Le voyage de Villemomble à Jérusalem

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

ou le pèlerinage de Mauricette en Terre Sainte

 

Présentation

 

 

 

 

Sans doute, les amis qui fréquentent régulièrement mon blog auront-ils été surpris que j’aille passer Noël dans un monastère. Parce qu’ils ne conçoivent pas autrement la fête de la Nativité que comme une fête de la famille, se seront-ils pris au jeu de quelques réflexions et suppositions bienveillantes sur une condition d’isolement dont, vous me l’accorderez, je ne me suis jamais plaint.

 

En réalité, j’ai trouvé refuge chez mes frères bénédictins, d’une part parce qu’il est vrai qu’autrement je me serais retrouvé seul à la maison devant mon ordinateur, d’autre part que Momo (Mauricette) était partie à Jérusalem, « en suisse », si j’ose dire, pour faire mentir l’adage menteur : « Quand il y en a pour un, il y en a pour deux ». À Jérusalem, dis-je, ou plutôt en Israël, ou encore en Terre Sainte si vous préférez. Ils sont partis à quinze, sous la conduite éclairée du père Gabriel Sempré, du diocèse de Saint-Denis, du 22 décembre au 31 décembre. Certains n’avaient guère quitté leurs paroisses de la Seine-Saint-Denis, Gagny, Villemomble, Le Raincy, Bondy…, avant d’entreprendre cette expédition.

 

Pourquoi cette année et pas avant ?

 

Un moine arménien déplore le regain d’affluence des pèlerins : « Les lieux saints sont bondés, la vieille ville de Jérusalem est saturée ». Un guide francophone enchérit : « Il y a longtemps qu’on n’avait pas connu une telle cohue dans les lieux saints ». Quant au secrétaire de la commission des pèlerinages au patriarcat latin de Jérusalem, le père Grech, il confirme : « Les pèlerins reviennent en masse. Nous avons dépassé les chiffres de l’an 2000. »

 


 

 

 

Les agences ne s’en plaignent pas. Le directeur d’Ictus, Thierry Sanson, est heureux d’avoir pu organiser une quarantaine de pèlerinages au départ de la France. Bernard Ferry, l’attaché commercial de l’agence Routes Bibliques et Routes des Hommes, explique : « Nous avons retrouvé notre vitesse de croisière avec environ 120 groupes de pèlerin pour cette année. » Il faudrait y ajouter 80 000 touristes français qui passent annuellement leurs vacances d’été en Israël. Selon le ministère israélien du tourisme, un million de chrétiens auront visité la Terre Sainte en 2007.

 

Certes, Momo n’est ni la première ni la dernière à faire le pèlerinage. Si elle était née aux temps anciens, il lui aurait fallu le consentement de ses proches et la permission de son évêque et, après une longue enquête de moralité, elle aurait reçu de la main épiscopale le bourdon et la panetière. Elle aurait payé le voyage à un prix modique, qu’elle fût d’une famille de princes, de chevaliers, de nobles ou de vilains. En fait, elle ne serait pas partie du tout, parce qu’elle est femme. Mais c’est une autre histoire.

 

Les moins avertis me diront sans doute qu’il est heureux que des chrétiens du monde entier se rendent en Terre sainte devenue islamique et juive. Outre qu'on pourrait leur rétorquer facilement qu'elle a toujours été arabe, islamique, et/ou juive, puis sans confession officiellement déclarée, c’est oublier qu’Israël compte aussi aujourd'hui des citoyens chrétiens. Dans leur immense majorité, les chrétiens de Terre Sainte sont des chrétiens arabes, descendants directs de l’Église de la Pentecôte.

