L'arrêté du 23 novembre 1956

Publié le par Bernard Bonnejean

 

interdisant les devoirs à la maison 
 

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« Tu sais mon petit papa chéri, ce qu’elle m’a dit, Annabelle ? Elle te trouve intelligent, beau et drôle.

 

— Annabelle ? C’est la grande bringue qui nous fait des effets de poitrine-fantôme ? Remarque, je suis flatté. Si tu pouvais le répéter à ta mère, discrètement, comme tu sais si bien le faire... Mais ne va surtout pas dire que c’est moi qui te l’ai demandé, hein !

  

— Si Annabelle savait que je te l’ai dit, elle ne serait pas contente !

   

— Ça y est, ça recommence ! Il va falloir encore ajouter une étiquette pour ne pas oublier à qui on a le droit de le dire et à qui on n’a pas le droit ! Vous et vos secrets, ta mère et toi, c’est fatigant à la fin.

 

— Remarque, si tu veux tu peux le dire quand même.

 

— ???
Je te trouve bien aimable aujourd’hui, ma Puce. J’aimerais savoir assez vite où tu veux en venir…

 

— Ben justement ! Annabelle, celle qui t’aime beaucoup, c’est aujourd’hui son anniversaire.

 

— Ouais ! D’accord ! J’ai compris ! Et elle t’a invité à son anniversaire ! Et tu voudrais y aller. T’as demandé à ta mère ?
Elle veut pas ?! Pourquoi ? Attends, je vais essayer d’arranger ça.

 Chérie !!!  C’est vrai que tu ne veux pas que Loulou sorte ?... Elle ne risque rien un mercredi après-midi quand même... Si tu veux, je l’emmène et je la ramène…
Elle n’a pas fini ses devoirs ?
C’est vrai que tu n’as pas fini tes devoirs ?

 

— J’y arrive pas !! Et d’abord, j’en ai marre. Moi ici j’ai le droit de rien faire. Tout le monde est contre moi.  Mes copines, elles, elles ont des parents cool qui les aiment, eux au moins. Pire qu’une prison ! Un pénitentiaire ! C’est dans le dictionnaire, je regrette ! Je l’ai entendu à la télé. Je vais me plaindre chez les maltraités et d’abord…

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— Eh ! Oh ! Dis ! T’as fini, là ? C’est quoi comme devoir ? Montre-moi ça !
Dis donc chérie, ils ont pas dit à la télé qu’il était interdit de donner des devoirs à faire à la maison ? T’es occupée ? Parce que toi tu peux pas répondre en épluchant les patates !?... 
Ah ? C’est des maths ? Voyons ça :

 

 

Deux communes limitrophes se disputent l’autorisation préfectorale d’aménager un bassin de récupération d’eau pluviale. Seule l’une des deux emportera le marché. Sachant que le bassin devra être constitué d’un volume de 97,546 m3 d’une longueur de 43,50 m et d’une profondeur de 20,70 yards, vous en calculerez la largeur (Rappel : un yard équivaut à trois pieds de 12 pouces dont l’équivalent est de 25,400 mm). La commune de Salisy dispose d’une usine de retraitement des eaux usées dont les ouvriers, en bons citoyens, ont accepté d’être payés au SMIC horaire de 8.86 euros brut mensuels en 2010 qu’il conviendra de réajuster sachant que le montant de l'augmentation du Smic au 1er janvier 2011 a été calculé à partir de l'augmentation des prix à la consommation et relevé de 1,6%. Sachant que d’une part, Salisy emploie le tiers des 12 membres de son usine pendant 48 heures hebdomadaires, les 4/5 d'un 1/3 pendant 27 heures et les autres, constituant le dernier 1/3, dont vous calculerez le nombre au préalable, pendant 6 heures ; sachant que d’autre part l’usine de retraitement va toucher 352 000 euros d’aide départementale alors qu’elle ne coûte que les 5/7 de cette somme ; sachant que par ailleurs, la commune rivale de Gribouillis-les-Salisy n’a pas d’usine de retraitement des eaux usées mais attribue tous les ans une somme colossale aux syndicats du personnel de mairie à raison de 26 540 euros pour la CGT, 14 334 euros pour la CFDT, 5 300 euros pour FO et seulement 1 327 euros pour la CGC, que d’une façon ou d’une autre, il lui faudra une usine de retraitement d’un coût estimé à 167 % de celle de Salisy, qu'il ne saurait être question que Monsieur le député-maire UMP de Salisy autorise la municipalité de Gribouilly-les-Salisy à utiliser son usine sans une participation de 138 000 euros mensuels nets, quelle décision doit prendre l’autorité préfectorale (calculs et développement obligatoires) ?

 

— Eh ben ! Qu’est-ce que tu ne comprends pas ? C’est pourtant clair ! Mais avant de t’expliquer, il faut que je fasse le devoir dans le silence...
C’est vraiment ta meilleure amie, Annabelle ? Tu tiens absolument à aller à son anniversaire ?...
Ça lui fait quel âge à Annabelle ? Eh ben, elle en aura encore plein des occasions de fêter son anniversaire !... 
Comment, si j’y arrive pas j’ai qu’à demander à maman ? Non mais !! Ce qu’il faut, c’est réfléchir ! On n’obtient aucun résultat sans réflexion.
Regarde moi, par exemple…

[...]

Je me demande tout de même si c'est vraiment te rendre service que de faire les devoirs à ta place ! 
Qu'est-ce qui te prend ? Tu ris toute seule maintenant ? On t'entend dans ta cuisine !
Bon ! Puisque c'est comme ça, tu laisses tomber et tu vas chez Annabelle. Et tu diras au maître que les devoirs à la maison sont interdits ! Il serait temps d'apprendre à tous ces fonctionnaires que les lois sont faites pour être respectées !!!
 

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L'arrêté du 23 novembre 1956 aménage les horaires des écoles primaires et inscrit les devoirs pendant le temps scolaire. En application de l'arrêté, la circulaire du 23 novembre 1956 supprime sans équivoque les devoirs à la maison, retenant des arguments d'efficacité et de santé.

"Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu'apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l'équilibre nerveux des enfants. Enfin, le travail écrit fait hors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu'un intérêt éducatif limité. En conséquence, aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif et les inspecteurs départementaux de l'enseignement du premier degré sont invités à veiller à son application stricte. Libérés des devoirs du soir, les enfants de 7 à 11 ans pourront consacrer plus aisément le temps nécessaire à l'étude des leçons." 

 

 

Publié dans vie en société

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