Le voyage de Villemomble à Jérusalem (II)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

ou le pèlerinage de Mauricette en Terre Sainte

 

Massada

 

 

 

 

 

La forteresse de Massada (מצדה ) est située au sommet d'une falaise isolée, à l'ouest du désert de Judée. Sur le versant oriental, elle dévale en un à pic de 450 mètres vers la mer Morte, qui, elle, est à 400 mètres au-dessous du niveau de la mer. Sur l’autre versant, Massada culmine à une centaine de mètres. L’altitude à elle seule ne peut expliquer la difficulté à atteindre le site ; c’est la topographie qui en rendait l'accès périlleux.


 

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L’historien juif Flavius Josèphe, dans son ouvrage La guerre des Juifs, a écrit le seul texte attesté sur la forteresse. De son vrai nom Joseph ben Matityahou (יוסף בן מתתיהו הכהן), issu d’une famille de prêtres, il est nommé gouverneur de Galilée en 66 après J.-C. Après la défaite des juifs révoltés contre les Romains, il refuse le suicide collectif décidé par les derniers défenseurs de Jodfat. Se reconnaissant vaincu, il se rend auprès de Vespasien, bientôt empereur. Citoyen romain, il devient un historien réputé sous le nom de Flavius Josèphe. On lui reconnaît encore aujourd’hui son sens du détail et son souci d’exactitude. La véracité de ses écrits sont de moins en moins mis en doute.


 

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Il rapporte notamment qu’on doit à Hérode le Grand la construction de Massada entre 37 et 31 avant J.-C. Haï des juifs, cet Iduméen couronné par les Romains, s’il faut en croire Josèphe, « avait conçu cette forteresse comme un refuge pour lui-même ». De ce cruel despote dénué de scrupules, l’empereur Auguste aurait dit : « Mieux vaut être le porc d'Hérode que son fils »... Il meurt en l'an 4 après J.-C. La Judée devient province romaine sous l’autorité d’un procurateur.


 

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La peur paranoïaque du cruel Hérode explique les fortifications, les entrepôts, les réservoirs d’eau, les casernes, les palais et l’armurerie censés permettre de résister à un long siège.


 

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Peu de temps après la mort d'Hérode, au début de la guerre des Juifs contre Rome, en l'an 66 après J.-C., la garnison romaine de Massada tomba aux mains des révoltés juifs. En 70, après la chute de Jérusalem et la destruction du Temple, des zélotes fuyant Jérusalem s’unirent à eux avec leur famille. À partir de Massada, ils menèrent une guerre de harcèlement contre les Romains durant deux ans. En l'an 73, le gouverneur romain Flavius Silva marcha contre Massada. Les troupes romaines assiégèrent la place forte, construisant un rempart contre le flanc occidental de la forteresse. Au printemps 73, ils réussirent à ouvrir une brèche dans la muraille. Le 2 mai 73 la forteresse tombe aux mains des légionnaires romains qui ne trouvent que sept survivants : deux femmes et cinq enfants terrés dans un puits.

 

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La prise de Massada a été relatée par les deux survivantes dans un récit de Flavius Josèphe. Sous les ordres d’Eleazar ben Yaïr, mille défenseurs décidèrent de se suicider plutôt que d’accepter la servitude. Les Romains voyant la multitude des cadavres admirèrent le courage de leurs ennemis. Voici comment Flavius Josèphe rapporte les événements : 

 

... Ensemble, ils embrassèrent, étreignirent leurs femmes, serrèrent dans leurs bras leurs enfants, s'attachant avec des larmes à ces derniers baisers ; ensemble, comme si des bras étrangers les eussent assistés dans cette oeuvre, ils exécutèrent leurs résolution, et la pensée des maux que ces malheureux devaient souffrir, s'ils tombaient aux mains des ennemis, était pour les meurtriers, dans cette nécessité de donner la mort, une consolation. Enfin, nul ne se trouva inférieur à un si grand dessein ; tous percèrent les êtres les plus chéris. Malheureuses victimes du sort, pour qui le meurtre de leurs femmes et de leurs enfants, exécuté de leur main, paraissait le plus léger de leurs maux !


Aussi, ne pouvant plus supporter l'angoisse dont ces actes une fois accomplis les accablait, et croyant que ce serait faire injure aux victimes de leur survivre même un court instant, ils entassèrent promptement au même endroit tous leurs biens et y mirent le feu ; puis ils tirèrent au sort dix d'entre eux pour être les meurtriers de tous ; chacun s'étendit auprès de sa femme et de ses enfants qui gisaient à terre, les entourant de ses bras, et tous offrirent leur gorge toute prête à ceux qui accomplissaient ce sinistre office. Quand ceux-ci eurent tué sans faiblesse tous les autres, ils s'appliquèrent les uns aux autres la même loi du sort : l'un d'eux, ainsi désigné, devait tuer ses neuf compagnons et se tuer lui-même après tous ; de cette manière, ils étaient assurés qu'il y aurait égalité pour tous dans la façon de porter le coup et de le recevoir. Enfin, les neuf Juifs souffrirent la mort et le dernier survivant, après avoir contemplé autour de lui la multitude des cadavres étendus, craignant qu'au milieu de ce vaste carnage il ne restât quelqu'un pour réclamer le secours de sa main et ayant reconnu que tous avaient péri, mit le feu au palais, s'enfonça d'un bras vigoureux son épée tout entière dans le corps, et tomba près de ceux de sa famille... (Traduction René Armand, 1911)

 

Le site fut identifié dès 1842, mais les fouilles ne commencèrent vraiment qu'en 1963-65, avec l'aide de centaines de volontaires israéliens ou étrangers.

