Jeanne Jugan, précurseur de l'action sociale (1)

Publié le par Bernard Bonnejean


Un événement de portée mondiale :

la petite Cancalaise canonisée le 11 octobre 2009

Cette humble fille de marin, née sous la Terreur, est la fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres, une congrégation qui compte aujourd'hui plus de 200 maisons réparties dans 72 pays. Il serait dommage, que sous prétexte de laïcité ou de neutralité, la France n'honorât pas cette grande figure du catholicisme hexagonal et universel. Pour ma faible part, je veux aujourd'hui et pour quelques jours, rendre hommage à celle qui née pauvre parmi les pauvres, alors qu'elle s'appelait Jeanne Joucan, se mit totalement au service des miséreux, sous le nom de Jeanne Jugan.

Née à Cancale, le 25 octobre 1792, Jeanne apprendra sans doute beaucoup plus tard les circonstances dramatiques de sa naissance : deux cents prêtres massacrés à Paris, pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution. Une odieuse imbécillité que personne n'oserait revendiquer aujourd'hui. La mère de Jeanne accouche seule : le père est parti en mer pour la grande pêche. Lorsque la petite aura trois ans et demi, il ne reviendra pas. On l'attendra longtemps, comme ces veuves bretonnes scrutant la mer sur les illustrations des chansons de Botrel. Il faudra bien vite se rendre à l'évidence : la plaine liquide, comme l'appelait les Grecs, ne rend jamais les hommes qu'elle a pris.
 
Restent huit enfants à nourrir. La maman fait des journées de lessive. Les petits gardent les bêtes. Les prêtres non assermentés, c'est-à-dire hors-la-loi, se chargent, en secret, de la transmission de la foi et de l'apprentissage de la lecture. Jeanne sera certainement, grâce au tiers ordre fondé par saint Jean Eudes, l'une des toutes premières bretonnes du peuple à savoir lire et écrire. 


Vers l'âge de 15 ans, on place la jeune fille à la Mettrie-aux-Chouettes. Employée à la cuisine, par la propriétaire Madame de la Chouë, elle va avec sa patronne visiter les miséreux, les familles pauvres, les vieillards isolés. Grâce au tact de sa tutrice, elle apprend non seulement à donner et à partager, mais à respecter avec tendresse pour ne pas humilier celui qui reçoit. Après la Révolution et l'Empire, on résolut à Cancale de reconstuire, à partir de 1816, la foi et l'Eglise. Jeanne refusa les prétendants, décidant de se consacrer à cette mission. Sa réponse à sa mère sur ce point est demeurée célèbre dans les milieux catholiques : 

"Dieu me veut pour lui. Il me garde pour une oeuvre qui n'est pas connue, pour une oeuvre qui n'est pas encore fondée"

En 1817, Jeanne quitte Cancale pour Saint-Servan, près de Saint-Malo. La ville à cette époque est plongée dans la misère : la moitié des habitants est inscrite au Bureau de Bienfaisance. Infirmière à l'hôpital du Rosais, pendant six ans Jeanne se dévoue, seule, près de trois cents malades entassés dans des conditions d'hygiène épouvantables. Pour tenir le coup, Jeanne s'inscrit à la Société du Coeur de la Mère admirable, un tiers ordre eudiste qu'elle fréquentera pendant vingt ans. 

 
 


Bientôt épuisée par ce travail, elle donne sa démission en 1824. Pendant douze ans, elle aidera Mademoiselle Lecoq, membre du tiers ordre, en tant que servante et amie, aux tâches ménagères, au service des pauvres et à la catéchèse des enfants. La tâche fut rude : suite à une grave crise financière (sic !) en 1825, et à de mauvaises récoltes, la famine sévit à Saint-Servan. En outre, Mademoiselle Lecoq, épuisée et malade, mourut en juin 1835, laissant à Jeanne une petite somme. Pour vivre, Jeanne Jugan se mit au service de familles ce qui eut pour conséquence bénéfique de se faire des relations. Elle devint notamment l'amie d'une certaine Françoise Aubert, avec laquelle elle partagea une petite maison à Saint-Servan. Virginie Trédaniel se joignit à elles à partir de 1838. C'était le début de la mission.

Fin 1839, les trois locataires hébergent une vieille femme, la première, Anne Chauvin veuve Haneau.  Puis, c'est le tour d'Isabelle Coeuru. A Jeanne, Françoise et Virginie se joint Marie Jamet. Jeanne propose au nouveau groupe un règlement inspiré des eudistes. Marie et Virginie en parlent à l'abbé Le Pailleur, vicaire, qui promet son appui. Le 15 octobre 1840, avec l'aide de l'abbé, le petit groupe forme une association de charité.  S'y joint Madeleine Bourges.

Bientôt, la maison est trop petite. On loue un ancien cabaret où on reste peu de temps. En 1842, le groupe s'installe avec ses pensionnaires à la Maison de la Croix. Le 29 mai 1842, les compagnes prennent le nom officiel de Servantes des Pauvres, avec Jeanne Jugan comme supérieure.


A suivre ...


Sources :

* LECLERC, Eloi, Sainte Jeanne Jugan, tendresse de Dieu sur la terre, DDB, mai 2009.
* MILCENT, Paul, Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres, Coutances, Imprimerie OCEP, 2ème trimestre 1999.
Ces sources ne seront pas mentionnées à nouveau dans les numéros suivants.

Publié dans religion

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