"Je vous salue ma France"

Publié le par Bernard Bonnejean



“Le musée Grévin”

 

A María Eugenia,

amante de la libertad y de Francia

 

 


http://agorart.cowblog.fr/images/aragon.jpg


En 1943, la France est sous le joug de la terreur nazie. Trahie par les pétainistes, asservie provisoirement par l’envahisseur, un poète entrevoit le jour prochain de sa délivrance en un beau chant d’amour où il manifeste une confiance fondée sur l’amour qu’il lui porte. Allemands et collaborateurs, déjà perdus, font figure de statues de cire à entreposer au Musée Grévin. « Touchant à la fin de l’éclipse », on sent poindre à l’horizon le jour où l’on pourra de nouveau chanter les « Maries de France aux cent visages ».


L’un des prisonniers, déportés, maquisards, reviendra bientôt au foyer pour lui chanter cet hymne à la patrie, rendue à la vie au bout de plusieurs années de « nuit et de brouillard » :


 

«Je vous salue ma France, arrachée aux fantômes !

Ô rendue à la paix ! Vaisseau sauvé des eaux...

Pays qui chante : Orléans, Beaugency, Vendôme !

Cloches, cloches, sonnez l’angélus des oiseaux !


 

Orléans, c'est la ville qui fut délivrée par Jeanne d'Arc, où vivent mes compagnons que je salue ; Beaugency, au carrefour de grandes voies stratégiques, siège de deux conciles célèbres, fut âprement disputé au XlVe et au XVe siècles, c’est la cité de mon amie Catherine ; Vendôme, centre féodal et monastique rattaché à la monarchie française au XlIe siècle, est lié au souvenir de Blanche de Castille et à celui de François Ier, et l'on sait que le Vendômois fut chanté par Ronsard.


 

Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle,

Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop.

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux...


 

La France a été dans le passé, comme elle l’était encore au temps du poème, un sujet de querelle, c’est-à-dire de plainte et de tourments. Mais un même idéal anime les héros ensevelis et les oiseaux qui peuplent le ciel.


 

Je vous salue, ma France, dont les vents se calmèrent !

Ma France de toujours, que la géographie

Ouvre comme une paume aux souffles de la mer

Pour que l'oiseau du large y vienne et se confie.


 

La France nous a rappelé il y a peu qu’elle est baignée par la mer sur trois côtés de son hexagone. J’offre cette strophe aux Vendéens et aux Charentais.


 

Je vous salue, ma France, où l’oiseau de passage,

De Lille à Roncevaux, de Brest au Mont-Cenis,

Pour la première fois a fait l’apprentissage

De ce qu’il peut coûter d’abandonner un nid !


 

 

Lille, c'est la Flandre nordique ; le Mont-Cenis sépare la France de l'Italie ; Brest, c'est la ville la plus occidentale de France et, comme disait Michelet, « la pointe, la proue de l'ancien monde » ; Roncevaux, col fameux des Pyrénées, est lié au souvenir, disons même à la légende, de Roland. J’offre cette strophe à tous les Français qui peuplent cette terre.


 

Patrie également à la colombe ou l'aigle,

De l'audace et du chant doublement habitée !

Je vous salue, ma France, où les blés et les seigles

Mûrissent au soleil de la diversité...


 

La France est une et indivisible, Monsieur Besson. Mais elle est aussi diverse. Notre patrie est la synthèse de toutes ses provinces et de tous ses habitants qui lui apportent leur diversité bienfaisante et féconde. J’offre cette strophe à tous les Français d’origine étrangère et à tous les étrangers qui veulent devenir français.


 

Je vous salue, ma France, où le peuple est habile

À ces travaux qui font les jours émerveillés

Et que l'on vient de loin saluer dans sa ville

Paris, mon cœur, trois ans vainement fusillé !


 

Le sacrifice des martyrs de la Résistance, du Mont-Valérien, jusqu'aux derniers, ceux de la cascade du bois de Boulogne ne doivent pas nous faire oublier les héros du groupe Manouchian, qui donnèrent leur vie pour une patrie qui n’était même pas la leur. J’offre cette strophe à Najlae, la petite Marocaine qui rentre tout à l’heure dans son lycée d’Olivet grâce aux résistants français d’aujourd’hui.


 

Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe

Cet arc-en-ciel témoin qu'il ne tonnera plus,

Liberté dont frémit la silence des harpes,

Ma France d'au-delà le déluge, salut !»


 

La France, libérée du déluge, a fait alliance avec Dieu. Mais l’arc-en-ciel, symbole biblique, fait aussi penser aux trois couleurs du drapeau national. Il faudra cependant que les harpes se taisent en signe de deuil pour que dans le silence la liberté triomphe.


Ce poème fut publié clandestinement sous le pseudonyme de François-la-Colère. Je ne sais pas quand Louis Aragon décida de découvrir son nom. Je l’offre, en son entier, à son ami Jean Ferrat, et à tout le corps électoral français, y compris aux abstentionnistes, pour qu’ils prennent conscience que grâce à ces héros leur vote aura été rendu possible. Puissent-ils ne jamais connaître une France jugulée par un ennemi de cette liberté acquise par le sang et les larmes !


