Le voyage de Villemomble à Jérusalem (V)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

ou le pèlerinage de Mauricette en Terre Sainte

 

De Nazareth à Jérusalem

 

Article dédié à mes amis Joffo

 

 

D'intermèdes en pauses, il a fallu du temps pour retrouver nos pèlerins sur la route de Jérusalem ! Le fait est que, bien loin de les avoir délaissés, je ne crois pas avoir été plus proches d'eux, notamment au cours d'un petit voyage à Lisieux dont j'ai fait un très court compte-rendu. Il faudra que nous en reparlions, tant la conférence de Mgr Jean-Claude Boulanger, nouvel évêque du diocèse, a marqué les esprits et les coeurs. Témoigner c'est "prendre le temps", au sens le plus complet de l'expression, s'en emparer, l'enceindre et le diriger, le gérer, l'acclimater à son propre rythme, l'apprivoiser. Seule l'éternité peut se permettre d'exister à l'état sauvage. Notre temps, limité naturellement, a besoin d'être canalisé pour vivre libre. C'est ainsi qu'il exista naguère un ministère de ce temps-là. L'idée était bonne, mais si difficile à mettre en place qu'il fit long feu. Pour ce qui me concerne, je prends mon temps, c'est-à-dire je prends un temps libéré pour restituer une expérience dont je ne fus même pas témoin. Je le prends afin de vous le donner, de vous le confier, à vous mes amis lecteurs que je ne connais pas, mais que je sais là pour passer le temps ou pour que nous le partagions ensemble.

 

Les Grecs avaient une vision tragique du temps qui passe, implacable comme les trois Parques : Atropos, l'« inévitable », qui mesure la durée de la vie de chaque mortel ;  Lachésis, « la tireuse de sort » et Clotho,  la « fileuse »,  maîtresse de la destinée humaine , aussi vieilles que la Nuit, la Terre et le Ciel :

 

 

 

À quoi bon la loi qui enchaîne les créatures à l’existence pour les faire souffrir ? À quoi bon ce leurre éternel qui leur fait aimer la vie, pourtant si douloureuse ? Angoissant problème !

Et ce ne sont pas seulement les chefs-d’œuvre de la civilisation chrétienne qui produisent cette impression mystérieuse. On la ressent de même devant les chefs-d’œuvre de l’Art antique, devant les trois Parques du Parthénon, par exemple. Je les nomme Parques parce que c’est l’appellation consacrée, bien que, de l’avis des savants, ces statues figurent d’autres déesses ; peu importe, d’ailleurs !... Ce ne sont que trois femmes assises, mais leur pose est si sereine, si auguste, qu’elles semblent participer de quelque chose d’énorme qu’on ne voit pas. Au-dessus d’elles règne en effet le grand mystère la Raison immatérielle, éternelle, à qui toute la Nature obéit et dont elles sont elles-mêmes les célestes servantes.

Ainsi tous les maîtres s’avancent jusqu’à l’enclos réservé de l’Inconnaissable. Certains d’entre eux s’y meurtrissent lamentablement le front ; d’autres dont l’imagination est plus riante croient entendre par-dessus le mur les chants de mélodieux oiseaux qui peuplent le verger secret.


 

Auguste RODIN, L’Art, entretiens recueillis par
Paul Gsell,
nouv. éd., Paris, Grasset, 1924.

Recueilli dans
Les créateurs et le sacré,
par Camille Bourniquel et
Jean Guichard-Meili,
Cerf, 1956
.

 

 

NAZARETH

 

 

 

Jésus, Ἰησοῦς,  יהושע, « Dieu sauve », est qualifié plusieurs fois en grec de  Ναζωραῖος, « Nazaréen » ou « Nazôréen ». Beaucoup de chrétiens trouvent curieux qu'on le nomme ainsi, puisqu'il est né à Bethléem. En réalité, rien n'est simple. Ναζωραῖος peut venir d'une racine hébraïque désignant « celui qui observe la Loi », ou bien « celui qui se consacre à Dieu » ou encore, beaucoup plus largement, « tout rejeton d'Israël ». Si l'on en croit ces différentes acceptions, rien ne dit que le « Nazaréen » n'a pas pu naître à Bethléem. Cependant, on parle aussi parfois de Ναζαρηνός qui signifierait, lui, « Nazarénien », autrement dit « l'homme du village de Nazareth ». Selon certains chercheurs, ce dernier qualificatif serait la preuve formelle que Jésus n'est pas né à Bethléem, mais bien à Nazareth. Or, si Nazareth ( الناصرة  ou  נצרת ) est la ville galliléenne de Joseph et de Marie, c'est aussi le lieu de la jeunesse de Jésus Christ et non de sa naissance. Il n'y a donc pas contradiction, mais erreur d'interprétation. C'est pourtant à Bethléem que les pèlerins de Villemomble ont pu voir à quoi ressemblait la maison de la Sainte-Famille de Nazareth :

 

Maison-Bethleem.jpg

 

C'est peut-être en une telle demeure que Jésus, nous dit Luc (2,52), « crût en  sagesse, en taille et en grâce  devant Dieu et devant les hommes »,  parmi les habitants d'un petit village qui compte aujourd'hui  près de 70 000 habitants devenu l'un des sanctuaires chrétiens les plus importants du Moyen-Orient et du globe en général.

