Le culte du corset en poésie

Publié le par Bernard Bonnejean


Ou le goût des poètes pour le cachez-ce-sein que je le devine

Savez-vous bien, jeunes amies, ce que vous devez à cet homme-là ?



Non, bien sûr. Vous ne le connaissez même pas. Et pourtant, il est de vos bienfaiteurs ! PAUL POIRET est le type même du Parisien comme si peu le sont : né à Paris en 1879, il y a vécu et y est mort en 1944. A la Libération ! Quand on sait, on dirait une blague. Mais on ne sait pas encore, n'est-ce pas ? Dessinateur de mode chez deux grands couturiers, il ouvre sa propre maison en 1903. Il habille notamment la grande Réjane. En 1906, il crée une véritable révolution dont les femmes lui seront à jamais redevables : la suppression du corset. Elles le lui ont bien rendu cette libération, les Dames, qui le nomment "Poiret le Magnifique". Certes, il fait scandale avec ses jupes-culottes et ses jupes entravées, mais il ne saurait y avoir triomphe sans excès. En 1930, il pousse son talent jusqu'à créer la gaine souple. C'en est fini des entraves. Et quand ma maman naît le 13 juillet 1908, voici de quoi les Parisiennes aisées ont l'air, grâce à lui :


Fichier:Iribe poiret 1908.jpg


 
François Coppée, le poète des Humbles, lui aussi Parisien comme c'est pas permis, l'aimait pourtant bien le corset :

                                  Vraiment, je lui trouvais l'air honnête et gentil,
                                  A ce petit corset, simple et svelte, en coutil ;
                                  Mais, hier, je ne l'ai plus revu dans la boutique.
                                  Une enfant du faubourg, jolie et chlorotique,
                                  L'a sans doute lacé sur ses mignons appas.
                                  Et c'est attendrissant de penser, n'est-ce pas ?
                                  Qu'il enferme à présent le sein pur d'une vierge,
                                  Ouvrière en journée ou fille de concierge,
                                  Et que, songeant tout bas : "L'amour qu'est-ce que c'est ?
                                  Un coeur battra bientôt sous le petit corset.

Il me semble les entendre d'ici, les chiennes de garde : "Dégueulasse, gros porc, pédophile !" Je me demande si à l'époque on connaissait ce mot-là aussi bien qu'à la nôtre on connaîtrait le mot chlorotique. De toute façon, là n'est pas le problème. Laissez-moi terminer, s'il vous plaît !

Donc, les poètes, à l'égal de Coppée, phantasmaient sur le corset. Et pourtant !! Un certain Docteur Debay les avait bien mis en garde les parents, bien avant que Poiret ne s'en occupe. Il écrivait en 1865 ce morceau d'anthologie, extrait de Hygiène vestimentaire :

Puisse le tableau suivant faire ouvrir les yeux aux mères aveugles qui, dans l'espoir de former une taille élégante à leurs filles, les enferment dès le bas âge, dans un corset inflexible. Ce tableau est la moyenne de quarante ans d'observations.

                                                  Sur 100 jeunes filles portant corset :

                                                  25 succombent à des maladies de poitrine ;
                                                  15 meurent à la suite du premier accouchement ;
                                                  15 restent infirmes après l'accouchement ;
                                                  15 deviennent difformes ;
                                                  30 seulement résistent, mais sont, tôt ou tard,
                                             affligées d'indisposition plus ou moins graves.


"Ben dis donc ! Il rigole pas le toubib !", dirait une jeune ado d'aujourd'hui avant de trépigner pour avoir des sous afin d'en acheter un. Passons ! Alors, vive Poiret ! Vive la libération des corps !

Mais pourquoi je vous raconte mes histoires de corset ? Parce que je viens de recevoir cette invitation de mes amis du Musée de Blois :



Tiens ? Je les croyais couchées les chiennes de garde d'aujourd'hui : "Dégueulasse, gros porc !" Manque de pot : elle est pas mineure la fille à découper selon les pointillés ! Et si je les faisais enrager avec ça ?



M'est avis que je vais augmenter ma clientèle.

Oh ! Du calme ! On lit le poème d'abord ! Non mais ! Bande de sauvages !!

A bientôt, les Amis,

Bernard Bonnejean

Publié dans humour érotique

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Bernard Bonnejean 25/10/2009 02:05


Faites attention, Sara Do, à venir trop sur mon blog, la rumeur dit qu'on y attrape la maladie du franc parler. C'est très dur à soigner. On peut toujours essayer de se faire greffer une langue de
bois, mais le problème c'est l'automne, quand les feuilles tombent. Sans compter que sur un blog d'Orléans, j'ai appris que chez certains, c'était carrément des glands... Bises à vous.


sara do 23/10/2009 12:26


Mais quel farceur ce Bernard.... vouq avez le don de la narration et je prends plaisr à vous lire...
D'étoilement !
sara do


Bernard Bonnejean 14/10/2009 01:03


Maupassant !! Un génie.

Et un pauvre gars qui aimait trop les femmes.

Elles le lui ont rendu en lui faisant cadeau de la syphilis...

Vous voyez, Chère Dame Catherine, si on vous ne vous aime pas, on est misogyne, mais si on vous aime trop, on meurt taré syphilitique.

"Et Boule de suif pleurait toujours; et parfois un sanglot, qu'elle n'avait pu retenir, passait entre deux couplets, dans les ténèbres".


Dame Catherine 13/10/2009 23:06


Vous savez ce que me rappelle cette petite histoire du corset ? "La mère aux monstres", la nouvelle de Maupassant. Terrible !