L'antisémitisme moderne (2)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

 

CRISES BANCAIRE ET INDUSTRIELLE : CHÔMAGE DE MASSE
ET CRISE AGRICOLE 

 

 

 

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La situation industrielle est aggravée par le krach de l’Union Générale. Cette banque d’affaires, créée en 1878 avec des capitaux provenant de milieux conservateurs et catholiques, commet des imprudences et prête le flanc aux manoeuvres de la haute finance protestante et israélite. Le gouvernement des grands bourgeois opportunistes, liés aux Rothschild, ne fait rien pour la sauver de la faillite en 1882. De nombreuses personnes qui ont confié leur argent à l’Union Générale sont ruinées. Les victimes de ce krach, aussi bien aristocrates que petites gens d’opinion conservatrice, attribuent aux financiers israélites la responsabilité de leurs malheurs. Les banques, ayant dû faire face à de nombreuses demandes de remboursement des dépôts qui leur avaient été confiés, réduisent leurs crédits, ce qui accroît les difficultés des entreprises industrielles.

 

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La crainte de perdre leur capital dans des placements aventurés accentue désormais la tendance des épargnants à rechercher de préférence les titres à revenus fixes, les emprunts d’Etat, les « placements de pères de famille ». Au lieu de se diriger vers les entreprises industrielles et commerciales, l’épargne française, à partir de 1888, se déversera dans le gouffre des emprunts russes.

 

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Le marasme économique durera une dizaine d’années et prendra, dès 1882, l’allure d’une véritable crise, notamment à Paris où le chômage frappe plus de 30 000 travailleurs en 1885. Le niveau de plein emploi ne sera retrouvé qu’en 1889.

 

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Les « intérêts », hostiles au libre-échange établi malgré eux par le second Empire, réussissent à le faire supprimer progressivement. Déjà Thiers a institué des droits d’entrée sur les matières premières. Bismarck, pour conserver à l’Allemagne des débouchés en France, a fait souscrire dans le traité de Francfort la clause de « la nation la plus favorisée » : si la France consent des avantages douaniers à un pays, elle doit consentir les mêmes avantages à l’Allemagne. Aussi les industriels invoquent ce qu’ils appellent un « Sedan économique » pour demander le non-renouvellement des traités de libre-échange signés en 1860-1861. En 1881, des droits de douane sont établis pour les produits métallurgiques et textiles. Les agriculteurs, menacés par l’afflux des blés américains, réclament à leur tour : comme l’opinion craint le « pain cher », les droits ne sont institués que progressivement à partir de 1884, d’abord sur le sucre, le blé, le bétail. Le retour au protectionnisme est finalement réalisé par la loi du 11 janvier 1892, votée à l’instigation de Jules Méline¹, ministre de l’Agriculture. Cette loi stipule qu’il n’y aura plus à l’avenir de traités de commerce, mais de simples conventions révocables pour l’application d’un tarif minimum, déjà élevé ; en l’absence de conventions, un tarif général prohibitif sera appliqué. Le non-renouvellement des traités de libre-échange entraîne des difficultés diplomatiques avec la Suisse et une véritable guerre de tarifs avec l’Italie.

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¹ « Ces causes qui ont amené la crise agricole dont nous ne sommes pas encore sortis, sont aujourd’hui bien connues et personne ne songent à les nier.

Il y a d’abord le développement agricole considérable des nations de l’Europe centrale et occidentale, telles que l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Russie, la Roumanie, dont les produits agricoles affluent de plus en plus sur nos marchés sans parler de l’Italie et de l’Espagne dont la concurrence pour nos vins est devenue si redoutable. Mais la principale de ces causes est l’entrée en ligne dans les marchés de l’Europe de peuples jeunes, favorisés par la nature et par leur situation financière d’avantages exceptionnels, un sol vierge et presque sans valeur, pour certains une main-d’œuvre d’un bon marché invraisemblable, l’absence de charges militaires et l’insignifiance des charges fiscales. En 1860, ces peuples sommeillaient encore, et c’est là que se trouve l’excuse des hommes d’Etat qui ont dédaigné de prendre des précautions pour assurer l’avenir de notre protection agricole.

Mais voilà tout à coup que le développement des moyens de transport et de communication, l’abaissement rapide du fret, mettent en quelques années les grands marchés à notre porte, si bien qu’on a pu voir les blés de l’Amérique et de l’Inde arriver meilleur marché au Havre et à Marseille que de nos principaux centres de production. Après le blé, c’est le bétail, et même le bétail sur pied qui, grâce à l’ingénieux perfectionnement dans l’aménagement des navires, tend à se substituer  au bétail français ; pour la viande abattue, plus grandes encore sont les facilités d’importation.

Ce que nous avons à défendre par les tarifs de douane, c’est donc la main-d’œuvre, c’est-à-dire le travail et le pain de nos ouvriers. Sur l’ensemble des frais généraux, nos industries ont opéré le maximum de réductions possibles ; il ne reste que la main-d’œuvre de compressible, et c’est sur elle que retomberait fatalement l’insuffisance de notre nouveau régime économique.

Il ne peut entrer dans la pensée de personne de réduire les salaires de nos ouvriers qui, dans certaines branches de production, sont manifestement insuffisants. C’est au contraire à les relever que nous devons tendre de toutes nos forces, et il n’y a qu’un moyen pour cela : c’est à maintenir le coût de nos produits à un taux suffisamment rémunérateur, en empêchant leur avilissement excessif par la concurrence étrangère. C’est ainsi que les tarifs de douane se lient à la question sociale elle-même dans ce qu’elle a de plus aigu. (Rapport général fait au nom de la Commission des Douanes, par Méline, 12 et 13 mai 1891. Documents parlementaires, n° 1257. Session 1891.)


 © Bernard Bonnejean

Publié dans vie en société

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