La Sainte-Epine

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Une tradition pluriséculaire

 

 

En ce temps de fêtes pascales, le monastère bénédictin Saint-Pierre de Solesmes était en fête. Et quand nos amis bénédictins font la fête, ils chantent. Aujourd’hui, lundi de Pâques, ils ont psalmodié ce merveilleux hymne qui célèbre la résurrection du Christ vainqueur de la mort. Au terme de ces solennités permettez-moi de vous l’offrir, pour les uns comme une prière, pour les autres comme une œuvre d’art, car il n’est pas indispensable d’être croyant pour apprécier le chant grégorien.


 

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Depuis plusieurs siècles, je ne saurais dire combien exactement, on offre à la vénération des fidèles , tous les lundis de Pâques, la relique la plus précieuse, la plus importante du monastère, la SAINTE-EPINE, rapportée d’Orient par un Seigneur de Sablé-sur-Sarthe au XIIe siècle. Ce serait l’une des épines que les Romains tressèrent en couronne autour de la tête de Jésus lors de sa Passion. Dom Guy-Marie Oury, un moine bénédictin de Solesmes, en a ainsi retracé l’histoire :


La dévotion aux reliques de la Passion avait pris une extension extraordinaire avec les Croisades, et le prieuré de Solesmes n'est pas un cas isolé ; tout le monde a entendu parler de la sainte Épine de Port-Royal ; mais le culte des reliques de la couronne d'épines est bien antérieur au temps des croisades. Saint Paulin de Nole en parle dès le début du Ve siècle ; Cassiodore mentionne la couronne d'épines parmi le trésor des reliques conservées à Jérusalem dans son commentaire du psaume 86, et un peu après, à la fin du VIe siècle, Grégoire de Tours rapporte la légende selon laquelle les épines de la couronne du Seigneur retrouvent chaque jour leur verdeur originelle et sont toujours fraîches.



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Parmi les épines de la couronne les plus anciennement cédées à l'Occident, il y a celles qui furent déposées au trésor d'Aix-la-Chapelle ; elles avaient été envoyées par l'Impératrice Irène à Charlemagne, lors des échanges diplomatiques des années 798-802. Charles le Chauve retira de ce dépôt quatre épines pour les donner à l'abbaye de Saint-Corneille de Compiègne en 877. À la fin du moyen âge, de nombreuses épines vénérées comme reliques sont seulement des épines ayant été mises en contact avec une relique considérée comme authentique.


La relique de Solesmes, qui devait être sauvée à la Révolution par le fermier du Grand Aulneau qui la prit chez lui et la cacha, était la seule relique ancienne possédée au monastère de Saint-Pierre au temps des Mauristes. Ils en parlent dans les notes historiques envoyées à Saint-Germain-des-Prés aux rédacteurs de l'histoire de l'ordre.


Voici la traduction de leur texte du Résumé de l'Histoire du prieuré :

 


Ces admirables décorations (ils viennent de décrire les sculptures du tombeau du Seigneur et de la Belle Chapelle) ne rendent cependant pas cette basilique aussi illustre que l'une des Épines de la couronne placée sur la tête de Notre Seigneur Jésus-Christ durant sa Passion, qui est conservée ici avec le plus grand honneur, dans un reliquaire de cristal, entouré d'une couronne d'épines fondue en argent et en or, que tient en main un ange de même facture. Très fréquemment les foules viennent la vénérer. Elle a été rapportée de Palestine par Raulphus ou Rodolfus, seigneur de Sablé, qui était allé en Terre Sainte avec Godefroy de Bouillon et les autres nobles de France pour la libérer de l'invasion des Turcs. Et c'est ce gage de sa dévotion que Raoul a confié à la garde de la basilique de Solesmes fondée par ses ancêtres et dotée avec magnificence.

 


Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'identification de Raoul de Sablé n'est pas encore faite, et que l'on ne sait pas avec certitude à quelle date approximative la relique de la Sainte Épine a été apportée à Solesmes. Mais elle a été ensuite conservée avec le plus grand soin ; elle a traversé sans dommage les désastres de la Guerre de Cent ans, ce qui ne fut pas le fait des autres reliques du prieuré, semble-t-il ; et c'est pour lui servir de reliquaire monumental que fut élevé à la fin du XVe siècle le grand ensemble du Tombeau du Seigneur.

 


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À titre purement documentaire, pour illustrer ce sujet, voici ce qui arrivé vers 1937 à une Luxembourgeoise du nom de Mathilde Muller, qui était professeur à Luxembourg. Le P. Shons, prieur de Clervaux, lui avait fait cadeau d'un petit reliquaire contenant une parcelle de la vraie Croix et — ce qu'elle ignorait— un tout petit morceau de la Sainte Épine de Solesmes. La relique lui avait été donnée à Quarr Abbey en 1910 par un père de Solesmes.


Or Mathilde Muller put rendre visite à Thérèse Neuman, la mystique bavaroise, un vendredi, alors qu'elle revivait en esprit la Passion du Christ. Subitement, Thérèse s'adressa à sa visiteuse, présente dans la chambre : "Qu'as-tu sur toi ?" ; déconcertée, elle répondit : "Rien". - "Mais si, tu as quelque chose là". - "Non" ; - "Mais si ! C'est quelque chose qui a touché au Christ". Alors Mathilde Muller se souvint du reliquaire qu'elle portait à son cou, pendu à une chaînette d'or. Thérèse prit le reliquaire et l'appliqua sur le stigmate de sa main, puis elle dit : "Oui, oui, c'est le morceau de ta Croix sur laquelle Jésus a expié nos péchés et est mort. Il se trouvait vers le bas."


Après quelques instants, elle porta sa main à la nuque, et y posa la relique."Mais oui, mais oui, il y a encore autre chose. Il y a un morceau d'épine de la couronne de Jésus. Ce morceau a été pris de celui qui se trouve en France dans un monastère où on le vénère beaucoup ; on y prie bien ; on y aime bien Jésus. Quelques-uns lui font très plaisir et consolent son cœur."

 


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"Je vois celui qui apporte la relique. Il vient d'un pays lointain. Il l'apporte à ce monastère au bord de l'eau, pour qu'on l'y vénère et que l'on prie pour ceux qui ont donné leur vie pour Jésus dans le pays où il a souffert."


"Oui, oui, c'est quelque chose qui a touché Jésus et qui l'a aidé à sauver les pécheurs. Vénérez-la bien et Jésus vous aidera à bien souffrir et à bien mourir."


Le P. Shons qui rapporte ce fait dans une lettre écrite à Paris le 22 juillet 1945, ajoute : "Cette personne ignorait complètement qu'à côté de la relique de la vraie Croix, il y en avait une autre de la couronne d'épines. Je ne lui en avais jamais parlé."


Quelle que soit l'explication que l'on donne à cette vision à distance, dans l'espace et dans le temps, le fait reste assez impressionnant. Il ne remplace pas les preuves historiques, mais il invite à ne pas négliger les indices que l'on possède encore.


Dom Guy-Marie Oury


Une légende ? Je n’en sais rien. Mais avouez qu’elle vaudrait bien, si c’en était une, Harry Potter ou Da Vinci Code. Je vous souhaite une bonne reprise et beaucoup de courage,


Votre ami,


Bernard Bonnejean

Publié dans religion et culture

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