L'or véritable ne craint pas le feu

Publié le par Bernard Bonnejean


"En tombant dans la boue, l'or ne perd pas sa valeur"
proverbe turc.

Mes intentions, comme toujours, sont droites, nobles et pures, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes. Il ne s’agit pas d’engager ici une polémique qui n’aurait ni sa place ni son utilité, mais de montrer comment deux intellectuels, parfaitement libres de leurs droits à l’expression, peuvent penser et dire à peu près le contraire l’un de l’autre, sûrs d’être l’un et l’autre dans le vrai et le juste. Lorsque j’ai lu la critique de Galinier-Pallerola, je me suis aussitôt empressé de lui répondre. Il n’a jamais fait mention du courrier qu’il avait reçu. En revanche, le professeur Paul COOKE de l’Université d’Exeter, mal inspiré par G.-P., auquel je faisais remarquer que Clio n’était que le premier livre d’une série de trois, le ¼ en quantité de la thèse à publier en trois volumes, eut la délicatesse de m’envoyer un mail pour s’excuser d’avoir ignoré cette information primordiale.

Et puis, le service de presse de mon éditeur m’a envoyé ces jours-ci MA réponse sans cesse remise au lendemain. Car, je dois le dire, la critique de M. FAUQUIER est si précise, si dense, si informée que si j’avais dû présenter ma défense, je n’aurais pas mieux écrit. Alors, j’en profite. Je me colle aux propos de Michel FAUQUIER, en parasite, pour profiter et faire profiter au maximum de son enseignement.

Bernard Bonnejean

Jean-François GALINIER-PALLEROLA, Bulletin de littérature ecclésiastique, janv.mars. 2008

ICT, Institut Catholique Toulouse

31 rue de la Fonderie - B.P. 7012 | 31068 Toulouse Cedex 7

Téléphone : (33) (0)5.61.36.81.00 | Fax : (33) (0)5.61.36.81.08

Bernard BONNEJEAN, Clio et ses poètes, Les poètes catholiques dans leur histoire (1870 -1914)

Bernard BONNEJEAN, Clio et ses poètes, Les poètes catholiques dans leur histoire (1870 -1914), Préface par Dom Bertrand Gamelin, Paris, Éditions du Cerf , "Cerf littérature", 2007, 354 p.

La période 1870-1914, entre la défaite contre la Prusse et le début de la Première Guerre Mondiale, s'avère douloureuse et féconde pour le catholicisme français. Période douloureuse, car l'échec de la restauration monarchique, pour laquelle l'Église de France s'est engagée, puis l'affaire Dreyfus, contre qui la presse catholique a fait campagne, contribuent, par réaction, à l'arrivée au pouvoir de républicains anticléricaux qui mènent une politique hostile à l'Église aboutissant à la loi de séparation de l'Église et de l'État en 1905.Mais période féconde, car monte une génération d'écrivains catholiques de renom, trouvant dans une inspiration chrétienne l'antidote de la dépression fin de siècle et de leur rejet de la société moderne bourgeoise et rationaliste. Bernard Bonnejean aborde cette "littérature spécifiquement catholique"(p 11), sans toutefois définir précisément en quoi consiste cette spécificité, ni distinguer clairement entre les auteurs "qui sont catholiques" et ceux qui écrivent "en tant que catholiques", pour reprendre une conceptualisation maritainienne classique. En se limitant aux poètes et à la poésie, il se prive de pouvoir évoquer des prosateurs majeurs de ce courant, comme Léon Bloy et J.-K. Huysmans, ou présente des auteurs en tant que poètes, alors que leurs œuvres théâtrales ou romanesques sont d'une importance majeure (Claudel, Mauriac) ou illustreraient mieux la notion de littérature catholique et de conversion (Coppée, La bonne souffrance).Le premier chapitre consiste en une courte anthologie accompagnée d'une notice biographique des auteurs. Le second chapitre aborde l'histoire religieuse de la France durant cette période. Le troisième chapitre concerne l'histoire des idées et propose une typologie des conversions d'écrivains, ce qui permet d'insérer les fiches sur Péguy, Mauriac, Claudel, et leur réaction à l'œuvre de Renan. Cent vingt pages de chronologie comparée, comme on en trouve dans les manuels d'études historiques, lestent étrangement le volume après ces trois chapitres, suivies par une courte bibliographie.  livre, tout en donnant des renseignements précis sur les auteurs et leurs œuvres, ne présente pas la difficulté technique ni l'érudition d'un ouvrage universitaire. Il s'adresse plutôt à un public non spécialiste intéressé par la littérature et la culture catholique.

Jean-François GALINIER-PALLEROLA, docteur en histoire et en théologie, professeur à l’ICT de Toulouse.

 


 

 

Michel FAUQUIER, Historiens & Géographes, oct.nov. 2009.

98 rue Montmartre

75060 PARIS CEDEX 02 - 01 42 33 62 37

Bernard BONNEJEAN, Clio et ses poètes, les poètes catholiques dans leur histoire (1870-1914), coll. « Littérature », Le Cerf, Paris, 2007, 354 pages.

Bernard Bonnejean livre ici la substance de la thèse qu'il a soutenue à l'Université de Rennes en 2003 et qui a été saluée par le jury comme comblant un manque évident dans l'histoire de la littérature du XIXe siècle finissant.