 

Massada symbolise encore aujourd’hui la volonté du peuple juif de vivre libre.

 

En 2001, le site, a été inscrit au patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO.

 


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La mer Morte est aussi une attraction touristique de choix mais c’est aussi la seule mer au monde où la baignade présente un caractère aussi original. Dotée d’une densité exceptionnelle en substances minérales, dix fois supérieure à celle des autres mers, la baignade produit des effets bienfaisants sur l’organisme et en particulier sur la peau. Les boues argileuses noires ont elles aussi des effets bénéfiques, à l’instar de l’air chargé de bromine qui exerce un effet apaisant sur le système nerveux. Autant de vertus thermales qui font la réputation de la mer Morte partout dans le monde et attirent de très nombreux touristes.

 

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La partie nord-ouest de la mer Morte est depuis longtemps la destination de pèlerins chrétiens qui affluent surtout à l’époque de Pâques et poursuivent encore à l’heure actuelle leur pèlerinage en direction de Jéricho et du Jourdain, où se trouve le site du baptême du Christ.


A bientôt, les amis,


Bernard

 

Addenda : Le Testimonium Flavianum de Josèphe

 

De ce que Flavius Josèphe était en Judée et en Galilée dans les premières années de l'ère chrétienne, on en déduisit qu'il devait connaître Jésus le Nazaréen. De fait, il ne fait plus aucun doute pour personne aujourd'hui que cet historien juif avait au moins entendu parler du Christ dont il parlait dans son Testimonium Flavianum, rédigé en hébreu puis traduit en grec. Cependant, la traduction en était à ce point mauvaise qu'elle faisait écrire à l'historien juif des jugements que ce non chrétien n'a pas pu avoir. Pour s'en convaincre voici la traduction telle que nous la donne la vulgate :

 

Vers ces temps-là un homme sage est né, s'il faut l'appeler un homme. Il accomplissait notamment des actes étonnants et est devenu un maître pour des gens qui acceptaient la vérité avec enthousiasme. Et il est parvenu à convaincre beaucoup de juifs et de grecs. Le Christ c'était lui. Et quand, par suite de l'accusation de la part des gens notables parmi nous, il avait été condamné par Pilate à être crucifié, ceux qui l'avaient aimé dès le début n'ont pas cessé. Il leur est apparu le troisième jour de nouveau vivant selon les paroles des divins prophètes qui racontent ceci et mille autres merveilles à son sujet. Et jusqu'aujourd'hui le peuple qui s'appelle chrétien d'après lui n'a pas disparu. Et vers ces temps là une autre offense est venue provoquer une sédition des juifs.

 

Voici maintenant le texte restauré, admis par nombre de savants d'aujourd'hui :

 

Vers ces temps-là un homme sage est né, s'il faut l'appeler sage. Il accomplissait notamment des actes bizarres et est devenu un maître pour des gens qui l’acceptaient vraiment avec enthousiasme. Et il est parvenu à convaincre beaucoup de juifs et de grecs: le Christ c'était lui. Et c'est lui (justement) qui, quand, par suite de l'accusation de la part des gens notables parmi nous, avait été condamné par Pilate à être crucifié, que ceux qui l'avaient aimé dès le début n'ont pas cessé : Il leur était apparu le troisième jour de nouveau vivant, les divins prophètes ayant prétendu ceci et mille autres merveilles à son sujet. Et jusqu'aujourd'hui le (petit) peuple qui s'appelle chrétien d'après lui n'a pas disparu. Et vers ces temps là un autre scandale est venu perturber les juifs.

 

On est aujourd'hui sûr :

 

- que Flavius Josèphe n'étant pas chrétien, il ne pouvait dire :  "Le Christ était celui-là" et  "il est apparu vivant le troisième jour..." ;

 

- que le Testimonium n 'est pas un faux ;

 

- qu'il n'a pas été manipulé, mais simplement mal traduit.

Publié dans religion et culture

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Patricia 29/01/2015 20:23

j'aime énormément apprendre surtout avec toi tout est bien claire merci beaucoup

Patricia 29/01/2015 20:23

j'aime énormément apprendre surtout avec toi tout est bien claire merci beaucoup

Bernard Bonnejean 30/01/2015 01:19

Ces articles datent de plusieurs années, Patou. Je croyais alors que je pourrais prolonger mon métier de prof par l'écriture. Tu me confirmes, plus de cinq ans après, que je ne m'étais pas trompé et je t'en remercie. En outre, je ne crois pas que je finirai mes jours sans aller en Terre Sainte si les Israëliens me le permettent. Mais ça, c'est une autre histoire. Bise

Fathia Nasr 14/04/2010 01:30








Bernard Bonnejean 19/04/2010 20:24



Merci Fathia, et à bientôt.


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Bernard