 

 


Bernard Bonnejean


Publié dans Politique inclassable

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pascal 16/08/2010 17:38



un beau site où on est fier d'être Français


de la belle culture un joli visage à montrer


pour les côtés plus pâle de ma France venaient faire un tour sur mon site


http://franceresistance.centerblog.net/



Bernard Bonnejean 20/08/2010 22:22



N'aimant pas être censuré moi-même, je me contenterai de vous dire, Pascal, que vous vous trompez d'adresse.



labeaume 18/03/2010 08:39



Edition en ligne : les éditeurs ne manquent pas. Il y en a pléthore ainsi vous suffit-il de taper dans votre moteur de recherche édition en ligne et les liens s’affichent. Cela peut être une
bonne occasion de se construire son œuvre à bas prix voire gratuitement. Pour exemple, j’ai publié sur edilivre.com un livre « l’écho du silence » et cela ne m’a pas coûté un sou.
Simplement si vous voulez quelques exemplaires de votre livre, vous pouvez les commander sur le site à un prix attractif car étant l’auteur. Par contre si vous désirez une couverture spéciale
(avec une de vos photos par exemples voire dessin) cela reviendra à 100 euros. Quand on connaît comme moi et beaucoup d’autres le prix du « compte d’auteur », cela peut valoir le coup.
D’autant que si vous désirez simplement faire un livre de vos souvenirs (et pas spécialement le mettre à la vente) la solution est envisageable par le biais d’internet.


Un petit plus : par beaucoup d’éditeurs en ligne, votre livre se retrouve sur amazone.fr un site d’occasions.


Un dernier conseil (et non le moindre) : relisez, relisez votre livre car doublons et fautes sont de votre ressort (dans l’écho du silence j’ai quelques doublons) et relire pour corriger les
fautes je sais que c’est très pénible mais c’est un passage obligé sinon vous pouvez le demander à l’éditeur mais là le prix monte !!


Amicalement


Michel




Bernard Bonnejean 01/04/2010 00:37



Merci, Michel, pour ces renseignements très précieux.


Il n'en demeure pas moins que l'idéal reste tout de même de se faire publier à compte d'éditeur, chaque fois que possible.


Amicalement,


Ton ami lavallois, qui attend que le Courrier de la M. fasse son boulot comme promis !!!! Sinon, c'est comme pour le zinzin présidentiel : il suffit de ne rien promettre...



Dame Catherine 17/03/2010 03:20


Quelle découverte, ce poème d'Aragon que je ne connaissais pas et cette sensible explication de texte pour vos neveux et nièces d'ici et d'ailleurs. Merci, cher Bernard, vous m'avez beaucoup
touchée.
Votre trop rare mais fidèle Dame Catherine


Bernard Bonnejean 17/03/2010 21:49


Chère Catherine,

En philo on apprenait dans le temps comment fonctionnait le syllogisme. La première proposition en était, si mes souvenirs sont bons, la mineure.

La mineure la plus connue est celle-ci : "Tout ce qui est rare est cher"

Et aujourd'hui, j'enchaîne ainsi "Votre présence, Catherine, est rare, donc vous m'êtes d'autant plus chère"

Je vous embrasse,

Bernard


Fathia Nasr 16/03/2010 00:39


J'étais sur le site où tes livres y sont, et je reçois le message dessous, ce soir il fait tard, je reviendrai demain pour voir plus clairement les choses pour acheter ton livre.

Le message est ceci:
Malheureusement, nous ne trouvons pas de bibliothèques dans Morocco qui possèdent cet ouvrage.

Régions les plus près où des bibliothèques possèdent l’ouvrage cherché :

* Germany
* United Kingdom
* Massachusetts
* Quebec, Canada
* Connecticut

Bonne nuit mon ami, bises.


Bernard Bonnejean 17/03/2010 21:46


Ma chère petite Fathia,

Il n'est pas étonnant que les bibliothèques du Maroc n'aient pas acquis mes ouvrages. Je n'ai nulle intention de m'étendre là-dessus. La liste que tu dresses ne comprend pas l'Afrique.

En outre, j'ignore absolument s'il est possible à un libraire marocain de le faire venir de France, et surtout à quel prix. Restent les librairies en ligne (prime minister, chapitre.com, alapage
etc). Avec un peu de chance, tu le trouveras d'occasion.

MAIS, AU FAIT !!!! Je te l'ai envoyé par la poste, ce bouquin !!!!

Dis-moi si je me trompe.

Gros bisou,

Bernard


Fathia Nasr 15/03/2010 17:32


Un bel hommage à un grand homme, je vais regarder la vidéo avant de sortir.
PS: J'ai vu le film de Thérèse de Lisieux que j'ai adoré, et pour connaître mieux sa poésie, je vais acheter ton livre sur la poésie thérèsienne, je le ferai ce soir, maintenant je vais sortir pour
faire une séance de sport dans un club, bonne semaine, bises


Bernard Bonnejean 17/03/2010 21:36


Bonsoir Fathia,

De quel film parles-tu, car il y en a eu plusieurs ?

Pourrais-tu me renseigner sur celui que tu as adoré. Ca m'intéresse au plus haut point.

Mille bisous,

Bernard


Labeaume Michel 15/03/2010 17:11


Bonjour, ai acheté (par hasard ?) ca m intéresse de mars 2010 nr 349 - il y a dedans un excellent article sur deux pages : comment publier son livre sur internet - ca pourrait en intéresser
Amitiés
Michel


Bernard Bonnejean 17/03/2010 21:35


Bonsoir Michel,

Merci pour ce renseignement précieux, en effet, pour tous ceux qui refusent de se laisser arnaquer par des comptes-d'auteurs limites.

Il convient cependant de rester prudent avec ces éditeurs numériques. Cependant, j'avoue ne pas avoir assez de recul pour juger du sérieux de l'entreprise.

Nous ferais-tu un petit point sur une expérience de cet ordre ? Merci.

Bien amicalement et VIVENT LES POETES MAYENNAIS

Bernard