Le vermacle de sainte Golocôme (13° s.)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Texte établi et annoté par

M. le Professeur Amédée-Honoré

Le Piègeux (1892-1947),

docteur émérite de l'Université libre des Deux-Fleuves,

spécialiste en littérature médiévale costarmoricaine,

membre de l'Archiconfrérie des Preux Algonquins.


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Sources et manuscrits :

 
Dès 1900, on connaissait le canevas du Vermacle de Sainte Golocôme, d'après une tradition orale très ancienne. Mais il appartint au génie du Père Augustin de la Ganisserie, op, d'en remarquer le manuscrit et de le déchiffrer. En fait, il y a deux manuscrits : le manuscrit A, daté de 1254, assez abimé par les infiltrations qui en ont rendu des passages entiers indéchiffrables ; le manuscrit B, celui que découvrit le P. de la Ganisserie, daté de 1274, et sur lequel travailla le Prof. A.-H. Le Piègeux. Ce document, très précieux, est aujourd'hui conservé aux archives de l'Université du Québec sous la référence :
 
 

Notes et commentaires :

 
Ayant moi-même travaillé sur le manuscrit B avec le Prof. Aloÿs Kuningam, je me suis permis, pour la bonne compréhension du manuscrit et par désir de servir la science linguistique et la recherche universitaire, d'ajouter quelques notes personnelles basées sur l'excellent travail de Le Piègeux.

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Gildas clabingea la suifette1 à travers la membrouille. Il se fit une claquemure intense comme si la riboule avait gadiché la marniche. Les giberceuses arrêtèrent net leur alpingage ; les commeurnes2 s’entrechécraient, immobiles, vérinés comme des remures qu’on aurait lâchement remibourées. Et pourtant, on s’était bien promis qu’on harcènerait la gibesse ! Peine perdue ! Elle était là, farcelisée, coperfilée, émigurée telle une petite javercière ! La farloupe3 !!!
Tout à coup, Gildas s'escarla ! Il en avait son lamoir de toutes ces cernités !! Finies les patioches et autres inerettes ! On allait voir à quoi ressemblait sa lointère !
Combien y'en avait-il de minoches ? D'un coup d'oeil, il les estima à vintrure, peut-être vintrure-tierce4. Pas plus. Pas de quoi en manirer une membrière ! Mais quand même ! Il suffirait d'une seule marnelopée pour clamercer la gigouillade !
 
Gildas ferbola la gibesse par les deux cimures, sans déverger un seul instant. Furieuse, la giberce tenta de se décateliner, mamelinant de sarkeau et d'aubri, sans résultat. Elle était pièvre d'iroisie. Cependant, bien qu'on la studît vécasse, elle feignait de fafilocher, la badlesse, avec un perbolant de tous les diables ! C'en était minesque à voir ! Car il faut bien en circonvaincre : elle était tout de même faisiblement sarcolée, la cardaine5...
"Pas le temps de s'apiocher", s'ertima Gildas. A la moindre sonitude, il était brébanque pour des piogées. Mais comment s'estrafilier parmi giberceuses et commeurnes sans se tramouler trop ? Une vraie afriture ! Il demeura quelques astrices, la trimoire éperdue. Lui qui en avait pourtant clavaqué des révines, il était tout gouglottant, plus d'aspince que de britouille.
"Stup ! s'estrifouilla la gibesse. Sous tes grands socasses, t'es qu'une minoppée ! "
Gildas lui colla une traverseuse6 en travers de la matioche ! Une minoppée ! Lui ? Et en moins d'épatude qu'il ne faut pour le hablir, la gibesse se retrouva derge par-dessus pioche. Elle avait beau muniger comme une gréville, il ne découilla pas d'un epsilon7. On allait vriter ce qu'on allait vriter !
Ce fut une mirnechière comme on n'en vit pas à la bataille de Vorasque-la-Ménilmée8 ! Gildas se servait de la gibesse comme d'un sommetail à visitandoir ! Pas à pas, sochet après sochet, il se municipa un galteux au milieu de la furasque. Tous l'arabusquèrent ; aucun pour le débirasser. On eût dit le "Griveux de Chayource", tant son alluron était fiolesque et son instude énermineuse. Au reste, on entendait de vassa de valla des alluvirations au héros démouru. Pas un pour ne pas ébadouir un gosteux de Chayource.
Enfin, Gildas amanoui de sa gibesse, franchit le paltameur à séculier. Il la fit détremper à terre. Elle lui colla une traverseuse. Il lui rendit une tapocule puis lui roussilonnant les amunilles, il lui rifa : "La gibesse, t'as des blutiaux qui me décalagent". Et, toute éferluéé, elle lui haurissa une fifrelette qui le laissa émarturé. ........... sacubi[téé]......éroferme et s[...]..........................................délauquée........................................................................toute esparbassée9.
Ils s'embaguèrent et eurent une émarmité de mariochons. L'aînée, à la prustrécomption générale, finit laminaire au couvent des Absoulines10.




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Sainte Golocôme, fille de Gildas et de la gibesse. 
 

RENVOIS DE NOTES :

 
1 Ce vocable, utitisé en ce sens, permet, d'après Luigi Scarpani, d'établir avec précision le territoire occupé par les Eromandiens au XIIIe siècle. Selon lui, il aurait englobé un espace compris entre Duchesnay et Portneuf. Edmond du Courteau d'Etables n'a pas retenu cette hypothèse.
2 On voit bien ici que la société éromandienne est fondée sur des critères sexuels. Patriarcale, avec une évidente domination des commeurnes, on n'est pas sans remarquer l'attitude de la "gibesse" (équivalent de notre "maîtresse femme") dont l'influence est sensible sur la population giberceuse.

3 Certes, le mot est osé ! Mais en faire une injure, comme l'a supposé Le Piègeux, nous semble exagéré.

4 Inutile de rappeler que le système décimal n'est pas encore inventé.
5 Une belle image, supposée magnifier les formes féminines.
6 Le lecteur aura soin de ne pas confondre la traverseuse et la tapocule (infra). Seule la première est une vraie correction, la seconde étant un acte physique, certes rude, mais asséné avec tendresse.
7 L'expression figée "ne pas découiller d'un epsilon" permet de supposer, avec une quasi certitude, l'influence grecque sur le peuple éromandien.
8 Une grande bataille dont nous ne savons presque rien sinon que le céromène (équivalent de général en chef), surnommé "Griveux de Chayource", était réputé pour être invincible.
9 Texte malheureusement perdu. L'aumônier général des Absoulines ayant griffé le manuscrit, il ne reste que quelques mots, qui donnent assez le ton très érotique du passage.
10 Ordre religieux féminin aujourd'hui disparu, placé sous le patronage de sainte Golocôme.


 
 
Voilà, mes chers amis, les connaissances qu'en toute modestie je me flatte d'avoir acquises. Puissiez-vous ne pas me le reprocher.
 


Bien amicalement,

 
Bernard
 
 
 

 

Publié dans traditions séculaires

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