De son père, Joseph le charpentier, on en sait pratiquement rien. L'Église mettra beaucoup de temps à le vénérer. Il faudra attendre le 8 décembre 1870 pour que Pie IX le déclare Patron de l'Église universelle, fêté le 19 mars et l'année 1889 pour qu'il soit élevé au rang de modèle  et « saint patron des pères de famille et des travailleurs ». Cependant, les fidèles n'ont pas attendu la hiérarchie pour célébrer ses vertus. Comment résister à l'immense plaisir de conclure sur ce tableau de Georges de la Tour, Saint Joseph charpentier, chef-d'oeuvre parmi les chefs-d'oeuvre de la peinture religieuse : 

 

 

 

Nazareth, c'est donc Jésus apprenant son rôle d'homme auprès de son père Joseph avant de commencer sa mission. Mais avant, c'est là que Marie aurait reçu la visite de l'Ange Gabriel lors de l'Annonciation. Voici comment l'évangéliste Luc (1,28-38) rapporte les faits :

 

L'Ange entra et lui dit : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »  A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation.  Et l'ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.  Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus.  Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin. » Mais Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? » L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Elisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile ; car rien n'est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! » Et l'ange la quitta.

 

De nombreux peintres de la Renaissance ont immortalisé cette scène sublime. Il faut dire qu'elle a toutes les qualités requises pour inspirer aux hommes et aux femmes de coeur, fussent-ils athées ou agnostiques, respect et émotion noble. De toutes ces représentations, qu'il me soit permis de préférer une pure merveille de l'art du quattrocento : L'Annunciazione dalla chiesa fiorentina di San Barnaba, réalisée en 1490 par Sandro Botticelli,   conservée au Kelvingrove Art Gallery and Museum de Glasgow :

 

 

 

Il est certes impossible de reconnaître dans cet intérieur assez cossu la grotte dite de l'Annonciation sur laquelle a été édifiée la Basilique du même nom, à Nazareth.

 

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La plus grande des églises du Moyen-Orient, inaugurée en 1964 par le Pape Paul VI et consacrée en 1969 est sans doute un des chefs-d'oeuvre architecturaux catholiques du siècle dernier.

Basilique-de-l-annonciation-la-nuit.jpg

En réalité, une première église, bâtie en 570, ruinée en 1099 par la guerre avait été remplacée par une cathédrale, elle aussi très endommagée par le tremblement de terre de 1102.

Interieur-Basilique-Annonciation.jpg

Les Templiers purent cependant assurer la protection des lieux durant les XIIe et XIIIe siècles avant la chute de Saint-Jean-d'Acre.

 

Interieur-eglise-Annonciation-Nazareth.jpg

En 1620 seulement, les catholiques revenus à Nazareth purent à nouveau se charger des lieux. En 1730, le sultan donna aux Franciscains la permission de construire un nouvel édifice qui tint jusqu'en 1955.

 

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C'est sur ses ruines qu'est constuite la présente basilique de l'Annonciation dont les travaux ont été confiés à l'architecte Giovanni Muzio

 

Tableau-de-la-Vierge-et-de-l-Enfant.jpg

 

Nos pèlerins sont ensuite allés à l'église Saint-Joseph peu distante de la Basilique. Une tradition fait de cette église le site possible de la maison de la Sainte Famille et de l'atelier de Joseph.

 

Plus intéressant et peut-être un peu plus probant, l'église-synagogue serait le lieu de culte où se rendaient Jésus et ses parents et où l'évangile rapporte qu'il commença à prêcher suscitant le rejet de l'auditoire. De là vient l'expression fameuse et tout à fait vérifiée : «  Nul n'est prophète en son pays ».

 

Matthieu, 13,54-57 :

 

 

 

S'étant rendu dans sa patrie, il enseignait les gens dans leur synagogue, de telle façon qu'ils étaient frappés et disaient : "D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?  Celui-là n'est-il pas le fils du charpentier ? N'a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses soeurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? D'où lui vient donc tout cela ? "  Et ils étaient choqués à son sujet. Mais Jésus leur dit : "Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison."

 

Après avoir quitté Nazareth, les touristes-pèlerins de Villemomble ont médité sur les bords du lac de Tibériade,

 

 

 

puis par Capharnaüm

 

 

ont gagné


JERUSALEM

 

A bientôt, mes amis.


Bernard

Publié dans religion et culture

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