes grecques. Plusieurs raisons militent pour cet engagement rapide.

Une raison politique d’abord: les habitants y sont prêts et réclament haut et fort cette piétonisation. Celle-ci constituerait donc une décision populaire, cohérente avec les objectifs de développement durable que la ville d’Orléans prétend vouloir poursuivre.

Une raison technique ensuite : cette piétonisation doit être pensée en cohérence avec le passage du tramway, et non déconnectée de sa mise en œuvre. La construction de la ligne 2 induira en effet des modifications substantielles de la circulation automobile qui constituent une excellente opportunité pour mettre en œuvre une telle piétonisation. En outre, l’aménagement de la plate forme du tramway n’est pas le même selon qu’il y ait ou non piétonisation. Dans le premier cas, la plateforme est d’un seul tenant, sans trottoir. Dans l’autre cas, un emmarchement doit être prévu pour distinguer la partie piétonnière et l’espace dévolu aux circulations automobiles ; un trottoir central est également adjoint pour empêcher les voitures de doubler le tramway sur la gauche et éviter un choc frontal avec une rame arrivant en contresens.

Une raison financière enfin : la solution de la piétonisation (si elle est réalisée sans élargissement) est la moins coûteuse en termes d’aménagement. Or, lorsqu’on décide d’engager plus de 300 millions d’Euros pour réaliser la deuxième ligne, il peut sembler opportun de saisir la moindre des propositions d’économie ! Par ailleurs, personne ne comprendrait, que pour un tel montant, on ne fasse pas tout pour garantir l’apport qualitatif et quantitatif du nouveau mode de transport. Le site propre et la priorité aux carrefours font partie de ces critères d’efficacité fonctionnelle, non négociables !

    La mise en circulation piétonne, décidée par la ville d’Orléans et actée par l’agglO, constituerait une avancée qualitative considérable pour la seconde ligne de tramway, en levant tout de suite, sans coût supplémentaire induit, l’un des points noirs du tracé actuel.

Dans un second temps, des études pourraient être lancées pour aboutir à un site propre intégral incluant également le secteur du faubourg Madeleine, tout aussi essentiel pour le bon fonctionnement de CLEO.

    Ce sont ces propositions que nous portons, en élus responsables, parce qu’elles sont au service de l’intérêt général. Nous souhaitons nous en entretenir avec vous, dans l’espoir de parvenir rapidement à un accord.

    Dans cette attente, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de notre considération la meilleure.

 

 

 Corinne Leveleux-Teixeira, Michel Brard, Baptiste Chapuis, Jean-Philippe Grand, Ghislaine Kounowski, Carole Miko, Marie-Thérèse Noël, Elsa Pelloie, Avelino Valle.

 

Monsieur le Maire,
Monsieur le Président de l'Agglomération d'Orléans,


Depuis maintenant des mois, je suis, avec une fidélité sans faille, le devenir d'une ville pour laquelle j'éprouve une grande admiration et un sentiment proche de l'amour filial. C'est que chaque Français, par le miracle d'un lien historique ténu, peut y puiser à la source où s'abreuvent ses racines.


Jehanne de France, dont les municipalités successives, toutes tendances confondues, ont eu l'intelligence de perpétuer la mémoire, y fit naître, par la victoire remportée sur un ennemi tenu pour invincible, une Nation qui allait exporter son rayonnement, sa grandeur, ses principes, son énergie, ses traditions et son allant.


Aujourd'hui, Monsieur le Président, vous tenez entre vos mains plus que l'avenir d'une ville : le symbole de cette nation. Qui plus est, d'une nation malade d'avoir cédé aux chants de sirènes mondialistes, plus attachées à un argent apatride, sans odeur, dit-on, car sans noblesse qu'à l'épanouissement et à la recherche du bonheur pourtant inscrits sur les tables de nos conventions internationales.


Or, le symbole du bonheur de ce pays vivant, parce que "né quelque part", est inscrit dans Orléans même, pas seulement, à mon sens, dans une rue de Bourgogne embourgeoisée, mais aussi dans cette rue des Carmes, à l'apparence tortueuse.


Vous le savez, Monsieur le Président, un Napoléon III, si peu cher aux coeurs, fit détruire Paris sous prétexte d'urbanisme, par un Hausmann, préfet à la solde, baron de pacotille. Tous les historiens savent aujourd'hui que « Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie » servait de paravent à un « culte de l'axe » derrière lequel se cachait la peur d'un peuple rendu ennemi par l'injustice et le luxe immérité.

Le Mans, Tours, Angers, Laval, Rennes, Nantes, que je connais bien, ont préservé leurs rues des Carmes, chatoyantes, vivantes, cosmopolites, car, toute ville vraiment vivante ne peut être que cosmopolite.


Le Paris de la môme Piaf, des peintres et des poètes, des grands écrivains venus de tous les horizons, ce Paris que j'arpentais naguère, échappé aux pioches du second empire, a été sacrifié sur l'autel d'un matérialisme criminel, et parfois entaché de corruption.

Monsieur le Maire, Monsieur le Président, ne détruisez pas la rue des Carmes, dont la richesse monumentale et architecturale a été reconnue officiellement par les spécialistes des Bâtiments de France, dont on voudrait nous convaincre aujourd'hui de l'inefficacité, voire de l'inutilité. Il y va de votre renom, de votre honneur et, pourquoi pas ?, de votre postérité et de celle de vos administrés.


Je vous prie d'agréer, Monsieur le Maire, Monsieur le Président, l'assurance de mon profond respect de lavallois, ami de votre ville,


Bernard Bonnejean

Publié dans culture humaniste

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