Mais, l'historien y trouvera aussi son compte, comme le laissent deviner le titre et le sous-titre de cet ouvrage passionnant, doté d une chronologie détaillée qui est un ouvrage à elle seule (119 pages !), et qui fourmille d'informations mises très clairement en relation.

Ce n'est certes pas un compagnonnage nouveau pour l'historien que celui de la littérature, en particulier pour sonder l'âme du XIXe siècle, mais l'ouvrage de Bernard Bonnejean invite à avancer sur des pistes moins empruntées, celles de la poésie, en l'occurrence celle des auteurs catholiques, parmi lesquels est faite une place toute particulière a sainte Thérèse de Lisieux, dont les spécialistes d'histoire religieuse contemporaine savent désormais combien l'influence fut déterminante sur l'évolution des mentalités catholiques Les spécialistes de littérature, hormis Robert Sabatier, ne lui avaient prêté aucune attention, trouvant sa prose naïve et lui déniant des qualités de poétesse. Un des grands apports de la thèse de l'auteur est de montrer qu'on ne peut ainsi juger la production thérésienne, à laquelle il avait déjà consacre une étude (La Poésie thérésienne, chez le même éditeur, 2006).

Bernard Bonnejean rappelle — mais est-ce vraiment une surprise pour un historien, qui y trouvera plutôt la confirmation de ce qu'il savait ? —que la poésie catholique du temps fut avant tout militante. Mais il attire aussi l'attention de l'historien sur les origines simples de nombre de poètes catholiques qui furent par ailleurs bien souvent des convertis ou des tourmentés de la foi (Charles Péguy, Paul Claudel, Max Jacob).

Formellement, l'ouvrage s'articule en trois longs chapitres thématiques, le premier consacré à une galerie de portraits littéraires qui mène de Villiers de l'Isle-Adam à Charles Péguy, le second dépeint la façon dont s'est exprimée la volonté de refaire la France fille aînée de l'Eglise et le troisième qui explore le renouveau catholique qui suivit « l'affaire Renan » (selon les mots-mêmes de l'auteur) et culmina dans les conversions du tournant du siècle, vues à travers le filtre de trois parcours paradigmatiques (Paul Claudel, Francis Jammes et Max Jacob), conversions qui illustrent de façon spectaculaire le propos célèbre de Ferdinand Buisson, pourtant Président de « l'Association nationale des libres penseurs », qui estimait que « [l’Eglise] tient incontestablement dans la France d'aujourd'hui une place qu'elle n'avait pas jadis [et qu’]elle a développé son action bienfaisante, charitable, philanthropique, elle a aujourd'hui, par ses œuvres de toute espèce, une popularité plus grande que jamais et de meilleur aloi » (Revue politique et parlementaire, octobre 1903).

On voit, à travers l'étude de Bernard Bonnejean que la lutte souvent âpre que la IIIe République enfin devenue républicaine mena contre le cléricalisme n'était que le paravent d'un combat plus ample contre la foi catholique elle-même.  À l'époque personne ne s'y trompa et l'on en entend l'écho jusque dans la production poétique. Un combat de géants commença, à coup de statues (le « Calvaire de la protestation » érigé le 19 mai 1904, en réponse à la statue de Renan dressée à Tréguier le 13 septembre 1903) mais aussi de mots (Les Géorgiques chrétiennes de Francis Jammes, œuvre qui dénonce le caractère odieux des expulsions, en plus des colères de Péguy).

L'angle de vue choisi ici n'est certainement pas habituel pour un historien, mais c'est avec le plus grand profit et un grand plaisir qu'on s'embarquera pour Cythère, à la suite de Bernard Bonnejean, pas le Cythère de Watteau ou de Verlaine, mais celui d'un amour plus haut, source de tous les amours, que Verlaine a manifestement entrevu d'ailleurs.

Michel FAUQUIER, professeur agrégé d’histoire enseignant en khâgne moderne (la Perverie, Nantes) et dans un Institut de Lettres et Sciences politiques (Institut Albert-le-Grand, Les Ponts de Cé/Angers). 

 

A bientôt, les Amis,

Bernard Bonnejean

De bas en haut : Robert de Montesquiou-Fezansac ; Ernest Renan ; Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus, Max Jacob.

Publié dans religion et culture

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Bernard Bonnejean 17/12/2009 01:27


Cher Monsieur,

Vous n'avez pas été influencé par notre Toulousain. Dont acte.

Il est dommage que votre erreur ne soit appelée à être mentionnée dans votre revue qu'après la parution d'un nouvel ouvrage.

Mais je sais gré à votre fair-play britannique de ne pas être aussi sourd à mes protestations que le traditionalisme toulousain.

Bernard Bonnejean


Dr Paul Cooke 17/12/2009 01:22


Cher Monsieur,



Non, suite à notre dernier échange, je n’ai pas oublié d’envoyer une courte notice à la rédaction de Modern & Contemporary France. Mais elle n’a pas (encore) été publiée.



Merci de m’avoir signalé l’adresse de votre blog. J’y découvre pour la première fois le compte rendu de Jean-François Galinier-Pallerola ainsi que celui de Michel Fauquier. J’espère que l’accueil
favorable fait par ce dernier à Clio et ses poètes trouvera un écho chez les lecteurs du deuxième tome de votre thèse.



Je vous prie d'agréer, cher Monsieur, l'assurance de mes meilleures salutations,



Paul Cooke



Dr Paul Cooke
Associate Professor in French
Department of Modern Languages, SALL
University of Exeter