 

En effet, le jour de la Pentecôte (50 jours après la Résurrection de Jésus), les apôtres présents évangélisèrent les foules. Les Actes des apôtres rapportent que leurs auditeurs, quelle que fût leur origine, les comprenaient : 

 


« Ces hommes qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il alors que chacun de nous les entende dans son propre idiome maternel ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et d’Asie, de Phrygie et de Pamphylie, d’Égypte et de cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en résidence, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu ! » (Ac 2, 1-11)

 


À ces arabes chrétiens, il faut ajouter les catholiques d’expression hébraïque (venus du judaïsme, issus de mariages mixtes, étrangers vivant, travaillant et priant en hébreu), dont la culture est israélienne. Les chrétiens de Terre Sainte, au sens strict, représentent autour de 1,7 % de la population, en diminution constante à cause d’une forte émigration. Sans vouloir attiser la polémique, force m’est de reproduire les paroles du patriarche latin de Jérusalem, Sa Béatitude Fouad Twal, qui déplore que « le mur de 8 mètres de hauteur édifié par Israël autour des territoires palestiniens, a rendu la vie quotidienne impossible pour beaucoup ».


Si l’on recense environ 50 000 chrétiens vivant dans la Bande de Gaza, à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, ils sont plus de 200 000 en Israël.


Si l’on veut être complet, avec les chrétiens de Terre Sainte, il faut compter les chrétiens de Jordanie, car le diocèse catholique de Jérusalem s’étend sur Israël et les Territoires palestiniens.

 


 

 

Pour résumer, les 180000 chrétiens de Terre Sainte (Israël et Palestine) se répartissent en de multiples Églises:


 l’Église grecque orthodoxe: 80000 fidèles (?) arabes et 250 Hellènes, Grecs constituant le Haut clergé.

 L’Église grecque catholique: 60000 fidèles (?) née vers 1682-1697.

 L’Église latine: 27000 (?) sans compter les milliers de catholiques latins Asiatiques, Africains ou Latino Américains etc. qui résident dans le pays de manière légale ou clandestine.

 L’Église catholique maronite: 5500 (?), surtout en Galilée.

 L’Église syrienne orthodoxe: 2000 (?), surtout à Bethléem.

 L’Église syrienne catholique; 300 (?)

 L’Église arménienne orthodoxe ; 2000 (?) surtout à Jérusalem.

 L’Église arménienne catholique: 400 (?).

 L’Église copte orthodoxe: 700 (?).

 L’Église copte catholique: 100 (?).

 L’Église éthiopienne orthodoxe 100 ? peut-être davantage…

Les Églises luthérienne et anglicane rassembleraient environ 3 700 fidèles.

 


Je laisse la conclusion provisoire de cette première partie de présentation à Fouad Twal :


« Tout d’abord, nous, chrétiens de Terre sainte, devons maintenir et respecter notre identité à la fois arabe et chrétienne ; nous ne pouvons pas oublier cette identité. En tant qu’Arabes, nous avons les mêmes traditions, nous avons la même langue, la même approche que les musulmans. Nous pouvons parler avec eux. Nous nous sentons plus arabes qu’ils ne le sont ; il y avait des Arabes plusieurs siècles avant l’arrivée de l’islam au Moyen-Orient, et nous sommes fiers de dire que nous sommes arabes, et venant du désert. Je le dis volontiers, et je n’ai aucun problème avec cela.


Dans le même temps, nous sommes chrétiens, et nous avons une culture, une culture chrétienne et une culture occidentale, et nous pouvons et devons être un facteur de modération, un facteur de réconciliation, un facteur ou un pont entre deux peuples en conflit. La question est de savoir si la communauté internationale nous accepte ou nous considère, comme tels. C’est toute la question.


Très souvent on nous oublie. On prend des décisions concernant le Moyen-Orient souvent sans songer à cette petite minorité chrétienne dans la région. Et souvent nous faisons les frais de ces décisions, car personne ne nous considère et ne considère notre présence entre une majorité de musulmans et une majorité de juifs ».



Dans une deuxième partie, nous suivrons Momo et son groupe en cette Terre Sainte où le Christ a pleuré et où parfois, les chrétiens autochtones, ont des raisons de pleurer.


A bientôt, mes amis,


Bernard Bonnejean


Publié dans religion et culture

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