Jeanne Jugan, précurseur de l'action sociale (3)

Publié le par Bernard Bonnejean


Un événement de portée mondiale :

la petite Cancalaise canonisée le 11 octobre 2009

En 1849, Jeanne Jugan, Soeur Marie de la Croix en religion, a ouvert quatre maisons : Dinan, Saint-Servan, Rennes et Tours, toutes consacrées aux personnes âgées sans ressources. Marie Jamet, manoeuvrée par l'abbé Le Pailleur, est supérieure de la congrégation.

La maison-mère reste l'ancien couvent de Saint-Servan. Elle s'avère de plus en plus exiguë au fur et à mesure de l'arrivée de jeunes postulantes : 20 en 1847 ; 40 en 1849. Jeanne s'installe à Tours en février 1849, accueillie par un certain M. Dupont, très connu pour son extrême générosité. Nous savons par la correspondance de la jeune Soeur Pauline qu'elle multiplie les rencontres avec les bienfaiteurs et donateurs, mais aussi avec l'évêque auquel elle demande de la recommander près des curés, avec la presse locale , avec la Préfète qui lui fait avoir une autorisation de circuler et de quêter dans tout le département... Une fois la maison de Tours consolidée et enracinée, elle cherche à aider dans les établissements ouverts récemment, Besançon et Nantes, ville dans laquelle on donne aux religieuses le nom qu'elles porteront bientôt officiellement : Les Petites Soeurs des Pauvres.

Finalement, c'est à Angers que Jeanne parvient, en décembre 1849. Plusieurs familles l'attendent pour y faire bâtir un asile pour vieillards. Elle retourne d'abord à Tours pour y aller chercher la supérieure, Marie Jamet accompagnée de deux autres soeurs. Le 3 avril 1850, elles demandent l'autorisation à Mgr Angebault de s'installer et de quêter. Fin avril, la maison angevine est ouverte. Il faut connaître cette douceur angevine célébrée par Joachim du Bellay pour comprendre que Jeanne eut moins de difficultés sans doute à y rendre heureux ses pensionnaires. On rapporte que même le colonel, commandant la garnison de la ville, mit les musiciens de sa troupe à sa disposition pour égayer les vieillards.



Pendant l'hiver 1850, Jeanne visite Dinan, Lorient et Brest. Elle suit de près les fondations de Bordeaux, Rouen et Nancy. En Angleterre, elle reçoit l'appui d'un inconditionnel fort populaire : Charles Dickens. Venu à Paris, il a visité l'asile et en est reparti enthousiaste. Il fait part de son émoi dans son hebdomadaire Household Words du 15 janvier 1852. Il y fait la description suivante de la Maison de la rue Saint-Jacques :

Un ancien a les pieds sur une chaufferette, et murmure d'une voix faible qu'il est bien maintenant car il a toujours chaud. Le souvenir du froid des années et du froid des rues est gravé dans sa mémoire, mais maintenant il vit bien, très bien (very confortable).

En 1853, on compte 500 Petites Soeurs. La règle se précise. Elle a été élaborée par le Père Félix Massot et par l'abbé Le Pailleur. Soumise à l'évêque de Rennes, Mgr Brossais Saint-Marc en signe le décret d'application le 29 mai 1852. L'abbé le Pailleur et Marie Jamet deviennent conjointement supérieurs généraux de la Congrégation. A Rennes, au lieu-dit La Piletière, on installe le noviciat et la maison-mère. Le 31 mai, l'évêque y préside la prise d'habit de vingt-quatre postulantes et la profession de dix-sept novices.

A partir de cette date, Soeur Marie de la Croix, vit recluse, sur l'ordre de Le Pailleur, à La Piletière. D'abord chargée de la formation des novices, dont elle est aimée, on la tient de plus en plus éloignée des responsabilités. L'abbé Le Pailleur a résolu de tirer la couverture à lui. Exerçant une autorité absolue sur la Congrégation, il en truque l'histoire où apparaît Jeanne comme troisième Petite Soeur des Pauvres. Il faudra attendre 1890, pour que le pot aux roses découvert, Rome destitue l'usurpateur qui achèvera ses jours dans un couvent.  C'est donc bien Le Pailleur et Marie Jamet que le 9 juillet 1854 le pape Pie IX reconnaît comme fondateurs de la congrégation des Petites Soeurs des Pauvres !



D'après ses biographes, elle sut tout de même dire à l'abbé Le Pailleur, en plaisantant :

Vous m'avez volé mon oeuvre ; mais je vous la cède de bon coeur !

Pendant plusieurs années, on n'entendit donc plus parler d'elle. A partir de 1856, on l'éloigna même de La Piletière. Elle occupa La Tour Saint-Joseph, à Saint-Pern, en compagnie de deux novices. On ne sait trop quoi dire des années qui suivirent, sinon qu'elle fut toute occupée à la prière et aux conseils près des novices.

Puis, les années passèrent. Sa vue s'affaiblit et ses paupières se paralysèrent. Les témoins disent qu'elle n'en perdit jamais sa sagesse et sa gaieté. Sa jeunesse de coeur qui la fit composer des refrains :

                                                            Le Pauvre nous appelle
                                                            De la voix et du coeur ;
                                                            Ô la bonne nouvelle !
                                                            Parlons avec bonheur.

                                                            Montrez-vous toujours faciles,
                                                            Ne refusez rien.
                                                            Pour des petites cherche-pain
                                                            Tout est toujours bien !

Au mois d'août 1879, elle eut un malaise. Elle eut le temps de prononcer cette prière :

Ô Marie, vous savez que vous êtes ma mère, ne m'abandonnez pas !... Père éternel, ouvrez vos portes, aujourd'hui, à la plus misérable de vos petites filles, mais qui a si grande envie de vous voir !... Ô Marie ma bonne mère, venez à moi. Vous savez que je vous aime et que j'ai bien envie de vous voir !...

Puis elle rendit le dernier soupir. Elle laisse aujourd'hui plus de 200 maisons réparties dans 72 pays.



Les sites des Petites Sœurs des Pauvres
Jeanne Jugan Angleterre Chili Corée du Sud Espagne Inde Italie Taiwan U.S.A.

Contact : accueiljeunes.latour@wanadoo.fr


Assemblée plénière - 06 novembre 2009

L'Eglise face aux nouvelles pauvretés

 
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Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres et membre de la Commission Famille et Société prendra la parole en plénière, vendredi 6 novembre 2009. Mgr Edmond Djitangar, évêque de Sarh au Tchad, partagera son expérience du Synode des évêques pour l'Afrique.

Récemment invité sur le plateau du « Jour du Seigneur », Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres, a pu aborder le sujet des nouvelles pauvretés. La réflexion menée par le groupe de travail qu'il a coordonné sera reprise en carrefours. Dans son discours d'ouverture, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et Président de la Conférence des évêques de France, a encouragé les chrétiens dans leur engagement au service des plus pauvres. "Nous appelons aussi les chrétiens à exercer pleinement leurs responsabilités de citoyens dans tous les domaines de la vie économique et politique pour contribuer à construire une société plus juste" a-t-il ajouté.

Gardez confiance et courage, mes amis,

Bernard Bonnejean





Il ne dépend pas de nous de n'être pas pauvres, mais il dépend toujours de nous de faire respecter notre pauvreté.
  [Voltaire]





La pauvreté n'ôte de noblesse à personne, la richesse oui.
  [Jean Boccace] [+]
Extrait de Le décaméron
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Il est plus facile de louer la pauvreté que de la supporter.
  [John Heywood] [+]
Extrait de Proverbs in the English tongue
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